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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 22:38
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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 22:30
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 13:27

La multiplication des sollicitations depuis dimanche ne m’a pas encore permis d’adresser mes remerciements à toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu et qui m’ont accordé leur confiance ce 18 juin, permettant mon élection aux côtés d’Eric Dubourgnoux.

Je le fais aujourd’hui de l’Assemblée nationale où je prépare l’ouverture de la nouvelle législature, le 27 juin après-midi. Grâce à vous, j’ai eu la satisfaction de voir reconnu un travail concret et une activité soutenue au service de tous les habitants de la 5ème circonscription. Malgré une abstention bien trop forte, je note tout de même que la participation dans notre circonscription a été supérieure de près de 5 % à la moyenne départementale, et de près de 7 % à la moyenne nationale. J’y vois pour partie le résultat d’une pratique politique qui cherche continuellement la proximité et l’échange direct avec les citoyens. Mais il nous reste cependant beaucoup à faire pour redresser ce désastre d’une abstention aussi massive.

Nous nous attacherons bien entendu à poursuivre et amplifier le travail en cours, de la circonscription jusqu’à l’Assemblée nationale. D’ores et déjà, des choix très importants pour l’avenir des Françaises et des Français vont être présentés en début de législature. Vous pourrez compter sur toute ma détermination et mon engagement pour continuer à œuvrer dans le sens de l’intérêt général.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 04:20
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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 00:50

Parti communiste françaisElections législatives – 18 juin 2017

Ce soir, les français peuvent compter sur 11 député-e-s communistes qui ont été élu-e-s, Jean-Paul Dufrègne (03), Pierre Dharréville (13), André Chassaigne (63), Fabien Roussel (59) et Alain Bruneel (59), Jean-Paul Lecoq (76), Sébastien Jumel (76) et Hubert Wulfranc (76), Elsa Faucillon (92), Marie-George Buffet (93), Stéphane Peu (93) et sur les député-e-s qui formeront, avec eux, un groupe parlementaire d'opposition au gouvernement pour permettre à cette voix libre et combative de servir les intérêts populaires.

Les députés communistes travailleront dès cette semaine à constituer ce groupe et agiront sans attendre en faveur des propositions alternatives qu'ils ont élaborées durant leurs campagnes.

Le groupe PCF – Front de Gauche (GDR) est le seul groupe parlementaire qui progresse.

La cote d'alarme démocratique est une fois encore dépassée, avec une nouvelle baisse de la participation.

Le Parti communiste français demande d'urgence l'ouverture d'un débat national sur le changement de nos institutions, à commencer par l'instauration de la proportionnelle.

Tout doit être repensé pour sortir progressivement de la présidentialisation à outrance et pour mieux représenter nos citoyens dans leur diversité.Les résultats confirment par ailleurs que le Président de la République va disposer d'une majorité écrasante de députés. Le paradoxe est qu'elle ne correspond à aucune majorité dans le pays, ni chez les salariés, ni chez les jeunes et les privés d'emplois qui aspirent à une sécurité d'emploi et de formation pour une vie digne.

C'est inquiétant. Nous appelons à une riposte immédiate la plus large possible pour empêcher que l'été soit celui des mauvais coups.

En effet, dès cet été, les députés d'En Marche ! vont être sommés d'obéir au doigt et à l’œil au Président et au 1er ministre pour leur donner les pleins pouvoirs, au service des milieux financiers et du MEDEF, pour casser le Code du Travail par ordonnances et liquider des acquis que le mouvement progressiste et populaire a gagnés dans notre pays de haute lutte.

Au-delà, les résultats appellent les forces de transformation sociale à ouvrir un immense chantier de reconstruction politique.Le Parti communiste français prendra pour sa part des décisions dès son Conseil national des 23 et 24 juin.

La Fête de l'Humanité, en septembre, sera un moment fort de cette riposte et de cette reconstruction.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 17:44

Après le discours hostile de TRUMP à Miami : une déclaration du gouvernement révolutionnaire de CUBA

Le 16 juin 2017, Donald Trump, président des États-Unis, a prononcé dans un théâtre de Miami qui porte le nom d’un mercenaire de Playa Girón [Baie des cochons - NdR], un discours bourré d’une rhétorique hostile rappelant l’époque de la guerre déclarée contre notre pays, et dans lequel il a dévoilé la politique que son administration suivra contre Cuba et qui annule des progrès faits ces deux derniers années, après que les présidents Raúl Castro et Barack Obama eurent décidé, le 17 décembre 2014, de rétablir les relations diplomatiques et de s’engager sur la voie de la normalisation des liens entre les deux pays.

Dans ce discours, ainsi que dans un décret de politique intitulé : « Mémorandum présidentiel de sécurité nationale sur le renforcement de la politique des États-Unis envers Cuba » signé au même endroit, Trump inflige une régression aux relations entre les deux pays : il élimine les échanges éducationnels « interpersonnels » que pouvaient faire les individus, il instaure un plus grand contrôle de tous les voyageurs se rendant à Cuba et il prohibe les transactions économiques, commerciales et financières de sociétés étasuniennes avec différentes entreprises cubaines liées aux Forces armées révolutionnaires et aux service de renseignement et de sûreté, en vue de priver notre pays des revenus correspondants. Le président étasunien a, pour justifier cette nouvelle politique, avancé comme prétexte son inquiétude devant l’état des droits de l’homme à Cuba et son obligation d’appliquer rigoureusement les lois du blocus, dont la levée ainsi que toute amélioration des relations bilatérales seront conditionnées, selon lui, par les modifications que notre pays devra opérer dans son ordre constitutionnel.

Trump a aussi dérogé le décret de politique intitulé : « Normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba”, émis par le président Obama le 14 octobre 2016. Ce décret, tout en n’occultant pas les visées interventionnistes de la politique étasunienne ni la volonté de la Maison-Blanche de fomenter des changements dans l’organisation économique, politique et sociale de notre pays, reconnaissait toutefois, d’une part, l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination de Cuba, d’autre part le gouvernement cubain comme un interlocuteur légitime sur un pied d’égalité, ainsi que les avantages qu’une coexistence civilisée procurerait aux deux pays et aux deux peuples, malgré les grandes différences existant entre leurs gouvernements. Le décret admettait aussi que le blocus devait être éliminé en tant que politique anachronique.

La nouvelle administration étasunienne en revient aux méthodes coercitives du passé et adopte des mesures qui renforcent le blocus toujours en vigueur depuis février 1962, lequel non seulement inflige des dommages et des privations au peuple cubain et constitue un obstacle indéniable au développement de notre économie, mais viole aussi la souveraineté et les intérêts de pays tiers, d’0ù son rejet par la communauté internationale.

Les mesures annoncées imposent des entraves supplémentaires aux occasions déjà fort limitées dont bénéficiait le secteur entrepreneurial étasunien pour faire du commerce et investir à Cuba.

Elles restreignent encore plus le droit des Étasuniens à visiter notre pays, alors pourtant qu’ils doivent déjà demander des autorisations discriminatoires, au moment même où le Congrès du pays, reflétant la volonté de vastes secteurs de la société, réclame la levée non seulement de cette prohibition aux voyages, mais aussi des restrictions imposées au commerce avec Cuba.

Les mesures annoncées par le président Trump prennent le contrepied de l’opinion publique étasunienne, dont celle de l’émigration cubaine, qui soutient dans sa majorité la levée totale du blocus et l’instauration de relations normales entre Cuba et les États-Unis.

Au contraire, de nouveau mal conseillé, le président étasunien prend des décisions favorables aux intérêts politiques d’une minorité extrémiste d’origine cubaine implantée dans l’État de la Floride qui, poussée par des motifs misérables, s’entête à vouloir punir le peuple cubain d’exercer tout simplement son droit légitime et souverain d’être libre et de prendre en main ses propres destinées.

Nous analyserons ensuite plus en profondeur la portée et les implications de cette annonce.

Tout en dénonçant ces nouvelles mesures visant à durcir le blocus, le gouvernement cubain tient à signaler qu’elles sont toutefois vouées à l’échec, comme le passé l’a démontré à maintes reprises, et qu’elles ne parviendront pas à affaiblir la Révolution ni à faire plier le peuple cubain qui a fait la preuve, pendant presque soixante ans, de sa capacité de résistance aux agressions, de quelque type ou origine qu’elles soient.

Le gouvernement cubain refuse la manipulation à des fins politiques et selon un deux poids deux mesures de la question des droits de l’homme. Le peuple cubain jouit des droits et libertés fondamentales, et peut se vanter avec fierté d’acquis qui restent une chimère dans de nombreux pays du monde, y compris aux États-Unis, tels que le droit à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale, le droit à un salaire égal à travail égal, les droits de l’enfant, le droit à l’alimentation, à la paix et au développement. Cuba a aussi contribué à améliorer les droits de l’homme dans de nombreux endroits du monde, malgré ses modestes ressources et malgré les limitations que lui impose sa condition de pays soumis à un blocus.

Les États-Unis ne sont pas en droit de nous faire la leçon. Nous sommes sérieusement préoccupés, pour notre part, devant la façon dont les droits de l’homme sont respectés et garantis dans ce pays, qui connaît de nombreux cas d’assassinats, de brutalités et d’abus de la police, notamment contre la population afro-étasunienne ; où le droit à la vie est violé à cause de la prolifération d’armes à feu ; où l’on peut constater le travail des enfants et de graves manifestations de discrimination raciale ; où les services de santé sont menacés de nouvelles restrictions qui laisseraient vingt-trois millions de personnes sans assurance-maladie ; où la femme ne touche pas le même salaire que l’homme ; où les émigrants et les réfugiés, notamment ceux provenant de pays islamiques, sont marginalisés ; où l’on prétend ériger des murs conçus pour discriminer et dénigrer les voisins ; et où les dirigeants bafouent des engagements internationaux visant à préserver l’environnement et à faire face aux changements climatiques.

Nous sommes tout aussi inquiets devant les violations des droits de l’homme que les États-Unis commettent dans d’autres pays, y compris dans le nôtre où ils maintiennent en détention arbitraire et torturent des dizaines de personnes sur le territoire qu’ils occupent illégalement dans la base navale de Guantánamo ; devant les exécutions extrajudiciaires et les assassinats de civils par drones interposés ; et devant les guerres déclenchées contre des pays comme l’Irak, fondées sur des mensonges tels que l’existence d’armes de destruction massive, avec toutes les conséquences néfastes que l’on sait pour la paix, la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient.

Nous rappelons que Cuba est partie à quarante-quatre instruments internationaux sur les droits de l’homme, alors que les États-Unis ne le sont qu’à dix-huit, de sorte que nous avons beaucoup à montrer, à dire et à défendre.

