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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 07:21

Pourquoi la gauche a-t-elle besoin d’un projet de transformation sociale ?

Face à l’hégémonie néolibérale et aux attentes populaires

MARDI, 25 NOVEMBRE, 2014

Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF

Par Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, Pierre Zarka, président de l’Observatoire des mouvements de la société et Christian Picquet, porte-parole de Gauche unitaire.

C’est la refondation de la gauche qui est posée ! par Marie-Pierre Vieu Membre du comité national du PCF

C’est Philippe Marlière, politologue et « socialiste affligé » qui écrit, dans Gauche, ne plus tarder, que les mesures phares de « l’Humain d’abord » sont globalement moins anticapitalistes que celles du programme commun de 1972. Pas un jugement de valeur, cette incise dans notre débat ne vise qu’à démontrer une chose : tout projet transformateur est intimement lié au moment présent et aux rapports des forces en vigueur. Il s’inscrit bien sûr dans le mouvement général pour l’émancipation et dans le combat séculaire de la gauche. Mais nous ne sommes ni en 1945, ni en 1981, ni même en 1997, mais sous le coup de l’offensive libérale d’un capitalisme mondial financiarisé, au cœur d’un remodelage global de notre société tendant à détruire, pour les recomposer, les cadres et institutions qui l’ont nourrie et structurée. Répondre aux besoins fondamentaux nous amène aujourd’hui à peser sur les terrains structurants de cet affrontement : celui du dépassement de l’austérité par la sécurisation de l’emploi et des parcours de vie face à la précarisation généralisée en France comme en Europe ; celui du partage des richesses et de l’égalité par la redistribution fiscale et sociale, les services publics ; celui de placer notre planète au-dessus du productiviste et intégrer le paradigme écologique dans la notion de développement ; celui des droits et d’une VIe République citoyenne qui nous libèrent au lieu de nous encadrer et de nous soumettre ! Depuis le 6 mai 2012 et l’élection de François Hollande, il n’en va pas seulement d’un renoncement de plus d’un gouvernement socialiste après dix années de droite dure. Face à la « France entravée », il s’agit de nous délester de tous ces acquis et repères qui ont scellé le pacte social et républicain, le bien commun de notre nation, et nous ont soumis à la seule loi de la compétition : choc de compétitivité, réforme des collectivités, réduction drastique du périmètre public, politiques ouvertement sécuritaires, soumission totale aux marchés et à la BCE, tandis que le Medef est ouvertement institutionnalisé comme partenaire privilégié. Et pour user des termes de Jean-Christophe Cambadélis, il s’agit encore de créer le « nouveau pôle réformiste » en capacité d’imposer cette feuille de route. L’urgence démocratique révélée encore lors des scrutins des municipales et européennes atteste de la violence des maux créés par cette politique, affectant en profondeur la personne, paralysant l’électorat de gauche. Et, sauf à lier la question du projet transformateur à celle de l’alternative à gauche et du rassemblement majoritaire pour la gagner, grandit le risque de marginaliser tout combat progressiste. L’urgence n’est pas à faire le dos rond face à l’adversité d’un Medef dopé, une droite extrémisée, un FN publiquement banalisé, mais à ouvrir un espace neuf pour faire converger et cheminer ensemble les forces et personnes disponibles pour l’alternative. Conscientes que c’est la refondation de la gauche qui est posée ! Ce combat, nous le gagnerons dans le rassemblement politique incluant les forces discordantes du PS ; dans une construction partagée avec le mouvement social, d’où l’importance de poursuivre et structurer le mouvement contre l’austérité. Mais il est plus global. « Cela commence par recréer une conscience de gauche, une conscience collective », souligne la féministe Caroline De Haas. Ce combat est aussi celui pour la bataille de perspective et l’hégémonie culturelle, il est celui d’une action de proximité sur le terrain du travail, dans les quartiers populaires, la jeunesse, les intellectuels. La construction d’« assises de la transformation sociale et écologique » proposées par le Front de gauche, et dont le premier comité d’initiative a lieu cette semaine, vise à l’émergence de cette unité nouvelle, sans raccourci aucun, dans une démarche démocratique et populaire à la hauteur de l’espoir que nous voulons générer à gauche.

