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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 23:20

Le chef d’al-Qaida a été liquidé par les forces spéciales américaines qui l’ont abattu d’une balle en pleine tête. Une intervention qui s’inscrit aussi dans la nouvelle stratégie afghane de Barack Obama, jouant tout à la fois sur un maintien de l’Otan et un retrait progressif des troupes US.

Quarante minutes ! C’est le temps qu’il aura fallu, selon la version officielle de Washington, pour qu’un de ses commandos héliportés en finisse avec son ennemi public n°1, recherché depuis dix ans au détour des grottes de Tora Bora en Afghanistan puis dans les zones pachtounes pakistanaises.

En fait, c’est dans la résidence luxueuse d’une cité huppée à 50 km d’Islamabad que se cachait depuis plusieurs mois Ben Laden. Mais de ce qui s’est passé à Abbottabad aux alentours de minuit, dans la nuit de dimanche à lundi, nous ne connaissons encore que ce que la Maison-Blanche veut bien laisser filtrer : à savoir que l’opération a été menée par des forces spéciales de la Marine américaine, des Navy Seals, qui ont abattu le chef d’al-Qaida d’une balle dans la tête. Puis que son corps a été emporté par hélicoptère. Des prélèvements ADN ont été effectués afin de permettre une identification formelle.

Peu de temps après, Barack Obama annonçait spectaculairement la nouvelle tandis que l’« histoire » américaine de la traque et de l’assaut final était révélée au grand public, avec un grand souci de détails complexes sans pourtant éluder les questions comme le sort réservé au corps du Saoudien. D’après le New York Times et les chaînes de télévision CNN et MSNBC, il aurait été emmené en Afghanistan. Il aurait été ensuite «immergé», voire «inhumé» en haute mer. Une démarche destinée à éviter que son lieu de sépulture ne devienne lieu de pèlerinage ; ce qu’ont confirmé plusieurs responsables américains sous couvert d’anonymat.

 

 Une opération prévue de longue date

L’opération militaire au cœur du Pakistan était prévue de longue date, puisqu’il semble que la présence du chef d’al-Qaida à Abbottabad ait été repérée depuis août dernier. Entre-temps l’administration Obama a peaufiné sa nouvelle stratégie régionale, décidant conjointement l’envoi de nouveaux renforts en Afghanistan, où les États-Unis s’embourbent depuis dix ans, et le retrait des premières troupes américaines en juillet prochain. Pour l’opinion publique américaine, la mort de Ben Laden confirmera le sentiment que la guerre n’y est plus nécessaire. La Maison-Blanche pourrait annoncer le rappel de quelque cinq mille soldats sur les cent mille qui sont engagés. Ce qui ne signifie en rien la fin du conflit, comme l’a rappelé le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, épaulé par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, tous deux estimant que les opérations militaires de l’alliance en Afghanistan devaient continuer.

Le second volet de la politique d’Obama en Afghanistan, à savoir le dialogue entamé avec une partie de la mouvance talibane afghane, est lié aux relations entretenues entre Washington et Islamabad. « Notre message aux talibans demeure le même », a lancé hier la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, dans une déclaration solennelle au département d’État : « Vous ne pouvez pas attendre que nous partions, vous ne pouvez pas l’emporter sur nous, mais vous pouvez faire le choix d’abandonner al-Qaida. »

En laissant se faire l’opération américaine sur son territoire, le gouvernement pakistanais, qui voit d’un bon œil le retour en grâce de ses alliés islamiques afghans, a sans doute renforcé ses propres ambitions en Afghanistan, considéré comme une arrière-cour stratégique. Mais si cette politique des pourparlers est appréciée par Islamabad de l’autre côté de la frontière, la donne est en revanche inversée en ce qui concerne les intégristes pakistanais liés à al-Qaida, dont l’organisation radicale Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP, « Mouvement des talibans du Pakistan »). Depuis les élections de février 2008, Islamabad est devenu leur cible.

Le TTP est le principal responsable d’une vague de quelque 460 attentats – suicides pour la plupart – qui ont tué plus de 4 200 personnes dans tout le pays ces trois dernières années. Le mouvement a pour fief les zones tribales du nord-ouest du Pakistan. Depuis 2004, les États-Unis mènent dans ces zones une campagne de tirs de drones qui s’est nettement intensifiée depuis l’été 2008, faisant de nombreuses victimes civiles. Pour toute réponse, lundi après-midi, les talibans du TTP ont juré de venger Ben Laden.

Dominique Bari

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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