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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 05:34
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Published by bruno fornaciari - dans PS gouvernement economie finance
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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 05:28

Journée de la laïcité : "les défis laïques sont aujourd'hui majeurs" (PCF)

Demain, mardi 9 décembre, est la journée de la laïcité. Elle doit être l’occasion de rappeler que la laïcité est un principe politique actif de la République. Pourtant, elle est aujourd’hui bien malmenée, faisant souvent l’objet, dans le débat public, de polémiques et de crispations. Elle est convoquée pour stigmatiser ou pour exclure, alors qu’elle appelle à établir la liberté de conscience, l’égalité des droits et le vivre ensemble fraternel. Si sa perception est à ce point brouillée, les détournements de la droite et du Front national n’y sont pas étrangers. Mais c’est aussi l’état de la République qui doit être interrogé, tant elle a peu à peu perdu du crédit, en se contentant trop souvent de proclamer ses principes sans les mettre réellement en œuvre.

Les défis laïques sont aujourd’hui majeurs. Celui de la lutte contre l’intégrisme, celui du respect de la souveraineté populaire, celui de la lutte contre toutes les discriminations, celui de la justice sociale...

La laïcité gagne à être connue pour ce qu’elle est vraiment, un principe révolutionnaire et émancipateur. A l’occasion de cette journée, le Parti communiste Français entend faire résonner un message de fraternité et appelle à sortir de l’affrontement identitaire qui fractionne notre peuple et fracture la société, auquel la laïcité est parfois mêlée contre nature.

Dans le respect du pluralisme et de la liberté de conscience, chacune et chacun doit pouvoir trouver sa place et participer à la construction d’une société commune et d’une République renouvelée.

Fabienne Haloui, responsable de la Commission Lutte contre le racisme et les discriminations au PCF,

Pierre Dhareville, responsable de la Commission Laïcité et relations avec les croyants au PCF, Le 8 décembre 2014.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 05:10
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Published by bruno fornaciari - dans PCF industrie
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 20:21

Les États-Unis sont un État terroriste de premier plan, par Noam Chomsky

Par Noam Chomsky - 21 octobre 2014

« ICH » – « TeleSur » – Un sondage international a révélé que les États-Unis arrivaient largement en tête de « la plus grande menace actuelle pour la paix dans le monde », loin devant le Pakistan classé second, aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Imaginez que la une de la Pravda fasse état d’une étude du KGB passant en revue les principales opérations terroristes conduites par le Kremlin à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. Supposez que l’article se poursuive par une citation où Poutine déclare qu’il a demandé au KGB de mener ces recherches afin de trouver des exemples de «financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il soit devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Si, scénario presque inimaginable, un tel article devait paraître, les cris scandalisés et les hurlements d’indignation s’élèveraient jusqu’au ciel, et la Russie serait sévèrement condamnée – ou pire – non seulement pour ce violent dossier terroriste ouvertement reconnu, mais aussi pour les réactions de ses dirigeants et de sa classe politique : parfaite indifférence, sauf pour la question de l’efficacité du terrorisme d’État russe et des possibilités d’amélioration de ses méthodes.

Il est en effet bien difficile d’imaginer qu’un tel article puisse voir le jour, sauf que c’est ce qui vient d’arriver – ou presque.

Le 14 octobre, le principal article du New York Times faisait état d’une étude de la CIA passant en revue les principales opérations terroristes conduites par la Maison Blanche à travers le monde, dans le but de déterminer les facteurs ayant conduit à leur succès ou à leur échec, et finalement concluant que, malheureusement, les succès ont été si rares qu’il convient de quelque peu repenser leur politique. L’article continuait par une citation où Obama déclare qu’il a demandé à la CIA de mener ces recherches afin de trouver des exemples de « financement et de fournitures d’armes à une insurrection dans un pays, qui aient finalement porté leurs fruits. Et ils n’ont pas pu trouver grand-chose. » De sorte qu’il est devenu réticent à poursuivre de tels efforts.

Il n’y eut pas de cris scandalisés, pas d’indignation, rien.

La conclusion semble tout à fait claire. Dans la culture politique occidentale, il est admis comme étant entièrement naturel et approprié que le chef de file du Monde Libre soit un état terroriste scélérat et proclame ouvertement sa position éminente dans de tels crimes ; et il n’est rien que de naturel et d’approprié dans le fait que le lauréat du prix Nobel de la paix et spécialiste libéral du droit constitutionnel [NdT : Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'université de Chicago] détenteur des rênes du pouvoir soit seulement préoccupé de savoir comment conduire de telles actions plus efficacement.

Un examen attentif établit ces conclusions de manière très solide.

Cet article débute en citant des opérations américaines « de l’Angola au Nicaragua à Cuba ». Complétons donc un peu les omissions.

