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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 09:15

Jean-Baptiste Eyraud passé à tabac par les CRS: deux côtes cassées, silence radio ?


Ce qui s'est passé samedi après-midi place de la République à Paris est à la fois banal et indigne. Banal parce que la répression contre les mouvements sociaux est devenue une routine quotidienne dans notre pays, sous Manuel Valls  comme sous Brice Hortefeux, et en particulier contre les sans logis ou les sans emploi.

Indigne parce que les forces de l'ordre ont dispersé violemment et illégalement un rassemblement déclaré de façon parfaitement légale par le DAL place de la République. Plusieurs mères de famille ont été frappées. Jean-Baptiste Eyraud, le porte parole du DAL, a été roué de coups de pieds alors qu'il s'était assis par terre en attendant de pouvoir sortir de l'encerclement policier auquel les manifestants étaient soumis. Il a eu deux côtes cassées. Pas de dépêche des agences de presse, pas un mot dans la plupart des quotidiens, silence à la radio.

Les CRS et leur hiérarchie présente sur place ce samedi 17 octobre ne pouvaient ignorer qui est Jean-Baptiste Eyraud. Depuis vingt ans il lutte avec le DAL contre l'indifférence et le silence qui entoure le drame des sans logis et des mal logés. Par son activité inlassable et son énergie communicative, il a permis aux sans logis de disposer d'un outil et une voix écoutée et respectée. Il contribue sans trêve à mettre à nu les contradictions entre les discours et les actes des politiciens, prolixes en promesses mais avares en réalisations.

En frappant Jean-Baptiste Eyraud, les forces de l'ordre n'ont pas agi au hasard: cibler une de ces figures les plus connues vise à répandre la peur dans tout le mouvement social. Ce gouvernement est aussi dur avec les démunis qu'il est prévenant envers les grands patrons et banquiers. La Préfecture de Paris et Manuel Valls doivent cesser leurs agissements brutaux et illégaux. Le gouvernement doit appliquer la loi DALO, le droit à l'hébergement, les réquisitions de logement. En s'engageant dans une politique répressive indigne, le gouvernement saccage les principes de solidarité et de justice, seuls à même de faire barrage à la droite extrême.

Attac France,
Paris, le 22 octobre 2013

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 21:14

Pluralisme de la presse: Attention, liberté en péril!

22 octobre 2013, 16:54 

 

La presse quotidienne se porte mal. Tout le monde n’en est pas attristé. C’est l’occasion pour les ténors du CAC 40, rois de la banque, de l’armement, ou de la communication de faire main basse sur des titres reconnus et dont les équipes, affaiblies et menacées, leur résisteront moins. Quoi de mieux qu’un journal reconnu pour faire approcher l’opinion, la circonvenir et la préparer aux mesures qui favorisent leurs puissants intérêts. Derrière les rachats, cette scène se joue partout, tout juste masquée par la fiction de la neutralité de la presse. Comme si chaque titre n’exprimait pas un regard sur le monde, des intérêts sociaux, politiques ou économiques bien précis!

 

Là comme ailleurs, les difficultés sont présentés comme la conséquence inéluctable des évolutions techniques, du coût du travail trop élevé (hier celui des ouvriers du Livre; désormais celui des journalistes) , ou de l’irruption des journaux gratuits - quoi que payés par les consommateurs sous forme de frais de publicité - qui donnent à chacun accès à une information qui ne dérange pas les annonceurs. Le panorama dont rêve l’oligarchie qui pilote l’économie c’est une information «low coast», bas de gamme, destinée au plus grand nombre tandis qu’une clientèle privilégiée aurait droit à des traitements de première classe dans des supports soignés. Le patron d’Amazon ne dit pas autre chose quand il justifie son rachat d’un des fleurons de la presse américaine, le Washington Post, en prédisant que les journaux deviendront un produit de luxe. Internet et imprimés vivent la même dérive, dominés par les plus forts et les plus riches, qui accèdent de ce fait au plus grand nombre. Là une info mâchée et remâchée, expurgée des pensées dérangeantes, envahit la toile; là , des sites payants divulguent de petits secrets à un petit nombre. De là naît le rejet de la pensée unique, l’impression d’uniformisation, de rupture de confiance, de manipulation.

 

L’accès à l’information est un enjeu démocratique majeur alors que nous vivons une crise de la démocratie. Dans un monde toujours plus complexe, où l’homme tient entre ses mains son développement ou sa perte, les décisions doivent être toujours plus partagées, donc soutenue par une information étendue, contradictoire, discutée. Le pluralisme n’est pas une posture morale c’est un impératif de fonctionnement des sociétés. Il est dans un extrême péril aujourd’hui. Déjà, les grands intérêts financiers ou industriels contrôlent l’essentiel des médias. Le filtre y est puissant dans le privé comme dans le public: aucun journaliste de l’Humanité n’a été convié à s’exprimer sur TF1 comme sur France 2 depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et sur France Inter aucun chroniqueur du journal de Jaurès n’est convié alors que tous les autres titres ont micros ouverts.

 

Las, les dispositions les plus inquiétantes se préparent qui menaceraient les titres de la presse quotidienne et singulièrement ceux qui ne sont pas abreuvés de publicité. Affaiblissement du réseau de distribution des journaux, suppression du moratoire postal qui limitait la hausse des coûts d’acheminement, menaces sur les aides à la presse à faibles ressources publicitaires, conditionnement des aides aux critères dictés par le gouvernement, faible compensation du pillage de l’infomation par Google... Il est urgent de réagir. Les lecteurs de l’Humanité savent voler à la rescousse de leur quotidien. Mais c’est aussi l’affaire de tous les démocrates.

 

(Publié mercredi 23octobre 2013 dans l'Humanité) Patrick Apel-Muller
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Published by bruno fornaciari - dans MEDIAS et PLURALISME
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 21:09

 

Christian Picquet

POLITIQUE -  le 17 Octobre 2013

 

Pour un Front de gauche uni et rassembleur, par Christian Picquet

 

 

Par Christian Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire, organisation membre du Front de gauche. Il me faut ici revenir sur ce qui préoccupe un très grand nombre de militantes et de militants qui, de l’université d’été du Parti communiste (c’était à la fin du mois d’août) à la Fête de l’Humanité ou en marge des meetings sur les retraites auxquels je participe en ce moment (j’étais, tout naturellement, à celui de Toulouse le 11 octobre et à celui de Nancy ce mercredi 16), s’en ouvrent à moi. Je veux parler de la passe difficile que traverse le Front de gauche.

Les échanges acides, par colonnes de presse interposées, entre responsables communistes et « pégistes » ont incontestablement pollué notre rentrée. Au point que Politis, fidèle à son habitude d’œuvrer à des discussions saines entre celles et ceux qui ont à cœur d’agir pour une gauche à la hauteur des attentes citoyennes, ait récemment évoqué ce climat par ce titre de « une » : « Pourquoi ça coince. » Depuis, les tensions entre composantes de notre convergence ne se sont malheureusement pas apaisées. Loin de là.

Récemment, Jean-Luc Mélenchon écrivait, par exemple, sur son blog, à propos des choix d’alliances différents qui pourraient se faire jour, ici et là, pour les prochaines élections municipales, que « si une partie de l’une des composantes préfère l’alliance avec les socialistes », ce sera « dans les faits un Front d’un type nouveau (qui) sera présent, certains communistes l’auront quitté, pas tous, loin de là, d’autres l’auront rejoints, peut-être ». Une « pique » appelant inévitablement l’autre, des médias gourmands se seront mis à disserter sur la fracture irréversible qui nous affecteraient désormais tandis que, du côté de la rue de Solferino, d’aucuns s’employaient à opposer entre elles nos composantes dans l’intention, même pas dissimulée, de parvenir à disloquer la seule construction qui, à gauche, porte l’idée de l’alternative indispensable à une austérité ravageuse.

Le dernier épisode en date de ces soubresauts aura été l’option retenue, par la majorité du comité fédéral du PCF, avec le soutien de Pierre Laurent et au vu des concessions obtenues dans un accord ayant fait l’objet d’une longue négociation, de faire liste commune avec le Parti socialiste à Paris. Le choix est désormais entre les mains des adhérents communistes de la capitale. Jean-Luc et d’autres responsables du PG les auront donc directement appelé à désavouer leur secrétaire national. Je ne veux ici ni m’abstraire du débat sur ces enjeux électoraux, ni prêter ma voix à une controverse en laquelle Le Monde voyait, dans son édition du 12 octobre, « un Front de gauche au bord de l’implosion ». Mais plutôt développer l’idée que c’est à un problème politique compliqué, nous renvoyant aux défis considérables de la période, que nous devons aujourd’hui nous confronter. Et non à des calculs électoraux qui pourraient sembler d’autant plus étroits qu’ils concernent les municipales de mars prochain…

Je m’explique. Ce scrutin réfractera, naturellement, tous les problèmes du moment. Comme toujours, dimensions locales et nationales s’y combineront. Dans une tension rendue, cette fois, d’autant plus aiguë que l’austérité impactera brutalement les communes et que la défiance croissante du pays envers les partis associés à la gestion gouvernementale s’y manifestera inévitablement avec force, au risque du basculement à droite (voire, peut-être, à l’extrême droite) d’un certain nombre de villes. Il s’agit, par conséquent, pour le Front de gauche, de conserver la lisibilité de son refus des orientations de l’exécutif, en particulier dans les grandes métropoles où les campagnes disposeront d’un fort retentissement national, tout en agissant résolument, chaque fois que possible, pour élargir le rassemblement à des sections socialistes ou écologistes disposées à construire avec lui des majorités municipales au service des populations. Dit autrement, des majorités ne se situant pas dans le prolongement de la politique du gouvernement.

