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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 08:25

Attentats Paris - Intervention d'André Chassaigne au Congrès

Messieurs les présidents,

Mes chers collègues,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

La vie, la liberté ont été frappées, ensanglantées, à nouveau à Paris.

Le terrorisme aveugle a tué des anonymes, dont nous découvrons progressivement les noms inscrits sur la liste interminable des vies volées lors de cette sinistre soirée de vendredi.

Sans faire de distinction d’origine ou de religion, les criminels ont frappé aveuglément. Ils ont frappé dans des « lieux de vie où l’on fête la vie », un stade de foot, un restaurant, une salle de concert…

À travers le visage des victimes, c’est le visage de la France et de l’humanité dans toute sa richesse, sa jeunesse et sa diversité qui a été visée par ces actes de barbarie.

C’est la République, ses valeurs, son histoire, ses lumières, qui viennent, une fois encore, d’être frappées au cœur.

Mais la République est débout. Elle est débout et elle le restera !

Elle est debout car elle est forte de ses valeurs de Solidarité et de Fraternité.

Nos infirmières et médecins, nos forces de l’ordre, nos concitoyens ont su se mobiliser et incarner ces valeurs par leur dévouement. Leur implication de tous les instants depuis les attaques terroristes.

Ces gestes de solidarité ont pris des formes multiples, y compris par les réseaux sociaux. Les Parisiens ont ouvert leurs portes aux personnes qui cherchaient un abri pour fuir le chaos, ils donnent aujourd’hui leur sang après l’appel au don qui a été lancé par les autorités.

Ce formidable élan de solidarité de ces héros anonymes associé au courage et au dévouement du service public de la police, de la gendarmerie, des pompiers, du Samu et des soignants prouve combien notre pays est grand, combien il est beau quand les citoyens s’unissent, quelles que soient leur situation sociale, leur couleur de peau, leur origine, leur religion, pour résister à la barbarie et la violence aveugle.

C’est à cet élan de résistance qu’il faut donner force et durée contre le poison de la division que des voix irresponsables ont malheureusement répandu, dès les premiers instants. La division de notre communauté nationale est l’objectif recherché, théorisé, des terroristes qui agissent au nom de Daech. Tous ceux qui alimentent cette division, sont, de fait, des relais de Daech.

C’est pourquoi nous refusons tout amalgame, tout discours islamophobe qui tente de récupérer le drame national. Ce serait à la fois profondément injuste et dangereux. Les musulmans ne forment qu’une communauté, celle qu’ils forment avec nous, la communauté nationale. Eux aussi sont assassinés par les terroristes, eux aussi font vivre notre pays, sa police, son armée, ses écoles, ses hôpitaux come ses usines. Eux aussi aspirent à la paix. En les stigmatisant, c’est la communauté française toute entière qui est fragilisée. Ce serait la première des victoires des terroristes.

Notre pays a besoin, plus que jamais, d’un Etat fort et de refonder son avenir sur des choix politiques transformateurs et partagés, affrontant courageusement toutes les dominations, toutes les discriminations, toutes les inégalités pour offrir un rempart solide face aux divisions.

Face à la terreur, le pire peut se produire. Le pire, mais aussi le meilleur. Nous l’avons vu au cours de ces trois derniers jours.

Ensemble, luttons jusqu’au bout pour que le meilleur l’emporte face à l’épreuve qui frappe notre peuple, ou plutôt les peuples du monde, afin qu’ils ne sombrent pas dans les pires turpitudes, comme le souhaite l’ennemi que nous devons affronter et combattre sans pitié.

Je dis les « peuples du monde » parce que les terribles images de ce vendredi soir sanglant dans notre capitale et la frayeur qui s’est abattue sur notre pays nous ont donné un aperçu de ce que vivent les milliers de réfugiés qui fuient les théâtres de guerre, notamment en Syrie et en Irak, où prospère Daech.

Daech, cette créature monstrueuse qui a frappé en moins d’un mois Ankara, Beyrouth et Paris n’est pas un phénomène spontané. Daech a une histoire dont les racines sont ancrées dans la situation de chaos provoquée par les interventions de 2003. Depuis la guerre en Afghanistan, les foyers du terrorisme international se sont multipliés. Al Quaeda – « création américaine », selon les propres mots d’Hilary Clinton – est aujourd’hui supplantée par Daech que la politique occidentale menée dans la région a en grande partie enfanté.

C’est pourquoi il conviendra de s’interroger, avec le Parlement dans son ensemble, sur les effets de notre politique internationale et diplomatique dans la guerre contre Daech. Nous devrons mesurer les conséquences des « guerres globales contre le terrorisme » sur le recrutement de ses terroristes, autrement dit sur le terreau qui alimente cette armée. Nous devrons réfléchir sur les moyens, au-delà des bombes, de terrasser notre ennemi en asséchant ses mannes financières colossales. Nous devrons enfin nous demander si les peuples sont prêts à tous les compromis avec les puissances fondamentalistes de la région au prétexte qu’elles sont libérales économiquement et que nous commerçons avec elles. Je le dis avec gravité : nous ne serons pas en mesure d’offrir la sécurité légitime auquel notre peuple aspire sans résoudre toutes ces questions.

L’état d’urgence a été déclaré sur notre territoire national et devrait être prolongé pour plusieurs mois. Le parlement devra donner son autorisation dans les jours qui viennent et modifier la loi de 1955. Nous examinerons ce projet de loi avec la volonté chevillée au corps d’offrir la meilleure des sécurités à nos concitoyens sans mettre en péril les libertés auxquelles ils sont, et nous sommes, tant attachés. Protéger les français, notre République, c’est aussi protéger nos libertés fondamentales. Cette approche doit être au cœur de nos décisions.

Le Gouvernement doit être assuré de notre soutien à toutes les mesures qu’il mettra en place pour vaincre les criminels qui sont à l’origine de ce cauchemar dont nous avons peine à sortir, pour déjouer tous les crimes que Daech souhaiterait perpétrer sur notre territoire ou dans d’autres pays pour former son califat bâti sur les ruines de l'Irak et de la Syrie.

Il doit être également convaincu de toute notre détermination à ne pas voir notre pays sombrer dans la peur et les divisions qui nous conduiraient aux pires erreurs que notre ennemi souhaite nous voir commettre.

Nous œuvrerons donc, encore et toujours, pour donner à notre Etat les moyens de sa propre force et de son courage, les moyens de remplir ses missions régaliennes sans lesquelles nous sommes condamnés à l’échec. Comment vaincre sans une armée et une police forte ? Comment résister sans un service public de secours et de santé performant ? Comment prévenir sans une école à la hauteur de sa lourde tâche d’éduquer et de former les citoyens de demain ?

Ces questions nous semblent essentielles.

Le deuil national dure trois jours, le deuil personnel de chacune des familles touchées durera infiniment plus longtemps. Chacun, je le crois ici, aura aussi un long travail de deuil à faire et pleurera encore longtemps toutes ces victimes qui sont une perte immense pour notre pays.

Je pense aussi à tous nos enfants qui doivent continuer à s’épanouir malgré un environnement violent. C’est pourquoi, nous responsables politiques, représentants de la nation, nous devons faire face au défi terroriste avec responsabilité, courage et dignité.

Nos concitoyens comptent sur nous pour être à la hauteur, dans l’unité et la cohésion nationale pour leur offrir un monde meilleur, un monde plus juste.

Et alors, nous pourrons dire avec le poète : « un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange, Un jour de palme un jour de feuillages au front, Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche ».

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 18:37

Monsieur le Président du Congrès,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,

Deux jours ont passé et le choc des premières minutes est toujours présent.
Paris, Saint-Denis sa voisine, ont subi des attentats les plus violents dans notre pays depuis la seconde guerre mondiale.
Des dizaines et dizaines de vies, souvent jeunes, ont été brutalement interrompues. Des centaines de corps ont été meurtris, blessés. Des milliers de citoyens, de femmes, d’hommes, d’enfants, témoins, familles ou proches, sont directement confrontés au malheur.

Après janvier, les terroristes ont à nouveau frappé la France au cœur.
Ce vendredi 13, ce vendredi noir qui marquera l’histoire de notre pays, c’est notre peuple tout entier qui a été agressé de manière aveugle, barbare.

Le massacre du Bataclan, les tueries dans les cafés et restaurants, l’effroi semé au Stade de France, poursuivent un objectif nouveau, celui de toucher nos concitoyennes et nos concitoyens dans leur quotidien, dans leur vie.
Notre jeunesse a payé un lourd tribu dans ce Paris qui, chaque fin de semaine, s’emplit de joie, de bonheur.
« Paris est une fête » écrivait Hemingway. Aujourd’hui, Paris est une tragédie.
A cette tribune de Versailles, mon premier sentiment est donc l’émotion, l’émotion du deuil.

Mes pensées vont donc, avec mes amis du groupe, auprès de ceux qui souffrent aujourd’hui dans leur cœur et dans leur corps. Je tiens à saluer avec force, l’action courageuse des forces de sécurité, leur dévouement à la République. Je tiens à saluer l’action remarquable des services de santé confrontés à une situation inédite et aux pompiers. Encore une fois, ces grands services publics ont fait face et le peuple les remercie.

