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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:39

Une souscription pour faire face à nos besoins financiers

PAR PATRICK LE HYARIC, DIRECTEUR DE L’HUMANITÉ

DIMANCHE, 23 NOVEMBRE, 2014

L’heure est à une grande mobilisation pour aider l’Humanité à faire face à ses besoins. Nous sommes convaincus que cet appel au secours sera entendu.

Pour faire un don : télécharger le formulaire de souscription ou faire un don en ligne

À la fin de l’éditorial fondateur de l’Humanité, Jean Jaurès déclarait que : « Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’aucuns groupes d’affaires est un problème difficile, mais non pas insoluble ».

Ce défi, depuis cent-dix ans, des générations de salariés et de militants de l’Humanité l’ont relevé, au prix d’efforts et de sacrifices considérables.

L’idée a pu s’installer que le journal, puisqu’il s’en était toujours sorti, continuerait à franchir les obstacles.

Rien n’est moins sûr aujourd’hui.

Regardons les choses en face !

Aucun quotidien, aucun hebdomadaire n’est en bonne santé. Toute la presse écrite dans le monde entier connaît une crise profonde. Pas une semaine sans que soit annoncée une longue liste de restrictions de moyens de pagination, de regroupements de journaux et de nouvelles concentrations, de plans de réduction d’effectifs, de dépôt de bilan, voire même de fermetures pures et simples. Les concentrations, les rachats de titres par des secteurs industriels et bancaires se multiplient. Qui peut croire que leur objectif est de développer le pluralisme de l’information, l’accès à la culture et le libre arbitre des lecteurs ? Personne ! Ils sont à la recherche d’un modèle économique où à partir d’un média, ils s’assurent à la fois une force d’influence, des activités lucratives et une main mise idéologique. Pour y parvenir, ils s’appuient sur les questions réelles que pose la transition numérique qu’ils entendent détourner à leur seul profit.

A l’échelle de la planète, il n’y a désormais plus qu’une vingtaine de grands groupes de médias exerçant une influence décisive sur la manière dont des milliards d’individus conçoivent le monde et la place qu’ils y occupent. Dans notre pays, la presse est désormais pour l’essentiel propriété du capital industriel et bancaire.

Le contexte dans lequel interviennent ces bouleversements est lui aussi inédit. Nous sommes face à une tentative d’utiliser la crise du capitalisme afin de chasser des consciences toute idée progressiste, toute valeur de gauche, jusqu’à vouloir en effacer le nom de la scène politique et publique. La guerre économique s’accompagne de ce qu’il faut bien appeler une puissante guerre idéologique, conduisant à la coïncidence entre les mutations de la presse et les transformations qui affectent la scène politique.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces enjeux de grande portée dans les semaines à venir.

Toutes ces considérations nous conduisent à vous alerter, vous, les lectrices et les lecteurs de l’Humanité, de l’Humanité-Dimanche, les utilisateurs de notre plateforme numérique, les amis de l’Humanité et tous les militants communistes, progressistes, syndicaux. C’est un appel à la vigilance et à l’action que nous vous lançons, d’autant plus que nos publications sont menacées en cette fin d’année.

Les chiffres sont là, d’une froideur implacable : une hausse de plus d’un million d’euros de nos coûts de production, des recettes publicitaires qui diminuent de plus de cinq cent mille euros, une baisse de nos recettes de diffusion et une diminution drastique des aides publiques aux quotidiens à faibles ressources publicitaires, décidées sous la précédente législature auquel vient s’ajouter une nouvelle baisse d’au moins deux cent mille euros annoncée la semaine dernière et un déficit de la Fête de l’Humanité, malgré son vrai succès populaire.

Evidemment, il n’y a pas d’issue viable pour nos journaux sans un effort permanent pour élargir leur diffusion. Il ne s’agit d’ailleurs pas prioritairement d’un enjeu d’équilibre économique. Est en cause, pour chaque lectrice et lecteur, chaque militant de la transformation sociale et écologique, la possibilité de se placer en situation de mener le combat politique et idéologique, dans les conditions de notre époque, en faveur d’une alternative au libéralisme sauvage et au capitalisme, de contribuer à l’unité des travailleurs et de toutes celles et ceux qui ont intérêt et besoin d’un autre gouvernement, d’une nouvelle majorité forte et durable possible avec un progrès substantiel des forces du Front de gauche, d’un renforcement de l’action syndicale dans les entreprises.

La question de l’élargissement de la diffusion de l’Humanité et de l’Humanité-Dimanche est donc partie intégrante de la construction d’un nouveau rapport de forces social, syndical, culturel et politique.

Dans l’immédiat, une urgence s’impose à nous, pour faire face à de lourdes contraintes financières d’ici la fin du mois de décembre.

Elle nous conduit à nous tourner vers vous, une fois encore, pour obtenir les moyens de trésorerie qui sont indispensables.

Tel est le sens de la souscription exceptionnelle que nous lançons, tout en étant conscient que les budgets des familles sont eux aussi de plus en plus contraints.

Comme les précédentes fois, chaque don versé avec un chèque libellé à notre partenaire « presse et pluralisme pour l’Humanité » d’ici le 31 décembre bénéficiera d’une exonération fiscale de 66%.

L’heure est à une grande mobilisation pour aider l’Humanité à faire face à ses besoins. Nous sommes convaincus que cet appel au secours sera entendu.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 17:59

Marie-George Buffet : "Nous devons rester mobilisés car le droit des femmes à maîtriser leur fécondité est loin d’être universel"

JEUDI, 27 NOVEMBRE, 2014

Photo Maxppp

40 ans après l'adoption de la loi Veil ouvrant aux femmes le droit à l'IVG, Marie-George Buffet, députée PCF de Seine-Saint-Denis, a proposé une résolution visant à réaffirmer le droit fondamental à l’Interruption Volontaire de Grossesse en France et en Europe. Lire son intervention.

Monsieur le Président,

Cher-e-s collègues,

Il y a quarante ans, s'ouvrait le débat sur un projet de loi qui deviendra, pour l'histoire, le 25 janvier 1975, la loi Veil.

La Ministre de la santé du gouvernement de Jacques Chirac, Madame Veil, à qui je veux ici rendre hommage, commençait son intervention par ces mots : « c’est avec un profond sentiment d’humilité devant la difficulté du problème comme devant l’ampleur des résonances qu’il suscite au plus intime de chacun des français et des françaises que... »

Oui, cette loi mêle l'intime et le droit, ou plutôt, elle dit que ce qui était pour les femmes, caché, subi, sanctionné devient un droit reconnu par la République, l’interruption volontaire de grossesse . Aussi, c’est avec émotion et fierté que les député-e-s du Front de gauche, présentons avec des collègues d’autres groupes, cette résolution. Nous la portons comme le fruit du combat des femmes et, comme un appel à une mobilisation pour que ce droit soit effectif pour chaque femme qui veut l'exercer, ici et de part le monde.

Il y quarante ans, l'Assemblée Nationale mettait à son ordre du jour, tout simplement, la liberté des femmes.

Il y a quarante ans, il fallait du courage pour s'attaquer à une des plus ancienne expressions de la domination patriarcale, celle qui imposait aux femmes un destin biologique, une fatalité de la maternité. Oui, il fallait du courage aux femmes en luttes et à madame Simone Veil pour porter l'exigence du droit pour elles de choisir.

On se souvient que la loi de 1920, considérait l'avortement comme un crime, puni lourdement. Un crime de choisir de ne pas enfanter.

N’est-ce pas en vertu de cette mentalité, érigeant l’inégalité des sexes en morale sociale, que le violeur de Marie-Claire avait même osé, en 1972, dénoncer la jeune fille pour avortement, en pensant ainsi qu’il serait quitte de ses actes au regard de la loi et de la société !

Mais, ce qui reste dans nos mémoires, c'est le combat des femmes, individuel ou collectif, clandestin ou médiatisé .Les souffrances de l'avortement clandestin, la solidarité qui permettait le départ à l'étranger, les manifestations de 1968 et le procès de Bobigny. Ce procès, auquel le nom de Gisèle Halimi reste, à juste titre attaché, sera celui de la loi de 1920 et ouvrira avec fracas le débat en faveur d’une nouvelle législation.

Oui, rappelons-nous cette période où, après l’adoption de la loi Neuwirth autorisant, en 1967, la contraception orale, , le mouvement des femmes devient incontournable.

En France, le mouvement féministe s’attaque au poids ancestral des « traditions » rétrogrades. Le MLF, le MLAC interpellent toute la société, bousculent les partis politiques, y compris le mien.

1974, le débat est toujours vif,la loi n’a pas été votée sans heurts ni sans violences de la part de ses opposants.

Mais elle l’a été, malgré le peu de soutient de la majorité de l'époque à leur ministre, mais grâce à ce qui était alors l’opposition, les députés de gauche et parmi eux les députés communistes. Des députés communistes, qui quelque temps auparavant avaient déposé une proposition de loi cadre « pour la promotion de la femme et de la famille » dans laquelle cette exigence figurait. Ils, elles ont permis de dégager une majorité pour que cette loi voie le jour.

L'adoption de cette loi, a ouvert un chemin et de nouvelles exigences sont apparues comme celle du remboursement de cet acte par la sécurité sociale.

D’ailleurs dès ce débat de 1974, les députés communistes dont Gisèle Moreau dont je salue la présence dans ces tribunes, demandaient ce remboursement et interrogeaient sur les moyens mis à disposition des hôpitaux pour rendre ce droit effectif.

Un remboursement qui s’est fait attendre et des moyens hospitaliers tardant eux aussi à se déployer.

Oui, l’accès au droit, après la loi, n’a pas été simple pour les femmes. Les barrières demeuraient.

Celles touchant à l’application de la clause de conscience.