En Angola, les États-Unis se joignirent à l’Afrique du Sud pour apporter un soutien décisif à l’armée terroriste de l’UNITA de Jonas Savimbi et continuèrent à le faire après que Savimbi eut été franchement battu dans une élection libre surveillée avec soin, et même après que l’Afrique du Sud eut retiré son soutien à ce « monstre dont le désir de pouvoir avait conduit son peuple à une misère épouvantable », selon les mots de l’ambassadeur britannique en Angola Marrack Goulding, appuyé par le chef de la station de la CIA du tout proche Kinshassa qui avertissait que « ce n’était pas une bonne idée » de soutenir le monstre « à cause de l’ampleur des crimes de Savimbi. Il était terriblement brutal. »

Malgré des opérations terroristes étendues et meurtrières soutenues par les États-Unis en Angola, l’armée cubaine repoussa les agresseurs sud-africains hors du pays, les contraignit à quitter la Namibie occupée illégalement, et ouvrit la voie à des élections angolaises suite auxquelles Savimbi, malgré sa défaite, « rejeta en bloc l’avis partagé par 800 observateurs étrangers selon lequel le scrutin… était pour l’essentiel libre et juste » (New York Times), et continua sa guerre terroriste avec le soutien des États-Unis.

Les réussites cubaines dans la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid furent saluées par Nelson Mandela quand il fut finalement libéré de prison. Un de ses premiers actes fut de déclarer : « Pendant toutes mes années en prison, Cuba a été une inspiration et Fidel Castro un puissant soutien … [les victoires cubaines] ont détruit le mythe de l’invincibilité de l’oppresseur blanc [et] ont inspiré les masses combattantes de l’Afrique du Sud … un tournant pour la libération de notre continent – et de mon peuple – du fléau de l’apartheid. … Quel autre pays peut faire état d’un désintéressement plus grand que celui que Cuba a montré dans ses relations avec l’Afrique ? »

Le chef terroriste Henry Kissinger, au contraire, était « hors de lui » face à l’insubordination de la « demi-portion » Castro qui devrait être « fracassé, » comme rapporté par William Leogrande et Peter Kornbluh dans leur livre Back Channel to Cuba (le Canal de communication officieux vers Cuba), s’appuyant sur des documents récemment déclassifiés.

En ce qui concerne le Nicaragua, inutile de nous étendre sur la guerre terroriste de Reagan, qui se poursuivit bien après que la Cour internationale de justice eut ordonné à Washington de cesser « l’usage illégal de la force » – ce qui est, de fait, du terrorisme international – et de payer des indemnités substantielles, et qu’une résolution du conseil de sécurité des Nations Unies qui appelait tous les pays (signifiant : les États-Unis) à respecter les lois internationales – ne fut bloquée par le droit de véto de Washington.

Il faut savoir, cependant, que la guerre terroriste de Reagan contre le Nicaragua – poursuivie par Bush 1er, Bush « l’homme d’État » – ne fut pas aussi destructrice que le terrorisme d’État qu’il a soutenu avec enthousiasme au Salvador et au Guatemala. Le Nicaragua avait l’avantage d’avoir une armée pour affronter les forces terroristes dirigées par les États-Unis, alors que dans les États voisins, les terroristes agressant les populations étaient les forces de sécurité armées et entraînées par Washington.

Dans quelques semaines nous commémorerons l’apogée des guerres terroristes de Washington en Amérique latine : le meurtre de six intellectuels latino-américains de premier plan, des prêtres jésuites, par une unité terroriste d’élite de l’armée salvadorienne, le bataillon Atlacatl, armé et entraîné par Washington, agissant sous les ordres explicites du Haut Commandement, avec un long palmarès de massacres des victimes habituelles.

Ce crime choquant du 16 novembre 1989 à l’université jésuite de San Salvador fut le point d’orgue de l’immense épidémie de terreur qui s’étendit à tout le continent après que John F. Kennedy eut fait passer la mission des militaires d’Amérique latine de « défense de l’hémisphère » – un vestige périmé de la seconde guerre mondiale – à « sécurité intérieure », ce qui signifiait guerre contre leur propre population. Les conséquences sont décrites succinctement par Charles Maechling, qui dirigea le programme de contre-insurrection et de défense intérieure des États-Unis de 1961 à 1966. Il décrivit la décision de Kennedy en 1962 comme une transition de « la tolérance face à la rapacité et à la cruauté des militaires latino-américains » à « une complicité directe » de leurs crimes, et à un soutien par les États-Unis des « méthodes des escadrons d’extermination d’Heinrich Himmler ».

Tout cela a été oublié, ce n’est pas la « bonne catégorie de faits ».

À Cuba, les opérations terroristes de Washington furent lancées dans toute leur rage par le président Kennedy afin de punir les Cubains d’avoir repoussé l’invasion américaine de la Baie des Cochons. Comme décrit par l’historien Piero Gleijeses, JFK « demanda à son frère, le procureur général Robert Kennedy, de diriger le groupe inter-agence qui supervisa l’opération Mongoose (Mangouste), un programme d’opérations paramilitaires, de guerre économique et de sabotage qu’il lança à la fin de l’année 1961 pour faire connaître à Fidel Castro les “terreurs de la Terre” et, plus prosaïquement, pour le renverser. »

L’expression « terreurs de la Terre » est tirée d’une citation de l’associé de Kennedy et historien Arthur Schlesinger dans sa biographie quasi officielle de Robert Kennedy, qui était en charge de mener la guerre terroriste. RFK informa la CIA que le problème cubain était « la priorité principale du gouvernement des États-Unis – tout le reste [était] secondaire – et qu’il ne fallait épargner ni le temps, ni les efforts, ni les effectifs » pour renverser le régime de Castro et jeter les « terreurs de la Terre » sur Cuba.

