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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 20:28

Anniversaire de la loi Veil: qui sont les 7 députés qui n'ont pas réaffirmé le droit à l'IVG

POLITIQUE - L'Assemblée nationale a adopté mercredi par 143 voix contre 7 une proposition de résolution cosignée par tous les présidents de groupes pour réaffirmer le droit fondamental à l'interruption volontaire de grossesse en France, en Europe et dans le monde.Share

Ce texte, non contraignant, a été adopté le jour anniversaire du démarrage des débats sur la loi de Simone Veil, le 26 novembre 1974. A l'inverse de la violence des échanges d'il y a 40 ans, l'apaisement a dominé dans l'hémicycle lors des interventions, rompu seulement par un virulent discours anti-avortement du député d'extrême droite Jacques Bompard:

Cinq UMP votent contre
La tirade anti-avortement de Jacques Bompard à... par BFMTV

En plus de Jacques Bompard, ce sont donc six autres députés qui ont voté contre dans l'hémicycle mercredi: l'UDI Jean-Christophe Fromantin et les UMP Xavier Breton, Nicolas Dhuicq, Olivier Marleix, Yannick Moreau et Jean-Frédéric Poisson. Ce dernier s'est exprimé dans les couloirs de l'Assemblée pour justifier son choix,considérant que "ce texte n’est pas une avancée":

La résolution "rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et d’une société de progrès".

Outre "le rôle majeur de la prévention, et de l’éducation à la sexualité, en direction des jeunes", elle "affirme la nécessité de garantir l’accès des femmes à une information de qualité, à une contraception adaptée, et à l’avortement sûr et légal".

Le texte souhaite enfin que "la France poursuive son engagement au niveau européen, comme international, en faveur d’un accès universel à la planification familiale".

De nombreux orateurs ont rappelé que le gouvernement conservateur espagnol avait prévu de supprimer le droit à l'avortement, avant de renoncer face aux protestations.

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Marie-George Buffet « Réaffirmer un droit fondamental »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT MOULOUD

VENDREDI, 28 NOVEMBRE, 2014

« À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, l’IVG est encore illégale. »

Photo : Joël Saget/AFP

Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, revient sur la résolution votée mercredi à l’Assemblée en faveur du droit à l’interruption volontaire de grossesse.

L’Assemblée nationale a adopté, mercredi, une résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Un vote crucial, souligne Marie-George Buffet, députée (PCF) de Seine-Saint-Denis et oratrice du groupe communiste.

Quel sens donnez-vous à cette résolution ?

Marie-George Buffet : C’est la réaffirmation d’un droit fondamental, d’autant plus utile que son existence reste fragile. Il y a quelques semaines, lors de l’examen du projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, des députés de droite ont parlé d’IVG de « convenance personnelle » parce qu’on avait décidé de supprimer des textes l’obligation faite aux femmes de justifier d’une « situation de détresse » pour pouvoir avorter… Mercredi, certaines interventions, y compris de députés socialistes, ont encore expliqué qu’il fallait faire baisser le nombre d’IVG sous prétexte de développement des moyens contraceptifs… On le voit, ce droit est toujours menacé sur le plan idéologique, et la vigilance est de mise. Ne sous-estimons pas la puissance des idées conservatrices qui traversent actuellement la société.

Ce droit à l’IVG est également remis en cause par les politiques d’austérité…

Marie-George Buffet : Tout à fait. Et ce n’est pas seulement moi qui le dis ! Un rapport de l’Igas (inspection générale des affaires sociales – NDLR) de 2009 note que les conditions ne sont toujours pas réunies en France pour garantir aux femmes l’accès au droit d’avorter. Il est difficile dans des départements comme le mien. Mais également dans les départements ruraux, où la fermeture des structures de santé de proximité – hôpital, maternité – fait que les centres d’IVG sont de moins en moins accessibles, compliquant les démarches des femmes, notamment des jeunes filles qui n’ont pas forcément un entourage pour les accompagner. Il y a là une vraie bataille à mener. Au-delà de nos frontières, il y a aussi besoin de poursuivre la mobilisation. À Malte, en Irlande ou encore en Pologne, les femmes n’ont toujours pas ce droit. Et en Espagne, il a failli être remis en cause.

