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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 06:41

Le populisme de gauche vise à effacer les enjeux de classe et le clivage gauche-droite, pour faire place au néolibéralisme...

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Des politologues et essayistes écrivent sur les essais d'Ernesto Laclau et Chantal Mouffe visant à élaborer ce qu'ils appellent "un populisme de gauche" qui inspire depuis deux ans la stratégie politique de Mélenchon et de sa garde rapprochée issue du PG et que le candidat de France Insoumise a mis en oeuvre concrètement pendant la campagne de la présidentielle et celle des législatives.

Dans un court essai, "Populisme : le grand ressentiment", le sociologue Éric Fassin prend à contre-pied ce projet politique. Il met en garde sur la manière dont le populisme tend à effacer les vrais enjeux de lutte de classes et empêche de penser un nouveau projet de gauche.

Éric Fassin est professeur de sciences politiques à l'université Paris VIII. Ce texte est une tentative de penser à contre-courant de ce que Chantal Mouffe et Ernesto Laclau appellent « le moment populiste ». Dans l'entretien ci-dessous, il répond à Chantal Mouffe : « Avant de prétendre construire un peuple, je crois qu’il faut construire une gauche. »

Entretien.

Mediapart : Comment définir ce « moment populiste », qui est devenu ces dernières années le carrefour des luttes politiques et qui inspire des mouvements de droite comme de gauche contre le néolibéralisme ? Et peut-on parler aussi d’un populisme néolibéral ?

Éric Fassin. Éric Fassin.
 
Éric Fassin : Les spécialistes du populisme s’accordent sur un point : on ne saurait le définir. Bien sûr, il y a des populismes, et depuis longtemps : c’est le cas chez les intellectuels russes au milieu du XIXe siècle ou dans le monde rural aux États-Unis, quelques décennies plus tard ; ou encore, plus près de nous, en Amérique latine, en particulier avec Juan Perón et les péronistes dans l’Argentine d’Ernesto Laclau. Faut-il chercher un dénominateur commun à tous ces populismes, y compris ceux qui nous sont les plus familiers ? Je ne crois pas. Je pense plutôt qu’ils ont juste un air de famille : tel trait en commun avec tel populisme, tel autre avec tel autre, et ainsi de suite.

Cela n’empêche pas, bien sûr, d’utiliser le mot. Son caractère indéfini invite à profiter du flou de ce « signifiant vide ». C’est pourquoi l’analyse de la « raison populiste » par Ernesto Laclau en 2005 débouche aujourd’hui sur celle de sa veuve, Chantal Mouffe, centrée sur le « moment populiste ».

On comprend bien sûr l’écho de cette formule après le référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump. On veut y voir la révolte du peuple contre les élites. Mais quelles élites ? En tout cas, il me paraît difficile de lire ces deux votes comme des victoires contre le néolibéralisme. Le parti conservateur reste au pouvoir avec Theresa May. Et, aux États-Unis, c’est plus que jamais Wall Street qui dirige le pays. Bref, il ne suffit pas de déplaire aux élites médiatico-politiques pour être un adversaire du néolibéralisme !

Pour comprendre ce malentendu, il faut revenir au point de départ de Chantal Mouffe. C’est plutôt ce qu’on pourrait appeler le « moment néolibéral », c’est-à-dire le ralliement des travaillistes britanniques au social-libéralisme, avec Tony Blair (la leçon vaut aussi pour Bill Clinton et le parti démocrate, et d’autres sociaux-démocrates comme en Espagne ou en France). À juste titre, la philosophe belge dénonce « l’illusion du consensus », soit une vision gestionnaire de la politique. Elle revendique de faire place à la politique, et donc à l’antagonisme ou à l’agonisme. Reste à savoir à quoi on s’oppose (quelle vision du monde), et pas seulement à qui (les élites).

Le problème est que cette histoire revient à mettre entre parenthèses ce qui a précédé le blairisme, à savoir le thatchérisme.

