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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 10:10

Nous demandons la réunion du Bureau du Sénat, car un tel délit ne peut rester impuni

Panama Papers -

 Par / 6 avril 2016
Monsieur Gérard Larcher
Président du Sénat

J’ai l’honneur par la présente de vous demander de réunir le Bureau du Sénat afin d’examiner la situation de M. Frédéric Oudéa, alors Président Directeur Général de la Société Générale, manifestement responsable d’un faux témoignage lors de son audition du mois d’avril 2Ol2 par la Commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion des capitaux hors de France, devant laquelle il avait prêté préalablement serment.

Les faits révélés dans I’affaire dite des "Panama Papers" contredisent totalement les propos de M. Oudéa qui indiquait en 2012 : « La Société Générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise, mais aussi dans ceux que désignait la liste des Etats non coopératifs, c’est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama. »

Les révélations de ces derniers jours soulignent la création de 975 sociétés offshore par la Société Générale entre 1977 et 2015. Ces poursuites ouvrent donc de toute évidence droit à poursuite pour faux témoignage de M. Oudéa.

Un tel délit, passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ne peut rester impuni.

Je sais, Monsieur le Président, que particulièrement soucieux du respect de l’institution sénatoriale, vous étudierez avec intérêt notre démarche et la prendrez en compte.
En l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, I’expression de ma considération distinguée.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 07:32

STOP à la dégradation des services publics et de la Poste.                                              

Développons les services publics

 

 

 

Après la disparition à Saint Varent de la trésorerie principale il y a quelques années, voilà maintenant que la fermeture du bureau de Poste est programmée. La dégradation des services publics se poursuit. 

 

De réorganisations des tournées de facteurs (suppression de préposés et allongement des tournées), en changements d’horaires d’ouverture et de réduction d’emploi du bureau de Poste près de la mairie, ce sont des services de la Poste, et de proximité,  courrier, colis, banque postale, mandats,  présence humaine  et de vie sociale qui sont enlevés à nos concitoyens.

 

Pourtant d’autres choix eussent été possible. En effet, l’Etat n’accorde-t-il pas 300 millions d’euros au tire du CICE pour…créer des emplois ? C’est l’inverse qui se produit alors que la Poste a fait un bénéfice de 235 millions d’euros soit une hausse de 23, 9 %

 

Le usagers, les élus locaux, le personnel avec ses syndicats doivent être consultés et écoutés. Dans nos petits villages, la désertification gagne. Comment en effet relancer leur attractivité en supprimant les services aux habitants ? 

 

Nous nous félicitons que des commerçants, conscients des dangers qui menacent notre village,  aient eu la bonne initiative de lancer une pétition pour empêcher cette fermeture.

 

Nous la soutenons, et comme nous l’avions fait il y a quelques années lors de la votation citoyenne contre la privatisation de la Poste, nous nous associons à cette démarche citoyenne. Nous demandons que le Maire et le conseil municipal de Saint-Varent votent une motion de défiance contre cette décision. Les élus de la communauté de communes pourraient d’ailleurs en faire autant.

 

S’opposer aux fermetures de bureaux et de réduction d’horaires et de personnels dédiés est une oeuvre de salut public.

 

Les services publics sont utiles à nos concitoyens. Ce qui est moderne,  ce n’est sûrement pas de les réduire mais de les re-dynamiser en réinvestissant dans les territoires. Pour la Poste,  mais aussi pour  les équipements de santé, en créant des emplois utiles, dans les hôpitaux, les services de l’emploi, de la culture, de l’énergie, de l’eau, menacés eux aussi par les « économies » budgétaires drastiques, défaisant notre modèle social dont les pus modestes d’entre nous en  subiront les premiers, les effets dévastateurs.

 

NE LAISSONS PAS FAIRE

PCF Nord-Deux Sèvres -Thouars-Saint-Varent - Airvault  (logo PCF)

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Bulletin d’Adhésion au PCF

Nom…………………..…Prénom …………  Né le : ……Jour…… Mois……………..Année……………..

Adresse…………………………………………Code postal…………….VILLE………………………………

mail : ……………………………Téléphone…………………………………………………

A adresser à PCF place du Colonel Fabien 75019 PARIS

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 07:18

Le chantage contre le gouvernement grec doit immédiatement cesser ! (Pierre Laurent)

 

Le président de l'Eurogroup, Jeroen Dijsselbloem, s'est fait le relai des conservateurs de certains pays européens, dont l'Allemagne, pour remettre en cause les mesures sur la dette grecque annoncées le 5 décembre. C'est une mesure politique punissant le gouvernement grec pour avoir pris des mesures en faveurs de 1.6 millions de retraités et avoir suspendu la hausse de la TVA dans les îles du Nord et de la mer Egée. 

Je dénonce fermement ce nouveau chantage contre le gouvernement grec. Les milieux conservateurs, en violation de tous les accords, n'acceptent toujours pas qu'un gouvernement cherche à sortir de l'austérité sans fin qu'on lui impose. C'est une honte pour l'Europe. Cela ne fera qu'alimenter les tentations de régression nationaliste que l'on voit partout sur le continent.

Assez de chantage ! Assez de pression ! Assez d'humiliation !