Les débats parlementaires en 1974 avaient été virulents. Quel a été le rôle des communistes dans ce combat ?

Marie-George Buffet : Nous sommes dans la contradiction du Parti communiste de l’époque. Il faut se rappeler que nous avons agi, à un moment, contre la contraception car nous disions que c’était une démarche malthusianiste, qui empêchait les familles ouvrières d’avoir des enfants. Et quand les féministes ont lancé le mot d’ordre « Un enfant si je veux quand je veux », il y a eu des débats dans le Parti. Nous estimions, à l’époque, que la solution était le socialisme ; qu’il réglerait les problèmes d’égalité des hommes et des femmes, et que le combat féministes nous détournait du combat essentiel. Mais sur cette question précise de l’IVG, quelques mois avant le débat de décembre 1974, le groupe commu-niste avait déposé une loi-cadre qui s’appelait « Pour la promotion de la femme et de la famille ». Et dans ce texte, nous interrogions déjà sur les moyens mis à la disposition des femmes pour pratiquer l’IVG dans de bonnes conditions, et réclamions son remboursement. Les députés communistes n’étaient donc pas en retard au moment où le débat a débuté sur l’IVG. Mais au contraire, dans une position de soutien clair et engagée.

Les sept députés qui ont voté contre le droit à l’IVG.Mercredi, sept députés ont voté contre la résolution pour réaffirmer le droit fondamental à l’avortement en France, en Europe et dans le monde : celui d’extrême droite Jacques Bompard, Jean-Christophe Fromantin (UDI) et cinq UMP, Xavier Breton, Jean-Frédéric Poisson, Nicolas Dhuicq, Olivier Marleix et Yannick Moreau.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 14:15

Édition : La Revue du Projet

Première Guerre mondiale et mutation du salariat, Jean-Louis Robert

Un des paradoxes apparents de cette période est que la classe ouvrière paraît dispersée, bouleversée, segmentée. Et pourtant la conscience de classe, par des médiations complexes, ne cesse de croître.

La Première Guerre mondiale s’accompagne d’une mobilisation de l’économie et de la société par l’État : c’est la guerre totale. La priorité est alors à la production de guerre, à une production de masse qui doit vite se développer après un temps de désorganisation grave.
Les premiers mois de la guerre sont, en effet, marqués par une chute brutale de la main-d’œuvre employée dans les usines, les services ou les commerces, et une hausse massive du chômage. La mobilisation des jeunes hommes par l’armée est l’explication première de ce phénomène qui s’accompagne d’une baisse brutale des salaires par les patrons.
Mais très vite, l’état-major réclame toujours plus d’armes, de munitions, de canons, puis des chars, des avions… Des mécanismes complexes sont mis en place pour retrouver une main-d’œuvre : diverses lois permettent de faire revenir dans les usines de guerre des centaines de milliers d’ouvriers qualifiés mobilisés ; l’embauche des femmes est également massive ; la main-d’œuvre étrangère et coloniale se développe aussi, bien qu’à un moindre niveau.

Développement massif des usines de guerre
Toujours est-il qu’en 1916, le niveau de main-d’œuvre active, industrielle et commerciale, de la veille de la guerre est retrouvé, puis largement dépassé en 1917-1918. Mais la situation des secteurs professionnels est bouleversée : la métallurgie (le cœur de l’usine de guerre) triomphe, dépassant pour la première fois le textile-habillement qui recule. L’industrie chimique, mais aussi plus inattendu le personnel des banques et assurances, prennent une forte extension. Le bâtiment, le commerce et le livre régressent.
Le développement massif des usines de guerre est le fait des entreprises privées, les arsenaux de l’État n’y suffisant pas. Une énorme accumulation de capital, au bénéfice de quelques-uns, se produit : que l’on songe à Citroën ou Renault dont les usines connaissent une formidable expansion. Ces industriels bénéficient aussi de prix élevés dès lors qu’ils répondent aux exigences de production de l’armée.
Mais la priorité absolue donnée à la production favorise aussi occasionnellement les ouvriers des usines de guerre. Pour éviter les grèves et les conflits, l’État est parfois amené à faire pression sur les patrons pour qu’ils cèdent, au moins partiellement, aux revendications ouvrières. Et ce d’autant que le ministre de l’armement contrôle à sa guise les ouvriers détachés du front.

Une nouvelle conception des rapports sociaux
Ce contexte s’accompagne d’une visée à plus long terme, particulièrement en France ; non sans lien avec le fait que de 1915 à 1917 le ministre de l’armement est le socialiste Albert Thomas. Il veut se saisir de la guerre pour créer les conditions favorables à une économie française moderne et à une production efficace. Il multiplie les moyens pour que l’usine soit rationalisée, standardisée et ait un haut niveau de productivité. La chaîne et les ouvriers spécialisés (OS) apparaissent. À court terme, cela répond aux exigences de l’armée qui veut minimiser le nombre d’ouvriers rappelés à l’arrière. Mais au-delà, c’est à un vrai projet à long terme que s’attache le ministre. À la modernité de la production s’ajoute une nouvelle conception des rapports sociaux : patronat et salariat doivent collaborer pour que cette modernisation se développe de manière satisfaisante. Il convient donc d’assurer aux ouvriers des conditions de travail améliorées et une forme de représentation : ce sont les délégués d’atelier que les usines de guerre se voient contraintes de mettre en place.
Des forces – notamment à la direction de la CGT qui s’est ralliée à la défense nationale et à des formes d’union sacrée – veulent se saisir de cette démarche pour mettre en place un syndicalisme de présence ou de collaboration. Mais cette démarche se heurte à de nombreuses résistances et des alternatives apparaissent.

La croissance de la conscience de classe
Un des paradoxes apparents de cette période est que la classe ouvrière paraît dispersée (pour part au front, pour part à l’arrière), bouleversée par les incessantes mutations de main-d’œuvre, segmentée entre civils, mobilisés, femmes, étrangers – sans compter l’apparition dans les usines nouvelles des ouvriers spécialisés (OS), qui n’héritent pas immédiatement de la culture ouvrière des métiers. Et pourtant la conscience de classe, par des médiations complexes, ne cesse de croître. Cela tient en partie à des causes attendues : le débat sur le pacifisme qui parcourt aussi le monde ouvrier, la revendication de hausse des salaires pour atténuer les effets d’une cherté de la vie brutalement croissante. Mais il faut faire également toute sa place aux systèmes de représentations dans ce temps de guerre, marqués par le primat absolu de la morale de guerre. Tout s’ordonne en un conflit entre le combattant et le profiteur. Le langage de la guerre définit rapidement le premier des profiteurs : le marchand de canons. La lutte contre l’exploitation patronale devient alors, aussi, la lutte contre celui qui s’enrichit du drame de la guerre. Mais dès lors c’est bien « lutte » qui s’impose.
La guerre est ainsi marquée par des luttes sociales considérables. Les grèves de 1917 et 1918 sont d’une ampleur supérieure aux grèves de 1906 ou 1910. De grandes grèves, tant féminines que masculines, éclatent dans de nombreux secteurs, de la métallurgie à l’habillement et du bâtiment aux banques. Dans la région parisienne, la couronne des usines de guerre devient le lieu de mouvements incessants. Les ateliers sont parfois occupés, des manifestations éclatent. L’institution des délégués d’atelier qu’Albert Thomas voulait collaborative est alors détournée par les ouvriers révolutionnaires. Ce sont ainsi les délégués d’atelier de la Seine qui appellent à la grande grève de la métallurgie parisienne de mai 1918.
Ces grèves souvent spontanées, rarement lancées par les directions syndicales, sont fréquemment des succès. Car là encore l’État fait pression pour que la grève s’éteigne rapidement. Toutefois lorsque le conflit lui semble menacer la défense nationale, l’État pratique une vive répression, en particulier en renvoyant au front les ouvriers mobilisés grévistes. De plus une majorité des ouvriers reste, dans tous les cas et même lorsqu’ils aspirent à la paix, attachée à la défense de la patrie républicaine.
Ainsi apparaît un chemin alternatif au syndicalisme de présence : celui d’une action directe et d’une lutte sociale vive qui s’accompagnent de manière croissante après la guerre d’une expression révolutionnaire. Mais les deux chemins procèdent bien des mêmes conditions : l’importance de l’usine de guerre, l’importance de la mobilisation économique et la présence forte de l’État. Il est frappant d’ailleurs de voir que la quasi-unanimité de la CGT (réformistes ou révolutionnaires) se fait en novembre 1918 sur l’adoption d’un programme minimum qui manifeste un productivisme aigu (« le développement ininterrompu de l’outillage national ou industriel ») et exige la nationalisation de pans entiers de l’économie. Un programme qui marquera tout le XXe siècle.
La guerre a entraîné des mutations vives de la main-d’œuvre et de l’organisation du travail. Le « métallo » en est la plus forte image symbolique, qui au sortir de la guerre fait figure privilégiée d’une classe ouvrière, certes plus hétérogène que jamais et extrêmement divisée politiquement, mais qui ressort du conflit avec le sentiment que sa place est désormais au cœur du pays. Et ce même si l’immédiat après-guerre est marqué par une contre-offensive libérale.

