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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 16:02
Macron élu. Face à un libéral aux commandes, le besoin de députés pour nous défendre !
L’Humanité Dimanche - STÉPHANE SAHUC ssahuc@humadimanche.fr
En choisissant le Louvre pour célébrer sa victoire, Emmanuel Macron s’est placé dans la ligne du monarque républicain. Quel renouveau !

Vainqueur du scrutin, et deuxième président de la Ve République le mieux élu, Emmanuel Macron enregistre pourtant une victoire en trompe-l'oeil qui ne doit pas masquer l'absence d'adhésion populaire à son programme de casse sociale. Pour riposter face à la catastrophe annoncée : se saisir des législatives des 11 et 18 juin prochains afin de « faire entrer le peuple l'Assemblée ».

Quel président sera Emmanuel Macron ? Deuxième président le mieux élu de la Ve République, après Jacques Chirac et ses 82 %, il n'est pourtant pas dans une situation aussi confortable que son prédécesseur. La preuve par deux chiffres : s'il recueille 66 % des suffrages exprimés, seuls 61 % des Français souhaitent qu'il obtienne une majorité à l'Assemblée nationale, selon une enquête Ipsos. La preuve également par l'absence de liesse. Certes, le rassemblement du Louvre a plutôt bien fonctionné en termes d'image, de symbole et d'affluence (lire page 21), mais dans les rues de Paris, ou il réalise pourtant près de 90 %, comme dans celles des grandes villes, cela n'a pas été le concert de Klaxon habituel des soirs de second tour, tant pour fêter une victoire que se réjouir d'une défaite. Tout juste un soupir de soulagement que le pire soit évité. Il n'y a pas, il n'y a jamais eu de « désir de Macron » en France. Il faut lui reconnaître d'avoir bien joué sa partition, bien aidé en cela par l'orchestre médiatique (lire page 22). Mais sa petite musique avait comme qualité principale d'être moins discordante que la fanfare militaro-nationaliste de Mme Le Pen.

Un président fragile

Plus qu'aucun autre avant lui, Emmanuel Macron est un président par défaut. Le niveau d'adhésion à son projet est historiquement faible. En réalité, le nouveau président, s'il est majoritaire en voix, est minoritaire idéologiquement et politiquement. La majorité des Français est hostile à ce qu'il porte et ce qu'il incarne. Une hostilité telle qu'elle a empêché François Hollande de se présenter. C'est d'ailleurs l'ultime tour de force de ce dernier que d'avoir réussi à ce que son successeur soit celui qui incarne le mieux la continuité de sa politique.

Le nouveau chef de l'État, bien que majoritaire en voix, reste minoritaire idéologiquement et politiquement.

Et si Emmanuel Macron a su parfaitement profiter des circonstances qui ont vu successivement l'éviction de Nicolas Sarkozy, d'Alain Juppé, de François Hollande et de Manuel Valls pour se positionner comme vote refuge, il pourrait être à son tour confronté à une rupture lors des élections législatives. Pour la première fois depuis l'inversion du calendrier électoral, les élections qui s'annoncent pourraient ne pas être une simple confirmation de l'élection présidentielle. Pour toutes ces raisons la victoire d'Emmanuel Macron est fragile. D'autant que la forte progression de l'abstention et du vote blanc prouve qu'en plus de ceux qui ont voté pour lui par défaut, une autre partie importante du corps électoral n'a pu se résoudre, malgré la menace Le Pen, à le choisir.

MACRON EN MONARQUE

Tout était millimétré. Bien loin du joyeux bazar des seconds tours passés, où, à la Bastille pour la gauche ou à la Concorde pour la droite, le peuple des vainqueurs faisait la fête. La longue marche du nouveau président élu faisait écho à celle de François Mitterrand jusqu'au Panthéon en 1981. Mitterrand encore avec « l'Hymne à la joie », Mitterrand toujours avec la pyramide du Louvre comme décor de sa première intervention comme chef de l'État. Millimétré jusqu'au choix du lieu qui se situe entre Bastille et Concorde. Comme un symbole centriste, « et de droite et de gauche », qui juge les clivages dépassés et veut renouveler et « recomposer » la politique française. Mais plus près de Concorde tout de même. Le centre n'est jamais qu'un faux nez de la droite et la politique prônée par le nouveau président a de fortes chances d'être mise en oeuvre par un premier ministre issu des rangs de la droite. Le Louvre, c'est aussi le palais des rois de France. Et l'on se souvient des fêtes johanniques d'Orléans, le 8 mai 2016, où Macron rendit hommage à Jeanne d'Arc parce qu'elle avait su « fendre le système » et « imposer le rêve fou comme une évidence », celui de rendre la France à son roi. De Jeanne au Louvre, Emmanuel Macron veut incarner à la fois la figure du sauveur et celle du monarque. « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi. (...) On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction », expliquait-il au magazine « le 1 » en juillet 2015. Après Le Louvre, Macron, nouveau monarque présidentiel, occupera le Château.

