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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 18:16

un peu, beaucoup de MEDEF et un peu, beaucoup de François Hollande

Les vœux de Serge Dassault

Serge Dassault, président du groupe Figaro.

 

Le président du groupe Figaro vous présente ses vœux pour l'année 2014.

chères lectrices, chers lecteurs,

L'année 2013, reconnaissons-le, n'aura pas été une excellente année pour la France ni pour les Français. Alors que le monde entier - Amérique en tête - renoue enfin avec la croissance, notre pays reste à la traîne. Alors que nos voisins européens ont su prendre les mesures de redressement nécessaires, nous laissons filer les dépenses et les déficits. Sourds aux avertissements de l'OCDE, de la Commission européenneou de la Cour des comptes, nous continuons d'emprunter pour nos dépenses de fonctionnement, comme les contrats d'avenir, et d'alourdir le poids d'une dette qui, au train où vont les choses, atteindra bientôt 100 % de notre PIB!

Pour l'heure, les financiers de Bercy, qui ont les yeux fixés sur nos taux d'intérêt, profitent de l'indulgence des agences de notation qui nous conservent notre «double A». Mais la note de la France peut à tout moment être abaissée. Elle le sera si nos déficits continuent de courir et si nous continuons d'ignorer les critères européens (3 % maximum de déficit budgétaire). Or, si la France est dégradée, la hausse des taux d'intérêt entraînera un surcoût de tous nos emprunts, donc de la charge de la dette, ce qui réduira les ressources fiscales et compromettra l'activité économique. C'est pourquoi il est indispensable que la France réduise, au plus vite, ses dépenses et ses impôts.

Il existe une façon simple de réduire la dépense publique : c'est de revenir, sans finasser ni tourner autour du pot, à une durée légale du travail de 39 heures payées 35. L'État pourrait ainsi économiser 21 milliards par an d'allégements sociaux consentis aux entreprises. Plus du quart du déficit budgétaire prévu en 2014: ce n'est pas négligeable! Par ailleurs, un grand nombre de niches fiscales ou sociales privent le gouvernement de plusieurs dizaines de milliards de recettes par an. Même si cela ne doit pas faire plaisir à ceux qui en bénéficient, on doit les supprimer, pour éviter le pire.

Il y faudra du courage. Pour que les Français comprennent et admettent la nécessité de ces mesures, il faut leur dire la vérité et ne pas peindre la réalité en rose, comme l'ont fait jusqu'à présent tous les gouvernements qui se succèdent aux affaires depuis trente ans.

Comme l'a dit Tony Blair: «La bonne politique n'est ni de droite ni de gauche, c'est celle qui marche.» J'ajoute que son succès n'est pas affaire d'idéologie, mais qu'elle repose uniquement sur l'efficacité et la motivation de tous les acteurs économiques.

Cela suppose, tout d'abord, qu'on ne les accable pas d'impôts et de prélèvements décourageants. Aujourd'hui, les Français crient massivement leur rejet d'une fiscalité dont ils estiment à juste titre qu'elle a dépassé les bornes du supportable. Mais ce n'est pas en leur proposant une «pause» ou une réforme «à prélèvements constants» qu'on leur permettra d'investir et d'augmenter leur niveau de vie! La seule réforme fiscale qui vaille, la seule «remise à plat» qui permettra de ranimer la confiance, et donc la croissance, c'est la baisse des impôts pour tous.

Cela suppose aussi de n'oublier personne, et surtout pas les plus modestes, qui contribuent par leur travail à l'effort collectif. Leur pouvoir d'achat doit être soutenu. Comment? En renforçant, notamment, les mécanismes d'intéressement et de participation. Utilisés, malheureusement sans conviction depuis de Gaulle, ils sont pourtant un excellent moyen de supprimer la lutte des classes dans les entreprises industrielles.

La France doit réduire ses dépenses et ses impôts

Serge Dassault

Concrètement, il suffirait de décider que la réserve de participation est égale aux dividendes distribués. C'est ce qui se passe pour les employés de Dassault Aviation où j'ai institué cette règle depuis plus de vingt ans. Le personnel français perçoit, en plus des treize mois habituels, trois à quatre mois de salaires supplémentaires, en fonction des bénéfices distribués chaque année. «Ce qu'il y a de bien dans votre système, m'a dit un jour un syndicaliste, c'est que nous avons l'impression de ne plus travailler uniquement pour le patron, mais aussi pour nous.»

Évidemment, rien ne sera possible si l'on n'allège pas fortement le poids de la dépense budgétaire. Pour cela, il faudrait commencer par appliquer deux principes simples:

1) Le gouvernement ne doit jamais emprunter pour des dépenses de fonctionnement. Des emprunts qui ne produisent rien et sont impossibles à rembourser autrement qu'en empruntant encore: dans le monde de l'entreprise, cela s'appelle de la cavalerie! La faillite n'est jamais loin. C'est pourtant ce que font tous les gouvernements français depuis François Mitterrand.

2) L'État ne doit jamais payer les impôts et les charges à la place des entreprises ou des contribuables. Ce n'est pas son rôle. Notre mauvaise situation budgétaire et notre dette n'ont pas d'autres origines que ces dépenses et ces aides que nos recettes fiscales ne peuvent pas financer. Résultat, notre dette atteint cette année 93,4 % du PIB avec un déficit de 4,1 %. L'an prochain, le déficit budgétaire devrait être de 82 milliards, soit 3,6 % du PIB… si la croissance atteint 0,9 %, ce qui n'est nullement garanti!

C'est ainsi que notre dette continuera de se creuser chaque année, au rythme de nos déficits budgétaires de l'ordre de 70 à 80 milliards par an! Et comme notre Constitution ne dispose pas, à la différence de celle des États-Unis, du mécanisme (dont nous devrions nous doter!) qui permettrait de plafonner notre endettement, rien ne vient arrêter cette course dramatique. C'est un cercle infernal: chaque année le service de la dette augmente ; comme il est payé par le budget, nos ressources diminuent ; ce que nous ne pouvons compenser que par de nouveaux impôts ou de nouveaux emprunts… qui viennent à leur tour peser sur l'activité et donc l'emploi!

Car, ne nous y trompons pas, la bataille principale est bien celle de l'emploi. Seules les entreprises peuvent réduire le chômage, mais elles n'embauchent qu'en fonction de leur carnet de commandes. Quand ce carnet n'est pas garanti, elles ne recrutent que si elles ont la certitude de pouvoir licencier lorsque le travail est terminé. C'est pour cela qu'il faut, comme en Suède, instituer la flexisécurité. Flexibilité de l'emploi pour les entreprises ; sécurité pour les salariés accompagnés dans leur recherche d'emploi.

Nous voulons vraiment faire reculer le chômage? Faisons donc le choix de la flexibilité en généralisant les CDD non limités ou le contrat de projet, avec embauche pour la durée du contrat. Nous souhaitons vraiment favoriser l'emploi? Relevons les seuils sociaux applicables aux artisans et aux PME, qui bloquent les recrutements à 9 et 49 salariés, et les embauches seront immédiates!

Puisque le gouvernement recherche des idées, en voici deux, bien plus efficaces que tous les contrats aidés - et qui ne coûteraient rien. Pour finir de l'en convaincre, on ne saurait trop lui conseiller de s'inspirer des modèles qui marchent - et qui embauchent - à l'étranger. Quelques exemples devraient retenir son attention:

Au Canada qui, il y a quinze ans, était dans une situation dramatique (déficits, dette, croissance nulle), le premier ministre décida de dire franchement les choses à ses concitoyens. Après une réduction de 20 % de tous les budgets et du nombre de fonctionnaires, le pays a retrouvé le chemin de la croissance et de la prospérité.

En Allemagne, grâce au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder et à son plan global d'amélioration de compétitivité des entreprises lancé il y a dix ans, le redressement est tel que le pays bénéficie aujourd'hui d'une situation économique cumulant excédent commercial et excédent budgétaire.

En Angleterre, pays fortement engagé dans la rigueur budgétaire, l'année 2014 s'annonce avec une croissance de près de 3,5 %, et un chômage au-dessous de 7 %. Parmi les mesures de stimulation, l'État a donné la possibilité aux citoyens d'investir jusqu'à un million de livres par an dans des entreprises en bénéficiant d'un avantage fiscal très incitatif. Il a en outre réduit fortement les impôts.

En Russie, devenue libérale après soixante-dix ans de communisme désastreux, a été institué un impôt sur le revenu à taux unique. Une flat tax - 13 % d'impôts sur tous les revenus, quel que soit leur montant - qui a déclenché un mouvement général d'investissement et d'embauches. Cinq pays de l'Union européenne mais aussi dix États des États-Unis l'ont adoptée. Qu'attendons-nous pour, au moins, ouvrir le débat?

En Chine- eh oui, même en Chine! - Deng Xiaoping a remis au goût du jour le slogan inventé cent cinquante ans plus tôt par Guizot: «Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne.» En 1992, il lance: «Plus il y aura de riches, plus le pays s'enrichira.» Aujourd'hui, forts de ce nouvel état d'esprit et de la dynamique de leur économie, les milliardaires chinois sillonnent le monde pour investir. Et, après des années d'expansion à deux chiffres, la Chine connaît encore l'une des plus fortes croissances au monde, à plus de 7 %.

La leçon, à l'inverse, vaut aussi pour nous: moins il y aura de riches en France, plus le pays s'appauvrira ! Si nous voulons renouer avec la croissance, il nous faut urgemment en finir avec cette absurde fiscalité sur le patrimoine que notre pays est le seul à subir. Sous prétexte de «faire payer les riches», elle vide pour ainsi dire le pays par les deux bouts: de ses fortunes et de ses talents. D'un côté, les «riches», ou prétendus tels, ceux dont le crime est d'avoir réussi, de s'être constitué un patrimoine à l'issue d'une vie de travail et d'épargne, sont poussés dehors par une fiscalité spoliatrice. De l'autre côté, les jeunes, diplômés ou non, ceux qui veulent réussir et être récompensés demain de leurs efforts, sont incités à aller tenter leur chance ailleurs, là où le succès n'est pas un délit. En son temps, la révocation de l'édit de Nantes avait ainsi vidé la France de ses esprits les plus entreprenants. On sait ce qu'il lui en a coûté. Aujourd'hui, avec l'impôt sur le patrimoine, ce sont ceux qui portent l'avenir productif et technologique du pays qui s'en vont. Est-il permis d'espérer qu'un jour nous tirerons enfin les leçons du passé?

Pour ma part, je veux toujours y croire. Comme l'an dernier dans ces colonnes, je continue de rêver. Et si notre président s'inspirait de ce qui marche? Chacun peut se tromper, choisir une mauvaise voie qui n'aboutit nulle part, mais il n'est jamais interdit de changer de cap avant qu'il ne soit trop tard. En ce début d'année 2014, tel est en tout cas le souhait que je forme pour la France.

En mon nom, et au nom de tous les journalistes et collaborateurs du groupe Figaro, j'y joins, chères lectrices, chers lecteurs, pour vous, vos familles ainsi que pour tous ceux qui vous sont chers, mes vœux les plus chaleureux de bonheur et de réussite.

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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