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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 04:57

Ci dessous une petite chronique tirée de mon livre ( écrite pour l'huma) pour dire ce que vit ma vallée à l'heure où la France compte 7 millions de pauvres,où les restos du coeur sont bondés, où plus d'un français sur deux ne sait pas ce que sont de vacances, à l'heure ou 2 % de la population possède ce que possède 70 % des gens, à l'heure ou les cadeaux patronaux se multiplient ( 40 milliards de "don" aux patrons par le CIC pour rien si ce n'est pour grossir les dividendes, alors que cela devait relancer l'(emploi!!!!), à l'heure où 370 000 patrons ne paient pas l'ursaaf,( oui ce sont eux les assistés!!!) ou chaque année ils percoivent 250 milliards d'euros de subventions dont on se demande ce qu'ils font..
Pendant ce temps là chez moi, à deux pas......

35 000 euros la nuit au must des neiges…

N’enlevez pas vos chaussures, un « ski boy » le fera pour vous. C’est la dernière trouvaille en matière de petits jobs dans les stations se sports d’hiver dernier cri. Ne vous inquiétez pas, vous les retrouvez demain sous le drapeau portant numéro de votre suite devant le Palace où la calèche vous attend avec vos skis et le même ski boy. Laissez-vous ensuite guider dans les salons où alternent les éventaires Cartier et Vuitton. Vous repérez une montre à 25 000 euros, soit, on vous la glissera demain sous votre oreiller. En couloirs feutrés de tableaux de maîtres, vous croisez un roi, une vedette, un homme d’affaire. Vous rejoignez votre chambre à la baignoire de hammam, home-vidéo encastré à portée de flots mouvants. Vous pourrez héler par l’intermédiaire de votre majordome particulier disponible 24 h sur 24, le coiffeur des stars John Nollet prêt à vous faire des frisettes façon Britney Spears ou Reine d’Angleterre.
D’ailleurs, en rejoignant les 600 m² de piscine vous pouvez rencontrer le duc d’Angleterre, venu en ski de Méribel avec deux moniteurs attitrés. L’an dernier vous auriez pu converser avec le roi de l’acier Lakshmi Mittal sur les avenirs incertains des ouvriers de la sidérurgie et du confort de leurs actionnaires en villégiature dans les hôtels alentour. Aucune faute de goût ici, tout est scrupuleusement noté : vos petites colères, vos désirs, vos soucis. Il y a même la photo de votre chambre prise le jour de votre départ afin de reconstituer au détail près votre décor aux prochaines vacances. Vous êtes 83 privilégiés dans l’hôtel. Il y a 110 personnes pour vos soins. Vous logez dans le dernier Palace des cimes, propriété de Bernard Arnault, Pdg de LVMH. N’oubliez pas la note en partant. Pour une nuit, la suite, à partir de 20 000 euros…
A quelques pas dorment « Les Airelles ». Must de l’hôtellerie. Vous avez droit en prime à une supernany et à un valet patineur chargé de guider vos glissades dans la patinoire privée. Pour une nuit, l’appartement luxe: 35000 euros. Il y a 14 hôtels de ce type dasn la station voisine de chez moi...
Ne téléphonez plus. Tout est complet pour la saison…

Michel ETIEVENT

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 11:49

Il est savoureux d'entendre François Asselin , héritier de l'entreprise de son père fustiger les mesures de contrôle de la pénibilité dans les entreprises au prétexte que cela prend du temps qui serait mieux utiliser ailleurs. Il ne dit pas si c'est pour prendre des mesures pour les diminuer.

Pénibilité, travail du dimanche: le "chantage du patronat"

DIMANCHE, 7 DÉCEMBRE, 2014

AFP - Philippe Desmazes

Face à l’offensive du Medef, le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, a dénoncé le "chantage" inacceptable du patronat. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, redoute que le gouvernement cède à nouveau.

"C'est une forme de chantage du patronat. Ce n'est pas acceptable", a déclaré samedi sur France Inter Jean-Claude Mailly, à propos du coup de frein donné à l'accord "contrat de génération" par la grande distribution, décidé après l'adoption par l'Assemblée d'une hausse de la taxe sur les surfaces commerciales pour corriger certains effets d'aubaine du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE).
Au terme d’une semaine d’offensive patronale, le secrétaire général de Force ouvrière a dit pouvoir "comprendre la colère des chefs des TPE et PME qui sont en situation de sous-traitance ou ont des difficultés en termes de marchés", mais a estimé que leurs "revendications ne (correspondaient) pas à la réalité des choses".
Concernant le compte pénibilité contre lequel le patronat s'insurge, Jean-Claude Mailly a redouté sa remise en cause, ce qui ne serait "pas acceptable". "C'était une des contreparties à l'allongement de la durée de cotisation pour partir en retraite", a-t-il rappelé. Même chose pour le travail dominical, qui risque d’être libéralisé dans la loi Macron qui sera présentée mercredi : "J'espère que le gouvernement va réussir à faire machine arrière, parce que là, on va dans le mur", a-t-il assuré en dénonçant par ailleurs un gouvernement "figé, glacé, dans un trip libéral dont il du mal à sortir".

"Je dis stop à l'indécence"

Le constat est partagé par Pierre Laurent, qui réagissait sur RFI. "Ils [les patrons] ont obtenu, depuis le début du quinquennat de François Hollande, des concessions à chacune de leurs protestations et continuent d'en demander toujours plus, et on ne voit pas pourquoi ils s'arrêteraient puisque le gouvernement, à chaque fois, cède à leur demande". "Nous sommes dans une politique qui depuis vingt ans accumule les exonérations de cotisations sociales, les cadeaux fiscaux, les crédits d'impôt, et tout ça avec les résultats catastrophiques qu'on connait pour le chômage", a insisté le secrétaire national du PCF.

"Il faut au contraire ouvrir les comptes et savoir à quoi sert l'argent public qu'on déverse vers les entreprises" a poursuivi Pierre Laurent, qui dénonce le manque de "transparence" qui entoure le CICE ou le Pacte de responsabilité. "Nous avons pris l'initiative d'écrire aux préfets pour demander qu'on rende publiques les aides versées dans le cadre du CICE, pour qu'on puisse y regarder de près. Et les préfets nous disent qu'ils ne peuvent pas nous donner les chiffres", a-t-il déploré.
"La prochaine loi, la loi Macron, va être encore une loi de déréglementation sociale", a-t-il mis en garde, évoquant notamment la généralisation du travail le dimanche, la possible mise en cause des 35 heures, de la justice prudhommale, ou de la médecine du travail. "Tout ça avec le même argument, +c'est pour créer de l'emploi+. On ne voit pas en quoi la liberté de licencier serait créatrice d'emploi. La réalité les salariés la connaissent, s'ils ne sont pas protégés (...) ça conduit à davantage de précarité".