Notre peuple, c’est une évidence palpable, n’en peut plus de cette menace, de cette angoisse d’un éternel recommencement.

Il veut comprendre, il veut agir pour vivre en paix. Il veut rester uni.

Ce matin, dans les milliers d’établissements scolaires, nos enfants, nos adolescents ont cherché à comprendre, ils ont débattu. Nous, adultes, élus ou non, nous cherchons aussi à comprendre.

Qui compose DAESH ? Qui compose son armée ? Qui sont ces hommes et femmes prêts à mourir pour une cause qui est absurde. Quels sont les chemins qui amènent à devenir des assassins d’une brutalité qui rappellent les heures les plus sombres de l’Humanité ?

Pour combattre un ennemi, il faut le connaître.

Il faut expliquer, montrer les origines géopolitiques, rappeler les responsabilités bien réelles des puissances occidentales avec ses guerres destructrices de l’Irak, de l’Afghanistan, le non-sens de l’intervention en Libye pour bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une guerre contre l’islam, mais contre une organisation politique, terroriste.

Agir pour vivre en paix.

Notre peuple veut la sécurité.

Il fallait donc prendre des mesures d’urgence, ce qui a été fait vendredi soir avec raison par le Président de la République. Face à la violence d’attaques multiples, l’Etat d’urgence est aujourd’hui pleinement justifié.

Les forces de police doivent disposer des moyens nécessaires pour réagir avec fermeté et célérité.

Mais comme le disait M. le Premier Ministre lui-même le 13 janvier dernier devant l’Assemblée nationale, « A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles, mais je le dis avec la même force, poursuivait-il, jamais des mesures d’exception qui dérogeraient aux principes du droit et à nos valeurs ».

C’est à la lumière de vos propos, M. le Premier Ministre, que nous étudierons les futures modifications proposées à la loi de 1955 qui instaura le principe d’état d’urgence.

Renforcer la sécurité dans le respect des libertés publiques sera le principe qui guidera notre appréciation.

N’oublions pas que l’objectif de DAESH est de semer l’effroi pour ébranler notre société et pousser à la remise en cause des principes qui fondent la République. L’objectif de DAESH est donc profondément politique.

Il vient pousser à la confrontation, à la division, et dans ses rêves les plus fous, à la guerre civile. Attention donc à la stigmatisation !

Evitons le piège qui nous est tendu. Ce fait qui fait la force de la France, la France de notre peuple, c’est la Liberté et nous veillerons avec beaucoup d’autres que dans le dur et nécessaire combat qui nous attend, cette liberté demeure au cœur de notre action.

C’est pour ces raisons que nous nous interrogeons sur une prolongation longue et mal définie de l’Etat d’urgence. Protéger notre peuple n’est pas qu’une affaire de lois sécuritaires renforcés. Combien en une décennie ? Pour quelle efficacité ? Par contre, il faut des moyens pour les services publics et là il y a un vrai débat.

Je le disais à la tribune du Sénat le 13 janvier, l’austérité n’est pas compatible avec la guérison de maux terribles qui minent notre société dont cette grave menace terroriste.

Des moyens nouveaux devront être débloqués, c’est une nécessité mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment d’autres services publics qui à notre sens sont également indispensables à la résolution des problèmes de radicalisation de certains individus : la justice, la santé et surtout l’éducation nationale et la politique associative.

Le choix des moyens consacrés est donc crucial.

Construire une paix durable dans le monde, en particulier dans le grand moyen Orient.

Notre opinion est sans ambiguïté : il faut détruire DAESH, jeter aux oubliettes de l’histoire ce terrorisme aveugle et sanguinaire.

Mais il faut constater lucidement que ces attaques sans précédent sur Paris signent l’échec de 15 ans de guerre.
La guerre de civilisation de Monsieur Bush en Afghanistan a connu les résultats que l’on sait, la destruction de l’Irak par ce même président, l’opération lybienne sans vision aucune des conséquences. La guerre oubliée du Yemen alimente aussi cette folie meurtrière.

Mon ami Pierre Laurent l’a indiqué hier soir, la coalition internationale est au cœur du problème.

Nous estimons, qu’il faut repenser les choses et rapidement.

Il faut cesser d’agir en ordre dispersé, chacun défendant ses intérêts géopolitiques et malheureusement aussi économiques.

Il faut mettre en place une large coalition internationale sur mandat de l’ONU qui, au-delà du combat contre DAESH, Al Quaida et autres organisations, doit viser la reconstruction de ces régions, le retour au pays des milliers de réfugiés et une coalition sûre d’établir une paix durable dans la région.

Toute intervention sans cette perspective aura les mêmes effets que celle d’hier : le développement du terrorisme.

La logique de guerre, les appels à la vengeance répondent exactement aux objectifs de DAESH.

Nous proposons une logique de paix qui passe par l’élimination de la menace DAESH mais qui place le développement de ces régions, la voie de la démocratie, comme moyen de vaincre définitivement ceux qui se nourrissent de la violence et de la haine.

Je propose avec mon ami André Chassaigne la création d’une Commission parlementaire spéciale pour réévaluer la politique internationale de la France.

La force de notre pays c’est de pouvoir montrer au monde que même plongé dans la douleur notre peuple, son gouvernement poursuivent l’objectif de donner une chance à la paix dans cette région.

La puissance de ce désir de paix, qui animait hier rappelons-le les combattants du nazisme, vie heureuse, s’aimer, travailler, vivre en un mot peut stopper la dérive mortifère qui menace le monde.

C’est cette volonté de paix qui permettra de dépasser l’obstacle des dictatures de la région dont celle de Bachar El Assad. C’est cette volonté de paix, de développement qui peut enfin mettre un terme au conflit israélo palestinien et permettre à ces peuples de vivre dans deux états se respectant et coopérant.

Je l’avais indiqué en Janvier, la violence terroriste révèle les maux de nos sociétés.

Une question me taraude comme en Janvier. Comment des jeunes français ont pu commettre de tels actes, comment ont-ils pu sacrifier leur vie pour tuer, massacrer ?

Bien sûr, il y a le fanatisme, les dérives sectaires, la manipulation, l’absence de culture. Mais il faut ouvrir les yeux, une société comme la nôtre, mais c’est vrai aussi dans de nombreux autres pays, où l’argent est érigé en valeur absolue au détriment du travail, alors que les inégalités croissent année après année, cette société ne peut que générer de l’exclusion, de la violence.

Le vivre ensemble qui nous est cher, qui est au cœur de la République a un prix. Il faut réorienter les immenses richesses vers l’épanouissement humain.

L’école, l’éducation, ce sera ma conclusion doit être cette école de la Démocratie. De grands moyens doivent être dégagés pour mener cette guerre utile fondamentale, celle de la Culture, celle de l’éducation et du travail. Elles sont à mon sens les vraies réponses, les seules réponses au désespoir, à la perte de sens qui mène à la folie meurtrière.

Notre pays, la France est en deuil aujourd’hui. Le monde nous accompagne dans ce chemin. Marianne pleure des larmes de sang, mais nous prononçons avec elle avec force et détermination ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 06:36
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 02:00
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 01:17
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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 13:44

Face aux attentats, rassemblons-nous pour la liberté, l'égalité, la fraternité, et la paix (Pierre Laurent)

Notre pays vient de vivre l'un des pires événements de son histoire. Les attaques terroristes simultanées de la nuit dernière à Paris et à Saint-Denis, revendiquées par Daesh, faisant à cette heure 127 morts et 200 blessés, sont effroyables. La France est en deuil.

Au lendemain de ce carnage, nos premières pensées se tournent vers les victimes, leurs familles, leurs proches, les témoins et tous ceux dont la vie a été menacée. Pour tous, la douleur est immense. Chacun en France s'en sent profondément meurtri.

Nous saluons l'action des forces de l'ordre, des secours, des urgentistes et personnels de santé et des agents territoriaux dont la mobilisation a été exemplaire ainsi que la solidarité des habitants qui s'est immédiatement manifestée.

Moins d'un an après les attentats de janvier dernier, la République est frappée en son cœur.

Alors que l’État d'urgence vient d'être décrété par le gouvernement, le renforcement des moyens de police et de justice est un impératif. L’État doit trouver durablement les moyens adaptés pour garantir la sécurité de toutes et de tous.

J'appelle notre peuple à ne pas céder à la peur, à se rassembler pour la liberté, l'égalité et la fraternité, et pour la paix. Nous devons refuser les amalgames et les stigmatisations. Ensemble, nous devons rejeter fermement la haine et les racismes.

La France est touchée par la guerre et la déstabilisation qui minent le Proche et le Moyen-Orient. La lutte contre le terrorisme appelle une mobilisation redoublée et des solutions internationales.

Elle ne pourra triompher que dans la mobilisation pour un projet de société solidaire qui place au cœur de tous ses choix l'émancipation humaine, les valeurs de la République et la paix.

Le PCF, ses représentants et ses élus, seront de toutes les initiatives qui, dans les prochains jours, permettront à nos concitoyens de se rassembler pour faire face à cette épreuve et ouvrir un chemin d'espoir pour notre peuple.

