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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 09:26

 

 

Le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Laurent Wauquiez, a assuré mercredi 16 novembre que l'instauration de jours de carence lors d'un arrêt maladie – un dans le secteur public, un quatrième dans le privé – était "une question de principe" et de "responsabilisation".

"Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant. Du coup, on a un peu l'impression que la sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu'il y ait un impact", a lancé sur BFM TV-RMC le dirigeant de la Droite sociale au sein de l'UMP.

"Il faut qu'il y ait un petit signal", a lancé M. Wauquiez. "Quelqu'un qui est en arrêt maladie, il faut qu'il se rende compte : tout ça, ça coûte à la sécurité sociale".


"C'est une question de principe", a martelé le ministre, opposant "celui qui joue le jeu, qui, quand il est un petit peu malade, fait l'effort d'aller au travail", et celui qui se dit "quand je suis malade, c'est pas grave parce que je suis indemnisé".


"Ce n'est pas juste", selon M. Wauquiez, évoquant encore celui qui finance le système "par ses cotisations" qui "viennent pour compenser des gens qui n'en ont rien à faire et, se disent que parce que c'est gratuit, tirent sur le tiroir-caisse". Le ministre a par ailleurs appelé à lutter contre la "fraude d'en haut", préconisant de faire payer l'impôt dès lors qu'on vit trois mois en France, pour contrer les évadés fiscaux.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 08:37

L'intervention de Jean-Pierre Brard à l'Assemblée nationale le 3 mai au nom du groupe des députés communistes, républicains et du parti de gauche.


Je voudrais commencer par deux citations. La première est de Jaurès, que je ne fais pas que citer, mais que je lis, à la différence du Président de la République : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ». Madame la ministre, vous avez péché par omission. Vous n’avez pas dit toute la vérité.

 

La seconde citation est de Jean-Pierre Vernant, brillantissime helléniste et grand résistant, mort récemment, qui a dit : « Le vrai courage, c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer, être le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser. » Or, vous, vous n’avez pas résisté. Vous avez plié. Vous avez renoncé, parce que vous n’aviez pas envie de résister. Nous reviendrons sur tout cela au cours du débat, madame et monsieur les ministres.

 

La crise actuelle est le dernier épisode en date de la crise financière mondiale. La crise des subprimes apparaîtra bientôt comme anecdotique. Les spéculateurs n’attaquent plus une monnaie, ils attaquent un État, avant le prochain épisode, qui s’appellera Portugal, Irlande, Espagne. Et à quand le tour de la France ? Et peu importe la monnaie dans laquelle les spéculateurs récupèrent les profits de leurs turpitudes.

 

Cette crise est grave : c’est la crise d’un système, de votre système. D’un système à bout de souffle ! Sauver la Grèce, dites-vous ? Non, sauver les créanciers de la Grèce sans qu’ils n’aient à contribuer au financement de leurs propres turpitudes. Leurs noms : Société générale, Crédit agricole, BNP, Deutsche Bank, Hypobank, Crédit suisse. Et il y en a dont on ne parle pas : ce sont les fabricants d’armes allemands et français, qui ont des créances très importantes. Nous y reviendrons, mais vous êtes parfaitement au courant, madame Lagarde, je n’en doute pas : rien d’important ne saurait vous échapper. « Jamais, dans une cité, les lois n’auraient la force qui convient, si elles n’étaient pas maintenues par la peur », disait Sophocle. Oui, madame la ministre, je vous accuse de gouverner par la peur et de ne pas dire la vérité ; je vous accuse, vous et votre gouvernement, d’avoir attendu qu’il y ait urgence, pour exploiter cette urgence avec vos collègues des autres États – Jérôme Cahuzac l’a d’ailleurs dit tout à l’heure.

 

Depuis la fin de l’année 2009, tous les analystes économiques s’inquiètent de la situation grecque. Depuis plus de cinq mois, tous les spécialistes ont attiré l’attention des gouvernements sur les risques que faisait peser sur l’économie mondiale le niveau de la dette grecque. Pourtant, vous avez attendu le mois de mai pour nous présenter – en urgence – un plan d’aide à notre partenaire européen.

 

Est-ce de l’incompétence en matière économique, ou cela relève-t-il du calcul politique ? Madame la ministre, je ne dis pas cela par complaisance, mais je ne vous crois vraiment pas incompétente. (Sourires.) Vous faites d’autres choix que les nôtres, on le voit bien, mais vous êtes cohérente.

 

Entre le mois de novembre 2009 et aujourd’hui, vous avez laissé les spéculateurs poursuivre leur course folle et réaliser des bénéfices indécents – sur le dos, bien sûr, de la population grecque. Les spéculateurs et les marchés vous fascinent, madame Lagarde, on l’a déjà vu ; vous n’imaginez pas le monde sans eux.

 

Vous avez aussi laissé se développer un sentiment de panique, renforcé par l’utilisation d’un jargon incompréhensible du commun des mortels : des credit default swaps – c’est comme cela que l’on dit, madame la ministre ? – aux ventes à découvert, en passant par le rôle des agences de notation, des montages financiers complexes aux défaillances structurelles de la zone euro, vous enfumez les esprits pour pouvoir expliquer que le Gouvernement contrôle la situation et qu’il suffit de vous faire confiance.

 

Eh bien, nous ne vous faisons pas confiance ! Nous ne faisons confiance ni à vous, ni au Gouvernement, ni aux dirigeants actuels de l’Union européenne, ni au Fonds monétaire international. La complexité de la situation vous sert à occulter le fait que ces crises économiques ne sont pas si difficiles à comprendre lorsqu’on se demande qui en profite, et qui en paie la note.

 

En ce qui concerne la crise financière internationale, tout le monde a compris aujourd’hui que les pratiques spéculatives des banques et le système du casino financier mondial ont très largement contribué à précipiter les économies réelles dans la récession. Ceux qui s’étaient engraissés pendant des années en spéculant sur les dettes immobilières des particuliers – les fameuses subprimes – ont pu renouer très rapidement avec ces bénéfices, grâce à l’intervention de l’argent public. Mais ceux qui n’étaient pas responsables de la crise continuent aujourd’hui d’en payer la facture : pour notre seul pays, plus de 600 000 emplois ont été détruits, et le plan de relance – rendu nécessaire par l’irresponsabilité des banques, ou leur cupidité, je vous en laisse juge – est la cause principale d’un déficit record d’environ 150 milliards d’euros pour 2010.

En ce qui concerne la crise grecque actuelle, il faut comprendre qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de la crise financière mondiale. Si tous les pays européens, si toutes les économies réelles subissent aujourd’hui les conséquences de la crise financière, l’économie grecque a été tout particulièrement touchée. Certes, le ralentissement de l’économie mondiale a eu de graves conséquences pour les deux piliers de l’économie grecque : le tourisme et le commerce maritime. Mais la raison fondamentale est le rôle joué par les établissements financiers, en particulier par Goldman Sachs, fort légitimement stigmatisé par le Président de la République – mais s’il a vu l’arbre de Goldman Sachs, le Président de la République n’a pas vu la forêt : la Société générale, la BNP, le Crédit agricole, pour les établissements français, ou encore le Crédit suisse, que je cite à nouveau : dans cette affaire, il va tirer les marrons du feu sans même que la Confédération helvétique soit mise à contribution.