La guerre terroriste lancée par les frères Kennedy n’était pas une mince affaire. Elle impliqua 400 Américains, 2000 Cubains, une flotte privée de hors-bord et un budget annuel de 50 millions de dollars géré par une filiale de la CIA à Miami, fonctionnant en violation du Neutrality Act et, probablement, de la loi interdisant les opérations de la CIA sur le sol américain. Les opérations incluaient la pose de bombes dans des hôtels et des installations industrielles, l’envoi par le fond de bateaux de pêche, l’empoisonnement de récoltes et du bétail, la contamination du sucre exporté, etc. Certaines de ces opérations n’étaient pas explicitement autorisées par la CIA mais menées par les forces terroristes qu’elle finançait et soutenait, une distinction sans aucune différence dans le cas d’ennemis officiels.

Les opérations terroristes Mangouste furent menées par le Général Edward Lansdale, qui avait une expérience amplement suffisante de la conduite d’opérations de terrorisme américaines aux Philippines et au Viêt-Nam. Son programme pour l’Opération Mangouste militait pour « la révolte ouverte et le renversement du régime communiste » en octobre 1962, ce qui, pour « le succès final, nécessiterait une intervention militaire US décisive » après le travail de sape du terrorisme et de la subversion.

Octobre 1962 est, bien sûr, un moment très important de l’histoire moderne. Ce fut au cours de ce mois que Nikita Khrouchtchev fit parvenir des missiles à Cuba, déclenchant la crise des missiles qui est passée sinistrement près de la guerre nucléaire terminale. Les études académiques reconnaissent maintenant que la position de Khrouchtchev était en partie motivée par la prépondérance énorme des forces américaines après que Kennedy eut répondu à ses appels de réduction d’armes offensives en augmentant radicalement l’avantage des États-Unis, et en partie par la préoccupation concernant une possible invasion américaine de Cuba. Des années plus tard, le ministre de la Défense Nationale de Kennedy, Robert McNamara, a reconnu que les craintes de Cuba et de la Russie concernant une attaque avaient été justifiées. « Si j’avais été à la place des Cubains ou des Soviétiques, j’aurais également pensé ainsi », a observé McNamara lors d’une conférence internationale majeure sur le 40e anniversaire de la crise des missiles.

L’analyste politique Raymond Garthoff, hautement considéré, qui a de nombreuses années d’expérience directe des services de renseignement américains, rapporte que dans les semaines ayant précédé l’éclatement de la crise d’octobre, un groupe terroriste cubain opérant depuis la Floride avec l’accord du gouvernement américain avait mené « une audacieuse attaque par vedette rapide en mitraillant un hôtel cubain au bord de la mer près de La Havane où on savait que des techniciens militaires soviétiques se rassemblaient, tuant des Russes et des Cubains ». Et peu de temps après, continue-t-il, les forces terroristes attaquèrent des cargos britanniques et cubains et menèrent un nouveau raid sur Cuba, parmi d’autres, suite à l’intensification des actions décidée début octobre. À un moment tendu de la crise des missiles toujours non résolue, le 8 novembre, une équipe terroriste envoyée depuis les États-Unis fit sauter une installation industrielle cubaine après que les opérations Mangouste eurent été officiellement suspendues. Fidel Castro allégua que 400 travailleurs avaient été tués dans cette opération, guidée par « des photographies prises par des avions espions. » Les tentatives d’assassinat sur Castro et d’autres attaques terroristes continuèrent immédiatement après la fin de la crise, et s’intensifièrent de nouveau dans les années suivantes.

Il y a eu quelques mentions d’une partie plutôt mineure de la guerre de la terreur, les nombreuses tentatives d’assassinat de Castro, généralement écartées comme des manigances puériles de la CIA. En dehors de cela, rien de ce qui s’est passé n’a suscité beaucoup d’intérêt ou de commentaires. La première enquête sérieuse en langue anglaise de l’impact sur les Cubains a été publiée en 2010 par le chercheur canadien Keith Bolender, dans son Voices From The Other Side: An Oral History Of Terrorism Against Cuba (Voix de l’Autre Côté : une histoire orale du Terrorisme contre Cuba), une étude de grande valeur en grande partie ignorée.

Les trois exemples mis en évidence dans le rapport du New York Times sur le terrorisme américain sont uniquement la partie visible de l’iceberg. Néanmoins, il est utile d’avoir cet aveu important de la consécration de Washington aux opérations terroristes meurtrières et destructrices et de l’insignifiance de tout ceci pour la classe politique, qui accepte comme normal et approprié que les États-Unis soient une superpuissance terroriste, non soumise à la loi et aux règles de la civilisation.

Curieusement, le monde pourrait ne pas être d’accord. Un sondage international publié il y a un an par le Réseau Indépendant Mondial/Association Internationale Gallup (WIN/GIA) a fait le constat que les États-Unis sont classés loin en tête en tant que « plus grande menace à la paix mondiale aujourd’hui », loin devant le second, le Pakistan (sans aucun doute gonflé par le vote indien), aucun autre pays ne pouvant rivaliser.