*Jean-Louis Robert est historien. Il est professeur émérite à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne.

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 13:41

IVG : un droit pour lequel il faut rester mobilisés

En ce jour marquant, du 40ème anniversaire de l’ouverture du débat sur l’Interruption Volontaire de Grossesse, je tiens à réaffirmer au nom du PCF, que ce droit chèrement acquis nécessite plus que jamais notre vigilance. Il s’agit sans aucun doute, de l’une des plus grandes conquêtes sociales de ce siècle, obtenue de hautes luttes, par la mobilisation des militantes et des associations féministes, de femmes et d’ hommes politiques ainsi que par le courage de Madame Simone Veil.

Or, on assiste depuis quelques temps à une recrudescence des mouvements anti-IVG, et à une certaine banalisation de propos injurieux et culpabilisateurs pour les femmes. Annuellement, en France, plus de 200 000 femmes ont recours à une IVG, chiffre stable depuis quelque temps. Et pourtant, force est de constater qu’il est de plus en plus difficile d’avorter en France. Les restrictions budgétaires qui ont cours, notamment dans le domaine de la santé publique ont des conséquences graves sur le recours à l’avortement dans notre pays.

Un rapport du Haut conseil à l’égalité a montré que 130 établissements pratiquant les IVG ont fermé dans notre pays au cours des dix dernières années. Marie George Buffet, députée, a déposé un projet de résolution pour réaffirmer « le droit fondamental à l’IVG en France et en Europe ». C’est un point d’appui pour toutes celles et tous ceux qui défendent ce droit, cette liberté. Les communistes sont et resteront mobilisés pour que l’IVG bénéficie de moyens humains et financiers permettant aux femmes d’avorter dans de bonnes conditions.

Laurence Cohen, responsable nationale du PCF, « Droits des femmes/ Féminisme », sénatrice du Val de Marne

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 12:58

L’historiographie dominante de la première guerre générale de l’impérialisme nie le rôle décisionnaire du capital financier pour l’imputer aux politiques et aux militaires.

Quel a été le rôle du grand capital français dans la Première Guerre mondiale ?
La campagne lancée dans l’Union européenne depuis 2013 a un double but. Premièrement, général : nier tout rapport entre la guerre et la crise systémique du capitalisme surgie en 1873, jamais réglée jusqu’à l’explosion de l’été 1914 ; limiter le « parti de la guerre » aux décideurs « politiques », en omettant leur fonction de délégués du capital le plus concentré. Deuxièmement, plus spécifique : désigner le ou les coupables, la Russie impérialiste et expansionniste et son auxiliaire serbe, qui auraient entraîné dans le cataclysme l’Angleterre, pourtant sur le point de conclure avec l’Allemagne un compromis satisfaisant, et la France, prisonnière d’une alliance fatale absurdement respectée par l’hyper-« nationaliste » Raymond Poincaré ; laver le Reich de sa responsabilité dans le conflit, qu’avait solidement établie l’historien ouest-allemand Fritz Fischer (pourtant ancien nazi) en 1961, dans Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale 1914-1918 - sa thèse de « l’aspiration à l’hégémonie mondiale » de l’impérialisme allemand, assuré d’un consensus intérieur exceptionnel incluant le puissant parti social-démocrate (SPD), s’est en effet imposée malgré des assauts académiques répétés.
Cette propagande récemment relayée, via un éditeur allemand, par l’économiste Philippe Simonnot [Non, l’Allemagne n’était pas coupable, Notes sur la responsabilité de la Première Guerre mondiale, édition bilingue, français-allemand] a médiatisé des historiens adaptés à ses objectifs. En France, le médiéviste Nicolas Offenstadt, qui a troqué sa spécialité pour « les mémoires » de la Grande Guerre, prescrit, pour « en finir avec dix idées reçues sur la guerre de 14-18 », de tordre le cou aux « interprétations marxistes des origines de la guerre [qui], derrière les réflexions de Lénine sur l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme, allouent une place centrale aux rivalités économiques accentuées par la baisse tendancielle du taux de profit, et au caractère prédateur des milieux industriels » [Le Monde, 4 novembre 2013]. En « Occident » (France comprise), Christopher Clark, professeur à l’université de Cambridge, spécialiste d’histoire culturelle du XIXe siècle, d’histoire religieuse et d’histoire de la Prusse depuis 1600, s’est hissé depuis 2012 au vedettariat « européen » avec Les Somnambules. Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre, distribuant les mauvais points (russo-serbes) et les bons points (allemands). Aussitôt traduit, cet ouvrage a bénéficié d’une campagne mondiale qui rappelle celle du Livre noir du communisme (1997).
Ce courant a pris pour tête de Turc l’affreux « nationaliste » buté Raymond Poincaré, sans préciser que celui-ci avait été l’instrument de son
capital financier national, comme ses pairs des autres belligérants, à commencer par le pangermaniste Gustav Stresemann, porte-parole de la grande industrie allemande que l’historiographie « européiste » a transformé en Saint-Père de l’Europe. C’est en effet le Comité des forges en général, la dynastie de Wendel en particulier, qui firent de Poincaré un élu et un homme politique clé, comme nombre de ses contemporains (tel Albert Lebrun) et successeurs français (tel Robert Schuman).

La guerre du Comité des forges, du Comité des houillères et de la haute banque
La seule lecture de Bel-Ami de Maupassant révèle que c’est la Banque de Paris et des Pays-Bas qui décida de conquérir le Maroc et en obtint les moyens de l’État. Il suffit de dépouiller les procès-verbaux du conseil général de la Banque de France, consultables en ses archives, pour saisir que ce club des financiers du coup d’État du 18 Brumaire de Bonaparte dirigeait depuis sa fondation (1802) l’État, via le ministère des Finances. Mais l’historiographie dominante nie le rôle décisionnaire du capital financier, pour l’imputer aux politiques et aux militaires, responsables, en période d’activité, de l’achat d’armements par les États français et étrangers, et gratifiés à leur retraite de luxueuses sinécures par les groupes financiers concernés.
« La volonté de paix prêtée au capital financier, au sein des grandes puissances – thème majeur de la campagne contre “les réflexions de Lénine” et contre “les somnambules” […] hantés par des chimères mais aveugles à la réalité de l’horreur qu’ils s’apprêtaient à déchaîner sur le monde » (Clark), déboucha en effet, sur fond de crise et de rivalités économiques insurmontables, sur « un partage et […] un repartage du monde ». La décennie précédant l’explosion de 1914 avait illustré, par l’ampleur des conflits inter-impérialistes surgis en toutes zones, « la transition du partage pacifique au partage non pacifique » [Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Essai de vulgarisation] : la violence des guerres économiques coloniales ou « périphériques » (dans l’Europe balkanique) annonça « l’horreur » qui allait suivre. L’extermi­nation des Hereros (dans l’actuelle Namibie) n’avait pas relevé du seul général prussien Lothar von Trotha. Helmut Bley, pionnier de l’étude de ce génocide de 1904-1905, cite la Deutsche Südwestafrikanische Zeitung, porte-parole du grand capital colonial, pressée (le 2 mai 1906) d’appliquer à la Russie, riche Ukraine en tête, le « droit du plus fort » labellisé par le modèle africain : « Qu’est-ce qui nous empêche de rapporter [le] principe [du] droit du plus fort non seulement à la politique coloniale, mais à l’ensemble de la politique ? Est-il pire d’étendre nos territoires et de les développer aux dépens des Blancs inférieurs à nous [les sous-hommes slaves] qu’aux dépens de Noirs sans défense ? L’Allemagne est surpeuplée : pourquoi son drapeau devrait-il flotter sur les rives sableuses d’Angra Pequena et de Swakopmund et non sur les fermes des steppes faiblement peuplées mais très productives de la Russie centrale et méridionale ? » Comme l’a observé Elikia M’Bokolo, spécialiste de l’Afrique, l’expropriation coloniale, quels qu’en fussent les artisans et bénéficiaires, en Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni, etc., avait anticipé toutes les atrocités des deux guerres mondiales.
Il n’y a pas eu d’équivalent français aux études précoces du cas allemand par Fischer et par Gerald Feldman, dont le remarquable tableau des classes sociales en guerre a démontré l’hégémonie des « chefs de l’industrie lourde » sur les politiques et sur « les chefs de l’armée », qu’ils caseraient bientôt dans leurs conseils d’administration. Le retard n’a pas été rattrapé, l’évolution droitière du corps académique bloquant depuis les années 1980 l’histoire de l’impérialisme français. Le rôle joué dans l’entrée en guerre, la conduite du conflit, les conditions de sa conclusion et ses suites, par le trio décisionnaire Banque de France, Comité des forges et Comité des houillères n’est guère traité.
C’est ce trio, constitué entre 1802 et le Second Empire, qui avait avant-guerre guidé l’État dans toutes ses entreprises extérieures. C’est lui qui, sous le paravent de l’hyper-développement des attributions étatiques, fixa au plus menu détail l’organisation de l’exploitation, usant des services des éléments les plus droitiers de la CGT de Jouhaux et de la SFIO. Albert Thomas, théorique sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, qui depuis 1915 servait directement « l’orgie de profit » du capital le plus concentré (formule que Feldman applique au cas allemand) eut fin 1916 cet accès de franchise sur l’impuissance de l’État où ses tuteurs lui avaient assigné un strapontin : « nous sommes obligés de payer les prix qu’ils exigent ; malgré nos négociations, malgré nos retards, malgré nos sommations, ne pouvons rien obtenir […] ; il faut céder, céder le plus rapidement possible pour ne pas amener des retards et pour créer l’enthousiasme de l’industrie indispensable ». En juin, un des grands bénéficiaires de la guerre, personnage si typique d’une relation franco-allemande faite de rivalités et d’entente en temps de paix comme en temps de guerre, François de Wendel, avait cyniquement déclaré à la Chambre : « l’État est à l’heure actuelle dans l’impossibilité absolue de se substituer à l’industrie privée, et dans ces conditions, force lui est bien de se servir des moyens qu’il a à sa disposition » [Journal Officiel des débats, 9 juin 1916]. C’est le même trio qui, depuis 1914, exposa à l’ectoplasme étatique comment, en cas de victoire, « contribuer à l’expansion économique de la France sur les marchés du monde » et « bannir chez [les Alliés] l’étiquette teutonne ». C’est lui qui fixa jusqu’au tracé des nouvelles frontières, « la paix dure » du traité de Versailles, avant d’empêcher le même État-berger de le mettre en œuvre, la modification du rapport des forces avec les deux impérialismes dominants, américain et allemand l’exigeant désormais.
François de Wendel, véritable roi de France, cumula au sortir de la guerre la présidence « du puissant Comité des forges, 7, rue de Madrid » (y succédant à Eugène Schneider) et la régence de la Banque de France. Lui et les siens établirent les règles de la paix puis de la guerre suivante, qui ne résulta pas non plus des fantasmes de somnambules. Ses héritiers et leurs pairs conservent une puissance similaire, symbolisée par un récent président du principal syndicat patronal, le MEDEF, héritier de la Confédération générale de la production française (CGPF) et du Conseil national du patronat français (CNPF). Il serait temps, alors que « l’européisme » célèbre l’Europe de la paix où la guerre gronde – autour de l’Ukraine, comme en 1914 et 1939 – de reprendre l’étude des véritables décideurs et bénéficiaires de la première guerre générale de l’impérialisme.

*Annie Lacroix-Riz, est historienne.
Elle est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-VII-Diderot.

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 07:42
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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 23:16
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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 14:02

La gauche radicale a raison à propos de la dette de l’Europe

Par Wolfgang Münchau| 25 novembre 2014

Wolfgang Münchau, rédacteur en chef adjoint du Financial Times, n’est pas un suppôt de la gauche radicale. Son dernier éditorial, dans lequel il affirme que celle-ci a raison à propos de la dette de l’Europe, n’en est que plus significatif.

Éditorialiste du Financial Times en matière d’économie européenne, Wolfgang Münchau est peu suspect de complaisance envers une gauche radicale européenne qu’il qualifie volontiers de « dure ». Dans sa contribution du lundi 24 novembre, reproduite ci-dessous, il estime pourtant qu’elle seule prône les politiques économiques qui s’imposent. (traduction Bernard Marx)

Supposons que vous partagez le consensus général sur ce que la zone euro devrait faire dès maintenant. Plus précisément, vous voulez voir plus d’investissements du secteur public et une restructuration de la dette. Maintenant, posez-vous la question suivante : si vous étiez un citoyen d’un pays de la zone euro, quel parti politique devriez-vous soutenir pour que cela se produise ?

Vous seriez sans doute surpris de constater que vous n’avez pas beaucoup de choix. En Allemagne, le seul qui se rapproche d’un tel programme est Die Linke, les anciens communistes. En Grèce, ce serait Syriza ; et en Espagne, Podemos, qui est sorti de nulle part et est maintenant en tête dans les sondages d’opinion. Vous pouvez ne pas vous considérer comme un partisan de la gauche radicale. Mais si vous viviez dans la zone euro et que vous étiez favorable à cette politique, ce serait votre seul choix possible.

« L’establishment espagnol craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela »

Qu’en est-il des partis de centre-gauche, les sociaux-démocrates et socialistes ? Ne soutiennent-ils pas un tel programme ? Cela leur arrive lorsqu’ils sont dans l’opposition. Mais une fois au pouvoir, ils ressentent le besoin de devenir respectables, à un point tel qu’ils se découvrent des gènes du côté de la politique de l’offre. Rappelez-vous que François Hollande, le président de la France, a justifié le changement de politique de son gouvernement en expliquant que l’offre crée la demande.

Parmi les partis radicaux qui ont émergé récemment, celui qu’il faut regarder avec le plus d’attention est Podemos. Il est encore jeune, avec un programme en cours d’élaboration. De ce que j’ai lu jusqu’à présent, il peut être celui qui paraît le plus en capacité d’offrir une approche cohérente de la gestion économique de l’après-crise.

Dans une récente interview, Nacho Alvarez, l’un des responsables de la politique économique de ce parti a présenté son programme avec une clarté rafraîchissante. Ce professeur d’économie de trente-sept ans a expliqué que le fardeau de la dette espagnole (à la fois privée et publique), n’est pas supportable et qu’il doit être réduit. Cela pourrait se faire par la combinaison d’une renégociation des taux d’intérêt, de délais de paiement, de rééchelonnement et d’annulations partielles. Il a également déclaré que l’objectif de Podemos n’était pas de quitter la zone euro – mais inversement qu’il n’était pas d’y appartenir à tout prix. L’objectif est le bien-être économique du pays.

Vu de l’extérieur, cela semble une position équilibrée. Mais pas tant que cela en Espagne. L’establishment craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela. Mais affirmer que si la dette n’est pas soutenable, elle doit être restructurée ; ou que si l’euro devait apporter des décennies de souffrance, il serait parfaitement légitime de s‘interroger sur les institutions et les politiques de la zone euro, ne devrait pas porter à controverse.

« Les partis de centre-gauche et centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire »

La position de Podemos part simplement de la réalité de la situation de la zone euro à la fin de 2014. Il est logiquement incompatible pour la monnaie unique d’entrer dans une stagnation de longue durée et de ne pas restructurer sa dette. Puisque rien n’est fait pour éviter celle-là, la probabilité que celle-ci intervienne s’approche de 100%.

Pourtant, pour le moment, les gouvernements européens continuent à jouer à "durer et faire semblant". On voit en Grèce où conduit une telle stratégie à courte vue. Après six années de dépression économique, le gouvernement se trouve dans une crise politique aiguë. Syriza est en tête dans les sondages, et a de bonnes chances de prendre le pouvoir lors des prochaines élections générales, peut-être en 2015.

L’Espagne n’en est pas encore à ce stade. Podemos pourraient priver les plus grands partis – le Parti populaire du premier ministre Mariano Rajoy et le parti d’opposition socialiste – de la majorité absolue lors des élections de l’année prochaine. Cela pourrait les forcer à réaliser une grande coalition de style allemand – qui ferait de Podemos le principal parti d’opposition.

La situation en Italie est différente, mais elle n’est pas moins grave. Si le premier ministre Matteo Renzi ne parvient pas à générer une reprise économique dans ses trois années restantes de son mandat, le mouvement d’opposition Cinq étoiles serait en pole position pour former le prochain gouvernement. Contrairement à Podemos, ce n’est pas un parti vraiment radical, et il est un ardent défenseur de la sortie de l’euro. Comme le sont aussi le Front national en France et Alternative für Deutschland en Allemagne.

Ce que Podemos doit encore faire est d’offrir une vision cohérente de la vie après une restructuration de la dette. Ce serait une bonne idée que ce parti s’organise au niveau de la zone euro au-delà de son alliance avec Syriza au Parlement européen, parce que c’est à ce niveau que les décisions politiques pertinentes sont prises. Une résolution de la dette pour l’Espagne est certes nécessaire, mais cela ne peut être que le début d’un changement plus large de politique.

La tragédie actuelle de la zone euro est l’esprit de résignation par lequel les partis de l’establishment du centre-gauche et du centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire. L’une de ses dimensions particulières est que les partis de la gauche dure sont les seuls qui soutiennent des politiques raisonnables tels que la restructuration de la dette. La montée de Podemos montre qu’il existe une demande de politique alternative. À moins que les partis établis changent leur position, ils laisseront la voie grande ouverte à Podemos et Syriza.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 12:50

Coupe Davis: l’évasion fiscale gagne 6-0

Communiqué d'Attac

Lundi, 24 Novembre, 2014

Avant même le début du match, la Suisse a déjà gagné. Jo-Wilfried Tsonga, Gael Monfils, Richard Gasquet, Julien Benneteau et Gilles Simon sont en effet tous les cinq des heureux résidents de ce pays. Quant à BNP Paribas, qui sponsorise tapageusement l’événement, elle détient le record absolu de la présence dans les paradis fiscaux, avec 170 filiales.

Comme le révèle l’Équipe du 17 novembre, « pour la première fois dans l’histoire de la Coupe Davis, une finale opposera des joueurs qui résident tous dans le même pays », qui se trouve être l’un des principaux paradis fiscaux de la planète. Si les cinq joueurs français sont des exilés fiscaux, ils ne sont pas seuls. Roger Federer s’est lui-même exilé en 2008 à l’intérieur de la Suisse : il a déménagé du canton de Bâle-Campagne vers celui de Wollerau, à la fiscalité encore plus réduite que dans le reste du pays.

Quant au principal sponsor de l’événement, BNP Paribas, qui détient actuellement le fameux saladier dans son agence centrale de Lille, elle est aussi la championne de France de l’évasion fiscale. D’après ses propres chiffres, qu’on ne peut soupçonner de surestimer le phénomène, la plus grande banque européenne réalise pas moins de 21 % de son activité dans des paradis fiscaux grâce à 170 filiales.

Que fait BNP Paribas dans ces paradis fiscaux ?

Elle organise l’évasion fiscale pour elle-même et ses clients. La preuve ? Un éditorial daté du 21 février 2014 sur le site de la banque, intitulé « Patrimoine intelligent », proclame : « une fiscalité forte est installée durablement en France […] Rien d’inéluctable, impôt sur le revenu, sur les plus-values, sur la transmission, tous les sujets peuvent être optimisés […] Pourquoi ne pas créer une société à géométrie variable […] ? ».

Aux accusations d’Attac, BNP Paribas a répondu qu’elle voulait « servir ses clients partout dans le monde » et disposait « d’un vaste dispositif de lutte contre la fraude et le blanchiment des capitaux ». Combien de temps cette mascarade va-t-elle encore durer ? Et pourquoi les millionnaires et milliardaires français ne sont-ils pas imposés en France, indépendamment de leur lieu de résidence, comme les États-Unis le font pour leurs nationaux ?

Attac poursuivra ses actions citoyennes dans le cadre de la campagne « Les Requins » pour imposer à BNP Paribas de fermer ses filiales dans les paradis fiscaux, à commencer par celles des Îles Caimans, véritable trou noir de l’économie mondiale.

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BRUNO FORNACIARI

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