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La chronique de Pierre Ivorra

On parle beaucoup du « risque systémique » en évoquant les possibilités de défaillance de banques pouvant se transmettre à l’ensemble du système. Comme le faisait remarquer il y a peu l’anthropologue marxiste Maurice Godelier lors d’une interview (*), la crise de 2007-2008 a fait redécouvrir à certains l’existence du système capitaliste. « Depuis vingt ans, remarque-t-il, les sciences sociales tendaient à regarder ailleurs. »

Dans le domaine économique, Marx s’est affirmé comme l’un des premiers penseurs systémiques dans le sens moderne de l’expression. Un système, c’est plus que la simple somme de ses parties, c’est un tout constitué de l’ensemble de ses éléments plus l’ensemble des relations qui relient ces éléments entre eux et le système à son environnement. Un homme, c’est davantage que l’addition de jambes, d’une tête, de bras…

Marx a d’abord pensé le capitalisme comme un ensemble de structures à étages : l’infrastructure économique, les rapports de production, la superstructure juridique, idéologique… Dans le Capital, il va plus loin en montrant que les relations entre les éléments du système économique sont régies par un régulateur : les règles du marché, et la principale d’entre elles, le taux de profit.

Il introduit un troisième élément, ce que Paul Boccara appelle le « mode opératoire technique et social » qui fait référence aux technologies mises en œuvre, au type de productivité, d’organisation du travail. C’est ainsi que le capitalisme s’est développé avec la technologie de la machine-outil, la machine remplaçant la main de l’homme. Si l’on récapitule, on peut considérer qu’un système économique est un tout constitué de structures, d’un mode opératoire technique et social et d’un type de régulation et qu’une crise systémique, une crise de tout le système, est à la fois une crise de ces éléments et de leur totalité. Prendre en compte cette évolution de Marx, de l’analyse des structures à celle du mode de fonctionnement du système, n’est pas sans portée politique. Si l’on ne voit que le face-à-face entre capitalistes et salariés sans s’intéresser à ses effets sur l’ensemble du système, sur les technologies, les règles du système, on risque fort de ne revendiquer au mieux qu’un partage plus juste des richesses. Si l’on veut changer et le système et de système, on est alors contraint à la fois de transformer les structures et d’introduire d’autres règles, un autre régulateur que le taux de profit.

 

(*) Entretien avec Maurice Godelier, anthropologue, 
directeur d’études à l’École des hautes études 
en sciences sociales (EHESS), l’Économie politique, 
n° 49, janvier 2011)).

Pierre Ivorra

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BRUNO FORNACIARI

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