Celles touchant aux mentalités moralisatrices et réactionnaires, à leur expression, avec les commandos anti IVG. Mesurons le traumatisme pour les femmes et pour les médecins de voir leur choix et leur pratique, conformes à la loi de la République, traînés dans la boue !

Mais les femmes n'ont pas baissé les bras et depuis le vote de cette loi, elles agissent avec leurs associations pour défendre sa mise en œuvre.

Elles étaient, nous étions, de nouveau dans la rue samedi dernier pour défendre nos droits.

La vigilance, la mobilisation sont en effet nécessaires.

N’a-t-on pas entendu, récemment , lors du débat sur la loi égalité entre les hommes et les femmes, parler comme en 1974 de « convenance personnelle » à propos de l’IVG , pour contester un amendement, visant à supprimer la notion de détresse comme justificatif de cet acte.

En fait, nous mesurons, avec ce droit à choisir leur maternité, la longue route des femmes pour mettre fin à la domination patriarcale.

« Un enfant si je veux quand je veux » était le mot d’ordre des féministes des années 70. Un mot d’ordre subversif à l’époque ! Mais ne le reste-t-il pas aujourd’hui aux yeux de ceux qui ne voient la place de la femme que dans la famille et dans la filiation par la procréation?

L’anthropologue Françoise Héritier ne me contredirait pas, elle qui fait de la maternité, « cette capacité de produire du différent » , une des origines de la hiérarchie entre les sexes.

Cher-e-s collègues, depuis 40 ans, les conquêtes des femmes ont été nombreuses. Aux tristes heures de Vichy avec l'abattement sur les salaires féminins, ont répondu les revendications du droit au travail et à l’égalité professionnelle. Le combat pour dire que la violence faite aux femmes ne relevait pas du privé a débouché sur une loi cadre contre toutes les violences faites aux femmes .Leur exigence démocratique d’être reconnues comme citoyennes, de participer à tous les lieux de décisions a avancé, du droit de vote à la parité. L'école est mixte et les filles sont aujourd'hui majoritaires parmi les diplômés, même si elles restent encore confinées à certaines filières.

Les femmes se battent et avancent.

Nous ne sommes pas au bout. Les écarts de salaires persistent, trop de femmes meurent encore sous les coups de leur conjoint, la loi contre le système prostitutionnel n’est toujours pas adoptée, et nous ne sommes toujours pas à l'image de l'humanité dans cette assemblée, mais la République a un visage où le féminin n'est plus absent.

Notre République doit rester mobilisée. La violence exercée contre l’éducation à l’égalité au sein de l’Éducation Nationale, ou contre l'accès de toutes les femmes à la maternité, en témoigne.

Sur le sujet qui nous rassemble ce soir, l’IVG, la situation se dégrade. Un rapport de l’IGAS, d’octobre 2009, notait que les conditions n’étaient pas réunies pour garantir aux « femmes l’accès effectif au droit d’avorter ».

L’enquête réalisée en 2014 par le Planning en Seine Saint-Denis le confirme, elle dénonce : les difficultés d’accès aux services d’IVG, les délais trop longs, le défaut d’information pour les femmes concernées, et la non application de la loi concernant les mineures . Autant de défaillances dont le lien avec l’austérité dans la politique publique de santé n’est plus à faire. La preuve par la Maternité des Lilas ,avec ses 150 salariés, ses 50 années d’existence, ses 1700 naissances et ses 1000 IVG par an, cette structure a failli disparaître avec la politique de réduction des dépenses de santé de l’ARS ! Seule, la lutte des personnels, des femmes et des élu-e-s a permis de la sauver !

Nous devons rester mobilisés car le droit des femmes à maîtriser leur fécondité est loin d’être universel. Le mouvement pour le planning familial alerte, 222millions de femmes n'ont aucun accès à la planification familiale. En Europe, la Pologne, l'Irlande et Malte interdisent l'avortement, d'autres états tentent d’en restreindre l'accès, les luttes ont fait reculer le gouvernement espagnol. Tandis que les anti choix donnent de la voix un peu partout dans le monde, le viol est arme de guerre, des collégiennes sont enlevées, des femmes sont lapidées, d'autres sont interdites d’être vues.

Alors, cette résolution, c'est aussi un message de résistance face à toutes les dominations.

Alors, cette résolution, c'est aussi un message d'espoir pour celles qui se lèvent pour revendiquer leurs droits.

Madame la Ministre,

Cher-e-s collègues,

La résolution que nous allons adopter énonce un certain nombre de principes et formule des exigences pour l’accès des femmes en France et en Europe au droit à l’Interruption Volontaire de grossesse.

Mon souhait, à ce moment de nos débats, est que ces affirmations aient valeur d’engagement.

Un engagement pour notre représentation nationale de donner les moyens à notre système de santé publique de répondre aux besoins des femmes. De leur permettre un droit effectif à l’IVG.

Un engagement pour le gouvernement de la France d'agir au niveau européen et international pour faire avancer ce droit partout et en toutes circonstances.

Votre vote, ce soir, pour cette résolution, cher-e-s collègues, donnera de la force à ces engagements, je vous appelle à la soutenir.Monsieur le Président,

Cher-e-s collègues,

Il y a quarante ans, s'ouvrait le débat sur un projet de loi qui deviendra, pour l'histoire, le 25 janvier 1975, la loi Veil.

La Ministre de la santé du gouvernement de Jacques Chirac, Madame Veil, à qui je veux ici rendre hommage, commençait son intervention par ces mots : « c’est avec un profond sentiment d’humilité devant la difficulté du problème comme devant l’ampleur des résonances qu’il suscite au plus intime de chacun des français et des françaises que... »

Oui, cette loi mêle l'intime et le droit, ou plutôt, elle dit que ce qui était pour les femmes, caché, subi, sanctionné devient un droit reconnu par la République, l’interruption volontaire de grossesse . Aussi, c’est avec émotion et fierté que les député-e-s du Front de gauche, présentons avec des collègues d’autres groupes, cette résolution. Nous la portons comme le fruit du combat des femmes et, comme un appel à une mobilisation pour que ce droit soit effectif pour chaque femme qui veut l'exercer, ici et de part le monde.

Il y quarante ans, l'Assemblée Nationale mettait à son ordre du jour, tout simplement, la liberté des femmes.

Il y a quarante ans, il fallait du courage pour s'attaquer à une des plus ancienne expressions de la domination patriarcale, celle qui imposait aux femmes un destin biologique, une fatalité de la maternité. Oui, il fallait du courage aux femmes en luttes et à madame Simone Veil pour porter l'exigence du droit pour elles de choisir.

On se souvient que la loi de 1920, considérait l'avortement comme un crime, puni lourdement. Un crime de choisir de ne pas enfanter.

N’est-ce pas en vertu de cette mentalité, érigeant l’inégalité des sexes en morale sociale, que le violeur de Marie-Claire avait même osé, en 1972, dénoncer la jeune fille pour avortement, en pensant ainsi qu’il serait quitte de ses actes au regard de la loi et de la société !

Mais, ce qui reste dans nos mémoires, c'est le combat des femmes, individuel ou collectif, clandestin ou médiatisé .Les souffrances de l'avortement clandestin, la solidarité qui permettait le départ à l'étranger, les manifestations de 1968 et le procès de Bobigny. Ce procès, auquel le nom de Gisèle Halimi reste, à juste titre attaché, sera celui de la loi de 1920 et ouvrira avec fracas le débat en faveur d’une nouvelle législation.

Oui, rappelons-nous cette période où, après l’adoption de la loi Neuwirth autorisant, en 1967, la contraception orale, , le mouvement des femmes devient incontournable.

En France, le mouvement féministe s’attaque au poids ancestral des « traditions » rétrogrades. Le MLF, le MLAC interpellent toute la société, bousculent les partis politiques, y compris le mien.

1974, le débat est toujours vif,la loi n’a pas été votée sans heurts ni sans violences de la part de ses opposants.

Mais elle l’a été, malgré le peu de soutient de la majorité de l'époque à leur ministre, mais grâce à ce qui était alors l’opposition, les députés de gauche et parmi eux les députés communistes. Des députés communistes, qui quelque temps auparavant avaient déposé une proposition de loi cadre « pour la promotion de la femme et de la famille » dans laquelle cette exigence figurait. Ils, elles ont permis de dégager une majorité pour que cette loi voie le jour.

L'adoption de cette loi, a ouvert un chemin et de nouvelles exigences sont apparues comme celle du remboursement de cet acte par la sécurité sociale.

D’ailleurs dès ce débat de 1974, les députés communistes dont Gisèle Moreau dont je salue la présence dans ces tribunes, demandaient ce remboursement et interrogeaient sur les moyens mis à disposition des hôpitaux pour rendre ce droit effectif.

Un remboursement qui s’est fait attendre et des moyens hospitaliers tardant eux aussi à se déployer.

Oui, l’accès au droit, après la loi, n’a pas été simple pour les femmes. Les barrières demeuraient.

Celles touchant à l’application de la clause de conscience.

Celles touchant aux mentalités moralisatrices et réactionnaires, à leur expression, avec les commandos anti IVG. Mesurons le traumatisme pour les femmes et pour les médecins de voir leur choix et leur pratique, conformes à la loi de la République, traînés dans la boue !

Mais les femmes n'ont pas baissé les bras et depuis le vote de cette loi, elles agissent avec leurs associations pour défendre sa mise en œuvre.

Elles étaient, nous étions, de nouveau dans la rue samedi dernier pour défendre nos droits.

La vigilance, la mobilisation sont en effet nécessaires.

N’a-t-on pas entendu, récemment , lors du débat sur la loi égalité entre les hommes et les femmes, parler comme en 1974 de « convenance personnelle » à propos de l’IVG , pour contester un amendement, visant à supprimer la notion de détresse comme justificatif de cet acte.