Quand ils ont décidé de renouer les relations diplomatiques, Cuba et les États-Unis ont ratifié leur intention de développer des liens de respect et de coopération entre leurs peuples et gouvernements, conformément aux buts et principes consacrés dans la Charte des Nations Unies. Dans sa Déclaration du 1er juillet 2015, le Gouvernement révolutionnaire de Cuba a réaffirmé : « Ces relations devront reposer sur le respect absolu de notre indépendance et de notre souveraineté, sur celui du droit inaliénable de tout État de choisir son système politique, économique, social et culturel, sans aucune ingérence de quelque nature qu’elle soit ; de l’égalité souveraine et de la réciprocité, tous principes incontournables du droit international », qui ont été d’ailleurs entérinés par les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) quand ils ont signé à La Havane, à leur Deuxième Sommet, la Proclamation faisant de l’Amérique latine et des Caraïbes une Zone de paix. Cuba n’a pas renoncé à ces principes et elle n’y renoncera jamais !

Le gouvernement cubain réitère sa volonté de poursuivre un dialogue respectueux et une coopération dans des domaines intéressant les deux pays, ainsi que de négocier le contentieux bilatéral avec le gouvernement étasunien. Comme n’a cessé de le répéter Raúl Castro Ruz, président du Conseil d’État et du Conseil des ministres de Cuba, les deux pays ont prouvé ces deux dernières années qu’ils pouvaient coopérer et coexister d’une manière civilisée, à condition qu’ils sachent respecter leurs différences et promouvoir tout ce qui est bénéfique aux deux nations et aux deux peuples. Mais qu’on n’espère pas en échange que Cuba fasse des concessions sur des questions inhérentes à sa souveraineté et à son indépendance, ni qu’elle accepte des conditions, de quelque nature qu’elles soient.

N’importe quelle stratégie visant à modifier le système politique, économique et social de Cuba, que ce soit par des pressions et des diktats, que ce soit par des méthodes plus subtiles, est vouée à l’échec.

Car c’est le peuple cubain qui continuera de décider en toute souveraineté, comme il l’a fait depuis 1959, des changements qu’il conviendra d’apporter à Cuba, telle, en l’occurrence, l’Actualisation de notre modèle économique et social.

Comme nous l’avons fait depuis le triomphe du 1er janvier 1959, nous courrons tous les risques et continuerons résolument, sûrs de nous, de bâtir une nation souveraine, indépendante, socialiste, démocratique, prospère et écologiquement durable.

La Havane, le 16 juin 2017

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 12:53
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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 06:48

Emmanuel Macron, l’économie en marche arrière (1)

 

Après plusieurs mois de suspense, Emmanuel Macron vient de présenter son programme. Le programme économique est hélas sans surprise. Comme l’avait annoncé Jean Pisani-Ferry, ce n’est pas un programme socialiste, c’est-à-dire un programme qui voudrait donner plus de pouvoir aux citoyens dans la cité et aux travailleurs dans l’entreprise ; ce n’est pas non plus un programme écologiste qui prendrait la mesure des efforts à réaliser pour la transition écologique. C’est un programme néo-libéral, « progressiste » uniquement pour ceux qui pensent que le progrès consiste à imposer à la France d’aller vers le modèle libéral.

Ce n’est donc pas non plus un programme de rupture, puisqu’il s’inscrit dans la continuité de la politique menée par François Hollande et Manuel Valls, des 40 milliards de réduction d’impôts sans contrepartie pour les entreprises à la loi Travail. Ce programme nous propose d’accepter les demandes du grand patronat, en espérant que celui-ci daigne investir et embaucher en France.

 

Ainsi, les classes dirigeantes auront-elles le choix entre deux stratégies lors de ces élections. D’une part, la stratégie forte avec François Fillon, consistant en un choc brutal de destruction du droit du travail, de baisses des dépenses publiques et sociales, de réduction d’impôts pour les plus riches et les entreprises. De l’autre, la stratégie plus gradualiste d’Emmanuel Macron, les mêmes mesures étant prises plus progressivement, mais, in fine, dans la même direction.

 

Dans le premier cas, il s’agit de mobiliser le petit patronat, les indépendants avec le Medef contre l’État social et les acquis sociaux (en faisant oublier la responsabilité de la mondialisation et de la financiarisation dans leurs difficultés) ; dans le second, on fait miroiter une société dynamique, libérée, d’initiative individuelle, d’enrichissement personnel, en s’appuyant sur les classes montantes d’entrepreneurs ou d’actifs indépendants. Mais sur le fond, les projets sont proches.

À travers Macron, l’élection présidentielle est l’occasion pour la technocratie de Bercy de faire passer ses réformes miracles comme la baisse des retraites et des prestations chômage, comme la réduction de l’autonomie des collectivités locales, comme les organismes paritaires. Macron est le porte-parole rêvé de cette technocratie étroitement liée aux milieux financiers qui rêve de voir appliquer ces idées rétrogrades sous des apparences civilisées.

 

Le programme européen : le fédéralisme tutélaire

En France, comme dans beaucoup de pays européens, les classes dirigeantes s’appuient sur l’Europe pour obliger les peuples à accepter des programmes d’austérité et de réformes structurelles. Ainsi, selon Emmanuel Macron, la France est considérée comme le « mauvais élève » de la classe. La France doit faire des réformes structurelles et réduire ses déficits pour montrer à ses partenaires, et en particulier à l’Allemagne, qu’on peut lui faire confiance. Macron est donc en faveur d’un respect scrupuleux des « engagements européens » de la France. Il ne remet pas en cause les catastrophiques politiques d’austérité imposées par les instances européennes.

 

Ce respect permettrait, selon lui, d’engager les pays de la zone euro (ou un groupe de pays de la zone) dans une convergence rapide en matière fiscale, sociale et salariale, avec un euro-budget et une Union politique.

Un ministre de l’économie et des finances de la zone euro serait mis en place. Il aurait un droit de regard sur les budgets nationaux, qu’il pourrait faire rectifier s’il les juge non conformes aux Traités ou à l’orientation souhaitable de la politique budgétaire de la zone. Ce ministre poursuivrait donc la logique de l’Europe actuelle, celle du fédéralisme tutélaire, mettant les gouvernements élus sous la tutelle d’institutions technocratiques. Selon Macron, ce ministre pourrait piloter un budget de la zone euro doté de ressources importantes (plusieurs centaines de milliards d’euros) destinées à faire des investissements et de la stabilisation macroéconomique.

Faire croire qu’il est possible de mettre en place un tel budget aujourd’hui, c’est jouer d’un mirage dangereux. Dans l’état actuel des traités, le budget européen est plafonné à 1,24 % du PIB, et augmenter ce plafond requiert l’unanimité des 28 chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne.

Compte tenu des rapports de force actuels en Europe, l’harmonisation fiscale se ferait par la baisse de la taxation des plus riches, des revenus du capital et des entreprises. L’harmonisation sociale serait un prétexte pour réduire le niveau des retraites et des prestations chômage. Les propositions d’une assurance chômage commune en Europe, par exemple, commencent toutes par réclamer la flexibilisation des marchés du travail des pays qui voudraient y participer ; ainsi, les instances européennes pourraient imposer de nouvelles réformes libérales, dans la droite ligne de la « Stratégie européenne de l’emploi ». Les pays devraient abandonner toute autonomie des politiques budgétaires en échange de la mise en place d’un budget de la zone qui se chargerait des politiques de stabilisation. Mais qui peut oublier que les institutions européennes ont toujours nié la nécessité et l’efficacité de politiques budgétaires de stabilisation, qu’elles sous-estiment toujours la nécessité de la relance (ainsi, selon elles, la zone euro n’est qu’à 0,6% en dessous de sa production potentielle), qu’elles prétendent au contraire que les pays membres doivent retrouver le plein-emploi par des politiques de consolidation budgétaire (c’est-à-dire de baisse des dépenses publiques) et de réformes structurelles ? Au vu de l’échec patent de ces stratégies, qui voudrait leur confier les manettes ?

 

Le programme économique dans la droite ligne de ses prédécesseurs

 

Emmanuel Macron déclare prudemment qu’il ne prendra pas de mesures en été (ni rigueur, ni austérité). C’est donc la continuité qui va l’emporter. Il ne se donne aucun objectif ambitieux, ni en matière de croissance, ni en matière d’emploi. D’ailleurs, le « respect scrupuleux des engagements européens de la France » implique une politique budgétaire restrictive de 0,5% du PIB chaque année pendant 5 ans, incompatible avec une quelconque relance. L’objectif de croissance est de 1,4% en 2017, de 1,8% en 2022. Avec une croissance de la productivité du travail de 0,8% par an, une telle croissance devrait induire, toutes choses égales par ailleurs, une hausse de l’emploi de 0,8 % par an pour une hausse de 0,6 % de la population active, donc une légère baisse du taux de chômage jusqu’à 9% mi-2022.

Emmanuel Macron estime pour sa part que le chômage diminuera jusqu’à 7% grâce aux fameuses « réformes structurelles ».

L’emploi : l’Ubérisation généralisée

Macron veut aller encore plus loin dans l’implosion du droit du travail. Ce n’est pas une surprise. La loi Travail sera renforcée, dans le sens de « plus de flexibilité pour adapter notre droit du travail aux mutations en cours ». Ses principes seront réaffirmés : réduire le poids des normes nationales, laisser le maximum de liberté aux négociations en entreprises.

Bien entendu, Macron reprend le mythe de la formation : « 1 million de chômeurs sont très loin de l’emploi. C’est pour eux qu’il faut réformer la formation ». Mais, les jeunes sont mieux formés que jamais. Le problème est surtout qu’en période de chômage de masse les entreprises ont le choix ; qu’elles préfèrent embaucher des personnes surqualifiées pour les emplois à occuper ; qu’elles rejettent les candidats ayant un risque présumé de défaut (personnes d’origine immigrée, travailleurs trop âgés, personnes ayant connu un épisode de chômage supérieur à 6 mois, femmes susceptibles d’avoir des enfants, etc.).

Le grand projet est donc une réforme de l’assurance-chômage qui n’a été discutée ni avec les syndicats ni même avec le patronat et que le candidat sort de son chapeau au mépris de la démocratie sociale. Ainsi, l’assurance-chômage deviendrait universelle, ouverte aux indépendants (pourquoi pas, s’ils cotisent) et aux salariés démissionnaires (une fois tous les 5 ans). Mais qui financerait le système ? Actuellement, l’assurance-chômage est financée par 4 points de cotisations employeurs et 2,4 points de cotisations salariés. Les prestations dépendent du salaire cotisé. C’est un système cohérent d’assurance-chômage. Le système est redistributif : les cadres ont droit à des allocations relativement élevées, mais ils cotisent pour cela ; leur taux de chômage est plus bas que celui de la moyenne des salariés et le taux de remplacement est une fonction décroissante du niveau des salaires. Macron propose de remplacer les 2,4 points de cotisations sociales salariées par de la CSG (donc par un impôt).