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 11:25
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 10:42

Jean-Marc Durand : « La crise est due aux politiques soutenues par le Medef »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR KEVIN BOUCAUD

MARDI, 2 DÉCEMBRE, 2014

Manifestation, le 15 novembre dernier, à Paris, à l’appel du Front de gauche contre le budget d’austérité gouvernemental.

Photo : Patrick Nussbaum

Alors que le PCF a décidé de riposter à la semaine de mobilisation du Medef, l’économiste Jean-Marc Durand rappelle, contrairement à ce qu’avance le patronat, que « les prélèvements obligatoires sur le capital ont baissé de façon importante » depuis trente ans.

Pour la contre-semaine d’actions du PCF en riposte au Medef, pourquoi avoir choisi, comme itinéraire de manifestation, ce soir, d’aller du siège de l’organisation patronale à l’ambassade du Luxembourg, à Paris ?

Jean-Marc Durand : Le Medef représente tout particulièrement les grosses entreprises, contrairement à ce que l’on raconte. Il y a de petites entreprises en son sein, mais ceux qui décident, ce sont les grands patrons. Ce sont eux qui distribuent les dividendes, qui sont en pleine augmentation. C’est là que la spoliation de la société s’exerce, du fait de tous les allégements fiscaux dont ils sont les grands bénéficiaires, et de l’évasion fiscale et financière. Le Luxembourg est justement le paradis fiscal par excellence, dont l’ancien premier ministre n’est autre que Jean-Claude Juncker, aujourd’hui président de la Commission européenne à Bruxelles.

Que répondez-vous au patronat qui prétend qu’il souffre depuis trente ans ?

Jean-Marc Durand : C’est paradoxal, puisqu’à partir du tournant de la rigueur de 1983-1984, le cours des choses s’est inversé. Les prélèvements obligatoires sur le capital ont baissé de façon importante, alors que les impôts et taxes sur les salaires ont connu le sort inverse. Entre 1981 et 1998, la part des salaires a diminué de plus de 15 % dans les entreprises non financières. Les entreprises du CAC 40 ont un taux d’impôt réel sur les sociétés de 8 %, contre 33 % pour les petites entreprises et 24 % pour les moyennes. Gattaz et le Medef expliquent que les 41 milliards du pacte de responsabilité sont un juste retour des choses pour pallier l’augmentation des prélèvements fiscaux. Il est vrai que, depuis le choc des subprimes en 2008-2009, les prélèvements fiscaux ont augmenté sur les entreprises et sur les citoyens. Sauf qu’il faut savoir que cette crise est largement due au résultat des politiques soutenues et initiées par le Medef. Depuis, les prélèvements fiscaux ont progressé de 66 milliards d’euros, dont un tiers à la charge des entreprises, soit une vingtaine de milliards. Le pacte de responsabilité va donc bien au-delà de ce montant.

La CGPME se plaint de la taxation des dividendes. Est-il en projet de taxer les revenus du capital ?

Jean-Marc Durand : Cette mesure annoncée par le gouvernement est un écran de fumée. S’il avait voulu vraiment prendre une mesure significative en matière de taxation du capital, il fallait revenir sur le dispositif Copé d’exonération des revenus de cession de parts d’entreprises. De plus, les mesures du capital mobilier bénéficient d’un crédit d’impôt annuel d’un montant de 40 %.

Quelles propositions le PCF oppose-t-il aux revendications patronales ?

Jean-Marc Durand : Sur le plan fiscal, il faut d’abord restaurer un véritable impôt sur les sociétés. Nous pourrions le décliner de manière progressive en tenant compte du chiffre d’affaires de l’entreprise et introduire une modulation de cet impôt en fonction de l’utilisation des bénéfices. Il faut ensuite une réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune, qui intègre dans sa base les biens professionnels, dont les actions. Pour finir, il y a la taxation des placements financiers des entreprises. Sur le plan bancaire et financier, il faut mettre en place un fonds national pour l’emploi, et introduire un crédit sélectif à taux dégressif, en fonction de son utilisation par les entreprises. La Banque centrale européenne doit également racheter les dettes des États et développer un fonds social et solidaire pour leur réindustrialisation.

Jean-Marc Durand est économiste et membre du PCF

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 09:42

Quelques résultats significatifs de la CGT sur le département de la Seine Saint Denis

A Aubervilliers, la CGT fait 59,16% des voix A Bagnolet, la CGT fait 57,19% des voix
A Bobigny, la CGT écrase la liste patronale CFDT montée par la mairie : 88,1 % des voix et rafle tous les sièges !
Sur Est Ensemble et Plaine Commune, la CGT fait plus de 50 % des voix
A Drancy, la CGT fait 47,8% des voix
A La Courneuve, la CGT fait 66,73% des voix ;
A l’OPH93, la CGT fait 71 % des voix
A l’OPH de Bobigny la CGT prend tous les sièges face au syndicat monté par la direction
A l‘OPH Montreuillois, la CGT regagne la première place
Au Blanc Mesnil, la CGT fait 44, 98% des voix :
A Montreuil, la CGT fait 56,14% des voix
A Pantin, la CGT fait 48, 73%
A Pierrefitte, la CGT fait 61,25 % des voix ;
ASaint Ouen, la CGT fait 65,05% des voix ;
A Tremblay, la CGT fait 48,69% des voix…
A Villetaneuse, et aux Lilas, la CGT fait 100 %

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 09:39

TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU
SAVOIR SUR L’AUDIT FINANCIER DE VILLEJUIF….
Décembre 2014 - Episode N° 2 – Une fiscalité maitrisée

LES VILLEJUIFOIS ECRASES PAR LES IMPOTS ?
RAPPELEZ-VOUS, LA CAMPAGNE MUNICIPALE.


Les listes de la majorité actuelle rivalisaient d’imagination pour vous faire croire qu’à Villejuif les « taux d’impôts [étaient] bien plus lourds que les villes semblables » (Livret de campagne de Natalie Gandais).
Plus précis encore, Jean-François Harel expliquait qu’« à Villejuif, les impôts locaux sont plus élevés de 16,44 % par rapport à des communes françaises comparables (….).» (Journal n° 2 décembre 2013).
D’ailleurs, ils vous promettaient de « baisser les impôts locaux » (8 engagements de la liste UMP) et de « revenir à la moyenne des villes équivalentes » (30 propositions P. Vidal).

