Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 04:34
« Les Républicains », ce hold-up qui se prépare

En ces temps si troubles où l’on veut que la télévision commerciale remplace les bibliothèques, où l’histoire est piétinée jusqu’au fond des poubelles, où la culture est méprisée, où les concepts sont retraités dans de grandes lessiveuses médiatiques, où les mots sont transmutés, voilà que M. Sarkozy, qui avait déjà pris Guy Môquet et Jean Jaurès en otages, prépare un nouveau vol sous notre nez. Il veut ripoliner son parti « l’UMP » avec un simple mot, « Les Républicains ». Parce que ce n’est pas banal, il ne faudrait pas que cela passe comme une lettre à la poste. Ainsi sa machine de guerre électorale capturerait pour elle seule ce mot devenu système, si original en France, fruit d’une longue et belle histoire de luttes pour la souveraineté populaire.
La République, c’est mot pour mot « la chose publique ». C’est en République que chacune et chacun se définit comme citoyen. Tous composent la Nation.
Certes, il existe dans le monde de nombreuses républiques. Mais, en France, on ne prête serment ni sur la bible, ni sur le billet de banque quand on accède à la fonction suprême. Notre pays a cette particularité d’être une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », selon le préambule de la Constitution. Notre République n’a pas de véritable équivalent en Europe. La laïcité par exemple n’est nulle part un principe constitutionnel.
Le projet sarkozyste qui malaxe le mot laïcité pour le réduire aux menus des cantines à l’école, qui a éteint la lumière vacillante de la démocratie quand il a foulé au pied le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen, il y a déjà dix ans, et qui a jeté par-dessus bord le mot « social » au profit des intérêts des milieux d’affaires, est à rebours du projet républicain issu de 1789.
Après avoir créé un ministère de « l’identité nationale », pour porter main forte à la fausse mais violente théorie du « grand remplacement », alors que l’immigration ne représente que…0,36% de notre population, il a bafoué l’idéal universaliste de la République française, blessé la citoyenneté qui dépend d’un statut de droit et non d’un tri par situation, servant notamment à refuser le droit de vote à une partie des créateurs de richesses de notre pays, contributeurs aux caisses sociales et du trésor public.
Le hold-up en préparation ne vise pas seulement à imiter le parti américain ou à tenter de rejeter les autres forces en dehors du concept républicain, il vise à voler un nom, propriété de tous les citoyens pour dévoyer un projet, des concepts, un sens, des valeurs.
Cela se fait sur un fond « d’alternance » politique pour de mêmes choix économiques, sociaux, culturels, éducatifs, soumis à Bruxelles et aux milieux d’affaires, alors que le Premier ministre lui-même appelle le parti auquel il appartient à se débarrasser du mot « socialiste » pour peut-être devenir « démocrate », au nom d’une « révolution copernicienne » annoncée.
Rappelons que le clivage entre la droite et la gauche est précisément né avec la naissance de la République. Le 28 août 1789, lors du débat sur le veto royal à la Constituante, les députés opposés à cette mesure et hostiles à la toute- puissance du clergé, se regroupent à gauche du président du bureau, tandis que les partisans du veto royal, de la sauvegarde de la monarchie et de la prépondérance de l’Eglise catholique, se placent à droite. Ainsi sont nées droite et gauche. Certes, depuis, la droite a endossé les habits de la République. Le combat acharné des républicains du 19ème siècle pour que la Nation épouse les principes fondamentaux de la République et pour rendre irréversible ses conquêtes, permit d’intégrer dans ses rangs bon nombre de ses anciens adversaires. Ce fut une victoire républicaine de longue haleine qui ne gommait en rien les clivages intenses, désormais bordés par les principes universels. Ceux qui persistaient à la nommer « la Gueuse » se situaient à l’extérieur de son périmètre.
Ainsi, la République peut-elle être réactionnaire, autoritaire ou coloniale, mais aussi sociale, laïque et démocratique.
En se déclarant très à droite par rapport à l’histoire de la droite depuis la Libération, en insistant sur le rôle supérieur « du curé ou du pasteur » sur l’instituteur, en menant campagne sur l’opposition entre l’identité française et d’autres fantasmées ou en opposant la démocratie à la République – l’une étant le régime du laisser-faire, l’autre celui de l’ordre et de l’autorité – N. Sarkozy joue avec les limites du cadre républicain, intimement mêlé à la laïcité, à l’Ecole publique, à la démocratie, aux services publics, à l’égalité des droits.
Ajoutons qu’à travers cette manœuvre, Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais caché sa fascination pour le modèle américain, cherche à en transposer ici ses caractéristiques politiques afin de fédérer, à l’image du Parti Républicain, l’ensemble des composantes de la droite et d’une bonne partie de son extrême sur une orientation particulièrement dure : prédominance de la loi de l’argent et du religieux, ultralibéralisme, négation du principe d’égalité, néo conservatisme. Tout un programme pour notre pays !
Ainsi, cherche-t-il avec opportunisme à réduire la République à une vision étroite qui flirte avec ses limites, une version rabougrie de la République, césarienne, anti démocratique, soumise aux grands vents de la finance mondialisée.
La République ne dit pas tout mais elle dit beaucoup. La République française n’existe que si elle appartient à chacune et chacun de ses citoyens, de droite comme de gauche. Elle est le bien commun de tous les français, le cadre bordé par les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Vouloir se l’approprier sur une orientation politique qui en nie les principes fondamentaux, relève du vol pur et simple et d’un profond mépris pour l’ensemble et la diversité de ses citoyens.
Nous persistons à penser, avec Jaurès, que « sans la République, le socialisme est impuissant, sans le socialisme, la République est vide », que la République poussée jusqu’au bout, logique avec elle-même, qui ne trahit pas ses principes fondamentaux, qui n’est pas en porte-à-faux avec sa devise, pose les jalons d’une société du bien commun, de la propriété collective, de la démocratie, de la solidarité humaine et de la défense de l’environnement. Bref l’opposé de celle que propose M. Sarkozy !
Car, au fond, est-ce défendre la fraternité que d’appeler « assistanat » les principes de solidarité qui régissent nos systèmes de sécurité sociale, de retraite et d’assurance chômage ?
Est-ce défendre la liberté que d’encourager la toute- puissance du capital sur la vie quotidienne des millions de salariés, d’empêcher tout pouvoir décisionnel au monde du travail dans l’entreprise et sur la production ?
Est-ce défendre l’égalité que de justifier en permanence le règne de la compétition de tous contre tous ou de stigmatiser une partie de nos concitoyens en raison de leur religion ?
Est-ce enfin « républicain » que de manier le fameux « ni-ni » en renvoyant dos à dos l’extrême droite et les partis républicains ?
Répondre à ces questions c’est prendre conscience que la République, bien plus qu’un ordre figé, est un combat permanent pour que se réalise aujourd’hui, dans le monde réel, ses principes universels. Que tous les républicains fassent que N. Sarkozy en soit pour ses frais !

