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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 08:12

Édition : La Revue du Projet

Le PCF et l’Europe, quelle souveraineté dans une union de nations ?, Patrick Le Hyaric

30 AVRIL 2015 | PAR LA REVUE DU PROJET

  • La nation est le cadre vivant de l’expression démocratique, l’espace privilégié des luttes, des rassemblements et du combat politique. Elle est un outil précieux dans le cadre d’une coopération internationale et de la solidarité internationaliste pour ouvrir des brèches face aux politiques libérales.

Entretien avec Patrick Le Hyaric*

Lors de sa dernière convention nationale sur l’Europe, le PCF a choisi de redéfinir son projet européen comme celui d’une « union de Nations et de peuples souverains, libres et associés ». Qu’entendez-vous par là ?

Favorables à la construction européenne, nous voulons profondément la transformer. Les peuples se détourneront de plus en plus d’une Europe qui se fait sans eux et contre eux. On est passé de l’idée de Communauté européenne au concept politique d’« Union européenne ». Cela signifie une intégration toujours plus poussée sur la base de politiques unifiées, uniques, régies par deux traités, le traité de Maastricht et de Lisbonne, complétées par le traité budgétaire et le pacte dit « Euro Plus » (voir le Le pacte des rapaces, éditions de l’Humanité). On voit ainsi comment les institutions européennes pilotent nos politiques budgétaires et monétaires et déterminent des choix quotidiens comme, par exemple, avec la loi Macron qui découle du pacte « Euro-plus ». Ce sont des instances supranationales, non élues au suffrage universel, comme la Commission de Bruxelles, la Cour de Justice et la Banque centrale européenne, qui gouvernent le dispositif.

L’actuelle construction européenne se fait donc contre la souveraineté populaire, au service de la finance et du capital international. Notre objectif de refondation vise à renverser ce type de construction à partir du respect des spécificités historiques, culturelles, politiques de chaque nation. Chacune d’elle serait dans une démarche d’union choisie parce que bénéfique pour tous, respectueuse de la singularité de chacun et, en même temps, porteuse de ce que les nations auront librement décidé de faire solidairement ensemble. Le contraire d’une uniformisation qui, comme on le constate, conduit à une exacerbation des nationalismes. Cela suppose, à l’échelle du continent, d’inventer des procédures démocratiques qui permettent aux citoyens, dans leur cadre national, de choisir librement ce qu’ils veulent réaliser en commun. Ce processus est à l’opposé de la mise en concurrence actuelle.

Prenons la question essentielle des services publics. Alors que la conception française du service public s’est traditionnellement référée aux principes d’égalité, de continuité et d’adaptabilité, une autre logique lui est opposée. Cette logique est de nature essentiellement économique et financière, c’est l’option d’une économie de marché et de concurrence dont les critères sont essentiellement monétaires comme le taux d’inflation, les fluctuations monétaires, les déficits des finances publiques, les taux d’intérêt à long terme, les taux de rentabilité. Cette conception ne permet pas de garantir le respect de l’idée d’intérêt général et du principe d’égalité, qui se retrouvent indexés aux dogmes ultralibéraux inscrits dans les traités, et ainsi relégués aux marges des politiques menées par les institutions européennes. Il en est de même des enjeux de l’accès au crédit pour un nouveau développement humain. La Banque centrale européenne ne se fixe pas cet objectif mais celui « prioritaire pour elle », de la valeur de la monnaie unique comme outil de spéculation. Dire cela ne signifie pas que nous voulions imposer aux autres notre conception mais que nous voulons que les autres peuples puissent avec nous dégager des principes communs pour que la vie s’améliore pour toutes et tous, que l’environnement soit sauvegardé.

Nul ne doit être entraîné dans un engrenage aboutissant à un type de société violant ses choix fondamentaux et les droits humains à vivre mieux. Tous doivent pouvoir s’engager dans tel ou tel champ de la politique européenne si et seulement si ils en ont choisi souverainement le cadre et la finalité. Une clause de sauvegarde permettrait à un peuple souverain de se soustraire d’un pan de la politique européenne ou d’une directive, dès lors qu’il considère qu’elle remet en cause ses choix souverains.

Cela ne l’empêcherait pas de poursuivre les débats voire les négociations avec les autres États pour des projets communs. Les parlements na­tio­naux seraient impliqués en amont de l’élaboration des lois et règles européennes. Un tel projet implique nécessairement de profon­des transformations structurelles et institutionnelles.

Comment, dans la forme que vous avez définie, parvenir à unir les peuples européens autour de projets et d’objectifs communs ?