CE N’EST PAS CE QUE DIT L’AUDIT …
Ils se seraient donc trompés ?
« La commune enregistre en 2013 un produit de fiscalité directe de 34 M€ (613 € / habitant) qui résulte de l’application de taux communaux plus faibles que les taux moyens nationaux. Cette situation traduit une pression fiscale exercée sur les contribuables de la Ville plus faible que celle exercée par la moyenne des communes (à l’exception du foncier non bâti) » (p. 19)
Si l’audit avait comparé avec des villes semblables (de « même strate »), ce qu’étonnamment, il n’a pas fait, les résultats auraient été moins bons. Ainsi, le taux de la taxe d’habitation (19,48 %) est supérieur en 2013 à celui des villes comparables (18,07 %). Mais le taux d’imposition n’est pas le seul indicateur pertinent : les « abattements » sur la base imposable décidés par la ville (voir encadré) permettent aussi de réduire la pression fiscale exercée sur les ménages. Or, toujours selon l’audit, les abattements pratiqués à Villejuif, qui correspondent à une réduction moyenne de la base imposable de 285 euros/habitant sont plus favorables que dans les communes comparables où la réduction de base n’est que de 200 €/habitant (p. 20)

CE QUE NE DIT PAS L’AUDIT : L’IMPACT DU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
Pour dégager des marges de manœuvre financière, la précédente municipalité avait pour priorité absolue de créer les conditions d’un développement économique (nouvelles lignes de transports en commun, implantation de sièges de grandes entreprises comme LCL, mais également de PME) en renforçant sa vocation dans le domaine de la santé et des biotechnologies.
Outre son impact sur l’emploi et le dynamisme de la ville, le développement économique permet d’accroître les recettes fiscales de la ville.

Jusqu’à présent, les élus de la nouvelle municipalité étaient unanimes pour critiquer les actions menées antérieurement en faveur de l’attractivité économique de la ville : selon les cas, la ville était qualifiée de « cité dortoir » sans dynamisme économique (JF Harel), ou défavorable à l’implantation de petites et moyennes entreprises (N. Gandais).
Aussi, quel ne fut notre étonnement en découvrant la nouvelle plaquette « Investir à Villejuif » (fort bien faite au demeurant) qui vient d’être éditée par la municipalité. Nous y « découvrons » que la ville abrite :
- un pôle innovation santé avec un « environnement de chercheurs [qui] permet l’essaimage de start-up au sein de pépinières d’entreprises comme Villejuif BioPark® et crée une dynamique stimulante pour le développement d’un site d’innovation et d’économie de référence internationale. »
- un pôle innovation du numérique avec « des écoles d’ingénieurs en informatique et technologies du numérique de haut niveau (Epita, Efrei) ; des incubateurs et des pépinières d’entreprises ouverts aux start-up du numériques ; (…) Des groupes internationaux et des PME innovantes déjà implantés à Villejuif. »

Alors, là aussi ils se seraient trompés ?....

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 09:33

 

 

Une analyse sans concession de l'évolution en cours de la situation économique de Cuba par José Luis Rodriguez, ministre de l'économie à Cuba.

 

‎ Les amis de CUBA

CUBA NE VEUT PAS INSTAURER UN SOCIALISME DE MARCHE ».

Par Rosa Miriam Elizalde et traduit par Pascale Hebert

José Luis Rodriguez, Ministre de l’Economie à Cuba entre 1995 et 2009, est l’un des rares experts de l’île qui propose publiquement une analyse systématique et rigoureuse, depuis des positions socialistes, des transformations qui agitent l’île.

Avancer stratégiquement dans la création des conditions pour un développement durable à moyen terme.

Dans un pays qui se lève tous les jours avec un nouveau décret au Journal Officiel, qui avance vers des changements structurels de son modèle économique, on entend très peu les fonctionnaires expliquer les mesures dans le langage de la rue, tandis que dans la sphère numérique –avec une grande capillarité dans l’île malgré les faibles infrastructures d’Internet -fleurissent toutes sortes d’analyses spéculatives, fréquemment étayées par des propositions néolibérales.

Quoi qu’il en soit, l’économie est le grand sujet de conversation dans le pays. Cuba est confrontée à un dilemme crucial : ou bien elle actualise, révise et reconstruit sa structure économique ou bien la Révolution court le risque de succomber sous la pression combinée de ses propres erreurs et des agressions du blocus des Etats-Unis en une période très délicate de réajustement du Consensus de Washington vis-à-vis de l’île.

Rodriguez, assesseur du Centre de Recherches de l’Economie Mondiale (CIEM) de La Havane, répond à des questions à la veille de la dernière session plénière de l’année du Parlement cubain qui a à son agenda l’analyse des résultats de ce qu’il est convenu d’appeler « processus d’actualisation » et des projets pour 2015.

Vers où se dirige Cuba ?

Pourquoi parler d’actualisation et non de réforme économique ?

- C’est peut-être dû à deux raisons : d’un côté, on a voulu insister sur le fait que tous les changements proposés supposent l’actualisation du modèle social, que l’on a qualifié aussi de socialisme possible ; d’un autre côté, on a voulu prendre ses distances vis-à-vis de réformes -soit disant destinées à perfectionner le socialisme- qui ont conduit à sa disparition en Europe.

-Quel est exactement le modèle économique choisi ? Vers où se dirige Cuba ?

- Le modèle de socialisme cubain choisi suppose le perfectionnement de la société qui s’est construite jusqu’ici et qui possède plusieurs traits fondamentaux qui confirment son origine socialiste.

En premier lieu, on maintient la propriété sociale des moyens de production fondamentaux, c’est-à-dire ceux qui s’avèrent déterminants pour le développement du pays. On établit des limites à la montée en puissance de la propriété non étatique en réduisant sa capacité d’accumulation et on assure la prestation de services sociaux élémentaires universellement et gratuitement.

En même temps, on ouvre des espaces à la petite propriété privée, telle que l’auto-entreprise ou le travail indépendant, à la propriété coopérative agropastorale et non agropastorale et aux entreprises mixtes à capital étranger. On part ainsi du principe que d’autres formes de propriété non étatique peuvent contribuer au développement du pays, sans être prédominantes et si on les oriente de façon appropriée, c’est-à-dire sans qu’elles deviennent prépondérantes.

C’est un changement significatif, mais on y est parvenu en partant du fait que, d’une part, la propriété exclusivement étatique n’assure pas la réussite du socialisme dans la phase de construction du socialisme dans laquelle nous nous trouvons et que, d’autre part, pendant des années on a essayé de suivre cette voie et le bilan n’a pas été positif.

Enfin, il y a longtemps que la théorie marxiste est parvenue à la conclusion que l’existence de relations de marché dans la société obéit à un certain degré de développement dans lequel on ne peut socialiser directement le travail individuel des producteurs et que l’on a besoin de toutes les catégories mercantiles pour le faire .

C’est pourquoi le besoin s’impose de reconnaître cette réalité si nous voulons avancer vers un développement plus rationnel. Cela ne signifie pas que l’existence de relations de marché –dans la mesure où celles-ci sont reconnues- ne doivent pas être surveillées et soumises au contrôle social pour contrebalancer leurs effets socialement négatifs. Ce que j’ai dit auparavant nous donne l’idée que dans nos conditions, c’est ce qui peut nous assurer un développement socialiste possible, conformément aux circonstances de sous-développement dans lesquelles évolue notre économie, bien que, assurément, ce ne soit pas simple du tout.