Heureusement, ces informations insignifiantes ont été épargnées aux Américains.

Noam Chomsky est professeur (émérite) de l’Institut de Linguistique du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Source : Information Clearing House, le 21/10/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 20:10

l'Humanité

Vendredi 12 décembre, un numéro de l'Humanité à ne pas rater ! Le face à face Pierre Laurent - PCF / Pierre Gattaz - Medef

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 18:27
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 17:13

Lucien Sève "L’urgence historique de penser avec Marx le communisme"

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUCIEN DEGOY

VENDREDI, 30 AOÛT, 2013

Les séries d'été de l'Humanité : Penser un monde nouveau Pour le philosophe, avec un capitalisme confronté à des crises ultra-profondes, les présupposés du communisme sont là. L’enjeu anthropologique est posé pour réactualiser la visée communiste.

Lucien Sève, agrégé de philosophie en 1949, a publié ses premiers travaux au milieu des années 1950, qu’il consacre à la philosophie universitaire française, adversaire impitoyable du matérialisme et de la pensée dialectique. Son engagement politique au Parti communiste lui fermera les portes de l’enseignement supérieur en dépit de la notoriété qu’acquièrent ses recherches qu’il consacre à la question de l’individualité et de la personne. Marxisme et Théorie de la personnalité (Éditions sociales, 1969) sera plusieurs fois réédité et augmenté. Durant les décennies ultérieures, l’histoire du matérialisme, la dialectique, les sciences de la nature et la bioéthique, l’anthropologie, la religion occupent une part notable de ses recherches, l’autre versant étant consacré à l’étude de la philosophie de Marx dont il traduit nombre de textes, à la théorie de l’État et à la question du communisme. Communisme, quel second souffle ? (Messidor-Éditions sociales, 1990) développe ses conceptions sur la nécessité impérieuse d’une « refondation » du communisme et de l’intervention politique initiée en 1984. Il entend replacer paradoxalement Marx à la croisée des interrogations contemporaines : le politique, l’anthropologique, le philosophique, le communisme. Il s’investit alors dans le projet colossal d’écrire une tétralogie, Penser avec Marx, qui devrait lui demander une quinzaine d’années de labeur. Marx et nous inaugure la série (2004) aux éditions la Dispute. Vient ensuite l’Homme (2008). La Philosophie et le Communisme devraient suivre.

« Penser un monde nouveau », nous a suggéré cette série d’été de l’Humanité. Depuis que vous êtes entré en philosophie n’est-ce pas aussi votre propos ? Penser la nouveauté, le renouvellement, osons le mot, la révolution ?

Lucien Sève. Oui, osons le mot révolution, il en est grand besoin, mais pensons la chose à neuf, de cela aussi il est grand besoin. Quand j’ai commencé à penser, au lendemain de la guerre, il y avait – ça m’a énormément impressionné – une très grande pensée de la révolution communiste nécessaire. Marx, Lénine, Rosa Luxemburg, Gramsci, Jaurès, Lukacs, Mao… La plus ambitieuse action politique coïncidait avec la plus haute réflexion. Mais la visée communiste était alors immature, dans les faits et dans les consciences. Et alors qu’aujourd’hui elle revient plus fort encore à l’ordre du jour, où est la grande pensée actualisée du communisme ? On la cherche… Or sans cela comment changer le monde ? C’est mon souci d’origine, et c’est ce que je cherche à nouveau avec cette tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui – je suis dans la longue écriture du tome 3 sur la Philosophie –, dont le dernier volume portera sur le communisme…

Dans quelle mesure cette tâche est aussi celle de tout un chacun ? Faut-il être philosophe pour penser vraiment ?

Lucien Sève. Si c’est bien un communisme qu’on vise, alors oui vraiment c’est à « tout un chacun », et chacune, de le penser… Nul besoin d’être philosophe pour ça, je dirais même : surtout pas, s’il s’agit de cette philosophie qui se borne à interpréter le monde pour ne pas le transformer. En même temps, pas de démagogie : penser, ça s’apprend. « Tout homme est philosophe », a écrit Gramsci. En puissance, certainement. Mais en fait, sûrement pas, tant qu’on n’a pas appris cette chose cruciale qu’est le maniement des concepts scientifiques et des catégories philosophiques – par exemple, socialisme et communisme, ce n’est pas du tout la même idée. Et penser théoriquement, ça ne s’apprend avec personne mieux qu’avec Marx… D’où ma tétralogie, où je vise en permanence à une érudition largement accessible…

« Apprendre », dites-vous avec Marx. Il est vrai qu’on parle désormais d’un « retour » de Marx, quoique ce retour soit très disparate. Y aurait-il autant de Marx que de lectures possibles de Marx ?