De nombreux enjeux auxquels sont confrontés les citoyens de tous les pays européens leur sont communs et nécessitent des projets coopératifs. De grandes questions ne peuvent être résolues qu’à l’échelle du continent : mouvements migratoires internationaux, défi climatique, développement industriel selon des principes écologiques, nouveaux choix agricoles et alimentaires, développement numérique, création monétaire au service d’un nouveau développement hu­main, mais aussi droits nouveaux des salariés dans les comités de groupes, transition énergétique et autonomie énergétique, ou encore nouvelles coopérations avec les pays du Maghreb et de l’Afrique. Ce ne sont là que quelques exemples. J’y ajouterai l’indispensable projet de faire de l’avenir de la petite enfance et de la jeunesse une grande cause européenne. Prise sous cet angle, la construction européenne n’est pas un pis-aller subi mais bien une nécessité choisie.

Une des conditions de la réalisation de ces objectifs est évidemment le respect des choix démocratiques de chacun des peuples qui composent l’Union. À l’opposé de l’actuelle situation, l’exercice partagé de la souveraineté des nations peut et doit permettre l’émergence de grands projets européens, utiles, créateurs d’emplois. À la condition qu’ils fassent l’objet d’une concertation préalable, non seulement avec les parlements nationaux mais aussi avec les assemblées locales, les citoyens, particulièrement celles et ceux qui s’organisent en associations ou en syndicats. C’est le ciment du principe coopératif que nous avons à cœur de substituer au règne de la compétition de tous contre tous, dont on voit bien actuellement qu’elle est la loi d’airain qui permet la mise au pas de certains pays au profit des plus puissants. Bref, la démocratie serait un facteur d’efficacité sociale, économique et écologique. Une confiance mutuelle peut alors s’instaurer entre les peuples et fédérer une espérance commune à l’échelle du continent.

La victoire de Syriza en Grèce s’est faite dans un cadre national. Est-ce à dire que seul le cadre national est susceptible de permettre l’émergence de politiques de progrès social ?

Il y a une tension entre le cadre national et les institutions européennes qui n’est pas due à l’idée de la construction européenne, mais aux politiques mises en œuvre au nom de l’Union européenne – qu’on confond trop souvent avec tout projet européen – et à des conceptions qui n’ont plus rien à voir avec l’esprit de solidarité et de coopération. On a vu comment, en quelques semaines, le gouvernement Syriza a ouvert un débat fondamental sur la sortie de l’unicité des politiques imposant l’austérité, le chômage, la précarité de vie. L’enjeu de la solidarité des salariés, des privés d’emploi, des créateurs, des petites entreprises, des autres pays est considérable pour le peuple grec certes, mais pour tous les peuples européens.

Les cadres nationaux en Grèce, en Espagne, en Irlande, au Portugal, en Italie ou en France, s’alimentent l’un et l’autre comme les maillons d’une chaîne qui un à un se brisent pour faire émerger une autre cohérence européenne. En ce sens, la réussite du gouvernement d’Alexis Tsipras intéresse chacune et chacun d’entre nous au nom d’une alternative progressiste possible. C’est d’ailleurs ce que redoutent les puissances d’argent.

Il est donc indispensable de créer un rapport de forces solide et de manifester notre solidarité avec le peuple grec qui traverse et va traverser des moments de forte turbulence sous les coups de boutoir des marchés financiers et de leurs relais politiques.

Agir ainsi, c’est défendre et faire vivre la démocratie. Jusqu’ici la nation reste l’espace privilégié des luttes, des rassemblements et du combat politique. Mais l’horizon d’une coopé­­­­ration internationale et de la solidarité internationaliste me paraît indispensable pour engager le bras de fer avec le capitalisme mondialisé et financiarisé.

On remarquera d’ailleurs avec une certaine ironie que ce sont les adulateurs de l’actuelle construction européenne qui brandissent l’argument – fallacieux qui plus est – des 750 euros que chaque Français devrait payer pour le peuple grec, utilisant par là d’étroits ressorts nationalistes pour briser la solidarité européenne susceptible d’émerger.

La nation est donc le cadre vivant de l’expression démocratique, avec, pour les individus qui la composent, des réflexions qui, et de plus en plus, vont bien au-delà des frontières géographiques. Elle est un outil précieux pour ouvrir des brèches face aux politiques libérales. En même temps, les politiques de progrès social, de développement humain, écologique, imbriquées plus que jamais à l’échelle européenne et planétaire, nécessitent de penser l’intervention citoyenne, sociale et politique, au-delà du cadre strictement national. La pertinence de l’échelon pour mener des politiques de progrès est un vieux débat qui a autrefois divisé le mouvement ouvrier sur la construction du socialisme. Il serait judicieux de repenser cette question à l’aune de la mondialisation et des actuelles mutations du capital et du travail.

« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’internationale, beaucoup de patriotisme y ramène » clamait Jean Jaurès.

*Patrick Le Hyaric est membre du Comité exécutif national du PCF. Il est responsable du projet européen du PCF et député européen.

Propos recueillis par Clément Garcia.

La Revue du projet n°46, avril 2015.

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Published by bruno fornaciari - dans EUROPE PCF
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