En fait, nous mesurons, avec ce droit à choisir leur maternité, la longue route des femmes pour mettre fin à la domination patriarcale.

« Un enfant si je veux quand je veux » était le mot d’ordre des féministes des années 70. Un mot d’ordre subversif à l’époque ! Mais ne le reste-t-il pas aujourd’hui aux yeux de ceux qui ne voient la place de la femme que dans la famille et dans la filiation par la procréation?

L’anthropologue Françoise Héritier ne me contredirait pas, elle qui fait de la maternité, « cette capacité de produire du différent » , une des origines de la hiérarchie entre les sexes.

Cher-e-s collègues, depuis 40 ans, les conquêtes des femmes ont été nombreuses. Aux tristes heures de Vichy avec l'abattement sur les salaires féminins, ont répondu les revendications du droit au travail et à l’égalité professionnelle. Le combat pour dire que la violence faite aux femmes ne relevait pas du privé a débouché sur une loi cadre contre toutes les violences faites aux femmes .Leur exigence démocratique d’être reconnues comme citoyennes, de participer à tous les lieux de décisions a avancé, du droit de vote à la parité. L'école est mixte et les filles sont aujourd'hui majoritaires parmi les diplômés, même si elles restent encore confinées à certaines filières.

Les femmes se battent et avancent.

Nous ne sommes pas au bout. Les écarts de salaires persistent, trop de femmes meurent encore sous les coups de leur conjoint, la loi contre le système prostitutionnel n’est toujours pas adoptée, et nous ne sommes toujours pas à l'image de l'humanité dans cette assemblée, mais la République a un visage où le féminin n'est plus absent.

Notre République doit rester mobilisée. La violence exercée contre l’éducation à l’égalité au sein de l’Éducation Nationale, ou contre l'accès de toutes les femmes à la maternité, en témoigne.

Sur le sujet qui nous rassemble ce soir, l’IVG, la situation se dégrade. Un rapport de l’IGAS, d’octobre 2009, notait que les conditions n’étaient pas réunies pour garantir aux « femmes l’accès effectif au droit d’avorter ».

L’enquête réalisée en 2014 par le Planning en Seine Saint-Denis le confirme, elle dénonce : les difficultés d’accès aux services d’IVG, les délais trop longs, le défaut d’information pour les femmes concernées, et la non application de la loi concernant les mineures . Autant de défaillances dont le lien avec l’austérité dans la politique publique de santé n’est plus à faire. La preuve par la Maternité des Lilas ,avec ses 150 salariés, ses 50 années d’existence, ses 1700 naissances et ses 1000 IVG par an, cette structure a failli disparaître avec la politique de réduction des dépenses de santé de l’ARS ! Seule, la lutte des personnels, des femmes et des élu-e-s a permis de la sauver !

Nous devons rester mobilisés car le droit des femmes à maîtriser leur fécondité est loin d’être universel. Le mouvement pour le planning familial alerte, 222millions de femmes n'ont aucun accès à la planification familiale. En Europe, la Pologne, l'Irlande et Malte interdisent l'avortement, d'autres états tentent d’en restreindre l'accès, les luttes ont fait reculer le gouvernement espagnol. Tandis que les anti choix donnent de la voix un peu partout dans le monde, le viol est arme de guerre, des collégiennes sont enlevées, des femmes sont lapidées, d'autres sont interdites d’être vues.

Alors, cette résolution, c'est aussi un message de résistance face à toutes les dominations.

Alors, cette résolution, c'est aussi un message d'espoir pour celles qui se lèvent pour revendiquer leurs droits.

Madame la Ministre,

Cher-e-s collègues,

La résolution que nous allons adopter énonce un certain nombre de principes et formule des exigences pour l’accès des femmes en France et en Europe au droit à l’Interruption Volontaire de grossesse.

Mon souhait, à ce moment de nos débats, est que ces affirmations aient valeur d’engagement.

Un engagement pour notre représentation nationale de donner les moyens à notre système de santé publique de répondre aux besoins des femmes. De leur permettre un droit effectif à l’IVG.

Un engagement pour le gouvernement de la France d'agir au niveau européen et international pour faire avancer ce droit partout et en toutes circonstances.

Votre vote, ce soir, pour cette résolution, cher-e-s collègues, donnera de la force à ces engagements, je vous appelle à la soutenir.

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Marie-George Buffet « Réaffirmer un droit fondamental »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT MOULOUD

VENDREDI, 28 NOVEMBRE, 2014

« À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, l’IVG est encore illégale. »

Photo : Joël Saget/AFP

Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, revient sur la résolution votée mercredi à l’Assemblée en faveur du droit à l’interruption volontaire de grossesse.

L’Assemblée nationale a adopté, mercredi, une résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Un vote crucial, souligne Marie-George Buffet, députée (PCF) de Seine-Saint-Denis et oratrice du groupe communiste.

Quel sens donnez-vous à cette résolution ?

Marie-George Buffet : C’est la réaffirmation d’un droit fondamental, d’autant plus utile que son existence reste fragile. Il y a quelques semaines, lors de l’examen du projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, des députés de droite ont parlé d’IVG de « convenance personnelle » parce qu’on avait décidé de supprimer des textes l’obligation faite aux femmes de justifier d’une « situation de détresse » pour pouvoir avorter… Mercredi, certaines interventions, y compris de députés socialistes, ont encore expliqué qu’il fallait faire baisser le nombre d’IVG sous prétexte de développement des moyens contraceptifs… On le voit, ce droit est toujours menacé sur le plan idéologique, et la vigilance est de mise. Ne sous-estimons pas la puissance des idées conservatrices qui traversent actuellement la société.

Ce droit à l’IVG est également remis en cause par les politiques d’austérité…

Marie-George Buffet : Tout à fait. Et ce n’est pas seulement moi qui le dis ! Un rapport de l’Igas (inspection générale des affaires sociales – NDLR) de 2009 note que les conditions ne sont toujours pas réunies en France pour garantir aux femmes l’accès au droit d’avorter. Il est difficile dans des départements comme le mien. Mais également dans les départements ruraux, où la fermeture des structures de santé de proximité – hôpital, maternité – fait que les centres d’IVG sont de moins en moins accessibles, compliquant les démarches des femmes, notamment des jeunes filles qui n’ont pas forcément un entourage pour les accompagner. Il y a là une vraie bataille à mener. Au-delà de nos frontières, il y a aussi besoin de poursuivre la mobilisation. À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, les femmes n’ont toujours pas ce droit. Et en Espagne, il a failli être remis en cause.

Les débats parlementaires en 1974 avaient été virulents. Quel a été le rôle des communistes dans ce combat ?

Marie-George Buffet : Nous sommes dans la contradiction du Parti communiste de l’époque. Il faut se rappeler que nous avons agi, à un moment, contre la contraception car nous disions que c’était une démarche malthusianiste, qui empêchait les familles ouvrières d’avoir des enfants. Et quand les féministes ont lancé le mot d’ordre « Un enfant si je veux quand je veux », il y a eu des débats dans le Parti. Nous estimions, à l’époque, que la solution était le socialisme ; qu’il réglerait les problèmes d’égalité des hommes et des femmes, et que le combat féministes nous détournait du combat essentiel. Mais sur cette question précise de l’IVG, quelques mois avant le débat de décembre 1974, le groupe commu-niste avait déposé une loi-cadre qui s’appelait « Pour la promotion de la femme et de la famille ». Et dans ce texte, nous interrogions déjà sur les moyens mis à la disposition des femmes pour pratiquer l’IVG dans de bonnes conditions, et réclamions son remboursement. Les députés communistes n’étaient donc pas en retard au moment où le débat a débuté sur l’IVG. Mais au contraire, dans une position de soutien clair et engagée.

Les sept députés qui ont voté contre le droit à l’IVG.Mercredi, sept députés ont voté contre la résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’avortement en France, en Europe et dans le monde : celui d’extrême droite Jacques Bompard, Jean-Christophe Fromantin (UDI) et cinq UMP, Xavier Breton, Jean-Frédéric Poisson, Nicolas Dhuicq, Olivier Marleix et Yannick Moreau.

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Légalisation de l’avortement. 26 novembre 1974 : intervention, au nom des députés du PCF, de Gisèle Moreau

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Published by bruno fornaciari - dans SANTE PCF
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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 17:56

Le pape François ou la dignité humaine comme programme

parlement européen

STÉPHANE AUBOUARD

MERCREDI, 26 NOVEMBRE, 2014

Le pape François a appelé à « Maintenir vivante la réalité des démocraties » face à « la pression d’intérêts multinationaux non universels », hier à Strasbourg, au parlement européen.

Photo : Patrick Hertzog/AFP

Devant un hémicycle plein, le pape François a prononcé hier à Strasbourg un discours où l’homme doit se situer au cœur des réflexions politiques, non pas comme seul acteur économique, mais comme personne.

Strasbourg(Bas-Rhin), envoyé spécial. Il est 11 h 15 ce mardi à Strasbourg. Après une brève introduction du président du Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz, initiateur de la venue du pape à Strasbourg, Jorge Bergoglio prend place en tribune au moment même où Jean-Luc Mélenchon quitte l’hémicycle. Comme il l’avait promis la veille, le député européen a alimenté la polémique quant au bien-fondé de la présence d’un chef spirituel dans cette assemblée que d’aucuns, comme l’Union des familles laïques, jugent comme étant le baume idéal pour atténuer les douleurs d’une politique européenne déshumanisée. Cependant, comme à l’ensemble des eurodéputés présents en cette fin de matinée, le discours du pape a-t-il sans doute plu en partie à l’ancien coprésident du Parti de gauche. Le numéro un du Vatican a, en effet, avec une teneur humaniste réelle, su parler aux différentes sensibilités politiques présentes dans la salle, évitant les sujets sensibles comme le mariage gay et l’avortement. Ce qui fut au fond la force et la faiblesse de ce discours.

