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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 15:01

UE-Ukraine: la vérité se fraye un chemin

FRANCIS WURTZ, DÉPUTÉ HONORAIRE DU PARLEMENT EUROPÉEN

VENDREDI, 29 MAI, 2015

HUMANITÉ DIMANCHE

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AFP

La chronique de Francis Wurtz."La vérité se frayerait-elle son chemin à propos des responsabilités européennes dans la désastreuse crise ukrainienne ?"

Il y a un an et demi, nous étions souvent rangés du côté des « inconditionnels de Poutine » quand nous fustigions la politique de guerre froide menée par l’Union européenne ainsi que les illusions mensongères semées par certains de ses dirigeants en direction notamment du peuple ukrainien dans le cadre du « partenariat oriental »!

Rappelons la question que nous posions alors: « Quel objectif stratégique motive les dirigeants européens dans leur empressement à attirer l’Ukraine dans l’orbite de l’UE, alors même qu’ils n’envisagent nullement de consentir aux investissements lourds qui seraient nécessaires pour répondre aux attentes, et encore moins d’intégrer dans l’Union un État de 45 millions d’habitants au bord du défaut de paiement ? Réponse: créer une “ zone tampon ” face à Moscou et réduire sensiblement l’influence de la Russie dans l’ancien espace soviétique et, par là même, en Europe et sur la scène internationale. Quitte à diviser l’Ukraine, voire à la déstabiliser, et au risque de provoquer sur le continent des tensions d’une autre époque.

Cela ressemble fort à une grande manipulation. C’est tout le sens du “ partenariat oriental ” – lancé en 2009 sur l’insistance des dirigeants polonais – dont l’accord avec l’Ukraine devait être la pièce maîtresse. » (1)

Plusieurs milliers de morts plus tard, la stratégie aventureuse des dirigeants européens vient d’apparaître au grand jour à l’occasion du dernier sommet du « partenariat oriental » qui s’est tenu à Riga (Lettonie), les 21 et 22 mai, avec pas moins de 25 chefs d’État ou de gouvernement de l’UE, ainsi que les représentants des pays « partenaires » de l’Est, au premier rang desquels l’Ukraine.

« L’Union se retrouve sur la défensive », reconnaît « le Figaro », qui insiste sur le « coup d’arrêt » donné par les « 28 » aux « illusions » qu’ils avaient semées auprès des pays de l’ex-URSS (2). En clair, ils viennent de doucher leurs « partenaires » de l’Est en leur annonçant que, contrairement à un mirage qu’ils ont laissé se répandre pour amadouer ces peuples désorientés, il n’est pas question qu’ils adhèrent à l’UE.

« Le Monde », lui, convient aujourd’hui, à propos de la stratégie européenne à l’égard des Ukrainiens, que « la catastrophe a été de leur suggérer (sic) qu’ils devaient choisir entre l’Union et la Russie». Problème, selon notre fin analyste: l’idée du partenariat oriental « s’est fracassée sur deux pénibles réalités auxquelles ses auteurs, dans leur naïveté, n’avaient visiblement pas pensé (Re-sic!).

La première a été l’opposition immédiate de Moscou.(...) L’autre a tenu à la manière qu’a pu avoir l’UE de laisser entendre aux impétrants qu’ils étaient des candidats potentiels à l’adhésion». (3) Non seulement ces fausses promesses viennent-elles d’être très tardivement – et brutalement – démenties, notamment par Angela Merkel à Riga, mais les Ukrainiens découvrent qu ’« avec une récession qui frôle les 18 %, l’économie ukrainienne est dans un tel état de délabrement qu’elle fait plutôt figure de repoussoir à l’égard de l’UE », selon les mots d’un observateur bien au fait de la « vision » orientale des dirigeants européens (4). Même la libéralisation des visas d’entrée dans l’Union, qui paraissait acquise à l’Ukraine comme à la Géorgie à partir de 2016, restera finalement lettre morte. Un tout autre « partenariat » avec nos voisins de l’Est est à construire de toute urgence! Et d’abord avec l’Ukraine, vue comme une passerelle entre les deux grands acteurs du continent et non comme l’otage d’une bataille d’influences entre « l’Occident » et la Russie.

(*) Député honoraire du Parlement européen.

(1) Dans l ’« HD » du 23 décembre 2013.

(2) « Le Figaro » du 22 mai.

(3) L’éditorial du « Monde » du 24 mai.

(4) Pierre Avril dans « le Figaro » du 22 mai

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Published by bruno fornaciari - dans UKRAINE
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