 

En clair, après avoir spéculé sur les difficultés financières des familles américaines surendettées, les établissements financiers se sont rabattus sur la dette des États, en particulier celle de la Grèce. Ils ont ainsi franchi une étape nouvelle. Comme l’aurait dit un ancêtre auquel je fais souvent référence et avec lequel vous êtes en train de vous familiariser, madame Lagarde, il y a une sorte de bond qualitatif – c’est un bond qualitatif vers le pire ! La crise grecque n’est que le premier avatar d’une nouvelle forme, gravissime, de la crise. C’est une menace pour tous les peuples, aggravée par les gouvernements qui – par absence de volonté politique de s’y opposer – relaient les intérêts des spéculateurs.

Le casino est reparti. Si la cible a changé, les conséquences seront encore plus désastreuses pour la grande majorité d’entre nous. Les réponses proposées par le Gouvernement sont encore plus injustes aujourd’hui qu’il y a un an. L’avenir du peuple grec ne compte pour rien dans vos calculs, et votre cynisme ne connaît plus aucune limite. On a entendu s’exprimer la compassion pour les Grecs, mais votre plan n’est pas un plan de solidarité avec les Grecs, avec l’État grec, avec le peuple grec ; c’est un plan de solidarité avec les créanciers de l’État grec, ce qui est, vous en conviendrez, plus qu’une nuance.

 

Comparons brièvement le plan de sauvetage des banques des années 2008 et 2009 avec celui que vous soumettez aujourd’hui à l’Assemblée nationale, et que vous osez qualifier de plan de « solidarité nationale avec la Grèce ». En réalité, c’est tout le contraire, et vous l’avez-vous-même confirmé, madame la ministre, en vous vantant du fait que les intérêts gagnés par la France s’élèveraient à 160 millions d’euros.

 

J’imagine, madame Lagarde, le petit paysan grec ramassant des olives, que vous allez presser encore davantage pour lui faire rendre quelques centimes d’euros qui iront dans la poche des actionnaires de la BNP ou de quelques autres ! C’est immoral ! C’est insupportable, de s’enrichir ainsi du travail et de la misère de ces pauvres gens – car je n’ai pas entendu dire que ce sont les armateurs descendant d’Onassis qui vont payer la note. Vous souriez, madame la ministre, et vous avez même l’air de croire ce que vous dites. Que vous êtes candide ! Que vous êtes naïve ! Depuis quand, sous l’empire de vos régimes, avez-vous vu les riches mis à contribution ? Ils mettent les pauvres à contribution pour s’enrichir, oui, mais dès lors que vous exercez le pouvoir cela ne va jamais dans l’autre sens.

 

Lors de la crise financière, la France n’a pas hésité à mettre sur la table, dans les conditions qui ont été rappelées tout à l’heure, près de 350 milliards d’euros pour sauver les banques de la faillite ; et au niveau européen, c’était 3 600 milliards d’euros ! Aujourd’hui, l’Union européenne consent, dans sa grande magnanimité, à prêter la bagatelle de 30 milliards d’euros – un peu plus maintenant, si on se rapporte à la durée que vous évoquez – à notre ami grec, au nom de la solidarité, bien sûr.

 

Madame Lagarde, monsieur Baroin, je n’évoquerai pas ici les 50 milliards d’euros de réparations dues par l’Allemagne à la Grèce. Comme vous le savez, il y a un accord entre ces deux pays pour le paiement des réparations après la guerre : cet accord prévoyait que les réparations devaient être payées après la réunification. Malgré les relances des victimes du nazisme, malgré les relances du gouvernement grec, l’Allemagne ne s’est toujours pas acquittée de sa dette, qui représente aujourd’hui 50 milliards d’euros. Pourquoi n’en parlez-vous pas avec Mme Merkel ? Mme Merkel, sans doute parce qu’elle est fille de pasteur, fait volontiers la morale à la terre entière. Mais pourquoi donc n’honore-t-elle pas ses dettes avant de critiquer les autres ? Compte tenu du fondement de cette dette, on ne le répétera jamais trop, c’est une question de morale. Cette dette a été payée à la France, pourquoi ne le serait-elle pas à la Grèce ?

C’est une bonne référence : la Russie assume effectivement les engagements de l’Union soviétique, car il y a une continuité des États malgré les événements qui marquent les histoires nationales. C’est une règle internationale intangible, ne vous en déplaise !

 

Monsieur Chartier, ce n’est pas parce que vous conservez, dans les paires de draps de votre grand-mère, quelques titres d’emprunts russes que vous n’avez pas réussi à vous faire rembourser, que vous allez nous faire sortir les mouchoirs de la poche ! J’espère que vous avez d’autres titres, et en particulier des titres de gloire : cela vaut toujours mieux que les actions qui se développent au détriment de ceux qui les font prospérer dans les entreprises.

 

L’aide à la Grèce rapportera 160 millions d’euros à la France, environ 240 millions à l’Allemagne, et près de 700 millions d’euros à l’ensemble des pays prêteurs. De la solidarité, ça ? Non ! C’est de l’usure au petit pied !

Vous êtes âpres, inexorables. Prenons-en pour preuve les contreparties exigées de ceux à qui vous prêtez, les banques en 2008-2009, le peuple grec maintenant. Faisons la comparaison.

 

Votre gouvernement n’a exigé aucune contrepartie sérieuse des banques qu’il a renflouées ; il n’a exigé aucun contrôle, aucune participation au capital de ces banques. Quant à la moralisation du capitalisme – comme si ces deux termes n’étaient pas par essence contradictoires – promise par le Président de la République dans son fameux discours de Toulon, sans doute dans un moment d’égarement, l’avez-vous vue arriver ? Avez-vous vu une régulation de la finance internationale ? La crise actuelle montre, avec éclat, que ces paroles n’étaient que fariboles.

 

En revanche, lorsqu’il s’agit de prêter quelques sous à la Grèce, la France, l’Europe et le FMI s’acharnent contre son peuple en exigeant un plan d’austérité d’une ampleur sans précédent. Les « partenaires » européens de la Grèce, si l’on peut ainsi les qualifier, exigent une baisse de 15 % des salaires dans les secteurs public et privé, un relèvement de l’âge de la retraite à soixante-sept ans, une baisse des pensions, des milliers, voire des centaines de milliers de suppressions d’emplois dans le secteur public, l’abolition des conventions collectives, la remise en cause de toute restriction légale à la suppression d’emplois dans le secteur privé, sans parler des privatisations et des nombreuses coupes dans les budgets de la santé, de l’éducation ou de la recherche. N’a-t-on pas même entendu parler ce matin d’une exigence de privatisation des transports publics ?

 

Pour vous, le principal est ailleurs. Le plan européen concernant la Grèce a, lui aussi, pour but de garantir les bénéfices des banques et des marchands d’armes. Les banques françaises détiennent en effet plus de 50 milliards d’euros d’obligations de l’État grec et les établissements bancaires allemands en possèdent pour près de 30 milliards d’euros. Venir en aide à la Grèce, dites-vous ? Non, il s’agit de garantir que les banques seront remboursées de leurs prêts sans avoir à mettre la main à la poche !

 

Que se passerait-il sinon, nous dit-on ? Mais quels sont les plus apeurés lorsque survient un sinistre ? Ce sont ceux qui ont prêté l’argent ! Si un accident survenait, alors les conditions politiques, surtout sous la pression d’États volontaristes, existeraient pour que les banquiers soient contraints de mettre la main à la poche, alors qu’ils ont très largement profité de la fragilité grecque en exigeant, vous le savez comme moi, des taux d’intérêt particulièrement élevés.

