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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 05:29

"Le policier me dit de crier un bon coup, tire sur mon doigt et le remet à peu près"

Les CRS semblent paumés. Que faire après ce coup de pression? Ils nous menottent avec un serre-flex. Ma main droite ne réagit plus bien. Ils m'assoient dos au mur. Ils arrachent mon bonnet et réalisent que je suis une femme… Ils me demandent d'enlever mon sac à dos pour fouiller. Je réponds : "OK, mais je crois que vous m'avez cassé la main." Un gradé dit : "On va voir ça." Il ôte le serre-flex. Mon doigt fait un angle droit. Je le sens embarrassé. Dans mon sac, rien, à part mes outils de travail, une caméra et un appareil photo. Il me propose de me replacer le doigt. Difficile de lui faire confiance… et aussi de refuser. Il me dit de crier un bon coup, tire sur mon doigt et le remet à peu près. Enfin, ils me libèrent.

Aux urgences de Lariboisière, vers 3 heures, le médecin opère une "réduction" sur ma fracture, entre le métacarpien et la phalange. J'ai un plâtre pour six semaines. Sur mes cuisses, d'énormes hématomes. Les traces de matraque sont visibles.

"Je n'avais jamais éprouvé cette violence de guerre dans mon corps"

Très vite, un mot me vient : lynchage. Je vais porter plainte. J'ai conscience que l'impunité des violences policières décourage la plupart des victimes, surtout si elles sont de banlieue, noires, arabes ou avec un casier… Certaine de prouver mon innocence avec les vidéos, je veux profiter de mon statut pour dénoncer ces faits que d'autres vivent souvent.

Lundi, à l'IGPN, le policier qui me reçoit est calme, doux, précis, bien intentionné. Plus je raconte, plus je le sens choqué. Je sors au bout de trois heures. Ils vont enquêter, me disent-ils. Mardi, le photographe a témoigné. Je sais que les plaintes sont souvent classées mais je remuerai ciel et terre. Je n'avais jamais éprouvé cette violence de guerre dans mon corps. Mes blessures sont ostensibles. Aux urgences médico-légales, on m'a mis 15 jours d'ITT. Mais ce soir-là tous mes amis ont pris des coups ou été gazés. Or plus les policiers sont violents, plus ils nous radicalisent dans l'union."

Juliette Demey - Le Journal du Dimanc

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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