 

Pierre Laurent, président du PGE, secrétaire national du PCF

 

 
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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 00:31

Est-il permis de critiquer le journalisme dans une école de journalisme ?

par Julien BrygoNina Faure

Fin novembre Julien Brygo et Nina Faure étaient invités par une école de journalisme de Montpellier à présenter leur Quatre petits films contre le grand capital et à débattre de leur pratique des métiers de journaliste et de réalisatrice de documentaires. L’expérience aurait pu être assommante, elle a donné lieu à une très instructive leçon de tragi-comédie dans la filiale « alternance professionnelle » de la « meilleure école de journalisme de France ». Témoignage [1].

Dès notre arrivée, il y a comme quelque chose qui cloche. La télévision France info qui braille dans l’entrée, des journaux « gratuits » à disposition des élèves, une bibliothèque en verre où sont enfermés pêle-mêle des livres poussiéreux qui rôtissent au soleil. On est dans une des quatorze écoles de journalisme (sur une centaine de formations en France) reconnues par l’État, l’ESJ Pro. La crème de la crème, donc. Il est 10h05 ce 25 novembre 2016. On nous invite à s’installer dans une salle de classe. Benoît Califano, le directeur de l’école, nous explique que les deux étudiants assis à notre droite, Fabien et Louis, ont planché sur la rencontre et animeront le débat. La veille, toute la classe ou presque a assisté à la projection-débat de nos courts-métrages Quatre petits films contre le grand capital au cinéma Le Diagonal.

 


Les quatre films sont assez différents sur la forme : deux enquêtes en immersion dans le monde des emplois précaires réalisés par Nina (Rien à foutre et Dans la boîte), deux films photographiques de Julien (Profession, domestique et Glasgow contre Glasgow) tirés d’enquêtes publiées dans Le Monde diplomatique. Ils racontent cependant une même histoire : le triomphe du libéralisme et ses variantes. Les reporters y montrent les effets d’un capitalisme qui s’en est pris à ses berceaux (Glasgow, emblème de la révolution industrielle), la traite des travailleurs domestiques, la casse organisée du code du travail ou le précariat ordinaire fait de petits grignotages toujours volés aux salariés. « Des forts à qui le monde appartient, des faibles qui serrent les dents », résume Serge Halimi dans le livret du DVD [2]. Pas de scoop, donc, mais un travail journalistique sérieux, vérifié, documenté, sur des phénomènes sociaux aussi invisibles que spectaculaires.

 

La tête du chef des dealers de Glasgow

Il est 10h10. C’est Fabien, étudiant en radio, qui introduit la séance. « On est contents de vous recevoir aujourd’hui. On a tous beaucoup aimé les films mais on s’est dit qu’il nous manquait quelque-chose… Pour certains on s’est dit qu’on aurait aimé avoir plus les causes, peut-être, des problèmes qui étaient montrés. On a tous apprécié de découvrir des situations qui étaient dérangeantes, mais par exemple, dans Glasgow contre Glasgow, on se demandait pourquoi il n’y avait pas un angle plus sur le trafic de drogue, sur les causes de cette pauvreté à Glasgow plutôt que sur la situation finale à savoir qu’il y a des pauvres et des riches. »

Le nez dans notre gobelet de café, on est un peu étonnés de cette question. La drogue glaswégienne, tout comme les overdoses de Fish n’chips, ne sont pas la raison de l’écart phénoménal de 28 ans d’espérance de vie entre riches et pauvres de la ville - c’est d’ailleurs tout le propos du film. Dans Glasgow contre Glasgow, on montre comment les inégalités sociales et le cadre structurel capitaliste sont autrement plus responsables de la mort prématurée dans les quartiers populaires que les comportements individuels, comme la consommation de drogue. On aurait peut-être dû immédiatement s’inquiéter de la première question, celle qui a fait l’objet d’un travail préparatoire sérieux de la part des étudiants pour cette rencontre et qui déplace d’emblée le curseur.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet et pour que les étudiants nous situent, on raconte nos parcours. Nina a fait de la science politique et est entrée dans le journalisme par le documentaire jusqu’à devenir réalisatrice. Julien renseigne le nom de ses anciens tauliers un à un [3] et raconte être passé par une école privée de journalisme, l’ESJ Paris, qu’il considère « peu recommandable » car consistant essentiellement à « faire recopier aux élèves les reportages du Parisien, de BFM, de RTL, sans se poser de questions sur le sens de cette production journalistique, sur les cadres imposés, sur la récurrence des sujets et leur éventuelle vacuité ». Pour poursuivre notre récit, témoignage de deux longues années dans cette pouponnière à copistes prêts-à-l’emploi, on prend l’exemple des reportages rituels sur le marché de Noël, ces papiers sur la consommation ou encore ceux sur les soldes… Des reportages qui devraient être « bannis » de l’éducation au journalisme (ou alors en contre-modèle). Que n’avions nous pas dit là.

Un homme habillé d’une veste noire, au fond de la salle, se tient debout et lève le doigt comme s’il voulait toucher le plafond. C’est le prof d’économie, selon des dires ultérieurs. Mais il ne se présente pas. « Je suis surpris d’une chose, c’est que l’un des premiers mots qui a été prononcé par monsieur est un mot d’exclusion, c’est-à-dire que vous avez dit que les reportages sur le marché de Noël sont à bannir ! Je voudrais savoir en quoi ce reportage doit être "banni". » Le sujet est visiblement grave. Il s’agit du socle de la presse locale, des radios locales, des chambres de commerce locales, un véritable carrefour d’intérêts bien compris entre consommateurs, producteurs… et journalistes, donc. Julien se saisit de la question avec des gants cloutés : « Le marché de Noël, c’est ce qu’on appelle un marronnier, un sujet qui revient tous les ans et qui permet de remplir des pages à bon compte… Il s’agit de raconter quoi ? La bonne vie du commerce ? D’un point de vue journalistique, cela n’a aucun intérêt. » Le professeur : « Et donc c’est pour cela qu’il faut les BANNIR ? » Il souligne lourdement le mot en lançant un regard à la fois accusateur et interrogateur pour bien faire prendre conscience à toute la classe de la gravité de nos propos. Les pieds dans le plat.

Les étudiants sont en alternance, ils devront probablement, d’ici quelques semaines, rédiger des reportages sur les « Hivernales », le nom classieux que la municipalité de Montpellier a donné à son marché de Noël, en y ajoutant quelques concerts et des « nocturnes ». C’est peut-être tout le programme d’hiver des TD de l’ESJ Pro qui est en jeu ! Les visages des étudiants expriment davantage la méfiance que l’enthousiasme. Le professeur d’économie se tient en position de combat. Nous sommes assis, comme les élèves, et on ne se doute pas de la mèche qu’on vient d’allumer.

 

« Moi j’aime bien aller me promener sur le marché de Noël »

Si monsieur le professeur s’était présenté, nous aurions appris que quand il ne défend pas la liberté qu’a la presse de tester la qualité du glaçage des marrons, il n’est autre que le directeur adjoint de la rédaction de RTL. Nous aurions ainsi pu demander à Jean-Daniel Colom, c’est son nom, de nous expliquer pourquoi cela ne le dérange pas que la radio dont il co-dirige la rédaction en chef « bannisse » certains sujets, c’est-à-dire, les « tienne éloignés », voire les « rejette » (Larousse, 2016). On aurait pris un exemple au hasard : la visite en France d’un président de la République qui est parvenu à tourner le dos au FMI, à la banque mondiale et au remboursement de la dette, le président équatorien Rafael Correa. Il se trouve que Nina a participé à la réalisation de deux films sur le sujet. Dans le premier épisode d’Opération Correa (Les ânes ont soif) [4], la journaliste Aurore Van Opstal a même interviewé deux éminents confrères de RTL [5]au sujet du manque d’intérêt de la vénérable radio pour l’expérience anti-libérale équatorienne. Concours de mauvaise foi.

Suite à l’invective du professeur masqué, plusieurs étudiants se lancent dans la défense des reportages sur le marché de Noël, qui permettent d’être « proches de la population », de voir « comment les gens vivent », ce qui constitue « une autre forme de journalisme à côté de l’investigation ». On la trouverait « pas assez noble, c’est ça ? », demande ainsi l’étudiante P. On essaie de dire qu’il faudrait commencer par questionner l’idée selon laquelle lorsqu’on est journaliste local, on est fatalement un supplétif de la chambre de commerce ou de la préfecture de police ; puis qu’il ne peut pas faire de mal de questionner des évidences, comme celle qui considère la consommation comme forcément positive. Louis, notre animateur, bondit : « Réfléchir à quel est le meilleur mode de vie, est-ce vraiment notre travail à nous journalistes ? Il y a des intellectuels qui… » Un étudiant qui décrivait après la séance de la veille son école comme « la meilleure de France » cabriole : « Après, tous les journaux ne sont pas pareils… Le web, ça sert à ça ! » Habitués à cette question qui revient presque à chaque débat, on tente de montrer rapidement qu’Internet est certes le lieu d’un réel pluralisme, mais qu’au moins 16 millions de personnes regardent encore les JT des « grandes chaînes » chaque soir et que ce même Internet a déjà été pris d’assaut par les mêmes groupes de presse (il faudrait des heures pour dérouler cette bobine). C’est Nina qui s’en charge brièvement : « Oui mais le web, alors je suis désolée mais je vais vous arrêter tout de suite, parce que sur Internet, la hiérarchie est la même dans la presse et les médias audiovisuels. Mais, pour revenir à la question autour des reportages sur la consommation, le problème du marché de Noël, c’est qu’on pourrait imaginer d’aller là-bas pour savoir quelles sont les conditions de travail des gens qui tiennent les cahuttes… »Des reportages sur les conditions de travail sur les marchés de Noël ? C’en est trop pour l’étudiant T. : « Mais c’est plus militant, ça ! Ce que vous faîtes, vous, c’est du militantisme, nous, on fait du journalisme ! » Nina répond sans ambages : « Crevons l’abcès tout de suite. Tout point de vue est militant, tout point de vue est engagé. » L’étudiant T : « Mais, si j’ai pas… Moi j’ai pas forcément de point de vue engagé… Moi j’aime bien aller me promener sur le marché de Noël, j’aime bien savoir qui il y a, ce qu’elles vont vendre, tout ça… Ça peut être des gens qui sont super riches et qui vendent des choses que vous jugerez peut-être comme ultralibérales ou capitalistes, comme ça peut être des petits artisans qui fabriquent des choses tranquillement chez eux, et qui vont vendre ça à la population… » On aurait bien pris un peu de vin chaud à l’orange, mais on reste sur la caféine, drogue la plus efficace pour rester vigilant en toute situation.

 

« Je vous arrête tout de suite »

Alors que la « discussion » prend forme, que des « points de vue »s’affirment, le chefaillon de RTL tente de s’interférer à nouveau. Comme il a déjà parlé (pour nous ranger dans la case des vilains militants agressifs et excluants) et que plusieurs étudiants lèvent la main depuis plusieurs minutes, on tente de s’opposer. « Alors, monsieur, non, lui dit Julien, vous avez déjà parlé. On va plutôt privilégier les étudiants, franchement… » Nina lui rappelle les règles de base de la communication en collectif : « Il y a un tour de parole à avoir, il me semble qu’un étudiant lève la main depuis longtemps. » Il se cabre, gonfle son torse, agite ses bras, prend un air indigné, puis, courageusement, prend la parole malgré notre refus, nous accusant de ne pas vouloir répondre à sa question. Les étudiants baissent leurs doigts et laissent l’Albert Londres des caisses enregistreuses donner de la voix. « Je poursuis sur mon sujet… Je reviens sur l’exclusion, il y a les reportages à"bannir", et ensuite la première question que pose un étudiant en journalisme, votre réponse, c’est "je vous arrête tout de suite"… » On attend la suite, il n’y en a pas. Il s’arrête, visiblement content d’avoir démontré aux étudiants à quel point nous étions obtus et fermés à la discussion. Nous tentons de la reprendre malgré tout.

Un étudiant revient à la charge sur la question de la drogue à Glasgow. Pourquoi Julien n’en a pas plus parlé, pourquoi n’est-il pas allé interviewer le chef des dealers ? Julien répond que les philanthropes, ceux qui appellent à la fin des impôts et au transfert du partage des richesses vers le système de la charité, sont « autrement plus responsables » de cette situation. Deuxième ligne rouge franchie. Le cœur de l’étudiante R. saigne et elle décide de s’en ouvrir à toute l’assemblée : « On ne peut pas dénoncer une pratique en tombant dans la même pratique, c’est-à-dire que vous dénoncez le fait qu’il y a des gens qui ont des pratiques dont vous estimez qu’elles sont… extrêmes… Bon, moi c’est pareil, j’ai été salariée, je me suis opposé à certains de mes patrons… J’ai aussi un père qui a été patron, agent d’assurances pendant vingt ans, je tutoie les secrétaires, on va faire des balades ensemble... Les grands patrons ne sont pas tous les salauds, hein, je tiens quand même à le dire ! »Nina résume cette prise de position : « Tutoyer les secrétaires et faire des balades ensemble, je vois pas quel est le rapport avec les conditions matérielles de travail, enfin c’est pas ça la question, c’est pas "est-ce qu’on peut être patron et gentil ?" »… Julien enchaîne à la serpette : « Il faut être malhonnête avec les gens malhonnêtes. » Et l’étudiante R. de revenir à la charge : « Personnellement pour ce qui est de l’honnêteté et de mettre les gens en confiance, c’est pas l’école de journalisme qui nous dit ça, ce sont nos valeurs et nos éducations. Moi, le mensonge, excusez-moi, je peux pas. »

 

« Ça, en tant que journalistes, on nous apprend à ne pas le faire »

À l’étudiant C. de monter sur l’arène, la morale et les valeurs en guise de brassard de presse : « Vous dites que vous êtes journalistes, donc, on est d’accord, mais… moi y’a un truc qui m’a fait tiquer dans le reportage, c’était : vous faire passer pour une journaliste des Échos [pour interviewer Matthias Bauland, directeur adjoint d’Adrexo à l’époque], et ça, en tant que journalistes, on nous apprend à ne pas le faire, à être assez honnête ! » Nina répond qu’elle sait bien que « c’est interdit dans la Charte de déontologie des journalistes » et précise qu’utiliser des caméras cachées « est pourtant massivement pratiqué à la télé, avec les petits dealers justement… [et on aurait pu ajouter : sans que ça ne vous pose problème]. Second point : C’est légitime, de mon point de vue, quand c’est envers des gens qui ont des postes de pouvoir. D’une part, ils refusent les interviews, vous l’avez vu avec la direction générale du travail : il ne veut pas répondre à une question sur Adrexo alors qu’il veut bien se faire mousser devant une jeune étudiante à Sciences-Po. Ça me paraît tout à fait légitime de révéler ça. C’est d’autant plus légitime avec des personnes comme les grands éditorialistes qui ont la parole publique tout le temps et qui refusent de répondre aux questions sur leur travail. Quand on a autant d’espace médiatique, on se doit de répondre aux questions qui dérangent… » Une étudiante : « Donc vous avez décidé que certaines personnes méritaient quelque-chose et d’autres ne méritent pas… »Nina conclut : « Parce qu’elles occupent un rôle social et que cela a des conséquences pour des milliers de personnes, oui. Je considère que Jean-Denis Combrexelle, qui fait des décrets sur mesure pour le patronat du prospectus publicitaire, qui leur permet de payer les gens une heure sur deux et que ça touche 40 000 personnes sans compter le turnover, soit des centaines de milliers de personnes en France, oui, à un moment, on a le doit d’être malhonnête avec lui, pour aller lui demander des comptes, oui. »

En fait c’est un vieux débat qui se joue ici. On le connaît bien, puisque c’est ce qui est reproché à Pierre Carles depuis Pas vu pas pris en 1998. On aurait dû commencer cette discussion (c’est même un séminaire qu’il aurait fallu organiser, et non pas un speed dating « une heure pour convaincre ») par des extraits de ces films, montrer comment certaines connivences et collusions sont impossibles à révéler sans le recours à certaines méthodes. Qui plus est, dans nos films, nous y avons recours en toute transparence puisque c’est mis à l’image. Pourquoi dès lors dire que c’est de la manipulation ? Les étudiants sont en mesure de juger de nos méthodes justement parce que nous les mettons à l’image.

Ce qui nous inquiète le plus, c’est qu’on dirait que dans leur cursus, ils n’ont jamais entendu critiquer les médias. À travers ces questions, nous avons l’impression qu’ici comme dans l’écrasante majorité des écoles de journalisme françaises, les héros sont David Pujadas, Léa Salamé, Jean-Michel Aphatie ou Nicolas Demorand. Jamais Günter Wallraff, Florence Aubenas (ou alors l’otage plutôt que l’aide à domicile), Ryszard Kapuscinski ou Jean-Baptiste Malet.

 

« Ne pas prendre le risque de fâcher d’éventuels annonceurs »

L’échange est arrêté au bout de 63 minutes alors que plusieurs mains sont encore levées. L’étudiante P demande : « Pourquoi on ne continue pas, en fait ? C’est la question que tout le monde se pose ! » Il faut dire que la rencontre a été rabotée d’une demi-heure à l’initiative du directeur de l’école, qui estimait qu’on avait « déjà assez parlé [la veille] ». On remet nos blousons, et on sort de la salle, assaillis par des dizaines d’étudiants en proie au doute. On pensait qu’on aurait l’occasion d’échanger sur le fond de nos films, d’expliquer comment nous en sommes arrivés à travailler de façon « indépendante », c’est-à-dire sans le sou mais avec une grande liberté de ton. Mais la majorité de l’échange se concentrera sur nos « méthodes » jugées « malhonnêtes », nos discours jugés « militants »et nos mots, « excluants ». On a sans doute incarné malgré nous une certaine violence symbolique avec notre rejet des sujets sur le marché de Noël, que les étudiants seront bien obligés de se farcir et sans marge de manœuvre pour le coup. Car l’ESJ Pro, nous l’avons découvert en rédigeant ce texte, forme évidemment aux « sujets conso », pardi !

L’école porte même une attention toute particulière à faire rentrer dans le crâne des journalistes l’idée selon laquelle il faut « bien border ses sujets »pour « ne pas prendre le risque de fâcher d’éventuels annonceurs. » Quelques jours plus tard aura lieu une formation payante sur les « sujets conso », présentés comme « des sujets “concernants”, fédérateurs, pas forcément compliqués à traiter ni chers à réaliser […] Bien parler de consommation, c’est se rapprocher de ses lecteurs. Mais c’est aussi prendre le risque fâcher d’éventuels annonceurs, d’où la nécessité de bien “border” son travail. »


Cette « formation théorique » de deux jours (14 heures), facturée la somme rondelette de 1000 euros, proposait ni plus ni moins de « chercher les erreurs, de décoder les perles des fausses promos, étiquettes incongrues, prix trompeurs, termes ambigus... » ou d’identifier « les principaux pièges à éviter : tour d’horizon des principales erreurs susceptibles de faire rater un sujet consumériste, mais aussi de nuire à l’image du titre de presse ». Ça serait dommage, en effet, de nuire davantage à la renommée de ces grands titres qui œuvrent quotidiennement, dans l’ombre, à la croissance du PIB.

En sortant de l’école, certains étudiants viendront nous dire qu’« on en parlera longtemps, de cette rencontre ». Un élève vient nous souffler qu’il est « d’accord avec nous sur toute la ligne ». Califano s’éclipse, aussi gêné qu’à l’arrivée. Le co-chef de RTL nous tourne le dos, passe un coup de fil énervé, se place à bonne distance de nous pour entendre nos conversations avec les étudiants puis part taper le ballon avec quelques étudiants. Il ne daignera même pas nous saluer, de peur d’être contaminé peut-être. Louis, l’élève qui a préparé la rencontre, nous apprend qu’il va devoir écrire un article sur notre venue. On lui demande de pouvoir lire cet article un jour. « Ah non, non, on n’a pas le droit. » Bon. On lui proposerait bien un titre lisible de tous (« Les commerçants sont déçus »« Les enfants avaient des étoiles dans les yeux » ou encore « Le vin chaud a un goût de cannelle », ça ne pourra que faire avancer la cause d’un journalisme non-complaisant - et faire plaisir à leur professeur.) Pendant ce temps, non loin de là, dans la même ville de Montpellier, on condamne les journalistes libres à des peines de prison ferme [6]

 

 
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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 11:21
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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 19:49

L’attaque du convoi humanitaire de l’ONU à Alep relève de la «mise en scène» (experts)

"L’attaque du convoi humanitaire de l’ONU à Alep relève de la «mise en scène.

Selon le rapport des experts du Groupe International de soutien à la Syrie, l’attaque du convoi humanitaire d’Alep relève d’une «mise en scène parfaitement ficelée». En cause, l’état intact de la route contrastant avec les véhicules carbonisés.

L’attaque contre le convoi humanitaire conjoint de l’ONU et le Croissant-Rouge arabe syrien le 19 Septembre dernier est «une mise en scène parfaitement préparée», ont annoncé les conclusions préliminaires d’experts indépendants au sein du Groupe International de soutien à la Syrie.

Après que Washington a annoncé avoir déterminé que le convoi humanitaire avait été victime d’une frappe aérienne, les experts ont procédé à une analyse comparative des photos et des vidéos de l’attaque disponibles, notamment les images capturées par le drone des forces russes qui surveillait l’avancée du convoi.

Sur cette vidéo, «il apparaît clairement que des armes de haut calibre sont acheminées sous couvert de convoi humanitaire», ont annoncé les experts.

«Utm Al-Kubra se trouve sur le territoire contrôlé par les terroristes du groupe al-Nosra. De plus, cette zone est marquée par une forte concentration de militants. Si vous prenez les rapports du 19 septembre, vous trouverez que, dans ce lieu même, en même temps, les militants d’Al-Nosra ont lancé une offensive majeure sur Alep», affirme le document.

Dans ce nouveau rapport, les experts ont noté que l’analyse des photographies présentées dans les médias, indique qu’un poste de pilotage de l’un des véhicules du convoi est resté intact et «n’a aucune trace d’explosion, de débris ou de trous […] seul son stock de marchandises a été touché. Il a entièrement brûlé […] En outre, tout autour, la route est restée en parfait état, ce qui n’aurait pas été le cas si le convoi avait bel et bien subi un bombardement aérien».

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 16:23
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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 09:59

Le PCF condamne l'agression des policiers et soutient les rassemblements

Le PCF condamne avec la plus grande fermeté l’agression, samedi 8 octobre, de 2 policiers dans l’Essonne. Il Fait part aux familles des victimes et à tous leurs collègues de sa solidarité et de son soutien.

Rien ne peut justifier un acte qui a toutes les apparences d’une tentative de tuer deux fonctionnaires de Police dans l’exercice des missions qui leur étaient confiées. Le déroulement des faits semble connu. Nous demandons à ce que l’enquête soit menée le plus rapidement mais aussi le plus sérieusement possible, pour que les auteurs soient appréhendés et traduits devant la justice.

Depuis un an et demi maintenant, les forces de Police ont vu leurs missions, leurs heures de travail, leur quotidien bouleversés et rendus plus difficiles. Chacun sait que leurs heures supplémentaires, les missions de surveillance, la tension ont explosé dans les rangs des policiers et aucune décision forte n’a été prise ni proposée. Ce ne sont pas des réserves de bénévoles, des moyens dérisoires saupoudrés qui pourront permettre de relever les défis qui sont aujourd’hui devant le service public fondamental que représentent les forces de sécurité, de police, de gendarmerie dans notre pays.

Quels sont ces défis ?

Le défi de l’urgence face à la multiplication et à la forme nouvelle que prennent les actes de terrorisme dans notre monde et en particulier dans notre pays. Y faire face demande des moyens accrus au-delà des questions des nouvelles technologies. Il y a bien besoin pour cela d’un déploiement nouveau, de terrain pour être en contact direct avec les populations et détecter plus sûrement les mouvements liés à ce phénomène.

Le défi du banditisme et des trafics. Si les méthodes modernes doivent encore se développer, ils ne sont pas suffisants. Il s’agit de donner les moyens, de viser les têtes de ponts, les organisateurs et au final les bénéficiaires réels des sommes gigantesques que génèrent tous ces trafics. Il faut suivre l’argent, le trouver et pouvoir appréhender ceux qui en profitent le plus. Pour cela il faut multiplier les moyens d’investigation sur l’évasion fiscale, sur les réseaux financiers internationaux et interdire le secret bancaire sous toutes les formes qui servent en fait à dissimuler les transferts de fonds. Bien souvent les circuits qui servent aux uns pour défiscaliser servent aussi à blanchir.

Enfin, le défi du quotidien. C’est celui-là que l’agression ignoble de samedi met le plus en lumière. Les Policiers, qui faisaient leur travail, étaient là pour juguler les exactions commises régulièrement sur un point dur. Ils protégeaient les citoyens exerçant ainsi la plus noble de leur mission. L'enquête doit déterminer s'ils étaient-ils assez nombreux, s'il avaient les moyens de se protéger eux-mêmes. Notre certitude est qu’il faut augmenter de façon significative les effectifs, pour leur permettre de prendre le repos essentiel à l’exercice de leur mission, pour permettre une présence systématique, régulière qui épuise et repousse les trafiquants et délinquants, les criminels qui se fixent comme des tumeurs sur les quartiers les plus en difficulté. C’est en reprenant le terrain au quotidien que nous pourrons apaiser les tensions et pourront créer des solidarités contre ceux qui rendent la vie plus difficile.

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 18:03

Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »

  • Par Caroline Galactéros
  • Mis à jour le 11/10/2016 à 17:26
  • Publié le 11/10/2016 à 13:09

FIGAROVOX/TRIBUNE - Vladimir Poutine a annoncé qu'il reportait sa visite à Paris où il devait rencontrer François Hollande. Pour Caroline Galactéros, cette décision n'est que la suite logique d'un amateurisme complet de la France en Syrie et ailleurs dans le monde.

Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d'intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre(Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu'elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l'on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l'Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame - à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l'ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l'arrêt des combats et des bombardements sur l'est de la ville (dont elle feint de croire qu'il n'est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l'acheminement de l'aide humanitaire et la reprise du processus de négociation.

Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d'Alep-Est ?

Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d'Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l'OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux? S'agit-il d'une nouvelle salve d'irénisme aveugle et de «pensée magique», funeste version 2016 de «Boucle d'or au Pays des trois ours» découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique? Ou d'une gesticulation habile mais dangereuse qui n'a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s'affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l'alignement sur ce que l'on présente comme «le camp du Bien» …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant.

Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l'indignation internationale contre Moscou.

Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l'indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L'évidence crève l'écran. «L'Occident» ne mène pas la guerre contre l'islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l'entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d'action sert d'épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l'avalanche de djihadistes sunnites d'obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d'ailleurs pas plus que nous l'Etat islamique mais s'acharnent sur le régime syrien. Et l'Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d'être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l'Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.

Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n'ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l'Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d'Asie centrale et du Caucase. Et l'a saisie.

La France s'est trompée du tout au tout et démontre qu'elle pratique admirablement le grand écart stratégique... aux dépens toutefois, de nos concitoyens.

Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l'équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s'est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l'ennemi - qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu'elle pratique admirablement le grand écart stratégique... aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad...tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? C'est de l'opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d'une totale incompréhension du réel.

De telles contradictions ne peuvent s'expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien dont nul n'imaginait qu'il résisterait si longtemps.

De telles contradictions ne peuvent s'expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien actuel dont nul n'imaginait qu'il résisterait si longtemps aux feux croisés de l'Amérique et de ses alliés sunnites. L'exigence américaine - reprise à son compte par Paris - d'une cessation des bombardements aériens sur Alep-Est «pour raisons humanitaires» aurait permis en fait de laisser les islamistes de la ville (soit rien moins qu'Al Nosra et consorts) se refaire une santé militaire en se servant des civils comme de boucliers humains, de poursuivre leurs tirs d'obus sur la partie ouest de la ville et d'empêcher Damas et Moscou de faire basculer décisivement le rapport de force militaire en faveur de l'Etat syrien dans le cadre d'une négociation ultime. Qui a d'ailleurs fait échouer le cessez le feu signé le 9 septembre dernier à Genève? Les groupes terroristes qui n'en voulaient pas et les Etats-Unis qui ont bombardé les forces syriennes à Deir el Zor et ouvert la voie aux forces de l'Etat Islamique. Encore un accord de dupes.

L‘action stratégique ne peut prendre en compte que des mouvements et des processus, quand toute l'attention médiatique et politicienne se concentre sur la souffrance et le sort des personnes.

Temps court versus temps long, individuversus groupe, froideur politique versusempathie médiatique (sélective): on se refuse à voir, dans nos démocraties molles, que la véritable action stratégique, pour être efficace, ne peut prendre en compte que des nombres, des masses, des ensembles, des mouvements, des processus, quand toute l'attention médiatique et la gestion politicienne des crises, elles, veulent faire croire que l'individu est central et se concentrent sur la souffrance et le sort des personnes, alors que celles-ci sont depuis toujours et sans doute pour encore longtemps sacrifiées à la confrontation globale et brutale entre Etats. Les images terrifiantes de la guerre au quotidien masquent la réalité d'un affrontement sans scrupules de part et d'autre, dont en l'espèce les malheureux Syriens ne sont même plus les enjeux mais de simples otages.

Si Assad, « bourreau de son propre peuple » selon l'expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte-on le remplacer ?

L'impensé du discours français n'en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l'expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d'autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d'Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l'œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom - Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n'attendent qu'un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l'Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles - apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps?

« Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? je ne vois que l'herbe qui verdoie et la terre qui poudroie »

Croit-on sérieusement que l'on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l'agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu'ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu'entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? … «Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir? je ne vois que l'herbe qui verdoie et la terre qui poudroie» … Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait!

L'interview accordée le 5 octobre dernier par notre ministre des Affaires étrangères à la veille de son départ pour Moscou à Yves Calvi sur LCI est à cet égard, un morceau de bravoure édifiant, qui escamote la réalité et brosse un paysage surréaliste du conflit et de ce qu'il faudrait y comprendre et en attendre.

Florilège et exégèse….

« La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes »

«La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes»

Est-ce à dire qu'il faut les laisser faire, leur donner les clefs du pays et prier peut-être, pour qu'ils ne massacrent pas les minorités qui y demeurent encore et instaurent la démocratie? Faut-il ne plus agir en espérant qu'ils vont s'arrêter? De qui se moque-t-on? Adieu Boucle d'Or. Nous sommes au Pays des rêves bleus de Oui-Oui…

Les Russes, qui se disent satisfaits de l'efficacité de leurs frappes contre les terroristes d'Alep-Est «sont cyniques» … Qui est cynique ici? Celui qui déforme la réalité d'un affrontement pour ne pas avouer qu'il est (avec d'autres) à la manœuvre d'une déstabilisation d'Etat par des groupuscules terroristes liés à Al-Qaïda (matrice de Daech) sous couvert d'aspiration à la démocratie? Ou ceux qui cherchent à réduire l'emprise djihadiste et à renforcer des structures d'Etat laïques avec ou sans Bachar?

« La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. »

«La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision

Ah?! Laquelle? Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s'emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens.

En dépit de l'excellence de nos forces armées, de la présence du Charles de Gaulle sur zone et de nos missions aériennes soutenues, Paris n'est diplomatiquement et stratégiquement plus nulle part en Syrie, et depuis longtemps. Par dogmatisme, par moralisme, par notre parti pris immodéré pour les puissances sunnites de la région, nous nous sommes engouffrés dans un alignement crédule sur la politique américaine qui s'est en plus retourné contre nous dès l'été 2013, lorsque Barack Obama a dû renoncer à frapper directement Damas au prétexte d'un usage d'armes chimiques qui n'a d'ailleurs jamais été confirmé. Un camouflet d'autant plus lourd à porter que notre ancien ministre des affaires étrangères avait jugé bon, dès août 2012, de dire que «Bachar el Assad ne méritait pas d'être sur terre» et, en décembre 2012, «qu'Al Nosra faisait du bon boulot». L'Etat Français a d'ailleurs été poursuivi - en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l'on connait sur le territoire national. N'en déplaise à Monsieur Ayrault, la France n'est ni écoutée, ni considérée, ni attendue sur le dossier syrien. Elle en est réduite à servir de go between entre Washington et Moscou lorsque ceux-ci ne peuvent plus se parler et qu'il faut faire semblant, une fois encore, de rechercher un compromis et d'amener Moscou à lever le pied d'une implication trop efficace à notre goût.

« Si le choix est entre Bachar et DAECH, il n'y a pas de choix. »

«Si le choix est entre Bachar et Daech, il n'y a pas de choix

Mais c'est pourtant le cas, ne nous en déplaise. Nous combattons l'Etat islamique pour la galerie, sans grande conviction ni détermination politique, de très haut, par des frappes qui sans présence terrestre demeurent symboliques. Pour Moscou, au contraire, il n'existe pas «d'islamistes modérés» ; combattre le terrorisme revient à combattre l'EI mais aussi ses avatars locaux innombrables à tout prix, y compris au prix de pertes civiles importantes. Et c'est aujourd'hui la Russie qui, dans les airs mais aussi au sol, avec l'Iran et le régime syrien, «fait la guerre», se bat contre le terrorisme islamiste qui menace tout l'Occident, gangrène nos vieilles sociétés repues et pacifiques et nous prend pour cible. Ils «font le job». Un horrible job. Dans l'immédiat, il faut choisir entre le soutien à l'Etat syrien - que le régime d'Assad incarne-, et DAECH et Cie.

Voici décrite…la Syrie d'avant la guerre ! Ce terrifiant carnage n'aurait-il donc été qu'un coup d'épée dans l'eau ?

Le sommet est atteint à la fin de l'intervention ministérielle, lorsque l'on apprend que «la Syrie future devra être unitaire, avoir des structures étatiques stables, être protectrice de toutes ses minorités, mettre en place des institutions solides, contrôler son armée et ses Services…» (sic)! Les bras nous en tombent. Voici décrite…la Syrie d'avant la guerre! Ce terrifiant carnage n'aurait-il donc été qu'un coup d'épée dans l'eau?

François Hollandes'interroge publiquement dans une émission de divertissement, devant l'animateur Yann Barthes sur TMC, de l'opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris.

Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d'une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d'abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d'ennemi, de faire front commun - comme l'ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l'islamisme qui a décidé notre perte et s'esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s'interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l'animateur Yann Barthes sur TMC, sur l'opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain! «P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non …» La réponse de Moscou à cette insulte ne s'est pas fait attendre: le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l'impuissance politique et l'on se laisse couler, saisis par l'ivresse des profondeurs en croyant surnager.

Hauteur de vue et profondeur de champ, véritable souci pour la souffrance humaine: la realpolitik est la solution, pas le mal. La confusion permanente entre l'Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C'est l'Etat qu'il faut aider à survivre à l'offensive islamiste au lieu d'encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l'Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d'Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir?

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 21:17

Grande consultation citoyenne - Rendre incontournable ce que demande le peuple !

65 000 ENQUÊTES REMPLIES

400 000 PERSONNES RENCONTRÉES.

C’EST ENSEMBLE QUE NOUS POURRONS ÉCRIRE UN NOUVEAU RÉCIT COMMUN.

1 - Depuis le printemps, les militantes et militants communistes se démultiplient pour venir à votre rencontre. Ils veulent entendre vos préoccupations, vos attentes, vos idées, vos propositions. Et leur donner de l’écho. Ils veulent que le débat politique parle de vos vies et de vos espoirs. Ils veulent que la politique, trop souvent confisquée et mise au service des forces de l’argent, redevienne une propriété populaire.

2 - Cette enquête nous a aussi permis de mettre en débat des idées et nos propositions dans la société. Il y beaucoup à faire et beaucoup est possible !

3 - Cette enquête révèle un visage de la France qu’on ne voit pas dans les médias. Nous allons la faire connaître partout pour que la parole populaire donne le ton du débat politique. Continuons. Emparez-vous de cette enquête, discutez-là, débattons-là et inventons l’avenir !

2017

A l’approche des échéances de 2017, c’est le désintérêt qui domine. Cela peut préparer des catastrophes politiques. L’immense majorité d’entre nous les paierait au prix fort.

Le Parti communiste français ne se résigne pas. Il veut être utile à changer les choses avec vous.

Nous pouvons faire de 2017 une année utile à notre peuple et aux peuples du monde.

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BRUNO FORNACIARI

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