Lucien Sève. Grave question. Je maintiens qu’hélas nous manquons dramatiquement d’une grande pensée actualisée du communisme, et pourtant il se fait beaucoup de travail théorique sur Marx. Mais pour une très grande part c’est sans cohérence globale, ça ne construit rien de bien utilisable parce que ça va dans des sens disparates. Par exemple, le thème majeur de l’aliénation est très heureusement redevenu d’actualité. Mais il n’a ni le même sens ni les mêmes conséquences pratiques selon qu’on a en vue l’aliénation telle que la pensait le jeune Marx dans les Manuscrits de 1844, c’est-à-dire comme une malédiction pesant on ne sait trop pourquoi sur le travail salarié, ou comme elle devient dans le Capital, la métamorphose des immenses puissances sociales humaines en forces aveuglément destructrices faute d’être appropriées par tous, ce qui met à l’ordre du jour un communisme… La pluralité des regards sur Marx est féconde, mais la pluralité des Marx est ravageuse. S’entendre davantage sur Marx, aux divers sens du verbe s’entendre, est une urgence majeure. Encore faut-il d’abord se lire… Qui dira le mal que nous font certaines exclusives concurrentielles ?

À ce propos, il existe une école de pensée historique qui fait de Marx et de ses successeurs du mouvement ouvrier des utopistes, comme le furent avant eux de grands penseurs politiques. Vous récusez pourtant l’utopisme de Marx ?

Lucien Sève. Voilà justement un bel exemple de divergence qui n’a nul lieu d’être. Parce qu’il y a trois choses incontestables à dire sur le sujet, et qui règlent la question. D’abord, l’évidente richesse de pensée des grands utopistes ; chez Saint-Simon, Fourier, Owen, même dans un premier temps Proudhon, Marx apprend des choses dont certaines le marqueront jusqu’au bout, et qui peuvent encore nous donner à penser à nous-mêmes. Ensuite, la très grave limite de toutes les pensées utopiques, c’est-à-dire leur incapacité à résoudre la question décisive du « que faire ? » – d’où l’espoir naïvement mis dans l’aide d’un riche philanthrope, voire de l’État bourgeois… C’est de cette démarche utopiste que Marx est l’impitoyable critique, comme l’a bien montré Jean-Jacques Goblot dans ses Essais de critique marxiste (1). Et en troisième lieu – c’est le plus important –, la façon dont Marx pense et nous invite à penser le futur : aux antipodes du vœu pieux, à partir du mouvement réel. Parce que, vue matérialiste historique capitale, les contradictions de toute formation sociale tendent à produire aussi des présupposés de son propre dépassement. Aujourd’hui même, à travers les pires gâchis capitalistes, du possible communisme s’esquisse dans une productivité réelle du travail sans précédent, un développement multiforme des individualités, une planétarisation de la vie sociale… Dans les Grundrisse, Marx écrit que si les conditions matérielles d’une société sans classes ne se formaient pas sous le masque dans la société actuelle, toute tentative d’en finir avec elle « ne serait que donquichottisme ». On veut savoir ce que sera le futur ? Regardons bien ce qui mûrit au présent. C’est pourquoi faire de Marx un utopiste est pire qu’un contresens : une vraie faute politique.

Mais cette idée de présuppositions objectives ne relève-t-elle pas d’un déterminisme historique qui a été beaucoup reproché aux marxistes et à Marx lui-même (le capitalisme produirait fatalement ses propres fossoyeurs), et que le XXe siècle a bien mis à mal ?

Lucien Sève. On peut certes la prendre en un sens naïvement déterministe régulièrement démenti par les faits… Mais ce n’est pas obligé, et pour l’essentiel ce n’était pas du tout le point de vue de Marx. Les présupposés objectifs du futur, ce sont des possibles, seulement des possibles, qui ne se déploieront pas tout seuls. C’est pour ça qu’il est si important que nous les percevions bien et les aidions à se développer, mais ils n’en sont pas moins de majeure importance, parce que sans eux le futur que nous rêvons resterait en effet à jamais un rêve. Est-ce que, par exemple, il y a dans la réalité présente des présupposés majeurs économiques, technologiques, sociétaux, politiques, culturels… d’une complète émancipation des femmes ? Oui, et de maintes sortes. Ce qui ne rend pas cette émancipation fatale, ni facile, mais constitue un atout crucial pour parvenir à l’imposer.

Et qu’est-ce qui vous fait croire que cette émancipation et ce monde à venir ne peuvent être portés par le capitalisme lui-même ? N’a-t-il pas démontré, en un siècle et demi et en dépit de ses monstruosités, des capacités d’adaptation, de plasticité qui lui ont épargné jusqu’ici toutes les fins qu’on lui prédisait ?

