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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 09:47

Aujourd’hui se soigner devient de plus en plus difficile et coûte de plus en plus cher avec les franchises, déremboursements des médicalement ; l’imposition des indemnités journalières des victimes du travail et de la vie , la remise en cause du 100% pour les affections de longues durée , les dépassements d’honoraires ; Rappelons que toutes les mesures qui empêchent le malade de se soigner correctement en France sont maintenues ; l’imposition des indemnités journalières des victimes d’accidents du travail ,de la vie et de maladies professionnelles représente la double peine, la triple peine des salariés déjà victimes d’un accident du travail , Déjà confrontés à la souffrance du handicap et qui vivent avec des revenus diminués.

 

Les malades et les assurés sont ponctionnés par des franchises, des forfaits hospitaliers en hausse, des déremboursements de médicaments en prenant prétexte du trou de la sécurité sociale alourdi par les dépassements d’honoraires en hausse constante ;

 

La « loi hôpital patient territoire » est maintenue, Elle prévoit des restructurations, des fermetures de services et d’hôpitaux ainsi que des Réductions des emplois ; La durée de séjour dans le hôpitaux est réduite pour les malades. le budget de la sécurité sociale 2013 est un budget d’austérité qui prévoit 2 milliards d’euros d’économie dont 657 millions pour l’hôpital , , L’assistance publique a déjà supprimé 4000 emplois sur Paris et il est prévu d’en supprimer 15000 cette année au niveau national.On est en train de transformer la santé en secteur marchand qui génère des bénéfices comme on transforme le marché des maisons de retraite en marché rentable.

 

Nous demandons la suppression des dépassements d’honoraires, des forfaits et des franchises ; l'exonération de  l’imposition des indemnités journalières des victimes , la prise en charge du 100% pour les affections de longues durée , l'arrêt des fermetures d’établissements, de services hospitaliers, de maternités et de centres d’IVG, de centres de proximité, l' arrêt des fermetures d’établissements dans le secteur du handicap et des personnes âgées ; l'attribution des moyens humains et financiers pour un service public de santé, l' augmentation du budget de la Sécurité Sociale pour 2013 répondant aux besoins de la population.

 

la santé n ’est pas une marchandise

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 09:40

Proposition de loi : :

Monsieur le Président : il faut amnistier les syndicalistes !

Les cinq dernières années passées sous la présidence de Nicolas Sarkozy auront constitué pour le monde du travail un désastre incommensurable, avec la destruction méticuleuse et méthodique du modèle social français. Du système des retraites au code du travail, en passant par la protection sociale et les services publics, aucune spécificité sociale française n’aura échappé au rouleau compresseur libéral.


28 novembre 2012

Beaucoup de nos concitoyens se sont légitimement engagés dans des mouvements sociaux. Ils se sont exprimés pour faire respecter leurs droits fondamentaux, protéger leurs conditions de travail, préserver l’emploi, les services publics, un système de protection sociale efficace et solidaire, leur environnement. Alors qu’ils défendaient l’intérêt général, nombre d’entre eux ont fait l’objet de sanctions pénales, disciplinaires et de licenciements. L’objectif du pouvoir précédent était clair : imposer par la force la vision d’une société divisée, du chacun pour soi, où seules les logiques de l’argent dominent.

Et ce travail de casse sociale a été accompagné par une politique visant à criminaliser l’action syndicale. Sous tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de nombreux syndicalistes ont été attaqués pénalement du fait directement de leurs actions et engagements syndicaux. Trop de sanctions injustes ont été infligées qui ne visaient qu’à éteindre toute velléité de contestation. Et c’est parfois le simple affichage ou la distribution de tracts qui donnent lieu à des menaces ou assignations judiciaires !

L’action collective est pourtant un droit inhérent à toute démocratie. Ainsi, la Constitution de la Ve République reconnait au citoyen le droit de défendre ses droits et intérêts ainsi que le droit de participer à la détermination des conditions de travail et à la gestion des entreprises (alinéas 6 et 8 du préambule de la Constitution de 1946). Ces poursuites contre le monde syndical ont causé des dégâts considérables et participé à rendre délétère le dialogue social dans notre pays.

Le changement implique le retour au respect et au dialogue. Et cela commence par mettre en débat notre proposition de loi d’amnistie de tous les militants syndicaux menacés ou condamnés sous l’ère des gouvernements de la présidence de Nicolas Sarkozy, déposée à l’Assemblée nationale par les députés du Front de gauche. Elle se concentre sur les faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales ou revendicatives, ainsi que sur l’amnistie des sanctions disciplinaires. Cet appel à plus de justice mérite d’être relayé dans tout le pays. Oui, Monsieur le Président, il faut amnistier les syndicalistes !

 

Je soutiens la demande d’examen de la « proposition de loi portant amnistie des faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales et revendicatives » présentée par les députés du Front de Gauche :

 


Je signe la pétition


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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 02:31

 


Social-Eco - le 3 Décembre 2012

Un syndicat ukrainien dénonce les suppressions d’emplois massives chez ArcelorMittal

Le syndicat de la plus grande aciérie en Ukraine demande aux pouvoirs publics d'intervenir face aux milliers de suppressions d'emplois prévues par ArcelorMittal, dans ce pays également.


"Nous, délégués de l'organisation syndicale d'ArcelorMittal Krivy Rig, protestons vigoureusement au nom des 30.000 employés contre la politique menée par le propriétaire de l'entreprise, Lakshmi Mittal", écrivent-ils dans une lettre ouverte adressée notamment au président ukrainien Viktor Ianoukovitch, au Premier ministre et au président du Parlement.

Dans cette usine située dans la région de Dnepropetrovsk (est du pays), le groupe a réduit le nombre d'employés d'environ 55.000 en 2007 à environ 38.000 actuellement. "Nous avons appris que la direction a l'intention de faire passer le nombre d'emloyés à 12.600", s'alarme le syndicat, qui estime que ces projets sont "en contradiction avec la législation".

 

Promesses non tenues et des dizaines de milliers emplois détruits


ArcelorMittal avait racheté l'aciérie Kryvorizhstal en 2005, en promettant d'y investir de manière conséquente. Mais le groupe avait par la suite obtenu de l'organisme chargé des privatisations en Ukraine de reporter certains investissements envisagés. Selon des propos du directeur de l'usine Artiom Poliakov rapportés par Interfax lundi, 19.634 départs volontaires y sont déjà intervenus depuis 2007 en neuf vagues.
Selon la direction, un nouveau train de départs portant sur 446 postes serait actuellement en préparation. "Dans la situation actuelle, nous ne pouvons pas éviter des réductions de postes", a dit M. Poliakov.

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 02:25
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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 02:14

La véhémence de l’histoire

 

Lucien Sève dialogue avec les auteurs du livres3 Les vérités du matin3, regard croisé sur un engagement.

 

3Chers Francette et René,

 

Je suis bien fautif d’avoir tant tardé à vous remercier de l’envoi de ces « Vérités du matin » que j’ai apprises durant plusieurs soirs… Et bien sûr je comptais ne pas laisser passer des journées pour vous en parler.

 

Mais ma vie a été brisée le 3 mai dernier. J’ai plongé, avec la mort de Françoise, dans un indicible malheur qui ne passe pas en s’éloignant. Je survis (en vérité je ne fais que vivre des prolongations) grâce à l’infinie tendresse de ma famille (mes deux fils, mes belles-filles – j’en ai trois… –, mes six petites-filles et tout au bout mon petit-fils, qui s’étagent entre 24 et 12 ans), mais pour le constant du quotidien il n’y a qu’une chose qui me permet de vivre, c’est le travail.

 

Je m’imaginais qu’à 85 ans je ne pouvais naturellement plus travailler que quatre à cinq heures par jour, et de fait, je calais au-delà… Maintenant je peux allègrement travailler dix heures par jour, mieux, c’est ma drogue.

 

Il faut dire que j’ai une première motivation à toute épreuve : Françoise a laissé inachevée sa traduction d’un grand livre de Vygotski, le dernier de ses grands livres encore inaccessible au lectorat français ; je me suis juré de terminer le travail à un niveau d’exigence dont elle n’aurait pas eu à rougir, je me suis donc remis avec frénésie au russe (dans ma jeunesse j’avais suivi deux ans l’enseignement des Langues Orientales, et toute ma vie je me suis un peu servi de ce que j’en savais), ça m’a presque totalement accaparé tout l’été et jusqu’à récemment.

 

Mais j’ai voulu davantage, j’ai voulu que cette ultime traduction soit une publication internationalement marquante, ce qui impliquait – chose jamais faite nulle part, dans aucune des traductions existantes du bouquin – de savoir enfin ce qu’est cette assez énigmatique Histoire du développement des fonctions psychiques supérieures censée avoir été écrite en 1930-31 (alors que j’ai découvert qu’il repique de façon quasi littérale des articles de trois ans antérieurs…).

 

Et là a commencé pour moi une extravagante histoire que je ne vais certes pas vous conter en détail, mais seulement dire que je me trouve maintenant branché sur ce qui est en train de se passer entre Moscou et l’Amérique du Nord quant à l’incroyable affaire que devient la publication (pour une grande part la non-publication) des archives Vygotski, sa petite-fille ayant compris qu’elle possède un trésor, l’ayant vendu à un grand éditeur canadien, de sorte que tout est sous clef non pour publier savamment mais pour faire du fric (on est à 100% dans la Russie poutinienne), mais il y a à Moscou ou Toronto des gens bien qui en sont scandalisés et ne se résignent pas, je communique avec eux en devant lire de très longues missives en anglais ou en russe (par chance je peux quant à moi leur écrire en français…), j’obtiens peu à peu les informations dont j’ai besoin pour écrire la très longue présentation du livre qui va en faire, réellement, une première internationale…

 

Tout ça pour vous dire que je suis incroyablement débordé au moment où je viens d’entrer dans ma 86e année… (parce qu’en même temps j’ai d’autres choses sur le feu, un petit livre sur Aliénation et émancipation, un séminaire crucial de la GEME sur la révision que Jean-Pierre Lefebvre va faire de ses grandes traductions de Marx, la préparation suivie de mon futur tome 3 de Penser avec Marx aujourd’hui sur « la philosophie » ?…).