 

On passerait à un système totalement incohérent, assuranciel pour les cotisations employeurs, universelle pour la CSG. Le risque (ou plutôt l’objectif caché) est que les salariés perdent tout pouvoir de décisions en matière de couverture chômage ; que les allocations chômage deviennent une prestation universelle dont le niveau serait très bas.

Certes, Macron refuse la dégressivité des prestations avec la durée d’indemnisation mais précise que « les prestations seront strictement conditionnées aux efforts de recherche, avec un contrôle drastique ». Cela n’a guère de sens en France, qui souffre d’un déficit de plus de 4 millions d’emplois. Le risque est de renforcer encore un contrôle aussi tatillon qu’inutile : chaque chômeur devra fournir des preuves de ses démarches, même si la situation de l’emploi est telle que tous ses efforts sont vains.

Enfin, Macron reprend le projet d’introduire un bonus/malus sur les cotisations employeurs chômage, souvent présenté par les libéraux comme une contrepartie à la facilitation des licenciements. Certes, il peut être judicieux de pénaliser les secteurs et entreprises qui n’offrent indûment que des CDD, qui multiplient des contrats précaires. Mais pourquoi les gouvernements que Macron a influencés ont-ils autorisé le développement des contrats de chantier, des contrats d’usage, des contrats de mission ? Par ailleurs, le projet fait courir deux risques : décharger de cotisations chômage les grandes entreprises (où l’emploi est plus stable par nature) et surtout inciter les entreprises à être encore plus sélectives à l’embauche.

Ancien rapporteur de la Commission Attali, Macron prétend lutter contre les rentes, les privilèges, les situations acquises. Pourtant, il ne s’attaque guère aux prélèvements exorbitants que les actionnaires font sur les entreprises, aux revenus extravagants des spéculateurs, des financiers et des dirigeants d’entreprise. Non, le grand privilège pour lui est, aujourd’hui, d’avoir un emploi stable et convenable, d’être un insider, qui bloquerait l’accès à l’emploi des outsiders, les chômeurs, les jeunes, les précaires. Ainsi, s’attaquer aux Macron, c’est faciliter les licenciements, plafonner les indemnités prud’homales, promouvoir le travail dominical, de soirée et de nuit, ne pas augmenter les bas salaires, etc.

 

Les recettes : quelques ruptures dans la continuité

Emmanuel Macron annonce une baisse de 20 milliards des impôts, moitié ménages, moitié entreprises, tout en en promettant beaucoup plus. Du coté des entreprises, le taux de l’IS passerait de 33,3% (34,4% pour les grandes entreprises) à 25%, sachant que le gouvernement actuel a déjà annoncé un objectif de 28%. Cette baisse aurait un coût total de 12 milliards.

 

La France s’engage ainsi dans la concurrence fiscale alors qu’il faudrait, au contraire, maintenir un prélèvement sur le profit des grandes entreprises pour financer le tournant vers la transition écologique. Le CICE serait transformé en allègement des cotisations sociales, sans coût supplémentaire pour les finances publiques. Ce serait la fin du gadget fiscal contre-productif inventé par Bercy (et Macron) : masquer une baisse de cotisations sociales en niches fiscales. Sur le plan technique, remarquons toutefois qu’en 2018, les entreprises bénéficieront à la fois du remboursement du CICE de l’année 2017 et de l’allègement de cotisations sociales pour 2018. Par ailleurs, pour les entreprises, le CICE vient après la détermination du profit imposable, le produit du CICE n’est pas imposé à l’IS, ce ne sera pas le cas des allègements de cotisations sociales. Le ripage sera donc compliqué.

Les exonérations de cotisations sociales employeurs sur les heures supplémentaires chères à Nicolas Sarkozy seront rétablies, pour un coût de 3 milliards.

Ainsi, les entreprises seront incitées à proposer des heures supplémentaires à leurs salariés plutôt qu’à embaucher, d’autant plus facilement que la loi Travail inspirée par Macron permet aux entreprises de rémunérer ces heures à un taux bien moindre que précédemment. Cette mesure est absurde en période en situation de chômage de masse. Elle montre aussi l’incohérence d’un programme qui prétend flexibiliser pour aider les outsiders tout en dissuadant leur embauche en subventionnant les employeurs qui auront davantage recours au travail des insiders.

Macron prévoit une baisse de 4 points supplémentaire (soit 40 points au lieu de 36) des cotisations au niveau du SMIC. Il s’agit donc d’amplifier une politique engagée au début des années 1990, qui aboutit à multiplier les emplois précaires et mal payés mais qui n’a jamais fait la preuve de son efficacité sur le chômage.

Les cotisations salariales maladie et famille (0,75 point et 2,4 points) seraient supprimées et remplacées par une hausse de la CSG (de 1,75 point, sauf pour les petites retraites, nous dit le candidat). Cela est incohérent : comme nous l’avons déjà souligné, les allocations de remplacement (maladie ou chômage) doivent être financées par les personnes couvertes. Rassurons-nous toutefois : la hausse de la CSG ne pèsera pas sur les revenus du capital (voir ci-dessous), mais uniquement sur les retraités. Ce sera donc un petit transfert au profit des salariés du privé, payé par les retraités (et par les salariés du public). Ce transfert ne fournira aucun gain global de pouvoir d’achat. La hausse de 1,7% du salaire net des salariés du privé sera payée par une baisse de 2% des retraites. Nous l’avons vu, le risque est que ce nouveau financement s’accompagne de la fin de la gestion paritaire de l’Unedic qui serait repris en main par l’État.

Sur deux points, Macron rompt totalement avec Hollande ; malheureusement, pas dans le bon sens. Certes, l’ISF ne serait pas supprimé mais ne porterait plus que sur les biens immobiliers, les patrimoines financiers étant exonérés (sous prétexte d’inciter aux placements productifs). L’État perdrait ainsi 2,5 milliards de recettes au profit des plus fortunés, dont la richesse est essentiellement financière. Hollande s’était, quant à lui, donné l’objectif de taxer les revenus du capital comme ceux du travail. Cet objectif sera abandonné par l’ex-conseiller puis ministre de Hollande. Les revenus du capital seraient ainsi taxés à un taux uniforme de 30%, en incluant les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu. Cette réforme constitue un cadeau de plus pour les plus riches, de l’ordre de 3 milliards.

Pour rééquilibrer, Emmanuel Macron prétend réduire la taxe d’habitation de 10 milliards pour les ménages des classes populaires et moyennes. Certes, c’est un peu mieux qu’une nouvelle baisse de l’IR (qui n’aurait bénéficié qu’aux 50% de ménages imposables). Mais 40% des ménages bénéficient déjà d’exonération ou de plafonnement de la taxe d’habitation.

Cela diminuera encore l’autonomie fiscale des collectivités locales, déjà bien entamée sous les deux précédents quinquennats. Si, comme c’est probable, ces collectivités doivent réduire à terme leurs dépenses sociales ou les services publics d’autant (Macron prévoit d’ailleurs 10 milliards de baisses des dépenses des collectivités locales), cette baisse ne constituera pas un gain pour les ménages. Elle déséquilibrerait la démocratie locale : il est problématique que 80% des électeurs aux municipales ne paient pas d’impôts locaux. Faut-il vraiment que des candidats à la présidence de la République française proposent des réformes aussi mal pensées ? La taxe d’habitation est certes un impôt injuste : les citoyens des communes pauvres paient plus que ceux des communes riches. Mais la solution réellement progressiste consisterait à l’asseoir sur le revenu des ménages et sur la valeur locative actualisée des biens immobiliers, en l’assortissant de puissants extension des mécanismes de péréquation fiscale entre les communes.

 

Les dépenses : de la continuité dans les idées austéritaires

S’inscrivant là encore dans la continuité de François Hollande, Emmanuel Macron annonce un objectif de baisse de 60 milliards par an des dépenses publiques en 5 ans, soit davantage que François Hollande qui en avait annoncé 50 et réalisé 40 ; et nettement moins que François Fillon qui en prévoit 100. C’est l’objectif voulu par Bruxelles et soutenu par les médias. Pour Macron, la France devrait ainsi réduire son taux de dépenses publiques (54,5% du PIB contre 48,5 points pour la moyenne de l’UE). Vouloir effectuer ainsi de nouvelles coupes dans les dépenses revient à oublier que celles-ci permettent aux Français de bénéficier d’une retraite publique relativement généreuse, de remboursement maladie, de l’école gratuite –et qu’en la matière les besoins sont immenses car nous avons beaucoup plus d’enfants que la moyenne de la zone Euro. Ceux qui, comme Macron ou Fillon, veulent faire baisser le ratio entre dépenses publiques et PIB font mine d’ignorer que la hausse de la part des dépenses publiques par rapport au PIB depuis 2007 ne provient pas d’une progression des dépenses, mais de la chute puis de la stagnation du PIB. Si le PIB était plus élevé de 6% (le PIB a perdu plus de 10 % par rapport à sa tendance depuis 2008, suite à la crise provoquée par la finance libéralisée), la part des dépenses publiques dans le PIB, serait inférieure de 3 points sans diminution des dépenses publiques.

Les 60 milliards de coupes voulues par Macron sont peu explicités. Il envisage 10 milliards d’économies automatiques sur les prestations chômage, dans l’hypothèse où le taux de chômage baisserait à 7%. Si, comme cela est très probable, cette politique ne menait pas à une baisse du chômage, Macron ne précise pas s’il réduirait le montant des indemnisations de chômage ou leur durée, ou les deux. Il évoque 15 milliards de nouvelles économies sur les dépenses maladie, en mobilisant le mythe de la réorganisation des hôpitaux qui permettrait sur le papier de faire des milliards d’économies, par exemple par un recours encore plus systématique à la chirurgie ambulatoire, qui aboutit souvent à renvoyer chez eux des personnes convalescentes, dont doivent s’occuper leurs enfants (bien souvent leurs filles). Macron fait ainsi mine d’oublier que cette politique est maintenant à l’œuvre depuis des années et qu’en conséquence les cadences de travail sont déjà infernales dans beaucoup d’hôpitaux.

Dans un même mouvement, Il promet, comme l’avait fait Sarkozy en son temps, la prise en charge à 100% des lunettes et prothèses auditives et dentaires. Il propose un service sanitaire des étudiants en médecine dans les écoles et les entreprises. Ceci est atterrant tant la médecine du travail et la médecine scolaire ont été sinistrées par plusieurs décennies de néolibéralisme. Les enfants et les salariés n’ont-ils pas droit à de vrais médecins formés pour leurs missions ?

Macron propose une hausse de 100 euros du minimum vieillesse et de l’Aide aux adultes handicapés, mais pas du RSA, qui restera bien en dessous du seuil de pauvreté. Il avait évoqué une hausse de 50% de la prime d’activité ; il ne s’agirait en fait que d’une hausse de 100 euros pour un salarié au SMIC, qui ne bénéficierait guère aux travailleurs précaires et qui, surtout, ne s’appliquerait pas à la composante familiale de la prime.

Macron veut imposer 10 milliards de nouvelles économies de dépenses des collectivités locales. Celles-ci pourraient ne pas augmenter leurs agents comme les fonctionnaires (dont le point d’indice a stagné pendant de longues années) tout en augmentant leur temps de travail ; elles pourraient embaucher des agents en contrats de droit privé ; elles pourraient ne pas appliquer la réforme des rythmes scolaires, faisant ainsi des économies sur le dos des enfants.

Enfin, Macron envisage 25 milliards d’économies sur les dépenses de l’État avec des propositions contestables : embaucher hors-statut le personnel d’encadrement (ce qui se traduit en fait par des rémunérations bien supérieures) ; rétablir le jour de carence (proposition démagogique, puisque ce jour est pris en charge pour les salariés du privé par la quasi-totalité des grandes entreprises) ; supprimer 120 000 postes de fonctionnaires (contre 500 000 pour Fillon). Selon une logique purement comptable, cela permettrait certes d’économiser à terme 4 milliards, à condition de ne tenir aucun compte des besoins actuels et futurs en matière de crèches, d’écoles, d’universités, d’hôpitaux, de justice, de sécurité.

 

S’agissant des pensions de retraite, Macron reprend le projet d’une convergence des systèmes de retraites vers un système unique en comptes notionnels, ce qui permettrait une baisse automatique du niveau de retraite au cours du temps avec l’allongement de la durée de vie. C’est la réforme qui a été mise en place en Italie. Le système obligerait à travailler plus longtemps pour avoir une retraite satisfaisante, ce qui est sans doute possible pour certains emplois de cadres, mais pas pour la plupart des emplois ouvriers. Macron prétend que le système tiendra compte de l’espérance de vie selon la CSP. Cela est bien sûr totalement impossible : comment définir la CSP d’une personne qui a changé d’emplois et de statut ? Donnera-t-on une retraite plus faible aux femmes, dont l’espérance de vie est plus longue ? Certes, la convergence des régimes est nécessaire (en particulier, en matière de droits familiaux). Mais le système actuel ne présente pas de grande injustice entre public et privé ; il est redistributif puisque le taux de remplacement des cadres est nettement plus faible que celui des travailleurs à bas-salaires. L’exemple de l’Italie (comme les simulations proposées par Bozio et Piketty) montre que la réforme aurait pour effet de faire baisser fortement les futures retraites des jeunes d’aujourd’hui. Une réforme progressiste devrait au contraire garantir un taux de remplacement satisfaisant à un âge décent.

Enfin, Macron évoque un plan d’investissement de 50 milliards sur 5 ans, soit 10 milliards par an, comprenant 15 milliards (en 5 ans !) pour la transition écologique et 5 pour les transports collectifs. Ce montant ridicule ment faible est nettement insuffisant et aucunement à la hauteur des défis écologiques, sociaux et économiques qui nous font face.

Globalement, le programme de Macron se traduirait par une politique restrictive, incapable de relancer les débouchés des entreprises alors que, selon l’INSEE, plus de la moitié des entreprises déclarent faire face à une insuffisance de la demande.

Pour conclure : l’univers glacé de la marche d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron ne dit rien sur l’essentiel : comment remettre en cause la domination de la finance libéralisée sur l’économie et sur les entreprises ; comment engager la transition écologique ; comment assurer un renouveau productif de l’économie française. Le projet d’Emmanuel Macron, au service des plus aisés, n’a rien de progressiste, ni de socialiste.

Après deux quinquennats où il a œuvré à inspirer les gouvernements, Macron veut aujourd’hui passer l’accélérateur, dans la droite ligne des gouvernements qui se sont succédés lors des dernières décennies. Il se propose ainsi de continuer à affaiblir les mécanismes actuels de solidarité, le droit du travail, les assurances sociales, l’hôpital, les collectivités territoriales.

Son projet repose sur un mythe social-libéral, largement éculé : l’État garantirait l’égalité des chances et la liberté d’entreprendre. Chacun pourrait ainsi, individuellement, par son effort de formation, par son ambition, par son travail, par la recherche permanente de l’innovation, devenir millionnaire.

La marche d’Emmanuel Macron est ainsi une marche à reculons, dans le monde glacé d’individus désocialisés avides de réussite individuelle. En poursuivant leurs intérêts égoïstes, ces individus sont seuls responsables de leurs succès et de leurs échecs –et nombreux sont ceux qui, pauvres, ouvriers, malades, jeunes, devront rester au bord du chemin.-

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(1) Texte tiré de la note des économistes attérés de Février 2017 ; <www.atterres.org>. Dany Lang, Henri Sterdyniak Publié avec l'autorisation des auteurs.

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Published by bruno fornaciari - dans economie finance
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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 03:41

D'où vient la «France insoumise»....pour découvrir le Mélenchon 2017! A méditer !

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

D'où vient la «France insoumise»....pour découvrir le Mélenchon 2017! A méditer !
Réflexion de Vincent Présumey publié sur Médiapart le 7 juin 2017
 
La «France insoumise» a été inventée début 2016 lorsque J.L. Mélenchon annonça sa candidature à l'élection présidentielle de 2017.

Dans l'immédiat, tactiquement, il s'agissait pour lui de se dégager de toute négociation, notamment avec le PCF, de toute référence au Front de Gauche, et d'exclure sa participation à toute primaire – quand bien même ces différents processus, discussion entre organisations et/ou primaires, auraient fort bien pu aboutir à le légitimer comme candidat.

Le capital politique issu de sa campagne de 2012, où ses 11% avaient fortement contribué à la défaite de Sarkozy au second tour, capital qui s'était constitué par l'unité matérialisée dans le Front de Gauche, devait être approprié au compte d'un projet politique différent. Car dés son lancement la « France insoumise » reposait sur une idéologie et sur une équipe bien précises.

Le vrai noyau idéologique.

L'idéologie était empruntée à Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, c'est le « populisme de gauche » ou « populisme » tout court – pendant que de nombreux supporters de J.L. Mélenchon sortent encore les crocs dès qu'ils entendent prononcer le mot « populisme » à son sujet, celui-ci s'en réclame. Même si, dans le cas de M. Laclau et de Mme Mouffe, cette idéologie s'appuie sur une relative abondance de production sociologico-politique, sa synthèse mélenchonienne distillée sur le blog de J.L. Mélenchon est assez simple.

Premièrement, qu'on ne parle plus (ou alors juste par une habitude qui va s'effacer peu à peu) de lutte de classe, de classes sociales, de salariat et de travailleurs : le clivage fondamental oppose « le peuple » (également appelé « les 99% ») à « l'oligarchie », appelée aussi « la caste ».

Deuxièmement, « le peuple » est une nation - la nation française – et son identification comme peuple repose sur une thématique et une symbolique nationales, qui doivent se substituer aux thèmes et symboles issus du mouvement ouvrier. C'est ainsi que pendant que de faux naïfs dissertent contre « les gauchistes » qui n'ont pas compris que « le drapeau tricolore » et « le drapeau rouge » ne s'opposent pas, J.L. Mélenchon, lui, donne des consignes pour que dans ses rassemblements le drapeau rouge soit éliminé progressivement au profit du tricolore.

Troisièmement, « le peuple » doit se « construire » par un mouvement qui associe les individus-citoyens, mouvement dont le contenu premier n'est pas social, mais symbolique et national, reposant sur deux facteurs clefs de mobilisation et de dynamisme.

Le premier facteur est l'identification à une figure : E. Laclau avait vu celle-ci, en Argentine, dans le général Péron, dont il était un partisan ; P. Iglesias dans Podemos en Espagne a voulu être la dite figure, avec plus ou moins de succès car Podemos est issu du mouvement social de 2011-2012 qui est monté d'en bas et a comporté, avec sa branche Anticapitalistas d'influence trotskyste, majoritaire en Andalousie, des courants politiques ayant imposé leur reconnaissance comme tels contre l'égotisme et la médiatisation du chef.

Mais dans le cas des « insoumis » leur soumission au chef charismatique était acquise dès le départ puisque la construction de cette organisation fut voulue et pensée comme totalement verticale, à partir du chef justement, figure oratoire incontestable ayant un capital politique comme représentant du peuple de gauche mécontent de la gauche, constitué par sa campagne de 2012.

Sauf qu'en 2012, celui-ci gérait les tendances à l'adulation en les contenant, conscient de la contradiction qu'il y avait à dénoncer le bonapartisme tout en étant candidat à la présidence.

Cette fois-ci, le culte de la personnalité ne va pas être contenu mais au contraire il va être déchaîné. A l'usage de qui s'inquiète un peu il sera expliqué que pour l'instant il s'agit de combattre le présidentialisme avec les moyens du présidentialisme. A la masse des futurs adhérents et partisans - ne les appelons pas « militants », terme qu'ils refusent souvent d'ailleurs en dehors des anciens militants qui n'ont pas encore compris dans quelle galère ils sont tombés – des éléments de langage seront, dans l'année qui suivra, distillés, qu'ils répéteront avec une touchante unanimité : « Jean-Luc » n'est pas notre chef, il n'y a pas de chef chez nous qui ne sommes que des individus associés pour agir quand bon leur semble, il n'est que l'incarnation vivante du « programme » que nous avons collectivement produit" – et à ce titre toute atteinte à l'incarnation vivante sera ressentie par eux comme un blasphème !

Le second facteur est l'identification d'un ennemi. Le « peuple » doit être construit par son chef dans une mobilisation où il se dote de symboles, les uns nationaux et hérités, les autres identifiant le mouvement comme tel (ce sera le « Phi », on y reviendra), par la conviction d'être le regroupement des victimes de l'ennemi, s'engageant contre celui-ci. Les sentiments sociaux, le mécontentement social, la conscience plus ou moins claire, plus ou moins obscure, de l'exploitation et de l'oppression, sont bien entendu présents ici comme fondements, mais comprenons bien qu'à la différence du projet d'organisation du mouvement ouvrier, tel que l'entendait par exemple Rosa Luxembourg, il ne s'agit pas de donner son expression démocratique consciente à ce mouvement réel, mais de se nourrir des sentiments de frustration qu'il comporte pour « construire un peuple » dont les mobiles mobilisateurs résident dans l'identification au Chef – pardon, au programme incarné ! -, dans l'agitation des symboles (le drapeau, le « Phi », et les éléments et tics de langage sur lesquels je reviendrai), et surtout dans la désignation de l'Ennemi.