Dans ce moment tragique, le PCF a interrompu toute activité de campagne électorale.

Pierre Laurent, Secrétaire national du Parti Communiste français,

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 17:17

Comment Washington tente de déstabiliser les gouvernements progressistes

LES DOSSIERS DE WIKILEAKS

SUR L’AMÉRIQUE LATINE

2 novembre

par Alexander Main , Dan Beeton

Au début de l’été 2015, le monde avait les yeux rivés sur le combat héroïque de la Grèce contre un diktat néolibéral désastreux. On a pu voir comment les autorités financières de la zone euro ont infligé au peuple grec une douloureuse correction publique avec un zèle sadique.

Lorsque le gouvernement de gauche de la Grèce décida d’organiser un référendum national sur le programme d’austérité imposé par la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) se livra à des représailles en restreignant les liquidités des banques grecques. Ce qui provoqua une fermeture prolongée de ces établissements financiers et plongea la Grèce dans une récessionencore plus grave. Malgré le vote massif du peuple grec contre l’austérité, l’Allemagne et le cartel des créanciers européens ont pu bafouer la démocratie et obtenir exactement ce qu’ils voulaient : la complète soumission à leur programme néolibéral.

Au cours des quinze dernières années, un combat similaire contre le néolibéralisme a été livré dans tout le continent américain et, pour l’essentiel, sans la moindre information du public. Au début, Washington tenta de réprimer toute contestation en recourant à des méthodes encore plus féroces que celles utilisées contre la Grèce, mais le mouvement de résistance de l’Amérique latine contre l’agenda néolibéral a été largement couronné de succès. C’est un récit épique qui voit progressivement le jour grâce à l’exploration continue de l’énorme masse de câbles diplomatiques américains rendus publics par WikiLeaks.

Le néolibéralisme était très solidement implanté en Amérique latine bien longtemps avant que les autorités allemandes et celles de la zone euro ne commencent à imposer par la force des ajustements structurels à la Grèce et aux autres pays périphériques endettés. En recourant à la contrainte (les conditionnalités attachées aux prêts du FMI) et à l’endoctrinement (en formant les Chicago boys de la région), les Etats-Unis ont réussi, dès le milieu des années 1980, à répandre l’évangile de l’austérité fiscale, de la déréglementation, du prétendu « libre-échange », de la privatisation et de la réduction draconienne du secteur public à l’échelle de tout le continent.

Le résultat fut étonnamment semblable à ce que l’on a pu voir en Grèce : croissance stagnante (pratiquement aucune augmentation du revenu par tête d’habitant durant les deux décennies 1980-2000), pauvreté croissante, baisse du niveau de vie pour des millions de foyers, et pléthore de nouvelles opportunités pour les investisseurs et les grandes entreprises internationales avec, à la clé, des profits rapides.

A la fin des années 1980, la région commença à se rebeller et à se soulever contre les politiques néolibérales. Au début, la rébellion était essentiellement spontanée et inorganisée – comme ce fut le cas du Caracazo |1| au Venezuela début 1989. Mais, par la suite, les candidats anti-néolibéraux ont commencé à gagner les élections et – au grand dam de l’Establishment de la politique étrangère américaine – un nombre croissant d’entre eux ont tenu leurs promesses de campagne et ont commencé à mettre en œuvre des mesures de lutte contre la pauvreté, ainsi que des politiques hétérodoxes qui ont réaffirmé le rôle de l’Etat dans l’économie. Entre 1999 et 2008, les candidats orientés à gauche – opposés à des degrés variables au néolibéralisme et à l’hégémonie américaine – ont remporté les élections présidentielles au Venezuela, au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Bolivie, au Honduras, en Equateur, au Nicaragua et au Paraguay.

Une bonne partie de l’histoire des efforts du gouvernement américain pour contenir et faire refluer la vague anti-néolibérale est accessible à travers les dizaines de milliers de câbles diplomatiques de WikiLeaks en provenance des missions diplomatiques américaines de la région, du début des années 2000 à 2010. Les câbles – que nous analysons dans le livre The WikiLeaks Files : The World According to U.S. Empire publié par Verso Books – révèlent jour après jour les mécanismes d’intervention politique des Etats-Unis en Amérique latine, transformant en pure dérision la position officielle du Département d’Etat qui proclame que « les Etats-Unis ne s’ingèrent pas dans la politique intérieure des autres pays ». Un soutien matériel et stratégique est apporté aux groupes d’opposition de droite, dont certains sont violents et anti-démocratiques. Les câbles donnent aussi une image édifiante de l’état d’esprit idéologique de guerre froide qui règne chez les diplomates américains, et les montre tentant de faire usage de mesures coercitives rappelant celles récemment appliquées pour étouffer la démocratie grecque.

Sans surprise, les grands médias ont largement occulté ou passé sous silence cette embarrassante chronique d’agression impériale, préférant se concentrer sur les rapports des diplomates américains qui faisaient état d’actions potentiellement embarrassantes ou illicites de la part de responsables étrangers. Les quelques experts ayant pignon sur rue qui ont proposé une analyse plus développée des câbles prétendent, et ce n’est guère étonnant, qu’il n’existe pas de véritable fossé entre la rhétorique officielle des Etats-Unis et la réalité dépeinte dans ces câbles. Selon les propres mots d’un spécialiste américain des relations internationales, « on n’y trouve nullement l’image des Etats-Unis comme marionnettistes tout-puissants essayant de tirer les ficelles de différents gouvernements pour servir les intérêts de leurs grandes entreprises ».

On ne trouve pas une telle image ? Lecteurs, jugez par vous-mêmes.

« Ce n’est pas du chantage… »

Fin 2005, Evo Morales remportait une écrasante victoire à l’élection présidentielle de Bolivie, avec un programme de réforme constitutionnelle, de droits pour les indigènes et la promesse de combattre la pauvreté et le néolibéralisme. Le 3 janvier, tout juste deux jours après sa prise de fonction, Morales recevait la visite de l’ambassadeur américain à La Paz, David L. Greenlee. L’ambassadeur n’y alla pas par quatre chemins : l’aide multilatérale à la Bolivie, soumise au feu vert des Etats-Unis, dépendrait de la bonne conduite du gouvernement de Morales. Cela aurait pu être une scène du Parrain.

L’ambassadeur montra l’importance cruciale des contributions américaines aux financements internationaux clés dont dépendait l’aide à la Bolivie, tels ceux de la Banque interaméricaine de développement (BID), de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. « Lorsque vous pensez à la BID, vous devez penser aux Etats-Unis », commenta l’ambassadeur. « Ce n’est pas du chantage, c’est la simple réalité » (…) « J’espère qu’en tant que président de la Bolivie vous comprenez l’importance de cela », ajouta-t-il, « parce que si nos chemins se séparaient, ce ne serait bon ni pour la région, ni pour la Bolivie, ni pour les Etats-Unis ». [06LAPAZ6]

Néanmoins Evo Morales ne modifia pas son programme d’un iota. Dans les jours qui suivirent, il mit les bouchées doubles et présenta des plans de re-réglementation des marchés du travail, de renationalisation de l’industrie des hydrocarbures et d’une coopération renforcée avec l’ennemi juré des Etats-Unis, Hugo Chavez. En réponse, Greenlee suggéra un « menu de possibilités à la carte » pour tenter de contraindre Morales à se plier aux volontés de Washington. Parmi ces mesures : veto aux prêts multilatéraux de plusieurs millions de dollars, report de l’allègement multilatéral programmé de la dette, pressions pour décourager le versement d’aides par la Millenium Challenge Corporation |2| – aides que la Bolivie n’a jamais reçues bien qu’elle figure parmi les pays les plus pauvres de l’hémisphère - et suppression du « soutien matériel » aux forces de sécurité boliviennes. [06LAPAZ93]

Malheureusement pour le Département d’Etat, il devint très vite clair que les menaces de ce type seraient dûment ignorées. Morales avait déjà décidé de réduire drastiquement la dépendance de la Bolivie aux lignes de crédit multilatérales soumises au contrôle du Trésor américain. Quelques semaines après son intronisation, Morales annonça que la Bolivie cesserait d’être redevable au FMI et laisserait l’accord de prêt du Fonds expirer à son terme. Des années plus tard, Morales conseillera à la Grèce et aux autres pays européens endettés de suivre l’exemple de la Bolivie et de « se libérer économiquement du diktat du FMI ».

