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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 07:13

Ci-dessous la lettre qu’un ami, d’abord favorable à Benoît Hamon, a adressé à ses proches et à son entourage pour les convaincre que la solution la plus porteuse pour la gauche à présent, étant donné la dynamique des forces, ne peut être que le vote pour Jean-Luc Mélenchon. Si vous en partagez le contenu, n’hésitez pas à la diffuser et à la faire circuler dans vos réseaux.

Chèr-e-s ami-e-s,

Je me permets d’envahir vos boîtes mail, une fois n’est pas coutume, avec un petit mot (très long en réalité…) qui concerne mes atermoiements et autres errances politiques. Vous allez vous dire : « Mais il est complètement cinglé ! Qu’est-ce qui lui prend ? », et évidemment je préfèrerais largement en discuter avec vous de visu, mais comme le premier tour de la présidentielle approche… et que nous n’aurons sans doute pas la possibilité d’en reparler d’ici là, je voulais vous dire – roulement de tambour – que mon choix pour ce premier tour est maintenant arrêté (ça vous fait une belle jambe), alors que j’ai longtemps fait partie des indécis de gauche (comme nombre d’entre vous).

Il y a bien sûr une part d’opportunisme (je le reconnais et préfère l’assumer), fondée sur les sondages les plus récents qui placent Mélenchon en troisième homme du premier tour. Comme le disent les analystes les plus chevronnés..., j’attendais de voir quelle serait la « dynamique » à l’approche du premier tour, sachant que l’électorat de cette présidentielle est inhabituellement volatil. En témoignent à la fois le nombre encore important d’indécis et les fluctuations des dernières semaines.

Si j’ai longtemps été indécis alors que j’ai déjà voté pour Mélenchon par le passé et que je suis l’un des millions de déçus du mandat de Hollande, c’est parce que pour moi la priorité était de voter pour le candidat de gauche qui aurait le plus de chances d’accéder au deuxième tour (sachant que l’« alternance » n’a jamais été une fatalité démocratique et que je ne vois pas pourquoi après Hollande, ce serait inévitablement un candidat de droite qui s’imposerait ! D’autant que si l’on respectait cette logique de l’alternance dite « démocratique », il conviendrait justement d’avoir un président de gauche après le mandat droitier d’Hollande…). Quand je dis candidat de gauche, je pense donc à quelqu’un qui rompe avec le hollandisme, concernant l’Europe, la finance, l’accueil des migrants, la lutte contre le terrorisme, la transition énergétique etc.

Même s’il a fait partie d’un gouvernement n’ayant fait preuve d’aucun courage et d’aucune lucidité sur tous ces sujets, et même s’il avait le profil décrié de l’apparatchik pur et dur, je faisais crédit à Benoît Hamon de présenter un projet de société en rupture avec le hollandisme (incarné, lui, par Macron) et en décalage par rapport à Mélenchon (dans le patriotisme duquel je ne me retrouvais pas complètement). Je le trouvais (et le trouve encore aujourd’hui) humble, convaincu et surtout visionnaire (en particulier sur les questions touchant au travail), mais… il semble n’avoir plus aucune chance de faire gagner la gauche.

Aujourd’hui, et même si je suis bien conscient que les sondages (auxquels je serais plutôt opposé par principe, puisqu’ils dispensent de voter en fonction de ses convictions) ne sont que des indicateurs qui ne font pas état de toutes les tendances d’opinion et encore moins de certains votes « cachés » (dont certains créditent Fillon ou Le Pen), l’écart est tel entre Hamon (9%) et Mélenchon (18%) que le candidat PS ne parviendra sans doute pas à reprendre toutes les voix que Macron et Mélenchon lui ont subtilisées ces dernières semaines. Samedi soir, il s’est même fendu d’une parole inouïe (révélatrice à la fois de son usure et de sa conviction qu’un projet de gauche doit l’emporter sur les logiques d’appareil, surtout quand ledit appareil est moribond…) lorsqu’il a dit qu’il voterait Mélenchon si celui-ci passait le premier tour ! Une anticipation tacite et indirecte de sa propre défaite, donc.

Dans une autre interview, il a aussi dit que si jamais il n’était pas qualifié, il irait faire une bonne sieste… Bref, il n’y croit plus (y-a-t-il vraiment cru ?) et s’est pris tellement de couteaux dans le dos qu’il est difficile de lui tenir rigueur de sa démoralisation.

Il y a ensuite la question du vote « utile » (utile pour tous ceux qui ne veulent pas avoir à choisir entre la peste et le choléra au deuxième tour), donc le vote Macron. En légère baisse dans les sondages (23%), ce dernier intéresse les électeurs de gauche au prétexte qu’il serait le seul à même de l’emporter face à Le Pen au deuxième tour, mais aussi parce qu’il éviterait que nous ayions à voter pour Fillon. Mais ce double argument tenait la route quand Mélenchon n’était pas si haut dans les intentions de vote. Aujourd’hui, Fillon stagne à 17% (autant dire que ses chances de passer au second tour s’amenuisent) et dans le scénario Le Pen – Mélenchon au deuxième tour, c’est bien ce dernier qui l’emporte haut la main (à 57 contre 43%).

Voter Macron ne relève donc plus du vote utile (d’autant qu’à mon avis, si nous avons 5 ans de macronisme, c’est le triomphe assuré du FN => une utilité à très court terme, donc…), mais du vote de conviction. Alors bon, je ne suis pas un militant rôdé, ni un politicien, ni un expert, et je serais bien incapable de démonter pièce par pièce le programme de l’ancien banquier (n’hésitez pas à me donner des arguments, d’ailleurs !), mais vous m’accorderez qu’aucun de nous ne peut dire avec aplomb qu’il s’agit là d’un candidat de gauche, soucieux de réduire les inégalités sociales… Si j’ai bien compris ses tirades alambiquées, il souhaite que les riches puissent être plus riches ; que les start-up prennent leur envol sans être contraintes par le code du travail ; que les jeunes travaillent sans compter car c’est la seule voie de l’épanouissement (comprendre : de l’enrichissement) ; et que l’individualisme, combiné au libéralisme, l’emporte sur des formes de solidarité jugées archaïques et dépassées.

À bien des égards, certes, il vaut mieux que Fillon ou Le Pen ! Mais à l’inverse des Le Drian et autres Delanoë, je préfère voter selon mes convictions au premier tour, quitte (même si je me plais à croire que je ne serais pas en situation de devoir le faire) à voter utile au second tour en donnant ma voix à Macron (comme je l’ai d’ailleurs fait pour Chirac en 2002 ou pour Hollande en 2012).

Un autre problème de taille, j’en ai déjà parlé avec plein d’entre vous (mais j’ai des nouveaux arguments à ce sujet !), est la « personnalité » de Mélenchon… À tous ceux qui ne peuvent pas le supporter, parfois depuis des années, je dis… : oubliez la personne, son tempérament coléreux et ses postures arrogantes, comme il y invite d’ailleurs lui-même (c’est déjà bien d’être lucide, je trouve). Je peux comprendre, car il m’a agacé bien des fois, avec ses ficelles parfois grossières de populiste, ses diatribes systématiques et peu productives contre les médias, sa lyrique patriote, ses sorties glissantes sur l’Allemagne etc., tout en me séduisant parce qu’il ne manque pas d’humour (en témoigne, entre autres, le premier débat télé organisé avec les cinq « gros » candidats) et parce qu’il bosse comme un dingue, qu’il expose des idées fondées sur des convictions et que le renouveau démocratique qu’il propose place au second plan la question de l’incarnation.

Alors, bien sûr, tout le paradoxe est que Mélenchon sur-incarne la volonté d’en finir avec l’incarnation inscrite dans les institutions de la Ve République, et plus particulièrement dans l’élection présidentielle… Un tribun qui s’auto-héroïse, mais… qui souhaite mettre un terme aux cultes et aux dévotions que favorise la présidentielle, au profit d’une d’une intelligence politique collective (et non d’un management faussement anti-idéologique et non partisan), voire d’un « intellectuel collectif »…

Je crois en tout cas que la Constituante qui sera mise en place (puisque telle est la première mesure qu’il souhaite prendre) au lendemain de l’élection de Mélenchon, peut rassurer ceux qui lui prêtent des penchants ou des intentions autoritaires.