 

La responsabilité des gouvernements grecs successifs, particulièrement pointée du doigt par nos amis d’outre-Rhin, est réelle. Rassurez-vous, mes chers collègues, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine ne vont pas vanter les mérites de la classe dirigeante grecque. Tout comme en France, celle-ci a abandonné aux marchés financiers le pouvoir dont elle a été démocratiquement investie par la population. Cela justifie-t-il pour autant un acharnement moralisateur, nourri parfois de chauvinisme et de préjugés nationaux ?

 

Je vous rappelle, mes chers collègues, que le maquillage des comptes publics grecs n’est pas une nouveauté. Depuis l’année 2004, au moins, l’Institut européen de statistiques, Eurostat, a attiré l’attention sur l’existence de ces pratiques. Jusqu’à aujourd’hui, cela n’a dérangé personne parce que toutes les grandes banques européennes et américaines ont tiré profit du surendettement grec. Cela n’a pas dérangé l’économie allemande parce que ces crédits ont servi à financer ses exportations.

 

D’ailleurs, madame la ministre, monsieur le ministre, quand on y regarde bien, on voit toujours le même phénomène. Certains ont fait semblant de découvrir les subprimes, en 2008. En réalité, le danger était dénoncé bien avant, y compris par des diplomates français qui écrivaient des notes au Gouvernement français, notes qui n’ont peut-être jamais été lues.

Rappelez-vous l’affaire Kerviel ! Les turpitudes de Kerviel ne gênaient personne tant que cela permettait à la Société générale de gagner. Mais le jour où on constate une contre-performance, malheur aux pelés et aux galeux ! Il en va de même pour la Grèce : ce qui s’ y est passé était connu – je viens de le rappeler – grâce à Eurostat, mais, à ce moment-là, personne n’a protesté dans les hautes instances.

 

J’en reviens à l’acharnement de nos amis allemands, et en particulier de la droite au pouvoir. Il ne s’explique pas tant par des considérations d’ordre économique ou monétaire. Cet acharnement – cette arrogance parfois – repose sur un calcul électoral, et même, quand il s’agit de M. Westerwelle, sur le populisme, pour faire prospérer son électorat sur des bases, il faut le dire, un peu nauséabondes. J’en reste là pour ne pas évoquer le passé.

 

Parce que la droite allemande risque de perdre le Land le plus peuplé du pays, elle a voulu jouer sur un sentiment national, celui de la fierté, sans doute légitime, lié au souvenir d’une monnaie forte et d’une gestion économique plutôt efficace.

Mais le peuple allemand lui-même, qui a produit tant de grands esprits, n’est pas dupe. Il y a quelques jours, un sondage a montré que près des deux tiers des Allemands souhaitaient que les banques soient mises à contribution pour le sauvetage des finances publiques grecques. Vous reconnaîtrez avec moi que les Allemands sont fort sages, plus sages que leur Chancelière, qui mérite effectivement de perdre les élections dimanche prochain puisque, si les Allemands traduisent dans leur bulletin de vote les convictions exprimées dans les sondages, cela ne correspondra pas à la ligne de la Chancelière.

N’est-ce pas du cynisme et de la soumission que d’associer les banques non pas au sauvetage des finances grecques, mais aux profits que ce sauvetage rapportera à certains États ? Or, je le répète, les fonds levés pour « aider » les Grecs seront levés sur les marchés financiers. Les banques prêtent aux États qui, eux, prêtent à la Grèce. Les banques et les États y gagnent tandis que le peuple grec paie de ses droits sociaux.

 

N’est-ce pas du cynisme que d’offrir un crédit à une personne qui se trouve, pour évoquer un projet de loi récent, en situation de surendettement, précisément parce que les crédits précédemment vendus ont été beaucoup trop chers ? En effet, comme dans le cas des personnes privées qui se retrouvent avec une dette colossale parce que les taux d’intérêt pratiqués par les banques sont tellement élevés qu’ils déclenchent le cercle vicieux de l’endettement, l’État grec a lui aussi subi les appétits insatiables des usuriers de la finance mondiale.

 

N’est-ce pas du cynisme que de se cacher derrière les dispositions juridiques du traité de Lisbonne pour pouvoir profiter des remboursements grecs ? Certes, le traité de Lisbonne interdit à la BCE de prêter directement aux États de la zone euro, alors que cela avait été possible pour venir en aide à la Lettonie ou à la Roumanie.

 

Reconnaissez, madame la ministre, que c’est un mauvais traité. On juge de la valeur du traité non pas par les bâtons qu’il vous met dans les roues, mais plutôt par les facilités qu’il vous offre pour sortir des difficultés. On a trouvé que ce traité était bon pour la Lettonie et la Roumanie, mais les contraintes qu’il impose beurrent la tartine des marchés financiers, alors que la Banque centrale est là et devrait jouer ce rôle que vous lui refusez.

 

Quand un outil n’est pas adapté, c’est simple, il faut en changer ! Le traité de Lisbonne n’est pas bon, renégociez-le ! Je vous rappelle le sort que le peuple français lui avait réservé. Ce n’est que parce que la démocratie a été piétinée que ce traité peut aujourd’hui s’appliquer, il faut le rappeler. C’est un mauvais traité, qui assujettit l’Europe à la domination des marchés financiers et empêche de construire une Europe solidaire et respectueuse des aspirations des peuples. Non ! Le juridisme vous sert de bouclier ! Il vous sert de cache-sexe des intérêts que vous défendez.

 

Qui, à part les banques et les États, profiteront de votre « plan d’aide » ? Les Grecs certainement pas ! En imposant au peuple grec un plan d’austérité comme on n’en a jamais vu, en démantelant la fonction et les services publics, en détruisant le système de sécurité sociale et en vidant le droit du travail de sa substance, vous allez aggraver la concurrence déloyale au sein du marché de l’Union européenne et, surtout, vous préparez tous ces secteurs potentiellement lucratifs – la santé, l’éducation, les retraites – aux appétits des grands groupes privés. Mais n’est-ce pas le même sort que vous préparez pour les retraites chez nous, avant – si, par, malheur pour notre peuple, Sa Majesté était réélue en 2012 – que le même sort ne soit réservé à la sécurité sociale !

 

Il ne faut pas ignorer l’histoire du peuple grec. Le peuple grec a une vieille, une belle histoire. Et comme le peuple français, il a parfois des émotions. Vous êtes en train de pousser le peuple grec à la révolte. Vous ne parlez, pour l’instant, que de son gouvernement. Imaginez ce qui se passerait s’il y avait dimanche prochain des élections ! Le gouvernement grec passerait par la fenêtre !

 

Ce qui ne se fera pas par des élections, avec la purge que vous voulez imposer au peuple grec, peut se passer dans la rue, parce que vous avez la même démarche que le FMI avec les pays d’Afrique ou d’ailleurs. C’est une politique néocoloniale, nous y reviendrons au cours de la discussion.

 

Madame la ministre, monsieur le ministre, vous verrez les constantes de la politique française et allemande vis-à-vis de la Grèce depuis presque deux siècles. Si l’on établit une comparaison, à un siècle de distance, on voit que les mêmes banquiers – la Société générale, le Crédit lyonnais et l’ancêtre de la BNP, le Comptoir national d’escompte – étaient déjà à Athènes et assujettissaient déjà le peuple grec. On trouve cela dans l’ouvrage La politique impériale de la France – si l’on utilise un adjectif plus contemporain, cela signifie la politique impérialiste. Mais c’est en fait une politique néocoloniale du nord de l’Europe vers le sud.

