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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 17:50
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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 17:24
Le Parlement européen se prononce pour un Etat palestinien

A la suite de plusieurs parlements nationaux dans l’Union européenne, le Parlement européen vient de voter (498 votes pour et 88 votes contre), ce mercredi 17 décembre 2014, une résolution dite de « compromis » c’est-à-dire qu’elle est le résultat de discussions entre les différents groupes du Parlement européen.

Dans ces débats, nous n’avons ménagé aucun effort pour obtenir la meilleure résolution possible. L’objectif est d’aider au mieux le peuple palestinien et l’autorité palestinienne dans leur combat pour qu’enfin soient reconnus leur souveraineté et leurs droits.

La résolution adoptée est donc un pas de plus appuyant la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967. Même si nous aurions souhaité un texte plus clair et plus précis, nous l’avons soutenu, dès lors qu’il peut constituer un point d’appui.

Ainsi, à l’article 1, il est écrit : « Le parlement européen soutient le principe de la reconnaissance d’un Etat palestinien et la solution à deux états et estime que ceci doit aller de pair avec le développement des pourparlers de paix ».

Article 2 : « Soutient les efforts du Président Abbas et du gouvernement de consensus national palestinien, souligne à nouveau l’importance de consolider l’autorité du gouvernement de consensus palestinien et son administration dans le bande de Gaza, demande un soutien constant de l’Union européenne pour le renforcement des capacités institutionnelles palestiniennes ».

Article 5 : « Réaffirme son soutien ferme à la solution à deux Etats sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Un Etat d’Israël dont la sécurité doit être assurée aux côtés d’un Etat palestinien, indépendant, démocratique, contigu et viable, coexistant dans la paix et la sécurité sur la base du droit à l’autodétermination et le plein respect du droit international ».

Article 60 : « Invite la haute représentante, vice-présidente de la Commission à faciliter une position commune de l’Union européenne sur ce sujet ».

Article 70 : « Décide de lancer une initiative parlementaire pour la Paix », visant à rassembler les différents partis de l’Union européenne, israéliens et le Parlement palestinien pour faire avancer un agenda pour la paix et pour compléter les efforts diplomatiques de l’Union européenne ».

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 12:05

"Les autoroutes ont un rendement interne négatif" !

Mardi 16 Décembre 2014

EMMANUEL LEVY - MARIANNE

Sur l'antenne d'Europe 1, Pierre Coppey, patron de Vinci concessions et chef de fil du lobby autoroutier, a osé expliquer que le taux de rendement des sociétés d'autoroutes était "négatif". Mais Monsieur joue sur les mots. Car si l'affaire est si peu intéressante pour ces entreprises, on se demande bien pourquoi elles s'y accrochent tant !

Si les routes françaises étaient bordées de déconomètres, c'est certain, notre homme aurait été flashé. Lundi matin, sur l'antenne d'Europe 1, Pierre Coppey, patron de Vinci concessions et chef de fil du lobby autoroutier, a même explosé le compteur. Fustigeant « l’autorité de la concurrence [qui] confond, dit-il, le résultat net comptable annuel avec le taux de rendement sur investissement », Pierre Coppey a dégainé ses chiffres. Et pour lui, c’est clair : les sociétés d’autoroutes ne réalisent pas des taux de marge supérieur à 20 % comme l’a souligné le dernier rapport de l’Autorité de la concurrence.

D'ailleurs, mélangeant les choux et les carottes, il nous explique que le taux de rendement interne serait même pour le moment « négatif » ! Et de pointer les 31 milliards d'euros de dette que se coltinent les sociétés d’autoroutes. Un rapide coup d’œil sur les documents de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes confirme ce chiffre.

Mais attention, Coppey joue sur les mots, une fois de plus. Car il y a dette et dette. En réalité, la dette à proprement dit du secteur autoroutier n'atteint « que » 23,8 milliards d’euros. Pour en arriver au chiffre de 31 milliards Coppey n'hésite pas à ajouter une partie de la dette qui est en fait liée à l'acquisition des réseaux autoroutiers et, plus gonflé encore de sa part, une partie de l'argent qu'il a fallu emprunter pour verser... des dividendes exceptionnels ! Rappelons que ce sont près de 15 milliards d'euros de dividendes nets que se sont offerts les actionnaires...

Les chiffres de l'Association des sociétés françaises d'autoroutes

Pierre Coppey peut-il donc affirmer que le taux de rendement interne est « négatif » ? Il n’est pas sûr qu’il tienne les même propos devant les investisseurs. Eux savent, tout comme l’Etat qui a regardé le dossier, qu’aujourd’hui, la valeur (dette comprise) des autoroutes est supérieure au prix de la cession de 2006. Comme l’a rappelé le député socialiste Jean-Paul Chanteguet, président et rapporteur de la mission d'information parlementaire sur l'écotaxe, il faudrait mettre sur la table entre 15 et 20 milliards pour racheter les autoroutes. De quoi rembourser leur mise de départ, avec en prime un joli bénéfice. Sauf qu’entre temps, les actionnaires ont empoché environ 15 milliards d’euros de dividendes, auxquels s’ajoutent plus de 3,5 milliards d’économie d’impôts. Total : près de 18,5 milliards d’euros.

Le rendement de l’opération avoisine les 125 %, en sept ans, depuis 2006. Soit un taux de rendement annuel de presque 12,5 % net. A titre de comparaison — cela se révèlera éclairant pour le simple épargnant —, le Livret A, lui, a un taux de 1 %... D’ailleurs, si l’affaire était tellement mauvaise, Pierre Coppey et consorts, n'auraient qu’une idée en tête : se débarrasser du bébé. En réalité, il ne rêve que d'une chose : prolonger la concession…

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les groupes parlementaires PCF-Front de gauche ont déposé un projet de loi pour leur re-nationaisation, que les socialistes ont refusé de voter

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Autoroutes

Pourquoi il faut renationaliser les sociétés d’autoroutes !

Le débat sur l’avenir des autoroutes concédées a le mérite de reposer la question de la gestion des autoroutes dans le cadre d’un service public routier national et de la maîtrise publique des dépenses d’avenir pour les infrastructures de transports.

Chacun comprend aisément que la situation de « rente » des sociétés concessionnaires, dénoncée par l’Autorité de la concurrence en septembre 2014, ne peut laisser croire que le gouvernement ne pourrait rien faire pour mettre fin à ce modèle économique qui a fait la preuve de sa nocivité pour la société, les usagers et les salariés des sociétés d’autoroutes qui ont subit une hémorragie des emplois, soit plus de 15% des effectifs globaux du secteur autoroutier. Les concessionnaires diminuent leur masse salariale pour augmenter leurs profits colossaux au détriment de la qualité de service et de la sécurité.

Il faut mettre fin au scandale national de la privatisation des autoroutes en 2006 qui a abouti à distribuer 14,7 milliards d’euros aux actionnaires en 7 ans, au détriment d’un réinvestissement dans les infrastructures d’intérêt général permettant le report modal de la route et de son rééquilibrage vers les transports alternatifs : ferroviaire, fluvial et maritime.

Par ailleurs, cette situation ne peut plus perdurer avec le choix du gouvernement de mettre en place son plan de relance autoroutier sur la période 2015-2020 qui poursuivrait de nouvelles privatisations du réseau routier national que la CGT dénonce auprès des salariés et des populations. En effet, le Gouvernement demande aux sociétés concessionnaires de s’engager sur des travaux routiers estimés à 3,2 milliards d’euros, montant qui leur a été réparti par l’Etat, sans appel d’offre par « adossement » des projets aux réseaux de chaque société, avec la bénédiction de la Commission Européenne dans son avis de novembre 2014. Les durées des concessions actuelles seront rallongées de 2 à 4 ans comme compensation à l’investissement de leur part dans le cadre des contrats de plan en cours de négociations entre l’Etat et chaque société concessionnaire.

Mais la réalisation de la plupart de ces travaux va tomber, à l’issue des appels d’offre qu’elles vont lancer dès 2015, dans l’escarcelle de leurs filiales appartenant aux groupes de BTP Vinci et Eiffage. Les profits ne s’arrêtent pas à l’exploitation des autoroutes, ils se nichent aussi dans le marché des travaux autoroutiers !

La réappropriation publique du réseau autoroutier est donc possible, l’argent disponible existe. Cela suppose une volonté politique de réorienter l’argent public et des péages payés par les usagers en hausse continue déconnectée des coûts réels, vers l’emploi, les investissements en infrastructures de transports dans notre pays et de l’aménagement des territoires indispensables à l’activité économique.

Pour la CGT, l’Etat, qui a privatisé les sociétés d’autoroutes, au moment où celles-ci commençaient à être bénéficiaires, doit racheter les concessions actuelles pour reconquérir dans le giron public la gestion des réseaux d’autoroutes qui relève d’un grand service public routier national. Il n’y a pas d’autre alternative qu’une renationalisation de nos autoroutes concédées.

Le Premier ministre semble enfin ouvrir le débat sur la possibilité de rachat des concessions. La CGT n’acceptera pas de nouveaux renoncements à une maîtrise publique qui tomberait à nouveau dans l’escarcelle d’une gestion privée, dans une logique de libéralisation totale des transports.

Montreuil, 11 décembre 2014

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 20:33

Alain Hayot. « On peut prendre le Front national à contre-pied »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GRÉGORY MARIN ET LIONEL VENTURINI

VENDREDI, 7 OCTOBRE, 2011

L’élu régional Paca (PCF-Front de gauche) a observé de près l’ascension du FN à Vitrolles à la fin des années 1990, et au-delà. À l’heure où les sondages semblent permettre à Marine Le Pen de troubler le second tour de la présidentielle, Alain Hayot pose les jalons d’une lutte renouvelée contre le FN, qui interpelle d’abord la gauche.

Ethnologue, professeur à l’université d’Aix-Marseille, président de la commission Aménagement et Développement des territoires du conseil régional de Paca, Alain Hayot a vécu de près l’ascension du Front national dans le Sud-Est, et particulièrement Vitrolles. À l’heure où Marine Le Pen s’installe dans le paysage à la suite de son père, il décrit ce que pourrait être, pour la gauche, une posture de combat. Entretien.

Listons d’abord ce qui a échoué dans la lutte contre le FN, et les écueils qui menacent, à quelques mois désormais d’une élection présidentielle où, il n’y a pas si longtemps, le FN a joué les trouble-fête.

Alain Hayot. Premier écueil à éviter, c’est de considérer que le FN est une excroissance monstrueuse du système républicain, indépendant de la crise politique que nous vivons, alors qu’il en fait partie intégrante. Ce n’est pas une maladie honteuse de notre système mais un des révélateurs de ce que j’appelle la fracture démocratique : le décalage énorme entre le politique et le peuple. Un second élément de cette crise est la crise de la droite française, crise au sens gramscien, car elle est en pleine recomposition. Il y a quelque chose qui est en train de mourir dans cette droite chiraquienne, quasiment radicale-socialiste… On pourrait en fait reprendre et réinterpréter la classification de la droite opérée par René Rémond ; la droite « orléaniste » – on dirait centriste aujourd’hui – est en train de céder le pas à la droite « bonapartiste ». Laquelle prépare une alliance avec la droite « légitimiste » – en réalité l’extrême de la droite. Le sarkozysme est la tentative d’allier les trois. Il a du mal avec la droite centriste, qui tente de se reconstituer autour de Morin, Bayrou ou Borloo. Mais l’alliance avec la droite populiste, elle, est en cours.

Le troisième élément à considérer, c’est bien sûr la crise de la gauche elle-même.

Alain Hayot. Crise du communisme, de la social-démocratie également. La gauche, qu’est-ce qu’elle dit en termes d’alternative ? L’absence de projet a contribué à l’émergence de cette droite populiste et qui se droitise encore. Si l’on veut comprendre le Front national, il faut entendre cela, car autrement la lutte contre le FN revient à opposer le seul front républicain.

Alors que l’on sait que ça ne fonctionne plus… À Hénin-Beaumont, le FN seul réalise au second tour 48 % face à six autres formations…

Alain Hayot. La digue en effet a cédé. Le second écueil, qui découle du premier, c’est la théorie du cordon sanitaire qui là aussi ne fonctionne pas. Ça a marché un temps de jeter à la face du FN « nazis », « fachos ». Mais très vite, ces références ne parlent plus à la jeunesse.

De votre expérience à Vitrolles, quand les mégrétistes s’implantent et jettent leur dévolu sur la ville, que tirez-vous avec le recul ?

Alain Hayot. J’avais constaté que l’émergence du FN s’effectuait sur la base d’une double fracture, une fracture sociale et politique. Pour que le FN émerge, il faut une crise sociale profonde entre ceux qui la subissent ou ceux qui en ont peur, et une crise politique grave. Vitrolles, Marignane, Toulon vivaient ces deux crises, avec un pouvoir local déconsidéré.

Troisième écueil, selon moi, l’approche sociologiste à l’égard du FN. Pourquoi passe-t-on notre vie à essayer de comprendre qui vote pour eux, pourquoi on vote pour eux ? Est-ce qu’on le fait à ce point pour l’UMP ou le PS ? Non ! On ne se pose pas autant de questions, on les combat, on fait de la politique. Or, avec le FN, on substitue la sociologie à la politique. La question n’est pas de culpabiliser l’électeur FN, c’est de combattre le projet du Front lui-même. Argument contre argument. S’occuper du parti plutôt que de l’électeur. Bien sûr qu’il est intéressant de savoir qui vote pour eux, encore faut-il dire des choses vraies…

"Le vote Front de national est un vote de la peur du pauvre.
Au lieu de lutter contre le système, on lutte contre la victime"

Et là justement le « gaucho-lepénisme », vous en avez soupé…

Alain Hayot. Ce trop-plein de sociologie à l’égard du FN s’est traduit par beaucoup d’études, pas innocentes politiquement. Cela a consisté à imposer l’idée fausse d’une responsabilité forte de la gauche, et des communistes en particulier, dans l’émergence du vote FN. Henri Guaino, par exemple, rabâche cette idée. La thèse de Pascal Perrineau est que l’électorat FN serait majoritairement ouvrier et issu des classes populaires, et majoritairement issu des transferts de voix communistes, et pour une part aussi socialistes. Cette thèse a culpabilisé les militants de gauche, au point qu’ils l’ont même intériorisée. Quelque part, cela nous enferme dans l’idée de l’irréversible ascension : il n’y a rien de plus faux. La corrélation établie par Pascal Perrineau est biaisée car il voit les choses globalement. Quand on s’attache à l’échelon local, je l’ai fait sur Marseille ou Cavaillon, on s’aperçoit que, dans les grandes conurbations, le vote FN se fait, majoritairement encore une fois, dans des zones de lotissement, souvent occupées par d’anciens fils d’ouvriers qui ont connu l’ascenseur social. Et qui habitent des zones pavillonnaires, en propriété. Le vote FN n’est pas un vote émis par désespérance sociale, c’est un vote émis par des gens qui ont peur du déclassement. Les vrais désespérés sont dans l’abstention, et depuis fort longtemps. Prenez à Marseille la cité de la Cayolle : le FN fait 10 %, le Front de gauche y fait son meilleur score du canton, le PS réalise 30 %… Et l’abstention est à 70 %. Au fond le Front national est un vote de la peur du pauvre, au lieu de lutter contre le système, on lutte contre la victime.

Cette thèse s’est assise sur deux courbes : celle du déclin du PCF, celle de la montée du FN.

Alain Hayot. Il n’y a pas de corrélation directe entre les deux votes. D’abord parce que le déclin du PCF est antérieur à l’émergence du Front national en 1984. Entre 1984 et 1990, le vote FN est un vote de radicalisation d’une partie de la droite. C’est à partir de 1995 qu’on voit apparaître une corrélation nette entre le vote FN et le vote populaire. Le vote FN est manifestement beaucoup plus ouvrier en 2002, c’est ce vote – s’ajoutant à la radicalisation d’une partie de la droite française – qui permet à Jean-Marie Le Pen de réaliser son opération spectaculaire. Mais cette corrélation se fait sur la base d’ouvriers qui, de manière prévalente, ont déjà voté à droite auparavant.

Il serait stupide de nier des transferts, il y a toujours eu, en tout état de cause, un vote populaire et ouvrier en faveur de la droite ; le gaullisme en fut un exemple récent. La partie de la classe ouvrière dont Marx disait qu’elle était « en déshérence ». Il y a un ouvrier sur deux qui a voté Sarkozy en 2007. Il y a effectivement 19 % de l’électorat FN qui est ouvrier. Mais il y en a 27 % au PS ! La majorité de l’électorat FN est issue en réalité de la classe moyenne et intermédiaire.

Comment lutter plus efficacement contre le FN, alors ?

Alain Hayot. Commençons par regarder ce que nous dit la société française de trois phénomènes : d’abord l’essor d’une droite populiste qui cogne à la porte du pouvoir, puis la radicalisation plus générale de la droite, enfin l’abstention. Premièrement, la société française nous dit l’ampleur des peurs à combattre. Si, comme André Gerin le suggère, on dit que l’on « comprend les électeurs du FN », je crois que l’on se trompe. Si l’on entretient la guerre sociale, ce n’est pas la peine de parler de transformation sociale, voire de société nouvelle. C’est légitimer le vote FN que de faire cela. Au PS, Manuel Valls, lorsqu’il parle à sa manière de sécurité et d’immigration, ne fait pas autre chose. Ce que nous dit le vote frontiste, c’est en somme l’ampleur des replis. Or c’est l’inverse, je pense, que l’on doit travailler, c’est effectuer ce que nos aînés dans les années 1930 ont fait : organiser la solidarité entre les victimes du système. Et non dresser les immigrés anciens contre les immigrés récents, les propriétaires contre les locataires, les moins pauvres contre plus pauvres encore.

"Dire comme le fait le FN, que l'immigration est à l'origine de la crise est un des plus grands mensonges du moment"

Dernier élément à prendre en compte, le vote FN est, dites-vous, un vote « pour », un vote sur un projet.