Patrick Le Hyarick

Député Européen (PCF-PGE)

Directeur de "l'Humanité"

Repost 0
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 21:03

Patrick Le Hyaric

Le 23 avril 2015

Les Commissions emploi et affaires juridiques du Parlement européenne viennent, coup sur coup, de refuser un des instruments les plus dangereux de l’accord transatlantique en négociation : lemécanisme de règlement des différends investisseurs-États.

Ce mécanisme doit permettre la création de tribunaux privés d’arbitrage lorsqu’un (investisseur), une société multinationale estiment (que ses investissements) et ses possibilités de profits sont mis en danger par les lois des Etats.

Plutôt que de passer par la justice d’un État et s’en remettre au droit national, ces tribunaux d’arbitrages permettent de dépasser les juridictions nationales et de confier la décision de justice à un arbitrage international sans contrôle indépendant ou droit de recours. Les investisseurs peuvent ainsi contourner le droit national pour passer par une juridiction plus attentive à leurs intérêts qu’au droit social ou environnemental.

Ce « mécanisme de règlements des différends investisseurs-États » (ISDS), est évidemment soutenu par les grandes multinationales et des avocats internationaux. Il a déjà permis des attaques contre des lois sur le tabagisme en Australie, la sortie du nucléaire en Allemagne ou le salaire minimum en Égypte. Pour la raison que les lois en vigueur dans ces pays nuisaient à leurs intérêts.

On imagine l’impact d’un tel système pour remettre en cause nos normes alimentaires (sur les OGM, l’utilisation d’hormones de croissance), environnementales, sanitaires (sur le principe de précaution, sur l’interdiction de médicaments) ou tout simplement sociales une fois que l’on aura donné cet instrument aux multinationales implantées des deux côtés de l’Atlantique.