Chez Rosa Luxembourg et dans la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire, le mouvement inconscient et spontané de résistance à l'exploitation et à l'oppression doit être rendu conscient, à la fois par la lutte collective dont le résultat principal est « l'union grandissante des travailleurs » (Marx), par l'organisation structurée en commun, syndicats, partis, conseils, qui tous reposent sur le pluralisme des secteurs, foyers d'organisation, courants et sensibilités, et par la théorie politique appuyée sur une culture historique et sur la culture en général, y compris « bourgeoise ».

Un inquiétant soubassement.

La thématique de la construction d'une identité politique par désignation de l'ennemi, chez C. Mouffe, est quant à elle explicitement empruntée au principal penseur juridico-politique du national-socialisme, Carl Schmitt, chez qui l'ennemi, plus ou moins euphémisé selon les périodes où il écrivait, était le Juif (chez le nazi de base le Juif était l'ennemi par essence, chez Schmitt il est l'ennemi choisi comme tel pour donner sa dynamique au « mouvement » lequel prend en fait la place du politique).

L'ennemi pour le populisme « de gauche » (ce terme, « de gauche », doit disparaître à terme, mais il signifie que le dit populisme s'enracine dans le mécontentement social, comme il a été dit), est donc « l'oligarchie » ou « la caste ». L'oligarchie, terme qui chez les Grecs désignait la minorité privilégiée non légitime (l'aristocratie, les meilleurs, était légitime), a vu son emploi vulgarisé par l'extrême-droite maurassienne, qui la complétait de l'adjectif « cosmopolite » avec un sous-entendu antisémite avéré.

 

Les adjectifs qui lui sont ajoutés dans l'emploi « insoumis » du terme sont le plus souvent oligarchie « financière » ou « médiatique », mais l'idée selon laquelle elle est a-nationale, « mondialiste » ou apatride, est tout à fait présente. Bien entendu, cette idée s'autorise d'une réalité : l'argent n'a pas d'odeur et le capital est ubiquiste. Mais « l'oligarchie » n'est pas le capital, elle n'est que la finance, plus les médias et les hommes politiques : la figure haïe est typiquement un homme riche, médiatique, et ayant un pouvoir politique réel ou supposé - financier, homme de parti, journaliste.

Ses incarnations individuelles, qui sont autant de fétiches, sont ancrées depuis longtemps dans la mythologie de la gauche antilibérale comme de la fachosphère : « BHL », « DSK », « Soros », et parfois, dans des milieux plus ciblés, « Finkielkraut », voire aussi « Cohn-Bendit », ou même « Plenel », sont des figures de fixation de la Haine dont, comme par inadvertance, un autre point commun est leur prétendue origine, ce que la réactualisation récente, en raison de la trajectoire de banquier de l'actuel président français, de la figure de « Rothschild », est venu rappeler à qui veut bien voir quels sont certains des processus inconscients ou semi-conscients à l’œuvre …

Il ne s'agit pas ici de donner une expression consciente à la résistance spontanée de tous les jours par la lutte organisée, mais de recouvrir les sentiments de mécontentement et de frustration nourris par l'exploitation et par l'oppression d'une couche, enthousiasmante et obscurcissante à la fois, d'images et de fétiches dont les principaux sont ceux du chef charismatique, le Programme incarné, et de l'Ennemi, l'oligarchie financière, médiatique, politique et apatride.

L'identification au Chef incarnation du Programme et la cristallisation de la Haine sur les figures de l'oligarchie, financière, médiatique et politique, ne visent pas à organiser le prolétariat contre le capital, mais à dresser toutes les classes, capital « productif » ou « national » et petit et moyen patronat compris, contre la seule oligarchie supposée mondialiste.

A la conscience du mouvement réel est substituée la mystique de l'enthousiasme, à l'organisation politique collective et structurée est substitué le mouvement des individus atomisés agissant par impulsion et identification, et à l'auto-assimilation de l'héritage culturel et historique est substituée une « éducation populaire » déclinée en « fichiers thématiques » en vue de dresser des prosélytes du Programme incarné.

Un projet d'implosion à l'italienne qui recoupe celui de Macron.

Comme J.L. Mélenchon l'a expliqué sur son blog, les mouvements doivent remplacer les partis. A l'épuisement des partis bureaucratiques doit répondre la naissance de mouvements dynamiques. Pas question d'aller vers des partis démocratiques, il faut mettre fin aux partis tout court.

Trois espaces politiques s'offrent en France pour ce faire : celui de la « règle ethnique », expression dévoyée du sentiment national, qu'est le Front National ; celui de la « règle d'or », masse instrumentalisée par les hommes du banquier Rothschild, soit les marcheurs de Macron ; et l'expression de la nation revivifiée par son Programme (dont il est, très modestement, l'incarnation, n'est-ce pas, « mes amis », n'est-ce pas, « les gens » ! ) et cimentée par l'union contre l'Ennemi oligarchique (ou, de plus en plus accessoirement, l'ennemi ethniciste qu'est le FN) : la France insoumise.

On voit ici comment la synthèse idéologique tirée des livres de Laclau et Mouffe a abouti à un projet de recomposition politique ternaire de la V° République française, projet qui a toujours été en parfaite cohérence avec la perspective d'une présidence Macron, et qui suppose la liquidation des courants politiques issus du mouvement ouvrier et le partage de la base électorale et sociale du PS entre, grosso modo, trois quarts à Macron, un quart sous le signe du « Phi ».

On voit aussi, au passage, comment ce projet d'implosion à l'italienne a au fond rejoint ce qu'ont provoqué le président Hollande et son premier ministre Valls (même si, pour ce dernier, son enfant lui a échappé) : il s'agit de liquider tous « les partis » au profit du macronisme au centre (et au pouvoir ! ) flanqué du FN sur sa droite et de la FI sur sa gauche.

La manière dont tactique politicienne et idéologie populiste anti-politique s'accordent est ici remarquable.

On comprend mieux la cohérence de Mme Mouffe qui, simultanément, a pu côtoyer en évidence l'orateur J.L. Mélenchon lors du rassemblement clef de ses partisans durant la campagne présidentielle, place de la République à Paris, et appeler de ses vœux dans la presse de son pays, la Belgique, à la dé-diabolisation du Vlaams Belang (l'extrême-droite raciste flamande d'origine néonazie) pour qu'il puisse participer au pouvoir.

Une évolution régressive.

Ce corpus idéologique était en place dès le départ même si beaucoup ne s'en rendaient pas compte.Dans l'évolution personnelle de J.L. Mélenchon, qui à partir de 2013 se met à théoriser, notamment lors de voyages en Espagne pour regarder les débuts de Podemos, l'union des classes contre l'oligarchie, c'est là une étape importante qui lui permet sans doute de résoudre un certain nombre de contradictions. Remarquons que c'est au même moment qu'il a exprimé un grand ressentiment contre les grèves en Bretagne de l'automne 2013, ces « nigauds » et ces « esclaves » de prolétaires qui avaient défié l’État en manifestant avec des petits paysans et commerçants (et qui seront ensuite – ensuite - récupérés sous l'égide des « Bonnets rouges »).

Entré dans l'action politique dans le cadre de l'OCI et de l'UNEF-Unité syndicale des années 1970, ayant ensuite œuvré sous la direction, l'inspiration et la férule d'un Mitterrand adulé, et disant avoir enfin découvert lors du Front de Gauche l'hérédité communiste, J.L. Mélenchon avait représenté une synthèse, pour le meilleur, pour le pire ou pour les deux, des héritages de trois figures tutélaires : celle de François Mitterrand est la plus évidente, celle de Georges Marchais venait à l'esprit de bien des militants communistes revigorés par ses meetings, et celle de Pierre Lambert en tant qu'homme d'appareil se voulant indépendant des appareils (sans y parvenir, mais c'est une autre histoire), moins connue, était bien là elle aussi.

Cet héritage faisait une sorte de synthèse, brouillonne et bouillonnante, des strates du mouvement ouvrier français. Le liant de tout cela, dans l'idéologie personnelle de J.L. Mélenchon qui n'est pas un homme d'appareil mais qui est mû par les idées, et par l'idée qu'il se fait de sa personne dans la marche des idées, était une sorte de spiritualisme maçonnique.

Ce composé instable a trouvé un développement possible dans le populisme charismatique se voulant national, d'autant que ceci mettait au premier plan des éléments présents de longue date dans la pensée et la pratique de J.L. Mélenchon, à savoir l'allégeance à la « grandeur de la France », sa bombe atomique, ses bases en Afrique et ses Rafales compris : ce développement est à l'évidence celui qui pouvait au mieux combler d'aise son représentant, mais il est en même temps celui qui marque la rupture avec le mouvement ouvrier, le passage de la synthèse instable de ses héritages bureaucratiques au désir éradicateur de ses héritages démocratiques.

Voilà donc notre Mélenchon incarnation du Programme des « gens », chef à la poigne de fer d'un mini-appareil gérant une grande masse de manœuvre (celle des « gens » atomisés et enamourés), l'homme d'appareil indépendant des appareils ne tolérant aucun « frondeur » chez lui, en charge de la mise à mort et de l'enterrement sans pompe de tout ce qui procède politiquement du mouvement ouvrier pour mettre à la place le mouvement des « gens » isolés, unis par le Chef, son Programme et son Phi, hurlant à la mort de l'Ennemi.

Au fait, l'Ennemi, dans la dynamique engagée, n'a plus été seulement l'oligarchie. Dans le feu de la campagne présidentielle elle-même, il est devenu « le PS ». Non pas le PS réel, parti issu du mouvement ouvrier, intégré à la V° République, asséché par la pratique du pouvoir de F. Hollande, mais un PS fantasmé, démonisé. La figure de la Haine s'est particulièrement cristallisée, dans la psychologie de « l'insoumis», alors presque caricature parfaite de l'atome populiste de base, sur ce qui était « à la gauche du PS » : le « frondeur », « Filoche », « Hamon », étaient des objets de complot inventés pour que l'insoumis ne puisse pas faire advenir « les jours heureux », ceux où régnera, dans les siècles des siècles, « JLM » (comme « je l'aime » …).

Entre les deux tours de la présidentielle, les « insoumis » ont connu des jours difficiles car, pour la première fois, le Programme incarné ne leur a pas donné la ligne et leur a intimé l'ordre de choisir. Fonctionnant selon les mécanismes qu'ils avaient assimilés pendant la campagne, ils ont alors commencé à se diaboliser les uns les autres : traîtres qui voulaient voter Macron, collabos qui voulaient s'abstenir, sans oublier les plus sulfureux, peu dénoncés par les autres – les adeptes, relativement nombreux parmi les « insoumis » de réseaux sociaux, du vote « révolutionnaire » pour Marine Le Pen.