LA FABRICATION D'UN PRÉSIDENT « ANTI-SYSTÈME »

Il fallait entendre Julien Dray, proche conseiller de François Hollande et ex« parrain » politique d'Emmanuel Macron, raconter à la télévision, au soir de son sacre élyséen, la fable de l'homme parti de rien ou presque. Ex-apprenti philosophe ayant soutenu son mémoire de maîtrise sur Machiavel, le nouveau chef de l'État a soigneusement bâti une légende qui ne résiste pas à l'examen des faits : sa « Blitzkrieg » présidentielle, il l'a menée avec une armée de richissimes parrains, patrons de presse, banquiers, industriels et leurs cohortes de sherpas stipendiés, à l'instar de Jacques Attali ou encore d'Alain Minc. Compatissons donc, en compagnie de Julien Dray, à la solitude d'Emmanuel Macron, entouré des seuls ­ liste non exhaustive ­ Patrick Drahi (SFR, BFM TV, « Libération »...), Xavier Niel (Free, « le Monde », « l'Obs »), Vincent Bolloré (Canal Plus), Bernard Arnault (« les Échos », « le Parisien »). Autant de pontes du CAC 40 officiant dans le luxe, les télécoms, et dont les fortunes en constante expansion rachètent une presse moribonde, travestie en brigade d'acclamation du produit manufacturé Macron. Peu avant sa mort, le 6 novembre 2016, l'une des innombrables bonnes fées penchées sur le berceau du plus jeune président de la Ve République, le pionnier de la grande distribution Henry Hermand, se confiait dans les colonnes du « Figaro »: « J'étais l'un de ceux qui le suppliaient de ne pas tarder à démissionner de manière à ne pas entretenir la confusion avec Hollande. J'aurais aimé qu'il le fasse plus tôt. (...) J'incite toutes mes relations d'affaires à immédiatement aider Emmanuel Macron. » Cet ex-soutien de François Hollande se vantait aussi de l'avoir convaincu d'abandonner « l'idée de social-libéralisme, de socialréformisme, pour parler de progressisme, qui signifie l'adaptation à ce qui change ». Ironie de la fable, son poulain « anti-système » qui se pique de symboles a fait danser ses « marcheurs » funambules, le soir de sa victoire au pied de la pyramide du Louvre, au son du groupe Magic System. Qu'il est magique, en effet...

On peut d'ores et déjà prédire un quinquennat qui commencera mal, continuera mal et finira très mal. La menace FN

Un avertissement, mais qui ne sera pas sans frais cette fois, pour tous ceux qui depuis des années avaient fait le pari d'une présence de Mme Le Pen au second tour pour assurer leur éventuelle élection. Pas sans frais, car la candidate frontiste, malgré un calamiteux débat de second tour qui a révélé son imposture sociale, recueille plus de 10 millions de voix et gagne près de 13 points entre les deux tours. La présidente du FN, qui se voit maintenant en chef de l'opposition au nouveau président de la République, entend bien faire fructifier ce capital, et ce dès les législatives. Une situation qui prouve la banalisation des idées d'extrême droite, encore renforcée durant cette campagne. Mais qui est aussi « le résultat de décennies d'alternances politiques défavorables aux intérêts populaires, de trahisons et de renoncements des gouvernements successifs », comme le soulignait le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, au soir du second tour. Un président faible et sans assise populaire ; une droite en embuscade pour prendre sa revanche sur une élection qu'elle jugeait imperdable ; un Front national à son plus haut niveau historique ; un PS en miettes... Autant dire que, dans ces conditions, si Emmanuel Macron met en oeuvre son programme de casse sociale, s'il s'applique à gouverner par ordonnances comme annoncé, l'avenir s'annonce des plus incertains. Et l'on peut d'ores et déjà prédire un quinquennat qui commencera mal, continuera mal et finira très mal, surtout si le nouveau président compte sur un remake de 2017 en 2022 et mise une nouvelle fois sur le rejet de l'extrême droite.

Quelle Assemblée nationale ?

Le seul élément d'espoir et de nouveauté qui émerge de la période est bien évidemment la dynamique suscitée au premier tour autour de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF et Ensemble !. C'est à partir de ces 7 millions d'électeurs qu'il est possible de construire un pôle de changement et de progrès en rupture avec les politiques libérales. Un pôle populaire, rassembleur, et qui confirme et amplifie sa capacité à redonner de l'espoir aux jeunes, aux couches populaires, aux salariés... Cette dynamique de premier tour peut-elle se transformer en dynamique législative qui permette à l'ensemble de ceux qui ont soutenu sa candidature de faire une entrée en force à l'Assemblée nationale pour s'opposer résolument aux projets du nouveau président ? « Après un vote de refus et de peur, le moment est venu d'un choix positif, le choix d'un avenir en commun », explique Jean-Luc Mélenchon. C'est l'enjeu majeur des semaines qui viennent. Car il s'agit, comme le dit Pierre Laurent, rien de moins que de « faire entrer le peuple à l'Assemblée ». Faute de quoi, cette gauche de transformation, populaire et antilibérale pourrait bien être réduite à la portion congrue pour les cinq années à venir, quand les Français, eux, devront avaler l'amère potion libérale concoctée par Macron. STÉPHANE SAHUC ssahuc@humadimanche.fr
http://content.milibris.com/access/... majeur des prochaines législatives est de « faire entrer le peuple à l'assemblée nationale » pour contrer les attaques antisociales.

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