 

Ce n’est pas nouveau, c’est une constante. C’est ainsi que vous comptez construire une Europe de la solidarité, une Europe de la fraternité, en assujettissant, en humiliant un grand peuple comme le peuple grec, auquel nous devons tant dans notre histoire ! C’est une faute politique majeure et nous serons solidaires des révoltes du peuple grec. Je ne doute pas qu’il y aura des axes de solidarité entre tous ceux qui rejetteront cette injustice que vous voulez leur imposer pour essayer de mieux faire prospérer les dividendes des actionnaires, des banquiers.

 

Mais souvenez-vous, mes chers collègues, de cet aphorisme d’Étienne de La Boétie : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. ». Notre peuple, pas plus que le peuple grec, n’a vocation à vivre à genoux. Malheur à ceux qui veulent lui imposer cette posture !

 

Mes chers collègues, parce que vous avez l’occasion de vous lever au nom de tous ceux que vous représentez dans cet hémicycle, parce que ce n’est pas la Grèce qui a une dette envers nous, mais parce que c’est toute l’Europe qui a une dette envers le peuple grec, je vous demande, en votre âme et conscience, de réfléchir. Pensez à notre histoire ! Pensez aux ponts qui se sont établis entre nous dans les moments les plus difficiles de notre histoire ! À ce moment-là, vous ferez le bon choix en votant cette motion de renvoi en commission, parce qu’il y a d’autres solutions que ce qui nous est proposé.

Si, d’aventure, la motion que je viens de défendre n’était pas adoptée, nous développerions nos propositions tout au long de la discussion. Nous ferons la démonstration que la piste que vous avez empruntée est unilatérale. Elle va toujours dans le même sens, à savoir abonder les ressources de ceux qui ne vivent que du malheur des autres.

 

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Published by bruno fornaciari - dans SOLIDARITE INTERNATIONALE
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 07:16
Mis à jour 16-11-2011 21:26
 
 
Toulouse: une première sous haute-tension pour Golgota Picnic

Photo : IB-D/Metro

 

Toulouse: une première sous haute-tension pour Golgota Picnic

De nombreux contre-manifestants partisans de la liberté d’expression étaient mercredi, devant le Théâtre Garonne pour faire face à des fondamentalistes chrétiens dénonçant un spectacle blasphématoire.

Mercredi soir, devant le Théatre Garonne de Toulouse, la tension était palpable pour la première représentation française de la pièce de Rodrigo Gracia, Golgota Picnic, jugée blasphématoire par des fondamentalistes catholiques.

 

Quelque 300 contre-manifestants partisans de la liberté d’expression sont venus, dès 17 heures, à l’appel d’organisations de gauche (Ligue des Droits de l’Homme, élus locaux, Parti de gauche, CGT, NPA, PCF, Europe-Ecologie, Attac, FSU…).

 

« La liberté de création est intouchable, que l’on aime ou pas », assure Alain, un citoyen de 52 ans. Abonné au théâtre, Habbib ajoute : « Que je sache, le blasphème n’est pas interdit par la loi républicaine laïque… » Les salariés du Théâtre Garonne, eux, se disent inquiets des mails, lettres et appels d’insultes et de menaces de mort qu’ils reçoivent depuis septembre. « En 23 ans, c’est la première fois que je vois ça ! J’ai peur et je vis très mal la situation », raconte Chantal, une employée.

 

19 h10. Postés devant les contre-manifestants, des cordons de CRS font bouclier. Venus pour dénoncer la pièce à l’appel de fondamentalistes chrétiens (l’Institut Civitas et l’Agrif), une quinzaine de prêtres en robe de bure, sœurs et catholiques débarquent en entonnant des prières et en égrenant leur chapelet. « Mais je ne vais pas regarder un spectacle aussi abominable et blasphématoire », répond l’une des sœurs aux micros des journalistes. « Je suis très choquée, déclare une catholique. Cette pièce traite le Christ de putain du diable terroriste, est-ce que vous permettriez que l’on traite ainsi votre père ? .... »

 

La pièce doit être jouée jusqu’à dimanche au Théâtre Garonne. Difficile de croire que la tension va retomber d’ici là.

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:27

 

 

Chaque semaine dévoile un peu plus les axes de campagne de la droite pour 2012. Après la chasse aux pauvres et aux chômeurs, voici maintenant au tour des malades de la fonction publique d'être dans le collimateur de l'UMP.

Pour la droite, chaque personne en congé de maladie est un fraudeur en puissance qu'il faut punir. Alors en plus, s'il cumule avec un statut de fonctionnaire, il s'agit sûrement d'un Bernard Madoff en puissance !

 

Sauf que personne n'est dupe de la manœuvre! Quand il s'agit de s'en prendre aux spéculateurs, à ceux qui escroquent les peuples et mènent le monde à la ruine, Il n'y a plus personne , singulièrement à droite.

 

Une fois de plus le couple Sarkozy/Fillon s'en prend aux gens modestes, à ceux qui travaillent dans nos écoles et nos hôpitaux.Instaurer un jour de carence n'a pas de sens  (on est malade ou pas)sinon de rechercher à faire payer le manque de recette de la sécurité sociale due aux exonérations patronales et aux dettes des enrtreprisesnqui ne versent pas leurs cotisations, ainsi qu'à une politique de destruction d'emplois par ceux-là même qui la subissent.

C'est une provacation de plus, mais ou vont-ils s'arêter dans leurs projets malfaisants.

L'indignation de suffit pas . REVOLTONS-NOUS.

UNISSONS-NOUS DANS L'ACTION pour refuser cette hallali

 

AVEC LE PCF ET  FRONT DE GAUCHE OPPOSONS-NOUS A CES MESURES

 

 

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:19

Social-Eco - le 15 Novembre 2011

Obnubilés par le triple A des agences de notation et les plans d'austérité successifs qui en découlent, Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon ne parlent plus du tout d'emploi ni de lutte contre le chômage. Pourtant, ils devraient, au vu des plans de licenciements de grande ampleur qui s'annonce chez Peugeot, la Société générale ou Paru Vendu, pour ne citer que les derniers en date.


Les dernières statistiques révélées ce mardi ne sont pas engageantes pour la France sur le front du chômage. L'emploi salarié stagne désormais, avec des créations d'emploi nettes quasiment nulles au troisième trimestre, sans perspective d'amélioration du marché du travail dans les semaines à venir, selon des économistes. A peine 7.400 postes ont été créés entre juillet et septembre dans les secteurs marchands non agricoles, après 78.300 au premier trimestre puis 33.000 au deuxième, selon les estimations de l'Institut national de la statistique et des études économiques publiées mardi.

 

 

Les plans sociaux vont s'accélérer


L'évolution est de 0,0% par rapport au deuxième trimestre (+1,0% sur un an), alors que l'emploi salarié était en hausse depuis début 2010. "Les signaux du côté du marché du travail suggèrent que la dynamique va probablement encore s'infléchir et que le point haut d'amélioration est derrière nous", a commenté Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM. Dans le langage de monsieur Tout-le-monde, les annonces de licenciements ou de plans sociaux vont s'accroître.

Sur un an, les effectifs salariés auraient augmenté de 159.500 emplois, selon les estimations de l'Insee et du ministère du travail, dont la majorité - quelque 158.200 emplois - dans le tertiaire.