Un exercice évidemment difficile, puisqu’il suppose une grande rigueur politique et une opiniâtreté unitaire à renouveler sans cesse. Ce qui doit nous amener, plutôt que de décréter que des conflits localisés ont une portée générale pouvant remettre en question ce que nous édifions ensemble depuis 2009, à nous féliciter d’abord que des listes initiées par le Front de gauche soient d’ores et déjà annoncées dans un très grand nombre de cités. Pour nous efforcer, ensuite, d’identifier précisément la nature du différend sur lequel nous buttons, à Paris comme dans un petit nombre d’autres villes.  

Assumer sereinement nos désaccords

Si « ça coince », pour reprendre la formule de Politis, je ne cesse de plaider depuis des semaines pour que l’on n’hésite pas à en mettre les raisons sur la table, sans faux-fuyants et sans langue de bois désespérante. En sachant objecter à des commentaires journalistiques le plus souvent paresseux qu’il n’est pas anormal de voir des controverses surgir au sein d’une convergence pluraliste… Que, contrairement à une vision étroite si complaisamment exposée, tout ne se ramène pas à de pitoyables querelles d’egos ou à de sombres rivalités d’appareils pour une poignée d’élus en plus ou en moins... Qu’il est détestable de lire, ici et là, que le désir de conquérir le plus grand nombre possible d’élus (ou, tout simplement, d’assurer leur reconduction) relèverait de calculs finalement méprisables, alors que les hommes et les femmes concernés sont, sur le terrain, les acteurs de premier plan des résistances à la mise en cause des intérêts populaires...

Plus précisément, ce que nous avons aujourd’hui à maîtriser collectivement ne me paraît pas principalement renvoyer à des choix divergents d’alliances pour une échéance aux coordonnées compliquées, et encore moins à l’attitude complaisante d’une partie de notre coalition envers le Parti socialiste. Il suffit, pour s’en convaincre, de relever qu’au moment même où la controverse fait rage entre nous sur les municipales à Paris, les parlementaires communistes se préparent à voter contre le budget, ce qui n’est pas précisément un acte d’allégeance à l’exécutif. J’y vois plutôt la réfraction d’une question plus fondamentale de démarche politique.

Certains de mes camarades du Front de gauche pourraient redouter, à l’énoncé de cette affirmation, que cela ne fût source de tensions ravageuses et croissantes. Bien que cela puisse sembler paradoxal, je suis convaincu du contraire : la dynamique d’un débat politique dominé et publiquement assumé est bien moins angoissante, car il est toujours plus aisé de dépasser des blocages de ce type que de démêler l’écheveau d’options tactiques divergentes, que les configurations du terrain ont vite fait de rendre inextricables. Cela nous oblige simplement, en retour, à politiser nos discussions, à les dégager des facilités de la polémique gratuite, et à chercher en toute occasion les équilibres à même de préserver notre unité. Cette unité qui doit être protégée comme notre plus grand acquis, car elle fut (et elle reste) aux fondements de tous nos succès des quatre années écoulées, de notre percée au premier tour de l’élection présidentielle, de la place incontournable que nous occupons sur le champ de la gauche française.

À sa fondation par le Parti communiste, le Parti de gauche et Gauche unitaire, le Front de gauche se sera fixé un dessein ambitieux : non pas simplement, comme je l’entends parfois, dépasser électoralement le Parti socialiste, ce qui me paraît toujours un rabougrissement de notre approche de départ, mais refonder la gauche dans son ensemble sur une nouvelle ligne directrice, en modifiant son centre de gravité au détriment de l’orientation d’accompagnement du libéralisme qui la domine depuis trop longtemps. Désormais fort de neuf organisations, ce qui exige de sa part un travail de cohésion bien plus exigeant que par le passé, notre regroupement se doit de traduire cette volonté dans un contexte extraordinairement difficile.

Question de démarche

Si, en effet, au vu de la hargne de classe à l’état brut qu’expriment l’UMP et ses ténors, nous ne pouvons que nous féliciter d’avoir contribué à débarrasser la France du sarkozysme, force nous est simultanément de constater que le basculement des nouveaux gouvernants dans la mise en œuvre du « socialisme de l’offre » se traduit par une terrible dégradation des conditions d’existence du plus grand nombre de nos concitoyens. Ces choix suscitent bien sûr une grande colère, ils provoquent également une immense déception, beaucoup de découragement et une division profonde du peuple de gauche.

Chacun en connaît les raisons. Élue parce qu’elle avait porté l’idée du « changement maintenant », l’équipe emmenée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sera engagée dans un cours ayant brutalement renvoyé la société française à ce qu’elle subit douloureusement depuis tant d’années : l’accumulation d’échecs des luttes et des grandes mobilisations sociales, au prix de la dégradation continue du rapport des forces entre capital et travail ; la mise en doute qui s’ensuit, dans les consciences, de la possibilité de conduire des politiques en rupture avec la loi de la finance et des marchés ; l’offensive, que ce contexte aura favorisé, d’un néoconservatisme habile à encourager, dans les profondeurs d’un pays brutalisé par les régressions sociales et les reculs imposés à la République, ces « paniques morales » et ces « pulsions identitaires » auxquelles le chercheur Gaël Brustier aura consacré ses derniers travaux (je les ai évoqués dans une récente note) ; la droitisation régulière des débats politiques et idéologiques, facilitée par le renoncement des dirigeants socialistes aux valeurs fondamentales de la gauche, et amplifiée à mesure que le Front national voyait se renforcer son audience auprès des secteurs les plus fragilisés et désorientés des classes populaires.

Voilà ce qui explique sans aucun doute pourquoi, tout en représentant désormais une référence sur l’échiquier politique, le Front de gauche ne parvient pas, depuis dix-huit mois, à élargir l’influence acquise à l’occasion de la dernière présidentielle. De consultations partielles en enquêtes d’opinion, il enregistre même une stagnation certaine, laquelle traduit notre évidente difficulté à apparaître comme une solution de pouvoir crédible. Nous ne sommes donc en proie ni à la menace de dislocation qu’annoncent quelques augures intéressés, ni à une banale crise de croissance dont un peu d’agilité permettrait de sortir. Nous avons à relever le défi de la mise en œuvre, dans une configuration aux paradigmes entièrement bouleversés, de la démarche majoritaire sur laquelle fut fondée notre confluence, afin que nous puissions apparaître utile à la gauche tout entière et au peuple.

Si son programme, autant que l’autonomie qu’il défend contre vents et marées à l’égard de la coalition aux affaires, sont ses atouts premiers, il ne suffira pas au Front de gauche, pour arriver à ses fins, d’affirmer en toute occasion la radicalité de son opposition aux décisions de l’exécutif ou de camper sur l’idée qu’il est porteur d’une alternative globale et cohérente au social-libéralisme. Il doit impérativement faire mouvement, partir à la conquête des secteurs de la gauche qui, sans nécessairement adhérer à toutes ses propositions et sans avoir fait les mêmes choix que lui lorsque se forma l’axe gouvernemental, n’en arrivent pas moins au constat similaire que la logique austéritaire mène droit dans le mur.

Faire mouvement vers le reste de la gauche

Opérer ledit mouvement n’a rien d’utopique ou d’irréaliste. Bien au contraire ! J’ai eu l’occasion de le développer dans une note récente, la ligne Hollande-Ayrault, pour la qualifier à la serpe, se révèle clairement minoritaire au sein de la gauche. Il n’est donc qu’un chemin à emprunter pour un Front de gauche à l’esprit conquérant réaffirmé. Il consiste à porter publiquement une offre de rassemblement de la gauche allant à l’inverse de celle que prétend incarner la direction d’un Parti socialiste n’ayant plus pour dessein que de se porter en défense de la ligne gouvernementale.

J’ai écrit « chemin »… Il m’eût plutôt fallu parler d’une ligne de crête, tant les embûches peuvent rendre ledit « chemin » étroit. À l’occasion des débats nombreux auxquels il m’a été donné de participer sur le sujet, on m’objecte systématiquement des arguments que je ne veux pas méconnaître.

On me fait d’abord valoir la mutation qui affecte des sommets socialistes qui sont allés au bout de l’adhésion mortifère au modèle néolibéral qui ravage l’Europe et le monde. Cette mutation s’avère incontestable, sans être toutefois parvenue, en France du moins, à s’imposer au peuple des militants, des cadres, du plus grand nombre des élus, de ces électeurs dont tout prouve (du référendum de 2005 aux craquements que provoque aujourd’hui chacune des décisions prises au sommet de l’État, sans oublier ce que révélèrent les « primaires » de 2011) la défiance envers la globalisation capitaliste. En conséquence, dès lors qu’une majorité est gagnable dans la gauche à un changement de cap, il convient de viser le rassemblement le plus large, avec pour objectif de battre les tenants de la résignation et du renoncement.

