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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 09:27

AU RAPPORT

Selon un rapport censuré de l'Igas, les 35 heures ont bien créé 350 000 emplois

Par LIBERATION — 18 juillet 2016 à 18:28

L'Inspection générale des affaires sociales a produit une analyse, enterrée en interne le mois dernier et qui a finalement fuité, pointant les vertus du partage du temps de travail.

Fin juin, le Syndicat des membres de l’inspection générale des affaires sociales s’émouvait de la censure en interne d’un rapport sur les 35 heures. Si les productions de l’Igas sont censées être transmises aux ministères concernés, il existe en effet la possibilité pour son directeur de décider de ne pas en faire connaître les conclusions. Ce que Pierre Boissier, le directeur actuel, n’avait jamais fait jusqu’ici, rappelleMediapart, alors qu’il a tranché en ce sens début juin. Au Monde, les services de l’Igas ont rappelé que «des travaux insuffisamment achevés ou présentant des faiblesses méthodologiques ne sont pas transmis par le chef de l’Igas». Une grosse quinzaine de jours plus tard, le rapport a finalement fuité (il est lisible ici). En voici les principaux enseignements:

• Premier constat : les 35 heures, ce n’est pas l’horrible ralentisseur de croissance et empêcheur d’embaucher (en rond) qu’on nous dépeint depuis quelques années. «Les politiques de réduction de la durée légale du travail permettent de créer, au moins à court terme, de l’emploi à condition de respecter des conditions strictes», peut-on lire. Plusieurs recommandations des inspecteurs, qui n’ont pas signé nommément leur rapport en raison de son caractère «polémique», laissent penser que l’emploi se porterait mieux si l’on favorisait les temps partiels (au minimum 80% payés 90%, afin que cela ne se traduise pas par une paupérisation des travailleurs), voire si on plafonnait le temps de travail des cadres à 44 heures hebdomadaires.

D’ailleurs, les inspecteurs tranchent (enfin) le débat sur le nombre d’emplois créés par les lois Aubry à 350 000 en quatre ans (1998-2002) et commentent : «Les arguments avancés pour contester ces créations d’emploi apparaissent fragiles. […] S’agissant de l’effet négatif des lois Aubry sur la compétitivité, aucun élément ne permet de confirmer cette affirmation.»

• Deuxième constat : la France ne fait pas figure d’exception en matière de temps de travail. «La durée effective du travail en France n’est pas particulièrement basse par rapport à celles des autres membres de l’Union européenne si l’on considère le temps de travail de tous les salariés, et pas seulement ceux à temps complet», écrivent les inspecteurs, qui rappellent que le temps de travail diminue partout en Europe.

• Troisième constat : la flexibilité, c’est bien, mais quand c’est correctement utilisé, c’est mieux. Ainsi, alors que les travailleurs en France sont assez ouverts à une individualisation de leur temps de travail, et prêts à adapter leur emploi du temps, les entreprises rechignent à appliquer de la «flexibilité interne», lui préférant une«flexibilité externe», c’est-à-dire le recours à des contrats de courte durée. Autre élément : il faut prendre en compte la durée du travail à l’échelle d’une carrière, pas de quelques mois. Aussi, favoriser les formations professionnelles de quelques mois, ou les congés de soutien à des membres de sa famille en difficulté, pourrait permettre de mieux répartir le travail.

• Quatrième constat : augmenter le nombre d’heures supplémentaires, lorsque la croissance n’est pas au rendez-vous, «pèse négativement sur l’emploi».

Pour rappel, le chômage a augmenté en mai, s’établissant à 5,72 millions de demandeurs d’emploi dans toute la France.

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Published by bruno fornaciari - dans SOCIAL-ECONOMIE-FINANCES
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