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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 03:10

Les opposants au travail du dimanche affûtent leurs arguments

FANNY DOUMAYROU

DIMANCHE, 7 DÉCEMBRE, 2014

PIERRE ANDRIEU / AFP

Le Front de gauche, l’intersyndicale du commerce Clic-P et des associations organisaient jeudi à Paris une « assemblée «populaire ». L’occasion de démonter pièce par pièce le discours des tenants de la déréglementation des horaires de travail.

Veillée d’armes chez les opposants au travail du dimanche. Alors que le projet de loi Macron, prévoyant la déréglementation des horaires dans le commerce, est présenté ce mercredi en conseil des ministres, le Front de gauche, l’intersyndicale parisienne du commerce Clic-P et des associations comme Femmes-égalité organisaient jeudi soir à Paris un meeting pour populariser les arguments contre cette libéralisation. Et motiver les troupes pour faire reculer le gouvernement.

Le contexte était favorable car le matin même, la mission d’information et d’évaluation (MIE) du Conseil de Paris avait rendu un rapport prenant nettement le contre-pied du projet gouvernemental, en s’opposant à une extension massive du travail du dimanche dans la capitale (voir notre édition du week-end). Un premier point d’appui, dans une bataille qui ne fait que commencer. « Le projet de loi sera débattu à l’Assemblée nationale en janvier pour un vote fin janvier, puis au Sénat en mars 2015, a détaillé Didier Le Reste, élu communiste à Paris et animateur du Front des luttes au sein du Front de Gauche. La généralisation du travail du dimanche est toujours présentée au nom de la liberté de consommer partout à n’importe quel moment, au nom de la relance économique. Mais il faut parler de l’impact sur les conditions de vie et de travail des salariés, sur les petits commerces, sur le vivre ensemble ».

Alors que le Medef annonce entre 90.000 et 300.000 créations d’emplois dans le commerce et le tourisme en cas de banalisation du travail le dimanche et en soirée, que l’UCV (patronat des Grands magasins parisiens), promet 2.000 emplois de son côté, l’argument a été mis en pièce par les intervenants. De façon humoristique par Karl Ghazi, de la CGT-commerce : « Si je vous disais qu’en faisant tourner les usines automobiles jour et nuit, on vendrait plus de voitures, cela vous ferait rire », a-t-il lancé, en moquant l’argument patronal. De façon lapidaire par l’économiste Gérard Cornilleau, de l’OFCE, qui a juré que cinq minutes lui suffiraient largement pour sa démonstration : « Aujourd’hui, il n’y a pas de rationnement de la consommation, si ce n’est par le revenu. Il faut d’abord sortir de la crise pour relancer la consommation, ce n’est pas une question d’ouverture des magasins. Il n’y a aucune justification économique à cette volonté de modifier les horaires d’ouverture. » De façon concrète par Bernard Demarcq, de la CGT du Printemps Haussmann à Paris, qui a rappelé que son magasin, entre 2007 et 2014, n’a cessé d’élargir les amplitudes horaires, le travail du dimanche, des jours fériés et les nocturnes… en supprimant dans le même temps quelque 1306 équivalents temps-plein. Et d’accuser la direction du Printemps d’avoir « trompé la MIE » (mission d’information et d’évaluation du Conseil de Paris, NDLR), en gonflant artificiellement le chiffre d’affaires des dimanches, en encaissant ce jour-là des achats effectués en semaine.

Le volontariat des salariés sera-t-il garanti comme le promet Macron ? « C’est une escroquerie, a dénoncé Emmanuel Giraud, inspecteur du travail. D’abord on fait travailler des étudiants mais ensuite, tout le monde est obligé de suivre ». Et Laurent Degousée, de Su-commerce, d’illustrer par trois exemples le degré de liberté du salarié : « Chez Virgin, les contrats de travail comprenaient la mention « vous vous déclarez volontaire pour travailler le dimanche ». Au Sephora des Quatre-temps, déjà ouvert le dimanche jusqu’à 19 heures, la direction veut repousser la fermeture à 20h30. Elle a dit aux salariés que s’ils n’acceptaient pas, elle les ferait basculer en semaine, ce qui leur ferait perdre la majoration de 100%. Chez Aeroboutique à Gare du Nord, les salariés qui refusaient de venir le dimanche ont reçu des lettres de menaces de la direction. »

La loi Macron « est une offensive d’envergure pour faire sauter un important verrou, le repos du dimanche, a dénoncé Ana Azaria, de Femmes-égalité. Directement visées par cette offensive, les femmes des milieux populaires. On parle des Grands magasins à Paris, mais la loi va concerner tout le pays, et surtout des femmes qui sont majoritaires parmi les vendeuses, les caissières, les agents d’entretien ». Et la féministe d’évoquer les retombées sur la santé de ces femmes, sur leur vie de famille et de couple, sur le suivi scolaire des enfants : « Des études ont montré le lien entre l’échec scolaire et le manque de disponibilité des parents. Ces femmes seront, en plus de tout, culpabilisées !» Conséquences sur la santé, la famille, mais aussi sur la ville avec la menace de disparition du petit commerce soulignée par un représentant de la Confédération des commerçants de France – seul « patron » à avoir accepté l’invitation des organisateurs -, et par Danièle Simonnet, conseillère de Paris (Parti de gauche), qui a dénoncé le risque d’uniformisation des villes avec l’hégémonie des grandes enseignes.

« On peut gagner sur certains points, il faut faire pression sur le groupe socialiste et il faut mener une campagne », a souligné Jacqueline Fraysse, députée communiste des Hauts-de-Seine, tandis que Martine Billard, du Parti de gauche, en appelait aussi à gagner les « frondeurs » du PS pour « faire chuter cette loi Macron ». En attendant, les organisateurs ont annoncé une campagne de cartes postales à envoyer au président Hollande, lui rappelant ses propos hostiles au travail du dimanche, de l’année 2008 où député, il s’opposait à la loi Mallié de la droite…

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Published by bruno fornaciari - dans SOCIETE
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