 

Or je ne pouvais songer à vous répondre d’un assez bref mot administratif… Quand récemment Francette m’a adressé un message extrêmement sympathique sur mes Ecrits philosophiques de Marx parus il y a quelques semaines chez Flammarion, je pouvais moins encore réagir sans en venir à vos Vérités du matin, bref un engrenage infernal, et je ne trouve qu’aujourd’hui une fenêtre d’emploi du temps me laissant assez d’heures pour vous écrire à loisir. Pardonnez cette lenteur extrême de réaction, pardonnez la tartine par laquelle j’ai cru nécessaire de commencer, « pour m’expliquer »…

 

Vous avez écrit à deux (à chacun tout seul + à deux…) un livre plaisant, vivant, attrayant, mais pour moi, bien sûr, plus que tout ça. Un livre qu’au fond j’attendais (si différents, vous avez été d’une certaine façon des dirigeants du « Parti » de profil si semblable dans son originalité, des dirigeants en plus ou moins grande part « sans majuscule » et dont on s’est si souvent demandé « comment ils s’arrangent, au fond d’eux-mêmes, avec tout ça ? »).

 

Et là, à vous lire, on l’apprend – enfin, disons on en apprend… ce sont des choses inépuisables, pour ceux-mêmes qui les ont vécues, je parle aussi pour moi. Par exemple, pour commencer par le plus intimement personnel et d’une certaine façon le moins directement politique (mais indirectement très politique à sa façon), j’apprends, à vous lire (parce qu’on s’est beaucoup fréquentés en tant que communistes mais on n’a pas tellement parlé en tant que personnes…), des choses qui pour moi sont bien éclairantes, par exemple sur l’enfance non commune de Francette, ou sur la place du personnage de « Frère Henri » chez René. Place qui éclaire un peu pour moi (pas complètement) cette chose étonnante que dit René p. 39 (et qui étonne Francette p. 41…) : « Je ne délègue pas au Parti communiste le soin de me dire quoi faire ou dire ». Etonnante pour moi, parce que moi au contraire j’ai (bien trop longtemps) délégué en effet ce soin au Parti (je garde ici la majuscule, bien sûr).

 

Alors, qu’on puisse avoir été longuement membre du BP et même du Secrétariat sans déléguer ce soin, tout à la fois ça m’éclaire bien sur la physionomie sui generis de dirigeant que fut pour moi René, et en même temps, je l’avoue, ça reste pour moi un peu énigmatique (compte tenu aussi de quelques « exceptions » à cette non délégation qui sont dites par exemple p. 156 : « Je n’interdis rien. Je formule un souhait. Et cela suffit pour que l’article ne paraisse pas… »).

Mais j’apprends avec vif intérêt rétroactif l’extraordinaire affaire du discours à la la Fête de l’Huma 68, avec le maintien jusqu’au bout, et avec succès (mais on est sous Waldeck, ça aurait été pareil sous Georges ?? …) face aux diktats de Jeannette, du « être soi »… Un passage vraiment intéressant, entre quelques autres.

 

Naturellement, vous vous en doutez bien, je ne suis pas « d’accord sur tout » avec vous. Petit exemple : je conteste que (p. 54) « la temporalité chrétienne est la première à poser le problème de l’avenir, du sens du développement humain », même si c’est signé Jean Chesneaux. Qu’avec le christianisme on ne soit plus dans d’éternels retours païens, certes, mais le temps chrétien n’en est pas moins strictement flèché-borné par la finitude temporelle de l’ici-bas et l’éternité de l’au-delà, voyons !

L’idée révolutionnaire que l’avenir n’est en rien écrit d’avance, donc que dans une certaine mesure au moins ce soit à nous de l’écrire, ça c’est une idée non-chrétienne, une idée de mécréant, une idée matérialiste-athée…

 

Il y a d’autres choses bien plus importantes sur lesquelles je suis d’humeur à discuter, mais ce sera pour plus loin.

Auparavant, je salue au passage un certain nombre de choses qui, sans être pour moi des découvertes, sont du moins d’intéressantes confirmations ou élucidations, et qui seront utiles pour le lecteur non averti, et d’une autre façon pour l’historien. Par exemple (c’est l’un des faits le plus spectaculaires dont vous êtes en état de témoigner avec précision), l’ahurissante manière dont n’a cessé de se faire le choix et la nomination (la prétendue « élection »…) des dirigeants, au PCF pour le moins autant que dans tout autre parti, et pis encore peut-être même.

 

J’ai relevé (p. 142, 144, 151…) des souvenirs sensationnels en la matière. La façon dont s’est faite l’arrivée de René au Secrétariat ! Le fait que, Secrétaire du CC, il n’était pas au courant de l’imminente entrée de Francette au BP ! Une distance aussi astronomique avec toute démocratie au sens simple et vrai du mot (même si dans vos deux cas le choix n’était pas mauvais…), ça se paie sur la distance historique, et même effroyablement cher.

 

Je pense par exemple à la décision catastrophique du prince de remplacer Mireille Bertrand par qui vous savez dans sa responsabilité au secteur de la santé… Et puis je pense (pour m’en tenir à peu d’exemples, car j’ai d’autres choses à dire qui m’importent bien davantage) à vos éclairages sur le personnage de Georges Marchais (qui redevient très médiatique ces derniers temps !…), par exemple à cette notation de René, d’une vérité qui à moi aussi apparaît criante, quand (p. 181) le « bilan » qu’il dresse de René, c’est que c’est un « naïf »…

 

Qui dira le mal fait en profondeur par cette assurance institutionnelle du Secrétaire général de bien plus lucidement voir les choses que quiconque, ce qui à la fois allait de soi dans la mesure où il avait par structure le monopole de la plus pénétrante et vaste des informations, et en même temps (davantage même, sans nul doute) relevait du pire crétinisme directionnel – par exemple sa totale certitude que quelqu’un comme moi était devenu un comploteur anti-Parti manipulé en dernier ressort par l’Elysée, vous vous rendez compte …

 

Comme quoi l’acuité de vue peut masquer une dramatique cécité.

 

Devenu refondateur, la contestation de Georges n’était en rien pour moi un objectif en soi, mais c’est vrai que j’ai dû souvent le mettre en cause, et j’ai encore dans l’oreille la constante réaction de Francette : « Tu sais, c’est le meilleur… ». Propos qui d’abord suscitait en moi, in petto, un « juge alors des autres ! », mais surtout un « et ce serait une raison suffisante pour accepter ?!… ». A suivre plus bas.

 

Mais encore un petit exemple de l’intéressant, en prime : le propos de Kanapa rapporté par Francette p. 100, propos qui ne m’apprend en un sens rien (j’en ai d’autres analogues à offrir…) mais qui complète bien le tableau : « Fais de la politique », te dit-il, « théoriser » en politique est un leurre. Je n’ai jamais pris Kanapa pour un idiot, je l’ai très tôt pris pour un esprit remarquable d’une non moins remarquable nocivité…

 

Et là nous commençons à toucher, par-delà tout témoignage vécu, quel que soit son attrait et jusqu’à un certain point son intérêt, à la véritable critique historique, susceptible d’éclairer un peu le terrifiant « que faire ? » devant lequel nous sommes présentement.

 

Que le style de rapports entre politique et théorie qui régnait du temps de Maurice et encore de Waldeck fût pour le moins caduc dans les années 70, c’est à mes yeux une évidence (ça l’était déjà au moins en partie à l’époque), et sous ce rapport le négationnisme théorique de Kanapa a eu son aspect positif – Georges, Roland et autres ne s’empêtrent plus dans quelque citationnisme des « classiques ».

 

Mais le drame, le mot me semble faible, est l’irrésistible descente de la pensée directionnelle au niveau du pragmatisme politique, et même pour l’essentiel électoral. Le constant et croissant malaise que quant à moi j’ai vécu du temps de l’IRM tient justement à ce point crucial : avec le tandem directionnel Kanapa-Marchais, nous sommes entrés dans l’ère du « cause toujours ! » adressé à la pensée théorique, et rien n’y a pu faire.

 

Moi, c’est une autre sortie de Kanapa qui m’avait frappé. C’était lors du CC de novembre 76 où il avait proposé que nous organisions des « Etats généraux de la misère » ; et pour étayer sa proposition il avait fait une sortie sur la nécessité d’un parler simple, populaire, loin de la « théorie » : je ne suis pas du tout ennemi de la science, avait-il commenté, il en faut par exemple pour concevoir un avion, mais c’est l’avion qui vole, pas la science… *

 

Type de ces « images » au bluff qui escamotent une vraie analyse. Parce que, avais-je écrit aussitôt en marge de mes notes, quand Concorde vole, la science est bel et bien à bord, et heureusement, elle est dans l’immense appareillage indispensable, et aussi dans la formation des pilotes, sinon faudrait demander tout de suite à descendre…

Et justement, la discussion avait rapidement descendu en flammes sa proposition, d’abord parce que même les plus exploités ne veulent aucunement se reconnaître « miséreux », ensuite et plus profondément parce que redescendre du concept marxiste d’exploité à la notion « populaire » de « pauvre », ce serait politiquement désastreux… « Fais de la politique », ne « théorise pas » : orientation complètement ruineuse, et qui n’a toujours pas cessé de l’être à Fabien quelque quarante ans plus tard… Votre livre jouxte sans cesse un immense drame.

 

Et bien sûr, c’était là essentiellement que « je vous attendais », au sens amical de la formule. Comme vous le dites avec franchise et lucidité, vous avez été longuement des dirigeants (bien que la vraie de vraie des directions, ce fût le Secrétaire général personnellement, pas de doute, mais quand même), et vous l’avez été dans cette période véritablement cruciale où s’est posée la question solennelle : pourquoi cette apparemment implacable descente du Parti en deuxième division de la politique, quid du communisme et quid du parti ?

 

Que me dites-vous, un quart de siècle plus tard, sur cette cruciale interrogation ? Je n’ai pas la moindre envie de me poser face à vous en censeur, en demandeur de comptes, en donneur de leçons – l’histoire nous a à tous (en vérité pas tout à fait à tous…) appris la modestie profonde, ce qui n’est pas synonyme de renoncement au point de vue personnel vécu comme tel.