 

Pour les experts, il en faudrait davantage pour faire reculer de façon décisive le chômage alors que la population active augmente d'environ 140.000 personnes par an, qui doivent désormais travailler plus longtemps. En juillet, l'âge du départ à la retraite a enregistré un premier recul de quatre mois. dans le même temps, la croissance de l'économie a connu un coup d'arrêt. "L'emploi réagit toujours avec un ou deux trimestres de retard", souligne Hervé Boulhol, responsable France à l'OCDE. Pour compléter le sombre tableau prévisionnel, un analyste de Natixis ajoute qu'au vu des chiffres de l'emploi et de l'investissement, "on voit bien que les chefs d'entreprises ont réagi très vite à un environnement qui s'est dégradé. (...) On sent bien ce choc d'incertitude qu'on a eu au cours de l'été.".

 


2,78 millions de chômeurs en France.

 

Le nombre des demandeurs d'emploi sans activité a atteint en septembre un niveau inégalé en près de douze ans, à 2,78 millions, avec, qui plus est, un accroissement du chômage de longue durée et des seniors. Le gouvernement est mal parti pour tenir sa promesse de refaire passer le taux de chômage sous la barre des 9% de la population active, malgré une diminution de 0,1 point lors du deuxième trimestre (9,1%).

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:08
Scandale :

la Grèce dépense plus d'un milliard d'euros pour acheter des chars

Alors que la Grèce, en faillite potentielle, bénéficie d'une manne d 'aides financières (UE, FMI...), elle s'apprête par ailleurs à acheter pour plus d'un milliard d'euros de chars aux Etats-Unis...


 
Scandale : la Grèce dépense plus d'un milliard d'euros pour acheter des chars...

 

Depuis des mois, il ne se passe pas une journée sans que les médias nous abreuvent d’informations concernant la probable faillite de la Grèce avec son cortège de conséquences en série, des risques de faillite des banques au risque de faillite des États (dont la France). Depuis le début les Grecs manifestent pour protester contre les plans d’austérité qui succèdent aux plans d’austérité.

 

’iL'nformation vient d’être divulguée par le quotidien espagnol « la Razon », la Grèce va acheter 400 chars lourds M1 Abrams d’occasion ainsi que 20 véhicules amphibie « AA7VA1 » aux États-Unis pour un montant estimé à 1,28 milliards d’euros. Ainsi les aident européennes à la Grèce sont consavrées à faire tourner l’industrie d’armement US. Les Polonais l’avaient inventé avec les avions de chasse en achetant en 2003 des F-16 avec les subventions européennes, les Grecs nous refont le coup en 2011 avec les chars d’assaut. Rappelons simplement que l’Armée française a en tout et pour tout 400 chars Leclerc pour 65 millions d’habitants, c’est dire si les grecs n’y vont pas avec le dos de la cuillère en terme de dépense pour leur budget militaire alors que la même semaine, comme le dit « la razon », le gouvernement grec se réunissait pour trouver 7 milliards d’économies dans les dépenses publiques.

 

Dès lors une seule question se pose : « De qui les dirigeants grecs se moquent ils ? ».

Ils s’étaient engagés à lutter contre la fraude fiscale et depuis rien et, pour nous remercier de nous serrer la ceinture pour eux (et nous n’avons encore rien vu), ils achètent des armes en quantité astronomique aux USA.

On attend de la part de nos dirigeants la demande d’annulation pure et simple de ce contrat par l’État grec car

ce sont des dépenses inutiles , sauf pour les  armateurs US.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:25

L’interrogation de l’histoire à travers la fiction, entretien avec Didier Daeninckx, écrivain

La vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite


Nicolas Dutent : Si on opère un retour rétrospectif sur votre œuvre, une question qui s’impose est de savoir de quelle manière vous avez décidé de permettre et de réussir la synthèse entre mémoire historique et démarche romanesque.

 

Didier Daeninckx : Au départ ce n’est pas une volonté théorique de choisir cette manière d’interroger l’histoire par le biais de la fiction. Cela tient vraiment à un parcours personnel. Dans une première période, le roman m’a permis d’interroger des moments de ma propre histoire, et d’élucider certaines interrogations en jetant des hypothèses. Mon premier roman, avant Meurtres pour mémoire (1984), évoquait la construction de la centrale de Fessenheim et traitait des enjeux liés au nucléaire dès les années 1970. Il interrogeait par exemple la manière dont une société est saisie d’une technique qui peut la conduire à sa destruction.Je venais d’un milieu extrêmement confiant dans l’idée de progrès, qui était alors considéré comme quelque chose d’obligatoirement positif et libérateur et, d’un seul coup, cet espace était confronté à quelque chose qui disait le contraire, pointant l’incapacité  d’aborder cette interrogation environnementale.Juste derrière j’ai écrit Meurtres pour mémoire, qui questionnait la guerre d’Algérie, les répressions, le fossé qui s’était creusé entre des gens qui portaient un discours et une action indépendantistes et des forces progressistes qui les avaient lâchés. Je m’étais alors inscrit dès 1983 dans l’interrogation du silence d’une société sur les responsabilités de gens arrivés aux plus hautes instances du pouvoir. Tels Maurice Papon ou Bousquet en embuscade. Il y a dans mes livres d’une part une critique de l’état de la société mais aussi un regard parfois effaré sur mon propre camp, une forme de désespoir raisonné sur ses insuffisances et petites lâchetés.

 

Guillaume Quashie-Vauclin : Ce qui est justement frappant dans Missak, c’est cette sorte d’état d'esprit historien qui est le vôtre à certains égards, votre volonté de comprendre et de faire comprendre qui est Dragère. Sans amener le lecteur à juger de manière trop frontale. Cette démarche, pourtant ancrée dans le code génétique de la discipline historique, un certain nombre d’historiens s’en écartent paradoxalement aujourd’hui… Comment conciliez-vous donc l’exigence de la méthode historienne et son articulation avec les « droits imprescriptibles de l’imagination » (La Semaine Sainte, Aragon) ?

 

DD : Pour Missak, cet enjeu a été encore plus évident que dans mes autres romans. Par l’intermédiaire d’un personnage clairement identifié, ma recherche a été celle du vraisemblable. Constatant des « trous » énormes dans la biographie de Missak Manouchian, ma volonté a été de rechercher ses actes à partir d’éléments concrets datant par exemple de 1938/40 et en tirer des éléments romanesques vraisemblables. Confronté au pacte germano-soviétique et apatride, les Allemands ayant eu à l’époque une responsabilité majeure dans le génocide arménien, comment va-t-il se comporter ? Si nous n’avons pas de textes, nous savons comment il va agir, il le fera en s’enrôlant dans l’armée française dès 1939. Il est ainsi tout sauf dans une position attentiste ; il est dans une démarche de lutte contre le nazisme qui le pousse à se retrouver instructeur en Bretagne. Tout ce parcours est vérifiable. Si ce travail est à base historique, sans que je sois pour autant historien, j’emprunte effectivement ces techniques d’interrogation de la réalité. Mais l’historien, lui, ne s’autorisera jamais à constituer des scènes et à « placer » le personnage. Ce travail s’est accompagné par ailleurs de nombreuses découvertes d’archives, avec l’injonction correspondante de ne jamais excéder la réalité vérifiée du personnage. Sans pour autant se priver de l’invention romanesque : cette voie est donc extrêmement étroite. Aragon avait si bien montré dans le Cycle du Monde réel sa capacité à interroger à la fois son époque et sa relation à son père, préfet de police ; la filiation est donc là, en abîme, elle devient un enjeu essentiel à côté du travail de retranscription historique.