Le processus a besoin d’un horizon par Pierre Zarka Président de l’Observatoire des mouvements de la société

L’époque où le rendement du capital s’indexait essentiellement sur la production industrielle est close. De ce fait, est close l’époque de compromis « fordien » entre capitalistes et revendications populaires. La société ne restera pas ce qu’elle est. Elle ne peut que basculer soit davantage dans la sauvagerie capitaliste soit vers une société de mise en commun. L’espace de compromis qu’occupait le Parti socialiste n’existant plus, Valls et Hollande annoncent qu’ils ne changeront pas de cap. Ils accentuent même la brutalité de leur politique. La situation est délétère, la société s’effrite, les tensions montent. Cela situe l’urgence. Or, après avoir vérifié que faire pression sur le PS ne déboucherait pas, un grand nombre de personnes deviennent disponibles pour une autre voie. Il y a comme une attente non formulée d’autre chose. On y répondra que par de l’inédit, en redéfinissant un processus révolutionnaire. Le Front de gauche évoque le rôle du peuple. Mais encore faut-il préciser comment le peuple exerce réellement un rôle directement transformateur. Le rapport à l’acte institutionnel a besoin d’être revu. Réservé aux seuls élus, il est par essence délégataire et nous ne sortons pas de cette espèce de division des tâches désastreuse entre politique et revendicatif. Division qui éparpille les forces et enferme ceux qui luttent dans le rôle de demandeurs. Nous devons surmonter la dissociation séculaire entre luttes sociales, élaboration d’axes transformateurs et construction politique pour en faire un mouvement d’ensemble. Là et seulement là est l’ancrage d’un nouveau type de construction politique. Il n’y a de mouvement d’ensemble que dans la mesure où on conçoit ses propres revendications comme facteur d’un autre fonctionnement de la société. La Sécu est née quand des salariés ont pensé que les solutions à leurs propres revendications pouvaient dessiner un ensemble cohérent. La conscience de classe est un pour-soi que l’on sait rendre valable comme fonctionnement de la société. Cela interroge la prégnance de l’État sur nos esprits. Traditionnellement, partis, syndicats, citoyens font découler les transformations du pouvoir d’État, sans penser les actions populaires comme des forces instituantes, c’est-à-dire productrices de règles de portée générale. Faut-il avoir le dos au mur pour penser mettre son entreprise en coopérative ? Ne peut-on pas envisager cette démarche à l’échelle de la société tout entière ? Rares sont les luttes qui ne se heurtent pas à la logique du capitalisme, même si elle ne le savent pas toujours. Or l’attente de dépasser la protestation et de rendre immédiats les effets de l’action peut rendre sensible à des démarches et solutions fédératrices. Le processus de transformation ne se limite pas à une addition de mesures, mais suppose des actes qui s’en prennent d’emblée aux outils d’exploitation et de domination. Ce qui implique un horizon. Non pas un programme détaillé, mais un ailleurs vers lequel aller. Chaque acquis structurel a été lié à la vision d’une autre organisation sociale. La création de la Sécu ne doit-elle rien à l’idée qu’on se faisait alors du communisme ? Qu’y a-t-il de commun entre un enseignant et un ouvrier spécialisé ? Ni leurs revendications ni leur mode de vie mais peuvent être l’organisation de la société dont ils ont besoin. Encore faut-il qu’ils puissent s’y projeter. La conception trop courante du processus est celle d’une alternative qui se révélerait comme une heureuse surprise au bout d’une succession de transformations. Mais ces transformations ne pourront se faire que si nous concevons que la chronologie de la pensée capable de les produire n’est pas la chronologie des événements. Certes, dans les faits, l’avenir vient après le présent. Mais pas dans le domaine des idées qui influent sur les actes. Sans vision du but, le présent devient aléatoire. L’agir a besoin d’inclure la conceptualisation d’un autre système. Tâche urgente pour le Front de gauche, en en faisant l’affaire du plus grand nombre. C’est à mesure que se dégageront idées et comportements nouveaux que le rapport de forces bougera.

Oser gouverner à gauche par Christian Picquet Porte-parole de Gauche unitaire

En septembre, Gauche unitaire éditait un manifeste qu’elle intitulait : « Valls, ça suffit ! Vite, une nouvelle majorité rose-verte-rouge ! » Depuis, qui ne constate que l’urgence se fait plus pressante ? L’échec de la politique de l’offre et de l’austérité budgétaire ne fait plus de doute. L’investissement recule, la récession et la déflation guettent l’Europe, le chômage et la précarité progressent sans cesse, la désertification industrielle dévaste nos territoires. Pire, dans le chaudron de la souffrance sociale, de la destruction des protections collectives, de l’affaissement de la République, d’une crise politique et démocratique majeure, d’un désarroi massif, c’est une catastrophe qui se prépare. Qui verrait une droite ultraradicalisée, une extrême droite dopée par ses succès et un patronat de combat ne plus avoir d’adversaire, la gauche tout entière se trouvant marginalisée pour longtemps. L’heure est moins que jamais à la facilité des discours de dénonciation ou à la résignation devant des divisions génératrices d’impuissance. Alors que le mouvement populaire se retrouve sur la défensive, n’attendons pas des lendemains qui verraient la gauche anti-austérité enfin créditée de sa lucidité. Si un espoir politique ne renaît pas vite, la France risque de connaître des heures sombres. C’est la raison pour laquelle il importe de mettre sans délai, dans le débat public, les quelques objectifs d’intérêt général permettant de convaincre qu’une autre politique est possible. Et de porter, sur cette base, l’offre de nature à rassembler de nouveau les forces vives de la gauche. De la faillite des orientations conduites au sommet de l’État, découle de facto la politique alternative. Il est grand temps d’oser gouverner à gauche. D’user d’une dépense publique réorientée vers les besoins populaires, la création d’emplois et la transition écologique, pour initier une relance fondée sur un autre modèle de développement. D’affronter les logiques financières de court terme qui sont responsables des difficultés du pays. De promouvoir la justice fiscale, en commençant déjà par la mise à contribution des dividendes versés aux actionnaires des grands groupes, des revenus financiers des entreprises, des placements spéculatifs. De stimuler la demande intérieure grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires et des retraites. De s’atteler à la refondation républicaine de la France, seule à même de restaurer l’égalité et d’interrompre le processus éloignant les citoyens de la politique. De rompre avec cette mise sous tutelle de la souveraineté populaire par la Commission de Bruxelles et la droite conservatrice allemande, véritable humiliation nationale nourrissant au quotidien les saillies de Mme Le Pen, en décidant de suspendre immédiatement le pacte budgétaire européen. À en juger par les critiques de la politique de François Hollande et Manuel Valls qui gagnent en intensité jusqu’au cœur du Parti socialiste, la plus grande partie de la gauche peut se retrouver sur de telles propositions. Ce qui rend impératif de la rassembler, à partir d’un pacte anti-austérité, pour installer la perspective d’une autre majorité et d’un gouvernement refusant la soumission à la loi d’airain des marchés. Rien, cependant, ne se fera sans l’intervention active des forces transformatrices. À commencer par celles du Front de gauche. Comme à d’autres périodes, celle de la genèse du Front populaire par exemple, il leur faut savoir faire preuve de courage, briser les routines, faire reculer le fatalisme dans les consciences, retrouver l’esprit de rassemblement qui a toujours été la condition de la remobilisation du peuple, prendre les initiatives de nature à faire basculer le destin du pays. Dit autrement, la refondation d’un projet régénérateur pour la gauche, c’est maintenant…

« il faut en finir avec la gauche passéiste » Dans l’Obs du 23 octobre, le premier ministre a indiqué : « Il faut être pragmatique et (...) en finir avec la gauche passéiste (...), hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses. L’idéologie a conduit à des désastres mais la gauche que je porte garde un idéal : l’émancipation de chacun. Elle est pragmatique, réformiste et républicaine. »

Face à l’hégémonie néolibérale et aux attentes populaires

MARDI, 25 NOVEMBRE, 2014

Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF

Photo : Patrick Nussbaum

Par Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, Pierre Zarka, président de l’Observatoire des mouvements de la société et Christian Picquet, porte-parole de Gauche unitaire.

