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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 22:14

Les classes sociales sont-elles toujours un point de répère pertinent dans notre société ?

MARDI, 7 AVRIL, 2015

L'HUMANITÉ

Photo : DR

Par Paul Bouffartigue, sociologue au CNRS, Marie Cartier, de l'université de Nantes, Isabelle Coutant, du CNRS, Olivier Masclet, de l'Université Paris-Descartes, Nicolas Renahy, de l'Inra, Yasmine Siblot de l'Université Paris-VIII (1) et Nasser Mansouri- Guilani, économiste.

  • Quand la lutte des classes brouille les repères de(s) classe(s)…par Paul Bouffartigue Sociologue au CNRS, a dirigé le Retour des classes sociales (nouvelle édition, février 2015).

À l’aide de Marx, pour qui les classes se construisent dans leur(s) lutte(s), on comprend mieux les paradoxes du présent. Notre société est plus que jamais une société de classes : s’y radicalise et s’y universalise un conflit central entre une oligarchie soudée aux intérêts de la finance et le peuple. D’ailleurs, la conscience qu’il existe une lutte des classes semble vivace. Pourtant, il nous faut prendre acte – et tenter d’en comprendre les sources et les implications – du bouleversement des anciens contours et identités de classe, du basculement du sentiment d’appartenance à la classe ouvrière vers celui de classe moyenne. Y compris dans de larges segments des classes populaires. C’est que les formes actuelles de la lutte de classe se traduisent par un paysage social où ont été largement balayées les représentations des classes consolidées lors des années 1930 à 1960, et profondément modifiées les conditions matérielles d’existence qui leur sont associées. En tant que classe en soi, il n’est guère difficile de repérer une vaste classe des travailleurs salariés, subalternes et intermédiaires, diversement soumise aux processus d’exploitation et de domination. Mais elle ne fait pas face, en soi, à la grande bourgeoisie, quant à elle toujours aussi consciente et mobilisée. Elle paraît éclatée, sous l’effet, entre autres, du chômage de masse, de la précarité, des discours populistes et xénophobes, d’un sentiment d’abandon par les gauches.

Point de repère pertinent pour décrire notre société, les classes le demeurent. Les sources statistiques le confirment : les inégalités, les distances et les proximités entre grands groupes socioprofessionnels ont un caractère systémique. Classes populaires, moyennes et supérieures peuvent être distinguées au regard de la distribution de leurs avoirs et de leurs pouvoirs. Les sources socio-ethnographiques permettent quant à elles d’affiner ce tableau. Elles montrent comment s’intriquent aux rapports de classe d’autres rapports sociaux – de sexe, de race, de générations – en construisant pratiques et identités sociales concrètes… Tout en amenant rarement les individus, par ailleurs objectivement membres des classes populaires, à se reconnaître subjectivement dans ces dernières. La montée d’un sentiment de paupérisation ou de déclassement social et d’hostilité aux classes dirigeantes va de pair avec la montée des conflits identitaires et du ressentiment pour les plus pauvres, perçus comme assistés. Et même lors des hauts de cycles de conflictualité sociale, la contestation peine à se situer sur le terrain de l’alternative politique.

Parmi les nombreux éclairages à ces paradoxes, un retour critique sur l’histoire du mouvement ouvrier est utile : des séquelles laissées par la marginalisation des orientations syndicales et politiques privilégiant l’auto-organisation des dominés, à celles de la question coloniale, en passant par les questions du travail et du consumérisme, de l’adhésion au mode de développement fondé sur le fordisme. La nostalgie des classes d’antan paralyse l’action. Aucun groupe ne remplacera le groupe ouvrier comme noyau fédérateur. Une nouvelle vision, moins sociologique et plus politique, de la mobilisation, de l’unification et de la promotion possibles des opprimés dans les conditions contemporaines, reste à construire.

  • Des inégalités reproduites de génération en génération par Marie Cartier Université de Nantes, Isabelle Coutant CNRS, Olivier Masclet Université Paris-Descartes, Nicolas Renahy Inra et Yasmine Siblot Université Paris-VIII (1)

Il semble aujourd’hui plus facile de parler de classes sociales pour décrire le haut de la société que le bas. La croissance des inégalités de richesse économique, le maintien des écarts de richesse culturelle en dépit de la massification scolaire, la culture d’un entre-soi résidentiel dans des espaces proches des centres urbains offrent aux groupes sociaux les mieux dotés des conditions d’existence et un avenir privilégiés, pour eux-mêmes comme pour leurs enfants. Finalement, que de larges parties de la France d’en haut, quand bien même celles-ci sont loin de se reconnaître toujours comme telles, forment une classe à la fois sur le papier (on peut repérer des propriétés communes et distinctives) et mobilisée (qui sait défendre ses intérêts), est un fait peu discuté.

Mais parler de classes populaires fait davantage problème. Ces groupes seraient trop fragmentés pour qu’on puisse parler de classe. Il est vrai que les classes populaires contemporaines que l’on définit un peu mécaniquement en agrégeant les ouvriers et les employés forment un ensemble hétérogène, lui-même structuré par des inégalités qui désavantagent les non-qualifiés, les femmes et les immigrés. Ces inégalités, plus documentées qu’autrefois, sont aussi plus fortes du fait de la divergence des conditions d’emploi : ouvriers et employés stables des fonctions publiques et des grandes entreprises ont aujourd’hui un avantage certain sur ceux des petites entreprises ou sur les contractuels voués au chômage et à la précarité. Mais, s’il existe bel et bien des écarts en matière de stabilité des conditions économiques d’existence et de style de vie entre ouvriers et employés et en leur sein, ces écarts sont moins importants que ceux qui, encore et toujours, les séparent des classes moyennes et supérieures.