Socialisme de marché

- Depuis que ce qu’il est convenu d’appeler la cubanologie, on interprète ce qui est en train de se passer à Cuba comme « la transition vers une économie sociale de marché » qui nécessairement doit être accompagnée de changements structurels dans le système politique du pays. Qu’en pensez-vous ?

- Concernant le premier point, toute personne qui étudiera l’évolution historique des expériences de ce qu’il est convenu d’appeler le socialisme réel, comprendra clairement que nous, nous ne voulons pas instaurer un socialisme de marché.
C’est une expression qui servait à qualifier les réformes économiques entreprises dans les années 60 du siècle dernier qui ont favorisé une large introduction de mécanismes de marché dans des pays comme la Yougoslavie, la Hongrie et aussi l’URSS avec la Perestroïka.

Ces réformes supposaient que le marché dans son fonctionnement n’était pas du tout contradictoire avec le socialisme. C’est pourquoi on a élargi de plus en plus la présence de ces mécanismes pour rendre plus « efficiente » la gestion économique, sans tenir compte de la connotation sociale de ceux-ci et sans surveiller ni contrebalancer leurs effets pervers. L’Histoire a démontré que le socialisme de marché est devenu le marché tout court, sans socialisme

Les critiques de la cubanologie suivent la logique que si on introduit le marché, on doit le pousser jusqu’à ses ultimes conséquences, c’est-à-dire le capitalisme –pour parvenir à une efficience supérieure- Partant de là, ils présupposent euphémiquement des changements politiques pour s’adapter à cette tendance, ce qui revient à provoquer la transition vers le capitalisme.. Ils auront beau retourner le problème dans tous les sens, c’est ce qui constitue le fond de leurs « recommandations ».

- Nombreux sont ceux qui exigent plus de célérité dans les changements et nombreux même sont ceux qui se prononcent pour un « électrochoc ». Est-il possible d’imposer un rythme plus rapide aux transformations ?

- On ne peut pas perdre de vue qu’après les longues années de la Période Spéciale, les attentes de la population sont nombreuses et dans bien des cas intenses.

Cependant, l’ampleur des changements nécessaires dans le fonctionnement de l’économie pour satisfaire les besoins de la population sont d’une grande ampleur et d’une grande complexité. Il s’agit même de mettre en œuvre des mesures pour lesquelles il n’existe pas d’expériences dans notre environnement.

C’est pourquoi il faut une période d’essai pour valider et même pour évaluer non seulement leur impact économique mais aussi sociopolitique, étant donné la grande importance des facteurs subjectifs dans ce processus.

Une décision précipitée en ce sens peut compromettre le processus d’actualisation. Ceci ne signifie pas que l’on n’avance pas dans tout ce qui et possible et ne met pas en péril les objectifs stratégiques à atteindre. Par exemple, on a pris des décisions qui flexibilisent la vente de logements privés, l’accès aux installations touristiques internationales et on accepte l’embauche de retraités qui peuvent, en plus, toucher un salaire sans perdre leur pension.

En résumé, je pense que la consigne du Président Raul Castro d’avancer sans précipitation mais sans pauses, a toute sa validité.

Il est difficile de préciser les rythmes de changements dans l’économie.

- Dans quels secteurs le changement espéré quand on a approuvé les Lignes Directrices il y a deux ans et demi ne s’est-il pas produit ?

- En premier lieu, il faut rappeler que les Lignes Directrices ont une période de mise en œuvre de 5 ans, ou plus dans certains cas. C’est pourquoi beaucoup des effets attendus dans le planning d’application peuvent encore être en cours de réalisation.

D’autre part, la concrétisation des résultats dans l’économie cubaine qui a un niveau d’ouverture supérieur à 47% -et qui dépend donc beaucoup aussi de ce qui se passe dans l’économie internationale- est soumise à un haut degré d’incertitude. Si à cette réalité, nous ajoutons la présence du blocus économique des Etats-Unis, il est très difficile de parvenir à une grande précision dans les rythmes de changement de l’économie.

En plus de ça, il y a des mesures qui, à l’origine, ont été prises sous certaines prémisses et qui, au fil du temps, ont dû être complétées par d’autres décisions. Un exemple est celui de l’affectation de terres incultes à la production agropastorale qui était régie à l’origine par le Décret Loi 259 et qui, ensuite, a été complétée par le Décret Loi 300, ainsi que par une autre série de mesures destinées à faciliter la gestion du secteur.
L’expérimentation de nouvelles formes de gestion du pouvoir populaire dans les provinces d’Artemisa et Mayabeque s’est aussi prolongée dans le temps au-delà du délai prévu initialement, à partir de l’analyse des expériences de sa complexe mise en œuvre.

- Quels bénéfices perçoit-on des transformations initiées en 2011 ?

- L’ordonnancement du modèle économique cubain a nécessairement dû commencer par les grandes décisions qui modifient la structure de la gestion de la macroéconomie, c’est pourquoi, logiquement, c’est une sphère dans laquelle nous pouvons percevoir quelques résultats importants.

Si nous considérons les problèmes les plus significatifs que recueillent les lignes directrices de la politique économique et sociale, nous constaterons que ceux-ci sont le déséquilibre du commerce extérieur et la basse productivité présents dans le pays.

Sur le premier point, on observe que d’un solde commercial négatif par rapport au PIB qui était de – 5% en 2008, on est passé à un solde positif de + 1,6% en 2013 grâce à la croissance des exportations et à la substitution des importations et à l’épargne.

En d’autres termes, le solde positif du commerce extérieur apporte des recettes qui permettent d’initier un processus graduel de renégociation et de paiement de la dette extérieure ; Sur ce dernier point, on voit que l’on a obtenu récemment une remise de 90% de la dette avec l’ancienne URSS auprès de la Russie –dette inscrite au Club de Paris- et on a obtenu aussi la remise de 70% de la dette avec le Mexique, en même temps que l’on consacrait une part substantielle des recettes à liquider les dettes extérieures, à partir de 2009.

Tout ceci a une importance stratégique, car cela permet de créer de meilleures conditions pour accroître les investissements étrangers, de faire grimper le taux d’investissement du pays et d’augmenter les rythmes de croissance jusqu’à atteindre en quelques années seulement des taux de l’ordre de 6% à 8%.

Quant à la productivité du travail, celle-ci a augmenté de 7,8% ces cinq dernières années, rythme qui, bien qu’il ne soit pas très élevé, a permis dans la dernière période que cet indicateur augmente plus vite que le salaire moyen pour éviter des pressions inflationnistes.

Cependant, il reste beaucoup à faire pour parvenir à une croissance équilibrée et durable, mais cela aussi demande du temps et des ressources.

La fin de la double monnaie, un ajustement précautionneux.

-La majorité de la population ne ressent pas encore d’améliorations de la microéconomie. Comment maintenir le consensus dans de telles conditions ?

- Tout processus d’ajustement économique –même s’il est fait avec des critères essentiels pour préserver les acquis de notre société- implique des défis inévitables à court terme. L’un des plus grands défis est probablement la façon de réaliser les changements structurels indispensables pour que le pays se développe et, en même temps, d’obtenir des améliorations dans le niveau de satisfaction des besoins de la population qui –comme on l’a déjà noté- cumule des carences liées à la Période Spéciale.

Quelques unes des décisions prises vont dans ce sens. Par exemple, le processus de restructuration des entreprises étatiques permet que celles-ci ajustent le paiement des salaires aux résultats productifs, ce qui –là où on a appliqué les mesures proposées- a permis d’augmenter substantiellement les salaires sans provoquer de pressions inflationnistes, ce qui ouvre potentiellement de nouvelles alternatives à 49% des actifs du secteur étatique qui travaillent dans des entreprises.

La situation est plus complexe dans la fonction publique, mais -sans compromettre l’équilibre fiscal indispensable- on a également haussé les salaires dans le secteur de la santé et du sport. De la même façon, dans le secteur non étatique –où travaillent environ 26% des actifs- on obtient des revenus plus élevés.

Cependant, malgré ces progrès et les potentialités que l’on perçoit, la détérioration du salaire réel et les restrictions pour étendre des services comme les transports et la construction de logements constituent des facteurs à prendre en compte dans la lutte pou l’indispensable équilibre que l’on doit atteindre progressivement entre la satisfaction des attentes et la création des conditions pour y prétendre.

Avec ce progrès, nécessairement graduel, on doit atteindre un plus haut niveau d’information et de participation des travailleurs dans tout ce processus, ce qui constitue, à mon avis, un élément essentiel pour maintenir le consensus indispensable.

-Quel est le poids de l’unification monétaire dans la réussite globale de la transformation de l’économie à Cuba ?

- La dualité monétaire qui a conduit à la circulation parallèle du peso cubain (CUP) et du peso convertible (CUC), qui a été mise en œuvre en 1993, a permis d’éviter une dévaluation du taux de change officiel qui –s’il s’était produit- aurait conduit à une situation très difficile à contrôler. Dans le secteur des entreprises, il a permis également de mettre en œuvre en parallèle un processus de décentralisation de la prise de décisions que nous pouvons aujourd’hui évaluer positivement avec la distance qui nous sépare des années 90.

La dualité monétaire a aussi permis –à travers la création des Bureaux de Change (CADECA) de drainer une part significative de l’excès de liquidité qui s’était accumulé entre les mains de la population dans ces années-là et qui avait atteint 73% du PIB. En même temps, on ouvrait une consommation en devises –elle aussi grevée par un impôt sur les ventes- au moins pour la partie de la population qui y avait accès, proportion qu’on est parvenu à évaluer à environ 60% de la population à la fin de la décennie précédente.

Tous ces effets positifs se sont perdus progressivement dans la mesure où la double circulation monétaire et le double taux de change qui y était associé ont rendu de plus en plus complexe la gestion de la comptabilité dans deux monnaies, ce qui rendait très difficile l’évaluation de la situation économique réelle du pays.
Par conséquent, un processus de changements comme le processus actuel a comme exigence indispensable d’ordonner notre comptabilité et nos statistiques en revenant à un système monétaire unique avec le peso cubain comme base.

Cependant, il s’agit là d’un processus d’une extrême complexité qui prendra nécessairement beaucoup de temps, puisqu’il s’agit de dévaluer le taux de change officiel qui se maintient aujourd’hui à 1 CUP = 1 CUC ou peso convertible (équivalent à un dollar américain) et faire converger le taux de change entre l’Etat et la population où on change 1 CUC contre 25 CUP. C’est sans doute une opération dans laquelle il faut avancer précautionneusement pour qu’elle soit couronnée de succès.

Actuellement, on travaille sur le bloc des transformations les plus complexes dans une conjoncture extérieure défavorable. Cependant, la feuille de route qui a été tracée avec les Lignes Directrices approuvés en 2011, assure les changements indispensables pour avancer stratégiquement dans la création des conditions pour un développement durable à moyen terme.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 09:05

Lagarde, le patron de l'UDI, étrillé pour sa gestion de la ville de Drancy

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«De nombreuses et graves irrégularités». La Chambre régionale des comptes d'Île-de-France étrille samedi dans un rapport la gestion de Drancy (Seine-Saint-Denis) par son maire, Jean-Christophe Lagarde, récemment élu président de l'UDI.

Outre la situation financière de la ville et ses relations avec l'intercommunalité qu'elle a fondée, la juridiction spécialisée dans les comptes des collectivités s'est penchée sur la gestion des ressources humaines de cette banlieue nord-est de Paris.

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Les magistrats pointent notamment l'octroi par le député-maire centriste, «en dehors de toute base légale et d'habilitation, de nombreux jours complémentaires de congés à l'ensemble des personnels» de la commune.

Un «recours massif» aux heures supplémentaires

A Drancy, les agents qui obtiennent la «médaille d'honneur» bénéficient ainsi de 10 jours de congés supplémentaires, relève le rapport. D'autres congés sont aussi «octroyés ponctuellement pour les ponts liés aux jours fériés» de façon irrégulière. L'ensemble de ces congés attribués sans «base légale» a entraîné en 2012 un «coût théorique» pour la ville de 1,3 million d'euros, et a contribué à faire baisser le temps de travail effectif moyen à 32,7 heures, contre 35 heures en théorie, selon la chambre régionale des comptes.

Pour sa défense, Jean-Christophe Lagarde estime que ce calcul n'a «aucun sens», car les congés n'entraînent aucune perte pour la commune, et que ce régime est en partie hérité de ses prédécesseurs communistes. Malgré une durée de travail effectif inférieure à la norme légale, la Cour des comptes déplore un «recours massif» aux heures supplémentaires dans de nombreux services, sans contrôle automatisé de leur octroi.

Lagarde dénonce «une dose incalculable de mauvaise foi»

Enfin, elle relève des «irrégularités nombreuses et persistantes concernent le recrutement et la rémunération de personnels contractuels et des collaborateurs de cabinet» du député-maire, dont certains auraient touché indûment des indemnités. Par exemple, l'un des collaborateurs de Jean-Christophe Lagarde aurait perçu, en 2011 et 2012, entre 2.600 et 2.700 euros de «trop» par rapport au maximum autorisé, tandis que des agents contractuels ont vu leur contrat, de catégorie A, renouvelé sans qu'une offre ait été publiée dans les règles.

Dans sa réponse aux magistrats, annexée à leur rapport, Jean-Christophe Lagarde s'engage à corriger quelques «rares et occasionnelles irrégularités», mais dénonce une procédure comprenant «bien des erreurs, beaucoup de poncifs et une dose incalculable de mauvaise foi» sur la situation financière de sa ville. Concernant les ressources humaines, il affirme respecter la loi sur le temps de travail ou les congés et souligne que Drancy «a limité la croissance de sa masse salariale à 0,5% entre 2006 et 2012, contre «18% pour la moyenne des collectivités».

