Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 19:37

 

Samedi 30 novembre 2013. Plusieurs manifestations sont prévues en France ce week-end autour du thème de la fiscalité. Les manifestants qui se réuniront à l’appel de plusieurs formations de gauche entendent réclamer «  une révolution fiscale, la taxation du capital et l’annulation de la hausse de la TVA  ». Leurs exigences partent de l’idée qu’alors que le «  coût du travail  » ne cesse d’être invoqué par les employeurs pour mettre en cause les rémunérations des salariés, c’est d’abord le coût du capital qui explique — et qui aggrave — les politiques d’austérité.

Il n’y a pas que le « coût du travail »...

Coût du capital, la question qui change tout

Afin de justifier toutes sortes de réformes, médias et gouvernants se prévalent de leur disposition à bousculer les « archaïsmes » et à faire preuve de courage. Mais il s’agit toujours en définitive de réduire salaires et prestations sociales. Il existe pourtant bien un tabou pénalisant tous ceux qui souhaitent investir et créer de l’emploi : le coût prohibitif du capital.

Il serait sans doute passionnant de refaire le trajet d’ivrogne, tortueux et chaloupant, parcourant toute l’Europe, qui a finalement abouti à ramener tous nos maux à des questions de compétitivité et, de proche en proche, à des problèmes de coût du travail. Oubliés la crise des subprime, la crise de liquidité bancaire, les gigantesques dépréciations d’actifs, l’effondrement du crédit, la tétanie de la demande, la transformation des dettes privées en dettes publiques, les politiques d’austérité. Comme nous l’avait bien expliqué dès 2010 M. Ulrich Wilhelm, alors porte-parole du gouvernement allemand, « la solution pour corriger les déséquilibres [commerciaux] dans la zone euro et stabiliser les finances publiques réside dans l’augmentation de la compétitivité de l’Europe dans son entier (1) ».


Quand on tient une explication, il faut savoir la défendre contre vents et marées, y compris ceux de la rigueur arithmétique. Puisqu’on comprend sans doute très bien que nos déséquilibres internes ne peuvent se résoudre par une course fratricide et sans fin entre les pays européens pour gagner en compétitivité les uns contre les autres — ce qui s’appelle, a minima, un jeu à somme nulle… —, le projet qui nous est maintenant offert consiste à tenter de gagner en compétitivité contre le reste du monde. Au bout de ses efforts, l’« Europe dans son entier » parviendra à redresser les balances commerciales de ses pays membres, contre celles de ses partenaires extérieurs. On attend avec impatience l’injonction, venant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de redresser la compétitivité du « monde dans son entier » pour qu’il se refasse une santé commerciale contre les Martiens.

On aurait pu penser que, parvenus au bout de cette impasse, les responsables européens, les dirigeants des grandes institutions économiques, les experts sérieux, les commentateurs graves se détournent de leur obsession du coût du travail pour en explorer une autre, qu’un simple esprit de symétrie aurait dû depuis longtemps leur souffler. Sans quitter le registre des coûts, qui peuple l’imaginaire des économistes, ils auraient ainsi pu s’enquérir, juste pour voir, de ce qu’il en est du coût du capital, et de son augmentation. Non parce qu’il y aurait là de quoi renforcer à nouveaux frais la doctrine de la compétitivité (2), mais parce qu’une fois rassasié leur appétit pour les solutions sans problèmes, un petit goût pour la diversité aurait pu les amener à examiner des problèmes sans solution (jusqu’ici). C’est ce point de vue que permet de dégager une étude réalisée par des économistes du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), à la demande de la Confédération générale du travail (CGT) et de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).

 

Les auteurs de cette étude expliquent, après d’autres, que l’augmentation du coût du capital — ou plutôt, de son surcoût —, dans le sillage de la financiarisation de l’économie, rend largement compte des piteuses performances des économies anciennement développées depuis une trentaine d’années : le rythme poussif d’accumulation du capital qu’elles ont connu, le creusement des inégalités, l’explosion des revenus financiers, la persistance d’un sous-emploi massif… Ils donnent également à voir la montée en flèche de ce surcoût du capital, en proposant un indicateur moins lénifiant que le fameux « coût moyen pondéré des capitaux (3) » popularisé par la doctrine financière standard.

Et si l’âne se mettait à ruer ?

Pour comprendre de quoi il est question, il faut distinguer entre deux notions de coût du capital : le coût économique et le coût financier. Le coût économique est l’effort productif nécessaire pour fabriquer les outils et, plus largement, l’ensemble des moyens de production : machines, immeubles, usines, matériels de transport, infrastructures, brevets, logiciels… Cet effort productif représente en quelque sorte le « vrai » coût du capital, celui qu’il faut nécessairement dépenser en travail pour fabriquer ce capital , entendu ici dans le sens « capital productif ». La mesure de cet effort (sur une année, par exemple) représente ce qu’on appelle plus couramment les dépenses d’investissement, et que les comptables nationaux nomment la formation brute de capital fixe (FBCF). Ces dépenses représentent à peu près 20 % de la production annuelle des entreprises françaises.

 

Mais ce coût de production du capital productif, mesuré à son prix d’achat, n’est pas le seul à peser sur les entreprises. Lorsqu’elles veulent acheter et mettre en œuvre ces moyens de production, elles doivent de surcroît rémunérer les personnes ou les institutions qui leur ont procuré de l’argent (argent appelé aussi « capital », mais dans le sens financier cette fois). Ainsi, au « vrai » coût du capital s’ajoutent les intérêts versés aux prêteurs et les dividendes versés aux actionnaires (en rémunération des apports en liquide de ces derniers lors des augmentations de capital, ou lorsqu’ils laissent une partie de « leurs » profits en réserve dans l’entreprise).