Mais ce moment fut bref : la cohésion autour de la figure du Chef et contre l'Ennemi s'est refaite pour les législatives. Mais cette fois-ci l'Ennemi, c'est très souvent « le PCF » à son tour fétichisé, et plus généralement toute la gauche, y compris les syndicalistes, perçus comme les obstacles empêchant le triomphe électoral des adeptes du Phi, triomphe qui, sans les complots ourdis par l'oligarchie et ses pseudopodes que sont « le PS » et maintenant « le PCF » et en général « les partis », aurait dû advenir.

Cette effroyable régression intellectuelle, morale et politique a naturellement des causes profondes qui dépassent largement J.L. Mélenchon, que je tenterai de comprendre à la fin de cet article. Mais revenons à cette étape, de façon à éclairer ce qui vient d'être résumé, sur les moments du développement des « insoumis » en tant qu'organisation.

Le premier cercle.

Au départ, disions-nous, l'idéologie est en place, le chef est là, tout procède d'en haut, et une équipe réduite opère autour et sous l'égide du chef. Cette équipe est la même qui manageait le PG, qu'il s'agit maintenant d'intégrer à la FI et, en fait, de mettre entre parenthèses et de liquider.

Le principal à avoir une existence oratoire en dehors du chef, et bien entendu à des lieux en dessous de la sphère dans laquelle plane celui-ci, mais qui peut en être le médiateur vers les simples « gens », est Alexis Corbière.

Il faut noter le rôle spécifique joué par Georges Kuzmanovic, officier de réserve de l'armée française, passant pour spécialiste géopolitique : la reprise des orientations de Poutine du point de vue de la « grandeur de la France », le verrouillage d'une orientation de haine contre les Ukrainiens - ces « nazis » - et contre les insurgés syriens – ces « islamistes »- dont la solidarité active de la FI avec les principales forces capitalistes et répressives qui au moment présent, massacrent et torturent des prolétaires à proximité de l'Europe, lui doivent beaucoup.

Mais le plus intéressant dans cette équipe réduite, noyau non élu, sélectionné par cooptation implicite sur la base des rapports, vécus comme amicaux, avec le chef, est Sophia Chikirou. Son principal engagement politique antérieur était la « Gauche moderne » de J.M. Bockel, une organisation sarkozyste. Ce qui est naturellement son droit, mais indique une faculté d'adaptation propre aux milieux de la com' - ceux-là même que l'insoumis de base est invité à conspuer dans les figures de l'oligarchie, mais à imiter pour les dépasser dans la pratique non-politique du « mouvement » des « gens ». Coach et conseillère en com' du chef, S. Chikirou serait à l'origine de quelques éléments clefs : le quinoa – mais oui, le quinoa est un élément clef : il humanise le chef, en signalant qu'il dispose, en vraie incarnation qu'il est, d'un tube digestif ; il signale sa sensibilité aux goûts et aux couleurs tout en envoyant un signal écologiste de parfum latino aux effluves de pachamama, graine féminine et matricielle nichée dans le tube digestif du surmoi paternel incarné – ; et le Phi, la lettre grecque qui n'a pas été choisie pour son symbolisme philosophique, mais comme symbole de l'Harmonie, l'harmonie entre les classes lorsqu'adviendront les « jours heureux » et que l'oligarchie et ses différentes figures et pseudopodes auront été éradiqués. Le symbolisme tricolore ne pouvait suffire, car il n'est pas propre aux « insoumis » : il fallait un grigri symbolique original, et Phi c'est comme FI, France insoumise, ce qui relie le Phi à la France et donc au tricolore. L'expression la plus pure de cette rhétorique voulue et pensée comme une publicité, est l'affiche sur fond violet – rappelant vaguement le rouge mais le supplantant - avec un grand Phi, et trois mots : « France insoumise » et « Mélenchon ». Table rase est faite, et sur cette table rase, le symbole vide, l'affirmation du « mouvement » pur des « gens » sans attaches partidaires, rassemblés par le nom du chef.

Le développement du mouvement : la parenthèse des manifs.

Lancé début 2016, ce mouvement va agréger progressivement quelques 100.000 individus inscrits sur Internet, sur la seule base initiale de l'appel à la candidature Mélenchon aux présidentielles de 2017, sans qu'il leur soit demandé de cotiser ni de s'organiser, mais éventuellement de constituer des « groupes d'appui », les premiers d'entre eux procédant du PG.

C'est alors que survient le mouvement contre la loi El Khomri. On doit bien noter que celui-ci n'était absolument pas prévu dans le schéma de la « France insoumise » dont le regard était d'emblée fixé sur la seule ligne bleu horizon de l'élection présidentielle. L'ouverture de la crise du régime de la V° République par une grève totale de quelques jours n'était pas dans les tuyaux pour lui. En même temps, nombre de syndicalistes mobilisés étaient favorables à J.L. Mélenchon sur la base des souvenirs de la campagne de 2012. Les grands cortèges syndicaux du printemps et du début de l'été 2016 furent donc l'occasion de coller massivement sur leurs parcours l'autocollant « JLM 2017 », seule perspective pour le mouvement social, excluant qu'il débouche par lui-même. Remarquons au passage l'évolution vers le logo et le style de la pub : le militant de 2012 soutenait la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle ; l'insoumis de 2016-2017 appuiera « JLM2017 » : ce n'est pas exactement la même chose.

Le développement du mouvement : les réseaux sociaux.

A l'automne 2016, il n'y a pas encore de phénomène massif de regroupement d'« insoumis ». De fait le terrain sur lequel les membres du mouvement, surtout les plus jeunes, se rôdent, est Facebook, dont le rôle n'est nullement accessoire et pourrait au contraire fournir un passionnant terrain d'étude.

C'est là qu'en meute, les « insoumis » s'épaulent et s'émulent entre eux à celui qui chantera le plus fort « JLM2017 », prennent conscience les uns des autres, se sentent une force, se dotent des représentations de l'ennemi. Le mécanisme Mouffe-Laclau - identification à une figure, unification par opposition à l'ennemi – fonctionne là de manière chimiquement pure, quasi expérimentale. Sauf que l'ennemi n'est pas l'oligarchie en général, mais ceux que les insoumis côtoient sur les réseaux sociaux en raison d'une opposition commune, justement, à ladite oligarchie : les réseaux de followers ne les mettent pas en contact avec des banquiers, mais plutôt avec celui qui, comme eux, combat la finance et la politique des gouvernements de Hollande, mais qui ne les rejoint pas. Voilà donc l'Adversaire, car son attitude ne saurait être expliquée par ses idées, son parcours et des prises de position, mais pas une sournoise complicité avec l'Ennemi « socialiste » et oligarchique.

Gérard Filoche a offert une magnifique cible de ce type : à la fois fidèle au PS, peu sympathique à « JLM » et réciproquement, de toutes les manifs contre la loi El Khomri et principal déconstructeur de la politique antisociale des gouvernements Hollande, réagissant parfois de manière sanguine, il fut la victime d'un véritable rituel initiatique, rituel assumant la fonction du bizutage et du dépucelage pour le jeune « insoumis » : l'injure faite à Filoche sur Facebook, très rapidement non politique mais personnelle et corporelle, a joué pour des centaines d' « insoumis » le rôle de l'initiation l'incorporant au groupe des pairs, à la meute.

Dans la même période se systématisent les éléments de langage que l'« insoumis » reproduit inlassablement en croyant parler par lui-même. « Tambouille » et « carabistouille » des partis, « on est pas des poissons rouges »« gauche castor » (celle qui fait barrage : ce thème sera, à vrai dire, un peu plus tardif), et celui qui pense autrement, justement ne pense pas, mais fait du « JLM bashing », il est mû par cette maladie que serait le fait de ne pas aimer « JLM », et d'ailleurs, comme on a pu le voir ça et là dans certains messages, la « marque du fascisme », c'est quand les ennemis font exprès d'écrire « Mélanchon » au lieu de « Mélenchon » (gare aux fautes de frappe ! ).

Bien entendu, tous ne se comportent pas de manière aussi stupide : on trouve des « insoumis » pour ne pas tomber dans ces tics et éléments de langage, pour avoir une distance critique envers eux, et on les trouve, à vrai dire, à peu près exclusivement parmi celles et ceux qui ont un passé, politique, intellectuel, organisationnel. Mais ils cautionnent ou contemplent avec un attendrissement un peu inquiet ces développements, qui sont majoritaires et représentent le cœur, la doxa, le background, de la mentalité « insoumise ».

Il faut aussi préciser que cette mentalité, que se vit comme « jeune », n'est pas forcément le fait de jeunes réels. Ces derniers - les adolescents ou jeunes étudiants et lycéens - ne constituent nullement le gros des troupes, qui ont la trentaine ou la quarantaine, mais qui se vivent comme « jeunes » par rapport aux militants des « vieux partis » qu'elles côtoient ou rencontrent pour la première fois et ressentent comme des obstacles, sauf, et encore, lorsque ceux-ci, débris des expériences des dernières décennies, anciens communistes, socialistes ou militants d'extrême-gauche, forment leurs propres « groupes d'appui », qui sont alors des groupes de retraités. Le « jeune insoumis » se vit comme « jeune » dans la mesure où il se pense « vierge de tout engagement politique ou syndical », et l'on verra des septuagénaires dénoncer ces « vieux » qui ont toujours été dans « les partis », leurs « tambouilles et leurs carabistouilles ».

Alors que la grande séance d'échauffement sur Facebook avait largement commencé, survint un test d'orthodoxie : l'écrasement d'Alep Est, en décembre 2016, par l'aviation russe et, au sol, par l'armée de Bachar el Assad et les milices du Hezbollah, a suscité une horreur et une interrogation massives dans les couches sociales et électorales de la gauche en France. L'interrogation portait sur l'absence de mobilisation en défense des Syriens, et ne pouvait que s'adresser particulièrement à la première figure considérée comme à gauche du PS, J.L. Mélenchon, notoirement partisan de l'action russe en Syrie et amalgamant les résistants d'Alep aux « assassins de Charlie Hebdo ». Analyser, comprendre ces événements, et ces prises de positions contre le peuple syrien, demandait un gros effort que les « insoumis » décidèrent, spontanément, de ne pas faire, puisqu'il était douloureux d'admettre que sur ce sujet (et, du coup, sur pas mal d'autres …) leur idole se situait dans le camp qui aurait été, des années auparavant, celui des Pinochet et des tortionnaires.

Ceci devait être nié et inversé : les éléments de langage diffusés et répétés en boucle s'intensifièrent donc, chantant que, décidément, ceux qui n'aiment pas « JLM » ne reculent devant aucune « bassesse » et osent le traiter de complice d'un dictateur alors que cet homme de paix qui veut la paix entre les hommes dit pourtant à qui veut l'entendre qu'un bombardement, c'est très dur, très vilain et très triste : comment, alors, peut-on avoir la « bassesse » - mot-clef- de critiquer « JLM » ? Cela ne peut s'expliquer que par la présence du Mal radical et intrinsèque niché dans les entrailles de celui qui ose critiquer. Les « insoumis » passèrent leur test d'orthodoxie : ils mûrissaient pour d'autres épreuves …

(voir suite dans la seconde section)

(Suite de la première section)

L'épreuve des primaires du PS.