« Plus à gauche que le François que nous connaissons en France ! »

La gauche de l’assemblée a sans doute goûté une fois encore ses propos sur la nocivité de l’ultralibéralisme : « Maintenir vivante la réalité des démocraties est le défi de ce moment historique en évitant que la force réelle, expressive des peuples, soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus », a ainsi déclaré le pape François. En ce sens Younous Omarjee, député de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL), n’a pas été déçu : « Le pape n’était pas là pour donner une leçon aux députés, son discours fut plein de profondeur, avec pour proposition la constante de la valeur humaine comme centre des politiques futures à mener. » Même son de cloche chez la députée d’Europe Écologie-les Verts (EELV) Karima Delli, qui voit dans cette intervention un avertissement donné à l’Union européenne. « C’est une critique de l’Europe à tous les niveaux. Mais principalement sur l’aspect économique et sur les politiques d’immigration : finalement, ce François-là est plus à gauche que le François que nous connaissons en France ! » Plus à gauche, et peut-être plus écologiste aussi. C’est en tout cas ce que laisse à penser José Bové, qui adoube ce pape au moins sur l’honnêteté de la continuité de ses propos : « Je l’ai rencontré à Rome au Vatican il y a trois semaines et il n’a pas changé son discours, notamment sur l’environnement. » Le dirigeant du Vatican a en effet tenu à rappeler le rôle de moteur que l’Europe a toujours sur le plan de l’écologie : « Notre terre a besoin de soins continus et d’attentions. Cela signifie (…) que la nature est à notre disposition mais que nous n’en sommes seulement que les gardiens et non les propriétaires. »

Quant à la politique migratoire, là encore le pape rappelé à l’UE ses valeurs constitutives : « La devise de l’Union européenne, c’est l’unité dans la diversité, pas l’uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée (…). Quelle dignité peut jamais avoir un homme ou une femme qui fait l’objet de toute sorte de discriminations ? Quelle dignité pourra jamais avoir une personne qui n’a pas de nourriture ou le minimum nécessaire pour vivre et, pire encore, qui n’a pas le travail qui l’oint de dignité ? (…) L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail esclavagiste et des tensions sociales continuelles. » Ce qui ne semble guère avoir choqué la très sarkozyste Constance Le Grip, députée européenne membre du PPE. « Il n’y a pas de problèmes à l’UMP sur la politique d’immigration, explique-t-elle, mais, comme le pape vient de le dire, nous ne voulons pas que la Méditerranée continue de se transformer en cimetière… Il faut protéger tout autant les citoyens européens que les immigrés qui arrivent sur notre territoire… » Nadine Morano aussi est séduite : « Les valeurs fondamentales ont été rappelées par le pape : le travail, la famille… Quant aux critiques sur les multinationales, c’est vrai qu’il y a des abus dans certaines entreprises… mais je suis une femme de droite, et je crois dans une économie de marché. » Pas sûr que ce concept cher à l’ancienne ministre du Travail et de la Famille de Sarkozy réponde à l’appel humaniste du pape François.

Invité à « L’autre Lampedusa ». Le pape François a réservé la première visite de son pontificat, en 2013, à l’île italienne de Lampedusa, où arrivent de nombreux migrants. Les évêques d’El Paso (Texas) et de Ciudad Juarez (Mexique) viennent de l’inviter à venir à « l’autre Lampedusa », à l’occasion de sa visite à Philadelphie, en septembre 2015. Un demi-million de migrants traverseraient illégalement la frontière entre Mexique et états-Unis tous les ans.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 17:35

Reconnaissance d'un Etat de Palestine: qui est pour, qui est contre (et pourquoi)

PALESTINE - Le vote a beau être symbolique, il n'en est pas moins explosif. Une proposition de résolution socialiste "invitant le gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine" doit être débattue ce vendredi 28 novembre par les députés en commission, avant un vote solennel à l'Assemblée mardi 2 décembre. A l'initiative d'élus communistes et écologistes, un vote similaire est prévu au Sénat le 11.

En attendant de connaître les consignes de vote propres à chacun des groupes (et de voir jusqu'à quel point elles seront respectées), des élus ont déjà exprimé leur intention de voter pour ou contre cette résolution, illustrant les clivages qui existent entre les différents partis, mais aussi en leur sein concernant le conflit israélo-palestinien. Du PS au FN en passant par EELV, voici qui est pour, qui est contre et pourquoi.

Le PS (presque) unanime

Redevenu député des Yvelines fin septembre après son départ du gouvernement, Benoît Hamon fait partie des principaux initiateurs du projet de résolution de reconnaissance d'un État palestinien qui doit être débattu puis voté à l'Assemblée nationale. Porté par la présidente socialiste de la commission des Affaires étrangères Elisabeth Guigou et soutenu par le groupe socialiste majoritaire, le texte a été déposé à l'Assemblée le 20 novembre.

Sur cette question, les députés socialistes n'ont pas forcément besoin de convaincre le gouvernement et le président de la République, qui soutiennent la solution des deux Etats. Interrogé par le JDD, Benoît Hamon assure d'ailleurs qu'"il y a un soutien (du gouvernement) à la démarche qui est la nôtre", tandis qu'un autre élu socialiste estime: "nous avons convaincu Laurent Fabius".

Il faudra reconnaître l’État palestinien "le moment venu", répète depuis fin août le ministre des Affaires étrangères, dont l'entourage n'a pas souhaité confirmer officiellement le soutien à la résolution socialiste. "La question c'est quand, et comment. Il faut que cette reconnaissance soit utile à un règlement définitif du conflit", a précisé Laurent Fabius à l'AFP. Une position qu'il a réaffirmé mardi 25 novembre sur Twitter:

Chez les députés et sénateurs socialistes, la reconnaissance devrait donc être votée largement, à l'exception peut-être de quelques élus proches d'Israël. Dans une lettre ouverte à l'initiative des présidents des groupes d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale et au Sénat, plusieurs d'entre eux avaient déjà écrit en 2011 au président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy, pour lui demander d'opposer son veto à la reconnaissance d'un Etat palestinien à l'ONU.

Au PS, une dizaine de députés (sur 289) n'ont pas signé la résolution. Parmi eux, le maire de Sarcelles (Val d'Oise) François Pupponi, où vit une importante communauté juive, ainsi que l'Alsacien Armand Jung. Député du Bas-Rhin et président du groupe d'amitié France-Israël, il a exprimé ses réserves sur le vote à venir à l'Assemblée nationale, qu'il a reformulées après l'attaque meurtrière de deux Palestiniens contre une synagogue à Jérusalem le 18 novembre.

"Notre fonction n'est pas de mettre de l'huile sur le feu. Je me demande s'il ne faut pas avoir un peu de mesure, un peu de retenue et si on ne ferait pas mieux de reporter ce débat par prudence et par esprit de responsabilité", a affirmé Armand Jung au JDD.

L'UMP plus divisée qu'elle n'y paraît

A droite, l'UMP "envisage de ne pas participer au vote", a d'abord annoncé Christian Jacob. Pour justifier sa position, le chef de file des députés UMP met notamment en doute la conformité du texte à la Constitution, "qui ne permet pas par une résolution de donner une injonction au gouvernement". Mardi matin, il a déclaré que le groupe UMP oscillait désormais "entre la non-participation et le vote contre".

"On calera définitivement notre position mardi prochain en réunion de groupe, puisqu'il y aura un vote solennel. Aujourd'hui, nous sommes très majoritairement entre la non participation au vote et le vote contre", a expliqué l'élu de Seine-et-Marne lors d'une conférence de presse. Le groupe UMP persiste à penser qu'on est "clairement dans le domaine réservé de l'exécutif et qu'entre une invitation (à la reconnaissance) et une injonction, la marche est limitée". "Nous disons simplement que nous ne pensons pas que ce soit le bon moyen de passer par le Parlement", a aussi estimé le président du groupe UDI Philippe Vigier.

Au-delà de ces motifs techniques, plusieurs élus UMP ont exprimé leur opposition. C'est le cas de Hervé Mariton, Thierry Mariani ou encore Christian Estrosi, qui estime qu'un vote favorable "se retournerait contre les Palestiniens eux-mêmes, parce que c’est soutenir le Hamas, qui est un mouvement terroriste, allié du jihadisme".Interrogé par RFI, le député des Alpes-Maritimes estime aussi que le contexte ne s'y prête pas, après l'attaque meurtrière d'une synagogue à Jérusalem.

Sur la même ligne, Nicolas Sarkozy a appelé mardi soir son parti, dont il brigue la présidence, à voter contre la proposition de résolution, quelques jours après "les attentats odieux et sanglants de Jérusalem". "Je demande à mes amis de voter contre", a déclaré l'ancien président de la République lors d'un meeting à Boulogne-Billancourt, dénonçant "une reconnaissance unilatérale" alors qu'il n'y a "aucun processus de paix".

Derrière cette opposition affichée se cachent pourtant de vraies dissensions. Selon la direction du groupe UMP citée par l'Obs, "la moitié des parlementaires ne participera pas au vote, un quart votera pour, et un quart contre". “Sur le fond, on est plutôt d'accord, mais ce qui me gêne, c’est ce côté partisan", explique le député de Paris Pierre Lellouche.

Son collègue Michel Poniatowski, élu du Val d'Oise, va plus loin et a clairement exprimé son soutien à la résolution socialiste, préférant "qu'on se prononce sur le fond plutôt que sur la forme". Député des Yvelines, Jacques Myard, votera aussi la résolution "pour donner un élan à une négociation complètement coincée", a-t-il indiqué.