 

Or une grande part de ce coût financier (les intérêts et les dividendes) ne correspond à aucun service économique rendu, que ce soit aux entreprises elles-mêmes ou à la société dans son entier. Il importe alors de savoir ce que représente cette partie du coût financier totalement improductive, résultant d’un phénomène de rente et dont on pourrait clairement se dispenser en s’organisant autrement pour financer l’entreprise ; par exemple en imaginant un système uniquement à base de crédit bancaire, facturé au plus bas coût possible.

 

Pour connaître le montant de cette rente indue, il suffit de retrancher des revenus financiers la part qui pourrait se justifier… par de bonnes raisons économiques. Certains de ces intérêts et dividendes couvrent en effet le risque encouru par les prêteurs et les actionnaires de ne jamais revoir leur argent, en raison de la possibilité de faillite inhérente à tout projet d’entreprise. C’est ce que l’on peut appeler le risque entrepreneurial. Une autre partie de ces revenus peut également se justifier par le coût d’administration de l’activité financière, laquelle consiste à transformer et aiguiller l’épargne liquide vers les entreprises.

 

Lorsqu’on retranche de l’ensemble des revenus financiers ces deux composantes qui peuvent se justifier (risque entrepreneurial et coût d’administration), on obtient une mesure de la rente indue. On peut la désigner comme un « surcoût du capital », du fait qu’il s’agit d’un coût supporté par les parties prenantes internes à l’entreprise qui vient surcharger inutilement le « vrai » coût du capital.

 

L’étude du Clersé montre que ce surcoût est considérable. A titre d’illustration, en 2011, il représentait en France, pour l’ensemble des sociétés non financières, 94,7 milliards d’euros. En le rapportant au « vrai » coût du capital, c’est-à-dire à l’investissement en capital productif de la même année (la FBCF), qui était de 202,3 milliards d’euros, on obtient un surcoût du capital de 50 %... Si l’on rapportait ce surcoût à la seule partie de l’investissement qui correspond à l’amortissement du capital — laquelle représenterait mieux, aux yeux de nombreux économistes, le « vrai » coût du capital —, on obtiendrait une évaluation encore plus étonnante : de l’ordre de 70 % !

 

Cela signifie que lorsque les travailleurs français sont capables de produire leurs machines, leurs usines, leurs immeubles, leurs infrastructures, etc., à un prix total de 100 euros par an (incluant la marge de profit), il en coûte en pratique entre 150 et 170 euros par an aux entreprises qui utilisent ce capital productif, du seul fait qu’elles doivent s’acquitter d’une rente, sans justification économique, aux apporteurs d’argent.

 

Un tel surcoût du capital n’a rien de nécessaire ni de fatal. Durant la période 1961-1981, qui a précédé le « big bang » financier mondial, il était en moyenne de 13,8 %. Il était même devenu négatif à la fin des « trente glorieuses » (1973-1974), du fait de la résurgence de l’inflation.

 

Ce sont les politiques restrictives issues de la révolution monétariste qui, dans un premier temps, ont fait grimper la rente financière, en propulsant les taux d’intérêt réels à des sommets. Lorsque s’est amorcée la décrue de ces taux, dans les années 1990, le versement accéléré des dividendes a pris le relais. Le pouvoir actionnarial, remis en selle par la montée en puissance des investisseurs institutionnels (fonds d’épargne mutuelle, fonds de pension, compagnies d’assurances…), s’est appuyé sur la discipline des marchés, l’activisme actionnarial et la nouvelle gouvernance d’entreprise pour ne pas laisser filer la rente dans d’autres mains.

 

Au total, on peut dire que l’explosion du surcoût du capital au cours des trente dernières années est la conséquence directe de l’élévation de la norme financière imposée aux entreprises avec l’aide de leurs dirigeants, dont les intérêts ont été correctement alignés sur ceux des actionnaires. Pour passer des exigences de retours sur fonds propres de l’ordre de 15 % par an au surcoût du capital, il suffit en quelque sorte de rectifier la mesure. De telles exigences correspondent en pratique à un surcoût imposé à tout projet d’investissement de l’ordre de 50 à 70 %.

 

Les effets de cette élévation de la norme financière, bien qu’imaginables, sont incalculables. Car en la matière, le plus important n’est peut-être pas le plus visible. Ces transferts de richesse vers les prêteurs et les actionnaires représentent certes une manne importante, qui n’a cessé d’augmenter (de 3 % de la valeur ajoutée française en 1980 à 9 % aujourd’hui) et qui ne va ni dans la poche des gens entreprenants (à moins qu’ils soient également propriétaires de leur entreprise), ni dans la poche des salariés.

 

On pourrait déjà déplorer que l’exploitation des travailleurs se soit clairement renforcée. Mais il y a plus : qui peut dire en effet l’énorme gaspillage de richesses jamais produites, d’emplois jamais créés, de projets collectifs, sociaux, environnementaux jamais entrepris du seul fait que le seuil d’éligibilité pour les mettre en œuvre est d’atteindre une rentabilité annuelle de 15 % ? Quand le fardeau qui pèse sur toute entreprise, publique comme privée, en vient à majorer son coût réel de 50 à 70 %, faut-il s’étonner du faible dynamisme de nos économies, soumises au joug de la finance ? Seul un âne peut supporter une charge équivalente à 70 % de son propre poids.