Je rappelle les analyses de Stuart Hall : pour cette grande figure des cultural studies, Margaret Thatcher impose sa révolution néolibérale grâce à un populisme autoritaire. N’a-t-elle pas réussi à opposer « le peuple » à « l’État », défendu par les travaillistes ? Autrement dit, le néolibéralisme lui-même peut passer par le populisme.

Ce qui est vrai aujourd’hui de Donald Trump l’était déjà de Ronald Reagan. Bref, le populisme n’est nullement un gage de résistance au néolibéralisme. Il suffit de regarder autour de nous, de la Hongrie de Viktor Orbán à la Turquie d’Erdogan : le populisme autoritaire est mis au service de politiques néolibérales.

Au cœur de votre livre, surgit la figure du « Dépeupleur » de Beckett. C’est, selon vous, le Dépeupleur néolibéral qui, en dépit de ses discours universalistes, dresse une population contre une autre et inspire le « moment populiste » que nous traversons. Comment déjouer les stratégies du Dépeupleur néolibéral ?

Mon livre s’adresse à la gauche et, cette fois, à la gauche de gauche. Cette réflexion s’inscrit dans le prolongement de mon essai de 2014,  Gauche : l’avenir d’une désillusion. Je dénonçais alors la droitisation sans fin du Parti socialiste, qui me paraissait la cause première d’une extrême droitisation du paysage politique en France. La suite des événements, de l’état d’urgence à la loi travail, ne m’a certainement pas amené à réviser mes conclusions…

Mais cette analyse politique était inséparable d’une analyse du régime économique : je me suis nourri des analyses du philosophe Michel Feher sur la condition néolibérale et la financiarisation de nos sociétés.

Aujourd’hui, je continue l’analyse grâce à Undoing the Demos, de Wendy Brown (publié dans la collection sur le néolibéralisme qu’il dirige avec elle) [chez Zone Books, maison d'édition non lucrative fondée en 1985 – ndlr].

Selon cet ouvrage majeur [lire ici], le capitalisme néolibéral défait le demos, pourrait-on dire, par tous les bouts : on peut parler de « dé-démocratisation ». Je lis cette politiste en parallèle des analyses récentes d’Achille Mbembe, pour qui la race est la face sombre du capitalisme néolibéral. C’est ce que, pour ma part, j’avais essayé de montrer dans notre livre à quatre voix : Roms & riverains. Une politique municipale de la race [coécrit avec Carine Fouteau, Aurélie Windels et Serge Guichard,

La Fabrique éditions. Lire ici compte-rendu et extraits – ndlr]. Enfin, j’emprunte aux études de Jean-François Bayart sur le « national-libéralisme » pour l’analyse du caractère autoritaire des régimes néolibéraux.

Mille manières de défaire la démocratie

Je ne parle pas seulement des dérives ouvertement anti-démocratiques (comme en Turquie ou en Hongrie), mais aussi de ce que j’appelle des « coups d’État démocratiques ». Je pense par exemple à ce qui est arrivé en Grèce, où le coup de force (#ThisIsACoup) venait « des banques, et non des tanks », selon la formule chère à Yanis Varoufakis. Au Brésil, on pourrait dire que le Parti des travailleurs a été renversé, en même temps que la présidente Dilma Rousseff, par des votes parlementaires et non des bottes militaires. Quant à la France, c’est dans les formes démocratiques du 49.3 que la loi travail a pu être adoptée, sans jamais être votée par le Parlement…

Bref, il y a mille manières de défaire la démocratie dont s’accommode fort bien un capitalisme néolibéral. On avait pu oublier, après la chute du Mur de Berlin et ses espoirs démocratiques, que le Chili de Pinochet en avait été le laboratoire dès 1973.

Comment déjouer les pièges du grand Dépeupleur néolibéral ? Je dirais qu’il faut commencer par résister à ce que j’appelle « la dépression militante ». Il n’est pas facile d’être de gauche aujourd’hui ; et moins facile encore de militer, tant on peut avoir le sentiment d’aller de défaite en défaite. Le « C’est la lutte finale » sonnerait presque comme un champ funèbre… C’est au fond le triomphe ultime de TINA. La formule vient de Margaret Thatcher : « There is no alternative. » Les sociaux-démocrates s’y sont ralliés : pour eux non plus, il n’y a pas d’alternative.

Reste la gauche de gauche. Mais à force d’échecs, ne finissons-nous pas nous-mêmes par nous laisser gagner par la crainte qu’il n’y ait pas de victoire possible ? Pour éviter le désespoir, et donc le découragement qui démobilise, il faut commencer par imaginer à nouveau des options alternatives – et d’abord la possibilité même de faire de la politique. C’est pourquoi les mouvements sociaux, de Nuit Debout aux mobilisations des coiffeuses du boulevard de Strasbourg, en passant par les nouveaux antiracismes politiques, me paraissent encourageants pour qui veut échapper à la dépression politique. Au moins, quelque chose bouge encore… Bref, il nous faut chercher les moyens d’échapper à ce que la philosophe catalane Marina Garcés appelle « les prisons du possible ».

Donald Trump lors de la convention républicaine de Cleveland, en juillet 2016 © Reuters
Donald Trump lors de la convention républicaine de Cleveland, en juillet 2016 © Reuters

La victoire de Trump aux États-Unis a été analysée comme une gifle au goût non pas du public, comme disaient les futuristes russes, mais une gifle au goût des élites, une sorte d’insurrection citoyenne contre le néolibéralisme. Or, pour vous, la victoire de Trump n’est pas une victoire du peuple contre les élites mais une victoire de l’abstention. Trump a su mobiliser les « passions tristes » du nationalisme, du racisme et de la xénophobie, et soulever « un peuple », non pas contre les « élites » mais contre un autre peuple démobilisé, abandonné par la gauche et qui s’est réfugié dans l’abstention. 

Ce qui m’a frappé, c’est qu’aussitôt s’est imposée une lecture faussée de la sociologie électorale. À en croire nombre de commentateurs, ce sont les ouvriers blancs qui auraient donné leurs voix à Trump pour assurer sa victoire – à la manière des Reagan Democrats de la classe ouvrière en 1980. En réalité, les choses sont plus compliquées, comme le montre l’analyse des sondages de sortie des urnes (qui, à la différence des autres, sont fiables). D’abord, il faut rappeler que les électeurs les moins riches (revenus inférieurs à 30 000 dollars par an) ont davantage voté pour Hillary Clinton (12 points de plus). Même si l’on ne considère que les Blancs, il n’y a pas de corrélation entre le revenu et le vote Trump ; autrement dit, même parmi les Blancs, les pauvres n’ont pas plus voté pour lui que les classes moyennes ou les riches.

Comment se fait-il qu’on continue de répéter le contraire ? C’est qu’on constate la désaffection des classes populaires pour les démocrates – comme en France pour le Parti socialiste (effectivement, ces électeurs ont beaucoup moins voté pour Hillary Clinton que pour les candidats démocrates qui l’ont précédée). Pour autant, les déçus de la social-démocratie ne se jettent pas forcément dans les bras des populistes de droite : le dégoût de la politique les pousse bien davantage vers l’abstention.

C’est vrai aussi en France. L’hypothèse du « gaucho-lepénisme », selon laquelle les électeurs de gauche (en particulier communistes) se convertiraient en masse au Front national, est démentie par les enquêtes de Nonna Mayer et Florent Gougou. On ne bascule pas de la gauche à l’extrême droite, mais plutôt de la droite à l’extrême droite. En revanche, les électeurs de gauche, en particulier dans les classes populaires, peuvent se tourner vers l’abstention. Ce n’est pas un hasard si, aux États-Unis comme en France, les classes populaires sont surreprésentées parmi les abstentionnistes, comme l’ont bien montré Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen dans leur ouvrage classique sur La démocratie de l’abstention [éditions Gallimard, collection Folio Actuel – ndlr]. Ces classes se sentent trahies par les politiques, et donc ne se veulent plus concernées par la politique.

