«On considère que préparer une campagne européenne avec un président du PGE qui appelle à aller à Paris aux municipales avec des représentants de la social-démocratie brouille notre message», explique Martine Billard, coprésidente du PG. Car ce «président», c’est Pierre Laurent, patron du Parti communiste français. Et Jean-Luc Mélenchon et les siens ne lui pardonnent toujours pas d’avoir poussé, dans la capitale française, à une alliance avec le PS dès le premier tour des municipales de mars prochain.

LE «PROBLÈME» PIERRE LAURENT

«Le PG, nous avons bien l’intention de bouger», avait prévenu François Delapierre, bras droit de Mélenchon, samedi soir, en conclusion de son intervention à la tribune du congrès. Comme Billard un peu plus tôt, il a tenté d’expliquer en quoi Pierre Laurent constituait un «problème» pour les campagnes françaises du Front de gauche. Son manque de «clarté», de «lisibilité» à Paris, empêche selon lui de mener une bonne campagne au printemps prochain. «Il faut protéger les élections européennes», a demandé Delapierre. «Ce n’est une remise en cause, ni de la personne, ni du travail fait» a expliqué Billard. Mais reconduire Laurent à la tête du PGE, «est quelque chose qui nous complique la tâche, qui crée une difficulté», a justifié Delapierre. Et pour éviter toute«confusion», on répète au PG que «Jean-Luc ne fera pas de meeting avec Pierre Laurent». Les deux hommes ne se sont pas parlé depuis la fête de l'Humanité en septembre.

Alors que le Parti socialiste et les écologistes ont déjà désigné leurs premiers de liste pour les élections européennes, le Front de gauche est bloqué sur le sujet. Et va le rester… Les communistes voulaient être d’attaque dès janvier. Les discussions sur le programme commencent à peine. Quant à la répartition des têtes de listes – le plus difficile – le PG dit être prêt à attendre les municipales. Prouver que leur stratégie «d’autonomie conquérante» est la bonne, en réalisant un score à Paris avec la liste de Danielle Simonnet. Manière comme on dit au PG de «trancher ce problème».

L’EXEMPLE DE SYRIZA?

«On ne veut pas avoir des communistes sur les listes avec des stratégies variables, prévient Delapierre. Si les têtes de liste proposées ne sont pas à la hauteur de la situation, on cherchera à créer autre chose.» Au PG, on remet déjà en cause la candidature du sortant PCF, Patrick Le Hyaric, en Ile-de-France. «On ne pourra pas mettre quelqu’un qui a soutenu Anne Hidalgo», dit Delapierre.

Pour la première fois dans la jeune histoire du Front de gauche, un parti membre de cette alliance fondée pour les européennes de 2009, prend ses distances. Cette«suspension» reste symbolique mais dans son intervention samedi soir, Delapierre a fait référence à Syriza, cousin grec du Front de gauche, qui «ont affronté une scission avec ceux qui ont voulu aller travailler avec la social-démocratie». Explication quelques minutes plus tard dans les couloirs de l’hôtel Auditorium qui accueille ce 4e congrès du PGE: «L’avenir du Front de gauche n’est pas assuré».

Lilian ALEMAGNA Envoyé spécial à Madrid pour "Libération"