Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 04:07

Chronique de Serge July à RTL du 10 mai 2011 suvit d'un commentaire de Bruno FORNACIARI

 

Vous avez connu François Mitterrand pendant ses deux mandats, vous publiez un livre sur lui " le géant de la politique et pourtant ce soir vous nous parlez de la chance de Mitterrand, c'est étrange ?

L'affaire est entendue, même ses adversaires reconnaissent son talent politique, c'est à dire sa capacité à exploiter des circonstances exceptionnelles. Donc j'étais sûr de vous surprendre en évoquant la chance et son rôle dans l'histoire. Sans prendre tous les épisodes, il en est un certain nombre qui, sans la chance, n'auraient pas eu les effets qu'ils ont produit sur sa carrière et sur la France. 1965, par exemple, sa première campagne présidentielle. Le général est mis en ballotage, c'est le coup d'éclat de François Mitterrand, qui le lance comme le principal opposant à De Gaulle. Mais cette mise en ballotage est provoquée aussi par  Jean Lecanuet, démocrate chrétien, qui au lieu de rallier De Gaulle, s'y oppose et réussit un score fatal de plus de 15%.

Il signe le programme commun avec le parti communiste en 72  et il est battu de très peu  en 1974. Là encore ce serait un coup de chance ?

Sur le coup il ne l'a pas vécu aussi sereinement. Mais en 1974, le rapport des forces entre des communistes français alors très staliniens et les socialistes était écrasant en faveur des premiers. Aux législatives de 78, les communistes font encore un score de 20%, mais pour la 1er fois seulement, les socialistes viennent de prendre l'avantage électoral. Le programme commun entre le PCF et le PS c'est un programme issu des trente glorieuses, construit sur une croissance à gogo. Appliquée en 74, avec le début de la crise, il aurait fait mal, sans compter que le PCF aurait été beaucoup actif qu'il ne le fut après sa défaite électorale de 81. Quelle chance François Mitterrand a eu de ne pas gagner en 1974 et de ne pas avoir à appliquer ce programme là sous la pression des 500 000 adhérents d'alors du PCF.

Et puis j'imagine il y a la victoire de 1981. Là encore il a eu de la chance ?

En 1981, la chance  s'appelait Jacques Chirac. La tactique suicidaire du PCF d'un côté et l''existence d'une fracture à droite, c'était une configuration de rêve.  Sans la campagne anti giscardienne de Jacques Chirac, François Mitterrand n'aurait pas été élu. Le leader du RPR pense se débarrasser de Giscard en le faisant battre et il ne donne pas cher de  la présidence Mitterrand et à ses ministres communistes, qui sont condamnés à très court terme. Le leader socialiste  n'oubliait jamais de répéter que la droite était majoritaire en France, et que pour gagner il fallait utiliser autant que possible ses divisions, et ne pas mettre tout le monde dans le même panier.

J'ai envie de vous demander s'il y a eu aussi de la malchance, au delà d'épisodes personnels ? 

Lorsqu'il arrive au pouvoir, il est pris à revers par un tsunami: l'économie financière est en train de prendre le pouvoir à l'échelle mondiale. Le chômage s'emballe, des industries meurent, d'autres naissent. Il joue alors à fond l'Europe comme potentielle régulation, mais çà ne va pas assez vite. Ce tsunami là, c'était pas de chance mais il  faisait partie de l'histoire !

 

  Serge JULY le 10 mai à RTL :


 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

BF 2011PS : Pour ma part, en 1965, au moment des Présidentielles,  j'avais 16 ans passé. J'avais débuté l'année précedente, une formation de typographe  à l'imprimerie Chaix à Saint-ouen (Département de la Seine, aujourd'hui Seine-Saint-Denis)) et en alternance à l'Ecole Estienne à Paris 13e bd Blanqui, qui allait durer 5 ans et qui comprenait l'obtention du CAP, en 1968.

J'étais alors, militant au Mouvement de la Jeunesse Communiste et secrétaire du Cercle Belaïde Hocine (nom donné en hommage à ce jeune algérien tué par les forces de répression dans sa  lutte pour la Paix en Algérie), adhérent au PCF, et syndiqué à la CGT.

 

Le contexte politique de l'époque :

 

Le général De Gaulle avait fait approuver par référendum en 1962,"sa" constitution de la Ve République. Le PCF, qui s'y était opposé seul en tant que Parti politique, l'avait analysé comme étant une constitution de pouvoir personnel. Le général De Gaulle étant le représentant des monopoles. Le PCF venait de produire une importante contribution à l'analyse du mouvement du capital qui prenait la forme de Capitalisme Monopoliste d'Etat ( CME).

 

La guerre d'Algérie poursuivie sous la 4e République par le Gouvernement de Guy Mollet, qui avait demandé les pleins pouvoirs (que lui accordèrent après bien des débats et des hésitations les députés communistes) ne s'acheva qu'en 1962 avec les accords d'Evian, avec De Gaulle 4 ans après le "coup d'Etat" de1958 qui permit son accession au pouvoir.