 

Le problème n’est pas tant que cette surcharge financière siphonne les fonds nécessaires à l’investissement. C’est plutôt l’inverse. L’argent distribué aux prêteurs et aux actionnaires est l’exacte contrepartie des profits dont les entreprises n’ont plus besoin, du fait qu’elles limitent de leur propre chef leurs projets d’investissement à la frange susceptible d’être la plus rentable. La bonne question est donc la suivante : dans un monde où ne sont mises en œuvre que les actions, individuelles ou collectives, qui rapportent entre 15 % et 30 % par an, quelle est la surface du cimetière des idées (bonnes ou mauvaises, il faut le déplorer) qui n’ont jamais vu le jour, parce qu’elles n’auraient rapporté qu’entre 0 et 15 % ?

A l’heure où il faudrait entamer la transition écologique et sociale de nos économies, on pourrait penser qu’un projet politique authentiquement social-démocrate devrait au moins se fixer cet objectif : libérer la puissance d’action des gens entreprenants, des salariés, et de tous ceux qui recherchent le progrès économique et social, du joug de la propriété et de la rente. Liquider la rente, plutôt que le travail et l’entreprise.

 

Une telle ambition est certes hors de portée d’un homme seul — fût-il « normal ». Mais c’est sûrement à la portée d’une ambition collective. « Cela ne veut pas dire, nous a déjà prévenus John Maynard Keynes, que l’usage des biens capitaux ne coûterait presque rien, mais seulement que le revenu qu’on en tirerait n’aurait guère à couvrir que la dépréciation due à l’usure et à la désuétude, augmentée d’une marge pour compenser les risques ainsi que l’exercice de l’habileté et du jugement. »


A ceux qui y verraient s’avancer la fin du monde, Keynes proposait une consolation : « Cet état de choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d’individualisme. Mais il n’impliquerait pas moins l’euthanasie du rentier et, par suite, la disparition progressive du pouvoir oppressif additionnel qu’a le capitaliste d’exploiter la valeur conférée au capital par sa rareté (4). » Brrrr !...

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans SOCIAL-ECONOMIE-FINANCES
commenter cet article
29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 23:24
 

Le Front de gauche appelle à une marche le 1er décembre

Contre l’injustice fiscale et sociale, le Front de gauche appelle à une grande marche le dimanche 1er décembre à Paris pour une révolution fiscale, la taxation du capital et l’annulation de la hausse de la TVA. Cette marche se dirigera vers le « portique » de Bercy, symbole de la politique du gouvernement Ayrault plus favorable au Medef et à la finance qu’aux salariés et à la grande masse de la population.

Cette manifestation aura lieu au moment du vote du budget d’austérité auquel nous nous opposons. Cette politique continue à entraîner le pays dans la stagnation économique, elle amène toujours plus de chômage et de licenciements. Après Sarkozy, elle aggrave l’injustice fiscale en augmentant les impôts pour la grande majorité de la population tout en multipliant les cadeaux au patronat et en continuant la destruction des services publics et de la protection sociale. C’est inacceptable et cela bafoue le principe républicain d’un impôt juste. La hausse de la TVA prévue le 1er janvier en est l’exemple le plus scandaleux puisque prévue pour pallier une partie des 20 MDS d’Euros accordés au patronat sans aucune conditionnalité. C’est pourquoi nous exigeons son annulation immédiate.

La colère populaire contre les conséquences de l’austérité est juste et légitime. La droite, le Medef, l’extrême droite essaient aujourd’hui de la dévoyer. Leurs objectifs n’ont rien à voir avec les intérêts du peuple : il ne faut pas les laisser faire.

C’est pourquoi le Front de gauche conçoit cette initiative comme la plus ouverte possible. Il appelle en conséquence tous ceux et celles, organisations et personnalités, qui refusent cette politique socialement et écologiquement désastreuse à prendre des initiatives localement et à faire de cette marche la leur. Nous sommes donc disponibles à la préparer ensemble.

Il est temps pour ceux qui ont voulu la défaite de Nicolas Sarkozy et enragent de voir sa politique continuer à être appliquée, de se mobiliser le plus largement possible dans l’unité.

--

La marche du 1er décembre sera précédée par une semaine d'actions pour la justice fiscale et contre les licenciements et notamment la journée d' action intersyndicale organisée le 26 novembre pour les retraites, les salaires et l'emploi.

 

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans PCF-FRONT DE GAUCHE
commenter cet article
29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 17:52

Archive

Social-Eco - le 29 Novembre 2013

Des patrons très actifs derrière les "bonnets rouges"

Les "Bonnets rouges" organisent leur deuxième rassemblement, ce samedi, à Carhaix (Finistère). À l’origine du mouvement qui avait rassemblé 20 000 personnes, le 2 novembre à Quimper, un collectif de patrons en croisade contre les «contraintes administratives et fiscales», présentées comme la cause de tous les maux de la Bretagne.

 

Alerte au feu, sonnez le tocsin! «Nous vous invitons à déclencher un exercice incendie dans votre entreprise pour alerter vos salariés sur la gravité de la situation.» C’est en ces termes qu’Alain Glon conviait, pour le 18 octobre dernier, les entrepreneurs bretons à «la mobilisation générale» contre l’écotaxe. Alain Glon est chef d’entreprise. Un industriel plus précisément puisque le groupe Glon, c’est, dans l’agroalimentaire, «un chiffre d’affaires, en 2012, de 1,8 milliard d’euros, 4 163 “collaborateurs” (entendez salariés) et 49 sites industriels en France et à l’international».


Davos breton


Mais Alain Glon est surtout connu pour être le président de l’Institut de Locarn, créé en 1991, qu’on présente comme «une sorte de Davos breton, à la fois laboratoire de réflexion et centre de formation des élites entrepreneuriales locales».

 

C’est Alain Glon qui est à l’initiative, le 18 juin dernier, de la création du Comité de convergence des intérêts bretons (Ccib) et d’un appel dénonçant «l’hypercentralisme français, la multiplication des rouages administratifs et le labyrinthe des réglementations» qui «suscitent aujourd’hui une avalanche insupportable de taxes, d’impôts, de charges, de contraintes multiples qui portent un coup fatal à d’innombrables entreprises».

 

«Lorsque la réglementation à outrance vient absorber l’énergie créatrice, elle rend impossible l’esprit d’entreprise», précise l’appel. Il demande à l’État de donner la primauté aux territoires, une véritable décentralisation, qui prenne en compte «une gouvernance économique régionale» et «le droit à l’expérimentation» qui « doit nous permettre de respecter nos valeurs afin de ne pas avoir à affronter en permanence les excès des systèmes administratifs et bureaucratiques».


Patrons licencieurs et salariés licenciés


Au nom d’une «convergence d’intérêts bretons», et avec la protestation contre l’écotaxe en guise de flammèche, l’embrasement de la Bretagne devrait donc réunir l’eau et le feu: patrons licencieurs et salariés licenciés, la grande distribution et les agriculteurs… et bien sûr par-delà toute étiquette politique ou syndicale. Quitte à s’avancer masqué. Ainsi pour les besoins du rassemblement, on met surtout en avant la lutte contre «les contraintes administratives et fiscales».

 

Mais s’agit-il seulement de cela? Lors de l’université d’été de l’Institut de Locarn en septembre dernier, un journaliste demande à Alain Glon s’il ne faudrait pas instituer un Smic régional, mieux adapté au niveau de vie de la Bretagne. «J’irai plus loin, répond-il. Il faudrait rendre la liberté au travail et pour autant qu’employés et employeurs se mettent d’accord sur des dispositions qui leur conviennent, ça peut se faire au cas par cas, ou entreprise par entreprise.»

 

 

Classé à droite, Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, est une autre figure marquante du mouvement des «bonnets rouges». Il confirme qu’il «travaille depuis plus de quatre mois avec les chefs d’entreprise, les artisans, les commerçants» pour la suppression de l’écotaxe – selon lui «un préalable» – et «surtout pour vivre, travailler et décider en Bretagne». «Dès qu’on bouge, quand on veut embaucher, l’administration vient nous contrôler. Il faut libérer les énergies», assure-t-il.

 

Prudent aujourd’hui, il avance que lorsqu’il parle des contraintes, cela veut dire «moins de contraintes administratives mais dans le respect de l’environnement». Pourtant il déclarait fin octobre : «L’empilement de contraintes administratives, environnementales, fiscales et sociales finit par empêcher toute liberté d’entreprendre.»

 

Le maire « divers gauche » de Carhaix, Christian Troadec, est l’un des principaux animateurs du collectif Vivre, décider et travailler en Bretagne. C’est ce collectif qui a pris le relais du Ccib pour organiser la manifestation du 2 novembre à Quimper. Il prépare un rassemblement le 30 novembre à Carhaix. «Une manifestation pour l’emploi et pour la Bretagne, pas pour l’emploi en Bretagne», précise Christian Troadec. «Il faut d’abord dire stop aux plans de licenciements en Bretagne.»

 

Interdiction des licenciements boursiers


«Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et ne pas accepter les fermetures d’usines comme Marine Harvest qui fait des bénéfices et ferme son usine bretonne pour en ouvrir une en Pologne.» Il rappelle que François Hollande avait promis l’interdiction des licenciements boursiers. «Sur le fond de la question, tout le monde admet qu’il faut des règles sociales et environnementales, estime-t-il. Mais ce que nous combattons, ce sont les tracasseries administratives qui gênent les capacités d’initiative en Bretagne.» Le maire de Carhaix admet que tous ceux qui sont engagés dans le collectif n’ont pas «les mêmes positions idéologiques. Mais ce qui nous réunit, assure-t-il, c’est l’emploi et c’est la Bretagne».

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
commenter cet article
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 16:08

Dimanche, dans les rues de Paris

28 novembre 2013, 17:03
Patrick Apel-Muller

C’était garanti sur facture, le chômage aurait reflué dès la fin de l’année. Aujourd’hui, l’addition des chimères présidentielles est à la disposition du pays. Lourde, trop lourde.

 

La géographie des usines fermées reconstruit une carte de France de la souffrance, des gâchis et de la colère. L’échec des politiques d’austérité est patent, confirmé, avoué même par les experts de la Commission de Bruxelles, comme l’Humanité l’a révélé et comme le reste de la presse à l’exception de Libération, l’a caché. Si François Hollande est confronté à son pari perdu, celui d’une politique de l’offre certifiée libérale contre une politique de la demande jugée archaïque, le bilan de la séquence est désastreux pour la politique réduite à «la dictature des mots impuissants», décriée par Baudelaire.

 

Un changement de cap s’impose.


 

La remise à plat de la fiscalité annoncée ne semble pas porter cette ambition, aux yeux du Premier ministre. Il s’agit de varier un peu la même recette, celle de la compression des dépenses publiques, de gages donnés à la compétitivité telle que l’entend le patronat, avec impôts allégés, taxes réservées aux salariés et subventions massives des grandes entreprises.

