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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 10:40

État palestinien : les députés ont rendez-vous avec l’histoire

Le vote décisif de la France pour construire la paix

GAËL DE SANTIS

VENDREDI, 28 NOVEMBRE, 2014

63 % des Français, selon l'Ifop, se prononcent en faveur de la reconnaissance de la Palestine.

Vendredi, l’Assemblée nationale entame les discussions sur une résolution qui invite le gouvernement à reconnaître l’État de Palestine.135 pays ont déjà franchi le pas. Le vote du Parlement français enverrait un signal fort aux autorités israéliennes, enferrées dans une fuite en avant nationaliste.

Mahmoud Abbas sera-t-il reçu un jour en France comme un chef d’État ? C’était le cas en Afrique du Sud, mercredi, où le président palestinien a eu droit à tous les honneurs. Et pour cause, l’Afrique du Sud, héritière de la lutte anti-apartheid, fait partie des 135 nations qui ont reconnu l’État palestinien. C’est justement ce qui est en débat dans le « pays des droits de l’Homme » ce vendredi, à l’Assemblée nationale. Les députés socialistes ont déposé une résolution invitant « le gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit ». Ce texte, qui sera voté mardi, n’est pas contraignant, mais fera pression sur le gouvernement français afin qu’il s’implique davantage dans la résolution du conflit. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a d’ores et déjà annoncé que la France se portait candidate pour accueillir une conférence de paix. C’est une exigence pressante des Français puisque, dans un sondage Ifop réalisé pour l’Humanité, 63 % des personnes interrogées estiment que « le temps est venu pour les Palestiniens d’avoir leur propre État ». C’est chez les sympathisants du Front de gauche que cette demande est la plus forte, avec 85 % d’opinions favorables, devant les proches du Parti socialiste (79 %), de l’UMP (56 %) ou du FN (50 %).

Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, devrait s’exprimer ce vendredi devant les parlementaires. Il s’est déjà dit « favorable à la reconnaissance » d’un État palestinien « sur le principe ». Mais, pour l’heure, il louvoie. Quel que soit le résultat du vote, « je le répète. Je ne veux pas d’ambiguïté. C’est au gouvernement, au président de la République de prendre, au moment venu, la décision », insistait-il mercredi sur les ondes de France Inter, ajoutant qu’une reconnaissance aujourd’hui « ne change(rait) rien sur le terrain ».

Faire justice au peuple palestinien

Au contraire, c’est une urgence. 380 000 colons sont installés dans les territoires palestiniens, rognant chaque jour plus de terres, au point que la question d’un État viable est posée. Il est vrai qu’au lendemain du vote, tout resterait à construire. Depuis la négociation des accords d’Oslo, « en 1993, on ne perçoit à aucun moment une volonté réelle d’aller vers une négociation qui permette la création d’un État palestinien », déplorait, dansl’Humanité mercredi, le député Front de gauche François Asensi, qui, dès 2012, avait demandé que le Parlement français invite le gouvernement à reconnaître l’État de Palestine. Pour l’élu, « cette reconnaissance permettrait non seulement de faire justice au peuple palestinien, mais encore, c’est une condition de la sécurité des Israéliens (…) Il n’y aura pas de paix durable sans justice ».

La décision symbolique du peuple français est de première importance, estime Nordine Idir, le secrétaire du Mouvement jeunes communistes de France, qui a déposé une pétition signée par 30 000 personnes au Quai d’Orsay jeudi : « Ce serait la reconnaissance du droit des Palestiniens à vivre sur leur terre, à vivre dans leur État. Cela doit ouvrir un cycle qui permet de réaliser ce droit. »

30.000 pétitions déposées au Quai d'Orsay, pour un État Palestinien & 1 paix juste & durable! #FreePalestinepic.twitter.com/OuRLDfq0OS

— Jeunes Communistes (@_MJCF) 27 Novembre 2014

Le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, qui appelle à plusieurs rassemblements vendredi (1), estime que « ce premier pas aura des conséquences non négligeables puisque Israël sera alors reconnu officiellement comme occupant le territoire d’un État souverain ». Des propos qui font écho à ceux exprimés dans nos colonnes le 17 novembre par Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France et signataire d’un appel aux parlementaires européens à officialiser un État palestinien : « Une fois que (celui-ci) sera proclamé, il faudra négocier sa mise au monde, ses frontières, sa configuration, son caractère. Mais l’existence même d’un tel État bouleverserait la nature des négociations qui impliqueraient non plus une autorité improbable mais un État reconnu par la communauté internationale. »

C’est bien ce qui gêne la droite de la droite au pouvoir à Tel-Aviv. Le vote favorable du Parlement français enverrait un signal fort aux autorités israéliennes entraînées dans une fuite en avant nationaliste, le dernier exemple étant la volonté de faire d’Israël un État national juif. Sur cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, deux, la Russie et la Chine, reconnaîtraient la Palestine, et deux autres, le Royaume-Uni et la France auraient vu leur Parlement appeler leur gouvernement à le faire. Le premier ministre, Benyamin Netanyahou, s’indigne à chaque fois qu’un gouvernement – la Suède le 30 octobre – ou un Parlement – au Royaume-Uni le 13 octobre, en Irlande le 22, et en Espagne le 18 novembre – fait un pas en ce sens. Il faut dire que le mouvement fait boule de neige. Le Parlement européen pourrait être amené à se prononcer sur le sujet. « Je crois qu’on va voter en décembre », a déclaré jeudi le président de l’Assemblée de Strasbourg, le social-démocrate allemand Martin Schulz.

Ce mouvement est encouragé par les Palestiniens. Lors d’une réunion des collectivités locales solidaires avec la Palestine, le président Mahmoud Abbas a appelé « tous les pays de l’Union européenne qui n’ont pas encore reconnu l’État de Palestine (…) à le faire », remerciant la Suède, le Royaume-Uni et, par avance, la France. Jeudi, à Paris, le fils du dirigeant palestinien Marwan Barghouti emprisonné en Israël, Qassam Barghouti, a indiqué qu’il assisterait aux débats. « J’espère que pendant mon séjour ici, on verra la France prendre la tête de l’Europe pour la reconnaissance de notre État (…). Les élus de ce grand peuple épris de liberté ne peuvent que se prononcer pour le droit et la justice. »

(1) À Paris, fontaine des Innocents, vendredi à 18 h 30.

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Published by bruno fornaciari - dans INTERNATIONAL Israël - Palestine
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