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 17:43

La bombe Macron s’abat sur les droits des salariés

FANNY DOUMAYROU

JEUDI, 20 NOVEMBRE, 2014

Un des volets du projet du ministre Macron vise à mettre au pas les prud’hommes pour qu’ils fassent de l’abattage, au détriment des salariés qui demandent réparation.

Photo : Éric Piermont/AFP

Décryptage. Sous prétexte de favoriser l’emploi, le projet de loi fourre-tout du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, marque une accélération dans la déréglementation des horaires de travail et la casse des institutions que sont les prud’hommes, l’inspection et la médecine du travail.

La grenade Macron contre le Code du travail est dégoupillée. Le projet de loi censé « libérer l’activité », selon son intitulé, concocté par le ministre de l’Économie comme pour incarner la dictature des intérêts privés sur les choix sociaux et sociétaux a été transmis lundi au Conseil d’État, en vue d’une présentation en Conseil des ministres à la mi-décembre. Si la plupart des thèmes et des mesures du projet étaient connus, certains y ont été inclus dans la plus grande opacité. La mouture finale révèle une attaque de grande ampleur contre les droits des salariés – avec l’extension du travail du dimanche et de nuit –, et contre leurs institutions que sont les conseils de prud’hommes, l’inspection et la médecine du travail. Il révèle aussi la brutalité de la méthode du gouvernement qui, pour certains thèmes, passera par ordonnance pour éviter le débat au Parlement. Décryptage des principaux points du projet.

1. Vannes ouvertes au travail du dimanche

Si les socialistes avaient dénoncé en 2009, sous Sarkozy, la loi Mallié élargissant les possibilités d’ouverture des commerces le dimanche, leur projet explose les records en matière d’extension du travail dominical, et ouvre la voie au travail 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 à l’américaine, avec la possibilité de faire travailler les salariés jusqu’à minuit sans que cela soit considéré comme du travail de nuit !

L’extension est multiforme. D’une part, les cinq dimanches par an d’ouverture des magasins qui pouvaient être décidés par les maires des communes passent à douze par an, dont cinq seraient accordés de droit aux commerces, sans que l’édile local puisse s’y opposer. D’autre part, le projet va généraliser l’ouverture des centres commerciaux. La loi Mallié avait légalisé la situation des centres qui ouvraient jusqu’alors dans l’illégalité, en créant le concept de « périmètre d’usage de consommation exceptionnel » (Puce), réservé aux agglomérations de plus d’un million d’habitants. Avec Macron, les Puce sont transformés en « zones commerciales caractérisées par un potentiel commercial », une définition en forme de pléonasme qui signifie que toute zone commerciale, partout en France, pourra obtenir l’autorisation. Autre innovation, en plus des zones touristiques actuelles, le texte crée les fameuses « zones touristiques internationales », qui permettront notamment aux magasins des Champs-Élysées et aux grands magasins comme le Printemps et les Galeries Lafayette à Paris d’ouvrir le dimanche alors que les actions en justice de l’intersyndicale Clic-P les en empêchent aujourd’hui.

Ces zones seront déterminées par les ministères du Travail, du Tourisme et du Commerce, une manière d’exclure les municipalités, comme celle de Paris qui a refusé en 2010 ce cadeau aux grands magasins. Anne Hidalgo, maire PS de la capitale, n’a pas manqué de réagir mardi en prévenant qu’elle n’accepterait pas que « les pouvoirs du maire soient captés par Bercy ». C’est dans ces zones touristiques internationales que les enseignes se voient tailler un Code du travail sur mesure, avec un nouveau concept de « travail de soirée » qui décale à minuit le déclenchement du travail de nuit. Pour faire passer la pilule, le gouvernement instaure pour ces innovations une garantie de volontariat des salariés et le doublement du salaire pour les heures de travail dominical ou vespéral. Les syndicats insistent sur le leurre du volontariat, du fait des pressions possibles des directions sur les salariés. Et pour les majorations de salaire, le texte offre une issue aux patrons. Les entreprises pourront négocier des accords moins favorables, et ce n’est qu’en l’absence d’accord que le filet de sécurité de la loi s’appliquera, avec la majoration de 100 %. De plus, ce filet ne concernera pas les établissements de moins de 20 salariés. L’éclatement de l’activité des groupes en petits établissements distincts leur permettra d’échapper au surcoût du dimanche. Le Clic-P annonce une nouvelle manifestation le 16 décembre.

2. Prud’hommes : la Justice du travail remise au pas

La spécificité de la justice prud’homale, rendue par des juges issus du monde du travail à parité entre employeurs et employés, c’est du passé. Sous prétexte que les délais de jugement dans les conseils de prud’hommes d’Île-de-France sont inacceptables, Macron engage une restructuration profonde de l’institution, déjà entamée avec la suppression de l’élection des juges prud’homaux, discutée aujourd’hui même à l’Assemblée nationale. Il n’est pas question de donner à ces tribunaux les moyens nécessaires à un bon fonctionnement, mais de les mettre au pas pour qu’ils fassent de l’abattage, au détriment des salariés qui demandent réparation. Dans 92 % des cas, les salariés saisissent les prud’hommes à l’occasion d’un licenciement. Or, dans ce cas, le projet prévoit qu’avec l’accord des parties, l’affaire sera renvoyée vers une formation restreinte (deux juges au lieu de quatre) qui statuera sous trois mois et allouera au salarié une indemnité forfaitaire en fonction d’un barème lié à son ancienneté dans l’entreprise. « On ne sera plus de vrais juges car le travail d’un juge, c’est de regarder chaque cas et de voir les préjudices, pas d’allouer un montant fixe », s’insurge Jamila Mansour, présidente CGT des prud’hommes de Bobigny, où les juges CGT, FO et Solidaires font la grève des audiences depuis lundi, comme à Paris et à Lyon. Autre aspect de la réforme, le juge professionnel prendra le pas sur les juges prud’homaux. Aujourd’hui, les affaires sont jugées par les conseillers prud’homaux et ne font l’objet d’un départage par un magistrat que quand ils ne parviennent pas à trancher. Le projet Macron permet de passer directement à l’étape du juge professionnel. Une manière d’accélérer les procédures et d’instaurer en douce le système d’échevinage (un juge professionnel assisté d’un assesseur employeur et un salarié), fortement rejeté par les organisations syndicales et patronales. « Dans ce système, les juges prud’homaux deviennent optionnels, déplore Jamila Mansour, de la CGT. Le gouvernement veut enterrer les prud’hommes mais de manière perverse car il n’a pas le courage d’y aller frontalement. »