On me rappelle aussi, et parfois vertement, qu’il ne faut sous aucun prétexte tomber dans le piège tendu par ces responsables socialistes qui, au nom de la menace que la droite et l’extrême droite font planer sur la France, appellent la gauche à se regrouper derrière eux… pour mieux exonérer l’action des gouvernants de ses responsabilités pourtant écrasantes. Je partage entièrement ces mises en garde. Pour autant, si des alliances sans contenu s’avèrent totalement inaptes à remobiliser un peuple dont le désarroi est à la mesure des reculs sociaux catastrophiques qu’on lui impose, l’unité à gauche demeure l’enjeu stratégique majeur pour toute force aspirant à mettre (ou à remettre, comme aujourd’hui) en mouvement le camp des travailleurs. Aucune avancée sociale, aucun changement du rapport des forces au bénéfice de ceux d’en bas ne sont jamais intervenus lorsque prédominaient la division, l’affrontement entre elles de gauches repliées et sourdes les unes aux autres. C’est la raison pour laquelle, instruit au demeurant par l’expérience calamiteuse de la formation du NPA, j’ai toujours combattu la théorie des « deux gauches », tout comme mes camarades du PCF et du PG depuis la création conjointe du Front de gauche. Je reste, en conséquence, persuadé que l’unité est indissociable du projet transformateur audacieux sans lequel elle a tôt fait de voler en éclats, mais qu’elle est simultanément la condition de la confiance que la classe travailleuse peut retrouver en ses forces.

C’est à ce point du dialogue que l’on m’oppose fréquemment qu’il est totalement illusoire de vouloir unir toute la gauche, tant se révèlent profondes les fractures qui la traversent. Les fractures en question ne sont pas contestables… On imagine effectivement mal des personnalités qui ne parlent plus qu’au Medef ou à la Commission européenne découvrir soudainement les vertus de la rupture avec l’ordre libéral et productiviste… À ceci près qu’il s’agit de leur contester radicalement l’hégémonie dont elles disposent encore au sein de la gauche, en faisant notre miel d’une expérience historique attestant que nul n’est jamais parvenu à devenir majoritaire dans notre camp s’il n’a pas revendiqué haut et fort sa volonté de le rassembler en ses forces vives. N’est-ce pas, après tout, ce qui aura inspiré l’actuel président de la République dans sa conquête de l’Élysée : se poser en candidat de rassemblement au moyen d’un discours jouant de toutes les ambiguïtés imaginables, et quoiqu’il n’ait rien ignoré de l’existence de deux orientations si incompatibles à gauche qu’elles interdisaient la participation du Front de gauche au nouveau gouvernement. Un an et demi après son entrée en fonction, c’est sa politique qui divise et affaiblit la gauche comme jamais. Cela nous confère l’impérieuse responsabilité d’emporter la conviction que notre réponse politique est la seule à même d’éviter à la France et au peuple le désastre qui menace.

On me dit enfin que notre attention devrait plutôt se porter vers un peuple de plus en plus distant de l’univers partidaire, vers les électeurs exprimant leur colère par la grève des urnes, vers les bataillons d’un mouvement social qu’il faut inlassablement appeler à l’action. J’entends bien cet argument… Sauf que, pour sortir les secteurs populaires de leur léthargie ou d’une sensation ravageuse d’impuissance, il est impératif de faire renaître un espoir, de rouvrir la perspective de victoires, fussent-elles partielles dans un premier temps. La faiblesse actuelle des mobilisations, à l’image de la bataille en cours des retraites, s’explique fondamentalement par le sentiment des salariés et des citoyens qu’ils ne disposent pas des moyens de faire basculer la situation à leur avantage. C’est ce qui nous impose de chercher à faire bouger les lignes sur le champ politique, de montrer que des succès sont possibles, de nouer des liens avec les secteurs socialistes ou écologistes qui refusent l’austérité, de faire ce faisant la démonstration pratique qu’il existe une autre majorité envisageable et que celle-ci peut, dès demain, donner naissance à un nouveau gouvernement appliquant un tout autre programme. Telle est, au final, la fonctionnalité d’un combat pour l’unité qui, s’il l’emporte, ouvrira la perspective d’un vrai changement !

Trois chantiers prioritaires

À partir de là, et bien au-delà des dissensions qui peuvent les partager à propos des élections municipales dans quelques grandes villes, les formations membres du Front de gauche doivent, me semble-t-il, travailler en trois directions complémentaires.

Il leur faut, en tout premier lieu, dans le même temps qu’elles contribueront aux indispensables mobilisations aux côtés des organisations syndicales, concentrer la bataille d’idées autour de quelques exigences simples, répondant à l’aspiration de millions d’hommes et de femmes, dont la conquête serait de nature à réveiller une espérance dans le monde du travail ; c’est, en ce sens, que Gauche unitaire a proposé à ses partenaires de lancer, dans les prochains jours, une grande campagne en faveur de l’annulation des hausses annoncées de TVA.

Loin des invectives et des postures de dénonciation génératrices d’impuissance, elles doivent dans le même mouvement jeter des passerelles en direction des secteurs de la gauche soucieux de se situer aux côtés des salariés et des classes populaires, rechercher l’alliance avec eux, prendre les initiatives de nature à modifier les équilibres fondamentaux dans le pays, œuvrer à la convergence programmatique qui paraît parfaitement possible, favoriser la constitution d’une structure de liaison permanente destinée à avancer dans cette direction.

Il importe également d’assurer la redynamisation militante de notre convergence. Coalition de partis de tailles inégales, le Front de gauche doit savoir dépasser son fonctionnement cartellisé et, plus précisément, nourrir son action de l’expertise de ces milliers d’acteurs sociaux, d’hommes et de femmes engagés dans le combat intellectuel ou culturel, de citoyens non encartés ou venant d’autres horizons de la gauche. Ceux-là, le plus souvent, ne souhaitent pas adhérer à l’une quelconque des composantes organisées, ils doivent pouvoir s’approprier une construction qui a été conçue pour renouveler profondément la politique. Le redéploiement des assemblées citoyennes et la relance du conseil national peuvent y aider.

J’en termine. Comme annoncé, je me suis à dessein tenu à l’écart des tensions de l’instant, en cherchant à apporter ma contribution à l’effort collectif que j’appelle de mes vœux : une discussion sérieuse mais pacifiée sur le fond des problèmes qui nous assaillent. Afin que notre Front de gauche puisse, au plus vite, porter au-delà de ses rangs la politique qui sortira la gauche d’un marasme extrêmement dangereux…

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Published by bruno fornaciari - dans PCF-FRONT DE GAUCHE
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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 23:13

 

POLITIQUE -  le 21 Octobre 2013

 

Controverse au Front de gauche après le vote des communistes parisiens

 

 

Après le vote du PCF parisien et alors que Jean-Luc Mélenchon évoque « un cas » qui ne va pas « tout ruiner », des voix du mouvement s’élèvent pour renouer avec sa dynamique.

Le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon avait décidé dès la rentrée d’en faire un symbole, puis d’en faire un enjeu pour l’avenir du Front de gauche. Le vote des communistes parisiens, ce week-end, y a, comme au sein des autres formations du Front de gauche, logiquement suscité des réactions. « J’ai le cœur en cendres de voir ça, je vais mesurer les dégâts, laissez-moi reprendre mon souffle », a déclaré, hier soir sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon, évoquant un sentiment de trahison au moment où « l’élargissement » du rassemblement notamment aux écologistes, qu’il revendique, commence à fonctionner ailleurs. « L’intimité des points de vue est très grande, a-t-il cependant poursuivi, ce n’est pas un cas qui va tout ruiner mais c’est un cas déplorable parce qu’on le voit comme le nez au milieu de la figure. » « Nous allons avoir besoin du Front de gauche à Paris et ailleurs dans les mois et les années qui viennent », a assuré, pour sa part, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, sur RTL hier matin, alors qu’on lui demandait si la coalition n’était pas morte avec ce vote. Dès la fin du scrutin communiste, Anne Hidalgo, tête de la future liste d’union PS-PCF, disait son « immense joie » et sa « très grande fierté » de voir « prolonger et amplifier la dynamique de rassemblement et d’action de l’union de la gauche à Paris ». « Aujourd’hui, les communistes ont fait le choix de préparer ensemble de nouvelles conquêtes sociales pour une ville bienveillante et dynamique, a estimé la candidate. Ensemble, nous nous engageons avec ambition à continuer à développer le logement pour tous, à lutter contre la vie chère et pour le pouvoir d’achat, à défendre l’accès à la santé, à faire grandir les services publics notamment pour la petite enfance ou la propreté. » La candidate investie par le PG pour briguer le mandat parisien, Danielle Simonnet, annonçait, elle, une conférence de presse pour ce matin et réagissait par communiqué. « Cette décision est une erreur politique, contraire à la cohérence du Front de gauche », a-t-elle déclaré. La conseillère de Paris, qui siège aujourd’hui dans la majorité municipale PS-Verts-PCF-PG aux côtés d’Alexis Corbière (PG) et de huit élus du PCF, a aussitôt rappelé que « quoi qu’il arrive, malgré cette décision, il y aura une liste Front de gauche à Paris ». Et l’édile du 20e arrondissement de mettre en cause « le poids mis dans ce choix du secrétaire national du PCF » qui, « sans doute », aura « été trop lourd pour permettre aux partisans communistes d’une liste Front de gauche de l’emporter ».