Au-delà de la personne, pour moi, les deux gros problèmes étaient sa poutinophilie supposée et son plan B de sortie de l’Europe. Sur le premier point, j’ai longtemps cru que Mélenchon, par un anti-atlantisme de principe, souhaitait privilégier l’alliance avec Poutine. Mais un article récent de l’hebdo Marianne, qu’on ne peut pas vraiment soupçonner de gauchisme…, met à plat toutes les déclarations du candidat concernant la Russie et le verdict me paraît sans appel : Mélenchon n’aime pas Poutine, ne le considère pas comme un démocrate et ne soutient pas son régime. Il dit qu’une guerre ouverte avec la Russie ne serait pas très habile sur le plan géopolitique, mais franchement…, il est difficile de ne pas lui donner raison ! (aucun candidat, d’ailleurs, n’a jamais défendu cette option). Cette supposée russophilie ne révèle donc pas un penchant de JLM pour les régimes autoritaires et liberticides.

Quant à l’Europe – qui, je crois, est un gros sujet de préoccupation pour nous tous, parce que dans le contexte du Brexit, du déploiement des impérialismes russe ou chinois et de la mondialisation du terrorisme, il apparaît quand même difficile que la France tire son épingle du jeu sans l’unité européenne… – j’étais vraiment inquiet parce que je croyais que le plan A n’était qu’une faribole et que nous passerions directement au plan B (qui, du reste, n’est même pas une solution de repli national qui serait comparable à ce que propose le FN, mais qui consiste en l’élaboration de nouveaux traités de coopération écologique, fiscale, scientifique, etc., en particulier avec les pays du sud de l’Europe, puisque l’Espagne, le Portugal ou l’Italie ont l’air motivés).

Mais Mélenchon me convainc quand il dit qu’il est possible de faire ce que Hollande n’a pas su faire (sans doute faute d’intérêt pour la question plus que de courage…) : la capacité de la France à renégocier les traités repose sur son poids économique (et accessoirement historique) au sein de la zone euro. Et entre nous, ce que Mélenchon propose de renégocier me semble pertinent, même si je ne suis pas du tout un expert en la matière ! (notamment en faveur de l’harmonisation fiscale, d’une nouvelle politique agricole commune, des services publics, et bien entendu de la renégociation des dettes).

Bon, voilà, vous imaginez bien que je n’ai aucune prétention à avoir raison et encore moins à vous dire quoi voter ! Je voulais en fait surtout vous faire part de mon grand espoir : celui que la gauche soit représentée au second tour (et puis, allez, j’avoue… voir Méluche manger Le Pen dans les débats d’entre-deux-tours, ce serait trop bon). Laissons le parti socialiste renaître de ses cendres (ou pas…), en espérant que ce soit sur le fondement du programme qu’Hamon a présenté à la présidentielle, et tâchons d’empêcher Fillon ou cette baudruche sans idées qui nous vend une société du contrat généralisé, d’accéder au second tour.

Je me dis que si les indécis de mon espèce, ou bien les vrais hamoniens (donc des gens de gauche, à qui le programme de Mélenchon peut plaire, au-delà même de sa personne qui peut exaspérer), ainsi que les « macroniens-par-défaut », et même les jeunes juppéistes !, si tout ce beau monde se rallie au programme de la France insoumise et si chacun d’entre nous arrive à convaincre au moins une personne de son entourage (évidemment, n’hésitez pas à m’écrire pour m’invectiver, hein J ; pour l’instant j’ai réussi à convaincre une grand-mère, mais elle est très influençable), Mélenchon peut monter, monter, monter, se hisser à 22-23% et se retrouver au coude-à-coude avec Le Pen. Qu’il écrasera comme il l’avait annoncé en 2012 sur le plateau de Pujadas, dans une interview qui, moi, me fait encore frissonner…

Bises à toutes et tous !

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Published by bruno fornaciari
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