3. Inspection et médecine du travail : carte blanche pour réformer

Ce sont les deux surprises du chef, l’inclusion dans le projet Macron d’une carte blanche pour réformer la médecine du travail et l’inspection du travail par voie d’ordonnances, histoire de contourner magistralement les débats au Parlement. Concernant l’inspection du travail, le premier volet de la réforme dite Sapin – la restructuration des services – est passé par décret et en cours d’application. Restait le deuxième volet, consistant à donner aux inspecteurs de « nouveaux pouvoirs » de sanction contre les employeurs en infraction, sous forme d’amendes administratives ou de transactions pénales décidées par les directeurs régionaux du travail. Un projet contesté par les syndicats CGT, Solidaires et SNU-FSU, qui y voient une façon d’épargner aux patrons des poursuites pénales déjà trop rares. Le projet ayant été rejeté au printemps par le Parlement, les syndicats guettaient sa réapparition. Alors que le ministère du Travail leur a refusé toute information ces dernières semaines, ils découvrent dans le projet Macron que leurs pouvoirs seront réformés par ordonnance sous neuf mois, sans précision sur le contenu. « C’est l’opacité totale ! » dénonce Anthony Smith, inspecteur du travail CGT. Le texte prévoit aussi la révision « de la nature et du montant des peines applicables en cas d’entrave au fonctionnement des institutions représentatives du personnel », conformément à la promesse formulée mi-octobre par François Hollande de supprimer la peine de prison pour les patrons piétinant les droits des délégués du personnel, des comités d’entreprise, des comités d’hygiène et sécurité, au motif que cela inquiéterait les investisseurs étrangers. En réalité, les employeurs ne vont jamais en prison et les procès-verbaux d’inspecteurs pour entrave sont très souvent classés par la justice. En allégeant encore la peine inscrite dans le Code du travail, le gouvernement lance un signal supplémentaire pour que ces droits ne soient pas respectés. Même opacité pour les médecins du travail qui ont découvert fin octobre qu’ils seront frappés par le « choc de simplification » du gouvernement. Ce dernier compte supprimer la visite médicale périodique des salariés et mettre fin aux avis d’aptitude « avec restrictions » délivrés par les médecins du travail, qui obligent l’employeur à aménager les postes de travail. La réforme est finalement venue se nicher dans la loi Macron, mais là encore sans précision puisque c’est par ordonnance que seront prises ces mesures.

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 19:56

Alain Badiou : « L’usage tranchant du mot même de communisme est indispensable »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ALIOCHA WALD LASOWSKI

VENDREDI, 14 NOVEMBRE, 2014

Si les soulèvements populaires actuels peuvent être multiformes, incertains ou inattendus, ils n’en sont pas moins porteurs de l’apparition de forces politiques nouvelles. Pour le philosophe marxiste Alain Badiou, la politique communiste prend ici toute sa valeur dans la visée émancipatrice d’un mouvement, d’une dynamique et d’un processus historique inédits.

Loin du consensus dominant, Alain Badiou conçoit la philosophie comme un éclairage du présent, un souci de l’existence humaine et une intervention dans la vie des citoyens. Venir en aide, encourager avec vigilance, arracher la société au nihilisme actuel, pour que le monde soit un peu moins obscur qu’il ne l’est. « Résister, c’est penser » pourrait être son mot d’ordre. Pour ce penseur radical, un des plus grands intellectuels de la gauche internationale contemporaine, toujours fidèle à l’héritage de Sartre, la politique est action et engagement de soi. Participer à l’émancipation est une condition de la philosophie. Avec l’Hypothèse communiste (Éditions Lignes, 2009), Badiou relance la vitalité de l’idée communiste et ouvre à nouveau l’histoire écrite par les marxistes, celle qui passe héroïquement par la révolte des esclaves avec Spartacus, la guerre des paysans menée par Thomas Münzer en Allemagne, la Révolution française dans ses plus grandes exigences, la Commune de Paris ou encore la révolution russe d’Octobre 1917. Dans Que faire ?, qu’il publie aux Éditions Philosophie, il dialogue aujourd’hui avec le philosophe Marcel Gauchet sur le marxisme, le capitalisme et la démocratie. Alors que la planète est enchaînée aux nécessités financières du capital, la société atomisée dans un marché global de la consommation et le monde organisé à travers des inégalités telles que 10 % de la population mondiale possède 86 % des richesses, Alain Badiou met à jour des solidarités et des rencontres dans le but de reconstruire une organisation communiste. La philosophie s’affirme comme l’épopée d’une exigence de justice. Elle devient, avec Badiou, la visée collective d’un nouveau monde, par les moyens d’une pensée de ce que peut être la politique. Le communisme, dans son essence, est la projection politique des trésors de la vie de tous.

Avec vos travaux comme l’Hypothèse communiste, vous avez aussi organisé de grands colloques internationaux autour du mot « communisme ». Comment l’association de la libération de l’espace collectif de la mainmise du capital, du dépérissement de l’État et de la réunion du travail peut-elle former un processus historique alternatif et revenir à l’idée communiste ?

Alain Badiou : Je pense qu’il faut proposer quatre thèmes stratégiques, et dans un ordre un peu différent de celui que vous indiquez. Naturellement, vient en tête cela même dont Marx, dans son fameux Manifeste, déclarait qu’il était le résumé de toute son orientation, à savoir l’abolition de la propriété privée. Ce qui doit s’interpréter ainsi : il est possible de soustraire l’organisation générale de la production à la dictature des intérêts privés. Il est possible que le bien public remplace l’intérêt privé, autrement nommé « profit », dans l’étendue entière de l’activité productive et de ses supports (transports, moyens commerciaux, moyens d’échange…). Ensuite, l’organisation des rapports de travail, à l’intérieur des moyens de production ordonnés au bien public, doit elle-même être modifiée en profondeur. Il importe en effet de réduire et finalement d’abolir les « grandes différences » : entre le travail intellectuel et le travail manuel, entre les tâches de direction et les tâches d’exécution, mais aussi entre les ressources de la vie humaine (éducation, santé, culture, loisirs…) dans les grandes villes et celles qui existent dans les provinces et les campagnes. Marx nommait tout cela : avènement du travailleur polymorphe. Le dépérissement de l’État, en tant qu’appareil coercitif séparé, vient lentement couronner les deux processus précédents. Il ouvre la voie à une quatrième détermination : la fin du règne politique des identités, qu’elles soient nationales, religieuses, linguistiques, culturelles, au profit d’un internationalisme réel, qui signifie que l’humanité prend en main son destin global. Marx nommait cela « internationalisme » et il y voyait une caractéristique fondamentale du communisme. Je ne vois aucune raison de cesser d’affirmer que là, et là seulement, s’affirme une idée stratégique digne de l’espèce humaine, au point où elle est aujourd’hui parvenue quant aux moyens intellectuels et matériels qu’elle est capable de mobiliser. Le capitalisme, éclairé par cette idée, apparaîtra pour ce qu’il est : un usage barbare et arriéré de la modernité scientifique et technique.