Nous agissons pour que le Parlement européen prenne une position nette et forte contre ce mécanisme. La mobilisation citoyenne commence à porter ses fruits: cette semaine ce sont les commissions Affaires juridiques et Affaires constitutionnelles, pourtant traditionnellement conservatrices qui s’y sont opposées ; le 1er avril c’est la Commission emploi et affaires sociales qui a tenu la même position figurant dans les amendements que j’avais déposé. Désormais la Commission européenne s’inquiète au point de nous promettre un système de tribunaux arbitraux « light » ou « révisé ».

La prochaine étape est le rapport que va adopter la commission du commerce international qui est compétente sur l’accord transatlantique. Tiendra-t-elle compte des avis des commissions parlementaires contre l’ISDS ou de ceux en faveur ? En tant que membre de la commission du commerce internationale, j’ai également déposé des amendements dans cette commission sur cet accord. Parmi les 25 que j’ai déposés voici ceux concernant les tribunaux arbitraux :

Amendement 61 :

Considérant qu’un accord commercial d’ampleur avec les États-Unis peut réduire la capacité du législateur européen comme national à légiférer, remettant en cause la souveraineté des citoyens, sapant les bases démocratiques du projet européen, réduisant ses leviers d’action, et noyant le spectre des politiques européennes dans un ensemble économique et non plus politique ;

Amendement 895 :

Rappelle que les États membres de l’Union européenne et les États-Unis disposent des cadres d’un État de droit, d’une justice indépendante, avec des possibilités de recours garantissant les droits des citoyens et des investisseurs;

Amendement 896 :

Refuse tout mécanisme de règlement des différends investisseurs-États ou puissance publique qui ne s’inscrive pas dans les droits nationaux, les structures d’arbitrages nationales existantes, en ce qu’ils se placent au-dessus des juridictions nationales et limitent le pouvoir législatif délégués par les citoyens ;

Le vote en commission aura lieu le 28 mai, puis en session du Parlement en juin. Il est donc important d’amplifier la mobilisation contre ce mécanisme consacrant le droit des affaires. Ce serait une importante étape pour faire tomber le projet de marché unique transatlantique.

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans EUROPE
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 18:02
Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans DETENDEZ-VOUS EN MUSIQUE
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 17:40
Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans DETENDEZ-VOUS EN MUSIQUE
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 16:31
Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans DETENDEZ-VOUS EN MUSIQUE
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 16:23
Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans DETENDEZ-VOUS EN MUSIQUE
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 15:31

J'avais déjà eu l'occasion de m'exprimer pour m'opposer au projet "d'investissements"

hôteliers, dont l'objectif étaient de "revitaliser" le centre-ville, aux frais du contribuable Saint-Varentais et qui s'avère aujourd'hui catastrophique. Nous apprenons ce jour du 22 avril 2015 que la "gestion" par la ville et ses élus est des plus fantaisiste et grève le budget d'une dette du commerçant de plus de 38000 €. des largesses avaient pourtant été accordées (indûment) au "délinquant", alors que l'investissement de la ville étaient de l'ordre de 1,2 M€. L emaire doit s'expliquer auprès de ses administrés.

Nouvelle République

Deux-Sèvres - Saint-Varent, Thouars -

Elle réclame les impayés

22/04/2015 05:35

La ville de Saint-Varent cherche à récupérer une belle ardoise de son locataire, l’hôtelier-restaurateur du bourg.

Lassés des impayés de leur locataire, les élus de Saint-Varent ont décidé de l'assigner au tribunal correctionnel de Niort. Hier matin il était question de demander la résiliation du bail avec commandement d'expulsion. Il n'en a rien été. Me Joël Baffou qui représentait la ville de Saint-Varent n'a pas eu à plaider car, au dernier moment, la partie adverse a présenté un avocat, Me Nicolas Chan. L'affaire a été renvoyée à une date ultérieure..