 

ND : Envisagez-vous donc la fiction comme un moyen, si ce n’est d’accéder à la vérité (entreprise fort risquée et incertaine), mais de la rétablir lorsque celle-ci pour des raisons parfois obscures a été bafouée, comme par exemple le 17 octobre 1961 ?

DD : C’est dire en effet une partie des éléments de la vérité qui ont été dédaignés, mis de côté, rabaissés. Mais au moment de la production du livre, cette intention ne préexiste pas. C’est un constat a posteriori, possible rétrospectivement. Le plus essentiel demeure pour moi le point de vue adopté pour faire en sorte d’être au plus près de la réalité. Cette question du point de vue est résolue de manière différente dans Meurtres pour mémoire où j’entreprends un travail sur trois époques par un jeu de miroir, tandis que dans Missak, c’est choisir le moment où on peut débusquer les non-dits quand les choses ne sont pas encore dites vers 1955/56 (Budapest, rapport de Khrouchtchev). On navigue entre le mensonge absolu et le début des aveux. C’est là qu’Aragon, personnage non central mais important de ce roman, écrit son magnifique poème « l’Affiche rouge » qui pose le problème de la vérité et montre les contradictions et les tensions du moment, de ce qu’on nous a rabâché, de ce qu’on a pris alors pour vérité [...].Ce qui me passionne dans l’écriture c’est ce passé récent qui a encore une charge sur le quotidien. Meurtres pour mémoire n’est ainsi pas écrit n’importe quand : il prend forme en 1983 au moment de la marche des Beurs, quand un mouvement profond se développe dans notre pays où une partie de la population discriminée se rend compte qu’elle est discriminée aussi parce qu’on l’a privé non pas seulement de territoires, mais de territoires imaginaires notamment. Cette irruption-là, comme le 17 octobre 1961, est centrale car les acteurs de cette nuit-là ne sont pas à considérer en premier lieu comme des victimes – certains l’ont été et ce, horriblement – mais j’y vois avant tout une exigence de dignité et de citoyenneté dont le cœur de Paris est le théâtre (les manifestants devaient confluer place de l’Étoile) et qui s’exprime dans le défi suivant : « on vous regarde en face comme votre égal et ce territoire, nous avons le droit de le fouler des pieds ». Cette irruption de dignité est essentielle et traverse le 17 octobre 1961. C’est un défi historique majeur, tellurique, avec un peuple colonisé qui défie un empire en son sein, au cœur de sa capitale. Le travail de mémoire autour du 17 octobre 1961 est décisif car il met en lumière le dépassement en acte du statut de victime ou de colonisé et valorise une pleine phase avec la citoyenneté et l’histoire. Quand je travaille, j’utilise mes intuitions au service de hasards, mais de « hasards objectifs » comme le dit l’ami contradictoire d’Aragon (André Breton). Dans ce que j’ai envie d’écrire, il y a des choses qui ont été disposées dans l’histoire contemporaine qui me permettent de les aborder et de les mettre en perspective aujourd’hui.

 

ND : Votre roman Missak, tout en donnant des clés de lecture et de compréhension nouvelles et précieuses pour ce qui est du parcours du poète arménien M. Manouchian, opère un retour attendu sur la polémique liée à l’Affiche rouge. Avez-vous eu l’intention, consciente ou inconsciente, de faire découvrir enfin à un plus grand nombre le destin pour le moins exceptionnel des vingt-trois membres des FTP-MOI de la région parisienne ?

 

DD : J’ai toujours été fasciné par le personnage de Missak Manouchian, par tout ce qu’il peut dire ; j’avais des éléments de lecture et de rencontres mais j’avais le sentiment que sa statue lui faisait de l’ombre. Comme c’est le cas pour certains héros. Le personnage était trop insuffisamment exprimé, avec des manquements énormes. Il y avait aussi les promesses non tenues, comme sa dernière lettre qui fait figure d’icône littéraire et donne naissance au poème d’Aragon et à la chanson de Ferré. Dans cette lettre, des choses sont demandées mais ne sont toujours pas tenues. Il demande à ses camarades d’éditer par exemple ses poèmes. C’était en février 1944 ; nous sommes en octobre 2011. Qu’on me montre une seule traduction française, ne serait-ce que d’une vingtaine de ses poèmes ! Le point de départ était donc celui-là : restituer une partie  de sa parole et de son itinéraire qui n’étaient pas apparents. On s’interroge ainsi peu ou pas sur son parcours politique. Comme s’il était né avec la carte du PC arménien... J’ai voulu traduire l’histoire d’une prise de conscience qui tient dans la rencontre avec la langue française, ce qui n’est pas banal. Il y avait aussi un flou à résoudre sur la présence et l’action près de lui du militant trotskiste de la bande, Manoukian. Il m’a fallu voir comment les pièces qui semblaient appartenir à un autre puzzle pouvaient prendre place dans le « puzzle Missak Manouchian ». Par ailleurs, en décidant que le point de vue adopté serait l’inauguration en mars 1955 de la rue du Groupe-Manouchian à Paris (XXe), j’ai pu aussi bien donner un rôle déterminant au journal L’Humanité (à partir de recherches réalisées à Bobigny, aux archives) ou à Willy Ronis que m’inspirer pour une bonne part de Jean-Pierre Chabrol pour fabriquer et asseoir mes personnages dans le roman.Dans ce paysage de nuages, on parvient progressivement à lever ces mystères, au milieu de certaines impossibilités toutefois. Ma méthodologie a ensuite été facilitée par certains épisodes romanesques comme la découverte d’archives personnelles le concernant. Pour la petite histoire, alors que je commençais le travail de lecture, j’ai appris qu’une exposition sur la résistance arménienne se tenait au musée Jean-Moulin au dessus de la tour Montparnasse. Il y a de nombreux documents de la préfecture de  police, de filatures, de comptes rendus et diagrammes établis à l’époque et certaines choses émouvantes comme la Bible sur laquelle Jean Epstein écrivit le nom de son fils en prenant ce faisant un risque incroyable. Et il y avait un tableau datant de 1925/27, une huile de très bonne facture représentant M. Manouchian, nu et sportif. Je relève le prénom du peintre et me renseigne naturellement sur sa provenance. Après des recherches, je retrouve la personne ayant prêté le tableau et je tombe sur Katia Guirogossian qui se trouve être la nièce de M. Manouchian. Mélinée avait une sœur, Armène, qui est la grand-mère de Katia dont je suis devenu assez proche. Elle m’apprend alors qu’elle possède des sanguines, des études, des photos et plusieurs cartons de documents appartenant à Missak et Mélinée, ainsi qu’à Armène passée sous silence dans l’histoire du groupe Manouchian... Elle me confie qu’elle n’a jamais osé lire dans le détail tout cela, le poids de l’Histoire étant trop massif. Croyant être engloutie par ce passé, elle me demande si je veux bien lire ce qui se trouve dans ces témoignages divers. C’est essentiellement là-dedans que j’ai trouvé et puisé une grande partie de ce qui se trouve dans le livre. Comme le fait de tomber sur l’original de la dernière lettre de Manouchian glissé dans la lettre qui porte le nom de Mélinée, et dont on s’aperçoit quand on la retourne qu’il est inscrit : « Missak Manouchian, section allemande de la prison française de Frênes. » Il domine le moindre mot qu’il trace : tout est net, calibré. On sait qu’il s’adresse à l’Histoire.Quand je repose cette lettre, il y a la sœur de cette lettre, avec une enveloppe et un papier identiques. L’avant-dernière qu’il écrivait à Armène, la sœur de Mélinée et dans laquelle il y a le début de « l’énigme Manoukian » et sa résolution : dans cette lettre – document inédit et authentique que personne n’a eu entre les mains hormis sa famille, document reproduit pour la première fois dans mon roman – il confie à Armène un devoir sacré, celui de prendre en charge et de défendre la mémoire de son ami Dav’tian dit Armenek Manoukian. Le fait que ce soit le seul de ses compagnons cité représente une importance capitale et un enjeu considérable.