Faute de pouvoir contraindre Morales à se soumettre à ses ordres, le Département d’Etat joua alors la carte du renforcement de l’opposition bolivienne, et la région de la Media Luna |3|, que cette dernière contrôlait, commença à recevoir une aide plus importante des Etats-Unis. Un câble d’avril 2007 propose « un effort accru de l’USAID |4| pour renforcer les gouvernements régionaux dans le but de faire contrepoids au gouvernement central ». [07LAPAZ1167]. Un rapport de 2007 de cette agence indique que son Bureau des initiatives de transition (Office of Transition Initiatives, OTI |5|) « avait approuvé 101 subventions pour un montant total de 4 066 131 dollars en vue d’aider les dirigeants des départements à opérer plus stratégiquement ». Des fonds furent également versés aux groupes indigènes qui « s’opposaient à la vision des communautés indigènes qu’avait Evo Morales ». [08LAPAZ717]

Un an plus tard, les départements de la région de la Media Luna allaient entrer en rébellion ouverte contre le gouvernement Morales. Dans un premier temps, ils organisèrent des référendums sur l’autonomie, bien que ceux-ci aient été déclarés illégaux par l’autorité judiciaire nationale. Ils soutinrent ensuite des manifestations autonomistes violentes qui firent au moins 20 morts chez les partisans de la politique gouvernementale. Beaucoup eurent la conviction qu’il s’agissait d’un coup d’Etat en marche. La région ne retrouva son calme que sous la pression de tous les autres présidents d’Amérique du Sud, qui firent une déclaration commune de soutien au gouvernement constitutionnel du pays.

Tandis que l’Amérique du Sud faisait bloc derrière Evo, les Etats-Unis étaient en contact régulier avec les dirigeants du mouvement d’opposition violent, séparatiste et raciste, alors même qu’ils parlaient ouvertement de « faire sauter les gazoducs » et évoquaient la violence « comme moyen probable de forcer le gouvernement à … prendre au sérieux l’ouverture d’un dialogue ». [08LAPAZ1931]

Contrairement à sa position officielle durant les événements d’août-septembre 2008, le Département d’Etat prit très au sérieux la possibilité d’un coup d’Etat contre le président Evo Morales, voire de son assassinat. Un câble révèle les plans de l’ambassade américaine à La Paz pour se préparer à un tel évènement : « Le Comité des actions d’urgence mettra au point avec la cellule de crise de l’US Southern Command |6| un plan de réaction immédiate en cas d’urgence soudaine, c’est-à-dire de tentative de coup d’Etat ou de décès du président Morales ». [08LAPAZ2083_a]

Les événements de 2008 furent cependant le plus grand défi lancé à la présidence d’Evo Morales, et le moment où il fut le plus près d’être renversé. Les préparatifs de l’ambassade américaine en vue d’un possible départ de Morales de la présidence révèlent que les Etats-Unis croyaient au moins que la menace qui pesait sur lui était bien réelle. Qu’ils ne l’aient pas dit publiquement ne fait que montrer dans quel camp ils se situaient durant le conflit, et quelle issue ils auraient probablement préférée.

« Promotion de la démocratie »

Certaines des méthodes d’intervention déployées en Bolivie eurent leur pendant dans d’autres pays dirigés pas des gouvernements de gauche ou abritant de forts mouvements de gauche. Par exemple, après le retour au pouvoir de la gauche sandiniste en 2007, l’ambassade américaine à Managua se mobilisa pour doper le soutien au parti d’opposition de droite, l’Alliance libérale nicaraguayenne (ANL).

En février 2007, l’ambassade rencontra la coordinatrice de la planification de l’ANL et lui expliqua que les Etats-Unis « n’accordaient pas de soutien direct aux partis politiques » mais – de façon à contourner cet obstacle – elle suggéra que l’ANL coordonne plus étroitement son action avec des ONG amies qui, elles, pourraient recevoir des fonds américains. La dirigeante de l’ANL répondit qu’elle allait « faire parvenir une liste complète des ONG qui soutenaient les efforts de l’ANL » et l’ambassade s’arrangea pour qu’elle « rencontre rapidement les dirigeants locaux de l’Institut républicain international [International Republican Institute, IRI] et de l’Institut national démocratique des affaires internationales [National Democratic Institute for International Affairs, NDI] ». Le câble précisait aussi que l’ambassade aiderait à développer la capacité [de l’ANL] à trouver des collecteurs de fonds ». [07MANAGUA493]

De tels câbles devraient être lus par tous ceux qui étudient la diplomatie américaine ou qui sont curieux de comprendre comment fonctionne dans la réalité le système américain de « promotion de la démocratie ». A travers l’USAID, la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy- NED), le NDI, l’IRI et autres entités paragouvernementales, Washington apporte une aide considérable aux mouvements politiques soutenant les objectifs politiques et économiques des Etats-Unis.

En mars 2007, l’ambassadeur américain au Nicaragua demanda au Département d’Etat de débloquer « environ 65 millions de dollars en sus des budgets antérieurs pour les quatre ans à venir – jusqu’aux prochaines élections présidentielles » afin de financer « le renforcement de partis politiques, d’ONG « démocratiques » et d’attribuer « dans de brefs délais de petites dotations d’un montant variable aux groupes qui mènent des actions critiques pour défendre la démocratie au Nicaragua, font avancer nos intérêts et s’opposent à ceux qui nous dénigrent ». [07MANAGUA583_a]

En Equateur, l’ambassade américaine s’opposait à l’économiste de gauche Rafael Correa bien avant les élections de 2006 qui l’ont porté au pouvoir. Deux mois avant ce scrutin, le conseiller politique de l’ambassade avait alerté Washington sur le fait que Correa allait sans aucun doute « rejoindre le groupe Chavez-Morales-Kirchner des dirigeants nationalistes-populistes sud-américains ». Il faisait remarquer que l’ambassade « avait informé nos contacts politiques, économiques et les médias de la menace que Correa représentait pour l’avenir de l’Equateur, et il avait activement découragé les alliances politiques susceptibles d’équilibrer le radicalisme perçu de Correa ». [06QUITO2150_a] Tout de suite après l’élection de Correa, l’ambassade envoya un câble au Département d’Etat avec son plan stratégique :

« Nous n’entretenons pas l’illusion que, à eux seuls, les efforts du gouvernement américain pourront influer sur l’orientation du nouveau gouvernement ou du Congrès équatoriens, mais nous espérons maximiser notre influence en travaillant de concert avec d’autres Equatoriens et d’autres groupes qui partagent nos points de vue. Si elles ne rencontrent pas de résistance, les propositions de réforme et l’attitude de Correa vis-à-vis du Congrès et des partis politiques traditionnels pourraient prolonger la période actuelle de conflictualité et d’instabilité politiques ». 06QUITO2991]

Les pires craintes de l’ambassade se confirmèrent. Correa annonça qu’il allait fermer la base aérienne américaine de Manta, augmenter les dépenses sociales et mettre en route l’élection d’une assemblée constituante. En avril 2007, 80% des électeurs équatoriens ratifièrent la proposition d’assemblée constituante et, en 2008, 62% d’entre eux se prononcèrent en faveur d’une nouvelle constitution. Ce texte consacrait une série de principes progressistes, dont la souveraineté alimentaire, les droits au logement, à la santé, à l’emploi et le contrôle de l’exécutif sur la banque centrale (un véritable interdit dans la feuille de route néolibérale).

Au début 2009, Correa annonça que l’Equateur ferait défaut sur une partie de sa dette extérieure. Cette mesure, avec d’autres, récentes, provoqua la fureur de l’ambassade, tout comme la décision du président de rapprocher l’Equateur des pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), créée à l’initiative du Venezuela et de Cuba en 2004 pour faire échec à la Zone de libre échange des Amériques, ALCA), à l’époque fortement promue par l’administration Bush. Mais l’ambassadeur avait aussi conscience que les Etats-Unis n’avaient que peu de prise sur Correa :

« Nous vous adressons le message en privé que les agissements de Correa auront des conséquences sur ses relations avec la nouvelle administration Obama. Nous préférons éviter les commentaires publics qui risquent d’être contreproductifs. Nous ne recommandons pas de mettre fin aux programmes du gouvernement américain qui servent nos intérêts car cela ne ferait que diminuer les incitations susceptibles de faire revenir Correa à une attitude plus pragmatique ». [09QUITO15]

Le défaut partiel sur la dette fut un succès, et permit au gouvernement équatorien d’économiser près de 2 milliards de dollars. En 2011, Correa recommanda le même remède aux pays européens endettés, notamment la Grèce, en leur conseillant de cesser de rembourser leur dette et de se passer des avis du FMI.

Contrer la « menace » bolivarienne

Pendant la guerre froide, la menace supposée d’une expansion communiste soviétique et cubaine servit à justifier les innombrables interventions visant à renverser les gouvernements qui penchaient à gauche, et maintenir à flot les régimes militaires réactionnaires. De la même manière, les câbles de WikiLeaks montrent comment, dans les années 2000, le spectre du « bolivarisme » vénézuélien a été utilisé pour justifier les interventions contre de nouveaux gouvernements de gauche anti-néolibéraux comme celui de la Bolivie, dépeint comme « ouvertement tombé dans le giron du Venezuela », ou de l’Equateur, présenté comme « un cheval de Troie de Chavez ».

Les relations de Washington avec le gouvernement de Hugo Chavez tournèrent rapidement au vinaigre. Chavez, élu président la première fois en 1998, rejeta en bloc les politiques économiques néolibérales, développa une relation étroite avec le dirigeant cubain Fidel Castro et critiqua haut et fort l’intervention militaire de l’administration Bush en Afghanistan au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Les Etats-Unis rappelèrent leur ambassadeur à Caracas après que Chavez ait déclaré : « On ne peut pas combattre le terrorisme par le terrorisme ». Le président vénézuélien resserra ensuite le contrôle du gouvernement sur le secteur pétrolier, augmenta les royalties acquittées par les grandes entreprises étrangères et utilisa les revenus du pétrole afin de financer la santé et l’éducation pour tous, ainsi que des programmes alimentaires pour les pauvres.