Une ardoise de 38.500 €

Le locataire est l'hôtelier-restaurateur installé dans des locaux flambant neufs et construits spécialement par la mairie saint-varentaise pour dynamiser le commerce local en 2012. Or, il ne paie pas ses loyers depuis près de deux ans. La dette constitue aujourd'hui une ardoise de 38.500 € ! Et ce, malgré une diminution de loyer, consentie par la collectivité en septembre 2013, par souci d'équité avec d'autres commerçants également locataires d'installations municipales en centre-ville.
Malgré de nombreuses sollicitations, le conseil municipal saint-varentais et son maire Pierre Rambault, se sont heurtés à des fins de non-recevoir de la part du locataire qui refusait aussi de répondre aux sollicitations du comptable du Trésor.
L'affaire est donc renvoyée, dans l'immédiat, en attendant un prochain rendez-vous début mai devant le tribunal correctionnel. Cette procédure pourrait être annulée si le locataire choisissait la voie de la liquidation, le dossier passerait alors devant le tribunal de commerce.

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans SAINT-VARENT
commenter cet article
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 08:16

Non au gel des pensions de retraite

Après le 3 juin et le 30 septembre 2014, le 17 mars puis ce 9 avril 2015, les retraité-e-s, à l’appel unitaire des organisations syndicales, ont manifesté leur colère de voir leurs pensions bloquées depuis des mois, leur pouvoir d’achat en baisse depuis des années du fait aussi de l’augmentation constante des dépenses contraintes et des multiples mesures fiscales qui les touchent.
Après la période électorale marquée par une forte abstention, un sentiment d’abandon des plus précaires et un rejet de la politique libérale menée par François Hollande, à l’évidence, le gouvernement reste sourd à l’expression de la colère, au dégoût face aux promesses non tenues, aux reniements, aux capitulations.

En effet, nous apprenons que le gouvernement pour réaliser quelques économies supplémentaires, suivant le programme de stabilité 2015-2018 présenté le mercredi 15 avril ne revaloriserait pas les pensions de retraite de base, le 1er octobre prochain. Les pensions resteraient donc figées jusqu'en octobre 2016, alors qu'elles n'ont plus été revalorisées depuis avril 2013. C’est insupportable !

La politique du gouvernement Hollande/Valls ne sert que le grand patronat et la finance. Pour les patrons des dizaines de milliards d’euros via le pacte de responsabilité et autre Crédit d’Impôts Compétitivité Emploi. Pour les retraité-e-s, baisse continue du pouvoir d’achat des pensions, réduction de la couverture maladie, augmentation des impôts, de la TVA, de la CSG, création de la CASA. Alors que 220 milliards d’euros d’aides publiques sont versés sans contrôle aux entreprises, il est légitime d’exiger la revalorisation des pensions et qu’aucune pension ne soit inférieure au SMIC, porté à 1700€ brut.

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans RETRAITES PCF
commenter cet article
21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 06:43

Le 21 avril 1944, les Françaises deviennent citoyennes
En France , les femmes ont obtenu le droit de vote presque un siècle après les hommes ! La privation de droits civiques est l’ exemple le plus éloquent de l’infériorisation sociale des femmes au moment où se constituent des États- nations modernes se dotant d’institutions « démocratiques ».
L’exclusion civique des femmes se joue pendant la Révolution française. Pourtant, des femmes ont voté aux États généraux de 1789. Olympe de Gouges publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791. Douées de raison, comme les hommes, et formant la moitié de l’espèce humaine, les femmes doivent bénéficier des droits naturels. La différence des sexes est non pertinente sur le plan politique : « Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et à des indispositions passagères ne pourraient-ils exercer des droits dont on n’a jamais imaginé de priver les gens qui ont de la goutte tous les hivers et qui s’enrhument aisément ? »demande Condorcet en 1790. La Convention, élevant les hommes au rang de « citoyens », décide néanmoins, en 1792, l’exclusion politique des femmes. La République des frères refoule les sœurs. En 1848, la IIè République ne prend pas même le soin de préciser que le suffrage universel est uniquement masculin, Le droit de vote ne devient une priorité féministe qu’au début du XXe siècle. Le suffragisme symbolise l’espoir d’ émancipation dans une société en mouvement où des femmes s’imposent dans la sphère publique comme étudiantes , enseignantes, avocates, doctoresses, artistes, journalistes , sportives… Venues de milieux souvent aisés et instruits, les féministes ne représentent pas l’ensemble des femmes. Le mouvement ouvrier leur conteste le droit de parler au nom des travailleuses et voit le vote comme une revendication bourgeoise. En 1907, la IIe Internationale donne la priorité à la lutte des classes et condamne l’action autonome des féministes, ce qui témoigne d’une crainte certaine face à un mouvement dont l’influence s’accroît, en particulier en Angleterre . Face à l’adversité, les suffragistes perdent souvent de vue le principe du droit naturel et parlent de plus en plus souvent de « complémentarité ». Le vote serait juste parce qu’il serait le moyen de réaliser divers progrès sociaux. Plus que le suffragisme, c’est l’engagement des femmes dans des formations , de gauche comme de droite , jusqu’à l’ extrême droite qui marque l’avant- guerre . Dans de nombreux pays, le droit de vote des femmes est « entré dans les mœurs » mais il a encore des adversaires résolus en France.


