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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 06:43

Le 21 avril 1944, les Françaises deviennent citoyennes
En France , les femmes ont obtenu le droit de vote presque un siècle après les hommes ! La privation de droits civiques est l’ exemple le plus éloquent de l’infériorisation sociale des femmes au moment où se constituent des États- nations modernes se dotant d’institutions « démocratiques ».
L’exclusion civique des femmes se joue pendant la Révolution française. Pourtant, des femmes ont voté aux États généraux de 1789. Olympe de Gouges publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791. Douées de raison, comme les hommes, et formant la moitié de l’espèce humaine, les femmes doivent bénéficier des droits naturels. La différence des sexes est non pertinente sur le plan politique : « Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et à des indispositions passagères ne pourraient-ils exercer des droits dont on n’a jamais imaginé de priver les gens qui ont de la goutte tous les hivers et qui s’enrhument aisément ? »demande Condorcet en 1790. La Convention, élevant les hommes au rang de « citoyens », décide néanmoins, en 1792, l’exclusion politique des femmes. La République des frères refoule les sœurs. En 1848, la IIè République ne prend pas même le soin de préciser que le suffrage universel est uniquement masculin, Le droit de vote ne devient une priorité féministe qu’au début du XXe siècle. Le suffragisme symbolise l’espoir d’ émancipation dans une société en mouvement où des femmes s’imposent dans la sphère publique comme étudiantes , enseignantes, avocates, doctoresses, artistes, journalistes , sportives… Venues de milieux souvent aisés et instruits, les féministes ne représentent pas l’ensemble des femmes. Le mouvement ouvrier leur conteste le droit de parler au nom des travailleuses et voit le vote comme une revendication bourgeoise. En 1907, la IIe Internationale donne la priorité à la lutte des classes et condamne l’action autonome des féministes, ce qui témoigne d’une crainte certaine face à un mouvement dont l’influence s’accroît, en particulier en Angleterre . Face à l’adversité, les suffragistes perdent souvent de vue le principe du droit naturel et parlent de plus en plus souvent de « complémentarité ». Le vote serait juste parce qu’il serait le moyen de réaliser divers progrès sociaux. Plus que le suffragisme, c’est l’engagement des femmes dans des formations , de gauche comme de droite , jusqu’à l’ extrême droite qui marque l’avant- guerre . Dans de nombreux pays, le droit de vote des femmes est « entré dans les mœurs » mais il a encore des adversaires résolus en France.


L’inégalité est justifiée au nom de la « nature », qui a fait des femmes des êtres faibles physiquement et psychologiquement, que l’ordre « protéger » ! L’égalité déviriliserait les hommes. Même un intellectuel tel que Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’ homme, estime que « les femmes en France n’ont pas besoin de voter puisqu ’elles mènent tout » ! Que de conjectures sur le vote des futures électrices, chacun y voyant un risque de renforcement du camp adverse. Retenons la timidité de la gauche. Au nom de la laïcité , la plupart des radicaux se sont opposés à la réforme , avec succès , tandis que la droite a fini par se persuader qu’ elle y aurait intérêt. Et puis les Françaises n’ont pas encore de droits civils et, sur ce front -là, c’est la droite catholique qui s’oppose farouchement à toute révision du Code Napoléon.
L’accès au gouvernement est-il plus aisé que l’accès à la représentation ? Sans doute, puisque trois femmes sont nommées sous- secrétaires d’État dans le gouvernement de Front populaire . Les adversaires les plus résolus du vote des femmes ne nient pas l’existence de « femmes d’exception », dotées de « viriles » capacités politiques . S’ils persistent à leur refuser l’exercice du pouvoir, c’est en raison du risque d’extension de ce privilège à l’ensemble des femmes. Dans les années 1930, on nomme ou élit des conseillères municipales avec voix consultative. Dès les années 1920 , le Parti communiste avait présenté des femmes aux élections municipales (leur élection était invalidée). Il est plus facile de céder sur l’éligibilité que sur le vote. En mars 1944, à l’Assemblée d’ Alger, seule l’éligibilité est envisagée par la commission de réforme de l’État. C’est un amendement du communiste Fernand Grenier qui introduit le droit de vote dans la discussion. On est encore loin du consensus ! La peur du « saut dans l’ inconnu », encore… Le péril clérical, encore… Deux arguments toutefois emportent l’adhésion de la majorité : rendre hommage à la résistance féminine et mettre la France au diapason des États démocratiques. Le 21 avril, le général de Gaulle signe l’ ordonnance qui donne le vote aux femmes. Il aura fallu des circonstances exceptionnelles, une brèche dans l’ordre politique traditionnel , pour que les Françaises deviennent citoyennes. Pour les féministes, la victoire aura un goût amer : le pouvoir politique reste masculin. La redécouverte de l’histoire du suffragisme découlera d’ ailleurs de la conscience accrue, à partir des années 1970, de l’antiféminisme et de la misogynie dans la sphère politique.
Des exclu -e-s de la citoyenneté mis-e-s en concurrence…L’alliance n’est pas toujours au rendez-vous entre « les femmes » et les « colonisés ». Un automatisme puissant conduità ne prendre en considération, parmi les femmes, que les Françaises et, parmi les colonisés, que les hommes. Par exemple, à la fin du XIXe siècle , certaines suffragistes françaises s’étonnaient qu’une minorité de Sénégalais aient le droit de vote. Elles s’étonnèrent encore quand, en 1936, il fut question de l’accès à la citoyenneté d’une minorité d’Algériens. Finalement, la loi du 7 mai 1946 qui consacre la citoyenneté dans le statut personnel en Algérie ne concerne que les hommes, et les femmes doivent attendre la loi du 29 septembre 1947 pour obtenir des droits identiques ( article 4), qui ne deviendront effectifs qu’en 1958, en pleine guerre, lorsque les modalités du vote seront fixées !

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES pcf
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