 

«L’embrouille» que soupçonnait Pierre Laurent se confirme. Le gouvernement étudie la possibilité de réduire de 60 milliards les budgets publics notamment en étranglant les collectivités locales.

 

Avec la hausse de la TVA prévue au 1er janvier - et à laquelle le pouvoir ne veut pas renoncer - c’est une double lame qui va rafler les moyens du pays en provoquant un choc de consommation déprimée par les hausses et un hold up sur les portes-monnaies populaires qui renforcera l’injustice devant l’impôt. Pire encore, la fusion envisagée de impôt sur le revenu/CSG accélérerait le transfert des cotisations sociales patronales sur l’impôt des salariés, menaçant l’’architecture même de la sécurité sociale. Pierre Gattaz, le nouveau président du Medef, réclamait 100 milliards d’allégements de charges supplémentaires ... Il serait sur le point d’être entendu, ayant crié fort vers des oreilles sensibles. La manoeuvre est rodée. Déjà, Jaurès soulignait que «quand elles se préparent à le spolier, à spolier la nation les grandes sociétés capitalistes auxquelles l’État a eu l’imprudence de céder une partie de son domaine , se plaignent avec de grands airs indignés d’être menacées de spoliation».

 

La révolte contre ce système injuste parcourt le pays, parfois détourné par des démagogues libéraux vers le refus de l’impôt. La Marche du 1er décembre appelée par le Front de gauche, les ateliers législatifs que les parlementaires communistes et Front de gauche proposent de mettre en place et de faire converger vers des États généraux de la justice fiscale, remettent les choses en place.

 

Baisse de la rémunération du travail ou réduction du coût du capital, négation des besoins collectifs ou services publics dynamiques, politique de relance de l’industrie, de l’emploi et de la formation ou austérité...

Les choix qui forgent l’identité de la gauche seront au coeur de la manifestation parisienne dimanche.

Une espérance peut y renaître, des rassemblements s’y construire, des dialogues s’y nouer pour permettre qu’une majorité oeuvre à changer la vie.

 

 

 

(Publié vendredi 30 novembre 2013 dans l'Humanité)

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
commenter cet article
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 15:09

Le poids de la TVA dans les impôts des ménages (source INSEE)

Social-Eco - le 28 Novembre 2013

Fiscalité

Hausse de la TVA: un choc sur la consommation

La hausse de la TVA va augmenter les prix de 0,35 point selon l’Insee, avec un impact sur la consommation et l’activité économique.


Injuste, la hausse de la TVA est aussi inefficace économiquement. Selon les premiers calculs de l’Insee, qui rendra sa note de conjoncture le 20 décembre, la hausse des taxes à la consommation aura un impact important sur les prix de 0,5 point, si toutes les entreprises augmentent leur prix, avec un scénario central autour de 0,35 point. « Cette répercussion sur l’inflation se diffusera progressivement sur plusieurs mois, jusqu’à la fin du mois de juin », analyse Cédric Audenis, chef du département conjoncture de l’Insee. En prenant les dernières prévisions pour 2014, qui prévoient une progression des prix comprise entre 1,3 et 1,5 % selon les organismes, la TVA participera pour un quart de cette hausse.

 

-0.35 points sur la croissance de la consommation

Cet effet sur les prix ne sera pas sans conséquence sur la consommation et la croissance. Le choc négatif sur la consommation, explique l’économiste de l’Insee, sera équivalent à celui de l’accélération des prix, soit - 0,35 point. En conséquence, plutôt que d’avoir une croissance de la consommation de 0,8 % selon la moyenne des prévisions, la France aurait pu bénéficier d’une progression de 1,15 % sans la hausse de la TVA. D’autant que la consommation intérieure est quasiment la seule contribution positive à la croissance pour 2014.

 

Crise de la demande


Ces 6 milliards d’euros de taxes supplémentaires sont censés financer en partie les 20 milliards d’euros d’allégements de l’impôt sur les sociétés. Or, comme le rappelle Éric Heyer, chef du département des prévisions à l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce), «66 % des entreprises sont confrontées à une crise de la demande. La politique de stimulation de l’offre financée par un choc de demande négatif ne fera qu’empirer la situation».

 

Dans le monde idéal de François Hollande, les entreprises devraient répercuter l’allégement du Cice en baissant leur prix.

 

Ce qui, en théorie, rendrait l’effet sur les prix nul. Mais l’Insee « a pour l’instant une grosse interrogation sur le comportement des entreprises». «Il est peu probable que les entreprises jouent le jeu, explique Éric Heyer. Ces dernières préféreront probablement améliorer leurs taux de marge, qui se sont fortement dégradés depuis 2011.» Autant dire que les actionnaires seront les seuls gagnants.

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans LE SAVIEZ-VOUS
commenter cet article
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 15:04

Hommage de Valls à Clémenceau

Le pèlerin du crépuscule, l'éditorial de Claude Cabanes

Monsieur le ministre de l’Intérieur semble avoir du goût pour 
les pèlerinages sur les traces 
des grands hommes. C’est ainsi que lundi il a déposé une gerbe sur une tombe où est enfoui tout un pan de notre histoire. La tombe de Léon Blum ? Celle de De Gaulle ? D’un communard assassiné ? De Jean Jaurès ? Vous n’y êtes pas. Il a rendu hommage précisément à l’adversaire historique de Jaurès, Georges Clemenceau. Et il a ainsi arpenté la Vendée jusqu’au village natal de son « héros », Mouilleron-en-Pareds. 
Certes l’anecdote paraît bien mince. Elle ne l’est pas.