C’est net en termes de salaires (écarts de 1 à 3) et encore plus de patrimoine (écarts de 1 à 10, voire de 1 à 100 si on compare les ouvriers non qualifiés aux professions libérales), mais aussi sur tous les autres plans : les ouvriers et les employés consacrent une part toujours plus importante de leur budget pour se loger et se nourrir et toujours moins pour se distraire ou partir en vacances. La mortalité des employés et surtout des ouvriers est plus élevée, de même que leur exposition aux maladies et accidents professionnels ou encore à la vieillesse en situation de dépendance. L’accès aux études pour leurs enfants se fait toujours principalement dans des filières courtes et peu valorisées. Enfin, la hausse continue de l’abstention et des votes intermittents parmi les ouvriers et les employés, l’éclatement de leurs votes entre gauche et extrême droite, mais aussi le recul de leur part parmi les dirigeants politiques, les élus, les militants marquent une différence forte avec les autres groupes sociaux.

Par-delà ces indicateurs d’inégalités, trois processus rapprochent aujourd’hui ouvriers et employés, et entretiennent leur position sociale dominée. 1. L’assignation des moins diplômés à des activités professionnelles peu considérées, souvent usantes physiquement mais aussi psychologiquement (les véritables situations de tension au travail, celles où les exigences du travail sont élevées, mais les ressources pour y faire face absentes, concernent davantage les salariés d’exécution) et qui s’effectuent de plus en plus souvent selon des horaires atypiques ou décalés, très contraignants pour la vie familiale et personnelle. 2. Une raréfaction depuis les années 1980 des voies de promotion vers les professions intermédiaires et des possibilités d’accès au statut de petit fonctionnaire ou d’indépendant : à l’inverse, les circulations entre employés et ouvriers se sont accrues entre générations. 3. Les alliances conjugales restent fortement inscrites dans la classe sociale d’origine – 40 % des couples sont formés d’ouvriers, d’employés ou d’inac- tifs –, cette homogamie sociale contribuant largement aux mécanismes de la reproduction des inégalités d’une génération à l’autre. Ces processus concrets donnent aujourd’hui à l’expérience individuelle du salariat d’exécution la consistance d’une condition de classe. La démobilisation politique des ouvriers et des employés, visible depuis les années 1980, n’enlève rien à la pérennité de cette condition.

(1) Auteurs de Sociologie des classes populaires contemporaines. Éditions Armand Colin, 2015, 368 pages, 34 euros.

  • Nourrir la conscience de classe par Nasser Mansouri-Guilani, économiste

La réponse se trouve dans les propos d’un financier américain : il y a une lutte des classes dans le monde et, pour l’instant, c’est ma classe qui l’emporte ! Cette formulation exprime une identité de classe à travers la lutte des classes. Sans cette identité, le mot devient pervers, par exemple lorsqu’on parle de la classe politique qui gouverne le pays de façon indifférenciée. Une telle formule favorise le simplisme et l’extrême droite.

Le concept de classe est un repère pour la compréhension de la société et la transformation sociale. Dans un système capitaliste, les rapports sociaux sont définis selon les intérêts conflictuels de deux entités bien distinctes : le capital et le travail. Il s’agit de l’exploitation du travail par le capital. L’identité de chaque classe est déterminée selon sa place dans les rapports d’exploitation et de domination ; elle s’exprime par un ensemble de positionnements politiques, idéologiques, voire culturels. Le concept de classe exprime une réalité mouvante car le système évolue en permanence, ce qui rend plus difficiles la compréhension et l’explication de l’exploitation et des rapports conflictuels entre les individus ou les groupes d’individus qui représentent le travail et le capital. Jadis, le patron représentait le capital et l’ouvrier le travail. À présent, le monde du travail englobe un ensemble plus vaste : un salariat plus qualifié mais précarisé et une armée de réserve de privés d’emploi. Le patron, à qui on a affaire quotidiennement, est souvent salarié, représentant et agissant pour le compte des propriétaires ou actionnaires. Les actionnaires sont souvent anonymes et transnationaux. Parfois, ce sont des fonds de pension ou autres fonds qui agissent pour le compte des salariés. Enfin, le salarié peut être aussi actionnaire et porter en son sein la contradiction entre le travail et le capital.

Malgré ces complexités, la réalité demeure : dans le système capitaliste, les intérêts du capital et du travail sont conflictuels. Si, en tant que salariés, les gens veulent avoir de meilleures conditions, plus de salaire, plus de formation…, ces revendications entrent en conflit avec la logique de rentabilité qui motive la production capitaliste. Dans le contexte de la mondialisation et du développement des marchés financiers, partout dans le monde la part des travailleurs dans les richesses qu’ils produisent diminue. Plus que jamais, nous assistons à une communauté d’intérêts des travailleurs.

Contrairement aux apparences, les travailleurs français résidant dans les régions sinistrées ont plus d’intérêts communs avec les travailleurs des autres pays qu’avec leurs compatriotes français propriétaires des sites fermés ou des entreprises délocalisées. Comprendre et expliquer cette réalité est difficile mais indispensable pour la transformation sociale. On retrouve là la question de la construction d’une conscience de classe pour connaître ses intérêts et devenir acteur de la transformation sociale. De ce point de vue, les détenteurs de capitaux et leurs protecteurs sont en avance. Un ensemble de facteurs contribue à l’affaiblissement de la conscience de classe des travailleurs : pratiques patronales et pression idéologique des libéraux et des médias ; abandon de l’idée de progrès social par une partie de la gauche ; peur d’assumer l’identité de classe des travailleurs par crainte d’être taxé d’archaïsme…

Profitant des dégâts du libéralisme, le FN mobilise le vote populaire au service des intérêts du capital. Assumer, haut et fort, l’identité de classe des travailleurs – au lieu d’employer des formules vagues comme les classes moyennes – est, pour les progressistes, le meilleur moyen de lutter contre la montée du FN.

UN OBJET SOCIOLOGIQUE RETROUVÉ

« La fin des classes sociales semblerait une évidence pour de nombreux auteurs contemporains, au point que cette question a disparu de la production des sciences sociales (…). Objectivement visibles mais subjectivement désarticulées, les classes sociales sont porteuses d’un avenir plus ouvert qu’on ne le conçoit généralement. » Louis Chauvel (OFCE).