En avril 2002, le gouvernement américain soutint publiquement un coup d’Etat militaire de courte durée qui éloigna Chavez du pouvoir pendant 48 heures. Les documents de la NED auxquels on a pu avoir accès grâce à la loi sur la liberté de l’information montrent que les Etats-Unis fournissaient des fonds, ainsi qu’une formation à la « promotion de la démocratie » à des groupes qui avaient soutenu le coup d’Etat et furent ultérieurement impliqués dans la « grève » des managers |7|, dont l’objectif était de faire tomber Chavez. La grève paralysa l’industrie pétrolière fin 2002/début 2003 et plongea le pays dans la récession.

Les câbles WikiLeaks montrent que, suite à ces tentatives manquées de renverser le président élu du Venezuela, les Etats-Unis ont continué à soutenir l’opposition à travers la NED et l’USAID. Dans un câble de novembre 2006, l’ambassadeur américain en poste à l’époque, William Brownfield, expliquait la stratégie de l’USAID/OTI pour déstabiliser l’administration Chavez : « En août 2004, l’ambassadeur présenta les grandes lignes d’une stratégie en cinq points destinée à guider les activités de l’ambassade au Venezuela durant cette période [2004-2006] (…). Les points centraux de cette stratégie sont : 1) renforcer les institutions démocratiques ; 2) infiltrer la base politique de Chavez ; 3) diviser le chavisme ; 4) protéger les intérêts économiques vitaux des Etats-Unis ; 5) isoler Chavez internationalement ». [06CARACAS3356]

Les liens étroits qui existent entre l’ambassade américaine et divers groupes d’opposition sautent aux yeux dans nombre de câbles. Un câble de Brownfield lie Súmate – une ONG d’opposition qui a joué un rôle clé dans les campagnes contre le gouvernement – à « nos intérêts au Venezuela » [06CARACAS339]. D’autres câbles révèlent que le Département d’Etat a fait du lobbying en vue d’aider Súmate à obtenir des appuis internationaux [05MADRID2557 ;06CARACAS340] et a encouragé le soutien financier, politique et juridique américain [06CARACAS3547] à cette organisation, y compris via la NED.

En août 2009, le Venezuela fut secoué par de violentes manifestations de l’opposition, comme cela s’est produit à de nombreuses reprises sous Chavez et aussi sous son successeur, Nicolas Maduro). Un câble secret, daté du 27 août, cite la société Development Alternatives Incorporated (DAI), travaillant contractuellement pour USAID/OTI, qui fait référence à « tous » les opposants à Chavez de cette époque comme étant « des bénéficiaires de nos fonds ». Eduardo Fernandez [salarié de DAI] dit que « les rues sont chaudes », faisant allusion aux mouvements de contestation qui s’amplifiaient pour empêcher Chavez de consolider son pouvoir, et il ajoute que« tous ces gens [qui organisent la contestation] bénéficient de nos fonds ». [09CARACAS1132_a]

Les câbles révèlent aussi que le Département d’Etat américain a formé et financé un dirigeant étudiant dont il reconnaissait qu’il avait entraîné la foule des manifestants avec l’intention de « lyncher » un gouverneur chaviste : « durant le coup d’Etat d’avril 2002, [Nixon] Moreno participa aux manifestations dans l’Etat de Merida où il prit la tête des manifestants qui marchaient sur la capitale de l’Etat pour aller lyncher le gouverneur Florencio Porras d’obédience MVR |8|[06CARACAS1627].

Cependant, quelques années plus tard, un autre câble note que « Moreno a participé au programme Visiteur international (du Département d’Etat) en 2004 » [07CARACAS591]. Quelques années plus tard encore, Moreno sera recherché par la police pour tentative de meurtre et menaces contre une femme officier de police, entre autres charges.

Dans la droite ligne de la stratégie en 5 points de Brownfield, le Département d’Etat a prioritairement consacré ses efforts à isoler le gouvernement vénézuélien à l’échelle internationale et à contrer son influence dans la région. Des câbles montrent comment des chefs de missions diplomatiques américaines ont développé des stratégies coordonnées pour contrer la « menace » vénézuélienne.

Selon les premières révélations de WikiLeaks en décembre 2010, les chefs des missions diplomatiques américaines de six pays d’Amérique du Sud se sont réunis au Brésil en mai 2007 pour mettre au point une riposte collective aux prétendus « plans agressifs » du président Chavez « qui auraient pour objectif de créer un mouvement bolivarien unifié à travers toute l’Amérique latine ». Parmi les champs d’action sur lesquels les chefs de missions se sont mis d’accord figurait un plan pour « continuer à renforcer les liens avec les dirigeants militaires de la région qui partagent nos craintes concernant Chavez ». [07ASUNCION396]. Une réunion identique des chefs des missions diplomatiques d’Amérique centrale portant sur la « menace d’activités politiques populistes dans la région » s’est tenue à l’ambassade américaine du Salvador en mars 2006. [06SANSALVADOR963_a]

Les diplomates américains n’ont pas ménagé leur peine pour essayer d’empêcher les gouvernements caribéens et centre-américains d’adhérer à PetroCaribe, un accord énergétique vénézuélien régional qui permet à ses signataires d’obtenir du pétrole et des produits pétroliers à des prix préférentiels. Les câbles de WikiLeaks montrent que, même si les officiels américains reconnaissaient en privé les bénéfices économiques évidents de cet accord pour les pays membres, ils craignaient avant tout que PetroCaribe n’accroisse l’influence politique du Venezuela dans la région.

A Haïti, l’ambassade travailla en étroite liaison avec de grandes compagnies pétrolières pour essayer d’empêcher le gouvernement du président René Préval de rejoindre PetroCaribe, même si elle reconnaissait que « cela permettrait d’économiser 100 millions de dollars par an », comme cela a été initialement rapporté par Dan Coughlin et Kim Ives dans The Nation. En avril 2006, l’ambassadeur Janet Sanderson écrivait : « Post va continuer de faire pression sur Préval pour le dissuader de rejoindre PetroCaribe. L’ambassadeur doit rencontrer aujourd’hui Bob Manuel, le conseiller spécial de Préval. Lors de nos précédentes rencontres, il a entendu nos inquiétudes et il est conscient qu’un accord avec Chavez causerait des problèmes avec nous ». [06PORTAUPRINCE692].

On ne doit pas oublier que les câbles de WikiLeaks n’offrent aucun aperçu sur les activités des services de renseignement américains qui agissent de façon plus secrète. Ces câbles constituent seulement la partie visible de l’iceberg en matière d’ingérence politique américaine dans la région. Néanmoins, ils apportent amplement la preuve des efforts continus et déterminés des diplomates américains pour intervenir contre les gouvernements indépendants de gauche en Amérique latine, en utilisant l’octroi de subsides, les multiples instruments disponibles dans la boîte à outils de la « promotion de la démocratie » – et parfois en soutenant (y compris financièrement) des méthodes violentes et illégales.

Si quelques avancées positives dans la région sont à porter au crédit de l’administration Obama – dont le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba n’est pas la moindre – aucun signe ne montre que la politique à l’égard du Venezuela et d’autres gouvernements de gauche en Amérique latine ait fondamentalement changé. Il est évident que l’hostilité de l’administration à l’égard du gouvernement vénézuélien élu ne se relâche pas. En juin 2014, le vice-président américain Joe Biden lançait l’Initiative pour la sécurité énergétique des Caraïbes (Caribbean Energy Security Initiative), considérée comme un « antidote » à PetroCaribe. En mars 2015, Obama décréta que le Venezuela constituait une « menace (...) inhabituelle et extraordinaire (...) pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis » et annonçait des sanctions à l’encontre des officiels vénézuéliens, un acte unanimement critiqué par les autres pays de la région.

Mais malgré les incessantes agressions des Etats-Unis, la gauche est largement devenue majoritaire en Amérique latine. A l’exception du Honduras et du Paraguay, où des coups d’Etat de droite ont chassé les présidents élus, presque tous les mouvements de gauche arrivés au pouvoir au cours des 15 dernières années sont aujourd’hui toujours aux commandes. Largement grâce à l’action de ces gouvernements, entre 2002 et 2013 le taux de pauvreté a fortement baissé dans la région, passant de 44 à 28%, après avoir empiré au cours des deux décennies précédentes. Ces succès et la détermination des dirigeants de gauche à prendre des risques pour se débarrasser du diktat néolibéral devraient aujourd’hui servir de modèle à la gauche anti-austérité européenne.

Il est clair que certains de ces gouvernements sont aujourd’hui confrontés à d’importantes difficultés, dues en partie à une récession économique régionale qui a affecté les gouvernements de droite comme de gauche. Vues à travers le prisme des câbles, il y a de bonnes raisons de se demander si toutes ces difficultés ont seulement des causes internes. Par exemple, en Equateur, où le président Correa est confronté à une offensive de la droite et de certains courants de la gauche, on retrouve dans les rangs des opposants aux nouvelles propositions fiscales progressistes du gouvernement les dirigeants d’entreprises avec lesquels on voit les diplomates américains comploter dans les câbles.