Alain Hayot. La thèse qui a consisté à penser le vote FN uniquement en termes de vote protestataire, tribunicien, est stupide. Jamais le vote communiste n’a été qu’un vote tribunicien, il a toujours été un vote pour un projet de société, on peut en dire tout ce que l’on veut, mais c’était une cohérence politique. On prend vraiment là le peuple pour des idiots culturels, avec cette vision élitiste. Un type qui vote FN, croit-on vraiment que c’est le « soupir de la créature opprimée » ? Il vote parce qu’il est convaincu que les projets du FN sont ceux que doit porter la société française tout entière. Et Sarkozy l’a bien compris, ça, en intégrant les grands axes de la proposition frontiste dans sa pratique politique.

La gauche se doit donc d’être porteuse d’un projet de société radicalement différent. C’est vrai que le PCF a été un peu gêné aux entournures par le passé parce que l’on tenait un discours antimondialisation. « Produisons français », ce n’est pas la bonne formule si on nourrit le sentiment que la France peut s’en sortir toute seule, alors qu’on sait qu’il faut une bataille au moins à l’échelle européenne.

Le FN dispose d’un levier puissant, il propose un « récit », un imaginaire politique.

Alain Hayot. Pour moi, l’aggiornamento à l’œuvre au FN est plus sur la démarche et l’orientation que sur le fond. Je ne crois pas à un rideau de fumée au FN, je crois qu’il se passe quelque chose de réel. La préférence nationale, Marine Le Pen ne la pose pas comme son père à travers la défense de la France éternelle, mais elle la met au service des Français pauvres : logement (même si ce n’est pas du logement social), école, santé. L’antimondialisme est mis au service d’une politique de repli, avec le retrait de l’euro.

Réfuter les arguments du Front national, ça se travaille ?

Alain Hayot. On me dit : « Tu devrais aller chercher dans le programme du FN tout ce qui montre qu’il est favorable au capitalisme » ; on ne trouvera pas, ils sont plus malins que ce que l’on croit ! Mais nous ne sommes pas démunis pour autant. Dire par exemple, comme le fait le FN, que l’immigration est à l’origine de la crise est un des plus grands mensonges du moment. Des pays dépourvus d’immigration comme l’Islande, ou à faible immigration encore, comme l’Espagne, ont pris la crise de plein fouet. La crise est aussi forte dans les pays d’immigration que dans les pays d’émigration. La crise, en Afrique, est-elle due à l’immigration ? Non, nous devons donc répéter que la migration est un phénomène qui a toujours existé, qui est appelé à se développer avec la multiplication des échanges, que tous les pays vont devenir à la fois des pays d’émigration et d’immigration. Un projet politique authentiquement de gauche aujourd’hui me semble devoir remettre en avant la question du vivre ensemble. On pourrait ainsi dérouler tous les thèmes chers au Front national et avancer sur la construction d’un projet. Un élu communiste qui accepte des caméras de surveillance ne mène pas selon moi le combat des idées ; veut-on vraiment une société où tout le monde se surveille, ou construire une société de solidarité ? La contre-offensive doit être sur le terrain des idées, des valeurs, des arguments.

Je note que la CGT a repris l’offensive, Bernard Thibault a écrit récemment que « la démarche du Front national divise les classes populaires, divise le monde du salariat, et laisse les classes populaires en grande fragilité face aux dominants, aux oligarchies qui gouvernent le monde ».

Alain Hayot. Il faut partir de l’idée que le FN a un projet politique, que ce projet fait des petits, qu’il essaime, il devient le projet de toute la droite, et devient le lieu où s’articulent des problématiques tout à la fois ultralibérales et ultraconservatrices. La question n’est plus de savoir si une alliance entre ces droites aura lieu, mais qui, à l’intérieur de cette alliance, aura l’hégémonie. Nous sommes face à ce danger considérable, tandis que le FN tisse son réseau dans l’appareil d’État. Si on s’imagine que l’on va s’en sortir en épousant les thèses de ceux qui creusent la désespérance sociale, comme le FMI, on se trompe. Nous avons évidemment une difficulté à nommer ce que l’on veut comme alternative au capitalisme. On dit anticapitalisme, altermondialisme, antilibéral ; on est dans « l’anti », mais quel est le système que l’on appelle, nous ?

Détourner les regards
Même s'il se rencontre dans toutes les couches sociales, le vote FN conserve des constantes fortes, dont il cherche à se débarrasser pour progresser. Vote particulièrement masculin (aux deux tiers) il est, note Alain Hayot, « concentré sur une classe d'âge particulière, celle des 35-49 ans ». Pas les plus jeunes, pas les personnes âgées donc, mais la classe d'âge « la plus inquiète pour son avenir ». La classe d'âge des actifs, qui voit l'ascenseur social fonctionner seulement dans les étages les plus élevés. Le cœur de cible du FN se résumerait donc à un agrégat de classes moyennes et couches supérieures, d'artisans ou commerçants, et, plus récemment, de paysans propriétaires. Ce qui fait dire à Alain Hayot que « le Front national pointe du doigt la victime, et fait de la victime le responsable du système. Il décale le regard ; au lieu de regarder vers le haut, vers les riches, comme ceux que décrivent les Pinçon-Charlot, il regarde vers le bas ». Détournant ainsi l'attention envers le processus de régression démocratique à l’œuvre, qu'a pu dépeindre par exemple Jacques Rancière, au profit des oligarchies financière et politique.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 17:30

ÉDITION : La Revue du Projet

La Revue du Projet est une revue mensuelle politique de réflexion et de propositions pour la construction d'un projet de transformation sociale. Ouverte, innovante et critique, elle est proposée par le PCF. Elle valorise une discussion "républicaine" exigeante capable de relever la complexité des débats contemporains et implique à ce titre le monde de l'art et la recherche, les intellectuel(le)s comme le mouvement social ou associatif.

Rédacteurs en chef

Atelier n°2 Faire reculer le coût du capital pour financer le développement humain et la relance sociale, Denis Durand

15 DÉCEMBRE 2014 | PAR LA REVUE DU PROJET

Il s’agit d’un enjeu politique crucial : combattre la dictature des marchés financiers. L’alternative, c’est la conquête de pouvoirs, par les travailleurs et les citoyens, dans la gestion des entreprises, des services publics, des collectivités publiques, des banques, pour faire prévaloir des choix stratégiques et financiers favorables au développement des êtres humains, et non à la rentabilité des capitaux privés.

Le levier essentiel : mobiliser le pouvoir des banques et des banques centrales pour un nouveau crédit (une nouvelle création de monnaie), avec des taux d’intérêt d’autant plus réduits que seront programmés davantage de créations d’emplois et d’actions de formation. La mobilisation des autres outils de la politique économique obéit à la même cohérence, par exemple la modulation de l’impôt sur les sociétés et des cotisations sociales patronales en fonction de la politique d’emploi et de formation des entreprises.

Introduction : Denis Durand*

Des millions de nos concitoyens s’attendent à vivre plus mal dans les années à venir qu’aujourd’hui. Et que leur répond-on ? C’est de votre faute, vous coûtez trop cher ! Vous, les salariés des entreprises privées qu’on licencie. Et vous les fonctionnaires et les agents des services publics dont on détruit les emplois et dont on bloque les salaires ! Selon les financiers, le MEDEF, et selon le gouvernement, l’économie française sera plus « compétitive » s’il y a moins d’ouvriers dans l’automobile et la chimie, moins d’infirmières, d’enseignants, de chercheurs…

Baisse du coût du travail, emploi et économie

La dernière prouesse du gouvernement en date est l’annonce par François Hollande que les milliards du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) seront transformés à partir de 2017 en exonérations de cotisations sociales. Toujours au nom de la baisse du « coût du travail » pour la compétitivité ! Pourtant, la preuve est faite depuis longtemps que ces politiques n’ont aucune influence positive sur l’emploi et la croissance, bien au contraire. Les politiques de « baisse du coût du travail » ne sont pas une « politique de l’offre » ; elles ne font qu’affaiblir l’économie. Entre 1991 et 2010, les exonérations dont bénéficient les patrons sont passées de 4 % à quelque 28 % des cotisations sociales patronales, soit un manque à gagner total de 280,8 milliards d’euros sur vingt ans ! Or, au cours de cette période, le chômage et la précarité n’ont pas cessé de croître et, dans les années 2000, le déficit commercial de la France a explosé avec, au cœur, le déficit des échanges industriels, particulièrement vis-à-vis de l’Allemagne.

Cela s’explique. La politique de « baisse du coût du travail » mine l’économie de deux façons :

• elle engendre une insuffisance de la demande de consommation des salariés et de leurs familles, y compris du fait de la mise en concurrence accrue entre salariés, tirant vers le bas toute la structure des salaires ;

• elle affaiblit l’offre par l’insuffisance des qualifications, accroissant nos handicaps face aux exigences des nouvelles technologies.

En faisant obstacle à la croissance, cette politique pousse aux délocalisations des entreprises vers les pays où la croissance est plus forte, en particulier les États-Unis.

Et pendant qu’on culpabilise les salariés avec le « coût du travail », on écrase l’économie avec les prélèvements opérés par les actionnaires, les banques, les marchés financiers.

La vérité sur le coût du capital

Ce que l’on appelle le coût du travail, c’est la somme des salaires et des cotisations sociales employeur appelées par le MEDEF « charges sociales ». Il est sans cesse dénoncé comme trop élevé par les patrons qui en font la cause essentielle des pertes réelles ou supposées de compétitivité. Ainsi, en même temps qu’ils s’acharnent à geler les salaires, ils ne cessent d’exiger des baisses de « charges sociales ».

Mais les entreprises subissent des coûts du capital considérables qui sont autant de prélèvements sur les richesses nouvelles qu’elles produisent (valeur ajoutée) et dont l’effet est de plus en plus parasitaire. Le coût du capital financier, c’est la somme des dividendes qu’elles versent aux actionnaires et des charges d’intérêts qu’elles payent aux banques et aux autres organismes financiers qui leur prêtent de l’argent. Il représente beaucoup plus que leurs cotisations sociales employeurs effectivement versées (chiffres INSEE pour l’année 2013, Comptes de la nation) : 260,9 milliards d’euros contre 162,2 milliards d’euros.

Il s’agit d’un prélèvement sur toute la richesse créée, au bénéfice des banques, des financiers et des actionnaires. Nettement supérieur, par exemple à l’investissement matériel des entreprises (291 milliards d’euros en moyenne chaque année entre 2004 et 2013 ans contre 219 milliards).

Cette ampleur révèle un problème majeur : la domination du capital financier sur toute l’économie et, partant, sur la vie de tous, du chômeur au cadre, en passant par les précaires, les ouvriers, les enseignants ou les infirmières, les étudiants ou les retraités.

Le plus grave, dans cette affaire, c’est que les exigences de rentabilité financière imposent leur loi à la gestion des entreprises. Les patrons ne décideront de produire, d’embaucher, d’investir que s’ils prévoient que cela permettra de dégager assez de profits pour satisfaire les exigences des actionnaires et des marchés financiers. Soit ils n’investiront pas et préféreront placer leur argent sous forme de titres financiers. Soit ils feront tout pour rendre l’investissement assez rentable au regard des critères des marchés financiers, et ils sacrifieront les salaires, la formation, la recherche.

Faire face au coût du capital, ce n’est donc pas seulement prendre de l’argent aux patrons, ou leur en donner moins. C’est leur prendre le pouvoir ! C’est-à-dire imposer des décisions visant des objectifs sociaux plutôt que la rentabilité financière exigée par les marchés financiers.

Faire reculer le coût du capital est donc un enjeu politique crucial : c’est combattre la dictature des marchés financiers. L’alternative réside dans la conquête de pouvoirs, par les travailleurs et les citoyens, dans la gestion des entreprises, des services publics, des collectivités publiques, des banques, pour faire prévaloir des choix favorables au développement des capacités humaines, et non à la rentabilité des capitaux privés.

Ce serait l’enjeu central de la politique économique, mais surtout des mobilisations populaires, si un jour les conditions étaient créées d’un rassemblement majoritaire pour mener une politique transformatrice en France et en Europe.

Le levier essentiel est de mobiliser à cet effet le pouvoir des banques et des banques centrales – créer, par leurs opérations de crédit, la monnaie qui circule dans l’économie. À la place des financements dominés par les marchés financiers, il faut un nouveau crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises, avec des taux d’intérêt d’autant plus réduits (jusqu’à 0 %, et même jusqu’à des taux négatifs pour les projets les plus efficaces) que seront programmés davantage de créations d’emplois et d’actions de formation.

C’est l’affaire de luttes et de rassemblements politiques autour d’objectifs concrets : créations chiffrées d’emplois, développement de services publics dans les territoires, investissements dans la recherche et la formation…

C’est la raison pour laquelle l’exigence d’une réorientation du crédit est si importante : avec leur pouvoir de création monétaire (soutenu par celui des banques centrales) les banques pourraient rendre possible la réalisation de projets aujourd’hui bloqués par la dépendance de notre économie envers les marchés financiers. Un pôle public financier, avec des banques nationalisées, serait l’un des instruments qui contribuerait à y parvenir mais l’expérience des nationalisations de 1982 a montré que cela ne suffisait pas ; il faut une conquête de pouvoirs à tous les niveaux où se prennent les décisions, « du local au mondial ».

Arracher des pouvoirs au capital

Cela commence dans l’entreprise avec de nouveaux pouvoirs des salariés et de leurs représentants syndicaux pour faire prendre en compte des projets industriels efficaces, développant l’emploi, la formation, la recherche et créer ainsi davantage de valeur ajoutée en économisant sur les investissements matériels et les ressources naturelles. Pour avoir une portée réelle, ces pouvoirs doivent pouvoir s’étendre à la mobilisation des crédits bancaires nécessaires au financement de ces projets.

Cela continue dans l’environnement immédiat de l’entreprise : les localités, les bassins d’emplois, où les citoyens peuvent interpeller les directions d’entreprises sur les projets d’investissement, de licenciements ou de délocalisations, les banques sur leur contribution au développement du tissu économique local, les pouvoirs publics sur leur soutien à l’emploi et au développement du territoire.

Des outils d’intervention économique

Dès le niveau local, et plus encore au niveau régional, des outils d’intervention économiques devraient être mobilisés à l’appui de ces mobilisations. Par exemple, il faut abolir les exonérations de cotisations sociales qui alourdissent le coût du capital ; au contraire, les entreprises et les collectivités publiques qui investissent pour développer l’emploi et les services publics devraient pouvoir bénéficier de bonifications d’intérêts, versées par des fonds régionaux pour l’emploi et la formation pour réduire le coût de leurs emprunts, sous le contrôle des salariés et des citoyens.

La même logique devrait prévaloir au niveau national avec un fonds national travaillant en liaison avec un pôle financier public associant en réseau les institutions financières existantes (Banque publique d’investissement, Banque postale, Caisse des dépôts, Banque de France…) avec des banques nationalisées et avec les banques mutualistes qui occupent une place considérable dans notre système financier.

Parallèlement, la fiscalité des entreprises serait utilisée pour pénaliser les délocalisations, les sorties de capitaux, les licenciements, la précarisation des emplois, les gaspillages d’investissements matériels et de ressources naturelles. C’est à cela que serviraient :

• la taxation des revenus financiers des entreprises ;

• un impôt sur les sociétés rendu progressif et modulé selon la politique d’emploi, de salaires et de formation des entreprises assujetties ;

• la modulation des cotisations sociales patronales selon le même principe. Le taux de cotisation sociale patronale de chaque entreprise serait modulé selon que la part de la masse salariale dans sa valeur ajoutée serait supérieure ou inférieure à la moyenne de sa branche. ;

• la création d’un impôt sur le capital ancré dans les territoires et favorisant la création de valeur ajoutée.

Mais la France n’est pas isolée dans le monde. Elle est prise dans la « mondialisation » financière qui est le terrain de domination des marchés financiers. La construction européenne actuelle est conçue pour l’y enchaîner avec la monnaie unique, la banque centrale prétendue indépendante et les contraintes budgétaires formalisées dans le Pacte de stabilité puis dans le « traité sur la stabilité et la gouvernance » européennes et l’encadrement de plus en plus invasif des politiques budgétaires nationales.

Une autre construction européenne

Il faut donc une autre construction européenne pour retourner le pouvoir de la Banque centrale européenne contre les marchés financiers. Ses dirigeants reconnaissent aujourd’hui que les 1 000 milliards d’euros prêtés aux banques en novembre 2011 et février 2012 n’ont pas servi à revitaliser l’économie de la zone euro et ils cherchent maintenant à « cibler » cet argent vers les investissements des PME. Mais les remèdes qu’ils préparent risquent d’être pires que le mal. Ils relancent la « titrisation » des crédits aux PME (c’est-à-dire leur vente sous forme de titres négociables sur un marché financier), comme on l’a fait aux États-Unis pour les crédits immobiliers aux ménages subprime, avec les résultats qu’on sait !

C’est donc une toute autre voie qu’il convient d’emprunter. La BCE devrait remonter sévèrement le taux d’intérêt auquel elle refinance les crédits bancaires qui nourrissent la spéculation financière et immobilière. À l’inverse, elle devrait refinancer à 0 % les crédits finançant des investissements répondant à des critères précis en matière économique (création de valeur ajoutée dans les territoires), sociaux (emploi, formation, salaires) et écologiques (économies d’énergie et de matières premières).

Le Fonds de développement économique, social et écologique européen proposé par le programme L’humain d’abord ! du Front de gauche serait destiné à cela, et au financement du développement des services publics. Ses ressources seraient apportées par des titres acquis, dès leur émission, par la BCE. Cette pratique est interdite par les traités européens actuels : il est donc urgent de rendre irrésistible l’exigence de les remplacer par un nouveau traité. Dès aujourd’hui, on peut exiger qu’un Fonds européen de ce type soit financé par la Banque européenne d’investissements qui, elle-même, peut se refinancer auprès de la BCE (les deux institutions l’ont officiellement confirmé en mai 2009).

Dès aujourd’hui en effet : car seul le développement des luttes sociales et politiques, en France et en Europe, pourra avoir la force de rendre irrésistibles, face au pouvoir du capital et des marchés financiers, ces exigences. Ces luttes existent.