Le FN officiellement pour mais...

Au Front national, la question divise aussi, alors que la ligne officielle du parti est de reconnaître un Etat palestinien, comme l'a rappelé le vice-président frontiste Louis Aliot au Figaro: "Nous sommes pour la reconnaissance de deux Etats qui vivent dans la sécurité, qui se reconnaissent l'un l'autre, [...] à charge pour l'Etat palestinien de reconnaître l'Etat d'Israël et de lutter contre le terrorisme en son sein ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui".

Une position que partage Marion Maréchal-Le Pen, mais pas Gilbert Collard, député sans étiquette mais apparenté FN et membre du Rassemblement Bleu Marine. Tandis que la première annonçait mardi 18 novembre sur BFMTV qu'elle voterait pour la reconnaissance de l'Etat palestinien, l'avocat médiatique a lui exprimé une opinion inverse sur Twitter:

L'eurodéputé Aymeric Chauprade, conseiller de Marine Le Pen aux affaires internationales, a également indiqué qu'"à titre personnel", il n'aurait "pas voté la reconnaissance de l'Etat palestinien", voyant le texte sur cette résolution comme le fruit d'une "mode" dans la "continuation d'un agenda du Parlement européen". A propos du Hamas, il a aussi estimé qu'"on ne peut pas faire la paix avec des gens qui ont pour objectif final, dans leur charte, de vous faire disparaître".

Un grand "oui" à la gauche de la gauche

A gauche du PS, en revanche, les positions exprimées sont plus claires, voire unanimes. Les députés du Front de Gauche voteront ainsi la résolution socialiste car,ont-ils expliqué dans un communiqué, ils "ne peuvent que souscrire à cet appel salutaire à la raison et à la justice qui, malheureusement, n'a jusqu'ici jamais été entendu par le gouvernement français".

Ils ont même annoncé qu'ils feraient "la fête si la proposition de résolution est adoptée". "C'est un des combats historiques des députés communistes et du Front de gauche. Que cela arrive à l'Assemblée, c'est un geste fort et ça a une dimension historique", a souligné leur chef de file André Chassaigne. Au Sénat, des élus communistes ont d'ailleurs déposé leur propre proposition de résolution.

Les députés du rassemblement de gauche radicale regrettent cependant que le débat ne porte pas sur l'ensemble des résolutions (socialiste, Front de gauche et écologiste) déposées à l'Assemblée et au Sénat sur le sujet, car "une décision aussi cruciale pour la paix au Proche-Orient aurait dû faire l'objet d'une démarche rassembleuse", selon eux.

Même son de cloche du côté d'Europe Ecologie-Les Verts, en pointe sur la question de la reconnaissance de la Palestine puisque plusieurs de ses sénateurs (dont Esther Benbassa et Jean-Vincent Placé) ont déposé une proposition de résolution en ce sens le 23 octobre.

"Au delà de la charge symbolique d’une telle décision, la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France serait un signal fort dans la perspective de la création de deux Etats, seule solution viable pour résoudre le conflit israélo-palestinien qui a trop duré" écrivent dans un communiqué les porte-parole du mouvement écologiste, Julien Bayou et Sandrine Rousseau.

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S'il faut saluer l'initiative socialiste à laquelle les élus communistes et du front de gauche souscrivent sans hésitation, il est bon de rappeler que les députés communistes ont réclamé cette reconnaissance à 24 reprises. Une paille !

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 16:53
Urgence pour le pluralisme

Posté le 27 novembre 20141 Réaction

Qu’il y ait une pluralité de titres de presse, de radios, de télévisions ne signifie pas que le pluralisme de la presse et le pluralisme des idées existe vraiment.

Tout au contraire ! Nous sommes entrés dans une période où des autoroutes mondiales de l’information déversent en temps réels un fatras de nouvelles, d’images, d’idées embrouillées, sans hiérarchie, se chassant l’une, l’autre, du jour au lendemain sur les écrans de téléphone, d’ordinateur et de télévision, aussi vite qu’elles sont apparues. Si ce progrès qui raccourcit la planète et pourrait rapprocher les individus qui la peuplent, n’aboutit pas à ce résultat, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas conçu pour cela. Le citoyen n’y est plus considéré comme un acteur mais comme un consommateur, dont il conviendrait de stimuler les réflexes d’achat, et un sujet passif acceptant les événements et la marche du monde comme des fatalités. Bref, tout est fait pour empêcher chaque individu de maîtriser son destin, celui de la civilisation et de la planète. Cette nouvelle scène médiatique correspond à l’actuelle phase de développement du capitalisme en crise, qui, pour poursuivre sa guerre économique mondiale en déchiquetant tous les droits sociaux et humains, en imposant aux travailleurs du monde une féroce concurrence, déploie ce qu’il faut bien appeler une « guerre idéologique ».

C’est tout à fait compréhensible quand on remarque que l’essentiel de la presse et des médias privés appartient aux plus grandes fortunes. Celles-ci tirent leurs ressources des segments de l’économie mondiale où les profits sont les plus élevés comme l’industrie de luxe, la banque privée, l’armement, le numérique, les grands chantiers du bâtiment et des travaux publics.

Les vingt familles les plus puissantes se partagent entre elles télévisions, radios privées et journaux. Le rapport de force entre le journalisme, l’information et les milieux d’affaires est donc considérablement modifié, au détriment des premiers. Ceci change beaucoup de choses.

Il est ainsi plus aisé d’obtenir des lignes éditoriales, des présentations économiques, de former un imaginaire culturel, proche des pensées du Fonds monétaire international, de la Commission européenne, de la Cour des comptes et du grand patronat. Voilà qui permet de voir sous un autre jour l’organisation des brouillages de repères, le refus de vrais débats d’options contradictoires, la minoration permanente de la place des salariés et des chômeurs, des syndicats, du mouvement associatif, des forces du Front de gauche, notamment du Parti communiste dans les médias. A ma connaissance, cela fait au moins douze ans qu’aucun secrétaire du Parti communiste n’a été invité à participer, comme tous les autres, à une grande émission de première partie de soirée, sur quelque chaîne ou antenne que ce soit.

Et que dire du fait que désormais des journalistes de tous les quotidiens, à l’exception de l’Humanité et de La Croix ont table ouverte dans les télévisions et les radios ? Pendant ce temps, tourne le grand manège du prétendu débat à droite, avec une prime à M. Sarkozy et à la survalorisation et la surexposition de l’extrême-droite comme parti, mais pas seulement puisque désormais ses idées sont abondamment relayées par des porte-voix déguisés en journaliste, expert ou écrivain ! Et le traitement de la politique gouvernementale, reprenant toutes les orientations de la droite, n’est abordé qu’à partir de l’anecdote sans jamais en montrer la néfaste cohérence. Bref, tout le monde est sommé de faire des réponses de droite à des questions de droite. Les mêmes que celles que le Medef impose dans le débat public. On fait ainsi croire que les intérêts de la classe capitaliste se confondent avec l’intérêt général. La contradiction de classe aurait disparu, remplacée, évacuée par la division entre des identités ou du tous contre tous. Ceux qui auraient un travail et un modeste salaire se verraient manger la laine sur le dos par ceux qui en sont privés, devenus du même coup des assistés. L’autre est devenu le danger, le profiteur, pendant que les actionnaires se gavent à l’abri de ces injonctions. Les vrais assistés, eux, continuent d’exporter leurs capitaux et de placer leur fortune, acquise au prix de la sueur des travailleurs, dans les paradis fiscaux. On en est aujourd’hui à vouloir effacer le mot « gauche » du vocabulaire et de la scène politique, tant ceux qui occupent en alternance le pouvoir, se différencient de moins en moins. Tous pratiquent la soumission aux quatre volontés du capital, à l’opposé des engagements pris devant le peuple. Et tous conduisent dans le mur les peuples des Etats qu’ils dirigent, au nom d’une prétendue «seule politique possible».

Tant qu’une voie crédible pour une alternative de progrès ne deviendra pas l’ambition d’une majorité de nos concitoyens, ces prédateurs tiendront le haut du pavé. Cette voie inédite à construire suppose l’unité populaire, le rassemblement de toutes celles et ceux qui créent, qui travaillent, qui cherchent, étudient, toutes celles et ceux qui ont conservé le sens de l’intérêt commun et qu’anime une volonté de transformation sociale et écologique. Y parvenir appelle débat, écoute de la société et des penseurs, décryptage des faits, propositions d’alternatives syndicales, sociales, écologiques, politiques, culturelles.

C’est à y contribuer que sont attelées l’Humanité et l’Humanité-Dimanche, chaque semaine, grâce à une équipe trop réduite, mais courageuse, compétente et dévouée. Nos ambitions et nos projets sont limités par les difficultés financières.

En cette fin d’année, nos journaux sont menacés du fait des hausses de nos coûts de production et de diffusion, de la baisse de nos recettes publicitaires et des aides publiques aux journaux à faibles ressources publicitaires.

De ce fait, nous sommes contraints de lancer cette semaine, une grande campagne de dons pour faire face à nos échéances financières de cette fin d’année.

Nous le faisons en pleine conscience des fins de mois difficiles que connaît chaque famille. Mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes persuadés qu’en participant à cette souscription urgente, vous aurez conscience de contribuer au pluralisme des idées et à un réel pluralisme des médias, condition sine qua non d’une véritable démocratie. Qu’en aidant à ce que vivent L’Humanité et l’Humanité-Dimanche, vous apporterez votre pierre à la valorisation de la pensée alternative, de la culture, de l’éducation populaire et du savoir, des débats contre les obscurantismes, les peurs et les fatalismes.