Au Venezuela, où un système défaillant de contrôle de la monnaie a engendré uneinflation élevée, les manifestations violentes des étudiants de droite ont sérieusement déstabilisé le pays. Il est hautement probable que certains de ces manifestants bénéficient de financements de l’USAID et de la NED.

Il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut apprendre des câbles de WikiLeaks. Pour les chapitres « Amérique latine » et « Caraïbes » de notre livre The WiliLeaks Files, nous avons passé en revue des centaines de câbles et nous sommes en mesure d’identifier des modes distincts d’intervention américaine que nous décrivons plus amplement dans l’ouvrage (certains ont déjà été exposés par ailleurs). D’autres auteurs ont fait la même chose que nous pour d’autres régions du monde. Mais il y a plus de 250 000 câbles (35 000 rien que pour l’Amérique latine) et il reste sans aucun doute encore bien d’autres aspects notables de la diplomatie américaine en action qui attendent d’être dévoilés.

Malheureusement, après l’excitation initiale provoquée par la mise à disposition des câbles, peu de journalistes et de chercheurs ont montré un réel intérêt pour eux. L’introduction de Julian Aussange montre à quel point cette carence est préjudiciable aux efforts des universitaires et des journalistes pour la compréhension des relations internationales des Etats-Unis. Au cours des cinq dernières années, seul un petit nombre de citations des câbles de WikiLeaks ont réussi à se faire une place dans les revues universitaires. Le moment est venu de renverser cette tendance.

Accessibles au public, ces câbles offrent le récit le plus approfondi et le plus détaillé de la vision du monde de l’Etat impérial américain et de sa réponse à ce qu’il considère comme des défis à ses intérêts. Aucune analyse de la politique étrangère américaine au XXIesiècle ne saurait être complète sans eux.

Source : Jacobin, 29 septembre 2015.

Jacobin est une revue trimestrielle américaine de gauche. Elle compte 10 000 abonnés et sa version électronique sur Internet est consultée mensuellement par 600 000 lecteurs

Traduction : Mireille Azzoug

Révision et édition : Mémoire des luttes

Voir en ligne :http://www.medelu.org/Comment-Washi...

Notes

|1| NDT : Les émeutes connues sous le nom de Caracazo démarrèrent à Caracas le 27 févier 1989. Ce fut un soulèvement populaire et estudiantin contre la politique néolibérale mise en œuvre – sur les recommandations du FMI – par le président Carlos Andrés Pérez, social-démocrate. La répression par l’armée fit entre 300 (chiffre officiel) et 3 000 morts.

|2| NDT : La Millenium Challenge Corporation est une agence américaine indépendante d’aide aux pays étrangers fondée par le Congrès en 2004. Selon son site, les aides sont attribuées uniquement aux pays jouissant d’une « bonne gouvernance », d’« une économie libre » et d’« investissements au profit de leurs citoyens ».

|3| NDT : En Bolivie, la Media Lunaest la région qui comprend les départements de Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija.

|4| NDT : Créée en 1961 par le président JF Kennedy, l’USAID (United States Agency for International Development), l’Agence des Etats-Unis pour le développement international, a officiellement pour but d’aider au développement économique et à l’assistance humanitaire dans le monde. Bien que présentée comme indépendante du gouvernement, elle travaille sous la supervision du Président, du Département d’Etat et du Conseil de sécurité nationale. Financée par l’Etat américain, l’agence est accusée de corruption, d’espionnage, d’ingérence dans les affaires intérieures des Etats et d’agissements visant à déstabiliser, voire renverser, les gouvernements anti-néolibéraux. Evo Morales a expulsé l’USAID de son pays le 1er mai 2013

|5| NDT : OTI (Office for Transition Initiatives), l’Office des initiatives de transition, qui travaille main dans la main avec l’USAID, a pour but d’aider les pays à instaurer des régimes « démocratiques » au sens où l’entendent les Etats-Unis, c’est-à-dire fondés sur le libéralisme économique et politique.

|6| NDT : Basé en Floride, le US Southern Command (Commandement Sud des Etats-Unis) est l’un des 9 centres de commandement du ministère de la défense. Il a pour mission de préparer des plans et des opérations d’urgence en Amérique centrale et du Sud et dans les Caraïbes.

|7| NDT : Les premières « grèves des managers » eurent lieu en avril 2002 au sein du groupe pétrolier national Petroleos de Venezuela (PDVSA), ceux-ci refusant de reconnaître les nouveaux membres du conseil d’administration nommés par Hugo Chavez. Les cadres dirigeants de PDVSA participèrent ensuite à la grève générale, essentiellement patronale, de décembre 2002 à janvier 2003, dans le but de faire tomber le président Chavez. La grève ne fut que faiblement suivie par les ouvriers et techniciens et se solda par un échec.

|8| NDT : Le MRV, Movimiento V [Quinta] República, Mouvement pour la Ve République, fut fondé par Hugo Chavez en 1997. Il se transforma en 2007 en Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV).

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 13:35

L’ONU demande la levée du blocus contre Cuba

Un vote sous embargo

Maïté PINERO

Il y a huit jours, à l’ONU, les Etats-Unis se sont retrouvés isolés comme jamais. Du réchauffé ? L’événement en a provoqué un autre qui mérite d’être relevé : le vote de la communauté internationale contre le blocus infligé à Cuba a, jusqu’ici, été mis sous embargo par l’ensemble des médias.

Le 27 octobre [2015], à l’ONU, un tonnerre d’applaudissements a salué le résultat du vote sur la résolution demandant la levée du blocus contre Cuba. Où donc avez-vous vu l’image de l’Assemblée générale, ovationnant debout ?

Il y a huit jours, par 191 voix contre deux (USA et Israël), le monde a isolé comme jamais l’empire qui, visiblement, ne durera pas mille ans. Avez-vous lu l’information quelque part ?

Mis à part le Figaro.fr qui donnait la nouvelle le jour même, en quelques lignes, mis à part quelques chaines d’information en continu, pas un titre ni même une ligne dans les journaux télévisés et la presse écrite. C’est pourtant une déculottée sans précédent que viennent de subir les États-Unis à l’ONU. Ils y laissent et leur chemise et leur pantalon. Le vote de la communauté internationale met à nu les calculs de l’Administration et déjoue sa propagande. Raison pour laquelle sans doute, les grands moyens d’information ont mis ce vote sous embargo.

En décembre 2014, précédant l’annonce des présidents des deux pays de renouer des relations normales, le New York Times, dans le secret des dieux et très inspiré par la maison Blanche, avait multiplié les éditoriaux : « Le blocus est inefficace et a échoué.... Même notre opinion publique, celle de Floride y compris, y est hostile... Cuba se développe et nous perdons de l’argent... Loin d’isoler Cuba, c’est nous qui nous isolons. ». Preuve que le ver est dans le fruit, la suppression du blocus était présentée comme condition sine qua non « pour reconquérir notre Hégémonie en Amérique Latine ».

Enfin, argument choc, Le New York Times y voyait le moyen de reconquérir une légitimité internationale : « Devant la carte du monde, le président Obama doit ressentir de l’angoisse devant le lamentable état des relations internationales...il serait judicieux qu’il réfléchisse sérieusement sur Cuba où un changement de politique pourrait représenter un grand triomphe pour son gouvernement ». La preuve par l’ONU, c’est raté cher confrère.

AUCUN CHANGEMENT TANGIBLE

Barak Obama, en fin de mandature, semble décidé à passer la postérité ; La levée du blocus lui permettrait d’étoffer son prix Nobel de la paix. Il a multiplié les arguments, entre autres celui-ci : la levée du blocus est un moyen de peser sur le gouvernement cubain, de favoriser le secteur privé et l’émergence d’une opposition dans l’ile. Les premières mesures d’assouplissement vont toutes dans ce sens. C’est sans doute la raison pour laquelle, bien que ses pouvoirs lui en donnent les moyens, le président se refuse à vider le blocus de son contenu. Ce dernier a échoué dans son application ? Certes, mais même inefficace il peut servir quand même : sévir dorénavant comme instrument de chantage. Il sera levé mais au compte-gouttes et si seulement Cuba se tient bien et selon notre bon plaisir.

Le calcul rend inapplicables les « mesures d’assouplissement » mises en exergue par nos médias comme preuves du démantèlement du blocus. Y compris celles destinées à accroitre l’influence étasunienne dans l’Ile. C’est ainsi que le premier versement de la compagnie Sprint qui devait inaugurer le rétablissement de communications téléphoniques directes entre les deux pays a été bloqué par l’OFAC, l’organisme du [Ministère du] Trésor [des Etats-Unis]. Même chose pour plusieurs transferts bancaires destinés à financer des vols charters.