Lesquelles n'allaient pas tarder. La candidature aux présidentielles de J.L. Mélenchon avait été pensée dans un cadre conforme aux institutions, où les autres candidats les plus probables se seraient appelés Hollande et Sarkozy. On sait qu'il n'en fut rien, bien que J.L. Mélenchon ait insisté à plusieurs reprises sur le fait que le président de la République devait se présenter. L'imprévu survint, de ce point de vue, surtout lorsque la primaire du PS vit une défaite du gouvernement et de la direction du PS avec l'investiture de Benoît Hamon, environ 1,2 million de personnes ayant voté pour lui le 29 janvier 2017, dont pas mal d'électeurs de J.L. Mélenchon et certains « insoumis ». Ce dernier avait alors, s'il s'était placé dans une perspective « classique » visant à accéder au pouvoir en s'appuyant sur le mouvement social, une excellente marge de manœuvre. En prenant l'initiative de l'unité, il pouvait imposer celle-ci, en être le bénéficiaire, c'est-à-dire le candidat, et être élu.

Tout au contraire, il fit le choix d'exiger du candidat du PS investi contre les sommets du PS qu'il se rallie à son « programme » : c'est alors que, dans les éléments de langage « insoumis », « unité » (mot déjà détesté par les plus exaltés d'entre eux qui, sur les réseaux sociaux, l'écrivent « unitay » et l'assimilent à la trahison) fut amalgamé à « ralliement au programme de la France insoumise ». Benoît Hamon n'avait qu'à se rallier au « programme » dont la fétichisation s'intensifia – un programme rédigé par quelques uns, moyennant une convention automnale avec quelques « insoumis » tirés au sort et des contributions sur le net. Dans la réalité, l'importance du « programme » de la FI est inversement proportionnelle à l'invocation fétichiste et rituelle de celui-ci. De fait, l'argument du « programme » servit alors à convaincre l'insoumis de base de la mauvaise volonté de B. Hamon, alors qu'il ne s'agissait que d'un paravent : J.L. Mélenchon disposait du rapport de force qui lui aurait permis d'imposer l'unité à son avantage, mais ceci aurait fait de lui, non plus le candidat de la « France insoumise » sur les bases populistes et inter-classistes de celle-ci, mais le candidat de l'unité pour rompre avec la politique de Hollande, abroger la loi El Khomri, et barrer la route à Macron, Fillon et Le Pen. Il aurait alors été élu. Mais il n'en voulait pas.

L'épreuve de l'espoir.

Cela, bien que son capital électoral vienne précisément de ce que la grande majorité de ses électeurs, qui ne sont pas des « insoumis », sans compter d'ailleurs pas mal d'« insoumis » qui n'ont pas fait la distinction, le considèrent comme le candidat de l'unité de la « vraie gauche ». Tactiquement, son attitude envers la candidature Hamon visait à étendre le champ politique de la FI par la destruction du PS, dont l'essentiel de la base électorale devait revenir à Macron : une sorte de partage Mélenchon/Macron. Mais lorsqu'il s'avéra que le dynamitage de la candidature Hamon par le gouvernement et par la tête du PS fonctionnait très bien, Mélenchon apparut comme le « vote utile » de gauche. Les couches sociales qui s'étaient mobilisées contre la loi El Khomri se portèrent sur sa candidature. Il est important de saisir l'autonomie relative de ce processus, essentiellement indépendant de son discours « France insoumise » et de l'orientation de celle-ci, contrairement à ce qu'ils se sont imaginés.

Pendant une semaine ou deux, l'éventualité d'une présence de J.L. Mélenchon au second tour apparut comme une possibilité réelle. Malgré la division à gauche, le cadre initial de la « France insoumise », qui était celui d'une sorte de ligue se partageant les dépouilles du PS avec « En Marche », semblait pouvoir être dépassé par le mouvement propre de l'électorat, cherchant à surmonter la division en se centralisant sur le seul candidat ayant des chances de « passer ». J.L. Mélenchon envisagea alors sérieusement ce qui n'avait pas été, jusque là, l'objectif - devenir président de la V°République. Le fameux « programme de la France insoumise » était alors susceptible de toutes les modifications dans les discours du chef. Dans sa dernière intervention télévisée, à la veille du premier tour, il annonçait qu'il utiliserait à plein toutes les institutions de la V° République, par un gouvernement resserré et des ministres-commissaires. La « constituante » imaginée par les adhérents comme devant rapidement ouvrir la voie à un autre régime plus démocratique, devait en fait être octroyée par le président, en partie tirée au sort, et cantonnée à l'écriture d'une constitution déjà pré-rédigée ou presque : tout le contraire d'une constituante souveraine, démocratique. J.L. Mélenchon se préparait au rôle de Bonaparte.

D'où la déception véritable du soir du 23 avril. Le résultat était en fait logique, les 19,5% étaient en eux-mêmes un score considérable indiquant que la victoire, par une politique unitaire s'appuyant sur le mouvement ouvrier et la gauche revivifiée, rompant avec les années Hollande, aurait de la sorte été acquise, assurée. Par la politique inverse, voulant rompre non pas tant avec les années Hollande – comme le pensent les adhérents - qu'avec le mouvement ouvrier et la « gauche » en général, elle fut interdite.

Ce soir là, un J.L. Mélenchon souriant, assumant un score remarquable, appelant à déferler dans la rue le 1° mai, à battre Marine Le Pen le 7 mai et Macron aux législatives, aurait encore eu tous les moyens politiques, par le capital de confiance dont il disposait encore, de donner une perspective allant de l'avant aux forces qui s'étaient mobilisées pour lui, et au delà. Comme on le sait ce fut tout le contraire : le J.L. Mélenchon télévisuel de ce soir là fut digne de Léonide Brejnev un 1° mai sur la Place rouge dans ses dernière années

 

 

 

Complotisme et confusionnisme.

Pour les « insoumis », le schéma explicatif des événements, après la fétichisation du « programme », se verrouillait ainsi : Hamon a été une fabrication du grand manipulateur Hollande pour que Macron soit devant Mélenchon (l'autonomie du mouvement qui a battu Valls aux primaires du PS n'existe pas, ou n'a été qu'une manipulation). La théorie du complot à la place des rapports de forces sociaux et politiques s'impose comme explication passe-partout. D'ailleurs, beaucoup croient au trucage électoral le 23 avril, croyance que J.L. Mélenchon lui-même a délibérément stimulée. Calquant ce qui s'était passé lors du second tour Chirac/Le Pen 15 ans plus tôt, la théorie du complot sert aussi à décrire le second tour, où Marine Le Pen n'est appréhendée que comme une fabrication du « système » pour faire élire Macron.

En l'absence de toute perspective politique visant à aboutir à la défaite de celui-ci aux législatives, le choix du second tour, comme je l'ai évoqué plus haut, donna lieu à des déchirements entre « insoumis », d'autant que la frange de ceux-ci qui penche pour le vote Le Pen, exclu de leur « consultation », n'est pas négligeable. Les sondages d'entre les deux tours donnaient de 17 à 20% d'électeurs Mélenchon du 1° tour penchant pour Le Pen au second. Selon les sondages de sortie des urnes le 7 mai, ils ne furent heureusement que 7%. Ce décalage s'explique probablement par le fait que la base électorale, les 19,5% du 23 avril, relève très majoritairement de la « gauche » et du mouvement ouvrier classiques, plus des jeunes inscrits sur les listes électorales depuis 2012, et n'a comporté que fort peu d'électeurs FN qu'aurait attiré la rhétorique nationale de la « France insoumise ». Par contre, si l'on « monte » dans celle-ci, on trouve de plus en plus d'éléments nourris par ces thèmes, se voulant « anti-système » et s'abreuvant au complotisme sur le net. Donc, peu d'électeurs FN auraient été véritablement captés par la ligne « France insoumise » au premier tour, mais par contre la confusion politique aurait été nourrie par elle dans ses propres rangs.

La « consultation » des « insoumis » entre les deux tours permit, en outre, de mesurer la dimension effectivement prise par le mouvement. Sur pas loin de 500.000 adhérents revendiqués, c'est-à-dire ayant simplement cliqué leur soutien à J.L. Mélenchon sur internet, 243.128 ont voté (dont 65% pour le vote blanc ou le non-vote). La réalité « militante » effective correspondant à ceci consiste dans quelques dizaines de milliers de participants actifs, qui vont ensuite se mobiliser pour les législatives.

Structuré par une vision de plus en plus complotiste – si nous n'avons pas été au second tour c'est en raison de la machination « Hamon », nous sommes des victimes, les « médias » nous en veulent à mort, etc. - la vision du monde « insoumise » repose en outre sur l'appropriation totale, sous la forme la plus naïve qui soit, de la dynamique de la campagne Mélenchon en général : à la limite, « l'insoumis » pense que c'est lui qui a fait 19,5 % des voix et qu'il y a 7 millions d' « insoumis » dans le pays, lesquels vont forcément, de manière d'ailleurs amplifiée, se porter sur lui aux législatives.

Les législatives, ou le mythe contre la réalité.

Dans le vrai monde, l'affirmation unilatérale et l'exigence de ralliement inconditionnel au « programme » (toujours le programme présidentiel bien qu'on en soit aux législatives) de la FI ont une fonction réelle prépondérante et une seule : faire battre les candidatures issues du PS ou du PCF qui s'opposent réellement à Macron et à la casse du code du travail. C'est mathématique : plus le score de la FI sera haut, plus Macron aura une majorité. Croire que le vote FI représente, et même qu'il serait le seul à représenter, l'opposition à Macron, à la loi Travail, à la casse du code du travail, et l'aspiration démocratique à une autre république, peut se comprendre, mais constitue dans cette situation une inversion idéologique chimiquement pure : le vote FI n'aboutira pas forcément à un groupe parlementaire FI, mais sans aucun doute à un maximum d'élu macronistes.

Dans le projet politique réel de J.L. Mélenchon, l'éradication des partis issus du mouvement ouvrier reste l'alpha et l'oméga et cette éradication s'opère de facto en complémentarité avec Macron. La synthèse des héritages bureaucratiques du mouvement ouvrier (Mitterrand, Marchais, Lambert !) se retrouve au fond encore ici, car le rôle de protection du régime, en l'occurrence de garde-flanc de la tentative de rénovation de la V° République par Macron, qui fut longtemps principalement celui des vieux partis bureaucratiques, est à présent largement passé, de manière instable, à la FI.