 

GQV : Ce Dragère enquêteur, curieux et admiratif de la figure communiste peut-être exemplaire de M. Manouchian, n’est-ce pas finalement une certaine projection de l’objet et du contenu de votre travail ?

 

DD : Il y a de cela. Il y a en germe également cette interrogation : comment gérer les désillusions ? Considérons néanmoins qu’il s’agit non pas d’un travail de déconstruction mais d’« amplification » de la figure de Manouchian. Un personnage meurtri mais dont l’image n’est jamais abîmée. Il est en échec dans tout son univers mais il se fortifie sur des adhésions et des principes. Il y a ce double mouvement qui fait que la vérité sur Manouchian est bien plus enthousiasmante que ce qui avait été compris ou construit. Cette complexité nous conforte dans l’idée que la vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite.

 

Entretien réalisé par Nicolas Dutent et Guillaume Quashie-Vauclin

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:12

 

Par Jean-Pierre Brard député de Seine-Saint-Denis.

 

Le développement de l’influence des intérêts privés sur la décision publique est une illustration de la grave crise que connaît notre système représentatif, tout à la fois sa cause et la conséquence de celle-ci. La loi québécoise assimile le lobbying à l’ensemble des « communications orales ou écrites avec un titulaire de la charge publique en vue d’influencer ou susceptibles d’influencer la prise de décision ».

 

En tant que parlementaire, je suis, chaque jour, destinataire de dizaines de courriels, de lettres et d’appels qui pourraient se rattacher à cette définition. Chaque jour, associations sectorielles, groupements professionnels, organismes publics et privés attirent mon attention, comme celle de mes collègues, sur tel ou tel point des projets et propositions de loi en discussion dans l’Hémicycle. Chacun des « communicants » y défend la vision de ses commanditaires, son interprétation, ses intérêts catégoriels et, le plus souvent, souhaite établir un contact direct avec le législateur que je suis.

 

J’ai, personnellement, pour règle de ne jamais accepter de rendez-vous que je n’aurai moi-même sollicités, à moins que ces rencontres ne se fassent à plusieurs parlementaires et soient l’occasion d’un véritable échange de vues et non une simple entreprise de promotion d’intérêts sectoriels (par exemple syndicats ou médecins du travail)  

 


La  sauvegarde de l'intérêt général


Ces conditions réunies, ces échanges permettent de confronter et de mûrir nos arguments, nourrissant notre réflexion de législateurs en prévision de nos débats dans les commissions et à la tribune de l’Assemblée. Ils peuvent, alors, apporter un éclairage utile - bien qu’orienté - sur tel ou tel sujet de société soumis, souvent dans l’urgence, à la discussion de parlementaires qui ne peuvent évidemment pas être spécialistes de tout.

 

A l’élu qui participe à ces échanges de faire la part des choses et de séparer le bon grain de l’ivraie. Les véritables problèmes surgissent lorsque ces groupes d’intérêts se muent en groupes de pression et lorsque certains élus, oubliant toute distance critique, reprennent à leur compte et in extenso (négligeant sciemment les guillemets) la défense de ces intérêts particuliers au mépris de l’intérêt général ; et ce, sans que cela implique nécessairement une quelconque corruption.

 

Il suffit pour s’en convaincre de lire le journal officiel, les questions écrites au gouvernement qui sont exactement identiques d’un parlementaire à l’autre, parfois ponctuation comprise ! L’absence, en France en général et au Palais Bourbon en particulier, d’une réglementation véritablement contraignante en la matière et d’une définition claire peut inciter certains à rester flous quant aux éléments qui ont conduit à leur prise de position au nom du peuple français.

 

L’action des groupes d’intérêts en France est une réalité de fait. Nier cette réalité alimenterait dangereusement la suspicion du peuple sur l’ensemble de ses représentants. La limite à ne pas franchir, celle qui s’impose naturellement, c’est celle de l’intérêt général. La boussole en la matière, nous a été donnée par Jean-Jacques Rousseau : « […] quand il se fait des brigues, des associations particulières aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres et particulière par rapport à l’Etat. […] Il importe donc pour bien avoir l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de sociétés partielles dans l’Etat » (in Le Contrat social).

 

A travers les siècles, les corps intermédiaires opérant au sein de l’Etat, demeurent bel et bien des obstacles à l’expression de la souveraineté indivisible du peuple. L’enjeu aujourd’hui est, ni plus ni moins, celui de la démocratie et de la sauvegarde de l’intérêt général confronté à un mode de gestion des affaires publiques faisant la part belle aux intérêts privés et qui connaît, ces dernières années, une croissance inquiétante.

 

 

Exemples de privatisation progressive de la décision publique


Ce développement de l’influence des intérêts privés sur la décision publique est une illustration de la grave crise que connaît notre système représentatif, tout à la fois sa cause et la conséquence de celle-ci. Réponse négative à la technicisation croissante du politique et à la surproduction législative imposée par l’exécutif, ce développement est aussi le signe inquiétant d’une privatisation progressive de la décision publique conduite aux bénéfices de groupes d’intérêts et au détriment du peuple. Il signale un affaiblissement de l’Etat républicain et de ses institutions et laisse à penser à la société civile que la démocratie représentative ne représente plus, désormais, que ceux qui, par leur position privilégiée au carrefour du monde politique et du monde économique, sont en capacité d’influencer l’élaboration des normes et la décision des pouvoirs publics. Il contribue enfin à décrédibiliser l’activité délibérative des citoyens et de leurs représentants et fragilise jusqu’à l’idée même d’intérêt général, de démocratie et de res publica.

 

L’actualité nous fournit, hélas, de nombreux exemples de cette crise de la démocratie. Ces exemples soulignent l’ampleur de la servitude du pouvoir sarkozyste vis-à-vis de ses soutiens et de ses « clients ». Ainsi le 7 septembre dernier, lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative, flairant le piège du MEDEF, je dénonçai dans l’Hémicycle, les amendements du député Jean-Michel Fourgous qui, depuis, se sont avérés avoir été écrits par deux cadres de la Fédération française des sociétés d’assurances… De même que le MEDEF, la Scientologie (la secte américaine) semble disposer, au cœur de l’appareil étatique, de puissants soutiens capables de modifier des dispositions législatives et de protéger l’organisation sectaire contre sa dissolution. Plus grave encore, la récente affaire Servier et les tentatives réussies du laboratoire pharmaceutique d’imposer ses vues aux parlementaires et aux organismes institutionnels de veille sanitaire au mépris de la santé publique nous alertent sur les dangers concrets d’un lobbying uniquement motivé par l’appât du gain. Ils mettent également au grand jour, le travail de sape réalisé dans l’ombre par les « représentants d’intérêts », auprès des élus.