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 18:59

Robert Clément

4 h · Modifié ·

Voici le texte que j'avais publié en décembre 2014. Il concernait la véritable censure dont est l'objet le PCF !!!!
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PAS DE LIBERTÉ, PAS DE DÉMOCRATIE SANS UN PLURALISME VÉRITABLE !
Adresse à Monsieur Olivier SCHRAMECK, Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
Depuis des mois la discrimination à l’égard du Parti Communistes Français dans les médias télévisés est devenue une constante insupportable pour les citoyens attachés à la démocratie et au pluralisme.
Pierre LAURENT, son secrétaire national fait l’objet d’un ostracisme révoltant. Cela fait au moins douze ans qu’aucun secrétaire du Parti communiste n’a été invité à participer à une émission de début de soirée.

TROP C’EST TROP, C’EST L’OVERDOSE !

La mise en scène d’un match à trois (UMP-PS-FN) est un jeu dangereux et une grave atteinte à la démocratie !

• Le Front national a table ouverte permanente sur tous les plateaux de télévision.
• Le petit écran est envahi par l’UMP et le retour de celui qu’une grande partie de nos compatriotes ne veulent plus.
• Nous sommes invités à passer notre dimanche en compagnie du Parti socialiste et du premier ministre.

Et pendant ce temps :
• Les communistes réunis en conférence nationale lancent un appel pour construire une alternative à l’austérité : PAS UN MOT !
• Les parlementaires communistes se rendent à un péage pour dénoncer le scandale des sociétés d’autoroutes : PAS UN MICRO NE LEUR EST TENDU !
• Des militants communistes défilent grimés en patrons pour dénoncer le Medef qui en demande toujours plus : LES TÉLÉSPECTATEURS N’EN SAURONT RIEN !

CE SILENCE EST ASSOURDISSANT !

C’est à une véritable disparition du courant d’opinion représenté par le Parti communiste à laquelle nous assistons !
C’est intolérable ! Cela pose la question de la représentation légitime dans les médias d’une formation, fondatrice du Front de gauche, comptant 120.000 adhérent et restant la troisième force politique en termes d’élus locaux !

La France va mal ! Elle souffre ! Elle connaît une grave crise de confiance, une grave crise démocratique ! La majorité de notre peuple ne veut plus de la politique actuellement mise en œuvre !
Quelle alternative ? La question est posée !
Y répondre appelle débat, confrontations, écoute de la société, propositions d’alternatives syndicales, sociales, économiques, écologiques, politiques et culturelles !
La parole des communistes doit être respectée et entendue !

C’est pourquoi nous exigeons que soit mis un terme à la mise à l’écart du Parti communiste français et de son secrétaire national ! C’est tout simplement faire droit au respect du pluralisme sans lequel la démocratie serait une coquille vide !

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 12:28

Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

par Philippe Plassart

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008. “L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”

“Les marchés d’actions surperforment et voient la vie en rose, alors que l’économie réelle continue de donner des signes de souffrance. Ce n’est pas cohérent, une partie se trompe” analyse Véronique Riches-Flores, économiste indépendante. Les marchés n’ont pas de mémoire. Ils ont oublié les crises passées – la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, la faillite et le sauvetage in extremis du fonds LTCM, ainsi que la crise de la balance des paiements des pays asiatiques en 1998, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et surtout la plus terrible d’entre elles, celle des subprimes et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser. Or les germes d’une prochaine crise – impossible, bien sûr, à dater, mais potentiellement plus dévastatrice – sont probablement déjà semés. Et il n’y a pas pire sans doute que ce sentiment actuel de fausse sécurité qui conduit à fermer les yeux sur ces risques.

Un déversement de liquidités sans précédent

Pour éviter un effondrement financier, feu Milton Friedman préconisait un largage de liquidités “par hélicoptère”. Les banques centrales ont suivi la recommandation du maître. Sans doute, à leur décharge, n’avaient-elles d’autre choix. La réserve fédérale américaine a ainsi injecté près de 3 500 milliards de dollars, et la Banque centrale européenne veut racheter 1 100 milliards d’euros d’actifs d’ici septembre 2016. Quant aux autres banques centrales (Angleterre, Japon), elles ne sont pas non plus en reste. Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasiment 6,5 % du PIB mondial. Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit. “Le canal bancaire sur lequel comptent les banques centrales ne fonctionne pas bien. Tant il est vrai que le financement de l’économie n’est plus au cœur de l’activité bancaire” analyse Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste d’économie bancaire et financière.

“Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit”

Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés financiers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses européennes leur emboîtent le pas depuis que la Banque centrale européenne a annoncé, à son tour, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles. Or ces mouvements haussiers sont largement déconnectés de la réalité économique et d’une croissance qui n’a rien de flamboyant. “On a confondu création monétaire et création de richesses” tranche l’économiste Charles Gave.

Une zone de taux d’intérêt inédite

Cet afflux de liquidités a eu pour effet d’écraser les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, désormais proches de zéro sur quasiment toute la courbe. Une évolution souhaitée par les banques centrales elles-mêmes. “Cela fait plus de six ans que la Réserve fédérale fournit de l’argent gratuitement. Et la BCE l’a suivie. Or quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”, déplore l’ex-banquier Jean-Michel Naulot. Pire, sur certaines échéances, les taux sont même devenus négatifs. Une situation qui peut être vue comme aberrante puisqu’elle revient à faire payer au prêteur le prix de sa sécurité. “Comment un système économique peut-il fonctionner sans une prime à l’incertitude liée au passage du temps ? Cela n’est tout simplement pas possible. On n’est plus dans un monde logique” estime Charles Gave.

“Quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”

Quoi qu’il en soit, cette zone de taux d’intérêt inédite et ses anomalies ont pour effet de biaiser bon nombre de calculs économiques et financiers. Et donc de perturber la rationalité des acteurs. “Les investisseurs qui recherchent du rendement n’en trouvent plus par les voies traditionnelles. Priçant mal le risque, ils se tournent vers des actifs de moins en moins sûrs : junk bonds , actions spéculatives”, observe Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch.

La finance, toujours un champ de mines

En 2009, les dirigeants du G20 avaient, on s’en souvient, affiché leur volonté de remettre la finance “à sa place”, c’est-à-dire au service de l’économie. Six ans, plus tard, force est de constater que la sphère financière, toujours hypertrophiée, tourne plus que jamais – et de plus en plus vite – sur elle-même, sans autre considération que son propre intérêt. “La finance mondiale reste un champ de mines”, diagnostique l’expert Paul Jorion. Et un champ en expansion continu. Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.

“Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial”

Quant au “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation, elle a continué à se développer, souvent au sein même de la finance officielle. Des instruments nouveaux, à fort potentiel déstabilisateur, sont apparus, tel le trading à haute fréquence (THF) qui n’existait quasiment pas avant la crise de 2008, et qui représente désormais la moitié des transactions. Par ailleurs, des segments de marchés connaissent de forts engouements comme celui des “repos” et des “prêts de titres” dans lequel des titres, par exemple de dettes, peuvent servir de garantie à de nouveaux emprunts. Des mécanismes où la fertilité de l’innovation financière le dispute à sa complexité. Un cocktail qui n’est pas sans rappeler les montages de titrisation qui avaient précédé la crise des subprimes et dans lesquels bon nombre de professionnels s’étaient eux-mêmes perdus.

Les failles d’une régulation inachevée

Autre promesse non tenue, celle de réguler le secteur de la finance. “On a fait deux pas en avant et un pas en arrière. En tout état de cause, le chemin parcouru n’a pas été suffisant” analyse Christophe Nijdam. “Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites” s’alarme pour sa part Jean-Michel Naulot. Le lobby des banques et des établissements financiers a opposé il est vrai une résistance farouche à toutes les tentatives d’encadrement. Si bien que les célèbres ratios prudentiels de Bâle III, censés mettre le secteur à l’abri d’une rechute, apparaissent à l’examen bien édulcorés. “Les banques ont gardé la main sur l’évaluation de leurs propres risques, ce qui les conduit naturellement à minimiser ces derniers. Résultat, les coussins de fonds de propres exigés apparaissent insuffisants.

“Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites”

Quoi qu’il en soit, le dispositif complet de prévention des risques ne sera pas opérationnel avant 2019 et 2020”, analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. Un cadre qui laisse de toutes les façons sceptique Paul Jorion “Les niveaux de réserves ont été choisis sur la base d’une probabilité gaussienne d’accidents, c’est-à-dire ayant une répartition en cloche. Or les chocs financiers ne relèvent pas de cette catégorie du fait de leur caractère systémique. On l’a bien vu avec la faillite de l’assureur américain AIG en 2008. Celui-ci avait constitué des réserves à hauteur de 4 milliards de dollars. Or il a essuyé d’emblée des pertes de 85 milliards.” Garde-fous bien fragiles, les ratios prudentiels, en rassurant donc à bon compte, accroissent surtout dangereusement le sentiment d’une fausse sécurité.

Les signes d’exubérances irrationnelles

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”. Certains acteurs ont renoué avec les pratiques à très haut risque. Selon le régulateur britannique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuellement un effet de levier supérieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des positions de marché correspondant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! De l’acrobatie sans filet. “Je retrouve actuellement à New York les mêmes signaux que ceux que j’avais observés pendant la période qui avait précédé la crise de 2007-2008 : un relâchement assez général de la vigilance, des prises de risques inconsidérées, des pratiques d’allocations de crédit qui ne font pas sens”, témoigne Édouard Tétreau, associé gérant de Mediafin.

“Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime””

Et comme en 2007, le foyer de ces excès semble logé aux États-Unis. Selon le prix Nobel Robert Shiller, grand expert de la formation des bulles spéculatives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle économique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. D’autres signes “d’exubérance irrationnelle” se manifestent, comme la multiplication d’“entreprises zombies” capables, par exemple dans les biotechs ou les réseaux sociaux, de drainer des capitaux sans aucun résultat, observe Christopher Dembik. Mais c’est surtout le retour spectaculaire des subprimes et des activités de repackaging et de titrisation des dettes qui fait remonter le souvenir de la crise. “40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages… insolvables”, s’alarme Édouard Tétreau.

La menace bien réelle d’une crise systémique

Ne sommes-nous pas alors partis pour revivre une crise, du type de celle des Sicav monétaires qui, en août 2007, avait brutalement interrompu le marché interbancaire international ? Une crise de nature systémique donc, dans laquelle la chute d’un acteur de la chaîne entraîne tous les autres comme dans un jeu de dominos. L’interconnexion entre les acteurs – et donc leur dépendance les uns aux autres – n’a pas cessé de croître ces dernières années, et recommence à donner des sueurs froides à certains observateurs.

“Un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité”

De véritables nœuds se sont formés. Sur le marché des “prêts de titres” et de “repos”, estimé à 20 000 milliards, un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité. Les failles des chambres de compensation des marchés dérivés constituent une autre source d’inquiétude. Une demi-douzaine de banques de données ont certes été constituées, mais elles ne disposent pas de registres standardisés, si bien qu’en cas d’urgence à dénouer les positions, aucun opérateur n’y retrouvera ses petits. Panique assurée.

Quel sera le détonateur ?

Quel sera cette fois le détonateur de la crise ? Viendra-t-il des compagnies d’assurance-vie allemandes qui ont pris tous les risques pour tenir leurs promesses de rendement à 3 % dans un contexte de taux zéro ? Des craquements du vaste marché des “students loans” américains dont le manque de traçabilité commence à effrayer les professionnels les plus aguerris ? Ou bien de la bombe à retardement de la prochaine hausse des taux d’intérêt ? “Lorsque les taux sont à zéro comme aujourd’hui, le risque de sensibilité des titres à la remontée des taux est à son maximum, rappelle Christophe Nijdam. Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

“Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

Un carnage qui pourrait déstabiliser bien des portefeuilles obligataires, y compris institutionnels. La hausse des taux impactera aussi le marché des dérivés composés à 85 % de dérivés de taux… Stupeur et tremblements. Mais la crise viendra sans doute de là où personne ne l’attend, tel le battement de l’aile du papillon qui provoque l’ouragan à des milliers de kilomètres. Lorsqu’en octobre 2006 dans un comté perdu de l’État de Californie, le prix des maisons avait affiché ses premières baisses après plusieurs années de boom immobilier, personne n’avait prêté beaucoup d’attention à l’information. Ce fut pourtant le point de départ de ce qui allait devenir quelques mois plus tard la plus grave crise depuis 1929.

Publié le 08/04/2015

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 01:16

Droits de l'Homme aux États-Unis et à Cuba : Parlons-en !
(par Netfa Freeman 08/04/2015, traduction Michel Taupin)

Cuba a ouvert des discussions avec les États-Unis sur les droits de l'homme, la semaine dernière, en rappelant que les États-Unis ne sont pas un modèle pour les autres nations. Les Cubains ont cité entre autres "la discrimination et le racisme dans la société américaine, l'aggravation des brutalités policières, les actes de torture et les exécutions extrajudiciaires dans la lutte contre le terrorisme et la situation de vide juridique des prisonniers du camp de la prison étasunienne de Guantanamo."

"La présence de Cuba sur la liste des pays terroristes établie par les Etats-Unis est un moyen de faire respecter le blocus américain contre Cuba. "
A tour de rôle, les médias qui ne cessent de mentir à propos de Cuba, racontent que la réunion du 31 Mars entre les États-Unis et Cuba sur les droits de l'homme, serait gênante pour Cuba. La propagande américaine a constamment matraqué que Cuba violait les droits humains de ses citoyens et emprisonnait des personnes simplement pour fait de dissidence politique. Mais, au contraire, c'est le sujet même des droits de l'homme qui donne l'occasion d'exposer la réalité dans les deux pays.
Pas d'annonces majeures ont émergé de la rencontre, le premier dialogue formel entre les pays sur les droits de l'homme depuis que le président américain Barack Obama et le président cubain Raul Castro ont annoncé le 17 Décembre 2014 qu'ils cherchaient à rétablir les liens diplomatiques.
Toutefois, le chef de la délégation cubaine aux pourparlers, Pedro Luis Pedroso a dit : "Nous avons exprimé nos préoccupations concernant les modes de discrimination et le racisme dans la société américaine, l'aggravation de la brutalité de la police, les actes de torture et d'exécutions extrajudiciaires dans la lutte contre le terrorisme et les formes juridiques floues des prisonniers dans le camp de la prison américaine de Guantanamo". Lors d'une conférence de presse à Washington, le directeur général adjoint pour les affaires multilatérales et du droit international au ministère cubain des Affaires étrangères a déclaré que la délégation de l'île avait également mis en avant sa préoccupation au sujet de la limitation des droits du travail et des libertés syndicales."

Certains d'entre nous qui travaillent dans le mouvement de solidarité avec Cuba, estiment que c'est aussi une fenêtre d'opportunité pour informer et soulever les questions des incarcérations de masse des États-Unis, de l'épidémie de meurtres de la police et du sort des prisonniers politiques comme le combattant de la liberté Leonard Peltier de l'American Indian Movement et du journaliste révolutionnaire noir Mumia Abu Jamal. Actuellement Mumia lutte pour sa vie en raison d'une exécution extrajudiciaire impitoyable à travers une faute médicale soutenue par l'État.

"Contrairement aux États-Unis, l'éducation, la santé, l'emploi ou les droits humains à Cuba ne sont pas un privilège."
Pendant trois mois, Mumia a montré des signes de diabète. Il a été examiné par les médecins de la prison à plusieurs reprises. Son sang a été prélevé trois fois en Février seulement, mais le diabète n'a pas été diagnostiqué jusqu'à ce qu'il a dû être transporté dans un hôpital extérieur après s'être évanoui dans la prison avec un taux de sucre dans le sang près du niveau du coma diabétique. Deux jours après, il était renvoyé dans la même prison, gardé par ceux-là même qui l'ont amené aux portes de la mort.
Il est compréhensible que les membres de la famille et tous ceux qui le soutiennent estiment que c'est une tentative consciente de procéder à une exécution extra-judiciaire par négligence médicale. À tout le moins, cela témoigne du traitement inadéquat et inhumain des personnes âgées incarcérées.

Seulement l'hypocrisie audacieuse du gouvernement américain en général et de Barak Obama en particulier, c'est de miser sur l'interprétation peu crédible de Cuba parce que "connu comme violeur des droits de l'homme" et sur le fait que c'est un sujet à aborder plus tard lors des négociations sur la normalisation des relations, tout en pratiquant un sanglant mépris pour la vie humaine, ici et ailleurs.

Compte tenu de la corrélation entre les droits humains et la justice économique, une comparaison entre Cuba et les États-Unis révèle de plus grands contrastes encore. Contrairement aux États-Unis, à Cuba, dans l'éducation, la santé, l'emploi ou les droits humains, il n'y a pas de privilèges. Cuba fournit une éducation gratuite, de la maternelle jusqu'au niveau universitaire, et la santé pour tous ses citoyens est entièrement gratuite. A Cuba révolutionnaire pas un emprisonné ne subirait ce à quoi Mumia Abu Jamal est actuellement confronté.

Qui sont les «dissidents» à Cuba?
Il faut une sorte d'éducation aux médias et de l'information contextuelle pour déconstruire les nouvelles de la presse ainsi que la propagande du gouvernement américain. Un rapport de Reuters sur les pourparlers dit, "Les Etats-Unis ont pressé Cuba pour améliorer les conditions des droits humains sur l'île communiste et s'inquiètent, en particulier, de l'emprisonnement de dissidents et de militants politiques et du traitement des prisonniers politiques ... Cuba a répondu à Washington qu'il ne tolérera pas d'ingérence dans ses affaires intérieures et a demandé que les États-Unis cessent de soutenir les dissidents ".
Les États-Unis ne reconnaissent pas, ni la presse d'ailleurs, l'existence de prisonniers politiques étatsuniens qui, certainement, ne sont pas à l'abri des conditions notoirement inhumaines d'autres prisonniers. En fait, ils sont souvent traités plus mal, enfermés en cellule d'isolement (aka le trou), une pratique étrangère à Cuba, selon une délégation de travailleurs sociaux des États-Unis qui a visité les prisons de l'île.
Si l'on n'est pas prudent, cependant, il peut être facile d'oublier la déclaration, rapportée par Reuters, que Cuba "ne tolérera aucune ingérence dans ses affaires intérieures et a demandé que les États-Unis cessent de soutenir les dissidents."

Cela devrait amener la question : qui sont ces «dissidents» et comment les Etats-Unis les soutiennent ?
"Cuba a des préoccupations de sécurité nationale très valables qu'aucun pays ne peut tout simplement se prévaloir."

Un document déclassifié datant d'Octobre 1961 rédigé par l'inspecteur général de la CIA, Lyman Kirkpatrick, «L'histoire du Projet cubain (US) commence en 1959» en souligne les aspects fondamentaux :
a) Formation d'une organisation cubaine en exil ... pour diriger les activités de l'opposition et fournir une couverture pour les opérations de l'Agence.
b) Développement d'une propagande offensive au nom de l'opposition.
c) Création à l'intérieur de Cuba d'une agence de renseignements clandestine et d'un appareil d'action pour répondre aux demandes de la direction de l'organisation en exil.
d) Développement hors de Cuba d'une petite force paramilitaire destinée à être introduite à Cuba pour organiser, former et diriger des groupes de résistance.

Ces activités restent en vigueur aujourd'hui sous le titre "Programme Cuba", en complément de l'Agence américaine pour le développement international (USAID). Cela signifie que Cuba a des préoccupations de sécurité nationale très valables ce qu'aucun autre pays ne peut tout simplement se prévaloir.
En réponse à ces attaques, Cuba a promulgué des lois spécifiquement conçues pour préserver ses citoyens de la nocivité de la loi américaine dite Helms-Burton, immorale et condamnée internationalement. La loi Helms-Burton (The Cuban Liberty and Democratic Solidarity - Libertad - Loi de 1996) renforce et étend l'application territoriale de l'embargo initial US, en le transformant en blocus - un acte de guerre - contre Cuba et incite les ressortissants cubains à commettre une trahison en se prétendant dissidents politiques tout en diffusant des informations fausses et trompeuses permettant aux États-Unis de justifier le blocus.

En 2003 Cuba a arrêté plusieurs de ses citoyens sur ces accusations. Le gouvernement américain et les medias ont utilisé ces arrestations pour accuser Cuba de "réprimer la dissidence" en dépit d'une impressionnante et très détaillée Conférence de presse tenue à Cuba le 9 Avril 2003 pour lutter contre la désinformation et les mensonges propagés par l'impérialisme américain.
Des décennies d'utilisation par les États-Unis d'une combinaison d'efforts internes de déstabilisation de l'île et de son vaste appareil de propagande internationale, a généré du scepticisme sur les droits de l'homme à Cuba. Mais ce sont aussi les informations de base étasuniennes qui peuvent nous donner un fond plus précis et nous permettre de comprendre.

Une note de service de 1994 envoyée par Joseph Sullivan, ancien chef de la Section des intérêts américains à La Havane, à l'ancien secrétaire d'Etat, Warren Christopher, à la Central Intelligence Agency CIA) et au Service de l'immigration et de la naturalisation (INS), examine les difficultés rencontrées pour trouver des cas légitimes de violations des droits de l'homme à Cuba. La note de service a été transmise aux Cubains par des «mains amies», et a été distribuée par Cuba aux Etats membres de l'Organisation des Nations Unies le 2 Mars 1994 afin de fournir des preuves des contorsions intentionnelles du gouvernement américain sur la situation des droits de l'homme à Cuba pour justifier sa politique d'agression.
"Certains ressortissants cubains se posent en dissidents politiques tout en diffusant des informations fausses et trompeuses au nom des États-Unis pour justifier le blocus."
La note va même jusqu'à admettre, même après que la Section des intérêts américains à La Havane ait assoupli ses conditions pour que plus de cubains puissent se qualifier "dissident politique", que l'on pourrait les classer au mieux dans la case "asile économique".

L'hypocrisie des États-Unis lorsqu'il s'agit de ses accusations contre Cuba est des plus étonnantes. Ils incluent même Cuba dans sa liste des "Etats soutenant le terrorisme", après que les États-Unis ont pratiqué et soutenu des décennies de terrorisme contre Cuba. Ce qui a conduit Cuba à envoyer 5 cubains en mission aux USA. Les 5 Cubains ont infiltré les groupes d'extrême-droite d'exilés cubains violents, basés à Miami, et devaient trouver des moyens non violents pour mettre fin ou contrecarrer leurs plans de terrorisme. Au lieu d'arrêter les terroristes, les États-Unis ont arrêté les 5 cubains. Les trois derniers qui étaient encore emprisonnés en Décembre ont été libérés dans le cadre du premier geste dans la normalisation des relations entre les deux pays. Il est important que la désignation de Cuba sur la liste du terrorisme par les Etats-Unis ne soit ni sous-estimée ni considérée inoffensive, quoique fausse accusation. La désignation est un moyen de faire respecter le blocus américain contre Cuba. C'est un moyen de dénier à d'autres pays d'accorder des crédits dans le système bancaire des EU et international. Il oblige le pays à faire des transactions en espèces, ce qui est pratiquement impossible pour n'importe quel gouvernement dans l'économie mondiale et en fait un fardeau pour sa mission diplomatique aux États-Unis qui doit mener à bien les fonctions normales du consulat ou de l'ambassade.

Il est clair que les intérêts américains dans la normalisation des relations ne sont pas un changement de cœur ou l'abandon de leurs intentions de saper la révolution cubaine. Peu importe, c'est un développement bienvenu. À tout le moins, il nous donne à tous l'occasion de placer les dossiers de ces deux pays côte à côte et de demander: "S'il vous plait, que le vrai violeur des droits de l'homme se lève!"

Netfa Freeman est depuis longtemps panafricaniste, militant des droits de l'homme, basé à Washington DC, travaillant à l'Institut d'études politiques et est co-animateur / producteur pour Voix Avec Vision sur WPFW 89,3 FM.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 05:21

Valls ne trouvera pas la paix sociale

MERCREDI, 8 AVRIL, 2015

© ERIC FEFERBERG / AFP

L'éditorial de Maud Vergnol : Lui, président, devait inscrire dans la Constitution le rôle du dialogue social et la place des grandes organisations représentatives. Trois ans plus tard, son gouvernement mené par Manuel Valls propose de jeter aux oubliettes ce que les salariés et leurs syndicats ont patiemment conquis : des cadres institutionnels pour se défendre et conquérir de nouveaux droits.

Lui, président, devait inscrire dans la Constitution le rôle du dialogue social et la place des grandes organisations représentatives. Trois ans plus tard, son gouvernement mené par Manuel Valls propose de jeter aux oubliettes ce que les salariés et leurs syndicats ont patiemment conquis : des cadres institutionnels pour se défendre et conquérir de nouveaux droits. Le projet de loi Rebsamen, que l’exécutif souhaite expédier avant l’été, reprend une nouvelle fois à son compte les suppliques du Medef et propose notamment la fusion des institutions représentatives du personnel, dont les prérogatives seraient réduites. L’objectif ? Appuyer sur l’accélérateur libéral pour « lever les freins à l’embauche ». Un argument éculé depuis le bilan accablant du pacte de responsabilité : 40 milliards de cadeaux aux entreprises qui n’ont pas créé un seul emploi, comme le démontrait encore la semaine dernière un rapport de l’Insee.

Le premier ministre aura beau jeu, aujourd’hui, de jeter des miettes à sa majorité pour la faire taire, à quelques semaines du congrès du Parti socialiste. Les propositions de son ministre du Travail sont une nouvelle provocation pour tous ceux qui ne se résignent pas à la liquidation des politiques de progrès. Et il en faudra plus qu’un nouvel os à ronger sur « l’investissement » pour faire oublier la gifl e électorale et le désaveu populaire qui s’est exprimé le 29 avril. Le matador du socialisme parviendra peut-être à amadouer ses opposants au sein du PS. Mais il n’achètera pas la paix sociale. C’est le sens de l’appel à la grève de demain, porté par la CGT, FO, Solidaires et la FSU, convaincus que contre les politiques d’austérité, l’alternative est possible. Salariés du commerce opposés au travail du dimanche, grévistes de Radio France, professionnels de santé, chômeurs, chauffeurs routiers, artistes, cheminots, chercheurs, retraités… tous ont décidé de relever la tête et de rappeler à Matignon que le peuple peut reprendre l’offensive

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 10:50

Nos tâches aujourd'hui, et pour la période qui s'ouvre.


Après les 3 défaites électorales que vient de subir le PS et ses alliés, aux municipales , puis les européennes, et maintenant les départementales , où il faut souligner toutefois que le front de gauche, et singulièrement le PCF, même s'il perd des élus et la Présidence d'un département, résiste et progresse même presque partout où il présentait des candidats, seul où en alliance diversifiée à gauche. "Maintenant reconstruisons la gauche" s'époumone "l'Humanité". Le PCF doit marcher sur ses deux jambes. La gauche dite radicale, pour de multiples raison qu'il serait trop long d'aborder ici, est morcelée, et tout à la fois unie et divisée. Cela tient au caractère et à la personnalité de chaque composante du Front de Gauche et de ceux qui, comme,une partie de EELV, Nouvelle Donne, ou des "frondeurs" regardent et acceptent de parler avec le PCF et où lr Front de gauche. Le constat politique général nous est commun, mais pas encore celui des solutions alternatives et stratégiques. C'est donc pour nous au PCF, une tâche majeure de créer les conditions d'un rapprochement de toutes ces forces et d'assigner à celui-ci un objectif qui ne sera pas le socialisme, tel que nous le concevions, lui et la voie de passage dans les années passées. La tendance droitière à l'oeuvre dans la société et les contingences politiques nous obligent à redéfinir les objectifs, les possibles, et les moyens d(y parvenir. Il serait toutefois illusoire, expérience oblige, de ne compter que sur la bonne volonté de ceux qui aujourd'hui s'insurgent à gauche contre la politique gouvernementale. Il est de toute urgence aussi la nécessité, pour les communistes de conquérir à nouveaux les idées et les coeurs. Cela passe irrémédiablement par les communistes eux-mêmes, avec leur parti qui doit encore se transformer pour devenir le parti communiste des communistes (ce n'est pas une tautologie) où le militantisme et la démocratie permette le débat et les prises de décision, et l'action. Négliger ce qui fait l'originalité de la gauche française, avec un PCF certes affaibli mais présent, identifié (parfois mal), avec son histoire et ses "héros" (plusieurs artistes par exemple ne cachent pas l'origine politique de leur parents communistes) est un signe de l'enracinement du PCF dans notre pays et sa mémoire, et un encouragement à rester nous-mêmes tout en se renouvelant. Notre parti n'est plus, hélas, à mon avis un objet pour le parti lui même. Qui d'entre nous se souvient d'une séance du comité national consacré au parti et à son organisation. Mon souvenir, lointain, est celui présenté par Pierre Zarka, (nous sommes un parti de militants) il y a plusieurs décennies. Il est temps de nous occuper aussi de notre outil commun, notre parti communiste.

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 12:46
3 avril 2015
Projet de loi Macron : nous déposons 480 amendements contre ce texte libéral

Avec les sénatrices et les sénateurs du groupe Communiste Républicain et Citoyen, nous nous préparons à débattre du projet de loi Macron à partir du 7 avril prochain.

Tout au long de cette discussion, nous porterons l’idée qu’une politique de gauche alternative rompant avec les choix libéraux symbolisés par le texte est possible.

Pour eux, le choix d’une politique de croissance, c’est le choix du développement économique au service de l’intérêt général.

C’est une nouvelle réorientation des richesses, une nouvelle utilisation du produit du travail de tous, qui fondera cette nouvelle politique.

Nous avons déposé 480 amendements sur ce texte, véritable fourre-tout libéral de 254 articles, pour s’opposer tout au long du débat à cette dérive libérale mortifère pour notre pays et son peuple en proposant d’autres choix.