L’inégalité est justifiée au nom de la « nature », qui a fait des femmes des êtres faibles physiquement et psychologiquement, que l’ordre « protéger » ! L’égalité déviriliserait les hommes. Même un intellectuel tel que Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’ homme, estime que « les femmes en France n’ont pas besoin de voter puisqu ’elles mènent tout » ! Que de conjectures sur le vote des futures électrices, chacun y voyant un risque de renforcement du camp adverse. Retenons la timidité de la gauche. Au nom de la laïcité , la plupart des radicaux se sont opposés à la réforme , avec succès , tandis que la droite a fini par se persuader qu’ elle y aurait intérêt. Et puis les Françaises n’ont pas encore de droits civils et, sur ce front -là, c’est la droite catholique qui s’oppose farouchement à toute révision du Code Napoléon.
L’accès au gouvernement est-il plus aisé que l’accès à la représentation ? Sans doute, puisque trois femmes sont nommées sous- secrétaires d’État dans le gouvernement de Front populaire . Les adversaires les plus résolus du vote des femmes ne nient pas l’existence de « femmes d’exception », dotées de « viriles » capacités politiques . S’ils persistent à leur refuser l’exercice du pouvoir, c’est en raison du risque d’extension de ce privilège à l’ensemble des femmes. Dans les années 1930, on nomme ou élit des conseillères municipales avec voix consultative. Dès les années 1920 , le Parti communiste avait présenté des femmes aux élections municipales (leur élection était invalidée). Il est plus facile de céder sur l’éligibilité que sur le vote. En mars 1944, à l’Assemblée d’ Alger, seule l’éligibilité est envisagée par la commission de réforme de l’État. C’est un amendement du communiste Fernand Grenier qui introduit le droit de vote dans la discussion. On est encore loin du consensus ! La peur du « saut dans l’ inconnu », encore… Le péril clérical, encore… Deux arguments toutefois emportent l’adhésion de la majorité : rendre hommage à la résistance féminine et mettre la France au diapason des États démocratiques. Le 21 avril, le général de Gaulle signe l’ ordonnance qui donne le vote aux femmes. Il aura fallu des circonstances exceptionnelles, une brèche dans l’ordre politique traditionnel , pour que les Françaises deviennent citoyennes. Pour les féministes, la victoire aura un goût amer : le pouvoir politique reste masculin. La redécouverte de l’histoire du suffragisme découlera d’ ailleurs de la conscience accrue, à partir des années 1970, de l’antiféminisme et de la misogynie dans la sphère politique.
Des exclu -e-s de la citoyenneté mis-e-s en concurrence…L’alliance n’est pas toujours au rendez-vous entre « les femmes » et les « colonisés ». Un automatisme puissant conduità ne prendre en considération, parmi les femmes, que les Françaises et, parmi les colonisés, que les hommes. Par exemple, à la fin du XIXe siècle , certaines suffragistes françaises s’étonnaient qu’une minorité de Sénégalais aient le droit de vote. Elles s’étonnèrent encore quand, en 1936, il fut question de l’accès à la citoyenneté d’une minorité d’Algériens. Finalement, la loi du 7 mai 1946 qui consacre la citoyenneté dans le statut personnel en Algérie ne concerne que les hommes, et les femmes doivent attendre la loi du 29 septembre 1947 pour obtenir des droits identiques ( article 4), qui ne deviendront effectifs qu’en 1958, en pleine guerre, lorsque les modalités du vote seront fixées !

Repost 0
Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES pcf
commenter cet article
20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 22:51
Repost 0

BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

Recherche

Texte Libre