Lucien Sève. Je tiens en effet pour capital de mesurer que nous sommes entrés dans la phase historique terminale du capitalisme, c’est pour cela qu’actualiser la visée du communisme est d’une telle importance. À moins de ça, on est complètement au-dessous de la tâche. Je connais par cœur les objections : ce serait sous-estimer ridiculement le dynamisme du capitalisme qui s’en sort toujours, ou encore les marxistes ont d’ailleurs passé leur temps à annoncer la chose sans qu’elle ne se produise jamais… De mémoire de rose, on n’a jamais vu non plus mourir de jardinier, et puis un beau jour… Pour autant qu’on puisse répondre en deux phrases à cette question colossale, je dirais qu’il y a deux groupes impressionnants de raisons de penser que vient bien la fin du capitalisme. D’abord, justement, il parvient à l’évidence de plus en plus mal à surmonter ses crises ultra-profondes : crise des dettes, crise d’efficacité, crise écologique, crise anthropologique, et par-dessus tout sans doute crise de sens historique. Et en même temps, on voit monter en nombre des présupposés d’un ordre social et planétaire de vaste mise en commun et gestion concertée de puissances sociales humaines en train de changer d’ordre de grandeur, qui ne peuvent d’évidence plus tenir dans la camisole dérisoire de l’appropriation privée et du pilotage de caste. Ce ne sera ni bref ni simple, nous sommes dans une zone de tempêtes historiques, mais on commence à voir nettement, en même temps que l’éventualité de catastrophes indicibles, une sortie lumineuse possible…

Justement, tout un pan de vos recherches a porté sur la théorie de la personnalité, sur les rapports interindividuels et leur évolution. Considérez-vous que le capitalisme a façonné un individu entièrement soumis à la loi de l’argent ? Ou bien plutôt que cet individu est déjà mûr pour le communisme ?

Lucien Sève. Le marxisme traditionnel ne voit en Marx qu’un théoricien du social. Je travaille depuis plus d’un demi-siècle à faire corriger cette dramatique erreur. Marx est un penseur de l’essentielle dialectique entre socialité et individualité humaines, donc des conditions de l’émancipation historique plénière de tous les individus, laquelle est le sens même du communisme marxien. Or, en cette matière, nous vivons un antagonisme extraordinaire entre deux tendances. Dans ses efforts pour émerger de ses crises, le capitalisme pousse à un point inouï à la fois le déchaînement de l’individualité marchande-concurrentielle et le sacrifice de masse des individus ; de sorte que le genre humain est maltraité par lui d’aussi grave façon que la planète. C’est pourquoi je milite pour que la cause anthropologique soit prise au sérieux tout autant que la cause écologique. Nous vivons contradictoirement une montée multiforme, impressionnante de l’individualité autonome, qui va d’un accès sans précédent aux savoirs et la culture à une ardente exigence d’égalité en droits, d’une indépendance revendiquée envers tous les pouvoirs aliénants à un début de floraison d’initiatives pour prendre son sort en main. En ce sens, oui, sans se raconter d’histoires car les choses sont violemment contrastées, je pense que nous vivons le manifeste essor d’un présupposé majeur de communisme.

En fin de compte, l’individu communiste, ce serait un individu totalement émancipé ?

Lucien Sève. Autant que le permettra le niveau de développement historique atteint, mais d’abord un individu pleinement développé comme producteur qualifié, citoyen compétent, individu inventif, apte à l’initiative autonome et concertée. Acteur d’une forme sociale où, comme il est dit dans le Manifeste communiste, « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Quelle relation établir entre cette émancipation souhaitable des individualités et l’intervention politique concrète aujourd’hui ?

Lucien Sève. Si l’on partage l’idée que le communisme c’est vraiment pour maintenant – un maintenant à l’échelle du siècle –, et que l’essor contrarié mais inarrêtable des individualités en est le présupposé le plus significatif, alors il y a d’évidence à en tirer des conséquences politiques révolutionnaires. Pour le dire d’une phrase, c’est vraiment le moment de prendre au sérieux comme on ne l’a jamais fait le mot d’ordre de Marx : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Veut-on savoir ce qu’il y a à changer dans nos idées et nos pratiques ? Qu’on passe en revue tout ce en quoi la façon toujours dominante de faire de la politique se propose en fait d’apporter l’émancipation aux travailleurs. Tout ça tourne le dos au communisme, roule pour une façon de faire de la politique dont bientôt plus personne ne voudra… Pourquoi la cause communiste, d’une criante urgence historique en son principe, reste-t-elle depuis des décennies si peu mobilisatrice ? Voilà la question qui doit obséder. J’avance une hypothèse : parce qu’on ne la traite toujours pas de façon vraiment communiste, c’est-à-dire en misant tout sur l’initiative responsable des acteurs sociaux eux-mêmes, le rôle de l’organisation n’étant autre que de les y aider. Il va y avoir trente ans, avançant devant ce qu’on appelait alors au Parti communiste le Comité central ce qui me paraissait être l’exigence d’une « refondation communiste », j’avais cru pouvoir dire : « Nous mourons de soif auprès de la fontaine… » Je le pense toujours.

(1) L’Utopie en débat. Éditions la Dispute, 2011, p. 187-203.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 13:20
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 02:22

 

 

Modèle allemand, une imposture

 

 

Quand Merkel veut que Paris accélère ses purges

L’arrogance de la chancelière, qui demande de hâter les réformes antisociales en France, trahit aussi une démarche défensive alors que le «modèle allemand» affiche pauvreté record et déficits d’investissement.