C’est aux dégoûtés de la politique qu’il faut s’adresser en priorité, et non à ceux qui succombent aux sirènes du fascisme. Je suis convaincu qu’on ne parviendra pas à convertir le ressentiment (de droite) en indignation (de gauche). Car si je suis d’accord avec Laclau et Mouffe pour faire place aux émotions en politique, et pas seulement à la raison, je crois qu’il faut distinguer entre des affects différents : il ne faut pas confondre la rancœur et la colère… Comment comprendre sinon que le « lepéno-gauchisme », c’est-à-dire le basculement d’électeurs du FN vers la gauche, n’ait aucune réalité dans la sociologie électorale ?

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 17:55

 

 

Vente solidaire contre la vie chère

Le 17 août, les communistes se mobilisent !

 

Le jeudi 17 août, le PCF organise, avec le MODEF (syndicat agricole), des ventes solidaires de fruits et légumes. Nectarines, prunes rouges, poires, melons, tomates, pommes de terre, haricots verts, salades seront vendus à Paris.

 

Nous sommes chaque jour plus nombreux à éprouver des difficultés pour faire face à nos besoins vitaux et, parmi eux, une alimentation saine, variée, de qualité. Des prix élevés, des salaires trop bas, et c'est le contenu de notre panier qui diminue. 

 

Mais si notre pouvoir d'achat ne nous permet effectivement pas de manger correctement, de leur coté, les producteurs subissent aussi le racket de la grande distribution. Faute de prix rémunérateurs et du fait d'une politique de délocalisation massive de la production, on estime que le nombre de producteurs de fruits et légumes a été divisé par deux en 15 ans !

 

Alors que se sont ouverts les États généraux de l'alimentation, seuls les critères de compétitivité et de rentabilité semblent préoccuper le ministre de l'Agriculture, alors que les producteurs manifestent et revendiquent massivement, depuis des années, pour une juste rémunération de leurs produits. La nouvelle répartition des aides européennes annoncée par le ministère ne fait même qu’accroître la mise en danger des exploitations familiales et paysannes.

 

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Les communistes proposent une alimentation saine, de qualité, relocalisée et accessible à tous. L'agriculture doit redevenir stratégique pour la France.

 

 

  • Moratoire immédiat, financier, fiscal de l’agriculture française pour permettre aux exploitations de retrouver leur équilibre économique.
  • Instaurer une conférence annuelle, qui donne lieu à une négociation interprofessionnelle, par production, avec la distribution, les fournisseurs, les producteurs en élargissant le champ de la représentativité syndicale.
  • Création d’un fonds de soutien à l’agriculture paysanne et aux filières relocalisées ouvertes à des alternatives vivrières, courtes, de proximité et biologiques.
  • Mise en œuvre d’un plan de transition écologique de la production agricole avec comme perspective une agriculture sans pesticides, autonome en ressources non renouvelables et participant à la santé publique et à lutte contre le réchauffement climatique.
  • Promouvoir une nouvelle politique agricole et alimentaire commune (PAC) en Europe, cohérente et volontariste, qui réponde en priorité aux besoins des citoyen-ne-s et du marché intérieur avec pour objectif la souveraineté alimentaire et la transition écologique.
  • ADOPTION D’UNE LOI QUI ENCADRE STRICTEMENT LES MARGES ET LES PRATIQUES DE LA GRANDE DISTRIBUTION ET FIXE UN PRIX MINIMUM GARANTI AUX PRODUCTEURS.
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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES LUTTES ET SOLIDARITÉ PCF
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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 08:27
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 19:31
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Published by bruno fornaciari - dans INTERNATIONAL ACTUALITES
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 18:46
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 18:18
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Published by bruno fornaciari - dans DIVERS
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 07:26

VENEZUELA : COMMENT NE PAS DONNER UNE INFORMATION

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Le 30 Juillet s’est produit un évènement politique d’une portée historique considérable: un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un évènement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par desguarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putchiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet évènement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les  réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 Juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.

La non nouvelle qui a supplanté l’évènement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes: auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

L’évènement d’une journée électorale qui a mobilisé des millions de vénézuéliens qui sont allés voter pour leurs candidats à la Constituante, fut trop incontestable pour être passé sous silence; les flots du peuple vénézuélien trouvaient une infinité de fenêtres numériques par où s’écouler. De sorte que le système de propagande de guerre des médias de masse espagnols, si bien entretenu et huilé par les agences de presse étasuniennes, activa l’un de ses ressorts les plus subtils. Il n’affronta pas la nouvelle en la taisant, bien qu’il le fît également, il ne manipula pas des images comme il l’a réellement fait avec le frauduleux référendum de l’opposition du 16 Juillet (le journal El País dût rectifier une image du test électoral pour l’assemblée Constituante, sous laquelle figurait une légende affirmant que c’étaient des queues pour voter au référendum organisé par l’opposition). Dans ce cas, la technique de propagande médiatique majoritairement employée fit remplacer l’information qui faisait l’évènement par d’autres qui attireraient l’attention des audiences. 

Les gros titres parlèrent de violence, dictature et condamnation internationale: “Lors d’une journée marquée par la tension, les manifestations, la réprobation internationale et la violence, les vénézuéliens ont voté pour choisir les membres de l’Assemblée Nationale Constituante » (CNN en espagnol); “Maduro concrétise un coup d’état contre lui-même au Venezuela au cours d’une journée électorale des plus violentes” (El País); “Condamnation internationale de l’usage disproportionné de la force au Venezuela. 10 personnes au moins sont mortes dans les manifestations pendant les élections à l’assemblée constituante que soutient Nicolás Maduro. (Télévision Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 millions de vénézuéliens attendaient leur tour pour voter. Après les élections présidentielles de 2012 qui élirent Hugo Chávez, ce furent les élections qui mobilisèrent la plus large participation de masse. Toutefois, lorsque l’on consulte les archives photographiques du journal El País, on se trouve devant un étrange phénomène : sur 30 images sélectionnées par le quotidien, 7 sont celles d’explosions, de barricades et d’actes de violence, 2 montrent les opposants, 2 autres le président Maduro et le reste montre des vénézuéliens isolés en train de voter, l’urne en premier plan, des petits groupes regardant les listes ou assis, attendant pour voter; il n’y a qu’une photo où l’on voit très loin des voitures et des personnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images significatives fut constaté sur la Télévision Espagnole. C’est dire que, dans les médias espagnols de grande audience, les images, quand elles faisaient allusion à l’acte de voter, lançaient un message contraire à la réalité qui circulait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de vénézuéliens sont allés voter. C’étaient des images soigneusement sélectionnées pour appuyer la version de l’opposition et ne pas donner l’information de l’appui massif à la Constituante donné par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes politiques ne font pas de déclaration, ils twittent, où la volatilité de l’information numérique prévaut sur le papier et où les télévisions copient les réseaux sociaux, les façons de mentir et de déformer sont de plus en plus complexes. Plutôt que de cacher une information, il est plus efficace d’en donner une autre différente, qui occupe la place de la réelle. Nous appellerons cela la «  non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations sociologiques) que ceci soit habituel dans les médias espagnols. Comme antécédents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signalait que la Télévision Espagnole, alors que le chômage était toujours la première préoccupation des espagnols, lui avait consacré la moitié du temps qu’elle avait employé à parler de la crise politique au Venezuela (les journaux télévisés de ce mois-là consacrèrent 71 minutes à la situation du Venezuela face aux 31 qu’ils dédièrent au chômage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bulletins d’information du monde ouvraient sur le désarmement de l’ETA, la Télévision Espagnole parlait du Venezuela plutôt que du désarmement de l’ETA.

Cette technique de propagande de guerre qu’emploient les journaux d’information espagnols fait partie d’autres techniques mieux répertoriées comme : le deux poids deux mesures, prendre la partie pour le tout, les infos toxiques, la partialité des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de substitution, la non information, elle, doit comporter certaines caractéristiques. En premier lieu, elle doit être crédible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà établie; dans le cas des élections à l’Assemblée Constituante cette matrice est : violence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait certain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des barricades incendiées, un quelconque incident isolé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anecdotique ou ne peut être généralisé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cependant, pour ne pas donner l’information importante -celle qui, elle, est généralisable quantitativement et qualitativement-, il est fondamental de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre médiatique, fonctionne, comme les attentats sous faux drapeaux ou attentats contre soi-même, (ceux qui sont commis pour rejeter la faute sur l’ennemi et justifier une intervention). Ainsi, lors de la journée d’élections vénézuélienne il y eut des incidents provoqués par l’opposition, un attentat contre la Garde Nationale Bolivarienne, des embuscades armées pour dissuader les votants et incendie de bureaux de vote. Mais si l’on prend la journée dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude pacifique et la détermination des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troisième lieu, l’information de substitution doit être au rang du spectaculaire autant que l’information réelle, afin de retenir toute l’attention. La violence est toujours une information spectaculaire en soi, elle est capable de retenir l’attention et de reléguer tout autre fait. C’est pourquoi, même lorsque l’on ne dispose pas d’images de violence il faut que le journaliste apparaisse portant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cerveau prête foi aux actes de violence dont parle le reporter.

En quatrième lieu, elle doit être capable de concentrer l’attention de ceux qui sont critiques envers les médias de masse, afin que tout le potentiel de contre-information soit pointé vers la mise en cause du « messager » (les moyens de communication de masse). Nous, les intellectuels et analystes, nous nous focalisons sur la dénonciation de la manipulation des médias et nous laissons de côté la diffusion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concentrés sur la dénonciation de l’attentat contre la garde nationale bolivarienne, que les médias ont transformé en « répression contre Maduro » ou sur la dénonciation de la violence des paramilitaires de l’opposition qui sabotaient les élections, au lieu de parler des vénézuéliens élus pour réformer la Constitution, de leur origine sociale, de leur engagement envers leurs bases, des premières propositions pour la réforme de la Constitution, des problèmes d’impunité que souhaite résoudre la nouvelle carta magna … En théorie de la communication cela se comprend comme l’Agenda Setting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on parlera, qui fixent ce qui est important, ce qui ne doit apparaître dans aucun média, comment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non information de ces jours derniers a été « l’isolement international du Venezuela ». Aux Nations Unies, le Venezuela a obtenu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approuvèrent une résolution de reconnaissance de la Constituante vénézuélienne et réclamèrent la non-ingérence. Parmi ces pays figuraient les plus peuplés au monde et quelques autres de grand poids international comme la Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.  

La non information qui remplaça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les principaux pays d’Amérique Latine condamnent la Constituante de Maduro (El País) » information également présente dans la majorité des médias espagnols le lendemain des élections. 

Mais cette technique ne fonctionne que si l’on dispose du personnel spécialisé capable, presque spontanément, d’élaborer les non informations, capable de regarder ailleurs, bien équipé du déguisement du « reporter de guerre ». Ce sont les parajournalistes, et à la tête de la profession internationale se trouvent les espagnols, tant des médias de masse privés que des médias publics.

L’an dernier j’ai déjà défini ce que j’entends par parajournalistes : « Si l’on qualifie de paramilitaire celui qui est affilié à une organisation civile dotée d’une structure ou d’une discipline militaire, nous pouvons dire des parajournalistesqu’ils sont ces journalistes affiliés à des médias de masse qui suivent une discipline militaire, lançant des bombes informatives sur les objectifs définis par leurs entreprises ». Parmi ces derniers nous avons Marcos López et Nuria Ramos, correspondants de Télévision Espagnole, qui sans aucun doute méritent une mention spéciale pour leur mauvais travail journalistique, toujours prêts à se placer du côté de ceux qui jettent les bombes incendiaires sur la garde bolivarienne, capables de contredire sans difficulté les images que recueillent leurs propres appareils de photos, disposés à se faire les victimes –tout comme l’opposition- de la « répression du gouvernement bolivarien ».

La grande offensive contre le gouvernement du Venezuela de la part des médias de masse espagnols fait partie de la guerre mondiale contre tout processus qui ne se plie pas aux intérêts impérialistes. Nos parajournalistes jouent leur rôle comme membres de l’armée vassale. Ces jours derniers nous avons vérifié que la guerre médiatique contre le Venezuela est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guerrière d’aujourd’hui est sans précédents, et qu’en réalité il n’existe pas différents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape François, nous sommes face à une Troisième Guerre Mondiale dont nous ne voyons que des bribes, le Venezuela est aujourd’hui l’un des objectifs prioritaires pour l’empire. La difficulté vient de ce que, contrairement à ce que nous vendent les films de Hollywood, aujourd’hui la guerre ne se présente pas à nous sous la même forme qu’au siècle dernier, il nous est plus difficile de reconnaître son mode de déroulement et d’identifier ses nouveaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Venezuela essaie de combattre les deux piliers sur lesquels repose la Révolution bolivarienne : la souveraineté nationale et l’utopie socialiste. Elle vise à miner l’image du Venezuela à l’extérieur pour contrebalancer deux des traits les plus caractéristiques de la révolution bolivarienne : la voie pacifique et démocratique pour transformer le pays et l’utilisation de ses ressources naturelles pour améliorer les conditions de vie socio-économiques de la population. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alternative au Capitalisme. En ce sens, le Venezuela a également pris la relève de Cuba comme référent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est devenu le mauvais exemple.

D’où les missiles qui sont constamment lancés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révolution bolivarienne : la violence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux torpilles qui traditionnellement sont pointées sur la ligne de flottaison de toute utopie socialiste.

Avec un pareil objectif, les moyens de communication et tout le système de propagande contre le Venezuela visent très spécialement le terrain des campagnes électorales et mettent en cause sa démocratie. Il ne faut pas oublier que les élections sont la condition de la démocratie pour les élites politiques mais, seulement si l’on peut garantir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de communication, l’on parvient à convaincre la population de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gouvernements, ni des corporations, ni des moyens de communication, ni des peuples. Les guerres sont le résultat de tous et de chacun de ces éléments. Les gouvernements déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévitable », mais, avant, les corporations font leurs comptes et le bilan des coûts et profits, mais, avant, les moyens de communication créent les conditions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas perdu : selon un rapport élaboré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, sur les 11 pays européens étudiés, les moyens de communication espagnols sont les moins fiables. Au niveau mondial, quand sont étudiés les publics des Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France, Espagne, Italie, Irlande, Danemark, Finlande, Brésil, Japon et Australie, seuls les moyens de communication étasuniens ont moins de crédibilité que les espagnols.

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Source

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 22:48
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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:53
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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:49


Déclaration de George Mavrikos, Secrétaire Général de la FSM du 15 août 2017 - Traduction NK pour  « Solidarité Internationale PCF - vivelepcf  »

La grande famille syndicale de la FSM, fidèle à son devoir internationaliste envers le peuple frère et la classe ouvrière du Venezuela, condamne fermement les déclarations provocatrices et éhontées du président impérialiste américain Trump sur la possibilité d'une offensive militaire contre le Venezuela. Le mouvement syndical international de classe se tient aux côtés des couches populaires de la République Bolivarienne du Venezuela et, encore une fois, indique clairement que seul son propre peuple est compétent pour déterminer l'avenir du pays.

Notre mouvement, le mouvement ouvrier, a une longue expérience de telles déclarations incendiaires des impérialistes, qui ont toujours ouvert la voie à leurs actes criminels. Nous l'avons déjà vu en Irak, en Libye, en Afghanistan et ailleurs. Aujourd'hui, nous disons que l'arme des peuples contre les ingérences et l'agressivité impérialiste réside dans l'organisation de leur lutte dans une orientation anti-capitaliste et anti-impérialiste, alors que leur bouclier est la solidarité internationaliste.

La Fédération Syndicale Mondiale, en tant que seul syndicat international luttant contre l'impérialisme et l'exploitation capitaliste, continuera à montrer sa solidarité active avec la classe ouvrière vénézuélienne. Nous appelons le peuple vénézuélien à être vigilant devant la tournure desévénements et à lutter pour l'approfondissement de leurs conquêtes sociales, jusqu'à l'apparition d'un nouveau monde, sans exploitation de l'homme par l'homme.

HALTE A L’AGRESSIVITÉ IMPÉRIALISTE !

 

George Mavrikos,
Secrétaire Général de la FSM

 

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