 

Bien que n’ayant pas encore assez de recul à mon gré par rapport à ma lecture, je suis porté à vous dire : vous expliquez assez bien ce que vous avez choisi de faire, et on peut le comprendre, mais je trouve que vous n’allez pas assez loin maintenant dans l’exigence critique par rapport à ce que cette sorte de choix a produit historiquement, ni donc (et là est ce qui importe capitalement) dans l’effort, vaille que vaille, pour tenter de dire ce qu’il faut entreprendre dans le moment historique extraordinaire (spécialement pour qui reste attaché à ce pourquoi il a été toute sa vie un communiste) où d’évidence nous sommes en train d’entrer.

 

Ici bien sûr j’ai plus à dialoguer avec Francette qu’avec René, tout simplement parce que nous avons vécu cette époque en une bien plus grande proximité Francette et moi, mais je suppose que ce que je vais dire ne sera pas dénué d’harmoniques pour René.

 

Les pages que j’ai ici en vue sont principalement les pages 187-193. Et ce qu’y dit Francette, je résume, c’est « je ne romps pas, même si j’y songe », « je parie sur le long terme en m’efforçant de prendre de la hauteur », « je choisis de rester avec la majorité de la direction du Parti », « je pense apprécier clairement la raison majeure de mon refus d’entrer en contestation ouverte. Le PCF avance, selon moi. Certes avec des cahots, des coups d’arrêts, voire des marches arrière. Mais il cherche… » –

 

« Le PCF avance » : là est d’évidence, pour moi, le point de clivage, en cette deuxième moitié des années 80 dont il s’agit, et où, assez manifestement, s’est scellé de façon jusqu’ici irréversible le sort historique du PCF. Avec un diagnostic comme celui-là, on avait forcément une attitude comme celle de Francette – je ne sais si c’est tout à fait le cas de René, qui s’explique beaucoup, de façon intéressante, sur la question de l’URSS, mais pas aussi longuement sur celle du Parti.

Je redis que mon propos n’est pas de porter jugement sur ce que vous avez naguère décidé en conscience – mon diagnostic personnel était tout autre, je considérais que le Parti allait à un désastre, il ne pouvait donc être question pour moi de faire autre chose que ce que j’ai tenté de faire. Nous constatons seulement que nous avons alors jugé et donc agi différemment. Mais quand Francette écrit (p. 192) : « Je continue, avec le recul, à assumer mon choix de l’époque », je suis contraint de marquer ici mon désaccord.

 

Parce que, si vers 1984-9, il pouvait jusqu’à un certain point y avoir doute sur le diagnostic historique à propos du PCF, aujourd’hui hélas le fait est là : non, en vérité, le PCF n’avançait pas au milieu des années 80, la suite a tranché, non ? Qu’on ait pu le croire alors, je peux l’admettre, et donc ne pas juger péjorativement le choix de ceux qui n’en jugeaient pas comme moi. Mais cette attitude n’est plus tenable aujourd’hui. C’est ce qui me manque assez lourdement dans toute la fin de votre livre.

 

Et quand je dis ce qui « me » manque, vous entendez bien qu’il ne s’agit pas de moi personnellement. Même si, au passage, il y a certes une chose dont vous vous doutez qu’elle a en moi quelque écho particulier. Il s’agit de l’affaire qui me fut faite en 87 à propos de quelques lignes de ma contribution au livre collectif Je / Sur l’individualité, au motif à peine croyable aujourd’hui que j’avais osé y demander (p. 243) si un mode d’organisation partidaire « où ceux d’en bas ont essentiellement pour tâche d’appuyer des opérations et transformations de sommet » ne serait pas « à certains égards aliénée et aliénante elle-même ».

 

D’où une dénonciation à la tribune du CC exécutée par Danielle Bleitrach pour social-démocratisme avéré. Mais, que Francette m’excuse, pas seulement à la tribune du CC : avec répercussion de sa part à la direction de l’IRM, où les rapports se tendirent comme jamais – pour ma part, j’ai parlé de « grave faute politique »… Francette me rendra cette justice que jamais en un quart de siècle je ne lui ai reparlé de la chose – ni du reste elle à moi. Et bien entendu je n’ai pas lu sans émotion qu’en cette affaire elle juge aujourd’hui avoir été « au-delà du point limite », ajoutant : « Le malaise que j’éprouve m’accompagne encore ». Pour cette mention, sois relaxée…

 

Mais tout ça n’est que de la petite histoire. Et j’entends bien que votre propos est en ce livre de porter des regards croisés sur ce que fut votre engagement, non, comme il est précisé d’emblée, « d’écrire une part d’histoire communiste, moins encore d’élaborer une réflexion politico-philosophique ».

 

Ici aussi, j’accepte le choix, mais conteste le découpage de ses implications. Car même à vouloir simplement « témoigner » de ce que furent vos trajectoires, vos expériences et vos choix, reste, et je m’en réjouis, que vous voulez du même coup « raviver un désir d’engagement » – mais comment le raviver sans esquisser au moins votre diagnostic sur ce qui a tellement compromis sa vitalité et vos hypothèses sur ce qui serait de nature à le ragaillardir ?

A vrai dire, en vous lisant assez attentivement, j’ai perçu ici et là des indications qui m’intéressent, et que j’ai tendance à partager, si du moins je les saisis exactement.

 

Ainsi René dit-il (p. 93) que « la politique consiste essentiellement à rassembler des électeurs autour d’une personne [...] pour conquérir le pouvoir » et que « le Parti communiste n’échappe pas totalement, quoi qu’il dise, à la prégnance de cette donnée institutionnelle ». Je crois ce point proprement fondamental.

 

En principe, le combat communiste est un combat politique de tout autre sorte : combat révolutionnaire non pas du tout pour « conquérir le pouvoir » mais pour subvertir les rapports sociaux, la « conquête du pouvoir » y prenant un sens tout autre, celui de point de passage obligé pour engager sans délai, moyennant la « dictature du prolétariat », le dépérissement de l’Etat et la transformation sociale profonde.

 

Au milieu du XXe siècle et dans un pays comme la France, cette façon de comprendre la voie révolutionnaire vers le communisme était d’évidence obsolète, et c’est ce qu’a posé en 76 le 22e Congrès. Mais il l’a fait (drame de l’insuffisance de pensée théorique de la politique) en abandonnant la dictature du prolétariat sans se mettre à élaborer activement en pensée et en acte la stratégie révolutionnaire alternative dont il était évidemment besoin (carence qui nous a valu de constantes et percutantes critiques de gauche, que nous nous sommes imaginé anéantir en faisant observer qu’elles étaient incapables de produire l’alternative positive nécessaire, ce qui était fort vrai mais ne changeait rien à notre propre carence).

Mais la stratégie a horreur du vide. Ne trouvant pas, ne cherchant guère (or c’était justement la chose pour laquelle nous devions nous « lever l’âme », comme on dit à Marseille) la stratégie révolutionnaire alternative (ici est à faire la triste histoire du 23e Congrès, de l’idée d’autogestion à la fois admise en principe et s’enlisant sans effet au tournant des années 70 et 80), nous nous sommes rabattus en pratique, de façon graduellement irréversible, sur une simple stratégie électorale (avec au début encore un peu de papier de soie autour…), c’est-à-dire que dans la vérité des actes, celle que le peuple et spécialement la jeunesse perçoit d’un œil d’aigle sans savoir en parler, nous sommes devenus un parti comme les autres, en moins crédible puisque avec notoirement moins de chances d’arriver vraiment au pouvoir. Notre irrémédiable décadence était scellée.

 

Voilà mon diagnostic : coma historique pour cause d’indigence théorique, de panne dramatique d’inventivité stratégique dans le sens révolutionnaire-communiste, de repli sans horizon sur la petite survie électorale…

Ce qui dessine la tâche (gigantesque, mais pas dans le sens où l’adjectif est l’alibi rêvé pour ne rien entreprendre…) à laquelle il est trop tard/jamais trop tard pour se coller. Pour ma part, en un mixte mal élucidable d’inventeur méconnu et d’analyste à prendre au sérieux. Mais je ne vais pas me mettre à vous faire ici mon laïus, dont je dois constater que l’audience est quasi-nulle, ce qui ne m’empêche pas de persévérer à estimer que c’est ça la bonne direction…

Et c’est ce qui vous explique que, tout en trouvant la fin de votre livre vraiment très en dette par rapport à ce que j’attendrais de vous, j’ai été bien intéressé du moins par une indication qui y est un peu récurrente, et que je partage totalement.

P. 173, Francette écrit : « Je ne voyais pas que l’essentiel, ce sont les êtres humains et leur capacité de se mettre en mouvement. » Voilà ! Il y a là, à mon sens, le fil conducteur de toute la nouvelle stratégie révolutionnaire-communiste dont nous avons le besoin vital, et en prime une indication décisive sur la sorte d’organisation qu’elle requiert.

Et tout à fait in fine, dans un texte que vous signez ensemble : « Un fait inédit commence à émerger dans les grandes mutations contemporaines. La capacité d’intervention personnelle des individus, leur implication directe dans la vie sociale tend à devenir une exigence d’efficacité économique en même temps que de justice et de liberté. »

 

Je pense que cette tendance a commencé de s’affirmer plus tôt que vous ne semblez le dire, mais nous sommes d’accord sur le caractère crucial de la chose. C’est ce que Marx appelait les présupposés objectifs du dépassement du capitalisme, présupposés que dans une certaine mesure et « la tête en bas » produit le mouvement même du capital.

En somme, on voit assez bien, sauf erreur, dans quelle direction est à chercher la sorte de stratégie et de façon de faire de la politique dont nous avons le criant besoin…

 

Mais dire qu’il y a urgence est encore au-dessous de la réalité. Ne pensez-vous pas, comme moi, que nous sommes bel et bien entrés dans la phase historique terminale du capitalisme – qui prendra peut-être bien quelques générations, sans que ça exclue des épisodes brutaux plus ou moins proches – et que donc c’est le moment où jamais de penser authentiquement et hardiment en communistes ?

 

Je n’ai rien contre le Front de gauche, je voterai avec conviction Mélenchon au premier tour, etc. Mais franchement, franchement, comment concevoir que ceux et celles qui siègent à Fabien soient à ce point au-dessous de la tâche cardinale que nous impose la véhémence de l’histoire ? J’en suis malade. Si vous y pouvez quelque chose…En amitié.