Un changement de ton s’est fait cependant sentir au soir du vote parmi les responsables PG : « Ne globalisons pas sur nos camarades PCF à cause d’un vote 75 : dans la grande majorité des villes c’est la ligne #FDG qui l’emporte au PCF », twittait Éric Coquerel alors qu’il affirmait, la semaine précédente, que « l’avenir du Front de gauche (était) en cause ».

Clémentine Autain, l’une des chefs de file de Tous ensemble, qui devrait rassembler dès novembre quatre formations du mouvement, partage en partie l’analyse : « Je redoute les traces que laissera ce choix qui est une faute politique mais nous avons le devoir, pour faire face à la politique du gouvernement, de surmonter les difficultés. » « Il n’y a pas de plan B », ajoute-t-elle, mettant en avant la ligne commune dans la majorité des villes et aux européennes, « le développement du Front de gauche est d’une indispensable nécessité et ne pourra se faire si l’une de ses composantes n’est plus autour de la table ». Plus encore pour Christian Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire (GU), c’est une question tout autre qui se pose au Front de gauche. Sur son blog, il propose à ses partenaires de s’atteler « au défi », « non pas simplement de dépasser électoralement le Parti socialiste, mais de refonder la gauche dans son ensemble », en faisant « mouvement » ensemble, « plutôt que de décréter que des conflits localisés ont une portée générale ». Et d’en conclure que le sentiment d’impuissance qui grandit à gauche « impose de chercher à faire bouger les lignes sur le champ politique, de montrer que des succès sont possibles, de nouer des liens avec les secteurs socialistes ou écologistes qui refusent l’austérité, de faire ce faisant la démonstration pratique qu’il existe une autre majorité envisageable ».

Mise à jour : tels quels de la conférence de presse à Paris
Danièle Simonnet du PG: "Ce qui est évident, c'est que le Front de gauche ne se réduit pas à un cartel d'organisations, ni à un logo. Le FG, c'est d'abord et avant tout une orientation, un programme et une stratégie. Et nous, nous poursuivons l'orientation, le programme et la stratégie". 
Laurent Lévy de la Fase: "Il y a une crise du FG à Paris (...) mais elle est limitée. Rien de tout cela ne signifie qu'il y ait une rupture acquise du FG". 
Roland Mérieux (les Alternatifs): "Comme ce cas de figure (similaire à Paris) va se poser dans plusieurs villes de France, il y aura une décision, une discussion au niveau national entre les différentes forces du FG pour trouver un modus vivendi sur ce type de situation".

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Published by bruno fornaciari - dans MUNICIPALES 2014
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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 21:52

 

10 voyages de l'Humanité en 2014

l'Humanitévous propose avec ses partenaires des voyages solidaires et citoyens et de vous emmener constater par vous-même ce que nous décrivons chaque jour dans les colonnes del’Humanité,chaque semaine dans celles del’Humanité Dimanche.Organisé conjointement parl’Humanitéet nos partenaires, ces voyages sont également l’occasion de faire vivre des outils progressistes au service de ces luttes, de faire vivre une autre conception de l’information, une autre conception du voyage.

En 2014, nous vous proposons dix voyages. Nous mettons sans attendre à vôtre connaissance ces dix destinations. Les informations, dates, prix, programmes seront complétées progressivement.

Février 
Brésilavec France Amérique Latine pour le 6ème Congrès du Mouvement des Sans-Terre. Rens. : 01 45 88 20 00 -falvoyages@franceameriquelatine.fr

Sénégalavec LVJ du 1 au 14 février. Rens. : 01 80 51 35 20 -contact@lvj-voyages.com

Mars
Indeavec LVJ du 29 mars au 14 avril. Rens. : 01 80 51 35 20 -contact@lvj-voyages.com

Mai
Québecavec LVJ. Rens. : 01 80 51 35 20 - contact@lvj-voyages.com

Juin
Nicaragua avec France Amérique Latine. Rens. : 01 45 88 20 00 - falvoyages@franceameriquelatine.fr

Septembre
Pérouavec France Amérique Latine. Rens. : 01 45 88 20 00 - falvoyages@franceameriquelatine.fr
Afrique du Sudavec LVJ. Rens. : 01 80 51 35 20 - contact@lvj-voyages.com
Vietnamavec LVJ. Rens. : 01 80 51 35 20 - contact@lvj-voyages.com

Octobre
Bolivieavec France Amérique Latine pour l’élection présidentielle. Rens. : 01 45 88 20 00 - falvoyages@franceameriquelatine.fr
Cubaavec Cubalinda du 5 au 18 octobre – 2.500€. Rens. : 05 53 08 96 66 -cubalinda@wanadoo.fr

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 12:11

 

Bonnes feuilles du livre « Le peuple veut »

Le « capitalisme extrême » des Frères musulmans

Aux affaires en Egypte, les Frères musulmans ne peuvent plus se contenter du slogan « L’islam est la solution ». Car leur politique libérale risque de susciter de fortes oppositions.

par Gilbert Achcar, février 2013

M. Khairat Al-Shater est le numéro deux des Frères musulmans, et le représentant de son aile la plus conservatrice. Quant au richissime Hassan Malek, après avoir débuté dans les affaires en partenariat avec M. Al-Shater, il dirige aujourd’hui avec son fils un réseau d’entreprises dans le textile, l’ameublement et le commerce employant plus de quatre cents personnes. Ces deux hommes incarnent bien le credo économique des Frères musulmans en faveur de la libre entreprise, qui se conforme davantage à la doctrine néolibérale que la forme de capitalisme développée sous la présidence de M. Hosni Moubarak.

Le portrait de M. Malek dressé par Bloomberg Businessweek aurait pu s’intituler « L’éthique frériste et l’esprit du capitalisme », tant il semble paraphraser l’ouvrage classique du sociologue Max Weber. Les Malek, explique le magazine, « font partie d’une génération de conservateurs religieux ascendante dans le monde musulman, dont la dévotion stimule la détermination à réussir dans les affaires et la politique. Comme le dit Malek : “Je n’ai rien d’autre dans ma vie que le travail et la famille.” Ces islamistes posent un formidable défi à la gouvernance laïque dans des pays comme l’Egypte, non seulement à cause de leur conservatisme, mais aussi en raison de leur éthique de travail, de leur détermination et de leur abstention apparente du péché de paresse.(…) “Le fonds de la vision économique de la confrérie, s’il fallait la définir d’une façon classique, est un capitalisme extrême”, dit Sameh Elbarqy, ancien membre de la confrérie (1) ».

Ce « capitalisme extrême » se manifeste dans le choix des experts en économie participant à l’assemblée chargée de rédiger le projet de Constitution égyptienne, largement dominée par les Frères musulmans et les salafistes, et boycottée par l’opposition libérale et de gauche.« M. Tareq Al-Dessouki est un homme d’affaires, député du parti Nour[salafiste]. Il dirige la commission économique du nouveau Parlement et a pour mission de résoudre les conflits éventuels avec les investisseurs saoudiens en Egypte. M. Hussein Hamed Hassan, 80 ans, est un expert en finance islamique qui a occupé des postes exécutifs à la Banque internationale islamique, à la Banque islamique de Dubaï, à la Banque nationale islamique d’Al-Sharja et à l’Union internationale des banques islamiques. M. Maabed Ali Al-Garhi préside l’Association internationale pour la science économique islamique. [Il occupe également de hautes fonctions à la Banque islamique des Emirats et à la Bourse de Dubaï.] M. Ibrahim Al-Arabi, homme d’affaires proche des Frères musulmans, est membre de la chambre de commerce du Caire. M. Hussein Al-Qazzaz, qui dirige une entreprise de conseil destinée aux milieux d’affaires, est un ami du candidat à la présidence Khairat Al-Shater (2). En revanche, l’Assemblée constituante de cent membres, proposée par la confrérie, ne comprend que trois représentants des ouvriers (3). »

L’ex-Frère musulman interrogé par Bloomberg Businessweek a posé la bonne question : le doute ne porte pas sur l’adhésion de la confrérie au capitalisme de l’ère Moubarak, mais sur sa capacité à rompre avec ses pires travers. « Ce qui reste à voir, c’est si le capitalisme de compères[crony capitalism] qui a caractérisé le régime Moubarak va changer avec des dirigeants favorables à l’économie de marché comme Malek et Al-Shater à la barre. Bien que la confrérie ait traditionnellement œuvré pour soulager les pauvres, “les travailleurs et les paysans vont souffrir à cause de cette nouvelle classe d’hommes d’affaires”, dit M. Elbarqy. “Un des grands problèmes avec la confrérie à présent — qu’ils ont en commun avec l’ancien parti politique de Moubarak —, c’est le mariage du pouvoir avec le capital” (4). »

Le principal obstacle à la collaboration de la confrérie avec le capitalisme égyptien, la répression qu’elle subissait sous M. Moubarak, est maintenant levé. Les Frères musulmans s’efforcent de prendre exemple sur l’expérience turque en créant une association d’hommes d’affaires s’adressant en particulier aux petites et moyennes entreprises, l’Egyptian Business Development Association (EBDA) (5). A l’instar du Parti de la justice et du développement (AKP) et du gouvernement de M. Recep Tayyip Erdogan, la confrérie et M. Mohamed Morsi estiment toutefois représenter les intérêts du capitalisme égyptien dans toutes ses composantes, sans exclure la plupart des collaborateurs de l’ancien régime qui, par la force des choses, en constituent une partie importante, surtout au sommet.

Ainsi, une délégation de quatre-vingts hommes d’affaires a accompagné M. Morsi en Chine en août 2012. Le nouveau président souhaitant, à la manière des chefs d’Etat occidentaux, jouer les commis voyageurs du capitalisme national, plusieurs chefs d’entreprise liés à l’ancien régime furent invités à faire partie du voyage. Parmi eux, M. Mohamed Farid Khamis, patron d’Oriental Weavers, qui se vante d’être le plus grand fabricant du monde de tapis et de moquettes tissés à la machine. M. Khamis appartenait au bureau politique du Parti national démocratique (PND), l’ex-parti au pouvoir du temps de M. Moubarak, et était alors parlementaire. Un autre membre du bureau politique du PND, réputé proche de M. Gamal Moubarak, le fils de l’ancien président, participa également à la délégation : M. Sherif Al-Gabaly, membre du conseil d’administration de la Fédération égyptienne des industries et patron de Polyserve, un groupe spécialisé dans les engrais chimiques (6).

Comme M. Erdogan, M. Morsi se situe à la confluence des diverses fractions du capitalisme de son pays et dans la continuité de sa trajectoire globale. La principale différence entre les Frères musulmans et l’AKP — et donc entre MM. Morsi et Erdogan — n’est pas tant le poids relatif de la petite bourgeoisie et des couches moyennes dans les deux organisations que la nature du régime dont elles représentent les intérêts : dans le cas turc, un capitalisme de pays « émergent » à dominante industrielle et exportatrice ; dans le cas égyptien, un Etat rentier et un capitalisme à dominante commerciale et spéculatrice, largement marqué par des décennies de népotisme.

Le voyage en Chine visait à promouvoir les exportations égyptiennes, afin de réduire un déficit commercial de 7 milliards de dollars dans les échanges bilatéraux. Il avait également pour but de convaincre les dirigeants chinois d’investir en Egypte — sans grand succès. La continuité entre MM. Moubarak et Morsi s’est toutefois manifestée par le maintien de la dépendance égyptienne envers les capitaux des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) — à la différence près que le Qatar a pris la place du royaume saoudien en tant que principal bailleur de fonds du nouveau régime, ce qui est conforme aux rapports entre les Frères musulmans et l’émirat (7). Le Qatar a accordé un prêt de 2 milliards de dollars au Caire et s’est engagé à investir 18 milliards de dollars sur cinq ans dans des projets pétrochimiques, industriels, touristiques ou fonciers, ainsi que dans le rachat de banques égyptiennes. Par ailleurs, le gouvernement de M. Morsi a sollicité un prêt de 4,8 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI), en indiquant qu’il était disposé à se conformer à ses conditions, austérité budgétaire comprise.

Mise en cause des libertés syndicales

On trouve un avant-goût de ces exigences dans la note sur la région préparée par le FMI pour le sommet des pays du G8 de mai 2011 : « Près de sept cent mille personnes entrent sur le marché du travail égyptien tous les ans. Les absorber et réduire le nombre de celles qui sont actuellement au chômage exigera une économie plus dynamique. Cela requiert des mesures courageuses, dont plusieurs devront être mises en œuvre par le gouvernement issu des élections générales qui interviendront cette année. Les principales réformes comprennent le renforcement de la concurrence afin que les marchés deviennent plus ouverts aux investisseurs locaux et étrangers ; la création d’un environnement économique qui attire et retienne l’investissement privé et soutienne les petites entreprises ; la réforme du marché du travail ; et la réduction du déficit budgétaire, y compris en diminuant le gaspillage provenant des subventions. (…) L’appel au financement extérieur, y compris auprès du secteur privé, restera souhaitable quelques années de plus (8). »

Mais ces nouveaux emprunts aggraveront le poids de l’endettement, avec un service de la dette qui représente déjà le quart des dépenses budgétaires de l’Etat, lesquelles sont supérieures de 35 % aux recettes. Accroître l’endettement en se maintenant dans une logique néolibérale signifie donc que l’Etat devra réduire les salaires de la fonction publique, les subventions aux plus démunis et les retraites. En septembre 2012, M. Morsi a d’ailleurs promis à une délégation d’hommes d’affaires américains qu’il ne reculerait pas devant des réformes structurelles draconiennes afin de redresser l’économie (9). Ces orientations laissent entrevoir une prochaine répression des luttes sociales et ouvrières. La volonté du nouveau gouvernement de remettre en cause les libertés syndicales conquises à la faveur du soulèvement et la multiplication des licenciements de syndicalistes vont dans ce sens.

M. Morsi, son gouvernement et les Frères musulmans conduisent l’Egypte vers une catastrophe économique et sociale. Les recettes néolibérales ont déjà démontré leur incapacité à extraire le pays du cercle vicieux du sous-développement et de la dépendance. Elles l’y ont au contraire enfoncé davantage. L’instabilité politique et sociale créée par le soulèvement ne peut que contrarier la perspective d’une croissance tirée par les investissements privés. Et il faut avoir la foi du charbonnier pour croire que le Qatar suppléera à l’indigence des investissements publics.

Du temps de M. Moubarak, il restait aux pauvres le recours à la charité combinée avec l’« opium du peuple » — « L’islam est la solution », promettaient les Frères musulmans depuis des décennies, dissimulant derrière ce slogan creux leur incapacité à formuler un programme économique fondamentalement différent de celui du pouvoir en place.

L’heure de vérité a sonné. Comme l’a souligné le chercheur Khaled Hroub, « dans la période qui vient, le slogan “L’islam est la solution” et le discours au nom de la religion seront confrontés à une expérimentation publique dans le laboratoire de la conscience populaire. Celle-ci durera peut-être longtemps, et pourra consumer la vie de toute une génération ; mais il semble inévitable que les peuples arabes traversent cette période historique afin que leur conscience évolue progressivement de l’obsession de l’identité à la conscience de la réalité politique, sociale et économique. Afin que la conscience des peuples et l’opinion publique passent de l’utopie qui consiste à fonder des espérances sur des slogans rêveurs à la confrontation avec la réalité et à l’évaluation des partis et des mouvements en fonction des programmes réels qu’ils présentent (10) ».

Les trafiquants de l’« opium du peuple » sont parvenus au pouvoir. La vertu soporifique de leurs promesses s’en trouve forcément diminuée. Il y a plus d’un quart de siècle, un des meilleurs orientalistes français, Maxime Rodinson, avait bien formulé le problème : « L’intégrisme islamique est un mouvement temporaire, transitoire, mais il peut durer encore trente ans ou cinquante ans — je ne sais pas. Là où il n’est pas au pouvoir, il restera comme idéal tant qu’il y aura cette frustration de base, cette insatisfaction qui pousse les gens à s’engager à l’extrême. Il faut une longue expérience du cléricalisme afin de s’en dégoûter : en Europe, cela a pris pas mal de temps ! La période restera longtemps dominée par les intégristes musulmans. Si un régime intégriste islamique rencontrait des échecs très visibles, y compris dans le registre du nationalisme, et débouchait sur une tyrannie manifeste, cela pourrait amener beaucoup de gens à se tourner vers une solution de rechange qui dénonce ces tares. Mais il faudrait une solution crédible, enthousiasmante et mobilisatrice — et ce ne sera pas facile (11). »

Gilbert Achcar

Professeur à l’Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de l’université de Londres. Auteur de l’ouvrage Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe,Sindbad, Paris, 2013 (en librairies le 20 février), dont ce texte est extrait.

(1) «  The economic vision of Egypt’s Muslim Brotherhood millionaires  », Bloomberg Businessweek, New York, 19 avril 2012.

(2) M. Al-Shater avait été le premier candidat des Frères musulmans à l’élection présidentielle. Sa candidature ayant été rejetée, il fut remplacé par M. Mohamed Morsi.

(3) «  One sure thing : A pro-market Egyptian Constitution  », Ahram Online, 4 avril 2012.

(5Cf. «  Senior Brotherhood member launches Egyptian business association  », Egypt Independent, Le Caire, 26 mars 2012.