C’est la refondation de la gauche qui est posée ! par Marie-Pierre Vieu Membre du comité national du PCF

C’est Philippe Marlière, politologue et « socialiste affligé » qui écrit, dans Gauche, ne plus tarder, que les mesures phares de « l’Humain d’abord » sont globalement moins anticapitalistes que celles du programme commun de 1972. Pas un jugement de valeur, cette incise dans notre débat ne vise qu’à démontrer une chose : tout projet transformateur est intimement lié au moment présent et aux rapports des forces en vigueur. Il s’inscrit bien sûr dans le mouvement général pour l’émancipation et dans le combat séculaire de la gauche. Mais nous ne sommes ni en 1945, ni en 1981, ni même en 1997, mais sous le coup de l’offensive libérale d’un capitalisme mondial financiarisé, au cœur d’un remodelage global de notre société tendant à détruire, pour les recomposer, les cadres et institutions qui l’ont nourrie et structurée. Répondre aux besoins fondamentaux nous amène aujourd’hui à peser sur les terrains structurants de cet affrontement : celui du dépassement de l’austérité par la sécurisation de l’emploi et des parcours de vie face à la précarisation généralisée en France comme en Europe ; celui du partage des richesses et de l’égalité par la redistribution fiscale et sociale, les services publics ; celui de placer notre planète au-dessus du productiviste et intégrer le paradigme écologique dans la notion de développement ; celui des droits et d’une VIe République citoyenne qui nous libèrent au lieu de nous encadrer et de nous soumettre ! Depuis le 6 mai 2012 et l’élection de François Hollande, il n’en va pas seulement d’un renoncement de plus d’un gouvernement socialiste après dix années de droite dure. Face à la « France entravée », il s’agit de nous délester de tous ces acquis et repères qui ont scellé le pacte social et républicain, le bien commun de notre nation, et nous ont soumis à la seule loi de la compétition : choc de compétitivité, réforme des collectivités, réduction drastique du périmètre public, politiques ouvertement sécuritaires, soumission totale aux marchés et à la BCE, tandis que le Medef est ouvertement institutionnalisé comme partenaire privilégié. Et pour user des termes de Jean-Christophe Cambadélis, il s’agit encore de créer le « nouveau pôle réformiste » en capacité d’imposer cette feuille de route. L’urgence démocratique révélée encore lors des scrutins des municipales et européennes atteste de la violence des maux créés par cette politique, affectant en profondeur la personne, paralysant l’électorat de gauche. Et, sauf à lier la question du projet transformateur à celle de l’alternative à gauche et du rassemblement majoritaire pour la gagner, grandit le risque de marginaliser tout combat progressiste. L’urgence n’est pas à faire le dos rond face à l’adversité d’un Medef dopé, une droite extrémisée, un FN publiquement banalisé, mais à ouvrir un espace neuf pour faire converger et cheminer ensemble les forces et personnes disponibles pour l’alternative. Conscientes que c’est la refondation de la gauche qui est posée ! Ce combat, nous le gagnerons dans le rassemblement politique incluant les forces discordantes du PS ; dans une construction partagée avec le mouvement social, d’où l’importance de poursuivre et structurer le mouvement contre l’austérité. Mais il est plus global. « Cela commence par recréer une conscience de gauche, une conscience collective », souligne la féministe Caroline De Haas. Ce combat est aussi celui pour la bataille de perspective et l’hégémonie culturelle, il est celui d’une action de proximité sur le terrain du travail, dans les quartiers populaires, la jeunesse, les intellectuels. La construction d’« assises de la transformation sociale et écologique » proposées par le Front de gauche, et dont le premier comité d’initiative a lieu cette semaine, vise à l’émergence de cette unité nouvelle, sans raccourci aucun, dans une démarche démocratique et populaire à la hauteur de l’espoir que nous voulons générer à gauche.