 

15 décembre 2011

 

Lettre publiée sur le site Les vérités du matin Les vérités du matin, regards croisés sur un engagement. Editions de l’Atelier. 240 pages. 20 €.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 02:03
   

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RAISON DIALECTIQUE, RAISONS DE LA DIALECTIQUE

 

Écrit par Sève (Lucien)   
 

Autant vous le dire d’emblée : il m’est difficile de traiter mon sujet – c’est-à-dire la pensée dialectique, forme la plus profonde de la raison – avec tout le détachement académique que semblent recommander les circonstances. Il m’est difficile d’en parler sans quelque passion. Difficile sans enthousiasme – enthousiasme dont je suis saisi encore comme en mon jeune âge à retravailler sur tel développement dialectique génial de Hegel dans sa Logique, sur telle perspective historique exaltante dessinée par Marx au détour d’une analyse dialectique des Grundrisse ou du Capital. Difficile aussi de parler sans indignation – indignation à voir comment cette dialectique fut maltraitée hier et le demeure –, pis encore que maltraitée : couramment passée sous silence. Descartes disait dans une lettre[1] qu’« au lieu de la colère, il est juste d’avoir de l’indignation, et j’avoue, ajoutait-il, que j’en ai souvent contre l’ignorance de ceux qui veulent être pris pour doctes, lorsque je la vois jointe à la malice », autrement dit la malveillance – c’est tout à fait ça. Et difficile enfin de parler sans émotion d’un sujet auquel, je crois pouvoir le dire, j’ai consacré depuis cinquante ans plus d’efforts suivis sans doute qu’à n’importe quelle autre question. C’est pourquoi je veux remercier vivement les organisateurs de ce colloque, les responsables de la Fondation internationale rationaliste et de la Chaire universitaire La Raison, dont l’amitié m’honore, pour m’avoir invité à prendre la parole sur ce sujet on ne peut plus riche de la rationalité contemporaine, me permettant ainsi d’y développer, avec chaleur, le thème : raison dialectique, raisons de la dialectique.

 

Mais avoir le cœur chaud n’empêche aucunement de garder la tête froide – j’ai appris cela jadis dans Lénine. Et c’est froidement que je voudrais, pour commencer, examiner pourquoi la pensée dialectique n’a dans l’univers culturel d’aujourd’hui qu’une place sans rapport avec son importance historique et sa fécondité persistante. Je suis d’âge à avoir vécu fort consciemment les années cinquante et soixante du siècle dernier. On n’imagine sans doute plus l’immense audience qu’avait alors la dialectique, dans l’aire francophone en particulier. Elle était au centre de bien des débats, et non pas seulement dans sa version marxiste, car il n’y avait pas un philosophe marquant qui ne voulût avoir sa dialectique, d’Aron à Sartre, de Ricœur à Berdiaeff, de Bachelard à Gonseth – dialectiques qui n’étaient certes pas toutes de grande authenticité, mais valaient reconnaissance d’une légitimité théorique. Les Sociétés philosophiques de langue française en faisaient encore en 1969 le thème de leur xive Congrès. Une bibliographie complète de ce qui fut alors écrit à son propos occuperait un gros volume. Cette faveur ne coïncidait pas fortuitement avec l’essor du mouvement ouvrier révolutionnaire, les acquis du Front populaire et de la Résistance, le rôle de l’Union soviétique dans la victoire sur le fascisme, l’audience générale des forces communistes – tout ce dont Sartre devait dire en 1960 qu’il l’avait attiré vers le marxisme « comme la lune tire les marées »[2]. Et le déclin de cette faveur s’est amorcé dans les années soixante-dix, en même temps – non par hasard non plus – que les processus historiques qui allaient conduire en fin de siècle à l’implosion du monde soviétique et à la crise profonde, bien que provisoire, du projet même de transformer le monde et de changer la vie.

 

1970, c’est le moment où, évoquant la consternante affaire Lyssenko, le prix Nobel de biologie Jacques Monod associe insolemment toute dialectique à la mythologie animiste des « aborigènes australiens »[3]. Des néo-nietzschéens comme Gilles Deleuze et Michel Foucault entament autour d’elle une vraie danse du scalp. En 1972, deux philosophes des sciences réputés, après avoir porté sur elle un sombre diagnostic, préconisent à l’égard du mot même de dialectique « une abstinence prolongée »[4]. Et du côté même des marxistes, un doute fondamental sur la validité d’une dialectique matérialiste gagne nombre des meilleurs, au point qu’Althusser, par exemple, en vient vers la fin de sa vie à y voir « une horreur »[5].

 

Pour la dialectique, qui fut longtemps l’objet en France d’un refoulement sans pareil, au xixe siècle et encore au début du xxe, une nouvelle traversée du désert commence. Serions-nous maintenant sur le point d’en sortir, avec les effets idéologiques et politiques considérables qui pourraient en résulter ? C’est toute la question qui m’occupe.

 

Si c’était le lieu, il faudrait démêler les effets étroitement interactifs des griefs recevables et des imputations dérisoires, des silences universitaires et des assassinats médiatiques qui ont peu à peu enterré la dialectique sous le préjugé hostile ou l’ignorance impudente. Le temps étant compté, coupons au plus court : en dernière instance – telle est du moins ma conviction –cette rude éclipse nous met en cause nous-mêmes, adeptes de la dialectique matérialiste, pour n’avoir longtemps considéré la question qu’entre les œillères d’un marxisme trop sûr de soi, comme s’il avait d’avance réponse à tous les problèmes posés quant au statut et au contenu de la dialectique. Non que nous ne nous soyons interrogés sur la vulgate stalinienne dès les années cinquante. Un Henri Lefebvre multipliait les questions perspicaces, mais proposait beaucoup moins de réponses probantes. Un Althusser secouait le dogme, mais de telle sorte qu’au total ne subsistait de la dialectique plus grand chose de crédible. Aussi, au moment où de tous côtés se sont faites très exigeantes les objections, n’avons-nous su réagir de façon assez convaincante aux mises en cause ni des philosophes, ni des logiciens, ni des scientifiques. Carence cruciale, qui a rendu possible, dans le difficile contexte politico-idéologique que l’on sait, le traitement général de la dialectique en chien crevé dans tout l’éventail qui va de la pensée savante au dernier des médias.

 

De ce qui précède résulte une conséquence capitale pour qui veut reparler aujourd’hui de dialectique : il ne peut le faire de façon tant soit peu convaincante qu’en commençant par l’inventaire aussi pénétrant que possible des problèmes non résolus qui rendent encore très problématique sa si souhaitable résurgence – et par là même celui des tâches à remplir que suppose cette résurgence. C’est autour de cet incontournable cahier des charges que j’ai construit ma contribution. Je me propose, je vous propose de passer en revue, trop cursivement bien sûr, les principales rubriques à mes yeux d’un tel inventaire, d’où ressortiront, je l’espère, les raisons présentes de faire mieux encore qu’hier – si nous y travaillons assez, et assez bien – confiance à la raison dialectique.

 

De ces problèmes non ou mal résolus, je retiens ici quatre – deux qui portent sur le statut de la dialectique, deux qui concernent son contenu –, tous renvoyant à des difficultés et donc des recherches de très vaste portée théorique.

 

1. Premier problème : dans son acception moderne, la dialectique se prévaut d’être une logique, en tant que savoir systématique des formes universelles du penser – et à ce titre, nous dit Hegel, elle prend la place de l’ancienne métaphysique. Bien que Marx et Engels considèrent la question d’un tout autre œil que Hegel, ils tiennent eux aussi la dialectique pour un mode supérieur de pensée logique. Or au terme d’une évolution engagée dès les premières mises en examen hostiles de l’œuvre hégélienne – notamment chez Trendelenburg en 1840 – et opiniâtrement poursuivie jusqu’à notre époque, le mot logique est devenu dans la pensée reçue – événement théorique de première grandeur – l’appellation exclusive de la logique formelle, avec son principe d’identité abstraite et sa mise à l’index de la contradiction.

 

À lire les auteurs français écoutés en la matière, de Jacques Bouveresse à Gilles-Gaston Granger, la dialectique doit être déboutée de tout droit au titre de logique, pour cette raison péremptoire qu’une telle discipline n’a aucun sens, soutiennent-ils, si elle n’est pas purement et rigoureusement formelle. Or la dialectique récuse l’idée de forme pure comme une vue non pas de la raison, mais de l’entendement abstrait : pour elle, toute forme est nécessairement forme d’un contenu, comme le souligne Hegel dès les premières pages de l’Introduction à sa Science de la Logique. Mais alors, disent nos critiques, un contenu de connaissance étant inévitablement empirique – à moins de s’imaginer que nous puissions rien savoir du réel sans en avoir quelque expérience que ce soit –, la dialectique véhicule donc des représentations dont l’origine empirique disqualifie entièrement sa prétention à la rigueur. Ainsi Hegel ne pourrait-il déduire en apparence le devenir du seul face à face des concepts d’être et de néant s’il ne le faisait subrepticement venir du dehors. Parler de la dialectique comme d’une logique constituerait par conséquent une imposture. En foi de quoi elle est aujourd’hui en France l’objet d’une proscription totale dans la littérature et l’enseignement logiques, proscription responsable d’une ignorance médusante à son égard chez les meilleurs esprits.

 

Avoir aussi peu réagi que nous l’avons fait à l’établissement d’un tel diktat constitue à mon sens une vraie faute stratégique, qu’il n’est pas aisé de réparer. Du moins faut-il s’y atteler, et selon deux axes. Le premier concerne la dialectique hégélienne. Est-il vrai qu’elle soit par nature sans pertinence par rapport à la logique formelle ? Si c’était le cas, comment comprendre qu’en tant d’occasions Hegel puisse montrer comment la contradiction dialectique est à l’œuvre au sein même de cette logique formelle ? On ne peut par exemple énoncer le fameux principe d’identité « A est A » qu’en dédoublant formellement A pour l’identifier ainsi à lui-même – preuve manifeste que le concept d’identité contient en soi son contraire, la différence. Et cela vaut bien plus largement. Un philosophe de la logique comme Granger doit par exemple en convenir : la grande énigme d’un système tout formel comme la logique pure ou l’arithmétique est qu’il ne soit pas aussi purement tautologique, donc vide, mais puisse progresser vers des vérités nouvelles. Pour en rendre compte, il est contraint de forger l’oxymore, comme disent les logiciens, l’expression contradictoire de contenus formels : la forme engendre d’elle-même ses propres contenus – extraordinaire aveu involontaire de la présence de la dialectique à l’intérieur même des systèmes formels. Mais dès lors, si la logique formelle peut demeurer rigoureuse en développant des contenus sans recours à l’expérience, qu’est-ce qui empêcherait la dialectique hégélienne d’en faire autant ? Lorsqu’au début de sa Logique Hegel montre que l’être, l’être sans aucune détermination, ne se distingue donc en rien du néant, lequel, posé comme effectif, ne se distingue donc pas de l’être, ne peut-il poser en toute rigueur, sans nul recours à l’empirie, que ce passage immédiat de l’un dans l’autre est précisément le devenir dont ils ne sont que des moments abstraits ? Proscrire la dialectique de la logique est bien un pur et révoltant acte d’arbitraire.

