Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 06:14

Production électrique : l’équation insoluble de Nicolas Hulot

GÉRARD LE PUILL
MARDI, 11 JUILLET, 2017
HUMANITE.FR
Nicolas Hulot a déclaré qu’il faudra « fermer un certain nombre de centrales, ce sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs. Laissez-moi planifier les choses, chaque réacteur a une situation économique, sociale et même de sécurité, très différente », a-t-il ajouté. Photo : AFP
Nicolas Hulot a déclaré qu’il faudra « fermer un certain nombre de centrales, ce sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs. Laissez-moi planifier les choses, chaque réacteur a une situation économique, sociale et même de sécurité, très différente », a-t-il ajouté. Photo : AFP

Quatre jours après la présentation de son « Plan Climat », Nicolas Hulot a annoncé que la France pourrait fermer jusqu’à 17 réacteurs nucléaires d’ici 2025. En répondant de cette manière à la pression des organisations antinucléaires, le ministre de la Transition écologique et solidaire donne le sentiment de se priver du plus sûr moyen dont il dispose pour son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Le 6 juillet, lors de la présentation du « Plan Climat » qui ambitionne de parvenir à la « neutralité carbone » en France d’ici 2050, Nicolas Hulot s’était gardé d’inscrire la fermeture d’une seule centrale nucléaire dans sa feuille de route tout en reprenant à son compte l’objectif du quinquennat Hollande de ramener la part du nucléaire à 50% de notre production électrique d’ici 2025. Cette part est de 72%  aujourd’hui. Interrogé le jour même sur l’absence de site nommément désigné pour être fermé, le ministre de la Transition écologique et solidaire s’était contenté de répondre que la France allait « mécaniquement fermer un certain nombre de réacteurs » avant d’ajouter que « ce n’est pas un truc qu’on décide sur un coin de table ». Cette absence de précision avait suscité des critiques de certaines organisations se réclamant de l’écologie et connues pour leurs postures antinucléaires, dès lors qu’il ne s’agit pas de la bombe mais des centrales électriques. Dans un communiqué publié ce même 6 juillet, le Réseau Action Climat France écrivait que le plan du ministre « passe totalement sous silence la nécessaire fermeture de réacteurs nucléaires, indispensables à l’atteinte des objectifs de la loi de transition énergétique et pour laisser la place aux énergies renouvelables ». De son côté, Greenpeace France affirmait que « la première chose à faire est de respecter la loi et de dire combien il faut fermer de réacteurs ».

Fermer 17 réacteurs d’ici 2025, c’est augmenter les émissions de CO2

La Loi dont il est ici question est la Loi de transition énergétique que Ségolène Royal avait fait voter en 2016.  Elle prévoyait la fermeture de la centrale de Fessenheim dès 2017. Nicolas Hulot a-t-il voulu désamorcer les critiques venant d’associations « amies » ? Toujours est–il qu’il a déclaré hier sur RTL qu’il faudra « fermer un certain nombre de centrales, ce sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs. Laissez-moi planifier les choses, chaque réacteur a une situation économique, sociale et même de sécurité, très différente », a-t-il ajouté.

Cette concession faite aux antinucléaires conduit ces dernières à demander toujours plus, quitte à falsifier la réalité. Dans un communiqué qui omet délibérément d’évoquer le rôle majeurde l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le Réseau Sortir du Nucléaire écrivait hier : « Prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires nécessite de lourds travaux qui coûtent des sommes gigantesques, de l’ordre de plusieurs centaines de milliards d’euros (…) Dans le même temps, EDF est confronté à la baisse très importante et structurelle du prix de l’électricité en Europe, du fait de la diminution de la consommation d’électricité depuis 2008 et l’augmentation de la production d’électricité par des sources renouvelables et à un tarif de moins en moins cher ». De moins en moins cher peut-être, mais beaucoup plus cher que le courant produit par les centrales nucléaires. C’est même ce moindre coût du nucléaire en fonctionnement et la péréquation que cela permet pour parvenir à un prix unique au niveau du consommateur qui permet le développement des énergies renouvelables comme l’éolien et le photovoltaïque.

