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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 02:27

 Faisons de l’euro un outil pour la croissance et les services publics

Face à l’ampleur de la crise des dettes publiques européennes et de l’euro, c’est une autre utilisation de celui-ci qu’il faut exiger. Et cela, contre la politique de la BCE favorisant une dictature des marchés financiers sans équivalent sur le social et le public. Sortir de l’euro, se replier, reviendrait à déserter des terrains de bataille essentiels pour transformer la BCE et l’Union européenne contre la crise systémique et pour une nouvelle civilisation.

 

Outre ses effets négatifs enfonçant les pays endettés (renchérissement de la dette et des importations, rivalités entre Européens à coups de dévaluation, spéculation…), ce sont surtout les importants potentiels positifs, dont elle nous priverait, qui invitent à rejeter cette préconisation.

 

En effet, à partir des montants de monnaie créée par la Banque centrale et dont il dispose, un système bancaire peut créer, lui-même, de la monnaie. Mais chaque pays européen dispose, isolément, d’un potentiel restreint face aux États-Unis, qui ont le privilège inouï, mais encore toléré, de s’endetter auprès du reste du monde dans leur propre monnaie. Par contre, la création monétaire en commun, avec l’euro, offre des potentiels bien plus importants.

 

La BCE, responsable de la crise des dettes, a été contrainte, contre ses dogmes, de racheter des titres de dettes d’États en difficulté. Mais, obsédée par l’inflation, qu’abhorrent les créanciers, elle a limité ses achats pour qu’ils ne suscitent pas de création monétaire, contrairement à la banque centrale des États-Unis (FED) qui, elle, fait marcher à fond la planche à billets pour soutenir la dépense publique.

 

Une création monétaire commune avec l’euro pourrait, au contraire, financer des émissions de titres publics, mais pour une expansion des services publics, faisant reculer l’endettement avec une nouvelle croissance. Le PCF propose pour cela, avec le PGE, que des titres publics nationaux pour le progrès social soient achetés, à l’émission, par la BCE. Cette création monétaire serait dédiée à un fonds social et solidaire de développement européen qui la répartirait démocratiquement, à taux d’intérêt nul, selon les besoins propres à chaque pays, pour les services publics nationaux et leur coopération européenne.

 

C’est dire qu’il ne suffit pas de ne pas céder aux sirènes de l’union sacrée pour une prétendue « règle d’or », mais qu’il faut s’opposer à la fuite en avant autoritaire dans le fédéralisme, derrière les marchés financiers, que sont chargés de systématiser le futur mécanisme européen de stabilité, les pactes de stabilité et de l’euro plus imposant l’austérité requise. Le projet d’euro-obligations du PS s’inscrit dans cette épure.

 

Simultanément, une création monétaire nouvelle de la BCE pourrait refinancer des crédits pour les investissements d’entreprises à taux d’intérêt d’autant plus abaissé, jusqu’à zéro, que seraient programmés plus d’emplois, de formations et de progrès environnementaux. Il serait relevé pour pénaliser les gâchis financiers.

 

En France, un fonds public national régionalisé, ouvert à l’intervention populaire et doté des 30 milliards d’euros des exonérations de cotisations sociales patronales, contribuerait à diminuer d’autant plus le taux d’intérêt du crédit pour les investissements des entreprises que seraient programmés plus d’emplois et de formations. Il serait partie prenante d’un pôle financier public, avec des banques renationalisées, qui développerait ce nouveau principe de crédit.

 

Avançons des exigences de coopération pour la promotion du modèle social européen, la sécurisation de l’emploi et de la formation, l’expansion des services publics. Cela exige une autre utilisation de l’euro, en s’appuyant sur la convergence possible des luttes nationales et sur des luttes communes européennes à déployer, ce qu’un repli national empêcherait.

Ni le PS, ni le PCF et ses partenaires du Front de gauche, ni le NPA n’envisagent une sortie de l’euro. Pas plus que les syndicats de salariés, Attac ou « les économistes atterrés » ! Mais l’enjeu reste : « Quelle autre utilisation ? »

 

Prôner la sortie de l’euro revient à déserter la bataille à gauche pour sortir le PS de son ancrage maastrichtien en appelant ses électeurs à une autre utilisation, et non à le détruire, ce qui conforterait la démagogie de Le Pen.

 

Cela revient aussi à conforter le statut mondial dominateur du dollar. Or, la Chine demande que les droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI servent d’instrument de réserve international à la place du dollar. En Amérique latine, on cherche aussi à s’émanciper de son hégémonie. Les printemps arabes font saillir les immenses responsabilités de l’Union européenne pour une construction de codéveloppement.

 

C’est le moment d’avancer des propositions précises pour lutter pour un nouvel ordre international : conférence monétaire internationale pour une monnaie commune mondiale se substituant au dollar, à partir des DTS du FMI radicalement transformés ; promotion des biens communs publics mondiaux et avancée vers une coopération euroméditerranéenne de progrès social et de codéveloppement ; prélèvements sur les réimportations de productions délocalisées, aux normes sociales et écologiques européennes, alimentant un fonds de codéveloppement des peuples.

 

Yves Dimicoli, responsable de la commission économique du PCF.

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Published by bruno fornaciari - dans SOCIAL-ECONOMIE-FINANCES
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