(6) «  Mubarak era tycoons join Egypt president in China  », Ahram Online, 28 août 2012.

(7) Lire Alain Gresh, «  Les islamistes à l’épreuve du pouvoir  », Le Monde diplomatique,novembre 2012.

(8) «  Economic transformation in MENA : Delivering on the promise of shared prosperity  », note du FMI préparée pour le sommet du G8 à Deauville (France), 27 mai 2011.

(9Cf. «  Egypt vows structural reforms, meets US executives  », Associated Press, 9 septembre 2012.

(10) Khaled Hroub, Eloge de la révolution. La rivière contre le marécage (en arabe), Dar al-Saqi, Beyrouth, 2012, p. 119.

(11) «  Maxime Rodinson : sur l’intégrisme islamique  », Mouvements, n° 36, Paris, novembre-décembre 2004.


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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 18:38
 
Accord stratégique et programmatique PCF - PSpour les élections municipales de 2014 à Paris
Paris 2014-2020 : une ville pour tou-te-s
En 2001, nous avons construit ensemble la victoire de la gauche à Paris.
 Cette victoire mettait fin à un siècle de politiques conservatrices dans la capitale portées par unedroite dont la pratique du pouvoir était celle d'un clan qui agissait contre l'intérêt de l'immensemajorité des Parisien-ne-s.Au terme de deux mandatures,
nous sommes fiers d'avoir fait avancer Paris sur la voie duprogrès et de la justice sociale.
Ensemble, nous avons produit 70.000 logements sociaux qui ont permis à 200.000 Parisiennes etParisiens de s'installer ou de continuer à vivre dans la capitale. En matière de service public, nousavons organisé le retour en régie municipale de la distribution d'eau ou encore créé 10.000 places encrèches pour contribuer à l'égalité des enfants de Paris. Nous avons agi dans beaucoup d'autres domaines pour améliorer la vie des Parisien-ne-s notamment par le développement des transports collectifs, la réalisation de 70 hectares d'espaces verts et lerenforcement des coopérations avec les collectivités franciliennes.
A la veille des élections municipales de 2014, nous décidons de joindre à nouveau nos énergiescar nous mesurons qu'il reste beaucoup à faire pour que Paris soit une ville pour toutes ettous.
La capitale n'est pas épargnée par la crise. Parce que beaucoup trop de Parisien-ne-s sont touchés par le chômage, nous mènerons ensemble la bataille de l'emploi. Nous organiserons notamment
uneconférence annuelle chargée d'élaborer un objectif chiffré annuel de créations d'emplois àaliser, en particulier dans l’Économie sociale et solidaire
, avec les moyens financiersnécessaires, permettant de faire reculer en pratique et durablement le chômage et la précarité. Nousréaffirmons par ailleurs notre volonté de voir le dimanche préservé comme un temps social et noncomme un temps économique.Au delà de cet enjeu décisif, nous prenons ensemble
quatre engagements.
Ces engagements nerésument pas l'ambition de chacune de nos forces politiques qui continueront de porter, pendant lacampagne et tout au long de la mandature, l'ensemble de leur projet pour Paris. Ces engagementssont
une base commune pour engager ensemble une nouvelle étape de la politique municipaleau service des Parisien-ne-s
afin de faire de Paris une ville moins chère, une ville où l'on vit mieuxet dans laquelle les Parisien-ne-s son acteurs des choix qui engagent leur avenir. Nous pensons quel'existence de listes de large rassemblement dès le premier tour portant ces engagements montrentnotre capacité à constituer une majorité pour répondre aux besoins et aux aspirations des Parisien-ne-s. C'est le meilleur atout pour battre la droite et l’extrême droite.
1. Notre premier engagement vise à permettre aux Parisien-ne-s de continuer à vivre à Paris
en combattant la spéculation immobilière qui continue de menacer notre ville et ses habitant-e-s. Nous nous engageons à produire
30% de logements sociaux à horizon 2030,
c'est à dire à1
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maintenir un rythme de production équivalent ou supérieur à celui actuel, et à travailler à unéquilibrage géographique de ces logements en fixant des objectifs de production paarrondissement et à un rééquilibrage du type de logements produits en créant essentiellement deslogements de type PLAI et PLUS dans les arrondissements qui comportent moins de 20% delogements sociaux. Nous demandons parallèlement à l’État d'une part d'
augmenter massivementla taxe sur les logements vacants et de créer une taxe sur les résidences secondairesparisiennes
afin d'inciter les propriétaires à mettre en location ces logements.
2. Notre deuxième engagement vise à garantir l'égalité entre les Parisien-ne-s et à améliorerleur qualité de vie
dans une période de crise économique et sociale très profonde. Nous voulons développer le service public à Paris au cours de la prochaine mandature encommençant par demander le maintien des services publics d’État. Nous nous engageons par ailleurs à créer de nouveaux équipements publics municipaux dans la capitale, notamment pour l’accueil de la petite enfance par la
création d'au minimum 5000 nouvelles places en crèches
ethalte-garderies dont la moitié au moins dans des structures municipales.
Chacun de ces nouveaux équipements publics sera accompagné d'embauches nettes depersonnels titulaires par la Ville
et un plan de résorption de la précarité durant la mandature seradécidé. En outre,
un plan d'embauche spécifique pour renforcer et améliorer les services denettoiement
sera mis en œuvre par la direction de la propreté.
Concernant la collecte des déchets,il n'y aura pas de remise en cause du service public
dans les arrondissements qui fonctionnent enrégie. Nous nous engageons  par ailleurs à développer les équipements nécessaires au bonfonctionnement du service notamment les garages à benne. Nous voulons faire du droit à l'alimentation une priorité de la prochaine mandature. Nous nousengageons à
créer des Halles alimentaires de proximité
pour développer la vente directe toutel'année afin de favoriser des circuits courts, baisser le coût pour la population tout en assurant unemeilleure rémunération aux producteurs. De plus, nous engagerons l'acte II du service public del'eau en réalisant
la gratuité des premiers m3 d'eau sous conditions de ressources
car ils sont un besoin essentiel. En matière de Santé publique,
nous organiserons dès 2014 des Assises de la Santé à Paris avecl'ensemble des acteurs concernés pour travailler au renforcement de l'offre de soins dans lacapitale.
D'ores et déjà, nous nous mobiliserons contre toute restructuration de l'hôpital public quiconduise à une diminution de l'offre de soins à Paris, et notamment contre la fermeture des urgencesde l'Hôtel Dieu. Pour répondre aux difficultés d'accès aux soins,
nous engagerons un pland'investissement pour la création de centres de santé
 
et de maisons médicales, en priorité dansles quartiers populaires,
regroupant la médecine générale et plusieurs spécialités, notammentophtalmologie, dentaire, pédiatrie, gynécologie pratiquant les tarifs conventionnels du secteur 1 etle tiers payant.
3. Notre troisième engagement vise à faire de Paris une ville exemplaire en matière d'égalitéfemme-homme.
Le progrès des conditions de vie des femmes profite à toutes et tous. Qu’il s’agisse de la lutte contreles violences faites aux femmes, du droit à disposer de son corps ou encore de l’égalité professionnelle, nous voulons que notre ville s'engage pleinement. Nous faisons de
la création d'unobservatoire parisien des violences faites aux femmes
un premier engagement. Inspiré de l’actionque le Conseil général de la Seine-Saint-Denis mène en la matière, l’observatoire parisien sera doté
 
de moyens financiers et humains pour assurer trois missions : 1. Développer les actions de protection et d’accompagnement des victimes en partenariat avec les structures existantes enmatière d’hébergement d’urgence, de logement pérenne et d’alerte via le dispositif de téléphones portables d’alerte. Une attention particulière sera accordée aux enfants victimes des violences dansle couple ainsi qu’à leurs mères et aux violences sexistes et sexuelles dans les relations de travail.2.Mener des actions de sensibilisation et de formation en partenariat avec les associations et les pouvoirs publics. 3. Croiser les données existantes issues des institutions de recherche et destatistiques et des associations pour disposer de données fiables ; initier des recherches-actions pour rendre davantage visibles l’ampleur des violences faites aux femmes.
4. Notre quatrième engagement vise à faire de Paris la ville d'un progrès partagé, décidéensemble et donc à renforcer la démocratie dans la capitale.
 Nous nous engageons à
développer la démarche de budget participatif 
 
en mobilisant lesconseils de quartiers.
D'abord en permettant que ceux-ci émettent un avis chaque année sur le budget de l'ensemble de la ville. Ensuite en augmentant le budget d'investissement qui est affecté àces conseils. Nous nous engageons également à
créer un Conseil économique, social et environnementalparisien (CESEP) constitué de représentants de la société civile, des syndicats, du mondeéconomique et associatif 
pour que l'ensemble de ces acteurs se prononcent sur les grandesorientations de la ville, notamment en matière de développement et d’emploi. Il permettrad’associer les habitants, les travailleurs, les associations et les entreprises à la définition de grandesstratégies pour la ville.Enfin, nous demandons qu'
un débat public soit organisé par la commission nationale du débatpublic sur les modalités nécessaires à la construction d'au moins 70 000 logements par an enIle-de-France
, y compris via la création d’un outil métropolitain à l’échelle du Grand Paris, soit lamême démarche que celle qui a permis pour les transports publics l’engagement du Nouveau GrandParis et du plan de mobilisation pour les transports.Au cours de la prochaine mandature,
nous ferons en permanence le choix de l'intérêt desParisien-ne-s et nous refuserons toute politique d'austérité qui viendrait s'y opposer.
Ainsi,tout en reconnaissant la nécessité d'une meilleure péréquation entre collectivités, nous défendronsles intérêts de la Ville de Paris face à l’État et refuserons des transferts de comtences non-compensés tels que l'a pratiqué la droite pendant 10 ans ou des baisses de dotations qui nousemcheraient de réaliser les engagements pris devant les Parisien-ne-s. Nous affirmons parallèlement notre volonté d'une réforme de la fiscalité locale qui garantisse une autonomie fiscaleaux collectivités locales et des ressources pérennes et dynamiques en lien avec les compétencesdont elles ont la responsabilité.
Si les Parisiennes et les Parisiens nous accordent une nouvelle fois leur confiance, nousécrirons avec eux et autour de ces engagements une nouvelle page de l'histoire de Paris.
 Signataires :
Parti communiste français - Parti socialiste - République et Socialisme
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 10:57

