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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 15:09
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Published by bruno fornaciari - dans PCF
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 11:12

Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey pour Alternatives Economiques

Derrière l’imposture de la « science » économique, qu’y a-t-il ?

Je salue à mon tour la publication de l’ouvrage de l’économiste australien Steve Keen, L’imposture économique, dont la nouvelle édition vient d’être traduite en français (Les Éditions de l’atelier, 2014, avec une préface de Gaël Giraud)[1]. Il propose une critique minutieuse de toutes les hypothèses et de tous les résultats de la théorie néoclassique qui a établi une domination sans partage sur l’enseignement universitaire, la recherche et les revues académiques, sans parler des médias. Ce livre procurera une véritable jubilation à tous ceux qui en ont marre de voir l’absence de rigueur logique chez les plus hautes sommités, pourtant récompensées par les titres, les honneurs et les places de pouvoir pour reproduire le monopole d’une discipline qui a tout du charlatanisme. Ladite science économique est une gigantesque imposture. Mais que cache cette imposture de nature intellectuelle, conceptuelle et épistémologique ? Cet ouvrage va-t-il jusqu’au bout de sa critique ? Essayons de voir cela en suivant les étapes principales du parcours auquel nous invite l’auteur.

1. La déconstruction de la « science » économique officielle

Le livre de Keen se compose de trois parties. Les deux premières montrent que les fondements de la théorie qu’on appelle néoclassique depuis le début du XXe siècle sont dépourvus de toute logique et sont même totalement incohérents. Non seulement les hypothèses retenues sont introuvables dans la réalité, mais les conclusions sont absurdes.

La « loi » de l’offre et de la demande n’est pas une loi

Le pont aux ânes de l’économie du café du commerce est la fameuse loi de l’offre et de la demande. Qui oserait la mettre en doute ? Pourtant, chacun des deux côtés de cette prétendue loi, censés se couper en un point déterminant le prix auquel s’équilibre le marché, souffre d’un vice congénital : l’impossibilité de passer d’un raisonnement mené à l’échelle individuelle (microéconomique) à un raisonnement global (macroéconomique).

Le problème examiné par Keen dans sa première partie est celui de l’agrégation des comportements individuels pour aboutir à un comportement global. Suffit-il d’ajouter les premiers pour définir le second ? Vieille question : la société est-elle la somme des individus ? Oui, répondent tous les économistes libéraux. Patatras, ce sont les meilleurs théoriciens néoclassiques qui, cherchant à démontrer la pertinence de cette assertion, ont abouti à démontrer le contraire. Et cela, pour la demande comme pour l’offre.

Du côté de la demande, on pourrait croire que, puisque la demande de consommation d’un bien par un individu évolue habituellement en sens inverse de son prix, le même phénomène pourrait être retrouvé au niveau de l’ensemble de l’économie : la demande globale d’un bien baisserait quand le prix monte. Faux, dit le théorème appelé « Sonnenschein-Mantel-Debreu », du nom des trois économistes qui, tels des kamikazes, s’étaient lancés dans les années 1970 dans la quête du Graal économique, et qui ont lucidement accepté de se faire hara-kiri. Pour que la loi de la demande soit vérifiée, il faudrait que tous les individus aient les mêmes goûts et préférences (impossible sauf à abandonner l’hypothèse d’indépendance des individus) et que la variation de leurs revenus ne modifie pas leurs préférences (impossible sauf à supposer que tous les revenus varient semblablement ou qu’il n’y a pas d’interférences entre les décisions des uns et celles des autres). La théorie de la demande globale suppose donc qu’il n’existe qu’un seul consommateur et qu’un seul bien. Idiot, comme Marx l’avait déjà dit en dénonçant cette « robinsonnade ». Résultat : la demande globale peut évoluer dans n’importe quel sens quand les prix varient ; par exemple elle peut augmenter quand le prix d’un bien de première nécessité augmente si les individus ne peuvent plus acheter que celui-là. La courbe de la demande globale n’est donc pas forcément décroissante, parce que l’« effet de revenu » peut contrecarrer l’« effet de substitution ». Les théoriciens de l’« équilibre général » ont dû admettre que, l’élasticité de la demande par rapport au prix n’étant pas toujours négative, la « loi » n’est vraie que si… on est déjà à l’équilibre… Dur, dur, une démonstration qui suppose le problème résolu.

Du côté de l’offre, on arrive aux mêmes incohérences. La théorie néoclassique dit que l’entreprise atteint son point optimum de profit lorsqu’elle égalise son prix avec son coût marginal. Mais pour que cette égalisation puisse être réalisée, il faut supposer que les coûts marginaux sont croissants, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais de rendements croissants dus à des économies d’échelle, sinon cela impliquerait que toute entreprise aurait intérêt à augmenter indéfiniment sa production et donc à demander une quantité illimitée d’inputs. Pour contourner ces difficultés, les néoclassiques ajoutent d’autres hypothèses : existence de coûts fixes (les fonctions d’offre sont alors discontinues), accès limité (donc pas de libre entrée, l’une des conditions de la concurrence parfaite).

Le mythe de la concurrence parfaite

Le pire est à venir pour la microéconomie néoclassique : « Les producteurs s’efforcent de maximiser leur propre bénéfice – leurs profits – et non les bénéfices de la société. Ces deux intérêts – les consommateurs cherchant à retirer le maximum de bénéfice de leur consommation, les producteurs tentant d’obtenir le profit maximal de leur production – ne coïncident que si le prix de vente est égal à la variation de la recette que les producteurs obtiennent en vendant une unité supplémentaire, variation que les économistes appellent “recette marginale”. Le prix – le montant que les consommateurs sont prêts à payer – vous donne[2] l’”utilité marginale” obtenue par la consommation du dernier bien acheté. Et c’est seulement s’il est égal à la “recette marginale” obtenue par le producteur pour la toute dernière unité de production vendue que les bénéfices de la société seront égaux au gain individuel du producteur quand il vend ce bien. Cela ne peut advenir que si la “recette marginale” pour le produire équivaut à son prix. Seule la concurrence parfaite garantit ce résultat car une courbe d’offre n’existe que si le prix de vente est égal au coût marginal. Sans concurrence parfaite, bien qu’une courbe de coût marginal puisse être tracée, elle ne correspond pas à la courbe d’offre, et […] la quantité offerte sur le marché sera inférieure à la quantité qui maximiserait le bien-être social. » (p. 112). Il s’ensuit que « les coûts de production sont normalement constants ou décroissants pour la grande majorité des biens manufacturés, de telle sorte que la courbe de coût moyen et même celle de coût marginal sont normalement soit plates, soit décroissantes » (p. 140). Et Keen ajoute ironiquement que « cela ne pose aucun problème aux fabricants mais rend la vie impossible aux économistes néoclassiques, puisque la majorité de la théorie néoclassique dépend d’une courbe d’offre croissante » (p. 140).

La concurrence parfaite existe-t-elle alors ? Keen utilise l’apport de l’économiste italien Piero Sraffa[3] dont la critique date des années 1920 mais que les économistes dominants ont ignorée. Si les « facteurs de production » sont fixes à court terme, leur demande et leur offre ne sont pas indépendantes, donc on ne peut pas considérer les différents marchés comme indépendants. Mais, à l’inverse, si on retient l’hypothèse d’indépendance de la demande et de l’offre de facteurs, alors on ne peut avoir de facteur fixe.

Pas de théorie de la production, donc pas de théorie de la répartition

Les conséquences de ces inconséquences sont multiples. L’une des plus importantes est que l’échafaudage néoclassique s’écroule lorsqu’il s’agit d’expliquer la répartition des revenus. Depuis Joan Robinson, on sait que la productivité marginale du capital, censée rémunérer celui-ci, ne peut être connue sans la mesure du capital qui elle-même dépend du taux de profit, d’où un raisonnement circulaire et une impasse logique.[4] Et la première partie du livre de Keen s’achève par la réfutation du traitement du travail comme une marchandise. Les néoclassiques sont incapables d’expliquer le chômage autrement que par un arbitrage des individus en faveur du loisir et au détriment du salaire. La question posée par Keen est ravageuse : « Comment quelqu’un peut-il profiter du temps de loisir sans revenu ? […] En réalité, la seule “activité de loisir” à laquelle on peut consacrer plus de temps avec un revenu inférieur est le sommeil. » (p. 174).

Autrement dit, la rémunération de chacun en fonction de sa productivité étant une fiction parfaitement idéologique, il convient de renouer avec la vision de Smith, Ricardo et Marx en termes de rapports entre les classes sociales et considérer le système économique comme reposant sur la reproduction des conditions matérielles et sociales de son fonctionnement, et non pas comme un modèle d’échanges occultant ces dernières. « Pour pouvoir trouver les prix, il est tout d’abord nécessaire de connaître la distribution du revenu ; et chaque répartition différente du gâteau économique entre travailleurs et capitalistes se traduit par un échantillon de prix différent. […] Ce ne sont pas les prix qui déterminent la distribution du revenu, comme les économistes le présument, mais plutôt la distribution du revenu qui détermine les prix. À l’intérieur de certaines limites, la distribution des revenus est déterminée non par des mécanismes de marché, mais par l’état des pouvoirs politiques relatifs. » (p. 185). Plus loin : « C’est un phénomène social. » (p. 193).