La « passion » de Manuel Valls pour Clemenceau ne relève pas d’une marotte personnelle envers un ancien ministre de la police, un collègue en somme… Elle est trop répétitive pour être innocente. D’ailleurs le président de la République lui-même a récemment, à plusieurs reprises, fait référence au célèbre Vendéen. Comme s’il s’agissait, par cette insistance, pour l’état-major socialiste d’opérer un grand mouvement stratégique 
de renoncement 
à l’héritage fondateur de Jean Jaurès. Et donc à l’être profond de la gauche… Ainsi il y a déjà quelque temps, Manuel Valls, dans un livre paru avant la victoire de François Hollande, n’y allait pas par quatre chemins : il déclarait choisir Clemenceau contre Jaurès, choisir l’ordre contre la justice, choisir l’exercice 
du pouvoir contre les « ridicules idéaux de papier » 
de la lutte des classes. La « ligne » mise en œuvre à la tête de l’État depuis un an et demi s’inspirerait-elle, 
à s’y méprendre, de ces bases-là… ?

 

Monsieur Valls a salué lundi la mémoire 
de Clemenceau en ces termes : « La République 
c’est l’ordre. Si elle est fille de la Révolution, elle 
ne saurait être la mère de toutes les révoltes. » 
C’est du Clemenceau, dans le texte, ou presque… 
Ce qui renvoie à l’épisode très fâcheux des fusillades 
de Draveil et Villeneuve-Saint-Georges au début 
du siècle à l’endroit des prolétaires qui avaient arrêté 
le travail : cette infamante marque de « briseur de grève » ne s’effacera jamais… D’ailleurs Manuel Valls et ses amis devraient se pencher plus assidûment sur les travaux 
des historiens : ils y découvriraient que Clemenceau, enfermé dans son personnage de « père la Victoire », 
a sombré, pendant la négociation du traité de Versailles, dans un comportement de vieillard buté, ignorant, chauvin, aveugle, et féroce… Les futurs désastres 
en Europe se préparaient entre les mâchoires de la fureur nationaliste…

 

Et quand « la mère de tous les désordres » frappe au cœur de la société, que fait la République, Monsieur le ministre ? Par exemple, quand le futur retraité 
du « trône » du constructeur automobile PSA va se coiffer d’un « chapeau » de 21 millions d’euros, soit 650 000 euros par an, que fait-elle ? Elle supplie les travailleurs de coûter moins cher ? Je sais bien que l’intéressé a renoncé 
à ce couvre-chef, comme à une obscénité… Mais 
le désordre de l’obscénité des inégalités est général.

 

Les pèlerinages comme celui du ministre de l’Intérieur pourraient à force annoncer le crépuscule de la gauche. Il faut y réfléchir et y travailler tous ensemble.

Repost 0
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:00

 

Le PCF lance des "états généraux pour la justice fiscale"

Le Parti communiste a présenté mercredi son projet d'"états généraux pour la justice fiscale", réponse "citoyenne" à la "remise à plat" de la fiscalité annoncée par le gouvernement la semaine dernière.

 

"Il s'agit de lancer un processus d'écriture citoyenne, dans tout le pays, de la future réforme fiscale qui est attendue" par les Français, a expliqué Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, lors d'une conférence de presse au Sénat.

 

"Chiche!", répond en substance le parti à la volonté gouvernementale d'une réforme fiscale, mais à condition qu'elle réponde à "deux objectifs" : le respect d'une plus grande "justice fiscale", avec notamment une diminution de la part des "impôts injustes" que sont les "impôts sur la consommation" et la reconstruction de "la contribution du capital" à l'impôt.

 

Amers après les consultations syndicales qui ont précédé la réforme des retraites et l'accord national interprofessionnel sur la sécurisation de l'emploi, les élus communistes se méfient de "la méthode Ayrault".

 

"Le Premier ministre consulte et fera ses arbitrages seul", a critiqué le patron (secrétaire national) du PCF. "On entame une consultation" mais, "en vérité, certains sont déjà en train d'écrire les conclusions de cette consultation".

 

Le PCF souhaite plutôt créer une forme de "bouillonnement démocratique" incluant tous ceux qui souhaitent participer, y compris les acteurs économiques, a précisé le chef de file des députés du Front de gauche, André Chassaigne, qui se rendra lundi à Matignon pour évoquer ce chantier fiscal.

 

"Nous allons ouvrir dans le pays ce que nous appelons des ateliers législatifs" pour "mettre nos propositions sur la table, décrypter les propositions gouvernementales" et "faire un effort d'éducation" citoyenne "pour que chacun s'approprie les enjeux de la fiscalité", a déclaré M. Laurent.

 

Le parti compte "rassembler" les réflexions qui en découleront dans "un grand projet" présenté "à la fin du printemps" 2014.

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans PCF-FRONT DE GAUCHE
commenter cet article
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 21:42

 Dominique Versini, ex-secrétaire d’Etat de Jean-Pierre Raffarin, sera candidate sur la liste conduite dans le XVe arrondissement de Paris par la prétendante PS à la mairie de Paris Anne Hidalgo, a-t-on appris de source socialiste lundi. Celle qui créa le Samu social avec Xavier Emmanuelli sous Jacques Chirac, alors maire de Paris, puis secrétaire d’Etat à la lutte contre la précarité dans le gouvernement Raffarin (2002-2004) était ensuite devenue Défenseur des enfants de 2006 à 2011.