Cela ne devrait pas se savoir, cela ne devrait pas être dit. Le monde devrait se contenter des risettes d’Obama, saluer son « courage » ou sa « lucidité », dauber sur ses déclarations d’intention en faisant mine d’ignorer que le blocus sévit toujours. Que l’ONU circule, il n’y a rien à voir. Cuba ne l’entend pas de cette oreille ni se priver du prestige acquis devant la communauté internationale qui a contribué à infléchir la politique de l’Administration.

« Tant que le blocus durera, nous continuerons à le dénoncer » avait averti Raul Castro le 26 septembre, lors de l’ouverture de l’Assemblée générale à New York. Rappelant les progrès réalisés, l’ouverture des ambassades respectives, il précisait cependant : « s’enclenche maintenant une évolution longue et complexe pour la normalisation de nos relations, laquelle ne sera réalité que lorsque le blocus sera levé, que le territoire occupé illégalement par la base navale des États-Unis, dans la baie de Guantánamo, nous sera rendu, que les émissions de radio et de télévision ainsi que les programmes de subversion et de déstabilisation auront cessé et que notre peuple aura été indemnisé pour les pertes humaines et économiques subies » (121 milliards 192 millions de dollars).

S’exprimant devant l’ONU deux jours plus tard, Barak Obama avait déclaré : « J’ai confiance que notre Congrès lèvera inévitablement l’embargo qui ne devrait plus être en place ». Mais il sévit toujours. Économique, commercial et financier, il affecte la vie de plus de 11 millions de personnes et constitue le principal obstacle au développement de l’ile du crocodile verte. Il viole les accords et les règles qui régissent, en tous domaines, les relations entre États. Il attente au droit des citoyens étasuniens puisque Cuba est le seul pays du monde où ils ne peuvent voyager librement.

UNE VIOLATION MASSIVE DES DROITS DE L’HOMME

Dés sa publication, les États-Unis ont fait pression pour que la résolution cubaine présentée à l’ONU soit, sinon retirée, au moins amendée. Auquel cas, faisaient-ils savoir, ils auraient condescendu à… s’abstenir. La résolution a été maintenue et ils se sont pris les pieds dans leurs propres calculs. Leur vote, contre la levée de l’embargo, réduit à néant leur propagande et met à nu leurs intentions véritables. Il jette le discrédit sur la politique extérieure de l’empire qui frise la schizophrénie et ridiculise le président Obama.

Pour tenter de justifier le vote lors du débat devant l’Onu, le représentant nord-américain Ronald Godard, a déclaré : « Nous regrettons que le gouvernement de Cuba ait décidé de continuer à présenter sa résolution » qui « ne souligne pas les pas significatifs effectués ni l’esprit de compromis du président Obama ». Faux car le texte se félicite du « rétablissement des relations diplomatiques » , reconnaît « la volonté exprimée par le président Obama de travailler à l’élimination du blocus économique, financier et commercial ». Mais, malgré ces progrès, a souligné le ministre des relations extérieures de Cuba, « il n’y a eu aucun changement tangible . » Il a souligné : « Nous ne devons pas confondre nos désirs ou les manifestations d’intention avec la réalité. Il faut juger à partir des faits. Ils démontrent que le blocus contre Cuba bat son plein (…..) Il s’agit d’une violation flagrante, massive et systématique des droits de l’Homme. »

Ce qui vient de se passer à l’ONU confirme que c’est bel et bien la résistance et la volonté cubaine qui imposent la levée du blocus. Qu’elle n’aura pas lieu si Cuba et la communauté internationale ne l’imposent pas. Que les États-Unis devront s’y résoudre, dans leur propre intérêt, au lieu de faire semblant. En attendant, l’empire se retrouve gros Jean comme devant et cul nu devant l’ONU. Indécent et dérangeant spectacle pour nos « moyens d’information » qui l’ont censuré en chœur.

Maïté Pinero

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 08:50

Les immigrés rapportent plus qu'ils ne coûtent à l'économie française

ÉCONOMIE - Un audit parlementaire sur la politique d'immigration de la France le rappelle...

Tordre le coup aux idées reçues qui polluent le débat sur l’immigration. C’est l’objectif de la trentaine de parlementaires français qui ont rendu leur audit sur la politique d'immigration française mercredi. Les économistes interrogés dans ce cadre sont formels: les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent à l’économie française. Décryptage à partir de quatre idées reçues.

1) La France accueille «la misère du monde» :

FAUX - Pour démonter cette idée reçue, l’économiste Mouhoub El Mouhoub s’appuie sur le taux d’expatriation, qui mesure la part des expatriés d’un pays par rapport à sa population. Et il montre que plus un pays est pauvre, plus son taux d’expatriation est bas, c’est à dire que peu de ses citoyens migrent vers l’étranger. Lle coût d’une migration est en fait si élevé que seuls les plus aisés peuvent se le permettre.

De même, à l'échelle d’un pays, ce sont les plus qualifiés qui émigrent. Et la part de migrants qualifiés est même croissante note le rapport, qui révèle par exemple que les migrants d’origine subsaharienne ont en moyenne un niveau d’instruction supérieur aux personnes vivant en France métropolitaine. Ce qui peut par contre avoir des conséquences dramatiques dans les pays d’origine, comme la fuite des cerveaux. Ainsi, plus de 80% des personnes qualifiées d'Haïti quittent leur pays d'origine.

2) Les immigrés coûtent cher parce qu’ils reçoivent plus d’aides sociales :

FAUX - Il est vrai que les immigrés ont un taux de chômage plus élevé que la moyenne. Et ceux qui travaillent ont un salaire moins élevé que celui des natifs. Les allocations chômage versées aux immigrés sont donc plus importantes que les sommes cotisées par ces derniers. Mais l’économiste Lionel Ragot rappelle les immigrés sont majoritairement des actifs, entre 25 et 50 ans. Ils sont donc très nombreux à cotiser pour la retraite, alors qu'ils sont très peu à percevoir une pension. Par ailleurs, ils font peu valoir leur droit en matière de santé alors qu'ils y cotisent également. Or les dépenses sociales pour la santé et les retraites représentent des montants bien plus importants que les prestations liées au chômage en France. Au final, «la contribution aux budgets publics des immigrés est donc positive» et s’élève à 12 milliards d’euros. Soit 2.250 euros par personne immigrée, contre 1.500 euros pour les natifs.

3) Les immigrés prennent les emplois des natifs :

FAUX – Même s’ils sont actifs pour la plupart, les immigrés ne privent pas les natifs en occupant un emploi. En effet le volume d’emploi n’est pas figé et toute arrivée de population immigrée, qui sont de nouveaux consommateurs, créé automatiquement de nouveaux emplois. Par ailleurs, les migrants sont plus nombreux à accepter des professions délaissées par les natifs. L’arrivée d'immigrés peut par contre tirer les salaires vers le bas à court terme, de l’ordre de 0,04 à 0,18% par tranche de 50.000 personnes arrivées.

4) L’immigration choisie est meilleure pour l’économie que l'immigration non sélective :

VRAI ET FAUX – A cause du vieillissement de la population, il y aura de moins en moins d’actifs par rapport aux nombre de retraités en France. A l’horizon 2050, le financement des retraites devrait coûter 3% de PIB supplémentaire par raport aux dépenses actuelles, comme l'a calculé le COR (Conseil d’orientation des retraites) avec une immigration similaire à celle d’aujourd’hui.

Lionel Ragot a calculé l’influence de différentes stratégies d’immigration sur ce ratio.Sans plus aucune immigration, il faudrait 4,3% de PIB supplémentaire par rapport à aujourd’hui pour financer la protection sociale, soit 1,3% de plus qu'en maintenant la même politique migraotire. A l’inverse, il faudrait 0,6% de PIB de moins qu’aujourd’hui si l’on choisit d'autoriser une immigration plus importante (de l’ordre de 100.000 personnes par an). Et même 1,2% de PIB en moins si ces 100.000 personnes sont «choisies» pour leur haut niveau de formation: elles cotiseraient en effet davantage grâce à leurs hauts salaires. L’immigration choisie est donc positive à court terme.

Mais, à long terme, l’immigration choisie est plus coûteuse que l’immigration non sélective. En effet, les immigrés formés «ont une espérance de vie plus élevée et vont toucher une retraite et bénéficier de prestations maladie plus importantes», précise le rapport.

Thibaut Schepman

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Published by bruno fornaciari - dans DIVERS
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 06:12

Ambroise Croizat, le bâtisseur de la sécurité sociale

  • La Sécurité sociale a 70 ans. Cet anniversaire sera célébré mardi à la Mutualité à Paris en présence du chef de l'Etat alors que le projet de loi santé fera l'objet d'un vote solennel.

Une cérémonie à laquelle l'historien Michel Etiévent a refusé de participer dénonçant « une manipulation de l'Histoire ». Pour le biographe du fondateur de la Sécurité sociale, le ministre communiste Ambroise Croizat est une nouvelle fois le grand oublié.

Michel Etiévent que pensez-vous des commémorations du 70e anniversaire du modèle social français ?