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 09:54
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 08:15

Trois dirigeants de l’Institut de l’entreprise intègrent le Conseil National Education Economie : mauvaise nouvelle pour la diffusion de la culture économique et sociale à l’Ecole (Communiqué de presse de l’APSES)

APSES 2 avril 2015

jeudi 2 avril 2015

Trois dirigeants de l’Institut de l’entreprise intègrent le Conseil National Education Economie : mauvaise nouvelle pour la diffusion de la culture économique et sociale à l’Ecole

Par Arrêté du 28 mars 2015, le Ministère de l’Education nationale renouvelant les membres du Conseil National Education Economie a notamment accueilli 3 anciens ou actuels dirigeants de l’Institut de l’entreprise : Jean-Pierre BOISIVON (ancien délégué général du think tankpatronal), Xavier HUILLARD (son actuel président), et Michel PEBEREAU (ancien président).

Depuis de nombreuses années, l’Institut de l’entreprise s’emploie à transformer le contenu de l’enseignement de Sciences économiques et sociales (SES) au lycée avec un objectif idéologique clairement assumé, comme en attestent les propos tenus par Michel Pébereau en 2006 lors d’une conférence publique : « il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis 20 ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et à améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise … ».

Suite à un lobbying efficace, ce projet s’est traduit par un appauvrissement de l’étude des entreprises en SES. En classe de seconde, le programme en vigueur depuis 2010 présente l’entreprise uniquement comme une entité abstraite qui cherche à combiner le plus efficacement possible ses facteurs de production, et a supprimé toute étude du contrat de travail et des relations professionnelles. De même, en terminale les enjeux liés à l’organisation du travail ont été tout bonnement supprimés du nouveau programme de 2012. Des questions essentielles à la formation économique et sociale de tout citoyen et qui passionnaient pourtant les élèves.

Plus récemment, Michel Pébereau a présidé une commission du CNEE consacrée à la culture économique des élèves. Les conclusions de ce groupe étaient atterrantes : opposition entre l’économie comme discipline d’enseignement qualifiée de « théorique et macroéconomique » et une pseudo « culture économique », fondée sur « une approche plus individuelle et microéconomique » qu’il faudrait promouvoir. Pour Michel Pébereau, il ne s’agit donc pas de former des citoyens aptes à comprendre la complexité des enjeux entourant les entreprises, mais de « susciter le goût d’entreprendre ».

Contre cette vision partiale d’une culture économique réduite au point de vue des seuls dirigeants de (très grandes) entreprises et visant à réanchanter ces dernières, l’APSES appelle le CNEE à promouvoir au contraire une culture économique et sociale ambitieuse, ouverte et pluraliste, qui n’évacue pas les débats suscités par les grands enjeux contemporains. Il faut donc s’inspirer de la réussite des sciences économiques et sociales au lycée, qui ont contribué à développer avec succès la culture économique et sociale de générations de bacheliers depuis bientôt 50 ans.

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 22:44

L'ANECR s’engagent pour le rail

MARION D’ALLARD

MERCREDI, 1 AVRIL, 2015

HUMANITE.FR

Alors que la SNCF, dans un document interne révélé par l’Humanité, envisage de porter un coup fatal au Trains d’équilibre du territoire (TET), les élus communistes réunis au sein de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) montent au créneau, et dénoncent la casse du service public ferroviaire.

« Nous somme déterminés à ne pas laisser faire cette fuite en avant et demandons l’arrêt immédiat des nouvelles remises en cause des dessertes, d’arrêts dans les gares et ce, dès le prochain service » a annoncé Pierre Mathieu, vice président de la région Champagne-Ardennes, en charges des transports. Sans attendre la remise du rapport de la Commission parlementaire Duron, chargée par l’Etat de lui remettre ses préconisations sur l’avenir des liaisons TET - autrement appelées trains Intercités -, la direction de la SNCF ne cache plus son ambition de réduire drastiquement l’offre intercités en supprimant 160 des 300 trains nationaux quotidiens. A cela s’ajoute la suppression programmée des 20 trains de nuit encore en circulation.

Les TET, lignes nationales, sont gérées par l’Etat, autorité organisatrice de transport (AOT). Et si certaines dessertes risque de disparaitre purement et simplement – c’est le cas des dessertes nationales des lignes Caen-Le Mans-Tour, Reims-Dijon ou encore Bordeaux-Clermont-Ferrand-Lyon -, d’autres seraient, selon les plans de la SNCF, transférées aux Régions qui ont déjà en charge le trafic TER. Or, relève Pierre Mathieu, « l’Etat refuse de donner aux régions la possibilité de disposer d’une ressource propre, pérenne et dynamique pour assurer leur mission en faveur du transport régional ». C’est un cercle vicieux. D’un côté l’Etat se désengage de la gestion des lignes dont il a la charge en les transférant aux collectivités qui, dans le même temps, voient leurs dotations publiques diminuer d’année en année.

D’autant qu’à la question centrale du maintient des dessertes pour assurer à tous le droit à un véritable service public de transport ferroviaire, s’ajoute une autre question fondamentale : celle de l’entretien d’un réseau vieillissant et du remplacement d’un matériel en voie d’obsolescence. En 2014, note l’ANECR, la vitesse de circulation des trains est réduite sur 4000 kilomètres de voies pour des raisons de mauvais entretien du réseau, contre seulement 617 kilomètres en 2005, « ce qui occasionne une dégradation de la qualité de service pour les usagers ».

Dans un contexte où la loi Macron va ouvrir les vannes du transport longues-distances en autocars, en concurrençant directement l’offre ferroviaire, la SNCF, qui développe en parallèle sa propre filiale d’autocars IDBUS, enfonce le clou en sacrifiant des milliers de kilomètres de rail et des dizaines de gares.

Dans cette affaire, c’est à l’Etat que revient le dernier mot. Mais si le plan de la SNCF était accepté et ses recommandation suivies, « il conduirait à une régression sans précédent pour tous ceux qui ont besoin du train pour leurs déplacements quotidiens, pour se rendre à leurs lieux de travail ou d’études », dénonce Pierre Mathieu qui y voit « un renoncement total en termes d’aménagement avec des conséquences terribles pour nombres de territoires ».

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BRUNO FORNACIARI

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