 

La question change cependant d’aspect si nous passons de Hegel à Marx et à Engels. Car pour ces critiques intransigeants de l’attitude spéculative, toute pensée, fût-ce la plus purement formelle, présuppose de façon au moins souterraine une expérience du réel. Non certes que les concepts de la raison nous soient fournis par l’expérience, ce sont eux au contraire qui nous la rendent pensable, comme Kant l’a irréversiblement établi. Mais les processus même de pensée par lesquels sont produits ces concepts – ceux par exemple d’identité ou de causalité – ne relèvent pas d’une « raison pure », étrangère à l’histoire de nos rapports cognitifs et pratiques avec les réalités naturelles et sociales. Que le monde nous soit concevable, ce n’est aucunement inconcevable, comme le croyait Einstein, abusé par une philosophie des sciences trop peu matérialiste et critique, c’est que notre raison s’est formée dans un immense processus adaptatif à ce monde – tout comme l’air ne nous est respirable que parce que nous sommes le fruit d’une adaptation biologique à l’existence d’oxygène libre dans l’atmosphère.

 

Conséquence obligée de cette conception matérialiste-critique de la raison : la vérité de la démonstration la plus rigoureuse formellement parlant n’en est pas moins relative, en ce sens qu’elle est solidaire d’un cadre de référence dont la validité est circonscrite, comme le montre par exemple toute l’histoire des mathématiques. C’est pourquoi – l’avons-nous toujours assez souligné, avons-nous même toujours bien mesuré l’importance de la chose ? – la dialectique matérialiste ne peut prétendre à être en rigueur une logique démonstrative. Bien des critiques se sont évertués à souligner que, lorsqu’à la fin du livre I du Capital Marx attribue à la future expropriation des expropriateurs capitalistes l’inéluctabilité d’un processus naturel, invoquer comme il le fait alors la négation de la négation dialectique n’en constitue pas la moindre preuve. Peine très inutile : Engels le dit clairement lui-même dans l’Anti-Dühring. Non, en effet, comprise en matérialiste, la dialectique n’est pas une logique démonstrative en rigueur. Mais l’imposture est d’en conclure qu’elle ne serait donc pas une logique du tout. Jamais, depuis l’Antiquité grecque, la logique ne s’est réduite à sa part la plus strictement formelle. Dans l’Organon aristotélicien figurent non pas les seuls Analytiques, où il est traité du concept, de la proposition et du syllogisme, mais aussi bien les Catégories, c’est-à-dire les formes universelles du penser considérées dans leur contenu, justement. En ce second sens, large mais irrécusable, la dialectique est par excellence une logique – ce sens où Lénine disait que Marx nous a laissé la « logique du Capital », et où le prix Nobel de biologie François Jacob écrivait en 1970 une Logique du vivant.

 

On est donc bien fondé à poser que la dialectique est une logique, celle d’abord des contradictions pourvues de sens – celles non pas où tombe une pensée débile mais auxquelles achoppent les savoirs les plus forts. Logique incontournable qui, par delà l’optique étroite de l’identité abstraite (A est A), nous découvre le champ immense de l’identité concrète (l’identité de A avec A inclut aussi leur différence), atteignant par là à une fécondité critique et heuristique de première grandeur. Au lieu de se borner à proscrire la contradiction, ce qui n’a jamais empêché sa constante survenue dans la vie des savoirs et des pratiques, elle nous montre comment la traiter rationnellement jusqu’à parfois la résoudre. Tirant au clair la catégorie de contradiction, elle éclaire de façon bien plus vaste les contradictions de toutes les catégories, constituant ainsi, comme le voulait Hegel, une culture logico-philosophique libérée de la métaphysique. Et de fait sa proscription a ranimé l’illusion métaphysique dans toutes les provinces de la pensée dominante – des sciences les plus dures aux politiques les plus molles (un Français comme un Portugais sait hélas d’expérience de quoi il s’agit là). Rendre toute sa place à la logique dialectique est ainsi une tâche internationale de salubrité publique.

 

 

 

 

2. Deuxième problème : pensée dès l’origine par Hegel comme logique objective en même temps que subjective, la dialectique vaut pour la nature autant que pour l’histoire et l’esprit. En ce sens, les tentatives répétées – chez Kojève, chez Sartre et tant d’autres – de limiter son champ de validité à la conscience ne font que la trahir. Mais justement, cette prétention à valoir pour la nature n’est-elle pas devenue son Waterloo lors de l’affaire Lyssenko en 1948 ? Qui ne l’a pas vécue – j’étais étudiant alors, en mouvement vers le communisme – n’imagine guère à quel point de profondeur les scientifiques en ont été marqués, et on peut le comprendre si on mesure l’énormité tant philosophique que politique de la chose. Mais pour ceux même qui ne savent plus trop ce que fut l’affaire Lyssenko, l’idée d’une dialectique de la nature paraît disqualifiée à la racine par une raison écrasante : c’est que confondre un développement de pensée avec un processus réel relève de la niaiserie épistémologique. Or c’est de cette façon fruste que la plupart entendent – pour autant même qu’ils l’aient entendu dire – que la dialectique vaut pour la nature. Ce qui fait ici terriblement obstacle à un retour d’audience de la dialectique, c’est le poids colossal peu à peu acquis depuis un siècle, sous les effets conjugués du néokantisme et du positivisme logique, de la phénoménologie et du linguistic turn, plus récemment du postmodernisme et du constructivisme sociologique – j’en passe –, par ce que j’appellerai globalement idéalisme gnoséologique. À mesure que les savoirs scientifiques ont mené la vie dure à l’idéalisme dans la représentation du monde, il a tendu à se faire une place forte de la théorie de la connaissance, reprenant ainsi en amont ce qu’il était contraint de concéder en aval. Pour beaucoup de philosophes et même de scientifiques aujourd’hui, la science ne serait que jeu de langage à propos d’un monde muet.

 

Ici aussi, je pense que nous avons manqué à nos obligations stratégiques en n’engageant pas au très haut niveau voulu la lutte d’idées en faveur d’une conception du connaître, d’une gnoséologie matérialiste. Mais pour opposer avec chance de succès à l’idéalisme régnant une gnoséologie authentiquement matérialiste, encore faut-il l’avoir élaborée, tâche dans l’exécution de laquelle j’estime que nous sommes encore assez loin du compte, malgré quelques forts travaux marxistes des années soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. Comment dissiper jusqu’au dernier vestige de ce réalisme naïf qu’a longtemps entretenu ce que nous appelions la théorie du reflet, sans pour autant verser en rien dans quelque variante de subjectivisme ? Voilà le problème. Car à mon sens une gnoséologie où subsiste ne fût-ce qu’une trace de réalisme naïf glisse, par une inexorable dialectique, du matérialisme vers l’idéalisme. Si l’idée de dialectique de la nature est légitime, ce que je soutiens quant à moi avec conviction, ce n’est certainement pas en ce sens que notre dialectique serait dans les choses. La vérité me paraît inverse : c’est au sens où la leçon des choses a pénétré notre dialectique, notre raison s’étant formée à la rencontre sans cesse répétée d’une réalité en conflit avec elle-même.

 

Une gnoséologie matérialiste telle que je la comprends implique donc un vaste détour par l’histoire de la production de nos catégories mentales à travers nos activités pratiques et théoriques, la raison dialectique en venant ainsi à pouvoir reconstituer partiellement dans les concepts ce que je nommerai l’inépuisable dialecticité du réel. D’où vient par exemple la teneur dialectique si éclatante de la naïve pensée primitive telle que nous la donne à voir l’analyse des mythes chez un Lévi-Strauss, sinon de l’affrontement permanent avec des couples de contraires objectifs comme mâle et femelle ou vie et mort, ces prototypes de la contradiction qui crée du nouveau et de celle qui abolit l’ancien – contraires qui ont tant marqué la pensée de nos lointains ancêtres et, sous les formes savantes de la biomédecine contemporaine, continuent d’interpeller la nôtre ? Ce n’est donc pas bien sûr notre logique dialectique qui est à l’œuvre comme telle dans le monde naturel et social, mais que dans son ordre elle reproduise quelque chose du réel s’atteste de façon têtue dans les contradictions que ce réel inflige aux représentations d’une raison non dialectique.

 

À cet égard, il y a chez Engels, côte-à-côte, des vues pénétrantes et des formulations redoutables. Redoutable, l’idée hélas la plus connue de lui sur la question, je veux dire celle de lois de la dialectique. Sans doute le mot loi n’avait-il pas en son temps le sens hautement rigoureux qui lui est attribué dans la science contemporaine. Il n’empêche : parler de lois de la dialectique, c’est au moins suggérer qu’elle serait une superscience dont on pourrait déduire partout le vrai et le faux – et voilà justement ce qui conduit à l’affaire Lyssenko. Sur ce point crucial il faut prendre position sans faux-fuyant. Pour ma part, je dis sans hésiter que cette thèse est indéfendable et doit être abandonnée avec toutes ses implications. Non, la dialectique n’est pas une science et n’énonce aucune loi. Croyant la magnifier en soutenant le contraire, la vulgate stalinienne lui faisait le pire tort en lui attribuant de faux mérites dans l’oubli de sa vraie pertinence. La dialectique ne ressortit pas à la science mais au logico-philosophique, savoir de second degré qui ne peut prétendre de ce fait qu’à la critique décapante des savoirs de premier degré et à la féconde hypothèse stratégique – tout cela, mais rien que cela. Aller plus loin et faire de la discordance avec ses énoncés un critère de fausseté factuelle est aberrant, tout philosophème étant bien trop général pour pouvoir être concrètement discriminant : voilà pourquoi la disqualification lyssenkiste de la permanence des caractères héréditaires au nom d’un « tout change » passe-partout était une monstruosité.

 

Engels était bien mieux inspiré lorsque, avec du recul par rapport aux brouillons que donne à lire Dialectique de la nature, il présentait tout différemment, dans une préface à l’Anti-Dühring datée de 1885, la question de la portée objective de la dialectique. Parlant des oppositions diamétrales et lignes de démarcation figées qui hantent la science à rationalité étroite de son temps, il écrit que si ces oppositions et démarcations ont certes un répondant relatif dans les choses, il faut reconnaître que « cette raideur dans la représentation et cette validité absolue ne sont introduites dans la nature que par notre réflexion », et ajoute que cette reconaissance constitue le « point nodal » dans la conception dialectique de la nature. Analyse d’une tout autre portée philosophique : la science ordinaire fait abstraction de ce que le réel a de flou et de muable pour le traduire en des oppositions et démarcations conformes aux règles de l’entendement abstrait – première négation ; en en faisant à son tour la critique, la raison dialectique récupère, sur un plan logico-philosophique plus profond, les connexions et transformations du réel – négation de la négation. Ainsi la dialectique est bien un savoir objectif de la nature, mais il est crucial de comprendre qu’étant un savoir, elle est en même temps représentation subjective de cette même nature. Seul, je le pense, un approfondissement de cette conception dialectique de la dialectique peut rendre sa crédibilité à l’idée de dialectique de la nature.

 

3. J’en viens à un troisième problème majeur, problème de contenu. Tous ceux qui ont étudié d’un peu près la question de ce que Marx appelle le « renversement matérialiste » de la dialectique hégélienne le savent : renverser son statut est somme toute un acte théorique simple – chez moi, écrit-il dans sa postface du Capital, à l’opposé de ce qu’en pense Hegel, « l’idéel n’est rien d’autre que le matériel transposé et traduit dans la tête de l’homme » –, mais renverser son contenu est une tout autre affaire. Car dans la dialectique idéalistement conçue de Hegel il y a du purement spéculatif à déceler et rejeter – « j’élimine le bon Dieu », dit Lénine en lisant la Science de la Logique –, mais aussi un « noyau rationnel » précieux à dégager et retravailler dans un sens matérialiste, et il y a aussi tout ce qui y manque du fait même qu’il s’agit d’une dialectique idéaliste, et qu’il faut élaborer à neuf. La question du contenu de la dialectique est ainsi, d’origine, un chantier très complexe, et qui le demeure.

 

Quelques exemples des difficultés qu’il nous réserve. Dès 1843, dans sa critique de la philosophie politique hégélienne, le jeune Marx s’insurge contre l’idée que toute contradiction se réconcilie en passant dans une forme supérieure – postulat conservateur qu’il traite avec sévérité. À cette vision conciliante, il oppose l’idée dialectique très neuve de contradiction irréconciliable, à laquelle par la suite il réservera l’appellation d’antagonisme. Mais, se mettant après 1848 à l’étude poussée du fonctionnement de l’économie capitaliste, il prend conscience qu’y sont à l’œuvre des contradictions où les contraires ne se détruisent pas l’un l’autre mais passent sans cesse l’un dans l’autre – telles la forme-marchandise et la forme-argent – dans un échange répétitif plus ou moins à l’identique. Voilà qui complique bien les choses. Une complexité que Marx n’a pas thématisée : il n’emploie pas l’appellation aujourd’hui courante de contradiction non antagonique, il n’a pas écrit le fameux « résumé de dialectique » qu’au témoignage d’Engels il voulait toujours faire. Je ne peux entrer ici bien sûr dans l’examen, forcément long et ardu, des problèmes logico-philosophiques ici ouverts, par exemple quant à la structure logique interne de ces modalités diverses de la contradiction. Résumant seulement les conclusions auxquelles m’ont conduit mes recherches, je dirai quant à moi qu’il y en a trois à ne surtout pas confondre : la dialectique du fonctionnement à l’identique (tel le cycle économique marchandise-argent, ou le cycle physique énergie dynamique-énergie potentielle dans un battement pendulaire), la dialectique du déploiement génétique (celle qui fonctionne le plus souvent chez Hegel, et dont l’emblème est pour lui le développement du gland en chêne), et la dialectique du processus historique (celle que Marx le premier a saisie, avec ses antagonismes de classe et ses transformations révolutionnaires). On voit combien parler en général de « la dialectique » peut être redoutablement simplificateur.

 

Autre exemple : chez Hegel, le mouvement dialectique est systématiquement pensé selon la logique du « un se divise en deux », c’est-à-dire comme mouvement nécessaire intérieurement préorienté vers des formes plus hautes. Qu’une telle dialectique réponde à des processus réels est manifeste – ceux par exemple du déploiement de l’embryon jusqu’à l’être achevé. Mais sous ce rapport la lacune – immense – de la dialectique hégélienne est de souverainement dédaigner le processus inverse : « deux fusionnent en un », où de la contingence s’inscrit d’emblée dans la nécessité et où l’unité que forment les contraires est vouée à dissolution – qu’on pense par exemple à la formation et à l’avenir lointain de notre planète Terre –, modalité essentielle qui donne à bien voir que la dialectique n’est en rien solidaire d’une vue téléologique et en sous-main théologique de toute chose. On pourrait évoquer encore bien d’autres problèmes majeurs de contenu, depuis la fascinante question du troisième terme à celle des contradictions entre niveaux d’organisation du réel, où sont en cause tant d’oppositions prédialectiques, comme entre réductionnisme et holisme, qui pèsent d’un tel poids sur les stratégies même de la recherche..

 

Si nous voulons que la pertinence de la dialectique soit de nouveau perçue, en particulier par les scientifiques, travailler sur ces difficiles questions est un absolu préalable. Mesurons bien par exemple que, pour ceux d’entre eux, peu nombreux, qui ne sont pas tout à fait ignorants de la dialectique, elle s’identifie à peu près toujours à la seule pensée du changement dans le temps ; quelle utilité pourrait-ils alors lui reconnaître dans la mesure où tout leur travail consiste à rechercher dans leur domaine des constantes et des lois d’invariance ? Les savoirs scientifiques sont d’une diversité extraordinaire dans leurs formes même. Seule une dialectique occupée à déployer de façon inventive toutes ses dimensions logiques peut se trouver de nouveau en phase avec eux.

 

4. Ceci me conduit à un dernier problème, lui aussi de contenu. Les exposés disponibles de la dialectique – qui ne sont du reste pas légion – s’en tiennent à peu près tous à ce qu’ont pensé Hegel, Marx, Engels en leur temps, y ajoutant tout au plus in fine quelques indications sur leurs continuateurs ou relecteurs notoires. Ce qui revient à dire qu’ils en restent pour l’essentiel à la culture dialectique d’il y a plus d’un siècle. Comment alors être crédible en donnant la dialectique pour éminemment vivante ? Cette question est sans doute la plus déterminante de toutes pour lui rendre son attrait. Durant ce siècle qui nous sépare en gros du vieil Engels et de Lénine se sont en effet produites des révolutions de première grandeur dans les savoirs – de la théorie de la relativité à la biologie moléculaire, de la cosmologie quantique à la dynamique des systèmes non linéaires, pour n’évoquer que ces quelques exemples. Il saute aux yeux que ces formidabes mutations de la rationalité savante ont beaucoup à voir avec la dialectique, et cela dans les deux sens : beaucoup à en tirer, beaucoup aussi à lui apporter. Peut-on par exemple parler aujourd’hui du saut qualitatif hégélien sans en confronter la théorisation catégorielle avec ce que nous a appris la moderne physique des transitions de phase, et réciproquement aborder la problématique si actuelle de l’émergence sans relire de très près les développements que consacre la Science de la Logique à la dialectique qualité/quantité ?

 

J’aimerais, en terminant, vous faire partager l’optimisme qu’a fait naître en moi l’expérience que j’ai vécue ces dernières années justement à ce propos. J’ai publié en 1998 un gros livre collectif, fruit de dix ans d’efforts, intitulé Sciences et dialectiques de la nature [Paris : La Dispute – NdE], où sont exposées de façon approfondie les questions que j’ai très brièvement évoquées tout à l’heure. L’insuccès du livre a été total. Attention nulle des médias, inintérêt des philosophes, marxistes compris – mais, allant présenter le livre dans des universités et des centres de recherche, j’ai senti comme un frémissement nouveau de curiosité chez des scientifiques. Des biologistes travaillant de façon pointue sur la dynamique des systèmes non linéaires, sur les problèmes neufs du chaos, de la complexité et de l’émergence m’ont proposé un séminaire où nous évaluerions ensemble la pertinence possible de la dialectique en ce domaine. Deux ans plus tard, nous en avons tiré un livre collectif, intitulé Émergence, complexité et dialectique, où se croisent indication des problèmes scientifiques en jeu, exposé accessible de ce qu’une dialectique repensée peut y éclairer, réactions des non-philosophes à ces suggestions. Nous pensions que ce livre ne trouverait pas à être publié. Il l’a été en peu de mois par l’éditeur le plus réputé en France dans le domaine de la philosophie des sciences [Paris : O. Jacob, 2005 – NdE], il a reçu un accueil inespérément favorable des principales revues françaises lues par les scientifiques, où il a été qualifié de « livre-événement ».

 

Vous comprendrez que mon souci en vous disant cela n’est pas d’ordre publicitaire. Il est d’avancer l’hypothèse probable qu’un vrai mouvement de faveur est en train de se dessiner autour de la dialectique dans les milieux scientifiques. Si c’est bien le cas, il s’agit à mon sens des prémices d’un événement culturel considérable. Je suis certain de ne pas raconter d’histoires en disant que les savoirs scientifiques en plein mouvement sur la nature sont, le plus souvent sans le savoir, gorgés de dialecticité à un point exceptionnel. La rencontre entre ces savoirs et une dialectique philosophiquement repensée est donc à l’ordre du jour, si du moins nous travaillons à l’y mettre. Quand l’émergence, synonyme logique de ce que Hegel nomme saut qualitatif, devient un concept-clef des sciences de la complexité, quand le déterminisme non prédictible – splendide contradiction rationnelle – dessine un champ de recherche désormais majeur, quand les phénomènes de chaos et de bifurcation imposent de penser ensemble universalité de la loi et singularité des trajectoires, et tant d’autres choses semblables, est-il exagéré de dire que l’heure de la dialectique matérialiste est bel et bien en train de revenir ? Et si la dialectique fait de nouveau la preuve de son éclatante pertinence dans les sciences de la nature, comment cela pourrait-il ne pas concerner pour le moins autant les sciences humaines, de l’histoire à la psychologie, de l’anthropologie à l’économie ? Et si les sciences humaines doivent sceller une nouvelle alliance avec la dialectique, la pratique politique pourra-t‑elle être en reste ?

 

Oui, c’est la conclusion que je voudrais vous soumettre : la dialectique matérialiste peut reconquérir une vraie et salutaire audience, pourvu que nous la prenions nous-mêmes au sérieux autant qu’elle le mérite.

 

[1]. Cf. sa lettre à Chanut du 1er novembre 1646. In R. Descartes, Œuvres et lettres. Paris : Gallimard (« Bibliothèque de la Pléiade »), 1952, p. 1249.

[2]. J.-P. Sartre, Critique de la raison dialectique. Paris : Gallimard, 1960, p. 25.

[3]. J. Monod, Le Hasard et la nécessité. Paris : Éd. du Seuil, 1970, p. 187.

[4]. D. Dubarle et A. Doz, Logique et dialectique. Paris : Larousse, 1972, p. 237.

[5]. L. Althusser, Écrits politiques et philosophiques 1. Paris : Stock/IMEC, 1994, p. 582.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 01:55

 

Tribunes - le 29 Novembre 2011

 

Le philosophe Lucien Sève choisit et présente cent textes de Marx révélant comment se déploient et s’organisent les catégories les plus novatrices de sa pensée théorique.

 

Karl Marx, Écrits philosophiques, cent textes choisis, traduits 
et présentés par Lucien Sève

 Éditions Flammarion, 2011, 
434 pages, 10 euros.

 

Avec cette anthologie de textes philosophiques de Marx, Lucien Sève nous ouvre – enfin ! – les portes du minutieux travail conceptuel qui parcourt l’ensemble des œuvres de l’auteur du Capital. L’intérêt et la nouveauté de ce recueil tiennent au corpus dans lequel ont été prélevés les textes présentés. Jusque-là en effet, on identifiait trop souvent l’activité philosophique de Marx à ses œuvres dites de jeunesse, antérieures à la fondation du matérialisme historique, et auxquelles les deux premières parties de l’ouvrage sont consacrées. Mais c’est surtout dans les œuvres dites de la maturité – le Capital et ses brouillons notamment – que Sève va puiser pour mettre en évidence la subtilité et la complexité du travail d’élaboration catégorielle que Marx, malgré un adieu décidé et définitif à la philosophie, n’aura en fait jamais cessé de poursuivre.

 

Dans la longue et passionnante introduction qui précède les textes eux-mêmes, Sève précise les raisons de son choix en distinguant « la » philosophie et le philosophique. La première serait cette mauvaise abstraction qui conduit à légitimer le monde existant en l’intégrant à un système rationnel et nécessaire, tandis que le second serait la tâche, inachevée par principe, d’une élaboration de réseaux ouverts de catégories épousant le mouvement dialectique du réel.

 

En ce sens, sortir de la philosophie n’a rien d’un abandon, ni d’une plongée dans le silence – mystique, scientiste ou militant : il s’agit, bien plutôt, d’un laborieux effort pour reconfigurer les catégories à travers lesquelles nous disons, pensons et transformons le monde. C’est avec la troisième partie de l’ouvrage, « Le philosophique en travail », que nous pénétrons dans le laboratoire où Marx a patiemment œuvré à un renversement matérialiste de la logique philosophique la plus aboutie de son temps, le système hégélien.

 

L’introduction, complétée par un précieux « Index des termes logico-philosophiques », s’attache tout particulièrement à décrire les principales catégories que Marx a soumises à cette transformation. On y découvre la richesse du vocabulaire et de la conceptualité philosophiques dans une œuvre où une tradition entière d’exégèse nous avait convaincus que la philosophie était « introuvable ». En abandonnant la forme systématique du logos philosophique et en s’engageant dans le chantier indéfini d’une critique rationnelle du monde existant, Marx aura couru le risque d’être ignoré par la pensée académique et officielle. Il fallait le courage, la rigueur et la persévérance de Lucien Sève pour que soit enfin reconnue, et constatable, l’importance de son apport philosophique.

 

L’essentiel, désormais, est de poursuivre cette tâche, dont la visée aura toujours été de transformer le monde.

 

Laurent Prost, philosophe.

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 20:18

Les syndicats de Florange sceptiques sur l'accord avec Mittal

STRASBOURG (Reuters) - Les syndicats d'ArcelorMittal restaient lundi sceptiques sur le contenu de l'accord entre le gouvernement et le groupe sidérurgique sur le site de Florange, aucune garantie n'y apparaissant sur l'avenir des hauts-fourneaux.

 

L'intersyndicale CFDT, CGT, FO, qui s'est réunie dans la matinée, a adressé un courrier à Jean-Marc Ayrault pour lui demander une copie du texte, en préalable à la rencontre prévue avec le Premier ministre mercredi à Matignon.

"On refuse de donner un blanc-seing à l'accord. On a besoin de savoir exactement ce qu'il y a dedans pour pouvoir l'analyser", a dit à Reuters Frédéric Weber, délégué de la CFDT, syndicat majoritaire à Florange. "On a des doutes très forts. Jean-Marc Ayrault ne nous a pas encore rassurés."

 

Le Premier ministre a annoncé vendredi soir que le géant de l'acier acceptait d'investir 180 millions d'euros sur cinq ans à Florange, dans la partie transformation de l'acier, et qu'il renonçait à y mettre en oeuvre un plan social.

 

En revanche, les hauts-fourneaux ne seront pas rallumés mais seulement maintenus en l'état dans l'attente d'une décision de la Commission européenne sur le projet Ulcos qui en ferait un site pilote pour le captage et l'enfouissement du CO2.

Le premier secrétaire de la fédération mosellane du Parti socialiste, Jean-Pierre Liouville, s'est lui-même adressé à Jean-Marc Ayrault pour lui demander "de rendre public dans les plus brefs délais l'accord signé avec M. Lakshmi Mittal".

"Ne pas le publier sous prétexte d'accords industriels connexes contribuerait à entretenir le doute", a-t-il précisé dans un communiqué.

 

Les investissements annoncés sont "absolument dérisoires", a-t-il dit à Reuters et le renoncement à u

n plan social est selon lui à relativiser du fait d'une pyramide des âges qui va mener bon nombre de salariés à la retraite.

Les services du Premier ministre ont apporté lundi une première précision, indiquant qu'ArcelorMittal s'engageait à maintenir "l'ensemble de ses centres industriels en France, notamment Dunkerque, Fos et Basse-Indre".

 

Il s'agit d'une réponse aux allégations de Hervé Gattegno, journaliste au Point, qui avait auparavant déclaré sur RMC que le maintien de l'activité sur ce dernier site, proche de Nantes, ville dont Jean-Marc Ayrault fut le maire, était une "clause secrète" de l'accord.

 

LES HAUTS-FOURNEAUX CONDAMNÉS

 

Le groupe a confirmé samedi les termes de cet accord, sans un mot sur les deux hauts-fourneaux, dont l'arrêt, en juillet et octobre 2011, avait motivé le déclenchement de la mobilisation syndicale en février dernier.

 

L'avenir de la filière à chaud, la partie de l'usine qu'ArcelorMittal avait accepté de vendre, suscite dès lors toujours interrogations et inquiétudes, les familiers du dossier ne pensant pas que les hauts-fourneaux puissent être pérennisés.

Edouard Martin, délégué CFDT et figure emblématique de l'intersyndicale, a accusé le gouvernement de trahison si se confirmait l'information selon laquelle la direction s'apprêterait à éteindre les hauts-fourneaux, installations qui doivent être maintenues en veille pour éviter leur destruction.

 

Mais Laurent Berger, nouveau secrétaire général de la CFDT, s'est chargé de démentir l'information.

"J'ai appelé le gouvernement hier soir, pour qu'on me dise que les hauts-fourneaux ne seraient pas coupés, comme il y avait la crainte à Florange, cette semaine", a-t-il dit sur RTL. "On a l'assurance que le gaz sera laissé jusqu'au moins en avril".

En dépit des propos de certains représentants de l'intersyndicale, centrales et représentants du personnel au niveau du groupe ont accueilli l'annonce de l'accord avec circonspection, mais comme une première victoire.

"Le combat des ‘Florange' n'est pas vain", a affirmé samedi la Fédération générale des mines et de la métallurgie de la CFDT.

 

"RENONCEMENT CONDAMNABLE", DIT THIBAULT

 

La mobilisation, depuis neuf mois, des salariés de la dernière usine sidérurgique intégrée de Lorraine, s'est attiré un fort courant de sympathie mais n'a jamais mobilisé qu'une cinquantaine de syndicalistes et jusqu'à 150 salariés lors de manifestations.

 

Tous les syndicats, hormis la CFE-CGC, ont toutefois regretté l'abandon du projet de nationalisation transitoire, soutenu par Arnaud Montebourg, qui aurait été suivie par la vente du site à un autre industriel.

 

"Je qualifierais de renoncement condamnable du gouvernement" la décision de ne pas nationaliser, a déclaré lundi sur France Info le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

 

"Nous sommes bien informés par les attitudes de Mittal. Le dernier plan du genre a été pratiqué en Belgique (à Liège où le groupe a annulé ses projets d'investissements en septembre dernier, condamnant le site). Aujourd'hui, les activités sont rompues. Le groupe a déjà des problème de trésorerie gigantesque", a-t-il ajouté.

 

Les syndicats ont déjà indiqué à quelles conditions ils étaient susceptibles d'approuver l'accord.

 

Ils demandent qu'il s'applique également aux sous-traitants et aux intérimaires de la filière chaude, soit quelque 500 salariés en plus des 629 qui étaient concernés par le projet de plan social.

 

Ils exigent également la mise en place d'une commission tripartite -entreprise, gouvernement, syndicats- qui en précise les termes et en assure le suivi.

 

Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:02

A Graz, seconde ville du pays, les communistes sont arrivés en seconde position aux élections municipales du 25 novembre 2012 - article et traduction Nico Maury

Autriche : Percée spectaculaire des communistes (KPO) aux municipales à Graz
L'ÖVP (droite) a réussi a gagner ces élections, il arrive en tête avec 33,74% des voix, en net recul par rapport à 2008 (38,37 %, -4,63%). Le SPÖ (social démocrate) se retrouve relégué à la troisième place, il recueille 15,31% des voix, loin derrière le KPO, plus de 5000 voix ont fait défaut aux sociaux démocrates qui obtenaient 19,74% en 2008 (-4,43%). Les GRÜNE, alliés du SPÖ subissent aussi un recul électoral, il rassemblent 12,14 % des voix contre 14,56% en 2008 (-2,42%). Le FPÖ (extrême droite), obtient la quatrième place, il progresse à 13,75 % et bénéficie des voix du BZÖ qui lui est éliminé du paysage politique de Graz. La nouveauté de ces élections est l'entrée du Parti des pirates qui obtient un élu et 2,70 % des voix.

Les communistes, menés par Elke Kahr, réussite la plus belle progression de ces élections. Avec 19,86% des voix, le Parti Communiste d'Autriche (KPO) réussi là un score historique, la progression est importante, c'est plus de 9200 voix nouvelles qui sont gagnées en comparaison à 2008 (+8,68%) là ou le KPO obtenait 11,18 % des suffrages. La campagne des communistes c'est faite sous le slogan "Nous sommes Graz", le thème principal de la campagne a tourné autour du logement, contre la privatisation des HLM de Graz et pour la construction massive de logements sociaux.

Les communistes réalisent leurs meilleurs scores dans le centre de Graz, ils recueillent 23,96 % (+9,75%), 21,28 % dans la circonscription de St Leonhard (+8,27%), 20,57 % dans la circo de Geidorf (+9,34%), 23,39 % dans la circo de Lend (+10,59%), 26,21 % dans la circo de Gries (+11,69%), 25,68 % dans la circo de Jakomini (+11,16%), 20,07 % dans la circo de Wetzelsdorf (+8,6%).

 

Lors des élection des conseils de district dans cette même ville, les communistes ont su s'imposer malgré la rivalité forte des GRÜNE. Ils obtiennent 24,11 % dans le district du centre ville de Graz et 2 élus, 20,51 % à St Leonhard et 1 élu, 18,32 % à Geidorf et 1 élu, 21,76 % à Lend et 3 élus, ils sont en tête à Gries avec 26,21 % et 4 élus, 25,22 % à Jokomini et 4 élus, 15,64 % à Liebenau et 1 élu, 14,77 % à St Peter et 1 élu, 14,81% à Waltendorf et 1 élu, 14,60 % à Ries et 1 élu, 13,37% à Mariatrost et 1 élu, 15,41 % à Andritz et 1 élu, 16,49 % à Gösting et 1élu, 19,15% à Eggenberg et 2 élus, 18,80% à Wetzelsdorf et 1 élu, 16,76% à Straßgang et 1 élu, 16,69% à Puntigam et 1 élu.

Mirko Messner, porte parole du KPO, a félicité les communistes de Graz pour cette remarquable réussite. "Lorsque nous sommes ancrés dans un endroits, et que nous travaillons constamment, nous sommes considérés comme une alternative au spectre des partis au pouvoir et nous sommes en mesure de gagner des voix pour le faire mentir ce spectre." Dernièrement c'est à Krems an der Donau que les communistes avaient fait sensation, avec leur liste KLS (Kommunisten und Linkssozialisten) ils avaient gagné 2 sièges.

"Le succès électoral du Parti communiste est principalement attribuable à l'engagement politique local des militants locaux , ainsi nous pouvons évaluer le succès avec le gain sensationnel de 9200 nouveaux électeurs à Graz... C'est certainement un encouragement fort pour le KPO dans les élections à venir".

D'autres informations sur le site des communistes de Graz http://www.kpoe-graz.at/
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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 09:39

Loi de finances pour 2013 : explication de vote du groupe CRC

"Nous souhaitons que le budget donne à l’État les moyens de mener une politique de progrès social et humain"

vendredi 30 novembre 2012



Loi de finances pour 2013 : explication de vote Par Marie-France Beaufils / 28 novembre 2012

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, « Remettre la justice au cœur du système fiscal », tel est le sous-titre de ce projet de loi de finances pour 2013, telle est l’intention affichée au départ, intention conforme, sous bien des aspects, aux combats politiques menés par la gauche depuis une décennie, ainsi qu’aux aspirations et aux propositions que nous avons pu défendre, durant deux législatures, à la tribune de cette assemblée, face à l’offensive continue de la droite contre l’égalité devant l’impôt, contre la dépense publique, contre l’intervention et le rôle de l’État dans la vie de la nation.

 

Dans le projet de loi de finances que vous aviez déposé à l’Assemblée nationale, monsieur le ministre, des mesures correspondaient à cette affirmation liminaire : elles prévoyaient une meilleure progressivité de l’impôt sur le revenu, encore un peu insuffisante à nos yeux, une remise sur pied à peu près complète de l’impôt de solidarité sur la fortune – mais je ne comprends pas que l’on ne rétablisse pas son seuil d’application à 800 000 euros –, le début d’un alignement de la fiscalité des revenus du capital, de la rente, du patrimoine sur celle des revenus du travail, l’amorce d’une mise en question des choix d’optimisation fiscale des entreprises.

 

Tout cela s’inscrivait, de manière générale, dans la droite ligne des intentions affichées, mais les choses se sont ensuite compliquées.

 

Alors que la taxation des plus-values fait déjà l’objet d’un abattement en fonction de la durée de détention des titres, vous avez décidé de la réduire, au point qu’elle ne rapporte plus que 250 millions d’euros, au lieu de 1 milliard d’euros. C’est pourquoi nous demandions le rétablissement de l’article 6 dans sa rédaction initiale, contrairement à la droite sénatoriale, qui ne voulait aucune taxation.

 

Pourtant, ces chefs d’entreprise qui se sont eux-mêmes baptisés « pigeons » veillent à ne conserver leur entreprise que le temps nécessaire pour qu’elle leur rapporte suffisamment. Ils ne s’inscrivent nullement dans une démarche de long terme.

Nous avions proposé de revenir à l’impôt de solidarité sur la fortune d’origine, en fixant le seuil de déclenchement de la taxation à 800 000 euros de patrimoine, au lieu de 1 300 000 euros. En retenant ce dernier seuil, vous renoncez à 900 millions d’euros de recettes. Une telle mesure correspondrait pourtant bien à l’objectif de justice fiscale affiché.

 

Vous auriez pu aussi accepter la suppression de la niche « Dutreil » pour les pactes d’actionnaires. Elle aurait rapporté 340 millions d’euros. La situation des comptes publics n’aurait-elle pas justifié une telle mesure ?

 

Vous avez proposé une série de dispositions portant sur l’imposition des sociétés dont le produit attendu est de 8 milliards d’euros. Mais souvenons-nous que la majorité de gauche du Sénat avait élaboré, l’an dernier, une réforme de l’impôt sur les sociétés rapportant plus de 20 milliards d’euros ! Comme il fallait bien équilibrer les comptes, vous sollicitez les opérateurs de l’État, avec des prélèvements sur les fonds de roulement, et les collectivités locales, avec le gel des dotations, notamment de la dotation globale de fonctionnement.

 

En 2011, notre assemblée avait effectué des choix différents, sur l’initiative de Nicole Bricq, alors rapporteur général de la commission des finances, et de l’ensemble des groupes de la majorité de gauche, tous associés à la construction d’autres propositions pour le budget de la nation, manifestant le changement politique que nous pouvions, par le choix des électeurs, incarner dès cet automne-là. Malheureusement, cette co-élaboration n’a pas pu véritablement s’instaurer cette année, dans le cadre du débat budgétaire.

 

Je ne reviens pas sur le fait que de nombreux amendements qui avaient été votés l’année passée ont été rejetés cette année par le Gouvernement, même lorsque leur premier auteur avait changé de place dans l’hémicycle depuis mai dernier !

Le nombre d’amendements finalement adoptés est plus que modeste. J’en veux pour preuve le débat sur l’action de la France en matière de développement des pays du Sud ou l’adoption d’une mesure en faveur des victimes de plans sociaux massifs privées de ressources dans l’attente de la liquidation de leurs droits à retraite.

 

Nous avons défendu pendant des années la taxe « Tobin », parvenant peu à peu à emporter la conviction de l’ensemble des forces politiques sur le sujet. La raison d’être que nous lui avions assignée – le financement des actions de développement dans ce que l’on appelle encore le Tiers Monde – ne pouvait être oubliée dès la première année de son application pleine et entière !

 

Avec les parlementaires du groupe communiste républicain et citoyen, je regrette que, à toutes nos sollicitations ou presque, ou même à celles d’autres composantes de la gauche, vous ayez régulièrement répondu que vous étiez parvenu, à l’Assemblée nationale, à un équilibre budgétaire que vous ne pouviez défaire.

 

Pourtant, pour financer l’augmentation de 25 millions d’euros de la dotation de développement urbain, vous avez transféré le financement de celle-ci de la ligne budgétaire consacrée aux provisions vers un financement de péréquation, pris en charge par les collectivités territoriales. Là aussi, votre argument était le maintien en valeur des dotations de l’État aux collectivités territoriales.

 

Nous voulons, pour notre part, que la justice soit effectivement remise au cœur de notre système fiscal ; c’est un gage d’efficacité économique et sociale. De fait, les pas réalisés dans cette direction au travers de ce projet de loi de finances pour 2013 sont trop timides. Quant à la seconde délibération demandée par le Gouvernement, elle ne préserve même pas l’amendement relatif à l’allocation temporaire de solidarité ; elle ne peut donc nous amener à modifier notre appréciation.

Ces décisions vont de pair avec un gel des dépenses que nous n’approuvons pas, le règlement de la dette primant sur bien d’autres considérations. Si nous voulons sortir de la crise, si nous voulons redresser le pays après les dix années où la droite au pouvoir n’a eu de cesse d’alléger la participation des plus fortunés au financement de la dépense publique, nous ne devons pas nous arrêter au milieu du gué. Thierry Foucaud l’a souligné tout à l’heure.

 

C’est dans un véritable esprit de responsabilité que nous prenons la décision de nous abstenir : nous souhaitons que le budget donne à l’État les moyens de mener une politique de progrès social et humain.

 

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BRUNO FORNACIARI

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