Les femmes et les hommes qui s'associent pour constituer ensemble le Parti communiste français ont en projet commun de vouloir répondre aux immenses défis de notre époque par l'émancipation de chacun-e, la maîtrise sociale, la mise en commun et le partage des connaissances, des pouvoirs, des richesses. Elles et ils refusent un monde où les possibilités considérables qui surgissent de l'activité et du génie humain sont dévoyées en pillage des ressources, en concurrence aveugle, en affrontements et en guerres ; une société d'injustices et d'inégalités où les forts écrasent toujours les faibles. Elles et ils considèrent que la toute-puissance de l'argent peut être combattue, que le capitalisme n'est pas la fin de l'histoire.

Leur engagement politique a pour raison d'être de promouvoir la pleine autonomie et le plein épanouissement de chaque femme et de chaque homme en faisant reculer, jusqu'à leur dépassement, toutes les formes sociales d'exploitation, de domination et d'aliénation.

Des êtres humains libres, égaux et associés, c'est la conception révolutionnaire qu'elles et ils se donnent d'un communisme libérateur d'humanité.

Extrait du préambule des statuts du Parti communiste français

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 17:12

Coût du capital

Publié le mercredi 16 octobre 2013

La parole est à M. Nicolas Sansu, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

 

M. Nicolas Sansu.

Monsieur le Premier ministre, jeudi dernier, le premier rapport du comité de suivi s’interrogeait déjà sur l’efficacité du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ce cadeau aux entreprises d’un montant de 20 milliards d’euros distribué sans contrepartie, sans distinction selon la taille des entreprises et les secteurs d’activité. Ce cadeau sera financé, en partie, par une ponction de 6 milliards d’euros sur les ménages via la hausse de la TVA.

Cette mesure, comme le dit M. Pisani-Ferry, président du comité de suivi, bénéficiera très largement à des secteurs qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale, à l’instar de la grande distribution ou du BTP. Vinci, Bouygues et Eiffage figurent ainsi parmi les plus gros bénéficiaires du crédit d’impôt alors qu’ils affichent des bénéfices à donner le tournis. Certaines entreprises bénéficiaires sacrifient quant à elles l’emploi tout en versant de copieux dividendes à leurs actionnaires ; Arcelor, Sanofi, Alcatel et tant d’autres encore…

Monsieur le Premier ministre, notre économie ne souffre pas du coût du travail mais d’un coût du capital exorbitant. Elle souffre d’un manque d’investissements publics générateurs d’investissements privés. Elle souffre de la complaisance des gouvernants européens et des institutions internationales face à la fraude et à l’évasion fiscale. Elle souffre des relations de domination imposées aux petites et moyennes entreprises et aux très petites entreprises par les grands groupes.

Comment peut-on encore penser que le chômage endémique, le faible niveau d’investissement des entreprises et les fermetures d’usines rentables seraient la conséquence d’une explosion du coût salarial ? Ce n’est pas vrai. Ce qui coûte cher à l’économie, ce sont les prélèvements financiers effectués sur les entreprises au bénéfice des actionnaires, au détriment du travail, et qui représentent un montant situé entre 94 et 130 milliards d’euros. C’est cinq fois le montant du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi !

Monsieur le Premier ministre, quand allez-vous enfin prendre des mesures pour juguler le coût du capital et ainsi favoriser l’emploi, l’investissement productif et les salaires ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances.

M. Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances. Monsieur le député Nicolas Sansu, vous savez à quel point je respecte toujours votre pensée, sans pour autant toujours la partager.

M. Franck Gilard. Est-ce une pensée, d’ailleurs ?

M. Pierre Moscovici, ministre. En l’occurrence, sur le sujet que vous évoquez, je m’écarte quelque peu de vos positions.

Vous le savez, le diagnostic a été établi de manière incontestable à la demande du Premier ministre par M. Louis Gallois : la France a un gros problème de compétitivité. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) C’est la raison pour laquelle il y a un an le Gouvernement a pris l’initiative du pacte de compétitivité, dont le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est la mesure la plus emblématique, non pas la seule, mais la plus puissante

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de donner des moyens…

M. André Chassaigne. À la grande distribution !

M. Pierre Moscovici, ministre. …aux entreprises françaises pour embaucher, investir, exporter et innover. Il nous fallait aussi pour cela réduire l’écart effectif du coût du travail entre notre pays et son grand voisin et compétiteur l’Allemagne. Telle est la raison d’être du CICE.

Je me suis rendu récemment dans votre département, près de Bourges, dans la ville de Vierzon, et vous savez comme moi à quel point les entreprises apprécient ce dispositif.

Un comité partenarial a été mis en place et a déjà abouti à trois conclusions. Premièrement, le dispositif fonctionne et monte très vite en régime – 97 % de taux de recours – tandis que le préfinancement de la Banque publique d’investissement atteint aujourd’hui près d’un milliard d’euros. Deuxièmement, les abus qu’Arnaud Montebourg et moi-même avons dénoncés sont en train de cesser puisqu’il n’y a plus de recours à la médiation inter-entreprises. Troisièmement, le dispositif bénéficie essentiellement à l’industrie, dans des proportions deux fois supérieures à la part de ce secteur dans le PIB, et atteint donc l’objectif d’amélioration de la compétitivité dans l’industrie.

Cette mesure est donc puissante, efficace, et monte en régime. Elle va alimenter de plus en plus la croissance et l’emploi en France. Je vous appelle donc à la soutenir comme elle le mérite. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 16:37

 

Le journal communiste "l'Humanité" publie ce jour 18 octobre 2010, une tribune favorable à la constitution de listes autonomes du PS, notamment à Paris. Je publie à mon tour sur mon blog cet pétition ainsi que les déactions qu'elle a suscitée, pour le débat fraternel.

 

BF

 

 

Faut-il faire des listes communes avec le PS pour les élections municipales de 2014 ?

Municipales 2014. Le Front de gauche doit présenter des listes autonomes du PS au premier tour

Par Danielle Simonnet (PG), Ingrid Hayes (GA), Alexis Corbière (PG), Roland Mérieux (Les Alternatifs), Laurent Lévy (FASE), Leila Chaïbi (PG), Henri Mermé (Les Alternatifs), Guillaume Floris (GA), France Loirat (FASE), Guillaume Etiévant (PG), Danièle Obono (GA). Les prochaines élections municipales de mars 2014 vont constituer un rendez-vous politique national important. Jamais une élection municipale n’a été déconnectée du contexte national dans lequel elle se déroulait. Les difficultés que chacun rencontre localement (loyer élevé, bas salaire, vie chère, affaiblissement des services publics, dégradation de l’environnement) sont la conséquence de choix politiques nationaux.


Les municipales seront donc le premier rendez-vous électoral après deux années d’exercice du pouvoir par le nouveau gouvernement. Elles s’inscrivent dans une séquence électorale qui sera immédiatement suivie par les élections européennes. Les dynamiques politiques que nous mettrons en œuvre en mars seront ensuite déterminantes dans le débat européen de mai 2014. Placées à mi-mandat du quinquennat de François ­Hollande, malgré la complexité du scrutin et sa tendance à l’éparpillement, elles seront la caisse de résonance de la colère sociale et de toutes les crises qui ne cessent de s’approfondir : concentration oligarchique du pouvoir, captation des richesses au bénéfice de la finance, aggravation de l’urgence climatique et lâche désignation de boucs émissaires.

 

Chaque jour qui passe, l’action du gouvernement, et son alignement sur toutes les politiques d’austérité menées en Europe, confirme la nécessité d’une alternative à gauche. La décision des députés du Front de gauche de voter contre le prochain budget atteste du refus des politiques d’austérité et de leurs conséquences sur le quotidien de nos concitoyens, tout comme notre implication dans nombre de luttes contre les renoncements des socialistes parisiens dans leur accompagnement de l’austérité : l’Hôtel-Dieu, les mal-logés, les jeunes isolés étrangers, les équipements culturels et associations abandonnés, pour ne reprendre que ces exemples.