De manière instable, car la cristallisation d'une organisation agissant sur le terrain ne s'est véritablement opérée qu'avec les législatives et que le gouffre est tel entre l'espoir et le désir, et le rôle réel joué par celle-ci, que les lendemains qui déchantent ont souvent d'ores et déjà commencé. Tentons maintenant de faire le point sur la nature de cette organisation et donc sur son devenir possible.

Caractéristiques générales du mouvement.

Nous pouvons la caractériser à partir de trois points.

Sa forme est verticale. Le comique est donc dans la proclamation répétée de « l'horizontalité ». Cette horizontalité est réelle entre adhérents : elle signifie le moins de structures possibles. Pas de mandats, pas de statuts, pas de courants – pas de démocratie organisée. Cette « horizontalité » est donc la garantie de la parfaite et radicale verticalité de l'organisation : un chef suprême charismatique, un petit aréopage de portes-paroles, une piétaille « horizontale » où personne, certes, n'a d'obligations – car aucun n'a de pouvoir ni donc de droit sur l'organisation.

De son orientation, nous avons déjà dit pas mal de choses. La substance de celle-ci est le populisme tel que défini au début de cet article. Le Programme est un fétiche, qu'il faut brandir mais qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu. Notons un dernier trait, fort important : la vision du monde, les conceptions géopolitiques de la FI n'ont rien de nouveau, et procèdent totalement de la division du monde en camps géostratégiques héritée de la guerre froide, réactualisée par les guerres du golfe, et jouant à plein son rôle réactionnaire avec l'Ukraine et la Syrie. Ce point est important car il nous montre la continuité entre héritage stalinien et idéologie populiste. Cette idéologie ne naît pas comme une rénovation, mais elle naît de l'absence ou de l'insuffisance de rénovation des idées et des concepts dans les mouvements émancipateurs -et ceux qui depuis des années combattent pour ce faire ont donc leur part de responsabilité dans la dimension régressive actuelle du phénomène.

Troisième point, la composition sociale du mouvement ou plus exactement la manière dont celui-ci se perçoit, mérite le terme de « petit-bourgeois ». Non pas directement, car la position sociale réelle de la majorité des adhérents est bien entendu le salariat, et souvent le précariat, dont le précariat intellectuel, à l'instar par exemple, en grande partie, de Nuit debout. Ces couches pourraient donc parfaitement rejoindre et dynamiser la lutte collective et l'organisation du salariat, mais l'idéologie ici s'y oppose : nous ne sommes pas des « travailleurs », nous sommes des individus-citoyens atomisés agissant au coup par coup. S'imaginant parfois libertaire, nous avons là une approche de l'action politique littéralement libertarienne : choix d'achat de logo et d'action, sans responsabilité collective, sont ainsi théorisés.

Pourquoi ?

Comment a-t-on pu en arriver là ? Il faut mesurer la durée, de longues années, des déceptions et tâtonnements sans résultats. La « gauche au pouvoir » a mené des politiques de droite. De grands mouvements sociaux et certaines percées politiques ont tenté de dégager des issues, mais n'y sont pas arrivés car ils étaient en dernière instance toujours dominés par l'héritage du XX° siècle, les appareils bureaucratiques des vieilles organisations.

Les mouvements sociaux furent 1995, 2003, 2006, 2010.

 

Les percées politiques : les 11% des candidats « trotskystes » aux présidentielles de 2002, noyées dans l'union nationale « contre Le Pen » dans les jours qui suivirent ; le Non de gauche au Traité constitutionnel européen et à Chirac en 2005, qui fut victorieux mais sans suite, notamment en raison de la « synthèse » voulue par MM. Fabius et Mélenchon (alors alliés) au PS ; et la campagne Mélenchon de 2012 avec le Front de Gauche.

Aujourd'hui il y a une relative déconnexion entre FI et grands mouvement sociaux, alors qu'après l'échec du mouvement de défense des retraites de 2010, la campagne Mélenchon de 2012 avait pris un caractère social, de quasi manifestations, que nous n'avons pas en 2017 (où les effectifs, de la place de la République à la Canebière, sont à peu près les mêmes, mais dont le caractère est différent). Le bruit de fond de grèves dans des centaines d'entreprises et de services est indépendant des processus politiques directs, et le mouvement contre la loi El Khomri, malgré le fait certain que des milliers de syndicalistes CGT, FO, FSU et Solidaires ont ou avaient a priori une position très favorable à la candidature Mélenchon, a été dans sa première lancée (mars 2016) la recherche d'un nouveau type d'affrontement, distinct des précédents mouvements.

Le phénomène « insoumis », c'est-à-dire le fait que le projet populiste de Mélenchon rompant avec le mouvement ouvrier ait pris jusqu'à un certain point, s'explique par les régressions et les confusions induites par ces échecs successifs, la politique ayant horreur du vide. Il n'y a pas sérieusement lieu de le comparer par exemple à Bernie Sanders, qui, par un apparent paradoxe, est quant à lui plus proche du socialisme historique américain d'Eugène Debs et Fenner Brockway, tout en ayant représenté dans le parti démocrate le début d'explosion du système politique américain, ni à Jeremy Corbyn qui se situe totalement dans le ventre du vrai mouvement ouvrier et du réformisme de gauche, ni même à Syriza, coalition procédant principalement des strates successives du communisme grec. Les comparaisons les plus pertinentes sont Podemos et le Mouvement Cinque Stelle en Italie, tous les deux également pourvus de chefs charismatiques, Pablo Iglesias et Beppe Grillo.

J.L. Mélenchon s'est inspiré de Podemos où l'on retrouve la mode Laclau-Mouffe mais Podemos procède d'un mouvement social et de mobilisations collectives, nationales, régionales et municipales, ce qui s'oppose complètement au schéma de la « France insoumise » et fait, comme on l'a dit, de P. Iglesias un chef charismatique moins puissant (à son grand dam). Le M5S en Italie a parmi ses adhérents un fond idéologique beaucoup moins « à gauche », certes, mais justement parce que la liquidation de la gauche politique a déjà largement eu lieu en Italie. Le M5S ne cherche pas à la réaliser, mais à se jucher sur les décombres. La FI en France a été construite pour détruire le mouvement ouvrier politique, ce qui reste à faire, et qui ne doit pas être confondu avec l'effondrement électoral du PS car le mouvement ouvrier politique c'est un tissu toujours vivant, en large complémentarité d'ailleurs avec les syndicats – et des éléments d'antisyndicalisme, prolongeant l'agressivité contre tout ce qui est « vieux » et fait partie du « système », sont perceptibles dans les rangs « insoumis ».

Si toute cette agressivité cultivée en interne et sur les réseaux sociaux passait dans la vraie vie, avec comme objectif la destruction des « partis » et de leur « tambouille », en raison par exemple d'une sectarisation accrue par des déceptions dans un contexte social de plus en plus tendu, la FI pourrait devenir un foyer possible pour de graves dérives - c'est terrible de dire cela, n'est-ce pas, et cela ne concerne pas forcément la plupart des « insoumis », sans doute, mais c'est une conséquence logique de la place d'un tel mouvement dans les rapports sociaux et politiques au moment présent, une dérive possible, certes non inévitable, dont les racines procèdent de ce que pensent, disent et font les dirigeants de cette organisation.

Il doit être clair que l'héritage organisationnel constitué principalement par le PS et le PCF, en somme, n'est pas à défendre et à préserver en tant que tel et que d'ailleurs il se détruit très bien tout seul. Mais la FI n'est pas la solution à sa crise, elle est le stade suprême de celle-ci. Sa capacité de nuisance va profiter à Macron, mais va échouer contre le mur des réalités sociales. Il est essentiel que, de cet échec dont on peut se risquer à dire, avant même le premier tour des législatives, qu'il a commencé, les leçons soient tirées. Que tous ceux qui ont voulu « les jours heureux » comprennent que le débat démocratique et la lutte sociale sont les seules méthodes pour y parvenir. Que nous reconstituions, au plus vite, des cadres politiques de confrontation et de débat. Leur reconstitution ne se fera pas en se laissant intimider par ce « mouvement », mais en polémiquant ouvertement contre lui. Que la FI ne soit pas le dernier épisode, « la mort et le néant » comme dit son chef en croyant viser ailleurs. Mais l'avant-dernier, avant la démocratie.

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 11:17

Elections législatives second tour / déclaration du PCF

 

 

Le second tour de l'élection législative de dimanche prochain 18 juin revêt aujourd'hui une importance nouvelle suite au bouleversement politique du 1er tour. L'urgence est à la mobilisation face aux candidats d'Emmanuel Macron, des Républicains qui cherchent à installer une majorité libérale écrasante et ceux du FN, qui continuent à faire prospérer leurs idées de haine, de racisme et d'exclusion.

Après le premier tour, nous devons faire face à deux risques majeurs.

Le premier concerne la démocratie dans notre pays. En effet, les candidats d'Emmanuel Macron qui, dans le contexte d'une abstention historique, ont obtenu moins de voix qu'au premier tour de l'élection présidentielle, pourraient obtenir 80 % du nombre de sièges à l'Assemblée nationale, 90 % avec les Républicains.

La diversité politique de notre pays serait ainsi effacée et notamment celle de la gauche qui avait réuni 9 millions de voix autour des candidatures de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

Le deuxième risque est qu'Emmanuel Macron et son premier ministre issu des rangs Républicains s'appuient sur cette anomalie démocratique pour amplifier les politiques libérales et d'austérité et pour emmener notre pays vers une casse sociale généralisée.

Face à ces deux menaces, l'urgence est d'élire dimanche prochain 18 juin, partout où ils sont présents au second tour, en Métropole et en Outre Mer, des députés communistes et Front de gauche, des députés de la France insoumise et d'autres forces de gauche, qui sont prêts, aux côtés des forces sociales, à combattre la casse du Code du travail par ordonnances, la hausse de la CSG, la diminution drastique du nombre des fonctionnaires, la remise en cause des services publics, comme des moyens des collectivités territoriales, la restriction de nos libertés publiques, l'amplification des politiques de soutien à la finance.

La victoire de ces candidat-e-s de gauche et de progrès social est possible.

Nous appelons les électrices et les électeurs de gauche, qu'ils aient voté ou qu'ils se soient abstenus au premier tour, à se mobiliser autour de ces candidatures et à permettre ainsi l'élection de femmes et d'hommes de terrain, qui ont toujours combattu les politiques d'austérité, et les injustices. Des femmes et des hommes qui ont inlassablement été du côté de l'Humain d'abord face aux puissances de l'argent. Des candidat-e-s qui n'ont jamais renoncé à leurs valeurs et à leurs engagements.

Des femmes et des hommes sur lesquels les citoyens continueront de pouvoir s'appuyer.

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Published by bruno fornaciari - dans ELECTIONS PCF
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BRUNO FORNACIARI

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