Le processus a besoin d’un horizon par Pierre Zarka Président de l’Observatoire des mouvements de la société

L’époque où le rendement du capital s’indexait essentiellement sur la production industrielle est close. De ce fait, est close l’époque de compromis « fordien » entre capitalistes et revendications populaires. La société ne restera pas ce qu’elle est. Elle ne peut que basculer soit davantage dans la sauvagerie capitaliste soit vers une société de mise en commun. L’espace de compromis qu’occupait le Parti socialiste n’existant plus, Valls et Hollande annoncent qu’ils ne changeront pas de cap. Ils accentuent même la brutalité de leur politique. La situation est délétère, la société s’effrite, les tensions montent. Cela situe l’urgence. Or, après avoir vérifié que faire pression sur le PS ne déboucherait pas, un grand nombre de personnes deviennent disponibles pour une autre voie. Il y a comme une attente non formulée d’autre chose. On y répondra que par de l’inédit, en redéfinissant un processus révolutionnaire. Le Front de gauche évoque le rôle du peuple. Mais encore faut-il préciser comment le peuple exerce réellement un rôle directement transformateur. Le rapport à l’acte institutionnel a besoin d’être revu. Réservé aux seuls élus, il est par essence délégataire et nous ne sortons pas de cette espèce de division des tâches désastreuse entre politique et revendicatif. Division qui éparpille les forces et enferme ceux qui luttent dans le rôle de demandeurs. Nous devons surmonter la dissociation séculaire entre luttes sociales, élaboration d’axes transformateurs et construction politique pour en faire un mouvement d’ensemble. Là et seulement là est l’ancrage d’un nouveau type de construction politique. Il n’y a de mouvement d’ensemble que dans la mesure où on conçoit ses propres revendications comme facteur d’un autre fonctionnement de la société. La Sécu est née quand des salariés ont pensé que les solutions à leurs propres revendications pouvaient dessiner un ensemble cohérent. La conscience de classe est un pour-soi que l’on sait rendre valable comme fonctionnement de la société. Cela interroge la prégnance de l’État sur nos esprits. Traditionnellement, partis, syndicats, citoyens font découler les transformations du pouvoir d’État, sans penser les actions populaires comme des forces instituantes, c’est-à-dire productrices de règles de portée générale. Faut-il avoir le dos au mur pour penser mettre son entreprise en coopérative ? Ne peut-on pas envisager cette démarche à l’échelle de la société tout entière ? Rares sont les luttes qui ne se heurtent pas à la logique du capitalisme, même si elle ne le savent pas toujours. Or l’attente de dépasser la protestation et de rendre immédiats les effets de l’action peut rendre sensible à des démarches et solutions fédératrices. Le processus de transformation ne se limite pas à une addition de mesures, mais suppose des actes qui s’en prennent d’emblée aux outils d’exploitation et de domination. Ce qui implique un horizon. Non pas un programme détaillé, mais un ailleurs vers lequel aller. Chaque acquis structurel a été lié à la vision d’une autre organisation sociale. La création de la Sécu ne doit-elle rien à l’idée qu’on se faisait alors du communisme ? Qu’y a-t-il de commun entre un enseignant et un ouvrier spécialisé ? Ni leurs revendications ni leur mode de vie mais peuvent être l’organisation de la société dont ils ont besoin. Encore faut-il qu’ils puissent s’y projeter. La conception trop courante du processus est celle d’une alternative qui se révélerait comme une heureuse surprise au bout d’une succession de transformations. Mais ces transformations ne pourront se faire que si nous concevons que la chronologie de la pensée capable de les produire n’est pas la chronologie des événements. Certes, dans les faits, l’avenir vient après le présent. Mais pas dans le domaine des idées qui influent sur les actes. Sans vision du but, le présent devient aléatoire. L’agir a besoin d’inclure la conceptualisation d’un autre système. Tâche urgente pour le Front de gauche, en en faisant l’affaire du plus grand nombre. C’est à mesure que se dégageront idées et comportements nouveaux que le rapport de forces bougera.