Dans votre récent dialogue avec Marcel Gauchet, vous évoquez les politiques émancipatrices qui ne répondent pas au modèle de la démocratie parlementaire. Comment créer une dynamique de l’histoire, tout en échappant à l’omnipotence étatique ?

Alain Badiou: Où donc dans le monde ce que vous appelez le « modèle » de la démocratie parlementaire s’est-il installé, sinon, exclusivement, dans les pays où l’organisation économique et sociale est sous la loi du capitalisme le plus avancé ? Dans ce qu’on appelle, dans les médias serviles, « l’Occident » ? Que les gouvernements de ces pays soient ce que Marx nommait des « fondés de pouvoir du capital » est bien plus évident aujourd’hui que du temps de Marx lui-même ! Les soulèvements et les mouvements populaires, les organisations politiques nouvelles qui doivent s’édifier directement au niveau international, l’unification des prolétaires – plus nombreux à échelle du monde qu’ils ne l’ont jamais été, contrairement à ce qu’on raconte –, l’émergence de nouveaux intellectuels organiques, prêts à se lier aux masses sous le signe d’une idée communiste remaniée, intellectuellement modernisée, le ralliement d’une fraction de la petite bourgeoisie déçue du miroir aux alouettes du consumérisme capitaliste : tout cela, ce sont les tâches du moment, celles qui ouvriront, après le temps prophétique de Marx et d’Engels, et le temps violent et hyper-étatique de Lénine et de Staline, la troisième étape du communisme historique. Cette étape a du reste été esquissée, de façon encore chaotique et finalement impuissante, par Mao et les communistes chinois à la charnière des années 1960 et 1970 du dernier siècle. Nous serons, pour une très longue période, leurs successeurs.

Comment une nouvelle subjectivité politique peut-elle se dégager de la conjonction de ces quatre forces « encore hétérogènes » : « La jeunesse éduquée, la jeunesse populaire, le prolétariat nomade international et les salariés précaires ordinaires » ?

Alain Badiou : J’insiste, je me répète : une nouvelle subjectivité politique ne pourra se constituer à grande échelle, à partir des forces sociales dont vous rappelez la liste, que sous le signe d’une vision stratégique qui puisse servir de point de ralliement, de critère de jugement et surtout d’appui subjectif pour une totale indépendance au regard des propagandes et des opinions dominantes. C’est pourquoi l’usage tranchant, constant, du mot même de « communisme » est indispensable : l’adversaire veut que ce mot reste criminel et maudit. Et nous-mêmes, depuis trop longtemps, répétant comme des perroquets le bilan proposé par nos ennemis (communisme équivaut à totalitarisme sanguinaire, et rien d’autre), nous n’osons plus en parler que de façon allusive et honteuse. Ici même, quand donc le Parti communiste parle-t-il de communisme ? Alors que, en rendant à ce mot sa lumière propre, en proposant par un grand geste historique un nouveau bilan de la période antérieure et en rénovant simultanément les perspectives de la troisième étape, nous pouvons indiquer une sortie du monde enténébré du capitalisme planétaire et déployer une pensée et une pratique qui en soient tout à fait dégagées. J’ai pu voir, de la Turquie à la Corée, de Prague à Berlin, d’Amsterdam à Buenos Aires ou en Palestine, de Londres à New York même, que toute une jeunesse mais aussi une pléiade de vieux militants expérimentés attendent cette libération, cette indépendance retrouvée, hors du sinistre consensus qu’on veut nous faire croire éternel.

En analysant, dans Que faire ?, les trois étapes que constituent les communismes des XIXe, XXe et XXIe siècles, vous estimez que nous sommes actuellement à un carrefour, « dans un moment de bouillonnement qui rappelle fortement la situation révolutionnaire de l’Europe à la fin des années 1840 ». Dans cette perspective, quelle est la responsabilité des communistes pour dire le futur et prévoir ce qui vient ?

Alain Badiou : Qui sont « les communistes » ? Là est aujourd’hui la question. Déjà à la fin de sa vie, Mao Zedong posait une question angoissante à ses yeux : « Qui sont les successeurs de la cause du prolétariat ? » Dans les années 1840, Marx écrivait un Manifeste du Parti communiste sans qu’existent, surtout au sens où il l’entendait, beaucoup plus qu’une poignée de communistes. Il y avait le mouvement ouvrier français, il y avait l’économie politique anglaise, il y avait la philosophie dialectique allemande, et avec tout cela, on allait faire les communistes nouveaux. Nous aussi nous devons faire les communistes nouveaux. La tâche des communistes de la troisième étape est de devenir eux-mêmes des communistes de la troisième étape, et de travailler dans tous les mouvements populaires, tous les soulèvements, mais aussi les usines, les cités, les universités, les grands ensembles d’employés surexploités, les associations de chômeurs, les paysans affamés des pays du Sud, les ouvriers venus d’ailleurs, ce cœur vivant du prolétariat moderne, pour que l’idée communiste soit la stratégie positive partagée de tous les moments tactiques visant à défaire l’hégémonie capitaliste. Si de vieux partis politiques chargés d’histoire communiste veulent se rallier à ce nouveau commencement, nul ne s’en plaindra…

La principale revendication, une révolution encore à venir. Né en 1937 à Rabat (Maroc), ancien élève de Louis Althusser, Alain Badiou concilie très tôt un engagement militant avec l’exigence d’une pensée critique. Il commence sa vie politique par la lutte anticoloniale et milite contre la guerre d’Algérie. Après mai 1968, il fonde le groupe UCFML (Union des communistes de France marxiste-léniniste) et participe à la création, avec Michel Foucault, de l’université expérimentale de Vincennes (Paris-VIII). Meetings, occupation de locaux, de noyaux d’usine et de foyers ouvriers ou défense des sans-papiers… son intense militantisme nourrit son œuvre philosophique (Théorie du sujet, l’Être et l’Événement), romanesque (Calme Bloc ici-bas) et théâtrale (l’Écharpe rouge, le Cycle d’Ahmed). Peut-on penser la politique ? précise, en 1985, le rôle de la révolte comme pensée de la rupture et de l’événement ; D’un désastre obscur, en 1991, souligne la ruine historique de l’État ; Abrégé de métapolitique, en 1998, invite à la réinvention du politique ; sa réflexion se poursuit plus récemment, avec l’Idée du communisme (volumes I et II), le Réveil de l’histoire (Circonstances 6) et Qu’est-ce qu’un peuple ? (avec Jacques Rancière, Judith Butler…). Alain Badiou mobilise dans son œuvre Platon, Rousseau ou Marx, aussi bien pour éclairer le passé – comme, par exemple, l’action historique des révoltés haïtiens emmenés par Toussaint Louverture – que pour saisir l’actualité – ainsi le sens de l’engagement réel des occupants de la place Tahrir, en Égypte –, et la principale revendication qui compte pour lui est celle d’une révolution encore à venir.

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BRUNO FORNACIARI

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