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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 14:54

Coïncidence, Gilles Perret a lui aussi filmé une réunion animée par l’inénarrable Claude Reichman. Comme France 2, il a aussi laissé traîner son micro parmi les auditeurs à l’issue de l’exposé. Il en ressort une phrase, prononcée par une initiée aux pratiques des assureurs privés. Une phrase qui change tout : « Ils ne prennent pas les diabétiques. » Et alors ? Le mec qui est diabétique, je suis désolé, tant pis pour lui. C’est dégueulasse de dire ça mais il prend une assurance santé et il paye. Et s’il n’en a pas les moyens, il ne paye pas et il crève. C’est la loi du marché. (Elle vaut aussi pour le prostatique, le cardiaque, l’hypertendu, l’obèse, le porteur du VIH et tout patient atteint de maladie chronique.)

« La Sécurité sociale, un système pourtant solidaire, nuance enfin la journaliste de France 2. C’est ce que tient à rappeler ce responsable du régime des indépendants. » « A la Sécurité sociale, précise Jean-Philipe Naudon, vous n’êtes pas soumis à un questionnaire de santé, contrairement à ce que fait une assurance privée. Vous êtes pris et si par malheur vous avez une grave maladie, vous êtes pris en charge immédiatement et à 100 %. » Cet éclairage laisse dans l’ombre la sélectivité des assureurs privés.

Dans La Sociale, Anne Gervais, une formidable hépatologue de l’hôpital Bichat, à Paris, rappelle bien plus efficacement que le « chargé de mission » interrogé par France 2 le « risque » encouru par tout un chacun. « Les gens ne se rendent pas compte, tant qu’ils sont sur un petit risque, que la Sécu est fondamentale. Mais tout le monde aura un gros risque. Forcément, puisqu’on meurt ! » A moins de succomber à une foudroyante rupture d’anévrisme, chacun devra faire face à de ruineuses dépenses de santé avant de décéder. Dépenses si élevées que seul un système de solidarité à l’échelle nationale est capable de les assurer, rappelle un intervenant de La Sociale.

La médecin et le non-fumeur de France 2 font donc le pari de mourir en bonne santé, ce que le 20 heures omet de préciser ce 1er mai. Sur BFM Business (et dans les chroniques éco de BFMTV), on n’attend pas la Fête du travail pour saper les conquêtes sociales. Les attaques contre le collectivisme de la Sécu sont quotidiennes, pratiquées notamment par Nicolas Doze et par ses comparses de l’émission Les experts. « J’ai eu la chance de développer de l’emploi dans tous les pays du monde, rappelle un habitué, Bruno Vanryb, président d’Avanquest Software. Je sais quelle est la différence psychologique sur un salarié consommateur, entre le fait d’avoir des frais importants à acquitter de manière personnelle, et la situation de la France où la part qui arrive dans la poche du salarié est extrêmement faible, où l’écart entre le brut et le net est très important. » A cause des fameuses « charges » sociales.

 

 

« Quel est le sentiment des salariés, des collaborateurs américains ou anglais que je connais ? Ils ont l’impression d’être beaucoup plus riches, ils ont l’impression d’avoir la maîtrise de leur destin. Dans ces pays-là, les gens sont beaucoup plus maîtres de leur destin. » Le destin de n’avoir pas de couverture médicale s’ils n’en ont pas les moyens. Le destin de vivre dans un pays, les Etats-Unis, qui consacre 18 % de sa richesse à la santé, contre 12 % en France, pour un état sanitaire bien moins satisfaisant.

Quand on est riche et bien portant, il est aisé de plaider pour être « maître de son destin » – tout en taisant le fait que la Sécu a libéré des millions de gens modestes de l’angoisse du lendemain. Sans protection sociale, « on vit dans la peur d’un accident du travail, dans la peur de la maladie, rappelle Michel Etievent, historien et biographe d’Ambroise Croizat, l’artisan de la Sécu. Les corps se sont relevés à partir de 1946. Je voyais l’effet de la Sécurité sociale dans la chair, dans les yeux mêmes des gens. Tout à coup, ils retrouvaient la dignité. » La dignité ? Elle est cotée sur quel marché ?

« Le taux de confiscation de l’Etat, qui fait la redistribution à la place de l’économie de marché, c’est ça le mal endémique de notre économie », déplore l’expert de BFM Business. Le mal endémique de notre économie, c’est plutôt qu’on ne parle que d’elle. « Peu à peu, la dimension politique de la Sécurité sociale a été marginalisée pour être ensuite oubliée, note Colette Bec, sociologue. On ne débat plus de la place de la Sécurité sociale dans la société mais on débat de la place de la Sécurité sociale dans l’économie. » Il est à souhaiter que la sortie de La Sociale, en novembre prochain, contribuera à remettre le débat à sa place. En tout cas, il permettra de faire connaissance avec Jolfred Frégonara, chargé de la mise en place des caisses de Sécurité sociale en 1946 en Haute-Savoie. Un fringant et truculent militant de 96 ans qui, à lui seul, vaut le déplacement.

 

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Published by bruno fornaciari - dans SANTE
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