Oser gouverner à gauche par Christian Picquet Porte-parole de Gauche unitaire

En septembre, Gauche unitaire éditait un manifeste qu’elle intitulait : « Valls, ça suffit ! Vite, une nouvelle majorité rose-verte-rouge ! » Depuis, qui ne constate que l’urgence se fait plus pressante ? L’échec de la politique de l’offre et de l’austérité budgétaire ne fait plus de doute. L’investissement recule, la récession et la déflation guettent l’Europe, le chômage et la précarité progressent sans cesse, la désertification industrielle dévaste nos territoires. Pire, dans le chaudron de la souffrance sociale, de la destruction des protections collectives, de l’affaissement de la République, d’une crise politique et démocratique majeure, d’un désarroi massif, c’est une catastrophe qui se prépare. Qui verrait une droite ultraradicalisée, une extrême droite dopée par ses succès et un patronat de combat ne plus avoir d’adversaire, la gauche tout entière se trouvant marginalisée pour longtemps. L’heure est moins que jamais à la facilité des discours de dénonciation ou à la résignation devant des divisions génératrices d’impuissance. Alors que le mouvement populaire se retrouve sur la défensive, n’attendons pas des lendemains qui verraient la gauche anti-austérité enfin créditée de sa lucidité. Si un espoir politique ne renaît pas vite, la France risque de connaître des heures sombres. C’est la raison pour laquelle il importe de mettre sans délai, dans le débat public, les quelques objectifs d’intérêt général permettant de convaincre qu’une autre politique est possible. Et de porter, sur cette base, l’offre de nature à rassembler de nouveau les forces vives de la gauche. De la faillite des orientations conduites au sommet de l’État, découle de facto la politique alternative. Il est grand temps d’oser gouverner à gauche. D’user d’une dépense publique réorientée vers les besoins populaires, la création d’emplois et la transition écologique, pour initier une relance fondée sur un autre modèle de développement. D’affronter les logiques financières de court terme qui sont responsables des difficultés du pays. De promouvoir la justice fiscale, en commençant déjà par la mise à contribution des dividendes versés aux actionnaires des grands groupes, des revenus financiers des entreprises, des placements spéculatifs. De stimuler la demande intérieure grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires et des retraites. De s’atteler à la refondation républicaine de la France, seule à même de restaurer l’égalité et d’interrompre le processus éloignant les citoyens de la politique. De rompre avec cette mise sous tutelle de la souveraineté populaire par la Commission de Bruxelles et la droite conservatrice allemande, véritable humiliation nationale nourrissant au quotidien les saillies de Mme Le Pen, en décidant de suspendre immédiatement le pacte budgétaire européen. À en juger par les critiques de la politique de François Hollande et Manuel Valls qui gagnent en intensité jusqu’au cœur du Parti socialiste, la plus grande partie de la gauche peut se retrouver sur de telles propositions. Ce qui rend impératif de la rassembler, à partir d’un pacte anti-austérité, pour installer la perspective d’une autre majorité et d’un gouvernement refusant la soumission à la loi d’airain des marchés. Rien, cependant, ne se fera sans l’intervention active des forces transformatrices. À commencer par celles du Front de gauche. Comme à d’autres périodes, celle de la genèse du Front populaire par exemple, il leur faut savoir faire preuve de courage, briser les routines, faire reculer le fatalisme dans les consciences, retrouver l’esprit de rassemblement qui a toujours été la condition de la remobilisation du peuple, prendre les initiatives de nature à faire basculer le destin du pays. Dit autrement, la refondation d’un projet régénérateur pour la gauche, c’est maintenant…

« il faut en finir avec la gauche passéiste » Dans l’Obs du 23 octobre, le premier ministre a indiqué : « Il faut être pragmatique et (...) en finir avec la gauche passéiste (...), hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses. L’idéologie a conduit à des désastres mais la gauche que je porte garde un idéal : l’émancipation de chacun. Elle est pragmatique, réformiste et républicaine. »

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Published by bruno fornaciari - dans PCF-FRONT DE GAUCHE
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