2. L’impensable crise dans la théorie dominante

Une fois démontés chacun des éléments de base de la pseudo-science néoclassique, Keen s’attelle à montrer qu’elle ne peut pas penser la possibilité même des crises. A fortiori, elle se trouve désarmée quand il en survient une, surtout de la force de celle éclatée en 2007 qui a entraîné une « Grande Récession ».

Une épistémologie hors-sol

Pourquoi la crise n’est-elle ni pensable, ni pensée ? Tout concourt à cela. D’abord, les néoclassiques se moquent du réalisme des hypothèses. À un point érigé en doctrine par Milton Friedman qui est toujours passé au-dessus de cela car, disait-il, « une théorie doit être jugée uniquement par la justesse de ses prévisions, et non par le réalisme de ses hypothèses » (p. 196). Au moins, si c’était le cas ! Mais la prévision selon laquelle le marché conduit à l’équilibre et à la stabilité est régulièrement démentie.

Ensuite, la théorie néoclassique n’intègre ni le temps, ni l’incertitude de l’avenir. Dès lors, non seulement elle est imperméable aux nouvelles recherches scientifiques concernant la complexité et la possibilité du chaos, mais elle a même régressé par rapport à l’économie politique classique et à Marx dont le modèle est cyclique (p. 229-230, 252-255, 408).

Enfin, la théorie néoclassique est restée fidèle à l’idiot utile qu’était Jean-Baptiste pour qui il ne peut y avoir de déséquilibre entre l’offre et demande globales, donc pas de surproduction possible. C’est la célèbre « loi des débouchés » qui, comme la plupart des lois néoclassiques, est fausse, pour plusieurs raisons. Les marxistes et les keynésiens ont souvent insisté sur le fait que les revenus distribués à l’occasion de la production ne se transforment pas nécessairement en achats, s’il y a thésaurisation de la monnaie ou préférence pour la liquidité comme disait Keynes. À cela, Arghiri Emmanuel avait ajouté que certains revenus (les profits), étant distribués après la vente, ne peuvent se présenter comme pouvoir d’achat auparavant, surtout dans une économie capitaliste en croissance.[5]

Le capitalisme est une économie monétaire

Keen ne s’attarde pas là-dessus et met l’accent sur un autre point qui permet, à juste titre, de relier Marx, Schumpeter, Keynes et Minsky (p. 399 ; curieusement, il n’insère pas Kalecki dans cette liste) : le capitalisme est une économie monétaire, or l’accumulation implique une avance en monnaie, et si le crédit dépasse le besoin du système productif en monnaie supplémentaire, alors la porte est ouverte à la bulle financière et, invariablement, à l’explosion. La démonstration tient en quelques lignes (même si elle occupe les chapitres XII, XIV et XV de Keen) et elle est limpide : la demande (de consommation mais aussi d’investissement) est constituée par « la somme du revenu et de la variation de la dette » (p. 412).[6] Mieux encore, « la demande agrégée, dans une économie conduite par le crédit est donc égale au revenu (PIB) augmenté de la variation de la dette. Cette égalité rend la demande agrégée bien plus volatile que si le revenu était la seule source, car, alors que le PIB (et le stock de dette accumulée) varie relativement lentement, la variation du flux de la dette peut être brusque et extrême. De plus, si les niveaux de dette sont déjà élevés comparativement au PIB, la variation du niveau de la dette peut avoir un impact substantiel sur la demande. » (p. 376).

Mais attention, « la monnaie empruntée pour acheter des actifs [financiers existants] s’ajoute à la dette de la société sans pour autant augmenter ses capacités productives » (p. 378) et « le danger survient quand le taux de croissance de la dette devient le déterminant décisif de la demande globale – comme c’est le cas dans l’économie à la Ponzi que sont devenus les États-Unis » (p. 385). « Quand les crédits sont octroyés pour la consommation ou pour l’investissement, la dette peut rester sous contrôle. Mais quand les prêts sont accordés pour spéculer sur les prix des actifs, la dette tend à s’accroître plus rapidement que le revenu. Cette croissance entraine une fausse expansion économique, qui est condamnée à l’effondrement une fois la croissance de l’endettement interrompue – comme c’est le cas aujourd’hui. » (p. 393, voir aussi p. 438).

Trois enseignements peuvent être tirés. Le premier est la confirmation que la monnaie est endogène au système économique, elle est créée à sa demande.[7] Keen cite opportunément l’économiste circuitiste italien Augusto Graziani qui a réfuté l’idée que, dans une économie monétaire, la monnaie pouvait être une marchandise, car la monnaie se distingue du crédit par sa capacité à « être acceptée comme l’accomplissement final de la transaction » (p. 401).

Le deuxième est que la monnaie est indispensable à l’accumulation mais sa non-maîtrise peut conduire aux catastrophes. Ainsi, Keen pointe cette apparente contradiction entre le fait que « l’effondrement de la demande financée par la dette a été la cause tant de la Grande Dépression que de la Grande Récession » (p. 337) et « l’inclination du système financier à créer trop de dettes, conduisant le capitalisme à des crises périodiques » (p. 339).

Le troisième enseignement est celui apporté par Irving Fisher qui a radicalement modifié ses analyses après la crise de 1929 : « Il reconnut que le marché n’est jamais à l’équilibre, et que les dettes peuvent ne pas être remboursées, non seulement par quelques individus, mais même de manière massive. Ses raisonnements statiques laissèrent place à une analyse des forces dynamiques qui pouvaient avoir causé la Grande Dépression. » (p. 316).

La crise financière aurait-elle alors sa source au sein même de la finance et uniquement là, ou bien faut-il relier les perturbations de la finance à l’évolution des rapports sociaux dans le système productif ?

3. Où sont passés les rapports sociaux de production ?

Redisons-le, le livre de Keen est désormais indispensable sur la table de tout économiste sérieux. Et cela bien que l’examen minutieux que l’auteur propose dans ses deux premières parties soit déjà largement connu par ceux qui ont refusé la lobotomie imposée par l’idéologie dominante depuis quatre décennies. Nous disposons notamment, en langue française, des travaux remarquables de Bernard Guerrien[8] qui a depuis longtemps décortiqué les fictions de l’agent représentatif unique, des courbes de demande et d’offre, de la fonction de production et de l’équilibre général, ainsi que la trahison de Keynes par le modèle IS-LM de Hicks, dont la critique ne se réduit pas à celle faite par les néoclassiques[9]. Keen ne semble pas avoir non plus connaissance des travaux de l’école circuitiste française, constituant pourtant l’un des courants du post-keynésianisme auquel se rattache Keen, ni des travaux des marxistes contemporains, notamment de ceux de Gérard Duménil et Dominique Lévy[10] sur la crise du capitalisme américain, largement diffusés en anglais dans la littérature d’outre-Atlantique, ni de ceux de l’école de la régulation autour de la monnaie. La conséquence est que Keen se présente comme l’un des rares à avoir prévu la catastrophe de 2007. Sa bibliographie mériterait pourtant de s’ouvrir.

Quel lien y a-t-il entre la production et la finance capitalistes ?

Le paradoxe est que Keen mobilise la théorie du circuit du capital que l’on doit à Marx (que Keen considère meilleure que celle de Keynes) tout en faisant disparaître toute relation entre l’évolution du système productif (travail, productivité, rentabilité économique) et la fuite en avant de la financiarisation comme palliatif aux difficultés du capital.

Dans un livre dont la moitié au moins est consacrée à l’explication des crises et aux théories alternatives, le concept de capital fictif – avancé par Marx dans le Livre III du Capital – pour comprendre la financiarisation est inconnu[11], et les rapports sociaux n’apparaissent jamais sauf, indirectement, dans l’analyse de la formation des prix de production dans la lignée de Sraffa. Mais la transformation de la gestion de la force de travail menée par le capitalisme néolibéral, la baisse tendancielle des gains de productivité depuis un demi-siècle dans tous les pays capitalistes développés et ses répercussions en termes de rentabilité du capital[12] sont totalement absentes de ce livre foisonnant de références. Cette absence de relation avec le système productif l’empêche de voir que l’une des dimensions de la crise structurelle et de long terme est la difficulté à faire produire toujours plus de valeur sur une base matérielle en voie de dégradation ou d’épuisement, et par une force de travail dont l’exploitation s’est aggravée.

Pour le dire rapidement, peut-on parler de crise financière sans parler de crise du capitalisme, non pas au sens de crise finale, mais de crise d’un cycle du capitalisme, caractéristique d’une « Grande Dépression » (1929) ou d’une « Grande Récession » (2007) ?

Et c’est là que reparaît le paradoxe, sinon la contradiction, signalé plus haut. Keen admet toute la théorie de Marx sauf… la théorie de la valeur. Quand on sait que, pour Marx, toute l’analyse du capitalisme repose sur la théorie de la valeur, cette valeur qui est la finalité même du capital, on est curieux de lire l’argumentation.

L’économie politique mal traitée

L’argumentation fait l’objet de tout le chapitre XVII, l’avant-dernier du livre, qui débute par ces mots : « Pourquoi la majorité des marxistes ne sont pas pertinents, alors que presque toute la théorie de Marx l’est » (p. 454). En réalité, ce que veut dire Keen, c’est que le point de départ de Marx n’est pas pertinent. Il commence par un retour sur les classiques Smith et Ricardo qui avaient ébauché la théorie dite de la valeur-travail. La présentation qu’en fait Keen ne laisse pas de surprendre.