Quelques exemples

• La CGT de l’entreprise chimique Kem One a développé son propre projet de relance de l’activité après que son précédent propriétaire, un financier américain, l’a ruinée. Le projet CGT définissait les moyens d’une reprise de l’entreprise avec la participation de ses partenaires historiques (Total, Arkema, EDF) et celle de la puissance publique via la BPI et le fonds régional pour l’emploi de la région Rhône-Alpes. Il prévoyait le financement par les banques de 400 millions d’euros d’investissement et réclamait le soutien de la BCE et de la Banque de France à ces crédits sous forme d’un refinancement à 0 %. Faute d’un soutien jusqu’au bout du gouvernement Ayrault, ce projet n’a pas été retenu mais son existence a pesé dans les conditions qui ont permis la reprise conjointe par deux opérateurs privés, sans licenciements, sans baisse des salaires et avec la totalité de l’activité de l’entreprise. Les points positifs et négatifs de cette expérience sont riches d’enseignements pour les luttes qui vont se poursuivre pour l’emploi et pour un autre crédit, en France et en Europe.

• Après avoir fait adopter par le Conseil de Paris un vœu contre le recours aux agences de notation, les élus communistes de la Ville de Paris mènent campagne, avec une pétition, pour un financement à taux zéro des investissements les plus prioritaires de la ville ;

• Le Front de gauche de Saint-Gratien (Val-d’Oise) fait des propositions concrètes pour libérer la ville des emprunts toxiques et reconstituer sa capacité d’investissement dans le développement des services publics…

Ce n’est pas là la voie de la facilité et des solutions magiques : mais c’est la seule qui peut nous rendre plus forts que les marchés financiers pour nous libérer du coût du capital.

Denis Durand* est membre du Conseil national et de la section économique du PCF.

La Revue du projet, n° 42, décembre 2014

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 14:04

Commission exécutive confédérale du 9 décembre 2004
Intervention de Thierry LEPAON

A la suite du rapport d’Alain Alphon-Layre et avant de passer la parole à Michel Faivre-Picon pour la CFC, je souhaite m’exprimer personnellement devant vous.
Dans cette période de crise aigüe que nous traversons, la première étape est de pouvoir partager les informations, les ressentis personnels et les analyses.
C’est l’objet de cette intervention.
Je vais redire un certain nombre de choses qu’Alain a déjà exprimées. Ce n’est pas grave.

Suite à l’article de l’express paru la semaine dernière, faisant état de la prime que j’ai touchée lors du départ du Comité régional de Normandie, j’ai réuni le bureau mardi matin 2 décembre.
Le bureau s’est réuni une deuxième fois le vendredi 5 décembre.
Mardi dernier, j’ai expliqué aux membres du bureau dans le détail la façon dont cette prime avait été décidée et calculée, ainsi que la décomposition du montant de 31 000 euros du chèque que j’ai touché de la région Normandie pour solde de tout compte.
J’ai proposé au bureau de faire un communiqué en direction de nos organisations pour donner l’ensemble des informations.
Majoritairement, le bureau a considéré qu’il n’était pas opportun de communiquer avant le 5 décembre et que l’ensemble des explications devaient être adressées en priorité à la direction confédérale lors de la réunion d’aujourd’hui et dans la foulée à nos organisations.
Communiquer ces informations dès le 2 décembre aurait pourtant permis d’éviter de laisser traîner dans la presse des montants de 100 000 voire 200 000 euros, comme cela a été le cas.
Des parties de débats, des phrases prononcées mais sorties du contexte de la réunion et des informations, partielles ou déformées, se sont retrouvées sur le site des Echos, du Monde ou du Figaro, à peine nos réunions terminées.
Les mêmes camarades qui condamnent le fait que les valeurs de la CGT ont été trahies, jettent la CGT, ses organisations et ses premiers dirigeants, en pâture aux médias.
La campagne de presse qui se déchaîne depuis maintenant un mois dépasse tout ce que la CGT a pu connaître de mémoire de militant. Elle vise de façon violente la personne du Secrétaire général de la CGT.
Cette campagne médiatique n’épargne personne, a pour objectif évident de déstabiliser les syndiqués, de blesser, de faire perdre nos repères les plus élémentaires en installant une suspicion généralisée.
Le respect de la démocratie dans notre organisation est lui-même devenu un enjeu, car le temps de la démocratie n’est pas celui des médias.
Cette campagne échappe d’évidence à ses propres initiateurs internes, qui continuent toutefois à l’alimenter par des rumeurs.
Le but est de faire mettre un genou à terre à la CGT dans une période cruciale pour les salariés et les citoyens.
La période choisie pour la déclencher ne relève pas du hasard, quelques jours avant une élection cruciale dans la fonction publique, au moment où la CGT fait événement par ses propositions dans le cadre de la négociation sur la démocratie sociale, et où le pacte de responsabilité est qualifié d’échec du gouvernement par le Ministre de l’Economie lui-même.
Les rumeurs les plus folles circulent. Je vais donc vous livrer toutes les informations me concernant permettant de rétablir quelques vérités.
En disant « toutes » les informations, je mesure d’ailleurs l’incapacité dans laquelle je suis au moment où je vous parle à pouvoir imaginer les calomnies qui peuvent sortir demain.
D’abord les informations que je dois à l’organisation concernant la prime :
- D’abord, il ne s’agit pas, comme la presse l’a écrit, d’une rupture conventionnelle, mais d’une prime de départ, puisque j’ai démissionné du comité régional pour arriver à la confédération.
- Pardonnez- moi de revenir quelques années en arrière, lorsque j’ai été licencié de Moulinex, en mai 2004 dans le cadre du plan social.
J’ai, au même titre que les autres salariés licenciés, touché une indemnité de licenciement.
Je suis resté 30 mois au chômage, entre mai 2004 et décembre 2006, d’abord en touchant les ASSEDIC (1150 euros) puis à la fin, l’ASS (440 euros).
Pendant cette période, parallèlement à mes activités syndicales dans le syndicat de Moulinex pour assurer la défense des salariés licenciés, j’ai assuré la fonction de Secrétaire général de l’Union Départementale du Calvados.
J’ai assuré cette fonction bénévolement dans l’attente du résultat du procès en décembre 2006.
- Je suis resté Secrétaire général de l’UD entre 2001 et 2007, avant de devenir Secrétaire du Comité régional entre 2006 et 2013.
- Lorsque le Comité régional Normandie a organisé mon départ en vue de prendre la responsabilité de Secrétaire général de la CGT, dans les conditions connues de tous ici, les camarades du Comité régional ont décidé de reconnaître cette période d’activité militante en tenant compte du préjudice que cela créait sur ma retraite. Ils ont décidé de me verser une indemnité, calculée sur la base de mon ancienneté à la région.
- Cette indemnité, déclarée, s’élève exactement à 26 650 euros.
- Je l’ai acceptée dans ces conditions, sans imaginer que cela pouvait poser problème.
Alain vous a donné les éléments livrés au bureau concernant les échanges financiers entre la confédération et le comité régional pour solder mon départ.
La confédération a par ailleurs racheté au comité régional de Normandie la voiture de fonction qui était mise à ma disposition en tant que Secrétaire général du comité régional.
Nous pensions initialement que je ferais les allers et retours en Normandie avec cette voiture.
La réalité s’est vite imposée, c’était impossible pour des raisons de sécurité, compte tenu de mes amplitudes de travail pendant la semaine. Cette voiture fait partie du parc confédéral.
Je vous indique par ailleurs que mon salaire actuel est de 4000 euros nets par mois, avec un 13ème mois.
Mon salaire avait été fixé initialement par la confédération à 5200 euros.
J’ai considéré que ce montant, même s’il est peut-être justifié, était trop élevé pour un Secrétaire général de la CGT. J’ai donc demandé à ce qu’il soit ramené à 4000 euros.

Voilà, ensuite, la vérité sur un ensemble de rumeurs qui circulent.
Je vais les lister et y répondre, du moins pour celles qui regardent la CGT :
- Les vélos : comme chacune et chacun d’entre vous le sait, j’ai eu un accident cardiaque l’an dernier. Mon cardiologue m’a demandé de continuer, malgré ma fonction, à faire régulièrement un peu de vélo. Pour des raisons de sécurité, la CGT a dû acheter des vélos pour mes accompagnateurs. Les vélos ont été achetés chez Décathlon, ils appartiennent au service sécurité de la confédération, y compris celui que j’utilise.
- Mes vacances en Corse : oui j’ai passé une semaine de vacances en Corse du 2 au 9 août cette année. Non, ces vacances n’ont pas été payées par la confédération. J’ai loué personnellement, par l’intermédiaire d’une annonce trouvée sur « Le Bon Coin » une petite maison de deux pièces à Calenzana.
- L’achat d’un terrain au bord de la mer en Normandie : oui, j’ai l’intention d’acheter un petit terrain, si possible au bord de la mer, en Normandie pour y faire construire une maison. Non, mon projet n’a pour l’instant pas abouti.
- Mon logement à Cabourg : oui j’habite depuis 7 ans un logement HLM à Cabourg, auquel j’ouvrais droit à l’époque. Compte tenu de mes revenus actuels je paie un surloyer, comme c’est la règle.
- Non, je n’ai pas fait refaire mon appartement de Cabourg aux frais de la CGT. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait refaire du tout.
- Les conditions de mon embauche chez Moulinex : c’est la rumeur historique. Nous avons déjà communiqué avant mon élection comme Secrétaire général. Je n’y reviens donc pas.

La CGT traverse une crise grave, inédite par son ampleur et par son caractère. Il faut qu’elle puisse en sortir par le haut rapidement. C’est notre responsabilité.
La première réponse à apporter concerne nos règles et nos pratiques.
Nous avons besoin de faire un état des lieux de nos pratiques et de définir les règles et procédures nécessaires pour que celles-ci soient conformes aux valeurs de la CGT.
C’est le travail entrepris par la CFC et le bureau confédéral.
Peut-être, à partir des débats d’aujourd’hui, pourrons- nous mettre un certain nombre de dispositions en œuvre immédiatement.
La deuxième réponse est politique.
En premier lieu, la CGT doit reprendre sa place sans attendre, sur le terrain où on l’attend : être auprès des salariés sur leurs revendications, faire des propositions qui leur permettent d’agir sur leurs lieux de travail, dans leur travail, et de se mobiliser.
Il est urgent qu’un plan de travail de la CEC en direction des syndicats puisse s’inscrire dans le prolongement des réunions interrégionales du mois de janvier, celles que nous avons intitulées « Partageons nos succès ».
Nous devons rapidement nous exprimer sur la question du temps de travail et sur les dispositions prévues par le projet de loi Macron qui ont toutes pour but d’affaiblir encore un peu plus les droits des salariés dans notre pays et de lancer une nouvelle phase de privatisation des services publics.
Nous devons établir la responsabilité des organisations patronales qui réclament les 41 milliards d’euros tout de suite et considèrent qu’ils ne sont pas suffisants pour qu’elles s’engagent en faveur de l’emploi.

Nous avons aussi besoin d’affronter le débat entre nous autour des grands enjeux qui ont été posés par notre congrès et qui traversent les organisations. Beaucoup sont identifiés dans les courriers adressés par nos organisations à la Direction confédérale. J’en ai fait état lors des rencontres que j’ai eues avec les membres du bureau confédéral.
Je les résume :
1) Notre démarche syndicale, notre rapport aux salariés dans la construction des revendications avec le choix que nous avons fait de rentrer par la porte du travail,
2) Le processus de construction des luttes,
3) Le rapport de la CGT avec les autres organisations syndicales, le politique, et le monde associatif,
4) Notre place et notre contribution dans le syndicalisme mondial et européen,
5) L’articulation du travail entre les différentes instances qui constituent la direction de la CGT : le CCN, la CE confédérale et le bureau confédéral,
6) L’organisation du travail au sein de notre maison confédérale.
Enfin, les 120 ans de la CGT doivent nous aider à revenir sur ce qu’est une confédération, et en quoi est-ce une valeur ajoutée.

Dans une crise comme celle-ci, il est normal que des points de vue divergents s’expriment. La CE confédérale est précisément le lieu où la parole doit être libre. J’invite chacune et chacun à agir en responsabilité et à contribuer aux décisions dans le seul intérêt de la CGT, dans le respect de nos règles de vie et des orientations votées en congrès.

Quant à moi, je suis certain que ma vie militante et personnelle aurait été moins compliquée si j’étais resté Secrétaire du Comité régional Normandie.
C’est dans une situation très difficile que j’ai accepté de devenir Secrétaire général, avec l’objectif de permettre à la CGT de se rassembler et de retrouver un élan collectif et démocratique.
C’est toujours dans cet état d’esprit, que je serai très attentif aux débats et que je me rangerai à l’avis et à la décision collective.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 08:06

Le Medef faisait déjà la loi, maintenant il veut aussi la corriger

L'information est pratiquement passée sous silence, mais elle mériterait pourtant qu'on s'y arrête quelques instants. En effet, à partir de janvier 2015, un groupe de neuf chefs d'entreprises sera chargé d'évaluer toute nouvelle loi impactant les entreprises avant même que les parlementaires en soient saisis.

Pour justifier de faire passer les lois par ce comité de censure, le secrétaire d'Etat chargé de la simplification, Thierry Mandon, qui fut il y a peu député, a battu sa coulpe de parlementaire: « Quand on vote un droit nouveau, on sous-estime la mise en œuvre concrète de ce droit (...) Il faut désormais, qu’avant de voter un texte, on demande à ceux qui seront chargés très concrètement de l'appliquer si, d’après eux, les conditions de mise en œuvre sont bonnes ou non. »

L'air de rien, vent-debout contre la mise en œuvre du compte pénibilité, une si mince avancée de la dernière réforme des retraites, le Medef est non seulement en passe d'obtenir sa mise à mort au nom d'une complexification coûteuse, mais il obtient désormais le droit d'écrire la loi en la censurant. C'est faire bien peu de cas du rôle du Conseil économique, social et environnemental où siègent les « forces vives de la Nation » (dont le patronat et les syndicats) dont le gouvernement devrait recueillir l'avis avant de faire la loi.

Il ne suffit donc plus que les entreprises aient portes ouvertes dans les cabinets ministériels, que les branches aient leurs lobbyistes appointés dans les couloirs de l'Assemblée, du Sénat ou encore à Bruxelles et Strasbourg. Avec cette mesure anodine, le patronat sécurise, verrouille. Notons au passage concernant ce compte pénibilité tant décrié qu'il eut été plus simple d'en faire un droit collectif à l'image de ce qui se pratiquait par exemple pour les personnels de soin des hôpitaux publics. Mais le patronat n'en a jamais voulu. Il a fait capoter trois ans de négociation sur la pénibilité et obtenu finalement ce qu'il qualifie aujourd'hui de monstre réglementaire.

Souvenons-nous qu'en mai 2013, lorsque la bataille faisait rage pour la présidence du Medef, un certain Thibault Lanxade proposait « que les postulants à ces postes de ministre soient dans l'obligation de réaliser une audition devant le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Nous souhaitons valider leurs connaissances et disposer pour ce faire d'un droit de veto ». Le jeune patron exigeait ainsi que des personnes «compétentes», «engagées» et «en prise directe avec le monde de l'entreprise», soient nommées aux ministères qui concernent les secteurs de l'économie et des politiques sociales. » Ses vœux ont été exaucés avec la promotion d'Emmanuel Macron, lequel est en train de se chercher une majorité pour faire passer des reculs sociaux dans une loi fourre-tout.

Cette prééminence des intérêts des entreprises dans la politique économique et sociale est à comparer avec l'indigence et la vanité du dialogue social qui se résume la plupart du temps à des négociations de couloirs sur des calendriers imposés par l'Elysée et Matignon et sur des cahiers de doléances patronales. C'est aussi à cela que l'on mesure le virage libéral clairement assumé par François Hollande.

source : interview de Thierry Mandon sur FranceInfo.fr : "Les entreprises vérifieront l'impact des lois les concernant"

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:22

L'ULTRALIBÉRAL-BOUDDHISME EST EN MARCHE

Jacques Attali a-t-il basculé du côté obscur de la force ?

Dimanche 14 Décembre 2014 à 05:00

RÉGIS SOUBROUILLARD - MARIANNE

Omniprésent dans les médias pour faire la promo de son dernier ouvrage, Jacques Attali, tel un phare dans la nuit, n'est interrogé que sur la politique gouvernementale. En cette fin d'année, "Marianne" s'est donc imposé une épreuve : lire "Devenir soi", son best-seller du moment. L'ancien conseiller de François Mitterrand s'y donne le rôle de coach universel de l'humanité, ultralibéral et un peu bouddhiste. La politique ne peut plus rien pour vous ? Attali a la solution à tous vos problèmes ! Une lecture loin d'être indispensable.

On avait connu Jacques Attali en sherpa de François Mitterrand, puis cher — très cher — président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), fondateur de Planet finance, mais aussi chef d’orchestre, essayiste un peu plagiaire, rédacteur de rapports pour Sarkozy, conseiller officieux d’Hollande et tout récemment tuteur légal d’Emmanuel Macron. On le retrouve dans son dernier livre en coach new age, tendance bouddhiste 2.0.

Dans Devenir soi, Attali endosse son costume à col mao de gourou universel. Il tente de définir une nouvelle forme de spiritualité du mieux-être libéral, sans aucune contrainte, alliant les objectifs d’enrichissement financier et spirituel. Un « ultralibéralisme bouddhiste » de bazar adapté à la mondialisation pour les gens « qui n’en veulent » mais qui ont du mal quand même. Et c'est la faute à qui ? A l’Etat pardi, répond Attali.

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays » disait Kennedy. Au président américain, Attali répond : « Demandez vous ce que vous pouvez faire pour... vous ». L’individualisme extrême prônée par Attali conduirait sans doute rapidement à l'état de Nature, soit la lutte de tous contre tous. Pour tempérer la sauvagerie humaine de l’individu motivée par sa seule réussite, Attali fait donc intervenir la religion la plus tendance du XXIe siècle : le bouddhisme, érigée de façon largement fallacieuse par nos élites paresseuses en religion de la paix et de la tolérance. A charge au bouddhisme d'édicter des règles de vie dans ce monde anarchique.

Derrière cette ode à l'entrepreneuriat individuel teintée d’éveil spirituel low cost pour calmer les bas instincts, Attali remet au goût du jour, sans jamais le citer, un courant philosophico-spirituel qui eut son heure de gloire aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle : le transcendantalisme prônait la réforme de soi selon l’idée que seul l’individu, et non la société, est capable d’une authentique réforme. Un individualisme extrême dirigé par des « lois supérieures », en connexion permanente avec la nature, sur fond de critique radicale de la modernité et de désobéissance civile, le tout saupoudré de techniques de méditations asiatiques, essentiellement bouddhistes et hindouistes. Une croyance en l'unité du monde et l'accomplissement personnel dans la solitude, hors de toute société organisée. Le transcendantalisme influencera notamment la beat generation et les mouvements hippies, sans échapper à une dérive mystique.

Adapté au monde globalisé, Attali signe en fait l'acte de décès à venir de l'Etat républicain, et la fin de toute ambition d'unité nationale. Sans remords, ni regrets. Au contraire, pour lui, cela sonne comme une libération. La trajectoire de notre coach universel est, en théorie, cohérente. Après des années de soutien à la destruction de la régulation étatique, Attali invite à ne compter que sur soi-même. L'auteur dresse en effet un tableau très sommaire et complètement apocalyptique de l’époque : les dérives du progrès technique, la pollution, les guerres, le chômage, la criminalité, la « somalisation » du monde, « le Mal semble partout l’emporter », assure Attali. Et contre toutes ces dérives, « l’Etat ne peut rien ».Evidemment, aucun argumentaire ne précède jamais ces affirmations péremptoires. En pratique, coach Attali est beaucoup plus confus. Business oblige — Attali ne vend jamais que lui-même —, s’il ne croit plus dans le pouvoir des politiques, le conseiller des princes de tous bords n’en continue pas moins de les fréquenter et de les conseiller avec assiduité. Preuve que cet état qui ne peut rien, peut encore un peu. Au moins pour Attali...


Ainsi de Jacques Attali, ce hippie...

Creuser la question aurait contraint l'auteur à avouer que les politiques ont, au fil des années, fomenté leur propre déligitimation et leur impuissance en cédant à des institutions supranationales toute leur autorité et capacité de décision. Problème : Attali est un ardent défenseur du « supra-étatisme » et milite depuis des années pour un gouvernement mondial dont l’hypothétique avènement enterrerait définitivement nos dirigeants politiques nationaux. Mais dans ce livre, Attali survole les questions en mode planeur de haute altitude.

S’en suivent ainsi plusieurs dizaines de biographies très vite bâclées d’artistes ou d’entrepreneurs privés « devenus eux », sans l'aide de personne. Les biographies de dix lignes rapidement trouvées sur Wikipedia — en fin d’ouvrage Attali remercie ses « petites mains » qui ont fait l'essentiel du travail — constituent les deux tiers du livre sans un quelconque effort de mise en forme : « Ainsi de Thomas Edison,(…) Ainsi d’Arianna Huffington, (…) Ainsi d’Arthur Rimbaud, (...) Ainsi de Bill Gates... » Le tout dure une centaine de pages accompagnés de la date, du lieu de naissance et de quelques lignes mal écrites sur la vie de ces personnalités. La fragile démonstration laisse dubitatif.

L'économiste américaine Mariana Mazucatto a largement montré que sans investissements publics massifs et sans structures étatiques, la Silicon Valley ne serait jamais sortie de terre. Un exemple entre mille. L'intéressée a étayé sa thèse, contrairement à Attali qui assène évidences sur évidences qui, au fil des pages, apparaissent pour ce qu'elles sont : des absurdités. On tourne donc très vite les pages, en cherchant le vrai début du livre. En vain.

Les 30 dernières pages sont un bloubiboulga insipide de phrases creuses dignes d’un mauvais Psychologies magazine avec un zeste de sagesses asiatiques pour l’évasion. Il est ainsi question de trouver son chemin vers la pleine conscience et le « devenir soi » à travers plusieurs étapes : prendre conscience de son aliénation, prendre conscience de son corps, se respecter, avoir une image positive de soi, prendre conscience de sa solitude, prendre conscience de son unicité, apprendre à sur-vivre (tout est dans le tiret…). Après le supra-national, Attali est maintenant dans le surnaturel et bientôt l'au-delà. Qui sait si à Neuilly, il n'entend pas déjà des voix.

Arrivé péniblement au bout du « bidule », on se dit que Jacques Attali a basculé définitivement du côté obscur de la force, comme en témoignent les séances de méditation collective qui inauguraient, cette année, les journées de son Forum pour l’économie positive au Havre. Fais tourner, Jacques, c’est de la bonne !

* Devenir soi. Jacques Attali, Ed. Fayard, octobre 2014, 192 p.

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:18

ARTICLE D'ÉDITION

Édition : La Revue du Projet

Atelier n°1 Répondre aux besoins humains, relancer l’activité et l’emploi

15 DÉCEMBRE 2014 | PAR LA REVUE DU PROJET

  • Il s’agit d’un choix principal de notre démarche politique ! Nous avons choisi de partir des besoins, de la réponse aux besoins et non des lois du marché ou des injonctions du MEDEF.

Nous considérons - et nous le démontrons - que le pays a les moyens de répondre aux besoins ; cela nécessite du courage politique. Deux dogmes sont à affronter : le matraquage sur le « coût du travail » et la pression de la diminution de la dette publique. Enfin, nous reviendrons sur la démarche démocratique qui est la nôtre autour de la réponse aux besoins de la population. Cet atelier ne sera pas exhaustif en matière de recensement des besoins, et ne constituera pas non plus un catalogue des réponses programmatiques du PCF.

Introduction : Jean-Luc Gibelin*
Partir des besoins humains, de la réponse collective que la société doit apporter à ces besoins est une posture fondamentalement alternative par rapport aux positionnements des différents projets politiques actuels et passés. Nous affirmons que la réponse aux besoins humains doit rester l’objectif d’une politique de gauche, d’une politique alternative à l’austérité. C’est une question de choix pour l’avenir de la société, de choix politiques à produire. Loin des slogans, il s’agit d’une posture politique, d’une démarche de fond.
Nous considérons – et nous le démontrons – que le pays a les moyens de répondre aux besoins ; cela nécessite du courage politique. C’est indispensable de passer par cette étape pour confirmer qu’il est possible de faire autrement que de reculer devant les logiques financières. Il est indispensable notamment avec les renoncements de l’exécutif actuel.

Tourner le dos à l’insuffisance de la demande


Cela impose donc d’affronter deux dogmes mis en avant pour faire se résigner les salariés et les populations :
1- Face à la concurrence internationale, l’emploi dépend de la compétitivité laquelle, pour être relevée, nécessite des baisses continues du « coût du travail » (salaires + charges sociales) ;
2- Face à la dictature des marchés financiers, si l’on veut sauver notre modèle social, il faut diminuer la dette publique et, donc, baisser les dépenses publiques.
Or, ce sont ces politiques qui alimentent la crise. Pour s’en exonérer, il faut tourner le dos à l’insuffisance de la demande avec une politique ambitieuse. Cela passe par :
• accroître les revenus distribués aux salariés et à leurs familles (salaires et revenus de remplacement, minima sociaux, c’est une politique de réduction des inégalités sociales, nous y reviendrons.) :
• augmenter fortement la formation du monde du travail pour faire progresser les qualifications en même temps que le pouvoir d’achat, de façon à ce que le surcroît de demande ainsi créé ne se traduise pas par une envolée durable des importations ;
• conditionner les programmes d’investissements nécessaires à des objectifs chiffrés de créations d’emploi et de formations, et progresser dans la sécurisation de l’emploi et de la formation tout au long de la vie au lieu de la précarisation généralisée ;
• et, surtout, relancer massivement tous les services publics. On répondrait aux besoins populaires (santé, éducation, logements sociaux, transports collectifs, culture, services à la personne). On impulserait un surcroît de demande (demande publique) capable d’absorber les productions supplémentaires engendrées par les nouveaux investissements. Mais on consoliderait en même temps l’efficacité de l’offre productive. Les dépenses de services publics nationaux et locaux sont, en effet, les seules dépenses susceptibles de contribuer, à la fois, à développer la demande, ne serait-ce que par la création d’emplois et d’équipements publics, et à économiser sur les coûts matériels et financiers de production, à gagner en efficacité. Par exemple, des progrès de la santé et de l’éducation, de la recherche ou des transports collectifs accroissent la productivité globale du système productif !

Maîtriser et réorienter la politique monétaire et le crédit bancaire


Il s’agit de faire en sorte que la création de monnaie de la banque centrale serve effectivement à soutenir la demande et relancer l’emploi :
La monnaie créée par la BCE (Banque centrale européenne) doit servir l’expansion sociale, au lieu de soutenir le marché financier. Il faut rompre avec le pacte de stabilité et le dogme de la croissance zéro des dépenses publi­ques. Il faut promouvoir la proposition du PCF, reprise par le Front de gauche et le PGE (Parti de la gauche européenne), de créer un « Fonds social, solidaire et écologique de développement européen ». Il recueillerait la monnaie créée par la BCE à l’occasion des achats de titres publics émis par chaque pays pour le financement de ses services publics. Démocratisé, il redistribuerait alors cette monnaie à chaque État selon les besoins sociaux et culturels propres de son peuple.
La création monétaire de la BCE doit être relayée par les banques. Ce n’est pas le cas en France où la BPI (Banque publique d’investissement) ne sert en aucune façon à changer les règles et critères du crédit et à modifier les comportements bancaires. Il faut en finir avec les allégements de « charges sociales » des entreprises. Au contraire, un nouveau crédit sélectif pour les investissements matériels et de recherche est à inventer. Son taux d’intérêt serait modulé : plus les entreprises programmeraient d’emplois et de formations correctement rémunérés et plus le taux d’intérêt des crédits des banques serait abaissé jusqu’à 0 %, voire en dessous (non-remboursement d’une partie des prêts). La modulation, nous préconisons de l’utiliser dans l’intérêt du plus grand nombre. Tout de suite, la trentaine de milliards d’euros annuels dévolus aux allégements de cotisations sociales patronales pourrait doter un Fonds national pour amorcer ce nouveau crédit, via des bonifications d’intérêts. Décentralisé, il pourrait être saisi dans les territoires. Il formerait un pôle public bancaire et financier avec la BPI, la Caisse des dépôts, la Banque postale, les banques mutualistes, ainsi que des banques nationalisées.

Le service public, pilier d’une société nouvelle


Dans un moment de crise profonde où se développent précarité, insécurité, inégalité mais aussi de révolte monte l’exigence d’une culture de partage, de justice et de solidarité, la question du service public resurgit au cœur des débats comme une réponse incontournable structurante d’une nouvelle société. Pour notre part, nous considérons que le développement des services publics, leur amélioration substantielle, la démocratisation de leur fonctionnement sont des aspects incontournables de la réponse aux besoins humains.
Il faut inverser la machine capitaliste qui, depuis des décennies, au nom d’une concurrence libre et non faussée, sur l’autel de la libéralisation a donné aux prédateurs financiers des pans entiers du service public et a dégradé le fonctionnement d’une grande part des services publics existants. Ce faisant, idéologiquement, la notion de l’utilité du service public, de sa mission de répondre aux besoins de la population s’est fortement atténuée devant la réalité concrète très dégradée.
Dans ce monde en mouvement, où les questions posées s’aiguisent, il nous faut donc être offensifs et concrétiser l’ambition portée d’un grand service public rénové dans ses finalités, son fonctionnement et contrôlé démocratiquement.
Qui dit service public doit définir quel nouveau modèle d’entreprise publique nous voulons avec quels critères de gestion démocratique et quels personnels avec quel statut. Qui dit service public doit déterminer quels sont les champs nouveaux que nous voulons extraire de la sphère marchande, les services à la personne par exemple. Qui dit service public doit exiger des financements nouveaux et une réforme fiscale de justice sociale. Il ne s’agit pas du maintien du statu quo mais bien d’une autre conception des services publics.

Le système de protection sociale français


Conçu en 1945 il constitue un des mécanismes clés de la régulation du système économique. Il constitue une réponse historique originale à la crise systémique de l’entre-deux-guerres. Il a notamment contribué à la phase d’essor de 1945 à 1967. Il permet de couvrir les coûts sociaux liés au type de progression de la productivité du travail. Le système de protection sociale (SPS) contribue à la prise en compte de la « dynamique des besoins sociaux ». Il participe à la reproduction de la force de travail, en la maintenant en « bon état de marche » et en accroissant sa capacité productive de valeur ajoutée. Le SPS contribue à un meilleur entretien de la force de travail par une meilleure couverture des besoins sociaux (famille, santé, retraite, etc.)
Le SPS tend à la fois à la relance de la consommation et à la relance de la production, jouant à la fois sur la demande et sur l’offre. Il tend à élargir la consommation privée et collective, donc les débouchés des entreprises, il contribue ainsi à stimuler l’incitation à investir, l’emploi et la production. Les prestations participent ainsi à un autre type de développement économique et social. Le financement du système de protection sociale repose sur des cotisations assises sur les salaires versés dans les entreprises, mais permettant en même temps de financer les solidarités.
Face à l’accumulation et à l’accélération des réformes régressives de Sarkozy à Hollande et à la crise profonde d’efficacité et de financement du système de protection sociale, des réformes alternatives de progrès et d’efficacité sont indispensables. Toutes les forces vives du pays, comme en 1945-1946, doivent faire preuve de créativité pour faire monter des alternatives aux choix austéritaires. La solution n’est pas dans la réduction des dépenses publiques et sociales et des prélèvements publics et sociaux obligatoires. Concernant le système de santé, elle ne peut consister dans une réduction des dépenses de santé solidaires, qui favoriserait l’éclatement entre assistance et assurance. Une véritable régulation médicalisée devrait partir d’une évaluation des besoins de santé au plus près du terrain, d’une détermination contrôlée des réponses à apporter à ces besoins humains. Elle appelle la concertation et la contribution des acteurs pour la construction de procédures de régulation aboutissant à un système de santé réellement solidaire, préventif, favorisant l’accès précoce aux soins, coordonné et efficace avec un meilleur suivi du malade et de meilleurs résultats de santé. Les dépenses sociales de santé, de retraite, pour la politique familiale, etc. devraient être étendues et réorientées. Loin de représenter un boulet pour l’économie, elles pourraient contribuer à une issue de progrès à la phase de difficultés du cycle long en cours et amorcer une nouvelle phase d’essor, en anticipant de nouveaux mécanismes de régulation. Une réforme de fond du financement permettrait de prendre en compte les besoins sociaux (retraite, santé, famille, emploi) qui ont émergé dans la crise, afin d’amorcer un processus de sortie de crise.
Une refonte de progrès du système de protection sociale est une nécessité vitale pour sortir de la crise en cours, notamment pour répondre aux nouveaux besoins de santé, aux exigences d’une politique familiale moderne, d’un financement dynamique des retraites, de l’autonomie des personnes âgées, etc. Des constructions institutionnelles nouvelles pourraient concerner un nouveau système de sécurité d’emploi ou de formation. Celui-ci viserait à assurer à chacune et à chacun une sécurité et une continuité de revenus et de droits sociaux relevés. Cela impliquerait de nouveaux droits sociaux et pouvoirs des salariés, des acteurs sociaux, des associations, des usagers et de toutes les populations. La promotion de la formation tout au long de la vie, la sécurisation et le développement de l’emploi, des salaires, pourraient concourir à dégager de nouvelles ressources pour la sécurité sociale, tout en visant une nouvelle avancée de civilisation.

La réduction des inégalités


Nous considérons qu’il est indispensable d’engager une politique de réduction des inégalités sociales énergique, courageuse et durable pour répondre aux besoins humains.
C’est l’augmentation des salaires dans la fonction publique, des pensions de retraité-e-s, des minima sociaux pour ce qui est de la responsabilité directe du gouvernement. C’est aussi conditionner des mesures d’aide ou d’accompagnement aux entreprises à l’amélioration effective et contrôlée de l’emploi qualifié, des salaires, de la formation des salariés. Il n’est plus possible que des entreprises empochent des milliers d’euros d’aide et licencient comme c’est le cas pour le CICE et Sanofi par exemple. C’est aussi une politique de réduction des inégalités sociales avec des aides spécifiques pour les bas salaires, un accompagnement significatif de la formation continue qualifiante…
Répondre aux besoins humains c’est aussi toute la sphère des apprentissages, de l’éducation, du savoir, de la culture, du développement humain. Là encore, la sélection par l’argent est inacceptable pour nous, au contraire, nous considérons que ces secteurs-là ont cruellement besoin de développement d’emploi qualifié, de structures innovantes…

Plus globalement, nous mesurons bien que la réponse aux besoins humains dans leur diversité, impose de s’exonérer de la loi du profit. La recherche du profit financier immédiat est le contraire de la réponse aux besoins humains. La solution n’est pas de composer avec mais bien de s’y attaquer avec conviction et détermination.

Une démarche démocratique


Revenons sur notre démarche démocratique autour de la réponse aux besoins humains, une démarche fondamentale. Nous considérons qu’il y a trois phases.
Celle de l’expression des besoins. Il s’agit de se donner les moyens de faire s’exprimer les besoins humains dans leur diversité. C’est une étape déterminante. Il n’est pas question de la considérer comme acquise ou allant de soi. Décider à la place des femmes et des hommes n’est pas une solution.
Celle de la détermination de la réponse aux besoins exprimés. Il s’agit ensuite de déterminer les réponses à apporter à ces besoins, le faire de manière dynamique tant dans le contenu que sur la durée. Cela est évidemment en lien avec la réalité locale. Là encore, pas de recettes inventées en dehors des actrices et des acteurs locaux. Il est indispensable de lier celles et ceux qui expriment les besoins et celles et ceux qui contribuent à y répondre.
Enfin, celle du contrôle de la mise en œuvre des réponses. C’est un enjeu considérable. Il n’est pas question de faire l’économie de cette étape. Ce contrôle démocratique est le moyen d’avoir la garantie que le processus sera conduit à son terme, c’est le respect de la bonne mise en œuvre des réponses décidées, c’est l’engagement à maintenir des actrices et des acteurs de la démarche jusqu’à son terme…

*Jean-Luc Gibelin est membre du comité de pilotage du projet, animateur du secteur Santé du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 42, décembre 2014

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 15:25
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