Bref, de participer à la grande œuvre de l’émancipation humaine.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 16:04
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Published by bruno fornaciari - dans DETENDEZ-VOUS EN MUSIQUE
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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 21:27
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Published by bruno fornaciari - dans information pluralisme
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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 21:21

Tout commence avec le livre "Les chiens de garde" que Paul Nizan publie en 1932 pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s'imposaient en gardiens de l'ordre établi. Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) s'en inspirera directement et, dans la même lignée d'intellectuels incisifs comme Noam Chomsky, publie en 1997 un livre qui fera référence : "Les Nouveaux chiens de garde", qui poursuit et actualise l'objectif de Nizan en l'étendant à la critique de l'appareil médiatique français. Véritable pavé dans la mare, gros succès et importantes répercussions : Serge Halimi a alors signé son arrêt de mort dans les médias "officiels" ou dit "de référence" ! Il réactualisera l'ouvrage en 2005. Cette démarche sera le point de départ du film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. Le documentaire démarre d'ailleurs sur une présentation du livre de Nizan par un présentateur télé de l'ORTF, incitant les médias à s'en inspirer pour faire leur autocritique (ce qui serait totalement inconcevable aujourd'hui). Mais en contrepartie, et pour planter le décor principal, on assiste au passage à l'antenne du très réactionnaire Alain Peyrefitte, qui s'invite sur le plateau du JT du
servile Léon Zitrone pour donner ses directives aux médias. Une époque "antique, voire soviétique" commentera Anne Sinclair, avec l'approbation de Christine Okrent. Cette dernière, par exemple, qui a été choisie par le chef de l'état pour présider l'AEF (Audiovisuel Extérieur de la France) se charge elle-même aujourd'hui d'appliquer ce genre de directives, sans attendre que son mari (alors Ministre des Affaires Etrangères) ne le lui ordonne. C'est, entre autres, ce genre de dysfonctionnements structurels et antidémocratiques que le film dénonce. De plus, la critique, assez virulente, n'hésite pas à utiliser les noms propres. Pierre Bourdieu a donc fait école lorsqu'il disait : "Dans un univers où les positions sociales s'identifient souvent à des noms, la critique scientifique doit parfois prendre la forme d'une critique ad-hominem". Et à Balbastre de rajouter : "Comment lutter sans identifier l'adversaire ? Pourfendre les marchés sans nommer ses architectes dématérialise la lutte sociale. C'est oublier que les mécanismes analysés par les économistes sont aussi actionnés par des individus au profit de groupes sociaux particuliers, qu'ils sont appliqués par des courroies de transmission politiques, relayés par la presse qui ment. Une critique qui ne cible personne épargne tout le monde. Il faut nommer l'ennemi !".

Pour les idées et les commentaires, les piliers du journal "Le Monde Diplomatique" sont ici réunis : Serge Halimi évidemment, Pierre Rimbert, Renaud Lambert, l'économiste hétérodoxe Frédéric Lordon, avec comme souvent le spectre du sociologue Pierre Bourdieu qui rôde ici et là. Certains s'inscrivent dans la lignée de médias satiriques comme "Fakir", ou "Le Plan B" (ex "PLPL", créé par Pierre Carles et dont Balbastre était le directeur de publication), le tout étant articulé autour d'une association militante, ACRIMED (ACTion CRItique MEDias), qui a vu le jour en 2005 après la mascarade du traitement médiatique du référendum européen, et qui collecte, recoupe, analyse et publie sans relâche des informations sur les médias dans l'unique but d'aiguiser le sens critique de la population qui, selon les principes d'une vraie démocratie, devrait disposer d'un service public de médias gratuit, critique et impartial. Ce petit microcosme d'intellectuels incisifs et de médias indépendants non-concentrés est très actif. L'intérêt n'est ni lucratif ni politique, et surtout sans pub, puisque intégralement rémunéré par les ventes et les dons (seul Le Monde Diplo est financé à environ 5% par la publicité, ce qui est dérisoire comparé aux grands médias dominants). (Et moi-même je perçois 0% des recettes du film pour dire tout ça...). Expliqué ainsi on comprend mieux pourquoi la frileuse chaîne "Arte" ainsi que les chaînes du soit-disant "service public" ont refusé de participer à la production !

Ne vous fiez pas trop à la bande-annonce, qui laisse étonnamment une grande place à François Bayrou qui reste, quoi que l'on puisse penser du personnage politique, le dernier depuis Georges Marchais à avoir provoqué sans détour, en direct et à une heure de grande écoute un journaliste sur ses liens délicats avec les pouvoirs politiques et industriels. C'est surtout la réaction de Claire Chazal qu'il faut retenir ici, lorsqu'elle prend lâchement la défense de son employeur Martin Bouygues : la situation est peu commune et révèle les intérêts personnels de la journaliste qui laisse de côté son indépendance ainsi que tout éthique professionnelle ; ce qui est un comportement très répandu, mais habituellement invisible, dans les "grands médias". Il est effectivement étonnant que ça soit le très austère Bayrou qui se fasse le Robin de Bois des médias. Mais depuis cet incident, Mr Bayrou et les médias ont toujours su cohabiter en réajustant leurs comportements respectifs afin de ne pas empêcher que chacun puisse tirer profit de l'autre sans que ça ne fasse trop tergiverser les spectateurs-électeurs.

Le film bénéficie d'une grosse production : 800000 €, c'est vraiment conséquent pour un tel projet. Mais Jacques Kirsner, producteur plutôt engagé ("je considère que les médias sont un danger pour la démocratie" dit-il), a donné carte blanche aux deux loustics pour réaliser une critique des médias digne de ce nom. La diffusion est inhabituelle (46 salles de cinéma) pour un documentaire qui ne bénéficiera d'aucune publicité en télévision (j'vous explique pas pourquoi, hein !). Une grosse partie du budget a servi a payer ou racheter les droits de diffusion d'archives, assez nombreuses dans ce documentaire, afin de délester à l'avance l'équipe du film de toute attaque possible en justice. Pouvant alors librement recouper ces archives avec la foultitude d'informations déjà collectées minutieusement depuis des années par les militants rassemblés autour du réseau d'Acrimed, on nous livre ici le résultat d'un vrai travail de fond s'étalant sur deux ans et demi (9 mois rien que pour le montage), et ne laissant aucun répit possible aux chiens-chiens de la télé qui bénéficieront de toute façon d'un temps d'antenne suffisant pour se défendre dans leur médias respectifs et pérorer à souhait sur les valeurs d'indépendance, de pluralisme et d'objectivité. Ainsi on voit un Michel Field, ancien trotskiste appelant à la lutte armée (et touffue) en 1968 qui, attiré par l'argent, fait aujourd'hui de la pub pour Casino, anime des meetings chez Lagardère, et se rend tous les mois au Diner du Siècle auprès des puissants de ce monde (mais avec cette fois une coupe de cheveux bien dégagée derrière les oreilles). Quel crédit peut-on donner à des journalistes (ou ex) du "service public" comme Drucker et Elkabbach qui éclaboussent de cirage les pompes d'Arnaud Lagardère, qui est à la fois leur invité à "Vivement Dimanche" et leur patron à Europe 1. Les exemples, toujours bien documentés, se multiplient et s'accumulent. A la différence d'un Paul Nizan ou bien d'un Serge Halimi, le ton n'est pas austère, au contraire, les réalisateurs ont ici choisi de transformer le rire jaune en bonne rigolade (je pense à la séquence sur les pseudo-débats entre Luc Ferry et Jacques Julliard sur LCI, ou les diverses interventions d'Alain Minc) voire même en franche poilade (quand BHL joue les alarmistes chez Christophe Barbier), le tout sur fond de vidéos de toutous bien dressés et bien obéissants. Mais comme le ridicule ne tue pas, les gens qui n'ont pas encore éteint leur poste de télé à tout jamais retrouveront leurs présentateurs habituels bien au chaud sur leurs plateaux-télé avec des euros pleins les poches. Idem pour ces pseudo-experts qui n'avait pas prévu les deux plus grosses crises mondiales à venir : une petite animation en "rubik's cube" très claire et très convaincante permet de comprendre le rôle et surtout l'intérêt de ces quelques omniprésents des "débats". Ils sont encore aujourd'hui toujours invités, parce qu'ils vantent, sans complexe, la libéralisation des groupes de médias qui les nourrit, et sont incapables de fournir une analyse économique fiable. Quel est alors l'intérêt d'un journaliste d'un grand média d'inviter de vrais experts en économie, qui avaient vraisemblablement prévu les crises successives des années 2000, mais qui, d'un autre côté, remettent en cause ce même système libéral ainsi que l'intérêt des actionnaires du groupe de médias qui emploie ce même journaliste ?

Mais le format cinéma est sélectif, et il est difficile de faire rentrer sept années de critique médiatique dans un film de 1h44 ! Ainsi le duo Balbastre-Kergoat tente de passer en revue (presque) tout ce qui fait la force de la "médiacratie" actuelle (qui est d'ailleurs décrite comme un problème de classe) : concentrations des médias, soumission aux lois du marché, logique du profit, connivences avec les puissants, autocensure, renvois d'ascenseurs, théâtralité des affrontements, simulacres de débat, anémie du pluralisme, intérêts communs... (ou faudrait-il plutôt les appeler : corruption, concussion, malversation, trafic d'influence, concurrence déloyale, collusion, entente illicite, abus de confiance...). Malheureusement, et au risque d'alourdir le discours, le documentaire ne parle pas de cette "avant-garde" constituée de ces faux impertinents que sont Demorand (son cas aurait mérité plus d'attention), Apathie (qu'on aperçoit trop brièvement), Jean-Jacques Bourdin et autres Yann Barthès... qui se trouveront bien soulagés d'avoir été épargnés par la critique acerbe. Mais il faudrait pour cela un film de 4 heures, au moins... pour aborder également les problèmes de "sondomanie" chronique souvent pointées du doigt par Acrimed, la formation et la précarité des "petits" journalistes, ou celui de la représentativité des différentes classes sociales à l'antenne. Pas grand chose non plus sur la clique des pseudo-philosophes (comme BHL, Finkielkraut, Attali ou Slama) qui faussent les débats publics en nous livrant leur prêt-à-penser. Il faut dire aussi que le terrain de la critique est tellement vaste... Aussi certains s'attendaient peut-être à un exposé plus analytique, plus "intellectualisé" de la part d'Halimi et de sa bande. Mais la raison est toute simple : ce n'est pas plus compliqué que ce qui est expliqué dans le film. Et le seul problème est de le faire admettre au plus grand nombre. Je parle ici de ces téléspectateurs (du simple d'esprit innocent au petit bourgeois bien-pensant) qui pensent pouvoir donner un avis sur tout sans disposer de la moindre arme intellectuelle pour ne serait-ce que commencer à pouvoir envisager de renverser plusieurs décennies de fausses évidences pré-constituées. C'est, je pense, la principale mission du film : éveiller la prise de conscience et que chacun prenne ses responsabilités (politiquement parlant). La tâche est rude, mais c'est en tout cas un bon début.