Le problème est qu'il est médiatisé par ceux qui s'inscrivent dans le sillage de 70 ans de démantèlement de la Sécurité sociale. Et qu'une fois encore, la gauche au pouvoir comme l'a fait la droite par le passé d'ailleurs, utilise la figure de Pierre Laroque. Or, faut-il le rappeler, et malgré tout le travail qui a été fait, Pierre Laroque n'était qu'un fonctionnaire d'Ambroise Croizat, le bâtisseur. Cette utilisation relève de la manipulation. Cela permet d'une part de ne pas évoquer les actions des communistes dont celles d'Ambroise Croizat et de François Billoux, ministre de la Santé de l'époque. Et d'autre part d'effacer la notion même de construction collective de la Sécurité sociale. Car celle-ci est une fabrication du peuple de France. De tous ses ouvriers, essentiellement cégétistes qui ont bâti les caisses dans un enthousiasme absolument indescriptible.

Quelle est la genèse de la Sécurité sociale ?

C' est une longue bataille qui nous vient du fond des siècles. Depuis le moment où le peuple a voulu en finir avec la charité pour aller vers la solidarité. Elle se nourrit de la Révolution française. Dans l'un des articles de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1793, il est cité la nécessité du droit à la santé en ces termes :
« les secours publics sont une dette sacrée ». Puis, il y a eu le combat des mutuelles au 19e siècle, des syndicats et enfin des assurances sociales. Mais le socle fondateur est le programme du Conseil national de la Résistance qui en 1944 stipule que devra naître une Sécurité sociale. A cette époque Ambroise Croizat est à Alger avec le général De Gaulle. Il va alors s'emparer de cette phrase du CNR : « nous combattants de l'ombre exigeons une véritable démocratie sociale impliquant un plan de sécurité sociale qui permettra de donner des moyens d'existence à tous ceux qui ne peuvent se les procurer par le travail avec gestion par les intéressés ». Entouré de résistants et de parlementaires, il va entamer une réflexion. Puis, l'ordonnance 4 octobre 1945 va définir l'existence de la Sécurité sociale. Une ordonnance qui ne comportera que quatre pages. Restera donc à construire le système. Et ce sera l'œuvre principale du peuple de France qui se fera en huit mois seulement. 138 caisses et 113 centres d'allocations familiales sont bâties bénévolement par ce petit peuple qui va désormais gérer son nouveau droit à la santé.

Pourquoi s'être intéressé à l'homme auquel vous avez consacré une biographie ?

Je suis attaché au personnage pour des raisons qui tiennent notamment à mon enfance. J'ai été élevé dans la maison où il est né à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie). Et très tôt j'ai entendu parler de cet homme. Ceux qui m'en parlaient avaient les yeux qui pétillaient. Tout simplement parce qu'il avait fait renaître un sentiment de dignité dans le quartier en créant la Sécurité sociale mais pas seulement. Les Comités d'entreprise vont aussi voir le jour et avec eux, l'opportunité de partir en vacances, la possibilité de lire ou encore d'obtenir des bourses scolaires par exemple...

Pour Ambroise Croizat, la création de la Sécurité sociale s'inscrit dans la suite logique de son engagement pris très jeune...

En 1906, son père lance la première grande grève en France justement pour la protection sociale. Il est licencié non sans avoir obtenu malgré tout la création de la première caisse de secours, les prémices de la Sécurité sociale. Sa famille s'installe alors dans la région de Lyon. Le jeune Ambroise adhère à la CGT à 13 ans puis au Parti communiste français. Il va ainsi poursuivre le combat de son père. Il sera élu député de Paris, puis déporté par Pétain, avant de devenir ministre du Travail à la Libération.

Un ministre du Travail qui en deux ans seulement va laisser un héritage social considérable…

Effectivement. Mais s'il est au gouvernement à la Libération et qu'il crée la Sécurité sociale, c'est parce qu'il existe à cette époque un vrai rapport de force.
Et celui-ci est simple : 29% des voix au PCF, 5 millions d'adhérents à la CGT, une classe ouvrière grandie par sa résistance et un patronat mouillé par sa collaboration. Mais l’œuvre d’ Ambroise Croizat ne s’arrête pas à la Sécurité sociale. Il est à l’origine de bien d’autres conquêtes comme la mise en place de la médecine du travail, la prévention dans l'entreprise, mais aussi les statuts différents de la fonction publique avec Maurice Thorez, ou encore ceux des électriciens gaziers avec Marcel Paul...

Alors pour quelles raisons Ambroise Croizat est-il le grand oublié de l'Histoire ?

Tout d'abord parce qu'il est communiste. Et qu'on ne veut pas attribuer une conquête aussi énorme que celle-ci à un communiste. D'ailleurs, il répétait souvent : « ne dites jamais acquis social, dîtes conquis social pour bien montrer que les choses ne sont jamais acquises mais qu'elles sont conquises ». Et puis à partir du moment où les Etats-Unis créent le syndicat FO en France pour casser l'unité ouvrière, on voit bien dès la fin de 1947, dès l'éviction des ministres communistes, que les attaques commencent. On exclut alors complètement Croizat de la mémoire. Il disparaît des manuels scolaires en pleine Guerre froide. Il a fallu des années de bataille pour qu'enfin hommage lui soit rendu.

Pour aller plus loin

Autobiographie. « Ambroise Croizat ou l'invention sociale » de Michel Etiévent. Disponible auprès de l'auteur :
Michel Etiévent 520 avenue des thermes 73600 Salins les Thermes. Règlement 25 euros+5 euros de port à son ordre.
Documentaire. Diffusion courant octobre sur France 3 du documentaire de 52m « La sociale » de Michel Etiévent et Gilles Perret avant la sortie en salles d'une version longue.
Conférence. Le 2 décembre, l'historien animera une rencontre sur Ambroise Croizat à la Médiathèque de l'Alcazar (Marseille 1er) 58 cours Belsunce. 04 91 55 90 00

Et pourtant, il est toujours d'une très grande modernité...

Ambroise Croizat fait partie de ces hommes issus de la Libération qui ont su mettre l'Homme au centre de leurs choix politiques. Il disait « ce n'est pas les banques qu'on veut sauver, c'est l'Homme ». Sa force est d’avoir su faire le lien entre le social et le politique. « Si on veut une économie de qualité à la hauteur des besoins d'une nation il faut un véritable statut social à la hauteur des besoins des hommes » repétait-il. L'idée était de protéger l'individu de sa naissance à la mort. Ce qu’il a d’ailleurs fait avec le triplement des allocations familiales par exemple. Puis en lançant les lois sur la formation professionnelle, puis les conventions collectives, les statuts, la prévention dans l'entreprise... Et pour finir, la généralisation des retraites. Tout cela reste d'une actualité extrêmement brûlante.

Et pourtant la casse du système a commencé il y des décennies…

En effet, elle débute à partir des années 1958, essentiellement avec le général De Gaulle. Au départ, les caisses de Sécurité sociale selon les vœux du CNR, étaient gérées par les ouvriers. Trois quarts des sièges dans les Conseils d'administration étaient attribués aux salariés, un quart aux patrons. De Gaulle commence par supprimer l'élection du directeur par le Conseil d'administration. Celui-ci sera désormais nommé par l'Etat. Deuxième chose, il établit un contrôle préalable des budgets. Et l'Etat commence à s'en emparer. Avec les ordonnances de 1967, le général De Gaulle coupe la sécurité sociale en tranches. Alors que tous les risques sociaux sont dans la même caisse, ce qu'on appelait l'unicité, il organise trois grandes caisses différentes. Il supprime les élections et surtout établit le paritarisme. Après, c'est une avalanche de plans successifs : les plans Barre, Dufoix, Juppé, Raffarin... On établit les franchises, on dérembourse les médicaments, on instaure le forfait hospitalier et on arrive aujourd'hui à une situation où près de 30% des Français ne peuvent pas, renoncent ou hésitent à se soigner pour des raisons financières. C'est 70 ans de casse du système de protection sociale. Et au fond, ces commémorations sont une vaste fumisterie, d'une hypocrisie terrible.

Alors dans un tel contexte, comment saluer le travail d’Ambroise Croizat ?

Le meilleur hommage qu'on puisse lui rendre, c'est dans la rue le 8 octobre pour défendre cette immense conquête. Et de garder en tête ses paroles : « Jamais nous ne tolérerons qu’un seul des avantages de la Sécurité sociale soit mis en péril. Nous défendrons à en perdre la vie et avec la plus grande énergie cette loi humaine et de progrès ». Afin que la Sécurité sociale ne soit pas une coquille vide livrée au privé mais qu'elle reste ce que ces femmes et ces hommes de la Libération ont voulu qu'elle soit : un vrai lieu de solidarité, un rempart contre la souffrance, le rejet et l'exclusion.

Mais comment résister en 2015 ?

Il existe aujourd'hui près de deux mille points de lutte en France. Alors comment les fédérer au sein d’un grand mouvement qui pourrait ressembler à celui du Front populaire par exemple ou à celui de la Libération ? Il est évident que rien ne sera possible sans rapports de force. Rapports de force, qui dans l'Histoire, ont permis de faire plier le patronat. Il n 'existe aucun conquis social qui n'ait été précédé d’une intervention populaire.

Entretien réalisé par Sandrine Guidon pour "la Marseillaise"

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BRUNO FORNACIARI

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