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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:22

L'ULTRALIBÉRAL-BOUDDHISME EST EN MARCHE

Jacques Attali a-t-il basculé du côté obscur de la force ?

Dimanche 14 Décembre 2014 à 05:00

RÉGIS SOUBROUILLARD - MARIANNE

Omniprésent dans les médias pour faire la promo de son dernier ouvrage, Jacques Attali, tel un phare dans la nuit, n'est interrogé que sur la politique gouvernementale. En cette fin d'année, "Marianne" s'est donc imposé une épreuve : lire "Devenir soi", son best-seller du moment. L'ancien conseiller de François Mitterrand s'y donne le rôle de coach universel de l'humanité, ultralibéral et un peu bouddhiste. La politique ne peut plus rien pour vous ? Attali a la solution à tous vos problèmes ! Une lecture loin d'être indispensable.

On avait connu Jacques Attali en sherpa de François Mitterrand, puis cher — très cher — président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), fondateur de Planet finance, mais aussi chef d’orchestre, essayiste un peu plagiaire, rédacteur de rapports pour Sarkozy, conseiller officieux d’Hollande et tout récemment tuteur légal d’Emmanuel Macron. On le retrouve dans son dernier livre en coach new age, tendance bouddhiste 2.0.

Dans Devenir soi, Attali endosse son costume à col mao de gourou universel. Il tente de définir une nouvelle forme de spiritualité du mieux-être libéral, sans aucune contrainte, alliant les objectifs d’enrichissement financier et spirituel. Un « ultralibéralisme bouddhiste » de bazar adapté à la mondialisation pour les gens « qui n’en veulent » mais qui ont du mal quand même. Et c'est la faute à qui ? A l’Etat pardi, répond Attali.

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays » disait Kennedy. Au président américain, Attali répond : « Demandez vous ce que vous pouvez faire pour... vous ». L’individualisme extrême prônée par Attali conduirait sans doute rapidement à l'état de Nature, soit la lutte de tous contre tous. Pour tempérer la sauvagerie humaine de l’individu motivée par sa seule réussite, Attali fait donc intervenir la religion la plus tendance du XXIe siècle : le bouddhisme, érigée de façon largement fallacieuse par nos élites paresseuses en religion de la paix et de la tolérance. A charge au bouddhisme d'édicter des règles de vie dans ce monde anarchique.

Derrière cette ode à l'entrepreneuriat individuel teintée d’éveil spirituel low cost pour calmer les bas instincts, Attali remet au goût du jour, sans jamais le citer, un courant philosophico-spirituel qui eut son heure de gloire aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle : le transcendantalisme prônait la réforme de soi selon l’idée que seul l’individu, et non la société, est capable d’une authentique réforme. Un individualisme extrême dirigé par des « lois supérieures », en connexion permanente avec la nature, sur fond de critique radicale de la modernité et de désobéissance civile, le tout saupoudré de techniques de méditations asiatiques, essentiellement bouddhistes et hindouistes. Une croyance en l'unité du monde et l'accomplissement personnel dans la solitude, hors de toute société organisée. Le transcendantalisme influencera notamment la beat generation et les mouvements hippies, sans échapper à une dérive mystique.

Adapté au monde globalisé, Attali signe en fait l'acte de décès à venir de l'Etat républicain, et la fin de toute ambition d'unité nationale. Sans remords, ni regrets. Au contraire, pour lui, cela sonne comme une libération. La trajectoire de notre coach universel est, en théorie, cohérente. Après des années de soutien à la destruction de la régulation étatique, Attali invite à ne compter que sur soi-même. L'auteur dresse en effet un tableau très sommaire et complètement apocalyptique de l’époque : les dérives du progrès technique, la pollution, les guerres, le chômage, la criminalité, la « somalisation » du monde, « le Mal semble partout l’emporter », assure Attali. Et contre toutes ces dérives, « l’Etat ne peut rien ».Evidemment, aucun argumentaire ne précède jamais ces affirmations péremptoires. En pratique, coach Attali est beaucoup plus confus. Business oblige — Attali ne vend jamais que lui-même —, s’il ne croit plus dans le pouvoir des politiques, le conseiller des princes de tous bords n’en continue pas moins de les fréquenter et de les conseiller avec assiduité. Preuve que cet état qui ne peut rien, peut encore un peu. Au moins pour Attali...


Ainsi de Jacques Attali, ce hippie...

Creuser la question aurait contraint l'auteur à avouer que les politiques ont, au fil des années, fomenté leur propre déligitimation et leur impuissance en cédant à des institutions supranationales toute leur autorité et capacité de décision. Problème : Attali est un ardent défenseur du « supra-étatisme » et milite depuis des années pour un gouvernement mondial dont l’hypothétique avènement enterrerait définitivement nos dirigeants politiques nationaux. Mais dans ce livre, Attali survole les questions en mode planeur de haute altitude.

S’en suivent ainsi plusieurs dizaines de biographies très vite bâclées d’artistes ou d’entrepreneurs privés « devenus eux », sans l'aide de personne. Les biographies de dix lignes rapidement trouvées sur Wikipedia — en fin d’ouvrage Attali remercie ses « petites mains » qui ont fait l'essentiel du travail — constituent les deux tiers du livre sans un quelconque effort de mise en forme : « Ainsi de Thomas Edison,(…) Ainsi d’Arianna Huffington, (…) Ainsi d’Arthur Rimbaud, (...) Ainsi de Bill Gates... » Le tout dure une centaine de pages accompagnés de la date, du lieu de naissance et de quelques lignes mal écrites sur la vie de ces personnalités. La fragile démonstration laisse dubitatif.

L'économiste américaine Mariana Mazucatto a largement montré que sans investissements publics massifs et sans structures étatiques, la Silicon Valley ne serait jamais sortie de terre. Un exemple entre mille. L'intéressée a étayé sa thèse, contrairement à Attali qui assène évidences sur évidences qui, au fil des pages, apparaissent pour ce qu'elles sont : des absurdités. On tourne donc très vite les pages, en cherchant le vrai début du livre. En vain.

Les 30 dernières pages sont un bloubiboulga insipide de phrases creuses dignes d’un mauvais Psychologies magazine avec un zeste de sagesses asiatiques pour l’évasion. Il est ainsi question de trouver son chemin vers la pleine conscience et le « devenir soi » à travers plusieurs étapes : prendre conscience de son aliénation, prendre conscience de son corps, se respecter, avoir une image positive de soi, prendre conscience de sa solitude, prendre conscience de son unicité, apprendre à sur-vivre (tout est dans le tiret…). Après le supra-national, Attali est maintenant dans le surnaturel et bientôt l'au-delà. Qui sait si à Neuilly, il n'entend pas déjà des voix.

Arrivé péniblement au bout du « bidule », on se dit que Jacques Attali a basculé définitivement du côté obscur de la force, comme en témoignent les séances de méditation collective qui inauguraient, cette année, les journées de son Forum pour l’économie positive au Havre. Fais tourner, Jacques, c’est de la bonne !

* Devenir soi. Jacques Attali, Ed. Fayard, octobre 2014, 192 p.

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:18

ARTICLE D'ÉDITION

Édition : La Revue du Projet

Atelier n°1 Répondre aux besoins humains, relancer l’activité et l’emploi

15 DÉCEMBRE 2014 | PAR LA REVUE DU PROJET

  • Il s’agit d’un choix principal de notre démarche politique ! Nous avons choisi de partir des besoins, de la réponse aux besoins et non des lois du marché ou des injonctions du MEDEF.

Nous considérons - et nous le démontrons - que le pays a les moyens de répondre aux besoins ; cela nécessite du courage politique. Deux dogmes sont à affronter : le matraquage sur le « coût du travail » et la pression de la diminution de la dette publique. Enfin, nous reviendrons sur la démarche démocratique qui est la nôtre autour de la réponse aux besoins de la population. Cet atelier ne sera pas exhaustif en matière de recensement des besoins, et ne constituera pas non plus un catalogue des réponses programmatiques du PCF.

Introduction : Jean-Luc Gibelin*
Partir des besoins humains, de la réponse collective que la société doit apporter à ces besoins est une posture fondamentalement alternative par rapport aux positionnements des différents projets politiques actuels et passés. Nous affirmons que la réponse aux besoins humains doit rester l’objectif d’une politique de gauche, d’une politique alternative à l’austérité. C’est une question de choix pour l’avenir de la société, de choix politiques à produire. Loin des slogans, il s’agit d’une posture politique, d’une démarche de fond.
Nous considérons – et nous le démontrons – que le pays a les moyens de répondre aux besoins ; cela nécessite du courage politique. C’est indispensable de passer par cette étape pour confirmer qu’il est possible de faire autrement que de reculer devant les logiques financières. Il est indispensable notamment avec les renoncements de l’exécutif actuel.

Tourner le dos à l’insuffisance de la demande


Cela impose donc d’affronter deux dogmes mis en avant pour faire se résigner les salariés et les populations :
1- Face à la concurrence internationale, l’emploi dépend de la compétitivité laquelle, pour être relevée, nécessite des baisses continues du « coût du travail » (salaires + charges sociales) ;
2- Face à la dictature des marchés financiers, si l’on veut sauver notre modèle social, il faut diminuer la dette publique et, donc, baisser les dépenses publiques.
Or, ce sont ces politiques qui alimentent la crise. Pour s’en exonérer, il faut tourner le dos à l’insuffisance de la demande avec une politique ambitieuse. Cela passe par :
• accroître les revenus distribués aux salariés et à leurs familles (salaires et revenus de remplacement, minima sociaux, c’est une politique de réduction des inégalités sociales, nous y reviendrons.) :
• augmenter fortement la formation du monde du travail pour faire progresser les qualifications en même temps que le pouvoir d’achat, de façon à ce que le surcroît de demande ainsi créé ne se traduise pas par une envolée durable des importations ;
• conditionner les programmes d’investissements nécessaires à des objectifs chiffrés de créations d’emploi et de formations, et progresser dans la sécurisation de l’emploi et de la formation tout au long de la vie au lieu de la précarisation généralisée ;
• et, surtout, relancer massivement tous les services publics. On répondrait aux besoins populaires (santé, éducation, logements sociaux, transports collectifs, culture, services à la personne). On impulserait un surcroît de demande (demande publique) capable d’absorber les productions supplémentaires engendrées par les nouveaux investissements. Mais on consoliderait en même temps l’efficacité de l’offre productive. Les dépenses de services publics nationaux et locaux sont, en effet, les seules dépenses susceptibles de contribuer, à la fois, à développer la demande, ne serait-ce que par la création d’emplois et d’équipements publics, et à économiser sur les coûts matériels et financiers de production, à gagner en efficacité. Par exemple, des progrès de la santé et de l’éducation, de la recherche ou des transports collectifs accroissent la productivité globale du système productif !

Maîtriser et réorienter la politique monétaire et le crédit bancaire


Il s’agit de faire en sorte que la création de monnaie de la banque centrale serve effectivement à soutenir la demande et relancer l’emploi :
La monnaie créée par la BCE (Banque centrale européenne) doit servir l’expansion sociale, au lieu de soutenir le marché financier. Il faut rompre avec le pacte de stabilité et le dogme de la croissance zéro des dépenses publi­ques. Il faut promouvoir la proposition du PCF, reprise par le Front de gauche et le PGE (Parti de la gauche européenne), de créer un « Fonds social, solidaire et écologique de développement européen ». Il recueillerait la monnaie créée par la BCE à l’occasion des achats de titres publics émis par chaque pays pour le financement de ses services publics. Démocratisé, il redistribuerait alors cette monnaie à chaque État selon les besoins sociaux et culturels propres de son peuple.
La création monétaire de la BCE doit être relayée par les banques. Ce n’est pas le cas en France où la BPI (Banque publique d’investissement) ne sert en aucune façon à changer les règles et critères du crédit et à modifier les comportements bancaires. Il faut en finir avec les allégements de « charges sociales » des entreprises. Au contraire, un nouveau crédit sélectif pour les investissements matériels et de recherche est à inventer. Son taux d’intérêt serait modulé : plus les entreprises programmeraient d’emplois et de formations correctement rémunérés et plus le taux d’intérêt des crédits des banques serait abaissé jusqu’à 0 %, voire en dessous (non-remboursement d’une partie des prêts). La modulation, nous préconisons de l’utiliser dans l’intérêt du plus grand nombre. Tout de suite, la trentaine de milliards d’euros annuels dévolus aux allégements de cotisations sociales patronales pourrait doter un Fonds national pour amorcer ce nouveau crédit, via des bonifications d’intérêts. Décentralisé, il pourrait être saisi dans les territoires. Il formerait un pôle public bancaire et financier avec la BPI, la Caisse des dépôts, la Banque postale, les banques mutualistes, ainsi que des banques nationalisées.

Le service public, pilier d’une société nouvelle


Dans un moment de crise profonde où se développent précarité, insécurité, inégalité mais aussi de révolte monte l’exigence d’une culture de partage, de justice et de solidarité, la question du service public resurgit au cœur des débats comme une réponse incontournable structurante d’une nouvelle société. Pour notre part, nous considérons que le développement des services publics, leur amélioration substantielle, la démocratisation de leur fonctionnement sont des aspects incontournables de la réponse aux besoins humains.
Il faut inverser la machine capitaliste qui, depuis des décennies, au nom d’une concurrence libre et non faussée, sur l’autel de la libéralisation a donné aux prédateurs financiers des pans entiers du service public et a dégradé le fonctionnement d’une grande part des services publics existants. Ce faisant, idéologiquement, la notion de l’utilité du service public, de sa mission de répondre aux besoins de la population s’est fortement atténuée devant la réalité concrète très dégradée.
Dans ce monde en mouvement, où les questions posées s’aiguisent, il nous faut donc être offensifs et concrétiser l’ambition portée d’un grand service public rénové dans ses finalités, son fonctionnement et contrôlé démocratiquement.
Qui dit service public doit définir quel nouveau modèle d’entreprise publique nous voulons avec quels critères de gestion démocratique et quels personnels avec quel statut. Qui dit service public doit déterminer quels sont les champs nouveaux que nous voulons extraire de la sphère marchande, les services à la personne par exemple. Qui dit service public doit exiger des financements nouveaux et une réforme fiscale de justice sociale. Il ne s’agit pas du maintien du statu quo mais bien d’une autre conception des services publics.

Le système de protection sociale français


Conçu en 1945 il constitue un des mécanismes clés de la régulation du système économique. Il constitue une réponse historique originale à la crise systémique de l’entre-deux-guerres. Il a notamment contribué à la phase d’essor de 1945 à 1967. Il permet de couvrir les coûts sociaux liés au type de progression de la productivité du travail. Le système de protection sociale (SPS) contribue à la prise en compte de la « dynamique des besoins sociaux ». Il participe à la reproduction de la force de travail, en la maintenant en « bon état de marche » et en accroissant sa capacité productive de valeur ajoutée. Le SPS contribue à un meilleur entretien de la force de travail par une meilleure couverture des besoins sociaux (famille, santé, retraite, etc.)
Le SPS tend à la fois à la relance de la consommation et à la relance de la production, jouant à la fois sur la demande et sur l’offre. Il tend à élargir la consommation privée et collective, donc les débouchés des entreprises, il contribue ainsi à stimuler l’incitation à investir, l’emploi et la production. Les prestations participent ainsi à un autre type de développement économique et social. Le financement du système de protection sociale repose sur des cotisations assises sur les salaires versés dans les entreprises, mais permettant en même temps de financer les solidarités.
Face à l’accumulation et à l’accélération des réformes régressives de Sarkozy à Hollande et à la crise profonde d’efficacité et de financement du système de protection sociale, des réformes alternatives de progrès et d’efficacité sont indispensables. Toutes les forces vives du pays, comme en 1945-1946, doivent faire preuve de créativité pour faire monter des alternatives aux choix austéritaires. La solution n’est pas dans la réduction des dépenses publiques et sociales et des prélèvements publics et sociaux obligatoires. Concernant le système de santé, elle ne peut consister dans une réduction des dépenses de santé solidaires, qui favoriserait l’éclatement entre assistance et assurance. Une véritable régulation médicalisée devrait partir d’une évaluation des besoins de santé au plus près du terrain, d’une détermination contrôlée des réponses à apporter à ces besoins humains. Elle appelle la concertation et la contribution des acteurs pour la construction de procédures de régulation aboutissant à un système de santé réellement solidaire, préventif, favorisant l’accès précoce aux soins, coordonné et efficace avec un meilleur suivi du malade et de meilleurs résultats de santé. Les dépenses sociales de santé, de retraite, pour la politique familiale, etc. devraient être étendues et réorientées. Loin de représenter un boulet pour l’économie, elles pourraient contribuer à une issue de progrès à la phase de difficultés du cycle long en cours et amorcer une nouvelle phase d’essor, en anticipant de nouveaux mécanismes de régulation. Une réforme de fond du financement permettrait de prendre en compte les besoins sociaux (retraite, santé, famille, emploi) qui ont émergé dans la crise, afin d’amorcer un processus de sortie de crise.
Une refonte de progrès du système de protection sociale est une nécessité vitale pour sortir de la crise en cours, notamment pour répondre aux nouveaux besoins de santé, aux exigences d’une politique familiale moderne, d’un financement dynamique des retraites, de l’autonomie des personnes âgées, etc. Des constructions institutionnelles nouvelles pourraient concerner un nouveau système de sécurité d’emploi ou de formation. Celui-ci viserait à assurer à chacune et à chacun une sécurité et une continuité de revenus et de droits sociaux relevés. Cela impliquerait de nouveaux droits sociaux et pouvoirs des salariés, des acteurs sociaux, des associations, des usagers et de toutes les populations. La promotion de la formation tout au long de la vie, la sécurisation et le développement de l’emploi, des salaires, pourraient concourir à dégager de nouvelles ressources pour la sécurité sociale, tout en visant une nouvelle avancée de civilisation.

La réduction des inégalités


Nous considérons qu’il est indispensable d’engager une politique de réduction des inégalités sociales énergique, courageuse et durable pour répondre aux besoins humains.
C’est l’augmentation des salaires dans la fonction publique, des pensions de retraité-e-s, des minima sociaux pour ce qui est de la responsabilité directe du gouvernement. C’est aussi conditionner des mesures d’aide ou d’accompagnement aux entreprises à l’amélioration effective et contrôlée de l’emploi qualifié, des salaires, de la formation des salariés. Il n’est plus possible que des entreprises empochent des milliers d’euros d’aide et licencient comme c’est le cas pour le CICE et Sanofi par exemple. C’est aussi une politique de réduction des inégalités sociales avec des aides spécifiques pour les bas salaires, un accompagnement significatif de la formation continue qualifiante…
Répondre aux besoins humains c’est aussi toute la sphère des apprentissages, de l’éducation, du savoir, de la culture, du développement humain. Là encore, la sélection par l’argent est inacceptable pour nous, au contraire, nous considérons que ces secteurs-là ont cruellement besoin de développement d’emploi qualifié, de structures innovantes…

Plus globalement, nous mesurons bien que la réponse aux besoins humains dans leur diversité, impose de s’exonérer de la loi du profit. La recherche du profit financier immédiat est le contraire de la réponse aux besoins humains. La solution n’est pas de composer avec mais bien de s’y attaquer avec conviction et détermination.

Une démarche démocratique


Revenons sur notre démarche démocratique autour de la réponse aux besoins humains, une démarche fondamentale. Nous considérons qu’il y a trois phases.
Celle de l’expression des besoins. Il s’agit de se donner les moyens de faire s’exprimer les besoins humains dans leur diversité. C’est une étape déterminante. Il n’est pas question de la considérer comme acquise ou allant de soi. Décider à la place des femmes et des hommes n’est pas une solution.
Celle de la détermination de la réponse aux besoins exprimés. Il s’agit ensuite de déterminer les réponses à apporter à ces besoins, le faire de manière dynamique tant dans le contenu que sur la durée. Cela est évidemment en lien avec la réalité locale. Là encore, pas de recettes inventées en dehors des actrices et des acteurs locaux. Il est indispensable de lier celles et ceux qui expriment les besoins et celles et ceux qui contribuent à y répondre.
Enfin, celle du contrôle de la mise en œuvre des réponses. C’est un enjeu considérable. Il n’est pas question de faire l’économie de cette étape. Ce contrôle démocratique est le moyen d’avoir la garantie que le processus sera conduit à son terme, c’est le respect de la bonne mise en œuvre des réponses décidées, c’est l’engagement à maintenir des actrices et des acteurs de la démarche jusqu’à son terme…

*Jean-Luc Gibelin est membre du comité de pilotage du projet, animateur du secteur Santé du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 42, décembre 2014

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 15:25
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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 12:55

Le Front de gauche, l’intersyndicale du commerce Clic-P et des associations
ont organisé à Paris
une « assemblée «populaire ».

L’occasion de démonter pièce par pièce le discours des tenants de la déréglementation des horaires de travail.

Veillée d’armes chez les opposants au travail du dimanche. Alors que le projet de loi Macron, prévoyant la déréglementation des horaires dans le commerce, est présenté en conseil des ministres, le Front de gauche, l’intersyndicale parisienne du commerce Clic-P et des associations comme Femmes-égalité ont organisé un meeting pour populariser les arguments contre cette libéralisation. Et motiver les troupes pour faire reculer le gouvernement. Le contexte était favorable car la mission d’information et d’évaluation (MIE) du Conseil de Paris a rendu un rapport prenant nettement le contre-pied du projet gouvernemental, en s’opposant à une extension massive du travail du dimanche dans la capitale. Un premier point d’appui, dans une bataille qui ne fait que commencer. « Le projet de loi sera débattu à l’Assemblée nationale en janvier pour un vote fin janvier, puis au Sénat en mars 2015, a détaillé Didier Le Reste, élu communiste à Paris et animateur du Front des luttes au sein du Front de Gauche. La généralisation du travail du dimanche est toujours présentée au nom de la liberté de consommer partout à n’importe quel moment, au nom de la relance économique. Mais il faut parler de l’impact sur les conditions de vie et de travail des salariés, sur les petits commerces, sur le vivre ensemble ».

Alors que le Medef annonce entre 90 000 et 300 000 créations d’emplois dans le commerce et le tourisme en cas de banalisation du travail le dimanche et en soirée, que l’UCV (patronat des Grands magasins parisiens), promet 2 000 emplois de son côté, l’argument a été mis en pièce par les intervenants. De façon humoristique par Karl Ghazi, de la CGT-commerce : « Si je vous disais qu’en faisant tourner les usines automobiles jour et nuit, on vendrait plus de voitures, cela vous ferait rire », a-t-il lancé, en moquant l’argument patronal. De façon lapidaire par l’économiste Gérard Cornilleau, de l’OFCE, qui a juré que cinq minutes lui suffiraient largement pour sa démonstration : « Aujourd’hui, il n’y a pas de rationnement de la consommation, si ce n’est par le revenu. Il faut d’abord sortir de la crise pour relancer la consommation, ce n’est pas une question d’ouverture des magasins. Il n’y a aucune justification économique à cette volonté de modifier les horaires d’ouverture. » De façon concrète par Bernard Demarcq, de la CGT du Printemps Haussmann à Paris, qui a rappelé que son magasin, entre 2007 et 2014, n’a cessé d’élargir les amplitudes horaires, le travail du dimanche, des jours fériés et les nocturnes… en supprimant dans le même temps quelque 1306 équivalents temps-plein. Et d’accuser la direction du Printemps d’avoir « trompé la MIE » (mission d’information et d’évaluation du Conseil de Paris, NDLR), en gonflant artificiellement le chiffre d’affaires des dimanches, en encaissant ce jour-là des achats effectués en semaine.

Le volontariat des salariés sera-t-il garanti comme le promet Macron ? « C’est une escroquerie, a dénoncé Emmanuel Giraud, inspecteur du travail. D’abord on fait travailler des étudiants mais ensuite, tout le monde est obligé de suivre ». La loi Macron « est une offensive d’envergure pour faire sauter un important verrou, le repos du dimanche, a dénoncé Ana Azaria, de Femmes-égalité. Directement visées par cette offensive, les femmes des milieux populaires. On parle des Grands magasins à Paris, mais la loi va concerner tout le pays, et surtout des femmes qui sont majoritaires parmi les vendeuses, les caissières, les agents d’entretien ». Et la féministe d’évoquer les retombées sur la santé de ces femmes, sur leur vie de famille et de couple, sur le suivi scolaire des enfants. « On peut gagner sur certains points, il faut faire pression sur le groupe socialiste et il faut mener une campagne », a souligné Jacqueline Fraysse, députée communiste des Hauts-de-Seine, tandis que Martine Billard, du Parti de gauche, en appelait aussi à gagner les « frondeurs » du PS pour « faire chuter cette loi Macron ».

En attendant, les organisateurs ont annoncé une campagne de cartes postales à envoyer au président Hollande, lui rappelant ses propos hostiles au travail du dimanche, de l’année 2008 où député, il s’opposait à la loi Mallié de la droite… 

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 12:51

Macron, la régression

« On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts », écrivait Jules Renard. Xavier Bertrand, candidat UMP à la primaire pour 2017, n’a pas d’autre dessein en couvrant de compliments Manuel Valls : « Prenez le pouvoir ou prenez vos responsabilités ».

Égrenant sa liste d’un programme ultralibéral, l’ancien ministre des Affaires sociales appuie Matignon pour « faire des réformes jusqu’au bout ». Le calcul est limpide : la démission du Premier ministre devant l’idéologie du Medef conforte le discours de l’UMP et les brutalités infligées aujourd’hui serviront de point d’appui à celles envisagées demain. C’est dire encore combien le ralliement à l’austérité du petit cercle
des gouvernants fortifie les projets les plus réactionnaires. C’est un scénario qui s’est déjà déroulé en Allemagne, avec le résultat qu’on sait, et une Angela Merkel
qui danse désormais sur les décombres du Parti social-démocrate.

À gauche, la loi Macron, que de plus en plus de députés de droite se disent disposés à voter, suscite une indignation et des mobilisations croissantes. Cela a même secoué les états généraux du Parti socialiste, pourtant anesthésiés par une charte sans odeur, ni saveur. En mettant en cause ce projet, Marie-Noëlle Lienemann l’a emporté à l’applaudimètre. Un nombre croissant de députés socialistes hésitent à se compromettre en votant à l’Assemblée une telle régression. La protestation n’est pourtant pas si aisée à organiser. En éparpillant façon puzzle les garanties sociales, le patron de banque promu ministre s’efforce de disperser les oppositions.

Le Front de gauche a décidé, dans la variété de ses composantes, de s’engager dans une campagne qui permette de donner corps au mécontentement à l’égard d’un texte qui puise son inspiration dans les bréviaires du Medef. Le pire n’est pas certain 

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Published by bruno fornaciari - dans economie finance gouvernement PCF
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 13:30

Israël:les chanteuses Noa et Mira Awad signent la lettre pour l'Etat palestinien

Le Parlement européen doit débattre mercredi une motion appelant à la reconnaissance de la "Palestine"

Les chanteuses israéliennes Noa (Achinoam Nini) et Mira Awad ont annoncé qu'elles allaient signer la pétition israélienne appelant à les parlements européens à reconnaître l'Etat palestinien aux côtés d'Israël.

Noa, qui est d'origine yéménite et Mira Awad, arabe israélienne avaient représenté Israël à l'eurovision en 2009 en chantant un duo une chanson à la gloire de la paix : There must be another way

La lettre qui sera envoyée dimanche au parlement européen a été signée par 900 personnalités publiques israéliennes, parmi lesquels les auteurs Amos Oz, A.B. Yehoshua et David Grossman.

Le Parlement européen doit débattre et voter mercredi une motion appelant à la reconnaissance de l'Etat palestinien,

Les signataires de la pétition ont annoncé leur intention de poursuivre leur campagne et d'envoyer des lettres identiques à tous les parlements aux pays amis d'Israël afin de lancer un débat similaire.

"Nous, les citoyens d'Israël qui veulent la sécurité et la paix, sommes préoccupés par l'impasse politique et l'occupation persistante (...) qui a conduit aux conflits avec les Palestiniens et torpillé toute les chances possibles de parvenir à un accord," indique la pétition.

"Il est clair pour nous que les chances de survie d'Israël et de sa sécurité dépendent de la création de l'Etat de Palestine, sur la base des frontières de 1967 ainsi que la reconnaissance par Israël de la Palestine et la Palestine d'Israël.", poursuit le document.

"Votre décision de reconnaître l'Etat de Palestine participera à la promotion des chances de paix et encouragera Israéliens et Palestiniens à résoudre le conflit," conclut la lettre.

Parmi les autres signataires figurent d'anciens Prix Nobel, mais aussi l'ancien ambassadeur Alon Liel, plusieurs universitaires et membres du parti travailliste.

La Suède, la Grande Bretagne, l'Irlande, l'Espagne, la France, et le Portugal ont reconnu dans un vote non-contraignant l'"Etat de Palestine" dans une série de sessions qui a débuté fin octobre.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 09:49
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 20:30
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 18:23

Intervention de Soizig Nedelec au nom du groupe des élus communistes, progressistes, écologistes et citoyens

jeudi 11 décembre 2014

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus du Conseil municipal, Chers collègues,
Mesdames et Messieurs

Nous y voilà. Après des années de manquements répétés de l’Etat envers notre commune, le coup de massue que nous redoutions vient de s’abattre sur Aubervilliers : le projet de loi de finances du gouvernement pour 2015 prévoit 11 milliards d’euros de baisse des dotations aux collectivités locales.

Concrètement, cela représente pour Aubervilliers un manque à gagner de plus de 2 millions d’euros.

Inspirée par le dogme ultralibéral auquel le gouvernement s’est converti sur le dos de ses électeurs, cette baisse des dotations de l’Etat place la ville dans de ce qui pourrait bien représenter les pires difficultés financières de son histoire.

Aubervilliers n’avait pas besoin de ça, les Albertivillariens non plus.

Je tiens à faire un bref rappel comptable de ces 6 dernières années :
Au plan national : 60 milliards de hausse d’impôts
Au plan local : 30% d’augmentation des impôts locaux
Et dans la même période, la dotation globale versée par l’Etat à Aubervilliers a été diminuée de 50%.

Les actions à peine engagées on entend déjà une petite musique qui nous dit : certes Aubervilliers vous perdez 2,1 millions d’euros de dotation en 2015 mais les différentes dotations de solidarités et de péréquation qui vous sont favorables vont compenser !

Cette façon de voir n’est pas acceptable. Ces financements, obtenus ou plutôt arrachés à l’Etat, pour prendre en compte les spécificités de notre ville comme d’autres d’ailleurs, ne peuvent être kidnappés !

La ville va désormais percevoir une dotation globale qui est quasiment équivalente à celle qui lui était versée en 2004, au mépris d’une augmentation de la population de 10 000 habitants.

Depuis le déclenchement de la crise du capitalisme mondial, les difficultés s’accroissent partout en France. Pour une ville populaire telle que la nôtre, où de nombreuses familles vivent déjà modestement, la situation devient très préoccupante.

Nous en avons assez.

Assez de ce mépris dont les communes populaires de banlieue sont si souvent victimes.
Nous en avons assez d’être contraint de racler les fonds de tiroirs pour trouver de quoi rénover une école primaire, financer un centre de santé, embaucher le personnel nécessaire au bon fonctionnement du service public, venir en aide aux familles en précarité, enfin, mener une politique qui puisse apporter à la population ce dont elle a besoin, ce à quoi elle a droit, mener une vraie politique de gauche.

Nous en avons assez de payer à la place des responsables de cette crise, les grands groupes financiers dont les bénéfices n’ont jamais été aussi élevés qu’aujourd’hui et qui continuent pourtant à licencier en masse.

Par ailleurs, quand on nous annonce 2,1 millions de réduction, on découvre qu’une entreprise comme Véolia, qui nous est déjà familière puisque son siège en construction a passé le stade des fondations à la Porte d’Aubervilliers, a elle perçu 30 millions en 2013 et 45 millions en 2014 de crédit impôt compétitivité !
Ce deux poids deux mesures ne peut que créer de la colère et montre aussi que l’argent pourrait être utilisé autrement.

Le gouvernement nous dit que l’Etat n’a plus d’argent, qu’il doit se serrer la ceinture, et rembourser sa dette envers les créanciers privés. C’est son excuse pour baisser les dotations qu’il nous verse.

Le problème, c’est que plus de 70% de l’investissement public est fait par les collectivités territoriales, les régions, les départements, les communes.

Quand la ville ne peut plus investir, ce sont des petites et moyennes entreprises qui sont les premières touchées, ce sont elles qui ferment les premières, ce sont les salariés de ces entreprises qui se retrouvent au chômage.

L’augmentation du chômage mène à la baisse des rentrées fiscales, qui mènent à son tour à la diminution des moyens financiers des communes, et donc à une nouvelle baisse de leurs investissements.

Ce cercle vicieux a un nom, qui n’est jamais prononcé par le gouvernement : austérité.
L’austérité, cette arme ultralibérale, qui a pour seul but à terme la privatisation totale des services publics est aujourd’hui le seul axe de travail du gouvernement, main dans la main avec le « monde de la finance », ce même monde que le Président de la République avait juré de combattre lorsqu’il n’était que candidat.

Alors que devons-nous faire ?

Réduire les services à la population ?

Ne pas construire les équipements indispensables à l’augmentation de la population ?
Augmenter les impôts locaux ?

Nous nous y refusons, mais seuls, les élus ne peuvent rien.
Alors que les responsables de la crise qui nous frappe vivent mieux que jamais ;
A l’heure où l’essentiel des impôts que paient les Français sert à rembourser les intérêts de la dette à ces mêmes responsables ;
Dans cette période où les couches populaires sont insultées, méprisées et pointées du doigt comme coupables des difficultés du pays :

Le groupe des élus communistes, progressistes, écologistes et citoyens en appelle à la population. Ensemble, nous devons nous mobiliser de toute urgence et exiger de l’Etat qu’il verse à notre commune ce qu’il lui doit. Aucune avancée sociale ne s’est faite sans la mobilisation populaire. Si nous voulons être entendus par le gouvernement, nous devons être unis, déterminés et intransigeants.

Si nous ne le faisons pas, ce que nous avons vu durant ce Conseil communal d’anticipation pourrait très vite devenir une réalité et c’est inacceptable. Nous avons été élus sur un programme résolument de gauche, mettant l’humain au centre. Le diktat de la finance ne doit pas nous empêcher d’agir pour Aubervilliers, les albertivillariens.

il faut reprendre ce qui nous est dû !

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Published by bruno fornaciari - dans collectivit AUBERVILLIERS
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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 23:34

Lucien Sève "L’urgence historique de penser avec Marx le communisme"

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUCIEN DEGOY

VENDREDI, 30 AOÛT, 2013

Les séries d'été de l'Humanité : Penser un monde nouveau Pour le philosophe, avec un capitalisme confronté à des crises ultra-profondes, les présupposés du communisme sont là. L’enjeu anthropologique est posé pour réactualiser la visée communiste.

Lucien Sève, agrégé de philosophie en 1949, a publié ses premiers travaux au milieu des années 1950, qu’il consacre à la philosophie universitaire française, adversaire impitoyable du matérialisme et de la pensée dialectique. Son engagement politique au Parti communiste lui fermera les portes de l’enseignement supérieur en dépit de la notoriété qu’acquièrent ses recherches qu’il consacre à la question de l’individualité et de la personne. Marxisme et Théorie de la personnalité (Éditions sociales, 1969) sera plusieurs fois réédité et augmenté. Durant les décennies ultérieures, l’histoire du matérialisme, la dialectique, les sciences de la nature et la bioéthique, l’anthropologie, la religion occupent une part notable de ses recherches, l’autre versant étant consacré à l’étude de la philosophie de Marx dont il traduit nombre de textes, à la théorie de l’État et à la question du communisme. Communisme, quel second souffle ? (Messidor-Éditions sociales, 1990) développe ses conceptions sur la nécessité impérieuse d’une « refondation » du communisme et de l’intervention politique initiée en 1984. Il entend replacer paradoxalement Marx à la croisée des interrogations contemporaines : le politique, l’anthropologique, le philosophique, le communisme. Il s’investit alors dans le projet colossal d’écrire une tétralogie, Penser avec Marx, qui devrait lui demander une quinzaine d’années de labeur. Marx et nous inaugure la série (2004) aux éditions la Dispute. Vient ensuite l’Homme (2008). La Philosophie et le Communisme devraient suivre.

« Penser un monde nouveau », nous a suggéré cette série d’été de l’Humanité. Depuis que vous êtes entré en philosophie n’est-ce pas aussi votre propos ? Penser la nouveauté, le renouvellement, osons le mot, la révolution ?

Lucien Sève. Oui, osons le mot révolution, il en est grand besoin, mais pensons la chose à neuf, de cela aussi il est grand besoin. Quand j’ai commencé à penser, au lendemain de la guerre, il y avait – ça m’a énormément impressionné – une très grande pensée de la révolution communiste nécessaire. Marx, Lénine, Rosa Luxemburg, Gramsci, Jaurès, Lukacs, Mao… La plus ambitieuse action politique coïncidait avec la plus haute réflexion. Mais la visée communiste était alors immature, dans les faits et dans les consciences. Et alors qu’aujourd’hui elle revient plus fort encore à l’ordre du jour, où est la grande pensée actualisée du communisme ? On la cherche… Or sans cela comment changer le monde ? C’est mon souci d’origine, et c’est ce que je cherche à nouveau avec cette tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui – je suis dans la longue écriture du tome 3 sur la Philosophie –, dont le dernier volume portera sur le communisme…

Dans quelle mesure cette tâche est aussi celle de tout un chacun ? Faut-il être philosophe pour penser vraiment ?

Lucien Sève. Si c’est bien un communisme qu’on vise, alors oui vraiment c’est à « tout un chacun », et chacune, de le penser… Nul besoin d’être philosophe pour ça, je dirais même : surtout pas, s’il s’agit de cette philosophie qui se borne à interpréter le monde pour ne pas le transformer. En même temps, pas de démagogie : penser, ça s’apprend. « Tout homme est philosophe », a écrit Gramsci. En puissance, certainement. Mais en fait, sûrement pas, tant qu’on n’a pas appris cette chose cruciale qu’est le maniement des concepts scientifiques et des catégories philosophiques – par exemple, socialisme et communisme, ce n’est pas du tout la même idée. Et penser théoriquement, ça ne s’apprend avec personne mieux qu’avec Marx… D’où ma tétralogie, où je vise en permanence à une érudition largement accessible…

« Apprendre », dites-vous avec Marx. Il est vrai qu’on parle désormais d’un « retour » de Marx, quoique ce retour soit très disparate. Y aurait-il autant de Marx que de lectures possibles de Marx ?

Lucien Sève. Grave question. Je maintiens qu’hélas nous manquons dramatiquement d’une grande pensée actualisée du communisme, et pourtant il se fait beaucoup de travail théorique sur Marx. Mais pour une très grande part c’est sans cohérence globale, ça ne construit rien de bien utilisable parce que ça va dans des sens disparates. Par exemple, le thème majeur de l’aliénation est très heureusement redevenu d’actualité. Mais il n’a ni le même sens ni les mêmes conséquences pratiques selon qu’on a en vue l’aliénation telle que la pensait le jeune Marx dans les Manuscrits de 1844, c’est-à-dire comme une malédiction pesant on ne sait trop pourquoi sur le travail salarié, ou comme elle devient dans le Capital, la métamorphose des immenses puissances sociales humaines en forces aveuglément destructrices faute d’être appropriées par tous, ce qui met à l’ordre du jour un communisme… La pluralité des regards sur Marx est féconde, mais la pluralité des Marx est ravageuse. S’entendre davantage sur Marx, aux divers sens du verbe s’entendre, est une urgence majeure. Encore faut-il d’abord se lire… Qui dira le mal que nous font certaines exclusives concurrentielles ?

À ce propos, il existe une école de pensée historique qui fait de Marx et de ses successeurs du mouvement ouvrier des utopistes, comme le furent avant eux de grands penseurs politiques. Vous récusez pourtant l’utopisme de Marx ?

Lucien Sève. Voilà justement un bel exemple de divergence qui n’a nul lieu d’être. Parce qu’il y a trois choses incontestables à dire sur le sujet, et qui règlent la question. D’abord, l’évidente richesse de pensée des grands utopistes ; chez Saint-Simon, Fourier, Owen, même dans un premier temps Proudhon, Marx apprend des choses dont certaines le marqueront jusqu’au bout, et qui peuvent encore nous donner à penser à nous-mêmes. Ensuite, la très grave limite de toutes les pensées utopiques, c’est-à-dire leur incapacité à résoudre la question décisive du « que faire ? » – d’où l’espoir naïvement mis dans l’aide d’un riche philanthrope, voire de l’État bourgeois… C’est de cette démarche utopiste que Marx est l’impitoyable critique, comme l’a bien montré Jean-Jacques Goblot dans ses Essais de critique marxiste (1). Et en troisième lieu – c’est le plus important –, la façon dont Marx pense et nous invite à penser le futur : aux antipodes du vœu pieux, à partir du mouvement réel. Parce que, vue matérialiste historique capitale, les contradictions de toute formation sociale tendent à produire aussi des présupposés de son propre dépassement. Aujourd’hui même, à travers les pires gâchis capitalistes, du possible communisme s’esquisse dans une productivité réelle du travail sans précédent, un développement multiforme des individualités, une planétarisation de la vie sociale… Dans les Grundrisse, Marx écrit que si les conditions matérielles d’une société sans classes ne se formaient pas sous le masque dans la société actuelle, toute tentative d’en finir avec elle « ne serait que donquichottisme ». On veut savoir ce que sera le futur ? Regardons bien ce qui mûrit au présent. C’est pourquoi faire de Marx un utopiste est pire qu’un contresens : une vraie faute politique.

Mais cette idée de présuppositions objectives ne relève-t-elle pas d’un déterminisme historique qui a été beaucoup reproché aux marxistes et à Marx lui-même (le capitalisme produirait fatalement ses propres fossoyeurs), et que le XXe siècle a bien mis à mal ?

Lucien Sève. On peut certes la prendre en un sens naïvement déterministe régulièrement démenti par les faits… Mais ce n’est pas obligé, et pour l’essentiel ce n’était pas du tout le point de vue de Marx. Les présupposés objectifs du futur, ce sont des possibles, seulement des possibles, qui ne se déploieront pas tout seuls. C’est pour ça qu’il est si important que nous les percevions bien et les aidions à se développer, mais ils n’en sont pas moins de majeure importance, parce que sans eux le futur que nous rêvons resterait en effet à jamais un rêve. Est-ce que, par exemple, il y a dans la réalité présente des présupposés majeurs économiques, technologiques, sociétaux, politiques, culturels… d’une complète émancipation des femmes ? Oui, et de maintes sortes. Ce qui ne rend pas cette émancipation fatale, ni facile, mais constitue un atout crucial pour parvenir à l’imposer.

Et qu’est-ce qui vous fait croire que cette émancipation et ce monde à venir ne peuvent être portés par le capitalisme lui-même ? N’a-t-il pas démontré, en un siècle et demi et en dépit de ses monstruosités, des capacités d’adaptation, de plasticité qui lui ont épargné jusqu’ici toutes les fins qu’on lui prédisait ?

Lucien Sève. Je tiens en effet pour capital de mesurer que nous sommes entrés dans la phase historique terminale du capitalisme, c’est pour cela qu’actualiser la visée du communisme est d’une telle importance. À moins de ça, on est complètement au-dessous de la tâche. Je connais par cœur les objections : ce serait sous-estimer ridiculement le dynamisme du capitalisme qui s’en sort toujours, ou encore les marxistes ont d’ailleurs passé leur temps à annoncer la chose sans qu’elle ne se produise jamais… De mémoire de rose, on n’a jamais vu non plus mourir de jardinier, et puis un beau jour… Pour autant qu’on puisse répondre en deux phrases à cette question colossale, je dirais qu’il y a deux groupes impressionnants de raisons de penser que vient bien la fin du capitalisme. D’abord, justement, il parvient à l’évidence de plus en plus mal à surmonter ses crises ultra-profondes : crise des dettes, crise d’efficacité, crise écologique, crise anthropologique, et par-dessus tout sans doute crise de sens historique. Et en même temps, on voit monter en nombre des présupposés d’un ordre social et planétaire de vaste mise en commun et gestion concertée de puissances sociales humaines en train de changer d’ordre de grandeur, qui ne peuvent d’évidence plus tenir dans la camisole dérisoire de l’appropriation privée et du pilotage de caste. Ce ne sera ni bref ni simple, nous sommes dans une zone de tempêtes historiques, mais on commence à voir nettement, en même temps que l’éventualité de catastrophes indicibles, une sortie lumineuse possible…

Justement, tout un pan de vos recherches a porté sur la théorie de la personnalité, sur les rapports interindividuels et leur évolution. Considérez-vous que le capitalisme a façonné un individu entièrement soumis à la loi de l’argent ? Ou bien plutôt que cet individu est déjà mûr pour le communisme ?

Lucien Sève. Le marxisme traditionnel ne voit en Marx qu’un théoricien du social. Je travaille depuis plus d’un demi-siècle à faire corriger cette dramatique erreur. Marx est un penseur de l’essentielle dialectique entre socialité et individualité humaines, donc des conditions de l’émancipation historique plénière de tous les individus, laquelle est le sens même du communisme marxien. Or, en cette matière, nous vivons un antagonisme extraordinaire entre deux tendances. Dans ses efforts pour émerger de ses crises, le capitalisme pousse à un point inouï à la fois le déchaînement de l’individualité marchande-concurrentielle et le sacrifice de masse des individus ; de sorte que le genre humain est maltraité par lui d’aussi grave façon que la planète. C’est pourquoi je milite pour que la cause anthropologique soit prise au sérieux tout autant que la cause écologique. Nous vivons contradictoirement une montée multiforme, impressionnante de l’individualité autonome, qui va d’un accès sans précédent aux savoirs et la culture à une ardente exigence d’égalité en droits, d’une indépendance revendiquée envers tous les pouvoirs aliénants à un début de floraison d’initiatives pour prendre son sort en main. En ce sens, oui, sans se raconter d’histoires car les choses sont violemment contrastées, je pense que nous vivons le manifeste essor d’un présupposé majeur de communisme.

En fin de compte, l’individu communiste, ce serait un individu totalement émancipé ?

Lucien Sève. Autant que le permettra le niveau de développement historique atteint, mais d’abord un individu pleinement développé comme producteur qualifié, citoyen compétent, individu inventif, apte à l’initiative autonome et concertée. Acteur d’une forme sociale où, comme il est dit dans le Manifeste communiste, « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Quelle relation établir entre cette émancipation souhaitable des individualités et l’intervention politique concrète aujourd’hui ?

Lucien Sève. Si l’on partage l’idée que le communisme c’est vraiment pour maintenant – un maintenant à l’échelle du siècle –, et que l’essor contrarié mais inarrêtable des individualités en est le présupposé le plus significatif, alors il y a d’évidence à en tirer des conséquences politiques révolutionnaires. Pour le dire d’une phrase, c’est vraiment le moment de prendre au sérieux comme on ne l’a jamais fait le mot d’ordre de Marx : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Veut-on savoir ce qu’il y a à changer dans nos idées et nos pratiques ? Qu’on passe en revue tout ce en quoi la façon toujours dominante de faire de la politique se propose en fait d’apporter l’émancipation aux travailleurs. Tout ça tourne le dos au communisme, roule pour une façon de faire de la politique dont bientôt plus personne ne voudra… Pourquoi la cause communiste, d’une criante urgence historique en son principe, reste-t-elle depuis des décennies si peu mobilisatrice ? Voilà la question qui doit obséder. J’avance une hypothèse : parce qu’on ne la traite toujours pas de façon vraiment communiste, c’est-à-dire en misant tout sur l’initiative responsable des acteurs sociaux eux-mêmes, le rôle de l’organisation n’étant autre que de les y aider. Il va y avoir trente ans, avançant devant ce qu’on appelait alors au Parti communiste le Comité central ce qui me paraissait être l’exigence d’une « refondation communiste », j’avais cru pouvoir dire : « Nous mourons de soif auprès de la fontaine… » Je le pense toujours.

(1) L’Utopie en débat. Éditions la Dispute, 2011, p. 187-203.

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BRUNO FORNACIARI

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