Le contenu peut sembler tout de même dense pour le néophyte, même si pour le coup, l'équipe du film dispose d'un monteur réputé et césarisé pour rendre le tout assez fluide et surtout très drôle. Cette densité d'informations n'apportera sur le fond pas énormément au lecteur affuté de la presse satirique, et risque d'être considéré (à tort) par certains observateurs (un peu mous) comme un "n-ième film contre le système". Mais ne nous y trompons pas : ce n'est pas un "brûlot cinématographique" (comme tend à faire croire le journal "Le Monde"). Pour avoir lu tous les articles du site d'Acrimed de ces trois dernières années, chaque plan du film m'évoque le souvenir d'un article (qu'il conviendrait de consulter pour avoir accès à la totalité de l'analyse et des notes ou annexes, souvent bien détaillées d'ailleurs) et chaque séquence fait écho à un passage du livre d'Halimi, sur lequel il pourrait être intéressant de se pencher après coup. De plus, l'objectif est politique (au sens noble du terme) : comme les médias sont la clé de voûte des partis politiques dominants et des industriels en place pour asseoir leur pouvoir, alors une prise de conscience globale pourrait permettent aux gens de se réapproprier enfin l'information afin de repenser les contours du "cadre" médiatique. Tel est l'objectif commun des Halimi, Rimbert, Balbastre, Ruffin, Mahler, Carles et autres Lordon. Le film fait alors état non seulement de la profondeur mais surtout de l'urgence des transformations qu'il faudrait apporter (c'est ce qui ressort du discours de Balbastre). Au final, ce n'est ni plus ni moins que la synthèse d'un travail effectué par les médias (ou observateurs de médias) alternatifs ou satiriques de qualité de notre époque (rien que ça !), dont le but est de secouer le spectateur (expert ou néophyte) afin qu'il se réapproprie, en toute connaissance de cause, son droit à pouvoir s'informer grâce à des outils libres de tout pouvoir politique, de toute étiquette et de toute autocensure. Ce constat est plus optimiste que celui d'un Pierre Carles (qui était jusqu'alors quasiment le seul à proposer ce genre de réalisation au cinéma en France), qui pense, à juste raison, que "la télévision a fermé l'espace du possible", et qui nous avait un peu désabusés après son "Fin de concession" au titre prometteur. Mais ce dernier n'aurait pas nié cette phrase d'André Breton et Paul Eluard : "Il faut prendre à César ce qui ne lui appartient pas". Autrement dit : "Les nouveaux chiens de garde" est un appel à l'action et pas à la discussion. Un tel missile au cinéma semble convenu aux yeux de certains... (mais que leur faut-il de plus ?). En tout cas, il arrive à point nommé, juste avant le cirque médiatique hypnotisant de la campagne des partis politiques pour l'élection présidentielle ; partis qui ne remettront certainement pas en cause, une fois de plus, ce système qui a établi leur pouvoir. Mais dès que l'on comprend l'importance que devraient avoir les discours critiques sur les médias dans le débat public, le "politicisme" qu'on nous vend dans ces medias comme étant de la "politique" n'a soudain plus aucun intérêt, car elle ne sert en rien la population, ce qui devrait pourtant être sa cause première.

On connaît déjà l'habituelle rengaine que les journalistes vont nous pondre, en réaction d'avoir été pris pour cible dans cette diatribe aux accents libertaires ; et peu importe, car le film s'adresse avant tout aux spectateurs en posant cette ultime question en sous-texte : "vivons-nous vraiment en démocratie ?". Pour avoir assisté au débat avec Gilles Balbastre après la projection, je peux vous assurer que l'objectif du film n'est pas moins radical. "Les nouveaux chien de garde" met clairement le doigt sur ce problème qu'est la démocratie. "La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics" stipule la Déclaration universelle des droits de l'homme. A voir l'état actuel des médias et du service public audiovisuel, pouvons-nous dire avec certitude que nous vivons aujourd'hui dans cette idée de la démocratie ? Comment pouvons-nous, les citoyens, reprendre possession de ce qui nous appartient de droit ? Ce sont clairement des questions que soulèvent tous ces intellectuels respectables qui ont irrigué l'esprit de ce film. A l'instar de Serge Halimi qui se questionne : "Quand avons-nous au juste collectivement décidé - à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? - qu'une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?" (Extrait du livre "Les nouveaux chiens de garde").

En guise de conclusion, cette citation de Thierry Discepolo, directeur des Éditions Agone (qui ont réédité le livre de Paul Nizan en 1998) résume bien la situation : "On pourrait synthétiser les analyses (...) sur les médias par la thèse suivante : en tant que système, les médias sont partie prenante d'un ensemble plus large (comprenant les industries des relations publiques et du divertissement, le marketing, l'École, etc...) ; cet ensemble assure, dans les démocraties formelles, l'incorporation, la reproduction et le maintien non-violent d'un ordre social injuste ; il participe à maintenir en place les structures du pouvoir et de l'argent ; il favorise les penchants à la soumission et au narcissisme ; il nous détourne de nos idées ridicules d'égalité et d'autonomie dans nos propres affaires."

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 20:28

Anniversaire de la loi Veil: qui sont les 7 députés qui n'ont pas réaffirmé le droit à l'IVG

POLITIQUE - L'Assemblée nationale a adopté mercredi par 143 voix contre 7 une proposition de résolution cosignée par tous les présidents de groupes pour réaffirmer le droit fondamental à l'interruption volontaire de grossesse en France, en Europe et dans le monde.Share

Ce texte, non contraignant, a été adopté le jour anniversaire du démarrage des débats sur la loi de Simone Veil, le 26 novembre 1974. A l'inverse de la violence des échanges d'il y a 40 ans, l'apaisement a dominé dans l'hémicycle lors des interventions, rompu seulement par un virulent discours anti-avortement du député d'extrême droite Jacques Bompard:

Cinq UMP votent contre
La tirade anti-avortement de Jacques Bompard à... par BFMTV

En plus de Jacques Bompard, ce sont donc six autres députés qui ont voté contre dans l'hémicycle mercredi: l'UDI Jean-Christophe Fromantin et les UMP Xavier Breton, Nicolas Dhuicq, Olivier Marleix, Yannick Moreau et Jean-Frédéric Poisson. Ce dernier s'est exprimé dans les couloirs de l'Assemblée pour justifier son choix,considérant que "ce texte n’est pas une avancée":

La résolution "rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et d’une société de progrès".

Outre "le rôle majeur de la prévention, et de l’éducation à la sexualité, en direction des jeunes", elle "affirme la nécessité de garantir l’accès des femmes à une information de qualité, à une contraception adaptée, et à l’avortement sûr et légal".

Le texte souhaite enfin que "la France poursuive son engagement au niveau européen, comme international, en faveur d’un accès universel à la planification familiale".

De nombreux orateurs ont rappelé que le gouvernement conservateur espagnol avait prévu de supprimer le droit à l'avortement, avant de renoncer face aux protestations.

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Marie-George Buffet « Réaffirmer un droit fondamental »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT MOULOUD

VENDREDI, 28 NOVEMBRE, 2014

« À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, l’IVG est encore illégale. »

Photo : Joël Saget/AFP

Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, revient sur la résolution votée mercredi à l’Assemblée en faveur du droit à l’interruption volontaire de grossesse.

L’Assemblée nationale a adopté, mercredi, une résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Un vote crucial, souligne Marie-George Buffet, députée (PCF) de Seine-Saint-Denis et oratrice du groupe communiste.

Quel sens donnez-vous à cette résolution ?

Marie-George Buffet : C’est la réaffirmation d’un droit fondamental, d’autant plus utile que son existence reste fragile. Il y a quelques semaines, lors de l’examen du projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, des députés de droite ont parlé d’IVG de « convenance personnelle » parce qu’on avait décidé de supprimer des textes l’obligation faite aux femmes de justifier d’une « situation de détresse » pour pouvoir avorter… Mercredi, certaines interventions, y compris de députés socialistes, ont encore expliqué qu’il fallait faire baisser le nombre d’IVG sous prétexte de développement des moyens contraceptifs… On le voit, ce droit est toujours menacé sur le plan idéologique, et la vigilance est de mise. Ne sous-estimons pas la puissance des idées conservatrices qui traversent actuellement la société.

Ce droit à l’IVG est également remis en cause par les politiques d’austérité…

Marie-George Buffet : Tout à fait. Et ce n’est pas seulement moi qui le dis ! Un rapport de l’Igas (inspection générale des affaires sociales – NDLR) de 2009 note que les conditions ne sont toujours pas réunies en France pour garantir aux femmes l’accès au droit d’avorter. Il est difficile dans des départements comme le mien. Mais également dans les départements ruraux, où la fermeture des structures de santé de proximité – hôpital, maternité – fait que les centres d’IVG sont de moins en moins accessibles, compliquant les démarches des femmes, notamment des jeunes filles qui n’ont pas forcément un entourage pour les accompagner. Il y a là une vraie bataille à mener. Au-delà de nos frontières, il y a aussi besoin de poursuivre la mobilisation. À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, les femmes n’ont toujours pas ce droit. Et en Espagne, il a failli être remis en cause.

Les débats parlementaires en 1974 avaient été virulents. Quel a été le rôle des communistes dans ce combat ?

Marie-George Buffet : Nous sommes dans la contradiction du Parti communiste de l’époque. Il faut se rappeler que nous avons agi, à un moment, contre la contraception car nous disions que c’était une démarche malthusianiste, qui empêchait les familles ouvrières d’avoir des enfants. Et quand les féministes ont lancé le mot d’ordre « Un enfant si je veux quand je veux », il y a eu des débats dans le Parti. Nous estimions, à l’époque, que la solution était le socialisme ; qu’il réglerait les problèmes d’égalité des hommes et des femmes, et que le combat féministes nous détournait du combat essentiel. Mais sur cette question précise de l’IVG, quelques mois avant le débat de décembre 1974, le groupe commu-niste avait déposé une loi-cadre qui s’appelait « Pour la promotion de la femme et de la famille ». Et dans ce texte, nous interrogions déjà sur les moyens mis à la disposition des femmes pour pratiquer l’IVG dans de bonnes conditions, et réclamions son remboursement. Les députés communistes n’étaient donc pas en retard au moment où le débat a débuté sur l’IVG. Mais au contraire, dans une position de soutien clair et engagée.

Les sept députés qui ont voté contre le droit à l’IVG.Mercredi, sept députés ont voté contre la résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’avortement en France, en Europe et dans le monde : celui d’extrême droite Jacques Bompard, Jean-Christophe Fromantin (UDI) et cinq UMP, Xavier Breton, Jean-Frédéric Poisson, Nicolas Dhuicq, Olivier Marleix et Yannick Moreau.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 14:15

Édition : La Revue du Projet

Première Guerre mondiale et mutation du salariat, Jean-Louis Robert

Un des paradoxes apparents de cette période est que la classe ouvrière paraît dispersée, bouleversée, segmentée. Et pourtant la conscience de classe, par des médiations complexes, ne cesse de croître.

La Première Guerre mondiale s’accompagne d’une mobilisation de l’économie et de la société par l’État : c’est la guerre totale. La priorité est alors à la production de guerre, à une production de masse qui doit vite se développer après un temps de désorganisation grave.
Les premiers mois de la guerre sont, en effet, marqués par une chute brutale de la main-d’œuvre employée dans les usines, les services ou les commerces, et une hausse massive du chômage. La mobilisation des jeunes hommes par l’armée est l’explication première de ce phénomène qui s’accompagne d’une baisse brutale des salaires par les patrons.
Mais très vite, l’état-major réclame toujours plus d’armes, de munitions, de canons, puis des chars, des avions… Des mécanismes complexes sont mis en place pour retrouver une main-d’œuvre : diverses lois permettent de faire revenir dans les usines de guerre des centaines de milliers d’ouvriers qualifiés mobilisés ; l’embauche des femmes est également massive ; la main-d’œuvre étrangère et coloniale se développe aussi, bien qu’à un moindre niveau.

Développement massif des usines de guerre
Toujours est-il qu’en 1916, le niveau de main-d’œuvre active, industrielle et commerciale, de la veille de la guerre est retrouvé, puis largement dépassé en 1917-1918. Mais la situation des secteurs professionnels est bouleversée : la métallurgie (le cœur de l’usine de guerre) triomphe, dépassant pour la première fois le textile-habillement qui recule. L’industrie chimique, mais aussi plus inattendu le personnel des banques et assurances, prennent une forte extension. Le bâtiment, le commerce et le livre régressent.
Le développement massif des usines de guerre est le fait des entreprises privées, les arsenaux de l’État n’y suffisant pas. Une énorme accumulation de capital, au bénéfice de quelques-uns, se produit : que l’on songe à Citroën ou Renault dont les usines connaissent une formidable expansion. Ces industriels bénéficient aussi de prix élevés dès lors qu’ils répondent aux exigences de production de l’armée.
Mais la priorité absolue donnée à la production favorise aussi occasionnellement les ouvriers des usines de guerre. Pour éviter les grèves et les conflits, l’État est parfois amené à faire pression sur les patrons pour qu’ils cèdent, au moins partiellement, aux revendications ouvrières. Et ce d’autant que le ministre de l’armement contrôle à sa guise les ouvriers détachés du front.

Une nouvelle conception des rapports sociaux
Ce contexte s’accompagne d’une visée à plus long terme, particulièrement en France ; non sans lien avec le fait que de 1915 à 1917 le ministre de l’armement est le socialiste Albert Thomas. Il veut se saisir de la guerre pour créer les conditions favorables à une économie française moderne et à une production efficace. Il multiplie les moyens pour que l’usine soit rationalisée, standardisée et ait un haut niveau de productivité. La chaîne et les ouvriers spécialisés (OS) apparaissent. À court terme, cela répond aux exigences de l’armée qui veut minimiser le nombre d’ouvriers rappelés à l’arrière. Mais au-delà, c’est à un vrai projet à long terme que s’attache le ministre. À la modernité de la production s’ajoute une nouvelle conception des rapports sociaux : patronat et salariat doivent collaborer pour que cette modernisation se développe de manière satisfaisante. Il convient donc d’assurer aux ouvriers des conditions de travail améliorées et une forme de représentation : ce sont les délégués d’atelier que les usines de guerre se voient contraintes de mettre en place.
Des forces – notamment à la direction de la CGT qui s’est ralliée à la défense nationale et à des formes d’union sacrée – veulent se saisir de cette démarche pour mettre en place un syndicalisme de présence ou de collaboration. Mais cette démarche se heurte à de nombreuses résistances et des alternatives apparaissent.

La croissance de la conscience de classe
Un des paradoxes apparents de cette période est que la classe ouvrière paraît dispersée (pour part au front, pour part à l’arrière), bouleversée par les incessantes mutations de main-d’œuvre, segmentée entre civils, mobilisés, femmes, étrangers – sans compter l’apparition dans les usines nouvelles des ouvriers spécialisés (OS), qui n’héritent pas immédiatement de la culture ouvrière des métiers. Et pourtant la conscience de classe, par des médiations complexes, ne cesse de croître. Cela tient en partie à des causes attendues : le débat sur le pacifisme qui parcourt aussi le monde ouvrier, la revendication de hausse des salaires pour atténuer les effets d’une cherté de la vie brutalement croissante. Mais il faut faire également toute sa place aux systèmes de représentations dans ce temps de guerre, marqués par le primat absolu de la morale de guerre. Tout s’ordonne en un conflit entre le combattant et le profiteur. Le langage de la guerre définit rapidement le premier des profiteurs : le marchand de canons. La lutte contre l’exploitation patronale devient alors, aussi, la lutte contre celui qui s’enrichit du drame de la guerre. Mais dès lors c’est bien « lutte » qui s’impose.
La guerre est ainsi marquée par des luttes sociales considérables. Les grèves de 1917 et 1918 sont d’une ampleur supérieure aux grèves de 1906 ou 1910. De grandes grèves, tant féminines que masculines, éclatent dans de nombreux secteurs, de la métallurgie à l’habillement et du bâtiment aux banques. Dans la région parisienne, la couronne des usines de guerre devient le lieu de mouvements incessants. Les ateliers sont parfois occupés, des manifestations éclatent. L’institution des délégués d’atelier qu’Albert Thomas voulait collaborative est alors détournée par les ouvriers révolutionnaires. Ce sont ainsi les délégués d’atelier de la Seine qui appellent à la grande grève de la métallurgie parisienne de mai 1918.
Ces grèves souvent spontanées, rarement lancées par les directions syndicales, sont fréquemment des succès. Car là encore l’État fait pression pour que la grève s’éteigne rapidement. Toutefois lorsque le conflit lui semble menacer la défense nationale, l’État pratique une vive répression, en particulier en renvoyant au front les ouvriers mobilisés grévistes. De plus une majorité des ouvriers reste, dans tous les cas et même lorsqu’ils aspirent à la paix, attachée à la défense de la patrie républicaine.
Ainsi apparaît un chemin alternatif au syndicalisme de présence : celui d’une action directe et d’une lutte sociale vive qui s’accompagnent de manière croissante après la guerre d’une expression révolutionnaire. Mais les deux chemins procèdent bien des mêmes conditions : l’importance de l’usine de guerre, l’importance de la mobilisation économique et la présence forte de l’État. Il est frappant d’ailleurs de voir que la quasi-unanimité de la CGT (réformistes ou révolutionnaires) se fait en novembre 1918 sur l’adoption d’un programme minimum qui manifeste un productivisme aigu (« le développement ininterrompu de l’outillage national ou industriel ») et exige la nationalisation de pans entiers de l’économie. Un programme qui marquera tout le XXe siècle.
La guerre a entraîné des mutations vives de la main-d’œuvre et de l’organisation du travail. Le « métallo » en est la plus forte image symbolique, qui au sortir de la guerre fait figure privilégiée d’une classe ouvrière, certes plus hétérogène que jamais et extrêmement divisée politiquement, mais qui ressort du conflit avec le sentiment que sa place est désormais au cœur du pays. Et ce même si l’immédiat après-guerre est marqué par une contre-offensive libérale.

*Jean-Louis Robert est historien. Il est professeur émérite à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne.

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

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BRUNO FORNACIARI

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