 

 

Des garde-fous


Une récente étude le confirme, « le nombre d’organisations figurant sur le registre des représentants d’intérêts (124) mis en place en octobre 2009 par l’Assemblée nationale est largement inférieur au nombre des acteurs auditionnés (4 635) par les parlementaires » (in Etude sur l’influence à l’Assemblée nationale, Transparence International France et Regards citoyens, mars 2011). Cette étude nous permet de constater que les dispositions encadrant et définissant les « représentants d’intérêts » semblent clairement inadaptées car les contacts entre lobbyistes professionnels et décideurs politiques apparaissent passer par des voies constituées hors du champ réglementaire propre à l’Assemblée. Non publics, ces contacts sans être toutefois illégaux contournent les quelques dispositions du règlement qui leur sont consacrées. Les articles 23 et 26 ne font ainsi que réglementer l’accès des « représentants d’intérêts » au Palais Bourbon. Ce qui se passe hors des murs de l’Assemblée est, en revanche, passé sous silence.

 

On le voit, les garde-fous de l’intérêt général sont bien limités. Seul l’article 79 encadre l’engagement des députés en faveur des intérêts particuliers en leur interdisant « d’adhérer à une association ou à un groupement de défense d’intérêts particuliers (…) ou de souscrire à l’égard de ceux-ci des engagements concernant sa propre activité parlementaire »Contrairement à ceux qui, à droite, souhaitent installer le lobbying au cœur de la démocratie, et revendiquent ouvertement les bienfaits de la privatisation des étapes « information » et « réflexion » du processus décisionnel public (cf. le Rapport d’information sur le lobbying présenté en 2008, par Jean-Paul Charié), je suis pour bouter les lobbies hors de nos institutions et pour encadrer strictement les relations entre les élus et les personnes morales ou physiques dont l’activité professionnelle consiste à représenter des intérêts particuliers dès lors que ces contacts ne sont pas publics.

 

A cette fin, j’ai déposé deux propositions de loi visant à assurer l’indépendance de la fonction publique et des élus vis-à-vis des intérêts privés. Toutefois, ces dispositions, bien qu’utiles, ne peuvent suffire. Car le problème fondamental est celui de la connivence, la porosité, entre un certain monde politique et celui des affaires. C’est cette collusion d’intérêts entre membre d’une même classe qui fait la force de l’oligarchie. La communauté de vie au sein de mêmes quartiers, les parcours universitaires communs, les mariages « endogames », les postes-clefs au sein des grandes entreprises privées et publiques détenus et échangés « entre-soi », les réunions de clubs, les parties de golf, les vernissages… L’oligarchie s'affirme comme une classe consciente d'elle-même et de ses intérêts qu’elle protège en exerçant un « contrôle » de tous les instants sur les membres de ses réseaux.

 

Comme le dénoncent fort justement les Pinçons-Charlot, « chacun multiplie son pouvoir par le pouvoir des autres, augmentant d'autant la puissance de l'ensemble ». La nuit du Fouquet’s, le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, a marqué le triomphe public de cette connivence entre toutes les composantes de la classe dominante : grands patrons, politiques et show-biz (connivence que l’on retrouve dans la scandaleuse affaire Tapie). Elle a symbolisé la fin de l’intérêt général comme but de l’action publique.

 

Si l’on veut mettre fin à ce lobbying de tous les instants d’une classe au bénéfice d’elle-même, il nous faut prendre conscience de nous-mêmes, de la force de notre solidarité. Il nous faut, comme l’oligarchie, défendre nos intérêts, ceux de notre classe et nous organiser pour abolir définitivement les privilèges de quelques centaines de familles qui décident, à la place du peuple du sort de la France. Créer des barrières pour que ne meure pas la démocratie ne suffira probablement pas. Il en va du système politique comme du système économique et financier, il faut rompre et non l’accompagner. Décidément, nous avons besoin de la VIe République.

 

*Jean-Pierre Brard est député de Seine-Saint-Denis.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:01

Novembre 2011


Travail dissimulé, non déclaré, sous-déclaration des accidents du travail et maladies professionnelles... N'en déplaise à Nicolas Sarkozy et François Fillon tout à leur chasse à l'"assisté", ce sont les entreprises, et non les assurés sociaux, qui causent le plus lourd préjudice financier à la Sécurité sociale. (article du 11 août dernier)

 

Pour esquiver la responsabilité de leur politique dans le déséquilibre des comptes sociaux, l'UMP, par la voix du député Mariani et du ministre du Travail, Xavier Bertrand, braque à nouveau les projecteurs sur la fraude sociale en l'imputant, a priori, aux allocataires, tous promis à un fichage généralisé.

 

Si le sujet ne se prête guère à des chiffrages précis, les évaluations faites officiellement discréditent les auteurs de cette opération politicienne. À l'assurance maladie, par exemple, où, selon Pierre Fender, directeur chargé de la répression de la fraude, celle-ci «est probablement inférieure à 1% du montant des prestations versées», la majorité des fraudes détectées n'incombent pas aux assurés sociaux mais aux professionnels de santé.

 

Sur l'ensemble de la Sécurité sociale, selon un rapport, déposé fin juin à l'Assemblée, du député UMP Dominique Tian, la fraude aux prestations s'élèverait de 2 à 3 milliards d'euros. Soit, au plus, 0,5% du total des prestations. Tandis que la fraude aux cotisations des entreprises, serait 4 à 5 fois plus coûteuse: entre 8 et 15,8 milliards d'euros, relevant essentiellement du travail dissimulé. De 10 à 12% des entreprises sont en infraction.

 

Ainsi, pas moins de 5 à 7% des salariés ne sont pas déclarés à la Sécu, une «pratique courante, pour ne pas dire banalisée, dans certains secteurs économiques», souligne le rapporteur. Les grandes marques de l'habillement en sont particulièrement coutumières, en recourant à des ateliers clandestins.

 

Le plus souvent, les entreprises coupables échappent aux redressements de cotisations, par le biais d'une opportune mise en liquidation judiciaire. La fraude patronale prend aussi d'autres formes, moins directes, mais non moins préjudiciables aux finances sociales.

 

Ainsi de la sous-déclaration des accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP): non déclarés comme tels, par les salariés, sous la pression de leurs employeurs, ils sont alors pris en charge par l'assurance maladie, en lieu et place de la branche spécifique AT-MP de la Sécu, financée seulement par... les entreprises. Il en coûte chaque année entre 600millions et 1,1 milliard d'euros à la caisse d'assurance maladie, selon un rapport officiel.

 

Toute honte bue, le pouvoir sarkozyste préfère stigmatiser l'ensemble des allocataires sociaux que de s'attaquer aux puissants délinquants.

 

La fraude chiffrée par la CNAM. 156,3 millions d'euros: c'est le montant des fraudes à l'assurance maladie, toutes catégories confondues, détectées et stoppées en 2010, selon le récent rapport de la délégation nationale à la lutte contre la fraude.

 

Près de la moitié, 71,1 millions d'euros, est imputée aux hôpitaux et aux cliniques (lesquels invoquent souvent des erreurs dans la codification des actes, liée à la réforme de la tarification à l'activité). Viennent ensuite diverses catégories de professionnels de santé, en premier lieu les infirmiers libéraux et les transporteurs. Du côté des assurés, la fraude la plus importante, selon le rapport, concerne les indemnités journalières (IJ) pour arrêt maladie (pour 5,4 millions d'euros). Mais ici aussi la frontière est ténue entre fraude et erreur, note un conseiller CGT de la Cnam: un salarié dont on a mal calculé les IJ sera jugé fraudeur alors qu'il ne maîtrise en rien la déclaration faite par l'employeur.

  • A lire:

Nicolas Sarkozy instaure le travail forcé pour les bénéficiaires du RSA

Yves Housson

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:58
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BRUNO FORNACIARI

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