 

Paris est une ville riche qui aurait les moyens de financer une politique anticrise solidaire ambitieuse : lutte volontariste contre la spéculation immobilière, priorité à la construction des logements les plus sociaux (PLAI, PLUS), remise en cause du gel des embauches dans les services publics parisiens, retour sur la réforme des rythmes scolaires, remunicipalisation des services privatisés comme la collecte des déchets de certains arrondissements… Nous pensons donc plus que jamais que le rôle de toutes les composantes du Front de gauche est de constituer des listes autonomes du PS qui doivent pouvoir rassembler le plus largement !À Paris, en quelques années, nous sommes devenus la deuxième force politique à gauche et la troisième force de la capitale. En maintenant le cap, nous renforcerons notre présence au sein du Conseil de Paris et dans les arrondissements. Notre succès est une œuvre collective, qui vit parce qu’elle avance et qui existe parce qu’elle est le bien commun de toutes celles et tous ceux qui le construisent.

 

Nous nous adressons fraternellement à toutes les composantes du Front de gauche à Paris, et particulièrement à nos camarades du PCF, pour qu’ensemble nous présentions au premier tour, dans tous les arrondissements, des listes autonomes du PS pour y défendre toutes nos propositions écologiques et sociales dans le prolongement de la déclaration commune que nous avons déjà tous adoptée.

 

Enfin, ne banalisons pas la progression de l’abstention. À Paris, lors de la précédente élection municipale de 2008, elle était déjà proche de 43 %. Si elle progressait encore, elle favoriserait de fait le retour de la droite et permettrait la progression de l’extrême droite. Seules des listes du Front de gauche permettront de mobiliser ceux qui, à gauche, n’en peuvent plus de la politique du gouvernement. Battre la droite et l’extrême droite impose donc la plus totale indépendance vis-à-vis du PS au premier tour.

 

Ne mettons pas en péril le Front de gauche.

Par Danielle Simonnet (PG), Ingrid Hayes (GA), Alexis Corbière (PG), Roland Mérieux (Les Alternatifs), Laurent Lévy (FASE), Leila Chaïbi (PG), Henri Mermé (Les Alternatifs), Guillaume Floris (GA), France Loirat (FASE), Guillaume Etiévant (PG), Danièle Obono (GA).

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Réalité des textes en présence

Le programme Coco : http://paris.pcf.fr//

 

Les textes négociés et le bulletin de vote tant désiré dans ces colonnes (adhérez et vous voterez la prochaine fois !)
http://www.liberation.fr/politiques/2013/10/15/municipales-a-paris-ce-qu...

 

Mon commentaire :

Les communistes ont collectivement estimé devoir être utiles à la population et pour cela réunir toute la gauche, au premier ou au second tour, afin que Paris reste à gauche.

 

Sur la base de propositions transformatrices, nous avons initié des débats publics en vue d’un projet commun à toute la gauche. Malheureusement, l’austérité sociale libérale génère de la division et Paris est une vitrine ; après avoir voté tous les budgets, le PG fait volte-face début 2013 pour imposer l’autonomie d’abord à tout le FdG et refuse tout débat lorsque le PS est présent (quel dommage d'avoir ainsi boudé "La Bellevilloise").

 

Le texte pour l’autonomie négocié avec les autres composantes du FdG définit un accord sur 5 axes en rupture avec l’austérité, mais qui reste inabouti. Parce qu’il n’a pas su dépasser ses préalables méthodologiques (bilan vs autonomie), le FdG Paris s’est avéré incapable de produire un programme partagé qui puisse porter concrètement la transformation sociale à Paris et disputer ainsi l’exécutif aux socialistes. Bien loin de toute radicalité concrète, ce texte qui ne propose quasiment rien de concret et ne chiffre rien, ne permet que la posture d’opposition de gauche souhaitée par le PG.
Nous (le FdG) devrons faire mieux à l'avenir et sortir des textes dignes de nous !

 

A l’inverse, suite à une analyse convergente sur l’essentiel du bilan, le texte négocié avec le PS vise à approfondir le travail effectué depuis 2001 avec EELV et… le PG. Moins ambitieux mais négocié sur nos thèmes, il est axé sur quatre engagements déclinés en propositions concrètes issues de notre programme sans en obérer le reste pour autant. L’accord est en effet une « base commune » qui nous permet « de porter, pendant la campagne et tout au long de la mandature, l'ensemble de (notre) projet pour Paris ». Le texte serait-il allé plus loin s’il avait été négocié par l’ensemble du FdG ? En tout état de cause, seul le rapport de force obligera le PS à mettre en œuvre ses engagements.

 

Choisirons-nous l’autonomie préalable sur la base d’une radicalité abstraite - et en laissant le PS et RetS seuls bénéficiaires du contenu transformateur de l’accord - ou choisirons-nous la continuité du rassemblement sur un contenu programmatique certes limité mais concret ?

 

La volte-face du PG nous a engagés dans deux démarches opposées qui révèlent une question de fond pour le FdG : peut-on contribuer à lutter contre l’austérité gouvernementale depuis la municipalité, avec des élus socialistes plus nombreux que les nôtres, ou une telle tentative est-elle au contraire vouée à l’échec par avance, même si le PS n’a pas la majorité à lui seul et même en cas d’un groupe charnière FdG ?

 

Notre programme communiste, qui est chiffré, répond par l’affirmative : « Paris, pôle de résistance aux politiques d’austérité ». Si nous craignons, comme Danielle Simonnet, que ce soit un vœu pieux sur la mandature à venir pour cause d’un PS non fiable, pourquoi écrire un programme détaillé au lieu de se contenter d’un bouquin témoignage ? Nous ne sommes pas le FdG, et encore moins le PG.

 

Pour les communistes parisiens, la seule question qui vaille est la suivante : lutterons-nous mieux contre l’austérité depuis l’exécutif, en nous appuyant sur un accord dynamique et avec plus d’élus, ou depuis une opposition de gauche à l’exécutif, en nous appuyant sur un accord indécis et avec moins d’élus ?

Entre le tout ou rien d’une opposition de gauche qui laisse le PS gouverner en rond à Paris et y prendre le pouvoir que l’on peut, je préfère la seconde solution car je la pense plus utile à la population.

 

Démocratie

Le PCF est le seul parti à avoir le courage de faire valider par ses adhérents la position de la Direction.

Ceux qui voteront en désaccord ne seront pas exclus, contrairement à ce qui pourrait se passer au sein du PG où la Direction menace ses propres adhérents avec des propos que l'on croyait définitivement relégués au musée...

ALORS AUX URNES CAMARADES !!!

 

Réalité parisienne

La majorité municipale sortante est composée entre autre d'élus PCF et PG réunis dans un groupe "communistes et parti de gauche". Les 10 élu(e)s concerné(e)s au Conseil de Paris ont voté tous les budgets depuis 2001. Danielle Simonnet aussi (en tant que PS de 2001 à 2008, puis en tant que PG de 2008 à aujourd'hui).

Les élu(e)s du groupe "communistes et parti de gauche" l'ont tous été sur une liste unique dès le 1er tour en 2008, ce qui a empêché le PS de faire une liste unique dès le 1er tour avec le MODEM.
Où en serait ma municipalité parisienne aujourd'hui avec une majorité sortante PS/Modem (avec ou sans EELV) ?

Les adjoints et 1er adjoints PG aux maires sur Paris le sont encore alors qu'ils passent leur temps à dénoncer le social libéralisme des maires PS parisiens. A quand la mise en conformité des actes avec les propos par la démission des élus PG à ces fonctions d'adjoints aux horribles maires "solfériniens" ?

 

citation

citation : Signataire de cet appel, Danielle Simonnet, du Parti de Gauche mené par Jean-Luc Mélenchon, a déjà été déclarée par Jean-Luc Mélenchon tête de liste de la liste autonome Front de Gauche sur Paris au 1er tour de cette municipale .

Quand on voit la pression des élus PCF pour que la base des camarades les suivent , on comprend que les signataires soient en phase avec Simmonet : c'est une bonne anticipation que d'avoir DEJA une tête de liste "bien à gauche" : La direction du PCF va-t-elle aller avec ces militants déterminés ou jouer à la lutte des places ( sans la lutte des classes ) ?

 

Étonnante conception de la démocratie.

Signataire de cet appel, Danielle Simonnet, du Parti de Gauche mené par Jean-Luc Mélenchon, a déjà été déclarée par Jean-Luc Mélenchon tête de liste de la liste autonome Front de Gauche sur Paris au 1er tour de cette municipale . Autrement dit, fort démocratiquement, elle appelle à voter pour elle-même les adhérents parisiens du PCF sans même qu'elle dise quels adhérents et combien d'entre eux ont déjà voté pour elle dans les autres composantes des autres partis signataires de cet appel. Étonnante conception de la démocratie.

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Published by bruno fornaciari - dans MUNICIPALES 2014
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BRUNO FORNACIARI

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