Le rythme des réformes libérales n’est pas assez rapide en France, au goût d’Angela Merkel. La chancelière allemande l’a fait savoir dimanche, dans une interview accordée au journal Die Welt am Sonntag. Prenant explicitement Paris et Rome dans son collimateur, elle a indiqué que, si la France et l’Italie avaient lancé des réformes, la Commission européenne les avait jugées «insuffisantes» et réclamait des «mesures supplémentaires». «Je suis d’accord avec Bruxelles !» a-t-elle clamé. Elle menace ainsi, à mots à peine voilés, de remettre à l’ordre du jour d’éventuelles sanctions contre Paris et Rome, jusqu’ici jugées «inappropriées» par la Commission. Un rappel à l’ordre, on ne peut plus brutal, pour signifier que l’alignement sur le «modèle allemand» de compression des dépenses publiques et de «modération salariale», mis en œuvre, il y a un peu plus de dix ans par le chancelier Schröder, constituerait bien la voie obligatoire.

Le comportement de la chancelière exprime une volonté d’assumer de façon de plus en plus décomplexée un rôle hégémonique de Berlin dans la conduite des affaires de la zone euro. Une démarche insupportable qui dynamite consciencieusement l’idée européenne, alors même qu’une vraie solidarité entre les différents peuples du continent est plus indispensable que jamais. Mais, à bien y regarder, l’arrogance de la chancelière n’est pas exempte non plus d’une certaine fébrilité défensive.

D’abord, parce que la locomotive germanique est en panne. Aux deux derniers trimestres, l’Allemagne, avec respectivement – 0,1% puis + 0,1% de croissance, a fait moins bien que la France. Ses exportations ont chuté de 5,7% cet été. Le ralentissement des pays émergents et la crise ukrainienne sont certes passés par là. Mais surtout, les débouchés des firmes allemandes se sont écroulés au sein d’une zone euro asphyxiée par les politiques austéritaires si fortement recommandées par… Berlin. Quant au marché intérieur, il est incapable de prendre le relais. Les hausses de salaires arrachées par les syndicats dans les secteurs les moins exposés aux dérégulations de la décennie écoulée parviennent mal, en effet, à compenser le marasme généré par l’extraordinaire étendue de la précarité et de la pauvreté au travail. Pour paraphraser l’illustre fondateur de ce journal, le «modèle allemand» porte en Europe la déflation comme la nuée amène l’orage.

L’impasse devient si patente que même au sein de cercles, parmi les plus dévoués à la globalisation libérale, le «modèle allemand» n’est plus vraiment considéré comme une panacée. Confronté à l’hydre déflationniste, Mario Draghi, le président de la BCE, envisage des mesures d’assouplissement de la politique monétaire, en dépit de l’opposition véhémente des représentants de la Bundesbank. Il est encore très loin, bien sûr, de prôner un financement sélectif et direct de la BCE à taux quasi nul en faveur de l’emploi et des investissements utiles dans les services publics qui font tant défaut aujourd’hui à toute l’Europe. Mais l’inflexion est nette et traduit la perte de vitesse des dogmes ordo-libéraux, chers à Berlin.

L’Allemagne n’échappe pas elle-même au délabrement de ses infrastructures et se voit recommander de plus en plus régulièrement d’investir dans ses routes, ses voies ferrées ou ses écoles. Merkel et son gouvernement de grande coalition arguent qu’ils ont lâché quelques milliards de lest pour les pensions des retraités, condamnés sinon à la misère par la privatisation partielle, engagée il y a treize ans, du système par répartition ; un boulet hérité aussi des… réformes Schröder. Mais ils brandissent le «frein à la dette» (règle d’or), inscrit dans la Constitution, pour ne pas en faire beaucoup plus. Répondant aux injonctions de la chancelière, Michel Sapin, ministre français des Finances, pointe bien ce manque d’investissements germaniques, mais pour insister sur le fait que Berlin aurait fait «les réformes qu’il fallait durant la dernière décennie», une manière de justifier, in fine, l’alignement de l’exécutif français sur les mêmes logiques antisociales.

Machines à fabriquer de la misère, ces réformes alimentent partout une très grave dérive nationaliste. En Allemagne aussi avec la poussée de l’extrême droite anti-euro (AfD). Merkel joue, là encore, en défense. Car, si elle se montre sévère avec Paris et Rome, c’est aussi pour donner le change aux nationalistes, à la veille du congrès d’une CDU inquiète de l’attrait exercé par l’AfD sur certains de ses militants.

 

 

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 02:10

Les opposants au travail du dimanche affûtent leurs arguments

FANNY DOUMAYROU

DIMANCHE, 7 DÉCEMBRE, 2014

PIERRE ANDRIEU / AFP

Le Front de gauche, l’intersyndicale du commerce Clic-P et des associations organisaient jeudi à Paris une « assemblée «populaire ». L’occasion de démonter pièce par pièce le discours des tenants de la déréglementation des horaires de travail.

Veillée d’armes chez les opposants au travail du dimanche. Alors que le projet de loi Macron, prévoyant la déréglementation des horaires dans le commerce, est présenté ce mercredi en conseil des ministres, le Front de gauche, l’intersyndicale parisienne du commerce Clic-P et des associations comme Femmes-égalité organisaient jeudi soir à Paris un meeting pour populariser les arguments contre cette libéralisation. Et motiver les troupes pour faire reculer le gouvernement.

Le contexte était favorable car le matin même, la mission d’information et d’évaluation (MIE) du Conseil de Paris avait rendu un rapport prenant nettement le contre-pied du projet gouvernemental, en s’opposant à une extension massive du travail du dimanche dans la capitale (voir notre édition du week-end). Un premier point d’appui, dans une bataille qui ne fait que commencer. « Le projet de loi sera débattu à l’Assemblée nationale en janvier pour un vote fin janvier, puis au Sénat en mars 2015, a détaillé Didier Le Reste, élu communiste à Paris et animateur du Front des luttes au sein du Front de Gauche. La généralisation du travail du dimanche est toujours présentée au nom de la liberté de consommer partout à n’importe quel moment, au nom de la relance économique. Mais il faut parler de l’impact sur les conditions de vie et de travail des salariés, sur les petits commerces, sur le vivre ensemble ».

Alors que le Medef annonce entre 90.000 et 300.000 créations d’emplois dans le commerce et le tourisme en cas de banalisation du travail le dimanche et en soirée, que l’UCV (patronat des Grands magasins parisiens), promet 2.000 emplois de son côté, l’argument a été mis en pièce par les intervenants. De façon humoristique par Karl Ghazi, de la CGT-commerce : « Si je vous disais qu’en faisant tourner les usines automobiles jour et nuit, on vendrait plus de voitures, cela vous ferait rire », a-t-il lancé, en moquant l’argument patronal. De façon lapidaire par l’économiste Gérard Cornilleau, de l’OFCE, qui a juré que cinq minutes lui suffiraient largement pour sa démonstration : « Aujourd’hui, il n’y a pas de rationnement de la consommation, si ce n’est par le revenu. Il faut d’abord sortir de la crise pour relancer la consommation, ce n’est pas une question d’ouverture des magasins. Il n’y a aucune justification économique à cette volonté de modifier les horaires d’ouverture. » De façon concrète par Bernard Demarcq, de la CGT du Printemps Haussmann à Paris, qui a rappelé que son magasin, entre 2007 et 2014, n’a cessé d’élargir les amplitudes horaires, le travail du dimanche, des jours fériés et les nocturnes… en supprimant dans le même temps quelque 1306 équivalents temps-plein. Et d’accuser la direction du Printemps d’avoir « trompé la MIE » (mission d’information et d’évaluation du Conseil de Paris, NDLR), en gonflant artificiellement le chiffre d’affaires des dimanches, en encaissant ce jour-là des achats effectués en semaine.

Le volontariat des salariés sera-t-il garanti comme le promet Macron ? « C’est une escroquerie, a dénoncé Emmanuel Giraud, inspecteur du travail. D’abord on fait travailler des étudiants mais ensuite, tout le monde est obligé de suivre ». Et Laurent Degousée, de Su-commerce, d’illustrer par trois exemples le degré de liberté du salarié : « Chez Virgin, les contrats de travail comprenaient la mention « vous vous déclarez volontaire pour travailler le dimanche ». Au Sephora des Quatre-temps, déjà ouvert le dimanche jusqu’à 19 heures, la direction veut repousser la fermeture à 20h30. Elle a dit aux salariés que s’ils n’acceptaient pas, elle les ferait basculer en semaine, ce qui leur ferait perdre la majoration de 100%. Chez Aeroboutique à Gare du Nord, les salariés qui refusaient de venir le dimanche ont reçu des lettres de menaces de la direction. »

La loi Macron « est une offensive d’envergure pour faire sauter un important verrou, le repos du dimanche, a dénoncé Ana Azaria, de Femmes-égalité. Directement visées par cette offensive, les femmes des milieux populaires. On parle des Grands magasins à Paris, mais la loi va concerner tout le pays, et surtout des femmes qui sont majoritaires parmi les vendeuses, les caissières, les agents d’entretien ». Et la féministe d’évoquer les retombées sur la santé de ces femmes, sur leur vie de famille et de couple, sur le suivi scolaire des enfants : « Des études ont montré le lien entre l’échec scolaire et le manque de disponibilité des parents. Ces femmes seront, en plus de tout, culpabilisées !» Conséquences sur la santé, la famille, mais aussi sur la ville avec la menace de disparition du petit commerce soulignée par un représentant de la Confédération des commerçants de France – seul « patron » à avoir accepté l’invitation des organisateurs -, et par Danièle Simonnet, conseillère de Paris (Parti de gauche), qui a dénoncé le risque d’uniformisation des villes avec l’hégémonie des grandes enseignes.

« On peut gagner sur certains points, il faut faire pression sur le groupe socialiste et il faut mener une campagne », a souligné Jacqueline Fraysse, députée communiste des Hauts-de-Seine, tandis que Martine Billard, du Parti de gauche, en appelait aussi à gagner les « frondeurs » du PS pour « faire chuter cette loi Macron ». En attendant, les organisateurs ont annoncé une campagne de cartes postales à envoyer au président Hollande, lui rappelant ses propos hostiles au travail du dimanche, de l’année 2008 où député, il s’opposait à la loi Mallié de la droite…

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BRUNO FORNACIARI

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