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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 16:50

« Beaucoup souhaitent un autre 25 avril mais sans les fleurs »

 

Lisbonne (Portugal),envoyée spéciale. L’alternance sans alternative qui se profile aux législatives anticipées de dimanche dans le pays surendetté nourrit la colère contre la soumission des « grands » partis à la superaustérité imposée par l’UE et le FMI en échange de leur «aide».

Comme d’habitude, les poteaux électriques des rues et des avenues de Lisbonne ont été pris d’assaut. Affiches et banderoles des partis politiques se disputent l’attention des Portugais avant les législatives anticipées de ce dimanche 5 juin. Les traditionnelles « arruadas » voient déambuler les militants, drapeaux au vent, au son des hymnes de campagne. Les meetings quotidiens s’enchaînent. Télévisions, radios et presse écrite s’affolent. Comme d’habitude ? Pas vraiment. Le pays s’enfonce dans une crise économique sans fond. Faute d’accord majoritaire à l’Assemblée sur un quatrième plan d’austérité, le premier ministre socialiste, José Socrates, a fait appel au fonds d’aide financier du FMI et de l’UE. Un prêt de 78 milliards d’euros sur trois ans, conditionné à davantage d’austérité et à des « plans d’ajustement » pour ramener le déficit budgétaire de 5,9 % du PIB cette année à 3 % en 2013, soit la limite imposée par le pacte de stabilité et de croissance.

Les premiers milliards sont tombés dans l’escarcelle du gouvernement en début de semaine, tandis que les créanciers en costards cravates veillent. « Non au vol des richesses », décrète la Coalition démocratique unitaire (communistes et Verts), qui, selon un dernier sondage, obtiendrait 8 % des suffrages. « Justice », exige le Bloc de gauche (BE), qui serait crédité, lui, de 7 % des intentions de vote. Les deux formations plaident pour une renégociation de la dette.

Il aura fallu attendre la veille du scrutin pour que les trois principaux partis, qui se sont alternativement succédé au pouvoir ces trente-cinq dernières années, abordent enfin les sujets qui fâchent. Jusqu’à présent, le Parti socialiste (PS), le Parti social-démocrate (PSD, droite) et le Centre démocratique et social-Parti populaire (CDS-PP, droite conservatrice) évitaient soigneusement de parler du programme antisocial du gouvernement sortant et de la troïka (FMI, BCE, UE), s’accusant mutuellement d’avoir conduit le pays dans l’impasse. Ce qui est facilement vérifiable.

 

"Une tutelle étrangère qui va s'exercer sur le pays"

 

Mais les petites phrases assassines nourrissent le pessimisme. « Je vais voter, mais je sais que rien ne va changer », considère Leonore, professeur, qui ajoute : « C’est une tutelle étrangère qui va s’exercer sur ce pays. Pour payer la dette des banques, ils vont couper dans les services publics. » La santé, l’éducation, l’énergie, les transports sont en effet dans le collimateur. Privatisations, hausse de la TVA, flexibilisation du marché du travail (conditions de licenciements facilitées), gel des salaires, des embauches et des déroulements de carrière : aucune mesure n’est épargnée. Le personnel navigant de la compagnie aérienne TAP, menacée de privatisation dans le cadre du programme de la troïka, s’est mis en grève pour dix jours, pour protester contre la suppression d’effectifs à bord des avions. Signe d’une énorme conflictualité potentielle.

« C’est un bon accord qui défend le Portugal », déclarait, en signant la feuille de route de la troïka, José Socrates. Depuis, le premier ministre, candidat à sa réélection, tente de combler le retard sur son concurrent du PSD, Pedro Passos Coelho (ce dernier serait crédité de 36 % des votes contre 31 % à José Socrates), en l’accusant de double jeu.

 

Le responsable socialiste martèle ainsi que le PSD a refusé de voter en faveur d’un quatrième pacte d’austérité proposé par son gouvernement mais qu’il soutient le programme de la troïka, dont les grandes lignes sont identiques. Bien que favori dans les sondages, Coelho a été contraint de revoir son discours, en plaidant désormais pour une « révision des délais de paiement » de la dette, arguant qu’il existe pour ce faire une « ouverture suffisante » du FMI et de l’UE.

 

Le débat est violent mais sur le fond, aucun changement n’est avancé. « Le pays ne gagne rien à substituer aux boys du PS ceux du PSD », a déclaré au Diario de Noticias Paulo Portas, candidat de la droite conservatrice (CDS-PP) auquel les sondages pronostiquent 11 % des suffrages, dans l’espoir de grappiller des voix auprès d’un électorat lassé du tête-à-tête PS-PSD. Sa formation pourrait constituer la variable d’ajustement de la future majorité.

 

Comme par le passé. Cette alternance sans alternative n’est pas étrangère au désarroi ambiant. Même si, à l’image de Carlos Franco, fonctionnaire à Sintra, ville qui ne compte plus les plans de restructuration, beaucoup estiment que le « pays a besoin d’un autre 25 avril, mais sans les fleurs », en référence à la révolution des œillets de 1974.

 

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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