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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 06:30

On sait qui ils sont : qui veut en être. On connaît leurs inspirations : la colère, les révolutions arabes, l’appel de Stéphane Hessel... Mais qu’en est-il du fond ? Heureuse coïncidence, ce mercredi soir ce tenait un débat entre Indignés : « Qu’est-ce qui nous rassemble, quels sont nos buts ».

En avant propos, il faut décrire rapidement l'organisation du débat, tout à fait intéressante. Dans un premier temps, 25 personnes s’inscrivent pour un tour de parole. Chacun a ses 3 minutes. Des volontaires choisis en début de séance s’attachent à noter les thèmes principaux ainsi dégagés. Les tours de paroles plus thématisés reprennent ensuite. Malgré sa lenteur, le processus est efficace, chacun respectant la parole de l’autre, le débat avance réellement selon un principe que n’aurait pas renié Bourdieu qui soulignait la force de «l’intellectuel collectif ».  

  • Ce que nous voulons…

Comme le débat avait pour thème les objectifs du mouvement, nous nous attendions à une conséquente  liste de revendications, et nous ne fûmes pas déçus. Sortie du bipartisme, augmentation des minimas sociaux et plafonnement des hauts revenus, casser le pouvoir des banques, renforcer les services publics, principalement de l’éducation et de la santé, réelle séparation des pouvoirs, sortir du nucléaire… 
Mais rapidement, une étonnante alchimie prend et deux lignes de forces se dessinent nettement. D’un côté, ceux qui veulent mettre de côté toutes les revendications trop concrètes, qui risquent d’être sources de division. Il faut selon eux se concentrer sur la démocratie réelle, c'est-à-dire se réapproprier le pouvoir. « Il faut avant tout reprendre le pouvoir, car n’avoir que des revendications, c’est déjà accorder à d’autres le pouvoir d’y remédier » synthétise l’un des intervenants. 
Un jeune homme, l’écharpe rouge au vent prend la parole ensuite : « Demander plus de démocratie, c’est bien gentil, mais il faut remettre le social au cœur de notre mobilisation, sinon on ne restera qu’entre petits bourgeois ». « Il faut foutre par terre le capitalisme » conclut un autre.

Les débats peuvent donc se poursuivre autour de ces deux thèmes qui font consensus : comment renverser le capitalisme, et quelle démocratie veut-on.

  • Renverser le capitalisme.

Le débat s’affine et les idées se révèlent solides. Premier consensus, il faut faire converger les luttes sociales. Une femme de ménage au chômage, venue de banlieue, s’exclame avec émotion « c’est l’égoïsme de nos luttes qui fait la force de ceux d’en face », avant d’être chaleureusement applaudie. Elle raconte : « En 2005, pour les émeutes de banlieue, on était tous seuls. Les syndicats, les politiques n’étaient pas avec nous. Alors aujourd’hui je suis ici avec vous pour ne pas qu’on puisse dire qu’on n’était pas là. Mais en banlieue, on est le Lumpenprolétariat d’aujourd’hui ». 
Outre la convergence des luttes, deux idées avancées ont reçu une belle approbation. Sortir de la dictature de l’argent, dès l’échelle de l’individu, du consumérisme acharné, du tout jetable. Un autre Indigné rappelle l’importance de la télévision dans l’immobilité, la soumission des masses. Comme il faut faire sortir les gens dans la rue à l’heure de Plus Belle La Vie, la télévision est devenue un ennemi.

  • Quelle démocratie ?

Le débat devient ici plus complexe. Deux points recueillent l’approbation générale : la révocabilité des élus, et l’importance de pouvoir prendre librement et directement la parole, comme ils sont en train de le faire. De là, il reste compliqué de monter un système, de se mettre d’accord sur quelques principes constitutionnels. Certains réclament des élections à la proportionnelle stricte, d’autres un tirage au sort. Des Espagnols rappellent leur révolution de 1936, comme bel exemple de démocratie directe dont il faudrait s’inspirer. 
Mais une chose est sûre, pour les Indignés, ils veulent plus de démocratie en politique comme en entreprise. Le pouvoir revient à ceux qui travaillent, français comme étrangers. Que soit utilisé le mot de coopérative ou d’autogestion, l’idée est bel-et-bien là. Et si on leur demande, à qui faut-il prendre le pouvoir, leur réponse est simple, l’ennemi identifié : à l’oligarchie financière. Ils tiennent les rênes du travail, mais aussi de la politique.

Ils sont encore bien loin d’un programme politique clair avec propositions concrètes, ne parlons pas d’un projet constitutionnel, ou même simplement de la formation d’une structure politique à eux. Ils en ont conscience. Le débat tend pour l’instant à déconstruire, revenir à des fondamentaux pour se construire un socle commun. Les Indignés nous rappellent que la politique, c’est surtout et étymologiquement un vivre ensemble, dans la cité, et que cela passe avant tout par l’écoute et le respect de la parole d’autrui. Avant 2012, les nombreux candidats qui ambitionnent de « réenchanter la politique » devraient peut-être s’assoir quelques heures avec eux, et écouter.

Pour aller plus loin :

Des portraits de trois des Indignés ayant participé au débat : paroles d'Indignés de France
Et aussi :
Indignés de Paris : le melting pot
indignés de france : témoignez

Pierric Marissal

 

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