Je publie ci-dessous le voeu relatif à la suppression du Défenseur des Enfants soutenu par Danielle Simonnet (PG) au conseil municipal de Paris des 9 et 10 mars 2009

Voeu présenté par Danielle Simonnet pour le groupe PCF/PG

Conseil de Paris, séance des 29 et 30 septembre 2009, vœu présenté par Emmanuelle Becker, Danielle Simonnet, les élus du groupe Communiste et élus du Parti de Gauche relatif à la suppression du Défenseur des Enfants.

Le Défenseur des enfants, chargé de défendre et de promouvoir les droits fondamentaux des enfants posés dans la Convention internationale des droits de l’enfant dont on fêtera les 20 ans cette année, est une autorité administrative indépendante dont le Parlement a voté la création le 6 mars 2000.

 

En neuf ans, cette institution est intervenue comme un médiateur interinstitutionnel pour plus de 20.000 enfants dont les droits n’étaient pas respectés par une administration ou une personne privée ou pour les enfants qui n’avaient pas de droits reconnus.

 

En qualité d’autorité indépendante, Mesdames Claire Brisset puis Dominique Versini ont accompli ces neuf dernières années un travail remarquable d’information, de promotion et de respect des droits des mineurs, unanimement salué.

L’annonce, le 9 septembre dernier, d’un projet de loi supprimant cette institution (ainsi que deux autres autorités indépendantes : la Commission nationale de déontologie de la sécurité et le Médiateur de la République) sans aucune concertation a été condamnée d’une même voix par de nombreuses associations dont la Ligue des droits de l’Homme, la Cimade, Resf, l’InterLGBT ou le Secours populaire. La méthode brutale et le mépris affiché par le gouvernement s’apparentent, selon les mots même de la Défenseure des enfants, à une véritable « maltraitance institutionnelle ».

Cette suppression apparaît en outre comme une sanction en lien directe avec les prises de position de la Défenseure des enfants contre les dérives répressives de la justice des mineurs, ou bien celles en faveur des plus vulnérables et des plus privés de droits, en particulier les enfants placés en centre de rétention.

 

Sur proposition d’Emmanuelle Becker, Danielle Simonnet, des élus du groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, le Conseil de Paris émet le vœu que le Maire de Paris s’adresse au Gouvernement afin qu’il renonce à la suppression du Défenseur des enfants.

 

ADOPTE

 

 

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans MUNICIPALES 2014
commenter cet article
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 12:37

 

Derrière le coût du capital : une Bastille à prendre

Le patronat convoque le coût du travail comme cause de la perte de compétitivité des entreprises et justifie ainsi le gel des salaires et la baisse des cotisations sociales patronales.

Pourtant la plus grosse charge subie par les entreprises est le coût du capital. Il est deux fois plus élevé que le coût du travail. Cette ampleur révèle un problème majeur : la domination du capital financier sur toute l’économie et, partant, sur la vie de tous.

Il est indispensable de se libérer de cette domination. C'est un défi de société et même de civilisation : celui de la maîtrise de l'argent et du capital, pour tirer parti de son efficacité afin de développer toutes les capacités humaines.

 

Coût du capital : le double des cotisations sociales employeur des entreprises

Ce que l'on appelle le coût du travail c'est la somme des salaires et des cotisations sociales employeur appelées par le MEDEF « charges sociales ». Il est sans cesse dénoncé comme trop élevé par les patrons qui en font la cause essentielle des pertes réelles ou supposées de compétitivité. Ainsi, en même temps qu'ils s’acharnent à geler les salaires, ils ne cessent d'exiger des baisses de « charges sociales ». Mais les entreprises subissent des coûts du capital considérables qui sont autant de prélèvements sur les richesses nouvelles qu'elles produisent (valeur ajoutée) et dont l’effet est de plus en plus parasitaire. Ce coût du capital c'est la somme des dividendes qu’elles versent aux actionnaires et des charges d'intérêts qu'elles payent aux banques sur leurs crédits. Il représente environ le double de leurs cotisations sociales employeurs effectivement versées (chiffres INSEE de 2013 pour l’année 2012, Comptes de la nation) : 298,9 Md€ contre 157,9 Md€1.


.Quels sont les coûts supportés par les entreprises ?

Les entreprises2 supportent en effet différentes dépenses, qui constituent autant de coûts. De façon schématique on peut distinguer3

  • leurs achats de matières premières, de produits semi-finis et de services

  • les salaires qu’elles paient (y compris cotisations sociales salariales)

  • les cotisations sociales employeur

  • les dividendes qu’elles versent aux actionnaires (parfois entre elles)

  • les intérêts qu’elles paient aux banques

  • les amortissements du capital, comptabilisé comme un coût qui anticipe les dépenses futures d’investissement en capital4

Derrière le coût du capital, la domination du capital financier

Il s’agit d’un prélèvement sur toute la richesse créée, au bénéfice des banques et des actionnaires. Bien supérieur, par exemple à l’investissement matériel des entreprises (197,4 Md€ en 2012).

Cette ampleur révèle un problème majeur : la domination du capital financier sur toute l’économie et, partant, sur la vie de tous, du chômeur au cadre, en passant par les précaires, les ouvriers, les enseignants ou les infirmières, les étudiants ou les retraités.

Cette domination du capital financier s’exerce par ses pouvoirs, permettant ses prélèvements, et par sa logique, la recherche de rentabilité à tout prix et toujours accrue. C’est à dire l’accumulation du capital avant tout, au mépris des êtres humains et de la nature. A travers ses pouvoirs, le capital impose ses propres buts !

Entreprises : Coût (direct) du capital financier et Cotisations sociales employeurs

Source : Insee Comptes nationaux, 2012 (publiés en mai 2013)

Champ : sociétés non financières (hors banques, assurances et entreprises individuelles)

Coût du capital = dividendes et frais financiers (bancaires..) payés par les entreprises

Cotisations sociales = cotisations sociales employeurs effectives

Derrière cette domination les exigences de rentabilité et d’accumulation

Il y a en réalité bien d’autres coûts du capital. En particulier, l’obsolescence accélérée des équipements productifs et des produits pousse à renouveler le capital beaucoup plus vite. Par exemple tous les 3 ans au lieu de tous les 5 ans, et donc, pour servir le capital, il pousse à prélever sur la valeur ajoutée produite 33% de sa valeur chaque année (renouvellement à 100 % en 3 ans), au lieu de 20% (renouvellement en 5 ans). Les paradis fiscaux participent, bien évidemment de ce puzzle que de nombreux économistes hétérodoxes de différentes traditions (keynésiens, marxistes, post -keynésiens, institutionnalistes, etc.) commencent à dénoncer.

L'ampleur des prélèvements du capital a de lourdes conséquences pratiques. Elle s’oppose aux dépenses pour l’emploi, les qualifications ou pour la R&D et l’innovation, l’efficacité réelle. Ces pouvoirs exorbitants du capital financier sont une composante majeure de ce que tous perçoivent comme « une impuissance grandissante de la politique ». Il s'agit de reprendre du pouvoir là-dessus.

Au-delà des entreprises, on pourrait aussi parler des banques avec les prélèvements que les actionnaires effectuent sur elles et qu’elles répercutent sur leur clientèle.

On pourrait aussi parler de l’État et de toutes les administrations publiques (locales, de santé ou de sécurité sociale) sur lequel le capital effectue aussi un énorme prélèvement. Un seul chiffre : en 2012 l’État a versé 48,8 Md€ aux marchés financiers en seules charges d’intérêt (source France Trésor). C’est l’équivalent du budget de l’éducation nationale pour nourrir les marchés financiers. Avec un financement à taux zéro, par la BCE, ce poste disparaît.

S'en libérer, un enjeu majeur de notre temps

Il est indispensable de se libérer de cette domination. C'est un défi de société et même de civilisation : celui de la maîtrise de l'argent et du capital, pour tirer parti de son efficacité afin de développer toutes les capacités humaines et non pour qu'il asservisse chaque jour toujours plus salariés et populations.

Pour cela, il faut agir de deux façons : pénaliser et inciter en visant une autre logique de développement. D’une part une action négative (pénalisation) : faire reculer ces prélèvements (taxation, abaissement des intérêts bancaires, etc.) ; d’autre part une action positive (incitation) en favorisant des dépenses de développement du potentiel d’efficacité sociale (développement et sécurisation de l'emploi, qualifications, R&D) et les investissements économes en capital.

C’est à dire en aval sur les résultats de toutes ces prédations, mais aussi en amont en promouvant une tout autre logique d’efficacité. Tout particulièrement :

- Par le biais d’un nouveau crédit bancaire, porteur d’une autre sélectivité5, avec un tout autre rôle de la BPI et, surtout, de la BCE,

- Par un autre comportement des entreprises (notamment les entreprises publiques dont il faut étendre le champ et changer les critères de gestion)

- Par un tout autre rôle de l’État et de ses aides publiques.

- Et, au-delà, avec de nouvelles institutions publiques et sociales, à tous les niveaux, pour examiner et suivre les coûts et l'utilisation des fonds versés aux entreprises, institutions qui seraient appuyées par les services publics. Il s'agit d’amorcer un nouvel âge de la démocratie. Ce qui implique de nouveaux pouvoirs des salariés et des populations.

En matière de retraite, il en est de même. Nous proposons, d'une part, que les revenus financiers des entreprises cotisent au même taux que les salaires (ce qui incitera à rechercher de moins en moins ces revenus) et, d'autre part, de favoriser l'engagement des entreprises dans une dynamique de développement de l'efficacité par l'essor des capacités humaines, de l'emploi et de la formation (ce qui a pour effet de pousser la base salaire de ces cotisations). Il s'agirait, en pratique, de moduler les cotisations sociales de façon à faire payer à un taux plus élevé les entreprises qui suppriment des emplois ou qui baissent la part des salaires et des dépenses de formation dans leur valeur ajoutée produite.

------------------------------------

1 Une étude récente effectuée par des économistes de l’université de Lille (Cordonnier et alii) va dans le même sens

2 On se restreint aux entreprises non bancaires

3 A noter que dans cette décomposition, les dépenses de recherche-développement (R&D) sont réparties dans différents postes, essentiellement les salaires, mais aussi des achats de matières, des consommations d’énergie, ou des investissements matériels.

4 Ce montant n’est pas encore évalué dans les comptes nationaux en nouvelle base. Dans la base 2000, ce montant peut être calculé par différence entre les profits bruts et les profits nets (EBE-ENE). L’Insee le désigne comme la consommation de capital fixe (CCF). Il serait de 156,5 Md€ en 2009.

5 Le taux d'intérêt du crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises serait d'autant plus abaissé (jusqu'à 0 %, voire moins par non remboursement d'une partie du crédit) qu'ils programmeraient plus de bons emplois et de bonnes formations bien payés.

 

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans SOCIAL-ECONOMIE-FINANCES
commenter cet article
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 12:30

 


 
Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans SANTE
commenter cet article

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre