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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 05:47

Editorial Par Maurice Ulrich

Combien de temps ?

Combien de temps un dictateur qui fait la guerre à son peuple peut-il rester en place ? Voilà maintenant quatre mois que Bachar Al Assad se maintient au pouvoir en Syrie, au prix d’une répression sanglante qui a déjà fait plus de 1 400 morts. Les prisonniers et les exilés se comptent par milliers, mais vendredi, encore, le peuple manifestait en masse dans les grandes villes malgré une armée qui n’a toujours pas hésité à tirer, faisant trente-deux morts. Malgré cela, comme une énorme provocation, un défi cynique, Bachar Al Assad fêtait hier soir, avec un concert sur la place des Omeyyades à Damas, le 11e anniversaire de sa prestation de serment lors de son arrivée au pouvoir, succédant à son père, Hafez Al Hassad, maître du pays pendant trente ans. Au même moment, l’armée se préparait à entrer dans la ville de Bou Kamal, dans l’est du pays, où « des groupes armés », selon la presse proche du pouvoir, fomenteraient des troubles. Selon cette même presse, la situation serait « redevenue normale » dans la ville de Hama, l’une des places fortes de l’opposition au régime. « Des groupes armés, des voyous, des gangs de terroristes. » Depuis des semaines, le pouvoir s’emploie à nier une réalité que pourtant il n’ignore pas. Rien ne peut continuer comme avant. À cette obstination criminelle s’ajoute une fuite en avant, comme une politique de la terre brûlée, que décrit ici Michel Kilo, l’un des principaux opposants au régime, évoquant une véritable destruction de la société syrienne.

Face à cela, l’élection, samedi, à Istanbul, d’un Conseil de salut national par une part de l’opposition syrienne en exil ne semble pas pouvoir représenter à elle seule une alternative politique, malgré les appels à l’unification du peuple syrien lancés par certains de ses animateurs, en même temps que des appels à la désobéissance civile. Les convergences entre islamistes, démocrates et militants de gauche, libéraux pro-occidentaux, ne sont pas données d’avance, quand bien même le rejet du pouvoir est le point commun de tous. C’est à maints égards l’une des difficultés majeures que rencontre aujourd’hui l’Égypte, après l’acte capital de sa révolution qu’a été le renversement d’Hosni Moubarak. Quel terrain commun, par exemple, entre les 24 000 ouvriers de la grande usine textile Misr, leur bataille pour les salaires, et un patronat libéral qui entend développer désormais un capitalisme sans entraves ? Sans compter que c’est, pour ces derniers, avec le soutien du FMI, qui, s’il a accordé 3 milliards de prêt à l’Égypte, lui a imposé son mode d’emploi habituel impliquant privatisation et réduction du périmètre de l’action publique.

De ce point de vue, les soutiens apportés 
par les grands pays occidentaux aux révolutions arabes ne sont pas sans ambiguïté, pour le moins, et il faut toujours se souvenir qu’il y a quelques mois encore, les dictateurs tombés comme ceux encore en place étaient devenus ou redevenus tout à fait fréquentables, outre que l’on ne disait rien, par exemple, de la situation au Yémen et du rôle de l’Arabie saoudite, amie et qui n’est pas précisément un modèle de démocratie. En France particulièrement, le président de la République et le premier ministre peuvent bien aujourd’hui en appeler à la cause de la liberté dans le monde, y compris quand il s’agit de l’Afghanistan et des soldats français qui y ont perdu la vie, ils ne feront pas oublier qu’ils lui tournaient le dos jusqu’à ce que les peuples se lèvent. Et là est l’essentiel. Nul ne sait ce qu’il en sera demain en Syrie, comme ce qu’il adviendra en Égypte, en Tunisie, mais leurs peuples sont en marche et font leur histoire.

Nul ne sait ce qu’il en sera demain en Syrie, comme ce qu’il adviendra en Égypte, en Tunisie, mais leurs peuples sont en marche.

Maurice Ulrich

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Published by bruno fornaciari - dans SOLIDARITE INTERNATIONALE
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