 

Le PCF, qui sortait auréolé de son rôle de premier plan dans la résistance à l"envahisseur nazi, et à la création du Programme du Conseil National de la Résistance, des conquêtes obtenues dans le 1er gouvernement De Gaulle à la libération jusqu'en 1947, avec le Ministre Communiste Ambroise Croizat créateur de la Sécurité sociale, était fort de 500 000 adhérents et représentait l'essentiel des 20 % qui s'étaient prononcés contre la Constitution,( dont François Mitterrand à titre personnel, comme quelques autres hommes politiques non communistes, d'ailleurs peu nombreux.)

 

C'est dans ce contexte que le Parti Communiste, dirigé alors par Waldeck Rochet qui venait de succéder à Maurice Thorez, engageait la lutte pour un programme d'unité populaire.

 

Pour en faciliter l'avènement, le PCF cherchait à reconstruire l'unité défaite depuis plusieurs années suite à l'éviction des ministres communistes de tous les gouvernements des pays d'europe de l'Ouest où ils étaient présents. Avec comme objectif  de reproduire le modèle franco-français qui avait prévalu à l'instauration du Front Populaire en 1936. , Waldeck Rochet engagea des discussions avec la SFIO sur la base de la recherche d'accords partiels pouvant permettre ultérieurement des accords plus globaux. Pour faciliter le rapprochement et l'unité de la gauche,  le PCF renonça à présenter un candidat à la Présidentielle de 1965, et proposa qu'un candidat unique de la gauche qui   ne soit ni communiste, ni socialiste soit alors recherché. C'est ce qui conduisit Waldeck Rochet à faire la proposition de François Mitterand fondateur de la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) pour qu'il devienne le candidat unique de la gauche à la Présidentielle de 1965 face à De Gaulle.  Après le ballotage du premier tour, il capitalisa 45 % des voix au deuxième.

 

L'espoir venait de naître, ainsi que la crédibilité d'une perspective de rassemblement de  la gauche pour élaborer  un programme d'unité populaire. Le parti communiste s'engagea à fond dans la recherche de l'union à gauche et la réalisation d'un programme transformateur répondant aux besoins des populations et notamment de la classe ouvrière.

 

Les années suivantes furent marquées par de grandes luttes revendicatives dans le pays jusqu'au grand mouvement  revendicatif de mai/juin 1968 (1) qui conduisit 10 millions de personnes à la grève générale au sortir de laquelle de grandes revendications furent arrachées au patronat. (augmentation importante et générale des salaires, reconnaissance de la section syndicale, semaine de 40 heures, 4e semaine de congés payés et 5e dans certaines professions comme le livre,  création de comités d'entreprises, du droit d'expression politique dans l'entreprise etc..) La grève générale avait donné lieu à quelques manoeuvres et tentatives de récupération politiques. C'est ainsi,  alors que De Gaulle s'était éclipsé dans l'Est de la France laissant penser que  le pouvoir était vacant, Mitterand, Mendes France et Rocard (PSU) tentèrent d'organiser une prise du pouvoir par la rue et invitaient avec les étudiants, la population à "prendre le pouvoir". Mais l'absence de débouché politique (accord programmatique) et la répression des manifestations et des barricades par les CRS, l'utilisation de la télévision et de la presse pour créer un climat de violences insurrectionnelles a obtenu les effets escomptés par De gaulle. Alors que 1967 avait une chambre des députés avec de nombreux élus de gauche et notamment communistes, la dissolution de l'assemblée par De gaulle et les élections qui suivirent donnèrent à l'UDR une large majorité de sièges,une "chambre introuvable)pour seulemnt  27 communistes.

 

L'année suivante, donc en 1969, en raison des difficultés persistantes à trouver un accord avec le parti socialiste, le PCF qui réclamait l'unité et menait campagne pour l'union sur un programme commun présenta le candidat de l'union incarné par Jacques DUCLOS qui obtint plius de 21 % des voix, tandis que le PS avec le candidat Monsieur X, (Gaston Deferre) n'obtint lui que 5 %. Les électeurs voulaient l'union et un programme commun et les discussins avec le PS en furent facilitées.

 

Le PCF publiait en juin 1971 son programme "Changer de cap". Ce petit livre orange, vendu à 1 million d'exemplaire par les militants communistes, avait vocation à impulser un accord sur un programme cette fois-ci commun aux forces de gauche.

La même année François Miterrand pris le pouvoir du nouveau parti socialiste à Epinay. A ce sujet, je dois rappeler que pour favoriser l'union avec le PS, le PCF, très implanté dans les communes, a décidé unilatéralement  de proposé que les listes des conseils  municipaux soient composés de communistes et de socialistes. Et pour bien montrer leur sincérité, ils "offrirent" au Parti Socialiste, la ville d'Epinay jusque-là détenue par le PCF,

 

Comme un symbole, le congrès du nouveau PS de François Miterrand se tint à Epinay, comme pour montrer à tous,et à ceux réticents au PS ,l'objectif qu'il se fixe dans le cadre de ses rapports avec le PCF. Lui prendre des voix (3 millions déclarait-il à l'Internationale Socialiste à Vienne en 1972), des villes, des députés. Et ainsi REEQUILIBRER la gauche.

 

Malgré des discussions difficles, (F. Miterrrand a menacé à plusieurs reprises de quitter la table des négociations) en juin 1972 le programme commun, qui comprend de grandes réformes inspirées par le programme du PCF "changer de cap" est signé entre les délégations du PCF, du PS et des Radicaux de gauche conduites par Georges Marchais, François Miterrand et Jean Fabre (du Parti Radical de gauche qui avait fait scission avec les Valoisiens).

 

Un espoir populaire se lève. Les élections législatives de 1973 donne 5 millions de voix au PCF et 72 députés.

Les présidentielles de 1974 se profilent et la bataille pour un candidat de la gauche défendant le programme commun s'engage. François Miterrand ne souhaite pas être le candidat COMMUN, mais le candidat UNIQUE. Finalement, les communistes soutenus par la population l'emportent. François Miterrand sera le candidat commun aux forces de gauche avec le Programme Commun.

 

C'est dans ce contexte et dans ce rapport de force au sein de la gauche que s'engage la campagne des élections présidentielles de 1974. 

La campagne électorale de François Miterrand, soutenue par la mobilisation des militants communistes et de la direction du PCF bat son plein. Un meeting commun aux forces de gauche Porte de Versaille rassemble plus de 100 000 personnes. C'est l'euphorie, l'optimisme, l'espoir. Le "candidat" du Programme commun est actif, débatteur de talent, polémiste, convaincant. Le premier tour place Giscard et Mitterand pour le 2e.

 

Et là, tout change.Francois Mitterrand est plus en retenue, plus falot, fatigué peut-être, le "bues du gagnant" ?

 

Serge July précise :" Quelle chance François Mitterrand a eu de ne pas gagner en 1974 et de ne pas avoir à appliquer ce programme là sous la pression des 500 000 adhérents d'alors du PCF."


En fait, pour ceux qui ont vécu la période et la campagne, nous étions plus d'un à nous étonner. En effet François Mitterrand si brillant d'ordinaire dans les" Face à Face" avec l'adversaire, se trouve confronter sur EUROPE1  à Giscard d'Estaing lors d' un ultime débat, décisif celui-là, à quelques jours du 2e tour. Et là, patatras ! Il bafouille, il mélange, il recule, il se laisse enfoncer par son adversaire qui prend le dessus, pour tout dire, il était mauvais, il ne voulais plus convaincre. Quelques milliers d'électeurs lui ont fait défaut pour gagner. Il avait  décidé de ne pas être le Président de la République sous la "contrainte" communiste dans le cadre d'un rapport de force favorable au PCF qui ne lui laisserait pas les mains libres et qui lui imposerait l'application du programme commun auquel il avait consentit résigné, mais aussi par calcul. "Ce n'est donc pas la chance de perdre" comme le dit JULY,  c'est une posture, un choix, une stratégie politique.

 

Et cela va lui servir pour la suite. En effet, cette courte défaite devant giscard (51 %) le place désormais comme le leader à gauche (49 %) capable de battre la droite. Mais pour cela, il va demander aux électeurs de lui en donner les moyens politiques et de REEQUILIBRER la gauche à son profit. La stratégie d'Epinay prend alors tout son sens. Les années qui suivirent, avec le refus du PS de réactualiser le Programme commun et la rupture qui s'ensuit en 1977 dont la responsabilité est rejetée sur le PCF avec la complicité des médias, engagent le Parti Socialiste dans ce que le PCF qualifie de "virage à droite".

 

La victoire de mai 1981, (à laquelle participèrent les communistes affaiblis : Georges MARCHAIS obtenant  seulement 15 %) malgré la présence de 4 ministres communistes au 2e gouvernement MAUROY et de grandes réformes progressistes attendues et promises par le programme commun et les 110 propositions de Fra,çois Mitterrrand,  n'infirme pas la tendance qui se dessinait et  qui se poursuit après les deux premières années, avec la "rigueur" de Mauroy, ou l'on accuse les communistes de "faire le grand écart" parce qu'ils 'opposent à l'austérité et à la casse de la sidérurgie en participant bruyamment aux manifestations des siderurgistes.

 

L'accentuation du virage à droite avec Fabius, obligent les  communistes, qui veulent tenir leurs engagements et réchignent à  donner leur caution à une politique qu'ils résapprouvent, quittent le gouvernement à l'été 1983.

 

(1) l'analyse du PCF dans le mouvement de 1968 a fait l'objet de plusieurs contributions

 

A SUIVRE

 

Bruno Fornaciari

 

...

Partager cet article

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
commenter cet article

commentaires

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre