Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 06:28

LE SAVIEZ-VOUS ? LE MASSACRE DES IMMIGRES ITALIENS À AIGUES-MORTES…

blog -massacre des saliniers italiens a Aigues-Mortes_en_1893

LE SAVIEZ-VOUS ?

Il y a un siècle, les Ritals …
Mohammed s’appelait alors Giovanni.

L’itinéraire des émigrants transalpins à la croisée des XIX et XX siècles …

En 1931, la France est l’un des premiers pays d’immigration du monde, avec 2,7 millions d’étrangers pour 42 millions d’habitants, c’est à dire 6,4 % de la population. On retrouvera cette proportion en … 1990.

Sur ces 2,7 millions, on recense 808 000 Italiens ; les clandestins renforcent en fait ce nombre qui dépasse probablement le million.

POURQUOI CETTE IMMIGRATION ?

Les transalpins sont d’abord venus pour échapper à la pauvreté et trouver du travail, avant d’être rejoints par une génération qui fuyait le fascisme. Il faut cependant admettre que l’émigration n’aurait pas pu prendre une telle ampleur si le pays d’accueil n’avait pas été demandeur …

PREMIER ARTISAN DE L’IMMIGRATION : L’ETAT.

Pendant la guerre de 14-18, parce qu’ils étaient arrachés au rythme des explosions dans les tranchées de la Meuse, les bras manquaient dans les champs ou les usines de fabrication d’armements ; des accords d’emploi furent ainsi conclus avec les pays amis, en particulier l’Italie. Un Office d’Etat dispersa sur le territoire les étrangers au gré des besoins, avec autant d’ardeur qu’il tenta de les renvoyer chez eux une fois le conflit achevé. Mais les syndicats d’employeurs avaient pris le relais…

DEUXIÈME ARTISAN DE L’IMMIGRATION :LE PATRONAT.

La révolution industrielle impliqua un énorme besoin de main d’oeuvre non qualifiée dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Une partie du patronat regardait déjà vers les réservoirs de main d’oeuvre étrangère pour d’abord pallier les insuffisances de l’offre nationale, puis rabattre les prétentions des ouvriers français : dans les années 1860, les houillères du nord envoyaient des agents recruteurs en Italie ; les soyeux lyonnais déléguaient des padroni et vantaient les qualités des Italiens, « véritables chinois de l’occident », prêts à se contenter d’un peu de polenta à défaut de riz. C’est sous la direction d’un capo maestro que les équipes italiennes arrivaient toutes constituées dans les oliveraies méridionales des années 20. Contrats fallacieux et dépôts clandestins fleurissaient… Le patronat du Midi, avant guerre, avait vite compris tout le parti à tirer de cette « fourmilière » d’où l’on tirait ou rejetait, au gré des besoins, des journaliers interchangeables…

Pour une raison évidente de proximité, la plus forte concentration transalpine se trouvait sur le littoral : Marseille était la plus grande ville italienne de France (100 000 personnes en 1911, soit 1/4 de la population), bien avant qu’on la taxe de « ville arabe ». Un chantier marseillais parmi d’autres en 1928 employait 98 Français sur 1200 ouvriers, la plupart italiens… Le quartier du Vieux Port devint une véritable enclave napolitaine, communauté portuaire des dockers et des pêcheurs, avec son organisation commerciale, ses dialectes, ses fêtes et spécificités culinaires. Quand le centre fut saturé, il déborda à la Belle-de-Mai et à l’Estaque.

L’accueil des Français fut inégal : d’abord indifférent, il devint hostile dans un contexte de crise et de nationalisme exacerbé par le boulangisme après la défaite de 1871.

La violence xénophobe finit par s’exprimer par des émeutes anti-italiennes en 1881 à Marseille et en 1894 à Lyon (après l’assassinat du président Carnot par un anarchiste italien, Caserio) ; elle culmina à Aigues-Mortes en 1893.

Plus tard, entre les deux guerres, on développa l’usage des termes gentiment mutins « macaroni », « pipi », « babi » ou « ritals ».

LES PEURS HABITUELLES

Les Italiens étaient aussi surnommés « christos » à une époque où la France était touchée par la déchristianisation.

Le comportement religieux très ostentatoire des premiers arrivants, « tristes brutes aveuglées de catholicisme » selon le Cri du Peuple, les éloigna des prolétaires français. A Marseille, les dockers transalpins déchargeaient les navires aux cris de « per Gesù e per la madonna… »

LA TUEURIE d’Aigues-Mortes

A la fin du dix-neuvième siècle, la récolte des sels dans les salines de Peccais était l’occasion pour plusieurs centaines de personnes, travailleurs itinérants, de venir au mois d’août grossir la population d’Aigues-Mortes… Les « trimards » français et italiens acceptaient ainsi un travail harassant en raison des salaires pratiqués.

La récolte de 1893 tourna au drame en se transformant en véritable « ritalade », conséquence de la Grande Dépression des années 1875, et des fantasmes relatifs à la préférence nationale ou à la protection du travail national (termes déjà employés à l’époque !) Les bilans firent état d’un nombre de morts italiens compris entre 8 et plus de 50.

Il est difficile et sans réel intérêt de définir précisément l’origine du massacre ; les tensions dans ce genre de chantier étaient courantes depuis de nombreuses années et les renforts de gendarmerie très prisés par la population locale.

Cet évènement permit à la presse locale de s’exprimer dans un véritable festival de propos nationalistes et de mauvaise foi xénophobe.

Les Italiens permettent donc au début du vingtième siècle l’ascension sociale des Français en se « chargeant des besognes que nos nationaux refusent » (un parlementaire en 1906).

Alors que la population hexagonale n’assurait plus son propre renouvellement, que les bras manquaient (les couples français réduisaient la natalité par la contraception naturelle), l’appel à l’immigration apparut comme une nécessité vitale. Celle-ci assura entre 1918 et 1939 l’essentiel de l’accroissement démographique en France.

Le développement de ces propos est intéressant par l’analogie évidente qui apparaît entre deux climats « fin de siècle ». On s’aperçoit que les vagues de xénophobie sont toujours liées à une crise économique ou politique, et non au dépassement d’un quelconque « seuil de tolérance ».

En 1897 déjà, il valait mieux être né au bon endroit pour prétendre profiter sereinement de la Promenade des Anglais. Cette année-là, la municipalité ouvertement italophobe (elle venait d’être réélue sur le slogan « Nice aux niçois ») décida de ne pas renouveler le permis de travail de cent cochers transalpins (l’annexion de Nice à la France date de 1860). »

Sources : http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=17996

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans DOCUMENTS hommage - souvenir
commenter cet article

commentaires

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre