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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 07:16
Mis à jour 16-11-2011 21:26
 
 
Toulouse: une première sous haute-tension pour Golgota Picnic

Photo : IB-D/Metro

 

Toulouse: une première sous haute-tension pour Golgota Picnic

De nombreux contre-manifestants partisans de la liberté d’expression étaient mercredi, devant le Théâtre Garonne pour faire face à des fondamentalistes chrétiens dénonçant un spectacle blasphématoire.

Mercredi soir, devant le Théatre Garonne de Toulouse, la tension était palpable pour la première représentation française de la pièce de Rodrigo Gracia, Golgota Picnic, jugée blasphématoire par des fondamentalistes catholiques.

 

Quelque 300 contre-manifestants partisans de la liberté d’expression sont venus, dès 17 heures, à l’appel d’organisations de gauche (Ligue des Droits de l’Homme, élus locaux, Parti de gauche, CGT, NPA, PCF, Europe-Ecologie, Attac, FSU…).

 

« La liberté de création est intouchable, que l’on aime ou pas », assure Alain, un citoyen de 52 ans. Abonné au théâtre, Habbib ajoute : « Que je sache, le blasphème n’est pas interdit par la loi républicaine laïque… » Les salariés du Théâtre Garonne, eux, se disent inquiets des mails, lettres et appels d’insultes et de menaces de mort qu’ils reçoivent depuis septembre. « En 23 ans, c’est la première fois que je vois ça ! J’ai peur et je vis très mal la situation », raconte Chantal, une employée.

 

19 h10. Postés devant les contre-manifestants, des cordons de CRS font bouclier. Venus pour dénoncer la pièce à l’appel de fondamentalistes chrétiens (l’Institut Civitas et l’Agrif), une quinzaine de prêtres en robe de bure, sœurs et catholiques débarquent en entonnant des prières et en égrenant leur chapelet. « Mais je ne vais pas regarder un spectacle aussi abominable et blasphématoire », répond l’une des sœurs aux micros des journalistes. « Je suis très choquée, déclare une catholique. Cette pièce traite le Christ de putain du diable terroriste, est-ce que vous permettriez que l’on traite ainsi votre père ? .... »

 

La pièce doit être jouée jusqu’à dimanche au Théâtre Garonne. Difficile de croire que la tension va retomber d’ici là.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:27

 

 

Chaque semaine dévoile un peu plus les axes de campagne de la droite pour 2012. Après la chasse aux pauvres et aux chômeurs, voici maintenant au tour des malades de la fonction publique d'être dans le collimateur de l'UMP.

Pour la droite, chaque personne en congé de maladie est un fraudeur en puissance qu'il faut punir. Alors en plus, s'il cumule avec un statut de fonctionnaire, il s'agit sûrement d'un Bernard Madoff en puissance !

 

Sauf que personne n'est dupe de la manœuvre! Quand il s'agit de s'en prendre aux spéculateurs, à ceux qui escroquent les peuples et mènent le monde à la ruine, Il n'y a plus personne , singulièrement à droite.

 

Une fois de plus le couple Sarkozy/Fillon s'en prend aux gens modestes, à ceux qui travaillent dans nos écoles et nos hôpitaux.Instaurer un jour de carence n'a pas de sens  (on est malade ou pas)sinon de rechercher à faire payer le manque de recette de la sécurité sociale due aux exonérations patronales et aux dettes des enrtreprisesnqui ne versent pas leurs cotisations, ainsi qu'à une politique de destruction d'emplois par ceux-là même qui la subissent.

C'est une provacation de plus, mais ou vont-ils s'arêter dans leurs projets malfaisants.

L'indignation de suffit pas . REVOLTONS-NOUS.

UNISSONS-NOUS DANS L'ACTION pour refuser cette hallali

 

AVEC LE PCF ET  FRONT DE GAUCHE OPPOSONS-NOUS A CES MESURES

 

 

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:19

Social-Eco - le 15 Novembre 2011

Obnubilés par le triple A des agences de notation et les plans d'austérité successifs qui en découlent, Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon ne parlent plus du tout d'emploi ni de lutte contre le chômage. Pourtant, ils devraient, au vu des plans de licenciements de grande ampleur qui s'annonce chez Peugeot, la Société générale ou Paru Vendu, pour ne citer que les derniers en date.


Les dernières statistiques révélées ce mardi ne sont pas engageantes pour la France sur le front du chômage. L'emploi salarié stagne désormais, avec des créations d'emploi nettes quasiment nulles au troisième trimestre, sans perspective d'amélioration du marché du travail dans les semaines à venir, selon des économistes. A peine 7.400 postes ont été créés entre juillet et septembre dans les secteurs marchands non agricoles, après 78.300 au premier trimestre puis 33.000 au deuxième, selon les estimations de l'Institut national de la statistique et des études économiques publiées mardi.

 

 

Les plans sociaux vont s'accélérer


L'évolution est de 0,0% par rapport au deuxième trimestre (+1,0% sur un an), alors que l'emploi salarié était en hausse depuis début 2010. "Les signaux du côté du marché du travail suggèrent que la dynamique va probablement encore s'infléchir et que le point haut d'amélioration est derrière nous", a commenté Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM. Dans le langage de monsieur Tout-le-monde, les annonces de licenciements ou de plans sociaux vont s'accroître.

Sur un an, les effectifs salariés auraient augmenté de 159.500 emplois, selon les estimations de l'Insee et du ministère du travail, dont la majorité - quelque 158.200 emplois - dans le tertiaire.

 

Pour les experts, il en faudrait davantage pour faire reculer de façon décisive le chômage alors que la population active augmente d'environ 140.000 personnes par an, qui doivent désormais travailler plus longtemps. En juillet, l'âge du départ à la retraite a enregistré un premier recul de quatre mois. dans le même temps, la croissance de l'économie a connu un coup d'arrêt. "L'emploi réagit toujours avec un ou deux trimestres de retard", souligne Hervé Boulhol, responsable France à l'OCDE. Pour compléter le sombre tableau prévisionnel, un analyste de Natixis ajoute qu'au vu des chiffres de l'emploi et de l'investissement, "on voit bien que les chefs d'entreprises ont réagi très vite à un environnement qui s'est dégradé. (...) On sent bien ce choc d'incertitude qu'on a eu au cours de l'été.".

 


2,78 millions de chômeurs en France.

 

Le nombre des demandeurs d'emploi sans activité a atteint en septembre un niveau inégalé en près de douze ans, à 2,78 millions, avec, qui plus est, un accroissement du chômage de longue durée et des seniors. Le gouvernement est mal parti pour tenir sa promesse de refaire passer le taux de chômage sous la barre des 9% de la population active, malgré une diminution de 0,1 point lors du deuxième trimestre (9,1%).

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:08
Scandale :

la Grèce dépense plus d'un milliard d'euros pour acheter des chars

Alors que la Grèce, en faillite potentielle, bénéficie d'une manne d 'aides financières (UE, FMI...), elle s'apprête par ailleurs à acheter pour plus d'un milliard d'euros de chars aux Etats-Unis...


 
Scandale : la Grèce dépense plus d'un milliard d'euros pour acheter des chars...

 

Depuis des mois, il ne se passe pas une journée sans que les médias nous abreuvent d’informations concernant la probable faillite de la Grèce avec son cortège de conséquences en série, des risques de faillite des banques au risque de faillite des États (dont la France). Depuis le début les Grecs manifestent pour protester contre les plans d’austérité qui succèdent aux plans d’austérité.

 

’iL'nformation vient d’être divulguée par le quotidien espagnol « la Razon », la Grèce va acheter 400 chars lourds M1 Abrams d’occasion ainsi que 20 véhicules amphibie « AA7VA1 » aux États-Unis pour un montant estimé à 1,28 milliards d’euros. Ainsi les aident européennes à la Grèce sont consavrées à faire tourner l’industrie d’armement US. Les Polonais l’avaient inventé avec les avions de chasse en achetant en 2003 des F-16 avec les subventions européennes, les Grecs nous refont le coup en 2011 avec les chars d’assaut. Rappelons simplement que l’Armée française a en tout et pour tout 400 chars Leclerc pour 65 millions d’habitants, c’est dire si les grecs n’y vont pas avec le dos de la cuillère en terme de dépense pour leur budget militaire alors que la même semaine, comme le dit « la razon », le gouvernement grec se réunissait pour trouver 7 milliards d’économies dans les dépenses publiques.

 

Dès lors une seule question se pose : « De qui les dirigeants grecs se moquent ils ? ».

Ils s’étaient engagés à lutter contre la fraude fiscale et depuis rien et, pour nous remercier de nous serrer la ceinture pour eux (et nous n’avons encore rien vu), ils achètent des armes en quantité astronomique aux USA.

On attend de la part de nos dirigeants la demande d’annulation pure et simple de ce contrat par l’État grec car

ce sont des dépenses inutiles , sauf pour les  armateurs US.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:25

L’interrogation de l’histoire à travers la fiction, entretien avec Didier Daeninckx, écrivain

La vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite


Nicolas Dutent : Si on opère un retour rétrospectif sur votre œuvre, une question qui s’impose est de savoir de quelle manière vous avez décidé de permettre et de réussir la synthèse entre mémoire historique et démarche romanesque.

 

Didier Daeninckx : Au départ ce n’est pas une volonté théorique de choisir cette manière d’interroger l’histoire par le biais de la fiction. Cela tient vraiment à un parcours personnel. Dans une première période, le roman m’a permis d’interroger des moments de ma propre histoire, et d’élucider certaines interrogations en jetant des hypothèses. Mon premier roman, avant Meurtres pour mémoire (1984), évoquait la construction de la centrale de Fessenheim et traitait des enjeux liés au nucléaire dès les années 1970. Il interrogeait par exemple la manière dont une société est saisie d’une technique qui peut la conduire à sa destruction.Je venais d’un milieu extrêmement confiant dans l’idée de progrès, qui était alors considéré comme quelque chose d’obligatoirement positif et libérateur et, d’un seul coup, cet espace était confronté à quelque chose qui disait le contraire, pointant l’incapacité  d’aborder cette interrogation environnementale.Juste derrière j’ai écrit Meurtres pour mémoire, qui questionnait la guerre d’Algérie, les répressions, le fossé qui s’était creusé entre des gens qui portaient un discours et une action indépendantistes et des forces progressistes qui les avaient lâchés. Je m’étais alors inscrit dès 1983 dans l’interrogation du silence d’une société sur les responsabilités de gens arrivés aux plus hautes instances du pouvoir. Tels Maurice Papon ou Bousquet en embuscade. Il y a dans mes livres d’une part une critique de l’état de la société mais aussi un regard parfois effaré sur mon propre camp, une forme de désespoir raisonné sur ses insuffisances et petites lâchetés.

 

Guillaume Quashie-Vauclin : Ce qui est justement frappant dans Missak, c’est cette sorte d’état d'esprit historien qui est le vôtre à certains égards, votre volonté de comprendre et de faire comprendre qui est Dragère. Sans amener le lecteur à juger de manière trop frontale. Cette démarche, pourtant ancrée dans le code génétique de la discipline historique, un certain nombre d’historiens s’en écartent paradoxalement aujourd’hui… Comment conciliez-vous donc l’exigence de la méthode historienne et son articulation avec les « droits imprescriptibles de l’imagination » (La Semaine Sainte, Aragon) ?

 

DD : Pour Missak, cet enjeu a été encore plus évident que dans mes autres romans. Par l’intermédiaire d’un personnage clairement identifié, ma recherche a été celle du vraisemblable. Constatant des « trous » énormes dans la biographie de Missak Manouchian, ma volonté a été de rechercher ses actes à partir d’éléments concrets datant par exemple de 1938/40 et en tirer des éléments romanesques vraisemblables. Confronté au pacte germano-soviétique et apatride, les Allemands ayant eu à l’époque une responsabilité majeure dans le génocide arménien, comment va-t-il se comporter ? Si nous n’avons pas de textes, nous savons comment il va agir, il le fera en s’enrôlant dans l’armée française dès 1939. Il est ainsi tout sauf dans une position attentiste ; il est dans une démarche de lutte contre le nazisme qui le pousse à se retrouver instructeur en Bretagne. Tout ce parcours est vérifiable. Si ce travail est à base historique, sans que je sois pour autant historien, j’emprunte effectivement ces techniques d’interrogation de la réalité. Mais l’historien, lui, ne s’autorisera jamais à constituer des scènes et à « placer » le personnage. Ce travail s’est accompagné par ailleurs de nombreuses découvertes d’archives, avec l’injonction correspondante de ne jamais excéder la réalité vérifiée du personnage. Sans pour autant se priver de l’invention romanesque : cette voie est donc extrêmement étroite. Aragon avait si bien montré dans le Cycle du Monde réel sa capacité à interroger à la fois son époque et sa relation à son père, préfet de police ; la filiation est donc là, en abîme, elle devient un enjeu essentiel à côté du travail de retranscription historique.

 

ND : Envisagez-vous donc la fiction comme un moyen, si ce n’est d’accéder à la vérité (entreprise fort risquée et incertaine), mais de la rétablir lorsque celle-ci pour des raisons parfois obscures a été bafouée, comme par exemple le 17 octobre 1961 ?

DD : C’est dire en effet une partie des éléments de la vérité qui ont été dédaignés, mis de côté, rabaissés. Mais au moment de la production du livre, cette intention ne préexiste pas. C’est un constat a posteriori, possible rétrospectivement. Le plus essentiel demeure pour moi le point de vue adopté pour faire en sorte d’être au plus près de la réalité. Cette question du point de vue est résolue de manière différente dans Meurtres pour mémoire où j’entreprends un travail sur trois époques par un jeu de miroir, tandis que dans Missak, c’est choisir le moment où on peut débusquer les non-dits quand les choses ne sont pas encore dites vers 1955/56 (Budapest, rapport de Khrouchtchev). On navigue entre le mensonge absolu et le début des aveux. C’est là qu’Aragon, personnage non central mais important de ce roman, écrit son magnifique poème « l’Affiche rouge » qui pose le problème de la vérité et montre les contradictions et les tensions du moment, de ce qu’on nous a rabâché, de ce qu’on a pris alors pour vérité [...].Ce qui me passionne dans l’écriture c’est ce passé récent qui a encore une charge sur le quotidien. Meurtres pour mémoire n’est ainsi pas écrit n’importe quand : il prend forme en 1983 au moment de la marche des Beurs, quand un mouvement profond se développe dans notre pays où une partie de la population discriminée se rend compte qu’elle est discriminée aussi parce qu’on l’a privé non pas seulement de territoires, mais de territoires imaginaires notamment. Cette irruption-là, comme le 17 octobre 1961, est centrale car les acteurs de cette nuit-là ne sont pas à considérer en premier lieu comme des victimes – certains l’ont été et ce, horriblement – mais j’y vois avant tout une exigence de dignité et de citoyenneté dont le cœur de Paris est le théâtre (les manifestants devaient confluer place de l’Étoile) et qui s’exprime dans le défi suivant : « on vous regarde en face comme votre égal et ce territoire, nous avons le droit de le fouler des pieds ». Cette irruption de dignité est essentielle et traverse le 17 octobre 1961. C’est un défi historique majeur, tellurique, avec un peuple colonisé qui défie un empire en son sein, au cœur de sa capitale. Le travail de mémoire autour du 17 octobre 1961 est décisif car il met en lumière le dépassement en acte du statut de victime ou de colonisé et valorise une pleine phase avec la citoyenneté et l’histoire. Quand je travaille, j’utilise mes intuitions au service de hasards, mais de « hasards objectifs » comme le dit l’ami contradictoire d’Aragon (André Breton). Dans ce que j’ai envie d’écrire, il y a des choses qui ont été disposées dans l’histoire contemporaine qui me permettent de les aborder et de les mettre en perspective aujourd’hui.

 

ND : Votre roman Missak, tout en donnant des clés de lecture et de compréhension nouvelles et précieuses pour ce qui est du parcours du poète arménien M. Manouchian, opère un retour attendu sur la polémique liée à l’Affiche rouge. Avez-vous eu l’intention, consciente ou inconsciente, de faire découvrir enfin à un plus grand nombre le destin pour le moins exceptionnel des vingt-trois membres des FTP-MOI de la région parisienne ?

 

DD : J’ai toujours été fasciné par le personnage de Missak Manouchian, par tout ce qu’il peut dire ; j’avais des éléments de lecture et de rencontres mais j’avais le sentiment que sa statue lui faisait de l’ombre. Comme c’est le cas pour certains héros. Le personnage était trop insuffisamment exprimé, avec des manquements énormes. Il y avait aussi les promesses non tenues, comme sa dernière lettre qui fait figure d’icône littéraire et donne naissance au poème d’Aragon et à la chanson de Ferré. Dans cette lettre, des choses sont demandées mais ne sont toujours pas tenues. Il demande à ses camarades d’éditer par exemple ses poèmes. C’était en février 1944 ; nous sommes en octobre 2011. Qu’on me montre une seule traduction française, ne serait-ce que d’une vingtaine de ses poèmes ! Le point de départ était donc celui-là : restituer une partie  de sa parole et de son itinéraire qui n’étaient pas apparents. On s’interroge ainsi peu ou pas sur son parcours politique. Comme s’il était né avec la carte du PC arménien... J’ai voulu traduire l’histoire d’une prise de conscience qui tient dans la rencontre avec la langue française, ce qui n’est pas banal. Il y avait aussi un flou à résoudre sur la présence et l’action près de lui du militant trotskiste de la bande, Manoukian. Il m’a fallu voir comment les pièces qui semblaient appartenir à un autre puzzle pouvaient prendre place dans le « puzzle Missak Manouchian ». Par ailleurs, en décidant que le point de vue adopté serait l’inauguration en mars 1955 de la rue du Groupe-Manouchian à Paris (XXe), j’ai pu aussi bien donner un rôle déterminant au journal L’Humanité (à partir de recherches réalisées à Bobigny, aux archives) ou à Willy Ronis que m’inspirer pour une bonne part de Jean-Pierre Chabrol pour fabriquer et asseoir mes personnages dans le roman.Dans ce paysage de nuages, on parvient progressivement à lever ces mystères, au milieu de certaines impossibilités toutefois. Ma méthodologie a ensuite été facilitée par certains épisodes romanesques comme la découverte d’archives personnelles le concernant. Pour la petite histoire, alors que je commençais le travail de lecture, j’ai appris qu’une exposition sur la résistance arménienne se tenait au musée Jean-Moulin au dessus de la tour Montparnasse. Il y a de nombreux documents de la préfecture de  police, de filatures, de comptes rendus et diagrammes établis à l’époque et certaines choses émouvantes comme la Bible sur laquelle Jean Epstein écrivit le nom de son fils en prenant ce faisant un risque incroyable. Et il y avait un tableau datant de 1925/27, une huile de très bonne facture représentant M. Manouchian, nu et sportif. Je relève le prénom du peintre et me renseigne naturellement sur sa provenance. Après des recherches, je retrouve la personne ayant prêté le tableau et je tombe sur Katia Guirogossian qui se trouve être la nièce de M. Manouchian. Mélinée avait une sœur, Armène, qui est la grand-mère de Katia dont je suis devenu assez proche. Elle m’apprend alors qu’elle possède des sanguines, des études, des photos et plusieurs cartons de documents appartenant à Missak et Mélinée, ainsi qu’à Armène passée sous silence dans l’histoire du groupe Manouchian... Elle me confie qu’elle n’a jamais osé lire dans le détail tout cela, le poids de l’Histoire étant trop massif. Croyant être engloutie par ce passé, elle me demande si je veux bien lire ce qui se trouve dans ces témoignages divers. C’est essentiellement là-dedans que j’ai trouvé et puisé une grande partie de ce qui se trouve dans le livre. Comme le fait de tomber sur l’original de la dernière lettre de Manouchian glissé dans la lettre qui porte le nom de Mélinée, et dont on s’aperçoit quand on la retourne qu’il est inscrit : « Missak Manouchian, section allemande de la prison française de Frênes. » Il domine le moindre mot qu’il trace : tout est net, calibré. On sait qu’il s’adresse à l’Histoire.Quand je repose cette lettre, il y a la sœur de cette lettre, avec une enveloppe et un papier identiques. L’avant-dernière qu’il écrivait à Armène, la sœur de Mélinée et dans laquelle il y a le début de « l’énigme Manoukian » et sa résolution : dans cette lettre – document inédit et authentique que personne n’a eu entre les mains hormis sa famille, document reproduit pour la première fois dans mon roman – il confie à Armène un devoir sacré, celui de prendre en charge et de défendre la mémoire de son ami Dav’tian dit Armenek Manoukian. Le fait que ce soit le seul de ses compagnons cité représente une importance capitale et un enjeu considérable.

 

GQV : Ce Dragère enquêteur, curieux et admiratif de la figure communiste peut-être exemplaire de M. Manouchian, n’est-ce pas finalement une certaine projection de l’objet et du contenu de votre travail ?

 

DD : Il y a de cela. Il y a en germe également cette interrogation : comment gérer les désillusions ? Considérons néanmoins qu’il s’agit non pas d’un travail de déconstruction mais d’« amplification » de la figure de Manouchian. Un personnage meurtri mais dont l’image n’est jamais abîmée. Il est en échec dans tout son univers mais il se fortifie sur des adhésions et des principes. Il y a ce double mouvement qui fait que la vérité sur Manouchian est bien plus enthousiasmante que ce qui avait été compris ou construit. Cette complexité nous conforte dans l’idée que la vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite.

 

Entretien réalisé par Nicolas Dutent et Guillaume Quashie-Vauclin

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:12

 

Par Jean-Pierre Brard député de Seine-Saint-Denis.

 

Le développement de l’influence des intérêts privés sur la décision publique est une illustration de la grave crise que connaît notre système représentatif, tout à la fois sa cause et la conséquence de celle-ci. La loi québécoise assimile le lobbying à l’ensemble des « communications orales ou écrites avec un titulaire de la charge publique en vue d’influencer ou susceptibles d’influencer la prise de décision ».

 

En tant que parlementaire, je suis, chaque jour, destinataire de dizaines de courriels, de lettres et d’appels qui pourraient se rattacher à cette définition. Chaque jour, associations sectorielles, groupements professionnels, organismes publics et privés attirent mon attention, comme celle de mes collègues, sur tel ou tel point des projets et propositions de loi en discussion dans l’Hémicycle. Chacun des « communicants » y défend la vision de ses commanditaires, son interprétation, ses intérêts catégoriels et, le plus souvent, souhaite établir un contact direct avec le législateur que je suis.

 

J’ai, personnellement, pour règle de ne jamais accepter de rendez-vous que je n’aurai moi-même sollicités, à moins que ces rencontres ne se fassent à plusieurs parlementaires et soient l’occasion d’un véritable échange de vues et non une simple entreprise de promotion d’intérêts sectoriels (par exemple syndicats ou médecins du travail)  

 


La  sauvegarde de l'intérêt général


Ces conditions réunies, ces échanges permettent de confronter et de mûrir nos arguments, nourrissant notre réflexion de législateurs en prévision de nos débats dans les commissions et à la tribune de l’Assemblée. Ils peuvent, alors, apporter un éclairage utile - bien qu’orienté - sur tel ou tel sujet de société soumis, souvent dans l’urgence, à la discussion de parlementaires qui ne peuvent évidemment pas être spécialistes de tout.

 

A l’élu qui participe à ces échanges de faire la part des choses et de séparer le bon grain de l’ivraie. Les véritables problèmes surgissent lorsque ces groupes d’intérêts se muent en groupes de pression et lorsque certains élus, oubliant toute distance critique, reprennent à leur compte et in extenso (négligeant sciemment les guillemets) la défense de ces intérêts particuliers au mépris de l’intérêt général ; et ce, sans que cela implique nécessairement une quelconque corruption.

 

Il suffit pour s’en convaincre de lire le journal officiel, les questions écrites au gouvernement qui sont exactement identiques d’un parlementaire à l’autre, parfois ponctuation comprise ! L’absence, en France en général et au Palais Bourbon en particulier, d’une réglementation véritablement contraignante en la matière et d’une définition claire peut inciter certains à rester flous quant aux éléments qui ont conduit à leur prise de position au nom du peuple français.

 

L’action des groupes d’intérêts en France est une réalité de fait. Nier cette réalité alimenterait dangereusement la suspicion du peuple sur l’ensemble de ses représentants. La limite à ne pas franchir, celle qui s’impose naturellement, c’est celle de l’intérêt général. La boussole en la matière, nous a été donnée par Jean-Jacques Rousseau : « […] quand il se fait des brigues, des associations particulières aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres et particulière par rapport à l’Etat. […] Il importe donc pour bien avoir l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de sociétés partielles dans l’Etat » (in Le Contrat social).

 

A travers les siècles, les corps intermédiaires opérant au sein de l’Etat, demeurent bel et bien des obstacles à l’expression de la souveraineté indivisible du peuple. L’enjeu aujourd’hui est, ni plus ni moins, celui de la démocratie et de la sauvegarde de l’intérêt général confronté à un mode de gestion des affaires publiques faisant la part belle aux intérêts privés et qui connaît, ces dernières années, une croissance inquiétante.

 

 

Exemples de privatisation progressive de la décision publique


Ce développement de l’influence des intérêts privés sur la décision publique est une illustration de la grave crise que connaît notre système représentatif, tout à la fois sa cause et la conséquence de celle-ci. Réponse négative à la technicisation croissante du politique et à la surproduction législative imposée par l’exécutif, ce développement est aussi le signe inquiétant d’une privatisation progressive de la décision publique conduite aux bénéfices de groupes d’intérêts et au détriment du peuple. Il signale un affaiblissement de l’Etat républicain et de ses institutions et laisse à penser à la société civile que la démocratie représentative ne représente plus, désormais, que ceux qui, par leur position privilégiée au carrefour du monde politique et du monde économique, sont en capacité d’influencer l’élaboration des normes et la décision des pouvoirs publics. Il contribue enfin à décrédibiliser l’activité délibérative des citoyens et de leurs représentants et fragilise jusqu’à l’idée même d’intérêt général, de démocratie et de res publica.

 

L’actualité nous fournit, hélas, de nombreux exemples de cette crise de la démocratie. Ces exemples soulignent l’ampleur de la servitude du pouvoir sarkozyste vis-à-vis de ses soutiens et de ses « clients ». Ainsi le 7 septembre dernier, lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative, flairant le piège du MEDEF, je dénonçai dans l’Hémicycle, les amendements du député Jean-Michel Fourgous qui, depuis, se sont avérés avoir été écrits par deux cadres de la Fédération française des sociétés d’assurances… De même que le MEDEF, la Scientologie (la secte américaine) semble disposer, au cœur de l’appareil étatique, de puissants soutiens capables de modifier des dispositions législatives et de protéger l’organisation sectaire contre sa dissolution. Plus grave encore, la récente affaire Servier et les tentatives réussies du laboratoire pharmaceutique d’imposer ses vues aux parlementaires et aux organismes institutionnels de veille sanitaire au mépris de la santé publique nous alertent sur les dangers concrets d’un lobbying uniquement motivé par l’appât du gain. Ils mettent également au grand jour, le travail de sape réalisé dans l’ombre par les « représentants d’intérêts », auprès des élus.

 

 

Des garde-fous


Une récente étude le confirme, « le nombre d’organisations figurant sur le registre des représentants d’intérêts (124) mis en place en octobre 2009 par l’Assemblée nationale est largement inférieur au nombre des acteurs auditionnés (4 635) par les parlementaires » (in Etude sur l’influence à l’Assemblée nationale, Transparence International France et Regards citoyens, mars 2011). Cette étude nous permet de constater que les dispositions encadrant et définissant les « représentants d’intérêts » semblent clairement inadaptées car les contacts entre lobbyistes professionnels et décideurs politiques apparaissent passer par des voies constituées hors du champ réglementaire propre à l’Assemblée. Non publics, ces contacts sans être toutefois illégaux contournent les quelques dispositions du règlement qui leur sont consacrées. Les articles 23 et 26 ne font ainsi que réglementer l’accès des « représentants d’intérêts » au Palais Bourbon. Ce qui se passe hors des murs de l’Assemblée est, en revanche, passé sous silence.

 

On le voit, les garde-fous de l’intérêt général sont bien limités. Seul l’article 79 encadre l’engagement des députés en faveur des intérêts particuliers en leur interdisant « d’adhérer à une association ou à un groupement de défense d’intérêts particuliers (…) ou de souscrire à l’égard de ceux-ci des engagements concernant sa propre activité parlementaire »Contrairement à ceux qui, à droite, souhaitent installer le lobbying au cœur de la démocratie, et revendiquent ouvertement les bienfaits de la privatisation des étapes « information » et « réflexion » du processus décisionnel public (cf. le Rapport d’information sur le lobbying présenté en 2008, par Jean-Paul Charié), je suis pour bouter les lobbies hors de nos institutions et pour encadrer strictement les relations entre les élus et les personnes morales ou physiques dont l’activité professionnelle consiste à représenter des intérêts particuliers dès lors que ces contacts ne sont pas publics.

 

A cette fin, j’ai déposé deux propositions de loi visant à assurer l’indépendance de la fonction publique et des élus vis-à-vis des intérêts privés. Toutefois, ces dispositions, bien qu’utiles, ne peuvent suffire. Car le problème fondamental est celui de la connivence, la porosité, entre un certain monde politique et celui des affaires. C’est cette collusion d’intérêts entre membre d’une même classe qui fait la force de l’oligarchie. La communauté de vie au sein de mêmes quartiers, les parcours universitaires communs, les mariages « endogames », les postes-clefs au sein des grandes entreprises privées et publiques détenus et échangés « entre-soi », les réunions de clubs, les parties de golf, les vernissages… L’oligarchie s'affirme comme une classe consciente d'elle-même et de ses intérêts qu’elle protège en exerçant un « contrôle » de tous les instants sur les membres de ses réseaux.

 

Comme le dénoncent fort justement les Pinçons-Charlot, « chacun multiplie son pouvoir par le pouvoir des autres, augmentant d'autant la puissance de l'ensemble ». La nuit du Fouquet’s, le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, a marqué le triomphe public de cette connivence entre toutes les composantes de la classe dominante : grands patrons, politiques et show-biz (connivence que l’on retrouve dans la scandaleuse affaire Tapie). Elle a symbolisé la fin de l’intérêt général comme but de l’action publique.

 

Si l’on veut mettre fin à ce lobbying de tous les instants d’une classe au bénéfice d’elle-même, il nous faut prendre conscience de nous-mêmes, de la force de notre solidarité. Il nous faut, comme l’oligarchie, défendre nos intérêts, ceux de notre classe et nous organiser pour abolir définitivement les privilèges de quelques centaines de familles qui décident, à la place du peuple du sort de la France. Créer des barrières pour que ne meure pas la démocratie ne suffira probablement pas. Il en va du système politique comme du système économique et financier, il faut rompre et non l’accompagner. Décidément, nous avons besoin de la VIe République.

 

*Jean-Pierre Brard est député de Seine-Saint-Denis.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:01

Novembre 2011


Travail dissimulé, non déclaré, sous-déclaration des accidents du travail et maladies professionnelles... N'en déplaise à Nicolas Sarkozy et François Fillon tout à leur chasse à l'"assisté", ce sont les entreprises, et non les assurés sociaux, qui causent le plus lourd préjudice financier à la Sécurité sociale. (article du 11 août dernier)

 

Pour esquiver la responsabilité de leur politique dans le déséquilibre des comptes sociaux, l'UMP, par la voix du député Mariani et du ministre du Travail, Xavier Bertrand, braque à nouveau les projecteurs sur la fraude sociale en l'imputant, a priori, aux allocataires, tous promis à un fichage généralisé.

 

Si le sujet ne se prête guère à des chiffrages précis, les évaluations faites officiellement discréditent les auteurs de cette opération politicienne. À l'assurance maladie, par exemple, où, selon Pierre Fender, directeur chargé de la répression de la fraude, celle-ci «est probablement inférieure à 1% du montant des prestations versées», la majorité des fraudes détectées n'incombent pas aux assurés sociaux mais aux professionnels de santé.

 

Sur l'ensemble de la Sécurité sociale, selon un rapport, déposé fin juin à l'Assemblée, du député UMP Dominique Tian, la fraude aux prestations s'élèverait de 2 à 3 milliards d'euros. Soit, au plus, 0,5% du total des prestations. Tandis que la fraude aux cotisations des entreprises, serait 4 à 5 fois plus coûteuse: entre 8 et 15,8 milliards d'euros, relevant essentiellement du travail dissimulé. De 10 à 12% des entreprises sont en infraction.

 

Ainsi, pas moins de 5 à 7% des salariés ne sont pas déclarés à la Sécu, une «pratique courante, pour ne pas dire banalisée, dans certains secteurs économiques», souligne le rapporteur. Les grandes marques de l'habillement en sont particulièrement coutumières, en recourant à des ateliers clandestins.

 

Le plus souvent, les entreprises coupables échappent aux redressements de cotisations, par le biais d'une opportune mise en liquidation judiciaire. La fraude patronale prend aussi d'autres formes, moins directes, mais non moins préjudiciables aux finances sociales.

 

Ainsi de la sous-déclaration des accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP): non déclarés comme tels, par les salariés, sous la pression de leurs employeurs, ils sont alors pris en charge par l'assurance maladie, en lieu et place de la branche spécifique AT-MP de la Sécu, financée seulement par... les entreprises. Il en coûte chaque année entre 600millions et 1,1 milliard d'euros à la caisse d'assurance maladie, selon un rapport officiel.

 

Toute honte bue, le pouvoir sarkozyste préfère stigmatiser l'ensemble des allocataires sociaux que de s'attaquer aux puissants délinquants.

 

La fraude chiffrée par la CNAM. 156,3 millions d'euros: c'est le montant des fraudes à l'assurance maladie, toutes catégories confondues, détectées et stoppées en 2010, selon le récent rapport de la délégation nationale à la lutte contre la fraude.

 

Près de la moitié, 71,1 millions d'euros, est imputée aux hôpitaux et aux cliniques (lesquels invoquent souvent des erreurs dans la codification des actes, liée à la réforme de la tarification à l'activité). Viennent ensuite diverses catégories de professionnels de santé, en premier lieu les infirmiers libéraux et les transporteurs. Du côté des assurés, la fraude la plus importante, selon le rapport, concerne les indemnités journalières (IJ) pour arrêt maladie (pour 5,4 millions d'euros). Mais ici aussi la frontière est ténue entre fraude et erreur, note un conseiller CGT de la Cnam: un salarié dont on a mal calculé les IJ sera jugé fraudeur alors qu'il ne maîtrise en rien la déclaration faite par l'employeur.

  • A lire:

Nicolas Sarkozy instaure le travail forcé pour les bénéficiaires du RSA

Yves Housson

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:58
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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 17:57

La démocratie comme réponse à la crise européenne,

L'alignement de Nicolas Sarkozy derrière les positions de la Chancelière Merkel, accompagné d'un matraquage médiatique sur le « modèle allemand » , vise à préparer l'opinion publique à plus d'austérité et à moins de souveraineté. De sommet en sommet, la crise de l'Union européenne s'est dangereusement aggravée. Ce processus infernal vient de connaître un nouvel épisode, peu glorieux, lors du dernier Conseil européen.

 

Après une nuit entière de négociations entre chiens et loups, avec les rapaces des marchés financiers invités à la table des discussions, les dirigeants européens ont décidé d'un soutien massif aux banques et d'une nouvelle saignée pour les peuples. Quelle audace ! Les caractéristiques anti-démocratiques des régressions en cours, dissimulées derrières les expressions de « gouvernance économique », de « saut fédéral », viennent d'éclater au grand jour avec le vent de panique provoqué par la décision du gouvernement Papandréou de consulter le peuple grec.

 

Pour les dirigeants européens, les marchés financiers et les agences de notation, les peuples n'ont pas à être consultés.

 

Pour eux, la cure d'austérité, les pertes de souveraineté et la mise sous tutelle ne se discutent pas. Cette modification en profondeur de la construction européenne telle que nous l'avons connue ne date pas d'aujourd'hui. La fuite en avant des derniers mois se traduit par le durcissement de l'opposition frontale entre les pressions des marchés financiers et l’intervention des peuples. « L'Europe allemande » qui se dessine est donc à la fois une cure d'hyper-austérité et un processus ultra-centraliste et autoritaire.

 

Dans son inénarrable Discours sur l'État de l'Union, le 28 septembre dernier, M.Barroso a proposé « d'aller plus loin » dans la voie d'une « intégration » permettant de « réaliser pleinement les objectifs convenus à Maastricht », une intégration que « pas seulement les fédéralistes réclament, mais aussi les marchés ». Plusieurs dirigeants européens jugent, les uns près les autres, qu'il y a aujourd'hui urgence à modifier les traités européens après n'avoir cessé de rappeler au cours des 20 dernières années que cela était tout simplement impossible. La modification vise à pouvoir contrôler et surveiller les budgets des États, allant jusqu'à permettre des modifications en cours d'exercice en passant par dessus les parlements et les gouvernements nationaux. Une mise sous tutelle pure et simple qu’un ancien commissaire européen italien, Mario Monti, pourtant lui-même très libéral, n’a pas hésité à comparer à celle que, sous le fascisme des années 20, dans son pays, le « podestat » était chargé d’exercer dans chaque ville à la place des organes démocratiques.

 

 

Défendre la promotion des droits démocratiques


Avec le refus de l'austérité, la mise en cause de la toute-puissance des marchés financiers, il nous faut donc défendre à l'échelle européenne la promotion des droits démocratiques. Avec quelles propositions ?En juillet dernier, le Parti de la gauche européenne, réagissant au rapport Duff sur le « manque de légitimité populaire » des institutions européennes, a avancé une série de propositions précises.•

 

La création de véritables pouvoirs d’intervention des citoyens et des salariés européens. Cela pourrait commencer par une simplification de la procédure d'Initiative citoyenne européenne qui est, aujourd'hui, parsemée d'obstacles ; et une réelle prise en compte des revendications des syndicats de travailleurs et des ONG.

 

• L'organisation de débats publics européens aboutissant à la consultation des peuples sur les grands enjeux qui les concernent, par référendum partout où les lois fondamentales le permettent.

 

• La garantie institutionnelle de la parité aux niveaux national et européen.

 

• La garantie institutionnelle de la représentation des minorités.

 

• La clarification des rôles des différentes institutions afin d'obtenir une réelle séparation des pouvoirs.

 

• Le renforcement des pouvoirs du parlement européen par rapport à ceux de la commission européenne et des instances de « gouvernance intergouvernementale », à commencer par la remise en cause du monopole d'initiative législative aujourd'hui accordé à Bruxelles.

 

• Le renforcement du rôle des parlements nationaux pour contrôler et participer aux décisions concernant l'UE au niveau national.

 

• La coopération des institutions européennes avec les parlements nationaux dont les modes d'élections doivent tendre vers plus de proportionnelle, afin de mieux représenter l'ensemble des citoyens et pour ne pas déformer leurs choix.

 

• Les dénis de démocratie comme le passage en force du traité de Lisbonne après le rejet massif du traité constitutionnel européen par les peuples français et néerlandais ne doivent pas se reproduire.•

 

La mise sous tutelle des politiques économiques et budgétaires nationales par la « Troïka » (UE/FMI/BCE) doit cesser. Les peuples européens sont souverains, ils doivent pourvoir élire des représentants dans leurs parlements nationaux qui ne soient pas pieds et poings liés par une gouvernance européenne autoritaire.

 

L'enjeu européen sera au centre de la campagne pour l'élection présidentielle et les élections législatives de 2012. Avec le Front de gauche, nous proposons d'en finir avec le traité de Lisbonne que nos concitoyens, avec d'autres, ont rejeté alors que la droite et la majorité du PS l'approuvaient, pour répondre à l'urgence sociale, résoudre la catastrophe écologique et régler la crise démocratique et construire une autre Europe. Seul un changement radical peut sauver l'Europe.

 

L'Union européenne est face à un choix d'orientation majeur : ou la fuite en avant dans l'austérité fondée sur l'ultralibéralisme et un fédéralisme autoritaire, ou sa refondation sur des bases sociales et démocratiques, libérées de l'emprise des marchés financiers et des banques.*Olivier Dartigolles est porte-parole du PCF, responsable aux questions européennes.

Olivier Dartigolles*

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 17:53

 

Pas d’alternative à gauche sans démocratisation des médias, Jean-François Téaldi*

Le débat à la Fête de L’Humanité, entre les « responsables médias » du Front de Gauche (PCF, PF, GU) et du PS, a montré le fossé séparant les différentes propositions.Aussi loin que remonte le pouvoir médiatique, la question de sa démocratisation a régulièrement fait l’objet d’envolées politiques avant chaque élection, tant il est vrai que de l’ORTF à aujourd’hui, de la « télévision voix de la France » à la décision de Sarkozy de nommer les PDG de l’audiovisuel public, la droite a toujours eu la main mise sur les contenus des journaux radios ou télévisés. Le pluralisme n’a jamais été respecté et les positions communistes sont quasiment exclues des reportages. Il en va de même pour la presse écrite dominante, où jamais comme aujourd’hui, la constitution de groupes multimedias autour de quelques grand oligopoles, les attaques contre la distribution coopérative et la faiblesse des aides aux journaux à faibles ressources publicitaires, posent un grave problème démocratique. Malheureusement, après la parenthèse de liberté amorcée entre 1981 et 1983, la gauche au pouvoir n’a jamais pris les mesures permettant cette démocratisation ; le débat à la fête de L’Humanité, entre les « responsables médias » du Front de Gauche (PCF, PF, GU) et du PS, a montré le fossé séparant les différentes propositions.

 

Au-delà des luttes des personnels pour le développement industriel, les emplois ou les contenus, grèves de plus en plus défensives, la question d’une alternative permettant le respect du pluralisme est posée à l’ensemble de la gauche. En cas de victoire législative, la gauche majoritaire au parlement devra sans attendre abroger la nomination des PDG de l’audiovisuel public par le président de la République et inscrire le Droit à l’information et à la culture dans la Constitution, tant pour les médias publics que privés.

 

 

Redonner vie au pluralisme

 

La loi devra renforcer les dispositifs anti-concentration par abaissement des seuils et interdire, pour les groupes financiers, industriels et de services, les situations de monopole national ou régional ; interdire aux groupes tributaires de commandes de l’Etat de posséder des médias. Il faudra créer une structure de régulation de la presse écrite. Nous conforterons les principes coopératifs mis en place à la Libération par un soutien accru au réseau de distribution et de vente, l’aide aux journaux à faible ressource publicitaire, l’aide postale et l’aide aux transports.

 

Nous renforcerons le droit d’auteur mis à mal par la loi Hadopi et par la Commission européenne. T F 1 ne respectant pas le cahier des charges, nous relancerons un appel d’offre pour l’exploitation de sa concession. L’AFP conservera son statut.

 

Pour remplacer un Conseil supérieur de l’audiovisuel déliquescent, nous créerons un Conseil supérieur des Médias qui contrôlera le respect des obligations. Il élaborera un statut des médias publics, privés et associatifs, en relation avec les syndicats. Sa composition sera tripartite : parlementaires, professionnels et citoyens dans les représentations qu’ils se donnent (syndicats, associations) ; son président(e) sera élu(e) par le CSM. Il rendra compte de son travail devant les États généraux des médias et sollicitera le Parlement.

 

Pour assurer la souveraineté populaire nous créerons des États généraux des Médias, constitués de professionnels, de parlementaires, de syndicats, d’associations. Les ÉGM pourront interpeller le CSM ou les Conseils d’administration des entreprises du pôle public.

 

Le droit des salariés et leur représentation dans les Conseils d’Administration seront accrus dans toutes les entreprises. Dans le secteur public, leur représentation sera portée à 50% ; un collège des usagers sera institué.

 

Les PDG seront élus par les Conseils d’administration sur proposition du CSM et sur un projet d’entreprise. Dans toutes les entreprises de presse nous permettrons aux rédactions de s’opposer aux nominations des responsables éditoriaux par saisine des Comités d’entreprises.

 

Les groupes privés de communication seront imposés en fonction de leur politique de l’emploi en CDI et de leur respect des Conventions collectives. Nous donnerons un statut légal aux entités rédactionnelles comme le réclament les syndicats de journalistes et légiféreront pour assurer une étanchéité entre les actionnaires et les rédactions.

 

Malheureusement force est de constater que les propositions pour la presse, adoptées par le PS, sont très loin de toutes ces mesures indispensables. Certaines sont même inquiétantes pour l’audiovisuel public ; rien n’est dit sur les industries, les aides à la presse, le statut de l’AFP, peu sur l’intervention des salariés, les concentrations. Oui c’est bien de ruptures dont le pluralisme a besoin, du type de celles proposées par la commission médias du PCF et que nous allons travailler dans les prochaines semaines avec nos partenaires du Front de gauche, afin de les décliner avec les citoyens dans les ateliers législatifs du programme partagé. *Jean-François Téaldi est responsable du secteur médias du PCF.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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BRUNO FORNACIARI

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