Je passe sur le fait que, selon Keen, toutes les écoles de pensée considèrent la valeur comme une « qualité intrinsèque de la marchandise » (p. 456), ce qui est inexact, tout au moins pour Marx qui a constamment insisté sur la nécessité de la validation sociale de la valeur[13]. J’en viens à la caricature qui est donnée de Smith et de Ricardo. Le premier est moqué pour avoir parlé de travail incorporé et de travail commandé, alors qu’il s’agit d’une intuition, certes formulée avec hésitation ou maladresse, qui va permettre ensuite de voir que l’exigence de valorisation du capital a une influence sur la fixation des prix. Et Keen assène ce jugement effarant : « Adam Smithétait forcé de concéder que le prix devait être suffisamment élevé pour payer non seulement les heures de labeur nécessaires pour fabriquer quelque chose, mais aussi pour payer un profit. » (p. 460, souligné par moi). Comme contresens, on ne fait pas mieux. Le contresens est d’imputer à Smith l’idée que la valeur se résume au paiement du salaire et qu’il avait fallu que ce pauvre Smith « en arrive à une théorie “additive” des prix : le prix d’une marchandise représente le travail additionné à celui des profits et celui de la rente. Il n’existait dès lors plus de relation entre la valeur et le prix. » (p. 460). Et Keen rajoute une couche de contresens : « Smith avait utilisé deux mesures de la quantité de travail contenue dans un produit : le “travail incorporé” et le “travail commandé”. Le travail incorporé correspond à la durée du temps de travail direct nécessaire pour produire en réalité une marchandise. Le travail, commandé, de l’autre côté, représente la quantité de travail qu’il est possible d’acheter en utilisant cette marchandise. » (p. 460, souligné par moi). Jamais Smith n’a réduit le travail incorporé au travail direct, et le travail commandé n’est pas égal au prix, il est égal au rapport prix/salaire horaire[14].

Keen ne traite pas mieux Ricardo que Smith : « Sa solution au dilemme prix/valeur reposait sur l’idée que le prix d’une marchandise n’inclue pas seulement le travail direct, mais également le travail nécessaire pour produire les outils. » (p. 461). Nouveau contresens : certes, Ricardo ajoute travail indirect et travail direct pour définir le travail incorporé, mais le « dilemme prix/valeur » n’a rien à voir avec cette simple addition. Le dilemme est ailleurs, d’où naîtra le fameux problème de la transformation des valeurs en prix de production : il s’agit de savoir comment la tendance à l’égalisation des taux de profit en régime de concurrence capitaliste fait s’écarter les prix monétaires de l’équivalent monétaire de quantités de travail incorporé dans chaque marchandise. Et, contrairement à ce que laisse entendre Keen, les intuitions de principe de Smith, Ricardo et Marx étaient fécondes, même si leur formulation est restée balbutiante tout en s’améliorant progressivement.

Marx, mode mineur…

Sur ces présupposés erronés, Keen entreprend ensuite de réfuter ladite théorie de la valeur-travail reformulée par Marx. Disons d’abord que Keen ignore un large pan de la littérature consacrée au sujet du passage de la valeur aux prix.[15] Il en reste à Samuelson et à Steedman. Le premier a conclu avec hauteur que Marx n’était qu’un « post-ricardien mineur » (p. 456). Le second a répété la conclusion de Staffa, c’est-à-dire qu’il n’était pas nécessaire de connaître les contenus en travail pour calculer les prix et le taux de profit, il suffit de connaître les quantités physiques de marchandises nécessaires pour produire d’autres marchandises. Ce qui est exact, mais qui ce n’enlève rien à la réalité du travail en amont, dixit Sraffa. Et Steedman lui-même écrit ailleurs : « La version en quantités physiques de l’approche par le surproduit ne dénie en rien l’existence d’un “surtravail”. Elle rend parfaitement évident que l’existence de l’exploitation (en son sens étroit) et l’existence du profit ne sont rien d’autre que les deux faces de la même médaille ; ce sont deux expressions, en travail et en monnaie, du surproduit physique. »[16]

Pourtant, Keen entreprend de trouver la faille de Marx dans le concept de valeur qui serait la cause de l’erreur concernant le passage de la valeur aux prix de production. Selon Keen, la force de travail n’est pas la seule source de valeur et de plus-value car « tous les facteurs de production constituent des sources potentielles de valeur » (p. 455 et 475). Un si gros livre pour en arriver à ce truisme directement issu de Say, repris en boucle par tous les livres d’économie, sauf dans Marx et dans Keynes[17] ! Et alors qu’un néoricardien parmi les plus renommés, Luigi Pasinetti, réfute cette identité entre tous les « facteurs » de production[18].

Suit dans le livre de Keen une longue série d’approximations et de contresens, indépendamment de ce qu’on sait aujourd’hui du problème dit de la transformation des valeurs en prix qui ne peut être formalisé comme Marx l’avait fait :

- Confusion entre richesse et valeur (p. 461, 471).

- Attribution à Marx que la valeur d’usage n’a aucune importance (p. 472), alors qu’il n’a cessé d’expliquer que la valeur d’usage est un « porte-valeur ».

- Attribution à Marx que le taux de plus-value ne changeait pas au cours du temps (p. 464), alors qu’il en avait fait une contre-tendance pour le taux de profit.

- Embrouillamini complet sur de la transmission de la valeur des machines au produit fini : Marx confondrait transmission de la valeur d’usage des machines et transmission de leur valeur d’échange. On reste rêveur devant le travestissement de la pensée de Marx auquel se livre Keen. Il cite Marx : « Les moyens de production qui perdent leur valeur d’usage ne perdent pas en même temps leur valeur, parce que le procès de travail ne leur fait en réalité perdre la forme primitive d’utilité que pour leur donner dans le produit la forme d’une utilité nouvelle. […] Il suit de là que le produit n’absorbe, dans le cours du travail, la valeur du moyen de production qu’au fur et à mesure que celui-ci, en perdant son utilité, perd aussi sa valeur. Il ne transmet au produit que la valeur comme moyen de production. » Et Keen transforme cela en : « La déclaration selon laquelle la valeur d’usage d’une machine réapparaît dans la valeur d’usage du produit tend à rendre égales la valeur d’usage de la machine et l’utilité rencontrée par les consommateurs achetant les biens que la machine produit. » (p. 475, souligné par moi pour montrer l’absurdité du rapprochement opéré).[19] La confusion est tellement grande que Keen commet ici un double contresens à propos de Marx : « Il n’y a pas de raison de supposer que la valeur perdue par la machine soit équivalente à la valeur qu’elle génère. » (p. 476). Primo, Marx dit que le procès de travail transmet une part de la valeur de la machine (mesurée comptablement par la dépréciation) et qu’elle ne génère aucune valeur supplémentaire. Deuzio, l’obsolescence, ou en sens inverse le fait de continuer à utiliser une machine au-delà de son temps d’amortissement financier, n’invalident en rien l’idée de la transmission.[20]

La conclusion sur la valeur donnée par Keen prête à sourire : « Aucune des nombreuses écoles de pensée hétérodoxes ne dispose d’une théorie cohérente de la valeur qui constitue une alternative à la théorie subjective défectueuse de l’économie néoclassique. Reste que même si elles ne disposent pas du concept central et organisateur qu’offre une théorie de la valeur, ces écoles de pensée alternatives offrent la promesse d’une théorie économique qui peut être réellement pertinente pour l’analyse et la gestion d’une économie capitaliste. » (p. 481). Après avoir, à juste titre, montré la pertinence des approches en termes monétaires de l’accumulation du capital, radicalement opposées à celles qui raisonnent en termes d’équilibre, il aurait été intéressant de voir en quoi la concurrence chère aux néoclassiques qui doit conduire, disent-ils, à l’équilibre optimal et stable, ne correspond en rien à la concurrence décrite par Marx, à laquelle se livrent les capitaux et qui est au cœur de la dynamique et de l’instabilité d’un système acharné à produire et à réaliser de la valeur. On pourrait aussi voir la crise écologique comme l’une des manifestations de la contradiction matérielle (en plus de sa contradiction sociale) du capitalisme en crise, une crise de production et de réalisation de la valeur[21].

Derrière l’imposture de la « science » économique…

Le livre de Steve Keen est un bon livre, autant par ses très nombreux atouts que par ses manques, car repérer ces derniers signifie que, si on définit le capitalisme comme un processus ininterrompu d’accumulation de valeur, on ne peut pas l’analyser en l’absence de toute théorie de la valeur articulée au travail socialement validé. C’est le trou noir de tous les économistes qui font profession d’hétérodoxie mais qui ont jeté par dessus bord toute théorie de la valeur parce que, à un moment de leur parcours, ils se sont fâchés avec Marx.[22]

Dans le dernier chapitre de son livre, Keen dresse un inventaire à la Prévert de théories présentées comme alternatives mais qui, d’une part, ont été pour la plupart passablement critiquées auparavant par l’auteur, et qui, d’autre part, ne présentent jamais d’analyse du capitalisme en tant que système social.

Car, derrière l’imposture de ladite science économique – et il faut saluer encore une fois la contribution de Keen pour la mettre à nu –, il y a aussi l’imposture du système qui prétend à l’universalité et l’intemporalité, et porter bonheur et prospérité… Autrement dit, les économistes néoclassiques sont inexcusables de leurs erreurs, mais croire que ce sont eux – ou leurs idées – les responsables des crises capitalistes et de l’empêchement de les résoudre[23], et que les capitalistes eux-mêmes et la logique de leur système sont innocents, c’est faire preuve d’un idéalisme bien peu scientifique…

[5] A. Emmanuel, Le profit et les crises, Une approche nouvelle des contradictions du capitalisme, Paris, F. Maspero, 1974.

[6] Les lecteurs de ce blog savent que je répète toujours pareil, ce dont je les prie de m’excuser : la monnaie est une dette, l’augmentation de sa masse en circulation est indispensable à l’investissement net macroéconomique. L’ouvrage de Keen est ici décisif pour convaincre les sceptiques ou les accrochés au dogme de l’épargne préalable.

[7] Se trouve invalidée une nouvelle fois la croyance que les dépôts feraient les crédits, qui traîne encore partout, jusque chez certains économistes se revendiquant de l’hétérodoxie (voir J.-M. Harribey, « De quoi l’argent est-il le nom ? »)

[8] Citons de B. Guerrien, La théorie néo-classique, Bilan et perspectives du modèle d’équilibre général, Paris, Economica, 3e éd. 1989 ; Dictionnaire d’analyse économique (avec Ozgur Gun pour la 4e édition), Paris, La Découverte, 2012 ; La théorie économique néoclassique (avec Emmanuelle Bénicourt pour la 3e édition), Paris, La Découverte, 2008.

[9] Je laisse de côté ici, à cause de son caractère technique la critique bien documentée par Keen du modèle IS-LM : ignorance des anticipations incertaines, qui ruine la notion de préférence pour la liquidité, ignorance du déséquilibre possible du marché du travail en ne regardant que le point où s’égalisent les deux courbes IS et LM.

[10] Notamment G. Duménil, D. Lévy, The crisis of neoliberalism, Harvard University Press, 2011.

[11] Cette absence est d’autant plus curieuse que Keen note avec justesse qu’en 2008 la dégringolade du Down Jones est « une saignée dans l’apparente richesse des actionnaires américains » (p. 380, souligné par moi.).

[12] Voir J.-M. Harribey, « La croissance ? Au-delà des doutes, une certitude : la crise sociale et la crise écologique du capitalisme sont liées », Note pour les économistes atterrés, octobre 2014.

[13] J’ai discuté cela dans mon livre, La richesse, la valeur et l’inestimable,cité ci-dessus.

[14] Je ne peux fournir ici la démonstration mais elle figure dans mon livre cité ci-dessus, p. 26 et p. 476 (note 1).

[15] J’en ai fait une présentation dans mon livre cité ci-dessus. La synthèse la plus récente et sans doute la plus aboutie a été proposée par Vincent Laure Van Bambeke, Les méandres de la transformation des valeurs en prix de production, Essai de théorie économique rationnelle, Paris, L’Harmattan, 2013 ; elle est résumée par l’auteur dans Les Possibles, n° 2, hiver 2014.

[16] I. Steedman, « Ricardo, Marx et Sraffa », dans G. Dostaler (sous la dir. de, avec M. Lagueux), Un échiquier centenaire, Théorie de la valeur et formation des prix, Paris, La Découverte, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1985, p. 189. Steedman est un auteur qui appartient au courant dit néo-ricardien. Pour que la citation que je donne ne soit pas coupée de son contexte, je signale que Steedman ajoute : « Mais les auteurs marxistes ne suggèrent que trop souvent qu’en reliant le profit à l’exploitation (au sens étroit) ils ont fourni une explication de l’existence du profit. Mais ils n’en ont rien fait ; ils ont simplement relevé deux façons d’exprimer l’existence d’un surproduit ! Expliquer l’existence du profit revient exactement au mêmequ’expliquer l’exploitation (au sens étroit). Le problème posé est alors d’expliquer pourquoi les salaires réels et les conditions de production entretiennent entre eux, et continuent d’entretenir, une relation telle que le surproduit, le profit et l’exploitation (au sens étroit) puissent perdurer. » Le problème en question est précisément celui posé par Marx dans son analyse de l’accumulation.

[17] J.M. Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936, Paris, Payot, 1969, p. 223 : « Il est préférable de considérer le travail, y compris bien entendu les services personnels de l’entrepreneur et de ses assistants, comme le seul facteur de production ; la technique, les ressources naturelles, l’équipement et la demande effective constituant le cadre déterminé où ce facteur opère. » Keen cite d’ailleurs (p. 400) un autre passage de Keynes (p. 15-16 de la TG) qui annonce la suite : « Une économie monétaire est essentiellement, comme nous le verrons, une économie où la variation des vues sur l’avenir peut influer sur le volume actuel de l’emploi et non sur sa seule orientation. Mais la méthode que nous employons pour analyser le rapport entre la variation des vues sur l’avenir et la situation économique actuelle fait intervenir l’action combinée de l’offre et de la demande, et c’est par là qu’elle se rattache à la théorie fondamentale de la valeur. »

[18] L. Pasinetti, Structural Change and Economic Growth, A Theorical Essay on the Dynamic of the Wealth of Nations, Cambridge, Cambridge University Press, 1981, p. 199-200 : « Un instant de réflexion suffira pour que chacun réalise que toute la structure des biens capitaux n’existerait pas si les travailleurs n’existaient pas, tandis que le contraire n’est pas vrai. Si nous imaginions un instant que tous les biens capitaux disparaissaient soudainement (disons par un coup malveillant d’une baguette magique), une terrible crise s’ensuivrait évidemment. Mais les gens qui survivraient à la crise redémarreraient le processus d’accumulation du capital d’un bout à l’autre : des outils primitifs jusqu’aux réacteurs nucléaires ! (Et dans un temps plus court qu’il a pris dans le passé.) Le travail seul peut faire tous les biens capitaux. Si nous imaginions la catastrophe opposée – la disparition de tous les êtres humains – nous pouvons très bien réaliser ce qui suivrait : absolument rien. Les biens capitaux seuls ne peuvent rien faire. » (traduit par moi).

[19] La citation de Marx est tirée du Capital, Livre I, 1867, Paris Gallimard, La Pléiade, tome I, p. 754-755.

[20] Accordons à Keen toutefois qu’il est vrai qu’on trouve certains textes de Marx, à travers les multiples préparations et brouillons du Capital, des formulations parfois ambiguës sur le fait que la valeur d’usage des machines excéderait leur valeur, alors que pour lui, sans aucun doute à ce sujet, elles sont incommensurables.

[21] Voir mon livre La richesse, la valeur et l’inestimable, référencé ci-dessus. Keen ne fait allusion à la question écologique que dans une courte note (p. 302) en renvoyant au rapport Meadows.

[22] Mon blog s’est souvent fait l’écho de cette situation.

[23] Dès le premier chapitre, Keen écrit : « Tout comme durant la Grande Dépression, les économistes d’aujourd’hui constituent peut-être la principale force d’opposition à l’introduction de mesures permettant de contrer un déclin économique futur. » (p. 28). Les économistes érigés en classe sociale ?

Cet article a été posté le Mercredi 26 novembre 2014 dans la catégorie Non classé. Vous pouvez envoyer un commentaire en utilisant le formulaire ci-dessous.

2 commentaires de “Derrière l’imposture de la « science » économique, qu’y a-t-il ?”

  1. MARY dit :
    le 28 novembre 2014 à 9:14 > Nous signaler un contenu illicite

    Dans la même veine, il me semble me souvenir avoir lu dans ma jeunesse un ouvrage de Bernard Marris intitulé à peu près “lettre ouverte aux économistes qui nous prennent pour des imbéciles” et bien antérieur à l’imposture économique.

    A 40 ans passé, avec le recul, je regrette d’avoir fait des études d’économie, j’y est perdu mon temps.
    J’ai compris que l’économie n’est pas une science mais une construction socio-politique qui devrait être abordé en socio, en psycho ou en politique mais certainement pas comme détaché en tant que tel.

    Continuer à financer des universités de “sciences” éco est du gaspillage d’argent public.
    Argent qui serait bien plus utile ailleurs.

  2. Jean-Marie Harribey dit :
    le 28 novembre 2014 à 18:59

    J’ai mis en ligne ce texte hier et j’ai trouvé aujourd’hui dans L’Humanité une interview de Steve Keen et de Gaël Giraud. Ça tombe bien. Les lecteurs pourront s’y reporter.
    JMH

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 10:53
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Published by bruno fornaciari - dans LAICITE
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 10:49

Soutien à La Marseillaise du chanteur Sanvévérino. « Repartez pour 70 ans, après on verra ! »

Le chanteur Sansévérino a signé l'appel du comité de soutien au nom de son engagement pour la presse indépendante.

La Marseillaise, le 29 novembre 2014

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 00:51

Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android

De:"Free Mobile" <freemobile@free-mobile.fr>
Date:sam. j nov. PM à 15:16
Objet:Information Free Mobile

Cher(e) abonné(e),

Vous avez choisi Free pour votre offre de téléphonie mobile sans
engagement et nous vous en remercions.

Suite à la décision des opérateurs tunisiens de relever le prix des
communications passées depuis la Tunisie, nous vous informons qu'à
compter du 1er janvier 2015 une nouvelle brochure tarifaire sera
appliquée au Forfait Free et au Forfait 2€.

Vous pouvez la consulter à l'adresse suivante :
http://mobile.free.fr/docs/tarifs_01_2015.pdf

Voici le détail de ces nouveaux tarifs (voix, SMS, MMS, data)
applicables à compter du 1er janvier 2015 :

* Appels (facturation par minute indivisible pour les appels émis et
reçus depuis la Tunisie) :

- Depuis la Tunisie vers la Tunisie, le tarif TTC à la minute passe
de 0,95€ à 4,32€ ;

- Depuis la Tunisie vers la France, le tarif TTC à la minute passe
de 0,95€ à 6,00€ ;

- Depuis la Tunisie vers le reste du monde et numéros spéciaux, le
tarif TTC à la minute passe de 2,19€ à 6,48€ ;

- Reçus en Tunisie, le tarif TTC à la minute passe de 0,45€ à 3,00€.

* SMS émis depuis la Tunisie :

- Le tarif TTC par SMS et par destinataire passe de 0,27€ à 1,20€.

* MMS émis depuis la Tunisie :

- Le tarif TTC par MMS et par destinataire passe de 1,05 à 7,00€.

* MMS reçu en Tunisie :

- Le tarif TTC par MMS reçu passe de 0,76€ à 7,00€.

* Data (Internet mobile) depuis la Tunisie :

- Le tarif TTC par Mo passe de 3,00€ à 12,00€.

Les autres tarifs restent inchangés.

Nous vous remercions de votre confiance et nous restons à votre
disposition pour toute information complémentaire.

Sincères salutations,

L’équipe Free

--
Free Mobile - SAS au capital de 365.138.779 Euros - RCS PARIS 499 247 138 -
Siège social : 16 rue de la Ville l’Evêque 75008 Paris

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Published by bruno fornaciari - dans DIVERS
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:36

Le parti communiste français (PCF) lance lundi une "contre semaine d'action" en riposte à la semaine de mobilisation du Medef avec de multiples initiatives allant de la distribution de tracts aux portes des entreprises au clip parodique sur internet.

"Le Medef prépare du 1er au 5 décembre une semaine d’actions pour +dire la souffrance des patrons et remettre en cause le compte pénibilité, temps partiel de 24h par semaine, obligation d’informer les salariés de la cession de l’entreprise, dans les PME…+ La décence, ils ne connaissent pas ! (…) Je propose d’organiser, du 1er au 8 décembre, une contre semaine d’actions, arguments contre arguments", explique le secrétaire national du PCF Pierre Laurent.

"Ils veulent parler de l’entreprise ? BANCO ! Parce que nous aussi, on aime l’entreprise, celle qui respecte le travail, celle qui crée et partage des richesses. Partout, demandons des comptes : où va l’argent du CICE ? Du CIR ? Des banques ? De l’Etat ? Qui touche quoi ? Pour en faire quoi ? Nous savons où sont les gâchis ?", ajoute-t-il.

Un tract, tiré à un million d’exemplaires, sera distribué aux portes des entreprises. Le PCF a également interpellé les préfets pour demander le montant de CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) versés par département et la liste des bénéficiaires. Les réponses seront publiées.

Des actions devant des grands groupes (grande distribution, banques, entreprises du CAC 40) "qui ont encaissé des millions de CICE sans la moindre contrepartie en terme d’emploi, d’augmentation des salaires, d’investissements", seront également organisées ainsi que des manifestations, interpellation directe du Medef (il est ainsi proposé de "murer" l’entrée du Medef par des exemplaires du code du travail).

Le PCF lance aussi une campagne sur les réseaux sociaux avec le mot dièse #PauvreGattaz et un clip ironique sur le discours du Bourget de François Hollande où le candidat avait désigné la finance comme son ennemi (http://www.dailymotion.com/video/x2…).

Mardi, Pierre Laurent participera à une "procession festive et bruyante" du siège du Medef à Paris à l’Ambassade du Luxembourg.

"Cette contre semaine ne vise pas les PME et PMI qui souffrent et ne sont pas aidées par la politique gouvernementale", insiste Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, "nous voulons interpeller avec le mot d’ordre +vous avez des comptes à rendre sur l’utilisation de l’argent public+".

Les trois organisations patronales, le Medef, CGPME et l’UPA (artisans) se mobiliseront pendant la première semaine de décembre pour mettre fin à "30 années d’une politique" qui a "étouffé" les entreprises.

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Published by bruno fornaciari - dans PCF-FRONT DE GAUCHE
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:34

L’OTAN souhaite vivement une intervention de la Russie en Ukraine orientale par Willy Wimmer

27NOV

jeudi 27 novembre 2014, par Comité Valmy

L’OTAN souhaite vivement une intervention de la Russie en Ukraine orientale

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense fédérale allemande

Ces derniers jours, il est flagrant de constater comment les médias d’Etat allemands restent à la traîne des événements. Chaque soir, l’arsenal des opinions médiatiques est moralisateur, ennuyeux, toujours politiquement correct. Si l’on regarde au-delà des frontières de son propre pays, il existe un secret de polichinelle. Soit les négociations avec l’Iran sur la question nucléaire, prévues de se terminer entre les 18 et 24 novembre, réussissent à désamorcer les conflits régionaux, soit nous devons nous résigner – malgré nous – à voir apparaître la mèche allumée du prochain grand conflit global.

Il y a des développements que nous préférerions et d’autres, à quelques heures de vol de chez nous, semblant éventuellement pouvoir limiter le conflit. La rencontre des pays riverains de l’Asie-Pacifique dans la capitale chinoise de Pékin nous a clairement montré qu’une limitation des dégâts serait possible.

Soit on donne une chance à la raison et au respect du fléau de la guerre, soit on laisse mûrir les choses pour les « résoudre » par les armes. Depuis des décennies, le monde ne s’est plus trouvé dans une situation aussi dramatique et qui pourrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2014.
Nous autres Européens, ainsi ceux qui se rangent du côté de l’« Occident », ne devraient pas oublier la situation morale, économique, financière et politique présente à la fin de la guerre froide et de la réunification allemande. Et aujourd’hui ? On ne peut que constater qu’il y a rarement eu, au cours de l’histoire, une meilleure situation pour lutter contre la misère dans le monde – et nous l’avons gâchée.
L’Occident a jeté par dessus bord, uniquement par sa propre faute, l’excellente situation de départ de jadis avec laquelle il aurait pu faire face aux plus grands défis. Pourquoi ? Parce que nous nous retrouvions, pour de multiples raisons, dans une union avec une puissance qui, depuis plus d’une décennie, se débat littéralement de tous les côtés en violant sciemment toutes les règles en vigueur pouvant nous assurer la possibilité de construire un monde plus pacifique. Nous étions à ses trousses. Aujourd’hui, il ne nous reste plus qu’à prier que le conflit en Ukraine orientale n’empire pas avant la fête de Noël.

Ce n’était pas un avantage pour la Fédération de Russie de devenir, à la fin de la guerre froide et de l’Union soviétique, une « plume dans le vent ». Ainsi elle a longtemps manqué comme élément de « co-ancrage » pour un ordre de stabilité européen. Les décideurs à Moscou comme ceux à Bonn et à Berlin ne purent que constater la manière avec laquelle Washington détruisait tout ce qui se présentait à lui. L’Occident – nous inclus – ne fut pas capable de développer des données constructives après avoir réussi à résoudre une confrontation dans une des grandes régions du monde. Et maintenant ? Nous avons été ébahis en voyant que la Fédération de Russie réapparait sur la scène internationale à la suite des guerres violant le droit international menées contre Belgrade, Bagdad, Damas et Tripolis à l’aide de nouveaux procédés américains clairement dirigés contre la Russie.

Actuellement, tout semble indiquer que l’Occident, dominé par les Etats-Unis, ne sait pas comment se comporter ni face au mutisme russe ni face au retour de la Fédération de Russie en tant que puissance globale. L’Union européenne s’aligne naturellement sur l’Amérique, exactement comme la nouvelle « cheffe de la diplomatie européenne » nous l’a signalé.
Toute personne, telle Mme Mogherini, déclarant déjà dans sa première prise de position en public, qu’à l’avenir la politique de l’UE face à Moscou serait définie de commun accord avec l’OTAN, illustre clairement le peu de liberté d’expression qu’elle exige.

Mme Mogherini ne cache pas que les sanctions nous ayant été octroyées par Washington – et dont nous portons le fardeau principal – n’auront aucune influence sur le gouvernement russe. Mais pourquoi, sommes-nous néanmoins soumis à ces sanctions, pourquoi les avons-nous mises en vigueur ?

L’Occident ne réussit plus à faire avaler ses sanctions aux populations étonnées et de plus en plus méfiantes. Veut-on nous faire croire qu’avec cette tentative d’influencer Moscou et Kiev, l’Occident a pris des mesures stabilisantes ? Certainement pas, car tout le monde sait à quel point ces sanctions sont un procédé partial envers Moscou, allant dans la même direction que le procédé occidental utilisé pour le coup d’Etat de Kiev. Pour utiliser une image propre au domaine militaire, on pourrait dire que les sanctions sont utilisées dans le même but qu’on engage des divisions de blindés supplémentaires pour assurer son offensive contre à un pays pacifique – la Fédération de Russie.

On n’avait nul besoin des appels téléphoniques rendus publics de la secrétaire d’Etat américaine Mme Nuland pour comprendre la stratégie générale de l’Occident en Ukraine. L’Occident n’avait rien à redire contre le président Ianoukovitch et le festival des oligarques en Ukraine tant qu’il paraissait prêt à signer les accords de libre-échange avec l’Union européenne. Ces dernières semaines, de nouveaux et d’anciens commissaires européens ont expliqué à quel point la politique européenne était erronée dans ce contexte. Partout que du gâchis.

Dans la nuit ayant suivi les meurtres de Kiev, on a – avec l’accord des hommes occidentaux de l’ombre – mis le feu aux régions de l’Ukraine occidentale choisies comme point de départ pour s’attaquer à la Russie ensuite. On n’a pas été assez vigilants en décidant de se servir des forces relevant, dans cette région, de la peste médiévale : anciens et nouveaux nazis. C’est vraiment étonnant et honteux de voir ceux qui se taisent à Kiev comme chez nous et ceux qui minimisent l’engagement de formations militaires avec un tel passé à la frontière de la Russie. C’est effarant de voir quelles personnalités gardent le silence.

Pourtant, nos gouvernements doivent savoir une chose : on ne peut cautionner tous ceux qui continuent à croire à leurs paroles et aux médias sous leur coupe au sujet de leurs informations sur la région d’Ukraine orientale.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:29

Les voies de la normalisation médiatique

Le Front national sur un plateau

Se prétendant un parti « hors système », le Front national se plaint d’être dédaigné par les journalistes. Pourtant, ses représentants, à l’instar de la plupart des dirigeants politiques, utilisent les médias, préparant les petites phrases qui seront reprises partout. La multiplication des sondages, souvent contestables, permet au parti de faire les gros titres des journaux, tandis que sa vision ethniciste de la société passe au second plan.

par Eric Dupin, mars 2014

Qu’il est loin, le temps où les journalistes hésitaient à donner la parole au Front national (FN) ! Sa présidente, Mme Marine Le Pen, multiplie aujourd’hui les prestations radiophoniques et télévisuelles. Son second, M. Florian Philippot, est un habitué des interviews matinales, au point d’avoir accepté courageusement celle d’Europe 1 le 1er janvier dernier. Il est intervenu à quatre reprises dans les émissions matinales en décembre 2013. Ses camarades se moquent de sa propension à passer d’un plateau de chaîne d’information continue à un autre. « La télé rend fous ceux qui n’y passent pas », réplique-t-il (1).

Chargé de la stratégie et de la communication, M. Philippot se félicite de la présence croissante de son parti dans le champ médiatique, tout en la jugeant encore insuffisante au regard de son poids électoral.« D’après les statistiques du CSA [Conseil supérieur de l’audiovisuel],depuis la dernière présidentielle, nous bénéficions d’environ 5 % du temps d’antenne », se plaint-il. Un examen de ces statistiques complexes ne semble pas lui donner tort (2). A la radio, le FN apparaît très légèrement au-dessous du niveau d’Europe Ecologie - Les Verts (EELV) (lire l’encadré ci-dessous). Son temps d’intervention est bien meilleur sur les chaînes d’information continue ; mais il se réduit à la portion congrue dans les journaux et les magazines des télévisions généralistes. Quantitativement, le parti d’extrême droite reste traité comme les « petits partis », c’est-à-dire très loin derrière l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et le Parti socialiste (PS).

Une autre mesure confirme cette appréciation. Le Lab d’Europe 1 publie chaque mois un palmarès des invités politiques des émissions matinales à la radio et à la télévision (3). En décembre 2013, les personnalités du FN totalisaient huit passages, soit autant qu’EELV, infiniment plus que le Front de gauche (zéro), mais largement moins que le PS (soixante-six) ou l’UMP (trente-sept). Le parti frontiste se réjouit d’avoir réussi à « imposer plusieurs visages » : Mme Le Pen et M. Philippot, mais aussi la députée Marion Maréchal-Le Pen ou encore le vice-président Louis Aliot.

Balourdise des intervieweurs

La présence renforcée sur la scène médiatique d’un FN dont le discours a évolué pose un problème stratégique aux journalistes. Convient-il désormais d’interroger un dirigeant d’extrême droite comme n’importe quel autre responsable politique ? Dans les faits, ce vieux débat est tranché dans le sens d’une normalisation. « Je n’ai pas à me plaindre du ton des interviews », déclare M. Philippot, qui maîtrise parfaitement le jeu médiatique. « Je sais avant la fin de l’émission sur quoi va titrer l’AFP [Agence France-Presse] », s’enorgueillit-il. Jean-Michel Aphatie, l’intervieweur politique de RTL, ne le contredit pas :« Il sait tout à fait répondre à nos questions de façon à s’assurer une reprise. »

« Les interviews des dirigeants du FN ne sont plus aussi militantes. Elles sont devenues plus journalistiques », estime Aphatie, qui met cette évolution sur le compte d’un changement de thématiques. En se focalisant moins sur les sujets sulfureux de l’immigration et de l’insécurité et en ayant abandonné de vieux combats de l’extrême droite, comme celui contre l’avortement — du moins de façon directe (4) —, ce parti aurait gagné son ticket d’entrée dans un débat public plus apaisé.

Pourquoi la presse ne concentre-t-elle pas davantage son attention sur le double volet immigration-insécurité, sur lequel le FN, au-delà des variations sémantiques qui lui ont fait troquer la « préférence nationale » pour la « priorité nationale », n’a pas changé de programme ? Cette absence de critiques tient sans doute aussi à la banalisation de ses manières de voir, notamment grâce à leur propagation à de larges secteurs de la droite, notamment les élus du Sud. La maladresse des journalistes sur ces thèmes bénéficie également au FN. « Pourquoi la nationalité, cela vous semble-t-il si important ? »,demande Patrick Cohen, le 29 octobre 2013 sur France Inter, à Mme Le Pen, qui peut alors lui expliquer vouloir réserver certains avantages aux titulaires de la nationalité française quelle que soit leur origine.

Le FN est désormais plus fréquemment interrogé sur le volet social et économique de son programme. Mais, là encore, le questionnement se montre hésitant. Il y a la technique de la grosse caisse, employée par Jean-Jacques Bourdin face à Mme Maréchal-Le Pen, le 16 décembre 2013 au micro de RMC : « En lisant le programme du FN, j’ai eu l’impression de lire le programme commun de la gauche, le programme de [feu le président vénézuélien Hugo] Chávez (5) ! » Cette variante originale de « diabolisation » a eu pour seul effet de faire sourire la petite-fille de M. Le Pen. Aphatie s’interroge à voix haute :« On nous demande de décortiquer le programme du FN. Mais c’est aussi une manière de le crédibiliser, et il n’est pas si facile de s’en prendre à leurs propositions alors que les échecs des partis de gouvernement sont perçus par tout le monde... » Si même ce commentateur libéral déclaré en vient à douter de l’efficacité d’une critique économique des thèses frontistes, c’est que l’heure est grave.

Tout cela amuse M. Philippot. « En face de nous, on a des gens sans stratégie, qui hésitent entre critiquer nos positions sur le fond et camper sur une condamnation purement morale », observe-t-il, parlant à la fois de ses adversaires politiques et des journalistes. Le FN profite de l’incapacité avérée du débat public à aborder comme elle le mériterait une question devenue centrale dans son discours et dans son succès : celle de l’euro. Dans les rares débats sur le sujet, l’isolement frontiste, seule formation avec celle de M. Nicolas Dupont-Aignant à se prononcer clairement pour la sortie de l’euro, est aussi patent que payant. « Lors d’un “Mots croisés” (6), j’étais seul contre tous, se souvient M. Philippot. Mais Yves Calvi a joué le jeu et m’a permis de répondre à mes contradicteurs. » La sortie de l’euro, « c’est un débat qui tourne en rond », objecte mollement Aphatie, qui se défend, contre l’évidence, de privilégier ce qu’il nomme un « cercle de la raison consciente »...

Face à un parti autrefois rejeté hors de l’agora démocratique, les journalistes en sont réduits à tenter quelques manœuvres piégeuses de moins en moins couronnées de succès au fur et à mesure que le discours des dirigeants du Front se fait plus lisse. Il arrive aussi que la contradiction des moralistes patentés ne soit pas heureusement ajustée.« On ne peut pas laisser tout dire », gronde Jean-Pierre Elkabbach, le 9 décembre 2013 sur Europe 1, parce que Mme Le Pen a osé s’en prendre... à l’article 20 de la loi de programmation militaire, considéré comme liberticide par une grande partie des commentateurs dans la mesure où il autorise l’accès des services de renseignement aux données personnelles sur Internet.

En studio et sur les plateaux, les moments de tension sont devenus rares. S’ils resurgissent de temps à autre, cela tourne le plus souvent en faveur du FN. Le 6 juin 2013, au lendemain de la mort du jeune militant antifasciste Clément Méric sous les coups de militants d’extrême droite, Aphatie confronte Mme Le Pen à un témoignage assurant qu’un des agresseurs portait un tee-shirt du Front national. « Je n’entends pas être mise en accusation par vous alors que vous n’avez aucune preuve de quoi que ce soit », s’emporte son invitée. De fait, Europe 1 n’avait recueilli, la nuit précédente, qu’un témoignage non recoupé, et Aphatie devra s’excuser le 11 juin.

La dernière friction en date entre le FN et les médias a porté sur son étiquetage politique. Mme Le Pen avait cru bon d’interdire aux journalistes de situer son parti à l’« extrême droite ». L’injonction, assortie de menaces judiciaires, a fait long feu. La plupart des journalistes ont mis un point d’honneur à persister dans cette qualification, même si l’analyse du Front d’aujourd’hui devrait emprunter autant à son identité historique qu’à l’évolution des courants dits « nationaux-populistes » (lire « Extrêmes droites mutantes en Europe »). Mais rien n’assure que ce rappel à l’ordre sémantique ait un effet dissuasif sur la fraction de la population tentée par le FN, qui se moque tout particulièrement des épithètes en usage dans le microcosme politico-médiatique.

« Ils sont obsédés par nous », dit en souriant M. Philippot. Incontestablement, la presse écrite surtraite le sujet. Entre le 14 septembre 2013 et le 7 janvier 2014, soit en moins de quatre mois, Le Monde a consacré huit manchettes au FN, alors que ce parti n’a connu, au cours de cette période, ni crise particulière ni congrès. Aucune autre formation n’a eu droit à pareil égard. Certaines de ces « unes » avaient même une tonalité étrangement valorisante : « Le Front national part à la conquête du pouvoir » (14 septembre) ou « Municipales, européennes : le FN au centre du jeu » (11 octobre).

De telles exagérations ne s’expliquent pas aisément, tant s’entremêlent fantasmes journalistiques, motivations idéologiques et arrière-pensées commerciales. Interrogé par l’hebdomadaire Politis, Alexandre Dézé, maître de conférences en science politique à l’université de Montpellier-I, estime que le FN a « l’atout de faire vendre des journaux (7) ». Le journaliste Daniel Schneidermann se souvient qu’à l’époque où Edwy Plenel dirigeait la rédaction du Monde (1996-2004), le surtraitement du FN relevait d’une motivation militante. Il n’empêche que les manchettes consacrées à M. Le Pen ont longtemps valu à Libération ses meilleures ventes (hors nécrologies). Le 12 octobre 2013, ce quotidien titrait en gros caractères « 100 % extrême droite », sa « une » illustrée par une photo de Mme Le Pen souriante — un choix critiqué par l’auteur du cliché, qui a jugé la mise en scène trop positive.

Depuis le surgissement électoral du FN, au début des années 1980, les médias ont alterné des attitudes contradictoires. Au refus de donner la parole aux dirigeants d’extrême droite a succédé un emballement médiatique. Dans les deux cas, le parti s’est efforcé de tirer parti de la gêne des journalistes, soit en dénonçant l’ostracisme dont il était victime, soit en profitant à plein des tribunes offertes.

Une prophétie autoréalisatrice ?

Ces dernières années, les médias crient au loup en annonçant des lendemains qui chantent pour la formation frontiste. Combien de commentateurs, sur la base de sondages à froid de peu de sens, n’ont-ils pas annoncé la qualification de Mme Le Pen pour 2012 ? Le Nouvel Observateur (10 octobre 2013) s’est encore distingué dans ces vains exercices de politique-fiction en affichant un énorme « 24 % » sur le visage de la présidente du FN afin de faire frissonner ses vieux lecteurs avec « le sondage qui fait peur » dans la perspective des élections européennes. Une analyse rigoureuse des enquêtes d’opinion interdit pourtant de présenter aussi aisément la thèse d’une montée en puissance irrésistible du FN.

A Brignoles (Var), l’élection partielle du 13 octobre 2013 a vu l’acmé d’une hystérie médiatique précisément analysée par l’association Action-Critique-Médias (Acrimed) (8). Evénement rarissime, Hervé Béroud, directeur de l’information de BFM-TV, a même regretté d’avoir« surcouvert » cette modeste cantonale (9). Ces excès renvoient sans doute à l’étrangeté persistante du vote FN pour une classe médiatique fort éloignée de son électorat. « Nous sommes allés à leur rencontre pour écouter leurs doléances », annonce pieusement le journal télévisé de 20 heures de TF1 le 14 octobre. Une telle distance sociologique autorise tous les clichés et les raccourcis peu propices à la compréhension d’un phénomène électoral complexe.

Plus grave, « il y a une fascination du monde journalistique pour le FN, qui apparaît seul contre tous face à l’épuisement du système politique », analyse Aphatie. « Le Front change beaucoup, la droite change ; et qui peut assurer qu’il ne va pas accéder au pouvoir ? Personne ! » C’est bien cette ligne de fuite prospective qui explique, et pour certains qui justifie, cette attention excessive. D’aucuns parleront même de prophétie autoréalisatrice. Anticipant une future participation du FN au pouvoir, nombre de journalistes se montrent plus compréhensifs à son égard. Les dirigeants de ce parti ne cachent pas que cette quête de respectabilité est centrale dans leur stratégie.

Si déformants et démoralisants soient-ils, les médias ne font pas l’histoire. Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’université de Lorraine, rappelle que M. Le Pen a été qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle, le 21 avril 2002, alors qu’il n’avait jamais été aussi peu présent dans les médias qu’au cours de la période antérieure. On avait cependant assisté à une déferlante de sujets sur l’« insécurité ». Aujourd’hui, c’est assurément la mise en scène anxiogène et biaisée — de la chasse aux Roms à l’obsédante dénonciation de la fiscalité — à laquelle cède l’essentiel du système médiatique qui contribue à « faire le jeu du Front national ».

Temps d’antenne
dans les journaux d’information (juin 2013)
Radio

Europe Ecologie - Les Verts (EELV) : 1 h 54
Front de gauche (FG) : 1 h 09
Front national (FN) : 1 h 48
Parti socialiste (PS) : 11 heures
Union pour un mouvement populaire (UMP) : 10 h 27

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Source : CSA, « Relevé du temps d’intervention des personnalités politiques », rubrique « Le pluralisme hors période électorale ».

Eric Dupin

Journaliste, auteur notamment de Voyage en France, Seuil, Paris, 2011, et de La Victoire empoisonnée. Et maintenant ?, Seuil, 2012.

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(1) Les citations non sourcées sont issues d’entretiens avec l’auteur.

(2) Cf. « Le pluralisme hors période électorale », CSA.

(3) Cette statistique ne prend en compte que les personnalités ayant effectué au moins deux passages au cours du mois. Cf. http://lelab.europe1.fr

(4) M. Jean-Marie Le Pen s’est félicité de la remise en cause du droit à l’avortement en Espagne, et sa fille souhaite que l’acte ne soit plus remboursé si la Sécurité sociale est en déficit.

(5) Bourdin reprenait le thème d’une chronique d’Edouard Tétreau, « Le Front national ou la fusion de tous les extrêmes », Les Echos, Paris, 11 décembre 2013.

(6) Magazine de France 2 présenté par Yves Calvi et diffusé le lundi en deuxième partie de soirée.

(7) Politis, Paris, 31 octobre 2013.

(8) Blaise Magnin, « Progression du FN ? Des salves de sondages en guise d’enquêtes », Acrimed, 24 octobre 2013.

(9) Gilles Klein, « Béroud (BFM) regrette d’avoir surmédiatisé Brignoles », Arrêt sur images, 8 décembre 2013.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:26

ÉDITION : La Revue du Projet

La Revue du Projet est une revue mensuelle politique de réflexion et de propositions pour la construction d'un projet de transformation sociale. Ouverte, innovante et critique, elle est proposée par le PCF. Elle valorise une discussion "républicaine" exigeante capable de relever la complexité des débats contemporains et implique à ce titre le monde de l'art et la recherche, les intellectuel(le)s comme le mouvement social ou associatif.

Rédacteurs en chef

Édition : La Revue du Projet

Ukraine : repositionnement géopolitique et fragmentation nationale, Julien Thorez

Entre contestation sociale, fractures nationales et rivalités internationales la crise questionne tout autant la trajectoire post-soviétique de l'Ukraine que la redéfinition des équilibres géopolitiques en Europe.

Le 22 février 2014, malgré les conditions de sortie de crise négociées quelques jours auparavant, le président ukrainien V. Ianoukovitch, qui avait en novembre 2013 refusé de signer un accord d’association avec l’Union européenne, était contraint d’abandonner le pouvoir après plusieurs mois de contestation populaire. En mars 2014, le nouveau gouvernement, rassemblant des anciens ministres, des technocrates pro-occidentaux et des nationalistes, était incapable d’empêcher la Crimée, seule région majoritairement peuplée par des Russes, d’être annexée par la Russie à l’issue d’un référendum non reconnu par les autorités de Kiev ni par la communauté internationale. Un mois plus tard, des combats se déclenchaient dans les régions orientales (Donetsk, Lougansk) entre des forces sécessionnistes soutenues par la Russie et l’armée régulière ukrainienne renforcée par des bataillons de volontaires essentiellement issus de la mouvance nationaliste. Début septembre, un cessez-le-feu fragile est signé, alors que les combats ont fait plusieurs milliers de morts, notamment civils, et conduit, selon le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), plus de 500 000 habitants du Donbass à se réfugier dans d’autres régions d’Ukraine et en Russie. De même que la « révolution orange », qui avait vu l’arrivée au pouvoir des « proeuropéens » V. Iouchtchenko et I. Timochenko contre le « pro-russe » V. Ianoukovitch en 2004, la crise actuelle se déroule à différentes échelles, entre contestation sociale, fractures nationales et rivalités internationales. Elle questionne tout autant la trajectoire post-soviétique de l’Ukraine que la redéfinition des équilibres géopolitiques en Europe.

Mécontentement social, crise politique
Tout au long des manifestations organisées au cœur de Kiev sur la place Maïdan au cours de l’hiver 2013-2014, une profonde aspiration au changement s’est exprimée, alors que le pays, gangrené par une oligarchie corrompue, connaît une situation économique et sociale dégradée depuis plusieurs décennies. Elle a fédéré un spectre politique hétéroclite, allant des anarchistes de gauche à des groupes nationalistes néonazis influents, en passant par des partis libéraux proeuropéens ou des organisations de défense des droits de l’homme. Cette opposition a été particulièrement forte à Kiev, dans les régions centrales et plus encore dans les régions occidentales, tandis que les régions méridionales et orientales, qui avaient porté V. Ianoukovitch au pouvoir, sont plutôt restées en marge de la contestation.
De nombreux motifs de mécontentement ont guidé les Ukrainiens engagés de près ou de loin dans Maïdan : le niveau de vie, la corruption, l’affairisme, le déficit démocratique, le positionnement géopolitique pro-russe de V. Ianoukovitch, etc. Depuis l’accession au pouvoir du nouveau gouvernement, la politique menée sous la houlette du président-homme d’affaires P. Porochenko conserve toutefois une orientation libérale mais elle privilégie une approche euro-atlantiste. Elle fait déjà l’objet de critiques de la part de certains militants « révolutionnaires », alors que les mesures visant à empêcher l’action du Parti communiste ukrainien, qui n’avait pas soutenu la contestation, laissent planer le doute sur les pratiques démocratiques du nouveau régime. Par-delà le renversement d’un clan, la question du changement de système reste entièrement posée.

Un État éclaté ?
Le manque de légitimité du nouveau pouvoir dont l’une des premières mesures annoncées fut de proposer de réviser le statut de la langue russe dans les régions orientales, a été tel dans ces régions russophones qui avaient plaidé pour une fédéralisation de l’État ukrainien, que l’unité nationale a été rapidement remise en cause. Or, comme l’ensemble des pays d’Europe orientale, l’Ukraine est une construction territoriale récente : ses régions occidentales (Galicie, Volhynie, Transcarpathie, Bessarabie), où résident aujourd’hui environ neuf millions d’habitants, essentiellement ukrainophones, ne furent intégrées à la république socialiste soviétique d’Ukraine que pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à ce moment, la Galicie fit ainsi partie de l’Empire austro-hongrois puis de la Pologne. Et à la veille du conflit, la population de Lviv, quelquefois décrite aujourd’hui comme la « capitale culturelle de l’Ukraine », comprenait une moitié de Polonais et un tiers de Juifs.
Cette population des régions occidentales, où siègent les églises uniates, est donc porteuse d’une histoire très différente de celle des régions méridionales et orientales, plus russifiées, plus soviétiques et orthodoxes. Si le récit de la Seconde Guerre mondiale valorisant les héros soviétiques de la « Grande Guerre patriotique » est dominant dans les régions industrielles de l’Est, les mouvements nationalistes ukrainiens ayant collaboré avec l’occupant nazi jouissent d’une réelle popularité dans l’Ouest où le pouvoir soviétique mena une répression implacable contre leurs militants. Cette ligne de fracture continue en partie de structurer le champ politique, économique et social, opposant des aspirations nationalistes ukrainiennes adossées à une orientation euro-atlantiste à un positionnement privilégiant les relations culturelles, économiques et politiques avec la Russie.

Ces disparités, qui témoignent des difficultés de l’État ukrainien à forger un discours national permettant à l’ensemble du corps social de se construire un avenir commun, sont instrumentalisées par les acteurs politiques et géopolitiques depuis le début de la crise. Les uns accusent les autres d’être des « fascistes » ou des « banderistes », du nom du leader nationaliste ukrainien S. Bandera qui avait collaboré avec l’Allemagne nazie ; les seconds dénoncent les premiers d’être les alliés d’une Russie toujours animée par des ambitions impériales. C’est dans ce contexte de fragilisation de l’unité nationale que la Crimée a fait sécession et a été annexée par la Fédération de Russie. Ce déplacement de la frontière est une modification inédite de la carte politique issue de la dissolution de l’URSS, quoique des régions de Moldavie (Transnistrie) et de Géorgie (Abkhazie, Ossétie) aient déjà déclaré leur indépendance, avec le soutien d’une Russie voyant dans ces États de facto un moyen de pression sur les pays proches.

Expansionnisme euro-atlantiste vs impérialisme russe
Par-delà l’action des différents acteurs ukrainiens, la dimension internationale est une composante essentielle de la crise actuelle. Le terrain ukrainien voit s’opposer la Russie à l’Union européenne et à l’OTAN, lesquels, dans une approche strictement géopolitique, souhaitent étendre leurs aires d’influence respectives. Ces puissances agissent directement ou indirectement, ouvertement ou clandestinement, pour défendre leurs intérêts dits « stratégiques ». L’UE et l’OTAN dénoncent le soutien de la Russie aux sécessionnistes et craignent que l’agressivité de la politique étrangère russe ne menace la sécurité de l’Europe orientale. De son côté, la Russie, qui avait proposé en 2008 de refonder l’architecture géopolitique du continent sur la base d’une coopération approfondie entre les différents États pour réduire les tensions, a mis en avant les menaces pesant sur la pérennité de sa base navale de Sébastopol, située en Crimée, et sur le statut des populations des régions russophones d’Ukraine pour justifier ses prises de position. Plus largement, elle désapprouve l’extension de l’OTAN et de l’UE vers l’Est et la constitution d’un bouclier antimissile en Europe de l’Est par l’organisation transatlantique.
Depuis le début de la crise, l’action des Russes pas plus que celle des Occidentaux n’a concouru à trouver une solution politique permettant de préserver l’unité nationale de l’Ukraine ni à lui garantir la possibilité d’établir des relations apaisées et constructives avec l’ensemble de ses voisins. Au contraire, la Russie, réactivant la notion de « nouvelle Russie », a contribué au démantèlement de l’État ukrainien sur son flanc oriental. Et les puissances occidentales, qui soutiennent activement les nouvelles autorités, signent en hâte des accords de coopération et de défense avec l’Ukraine, qui apparaissent comme des mesures hostiles et provocatrices aux yeux de la Russie. Car ces mécanismes d’intégration régionale proposés par l’Union européenne, de même que ceux constitués par la Russie autour de l’Union économique eurasiatique, exigent de l’Ukraine un positionnement géopolitique univoque, nécessairement générateur de tensions. Aucune des puissances internationales ne semble pouvoir concevoir que l’Ukraine se développe comme un pays de l’entre-deux. Pourtant le pays occupe une situation d’interface dont témoigne la distribution géographique de ses échanges économiques et de ses échanges migratoires.
Cette confrontation entre l’Occident et la Russie rappelle par certains aspects les tensions entre les blocs capitaliste et socialiste dans le système géopolitique bipolaire. Un des arguments avancés par le camp pro-occidental pour dénoncer la politique russe est d’ailleurs de souligner sa filiation directe avec les ambitions de puissance de l’URSS. Mais la crise qui se déroule aujourd’hui en Ukraine ne découle pas d’une opposition idéologique : la Russie de V. Poutine n’est pas porteuse d’un projet politique alternatif à la mondialisation libérale, elle souhaite simplement se voir garantir une place géopolitique majeure dans le monde globalisé, dont la constitution d’un ensemble régional eurasien serait un élément.

Au terme d’un an de crise, l’Ukraine s’arrime au monde euro-atlantiste. Mais le pays, amputé de la Crimée et secoué par la guerre civile, reste particulièrement fragile. Aucun consensus politique ne s’est pour le moment dégagé pour définir un modèle d’organisation territoriale assurant l’intégrité du territoire national ukrainien et le respect des aspirations autonomistes des régions orientales. Et l’économie nationale, déjà précaire, connaît un repli sensible que les conditionnalités imposées par les accords signés avec les puissances occidentales pourraient à court terme accentuer. Dès lors, loin des préoccupations expansionnistes des puissances internationales, la population ukrainienne risque de connaître un nouvel hiver difficile.

*Julien Thorez est géographe. Il est chargé de recherche au CNRS.
La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

Carte Présidentielle 2014 en Ukraine : score de Petro Porochenko (en % des exprimés)

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Published by bruno fornaciari - dans UKRAINE INTERNATIONAL
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:14
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Published by bruno fornaciari - dans SYNDICATS - JUSTICE SOCIALE
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BRUNO FORNACIARI

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