La facture des ménages allemands a doublé en dix ans

L’Allemagne a fait le choix de sortir du nucléaire en 2011. A cette époque la part du nucléaire dans le mix énergétique allemand pour la production de l’électricité était déjà tombée à 17,8% contre 30% en l’an 2000. Aujourd’hui le nucléaire n’assure plus que 13% de la production électrique en Allemagne. Entre temps, la part des énergies renouvelables   est montée  à 29%.Mais celle du charbon est de 19%, celle du lignite de 24%, celle du gaz  9% .Ce sont des chiffres que veulent ignorer des associations françaises qui prônent une sortie précipitée du nucléaire pour produire de l’électricité. En omettant de reconnaître que le nucléaire c’est zéro gamme de CO2 par kWh contre 45O grammes pour le gaz, 950 grammes pour le charbon et encore plus pour les centrales qui brûlent du lignite. De même, une centrale nucléaire fonctionne en moyenne 6.800 heures par an contre 2.600 heures pour une centrale hydroélectrique, 2.000 heures pour une éolienne terrestre et seulement 1.000 heures par an en moyenne pour les panneaux photovoltaïques.

En Allemagne le prix de l’électricité payé par les ménages a doublé depuis 10 ans, ce qui n’a pas empêché l’électricien E.On de perdre 16 milliards d’euros en 2016 tandis que les pertes de RWE s’élevaient à 5,7 milliards d’euros. Le prix de l’électricité va continuer de monter de l’autre côté du Rhin et le bilan carbone aussi dans la mesure où la montée en charge des énergies renouvelables demeure bien trop lente pour réduire suffisamment la place du charbon et du lignite dans le mix énergétique allemand avec la fermeture totale des centrales nucléaire prévue pour 2022

C’est aussi à la lumière de ce qui se passe en Allemagne que l’on peut  mesurer la démagogie des partisans de la sortie du nucléaire en France pour produire de l’électricité. Candidat éphémère d’Europe Ecologie Les Verts à l’élection présidentielle, Yannick Jadot proposait d’en finir avec les centrales nucléaires dès 2035 tandis que Jean-Luc Mélenchon visait l’horizon 2050 avec l’espoir de capitaliser sur son nom de nombreux suffrages d’électeurs du parti de Jadot et de Duflot.

Retour sur le compromis politicien de 2012 entre le PS et les Verts

Il convient enfin de rappeler ici comment est né le projet de faire passer la part du nucléaire de 75% en 2012 à 50% en 2025 ainsi que le projet de fermeture de la centrale de Fessenheim avant la fin du quinquennat de François Hollande. Il s’agissait d’un compromis politicien entre le Parti socialiste et le candidat Hollande d’un côté, le parti de Cécile Duflot de l’autre. En échange de ce compromis sur le nucléaire, le PS  laissait aux Verts une quantité suffisante de circonscriptions sûres pour avoir des assez de députés afin de pouvoir former un groupe parlementaire,  ans compter quelques postes de ministres en cas de victoire. En échange de ce cadeau, la direction de l’époque du parti qui se dit écologiste promettait à François Hollande que le vote interne chez les Verts désignerait Eva Joly comme candidate à l’élection présidentielle plutôt que Nicolas Hulot. En raison de sa popularité auprès des Français, la candidature de Hulot était susceptible de priver Hollande d’un score suffisant pour se qualifier au second tour de cette présidentielle de 2012 contre Sarkozy.

Mais terminons par le « Plan Climat » de Nicolas Hulot qui nous promet l’arrêt de la mise en circulation des véhicules à essence et diesel dès 2040 et veut parvenir à la neutralité carbone en 2050. En optant pour une sortie du nucléaire et compte tenu qu’un ’autre objectif du ministre de la Transition écologique et solidaire est de parvenir 32% d’énergies renouvelables en 2030, une politique de sortie du nucléaire dans un pays aussi nucléarisé que la France conduit à poser la question suivante : combien de millions mètres cubes de gaz et de millions tonnes de pétrole supplémentaires faudrait-il  importer chaque année pour assurer la recharge des batteries de nos voitures  électriques dont la production devra être accélérée dès à présent pour en finir avec la mise en circulation des moteurs à explosion dans moins de 23 ans ? Quel sera le bilan carbone final de cette politique de gribouille?

Partager cet article

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans ECOLOGIE ACTUALITES PCF
commenter cet article

commentaires

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre