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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 14:38

Projet de loi Macron : pourquoi la CGT dénonce la réforme des prud’hommes

Le projet de loi Macron, examiné en commission depuis le début du mois dernier, s’en prend à la justice prud’homale. Une justice déjà attaquée par la loi du 18 décembre 2014 qui autorise le gouvernement à décider par ordonnance de nouvelles modalités de choix des conseillers prud’homaux. Faute d’une participation suffisante aux scrutins, ces derniers pourraient bientôt ne plus être élus, mais désignés sur la base des audiences récoltées par les organisations syndicales lors des élections professionnelles. Alors que la CGT dénonce ce premier coup porté aux conseils des prud’hommes, c’est désormais la réforme prud’homale inscrite dans le projet de loi Macron qui fait réagir la justice prud’homale. Les mesures envisagées ne sont pas de nature à la rendre plus performante, s’insurge-t-on à la CGT. Stéphane Weinberg, défenseur syndical au Conseil des Prud’hommes de Niort nous explique pourquoi ça grince.

C.R. : Depuis plusieurs mois, le discours du patronat a évolué. D’une rigidité trop élevée du droit du travail, le patronat insiste désormais sur la nécessité de déjudiciariser les relations du travail. Peux-tu nous en dire plus ?

S.W. : Les employeurs auraient peur d’embaucher car ils auraient la crainte d’être poursuivi plus tard par leurs salariés. Plutôt que leur expliquer que respecter la loi suffit à éviter ces poursuites, le gouvernement préfère faciliter les infractions en évitant aux patrons de se retrouver devant un tribunal. Aujourd’hui, à côté des mesures d’exceptions au repos dominical et en soirée, un projet de loi veut réformer le contrôle du droit du travail en s’attaquant à la justice prud’homale et à l’inspection du travail. Il semble donc que, pour ce gouvernement, le développement de l’emploi, et donc la lutte contre le chômage, passe par le démantèlement de tous ce qui protège les travailleurs, notamment la justice spécifique qui est la leur, la prud’homie. Le mépris de ce gouvernement à l’encontre du monde du travail prend toute son ampleur quand c’est un ministre de l’économie qui reforme la justice du travail là où les ministres concernés n’ont pas droit de cité. Ces attaques contre la justice du travail sont dénoncées par toutes les organisations syndicales représentées au conseil supérieur de la prud’homie à l’exception de la CFDT qui était déjà favorable à la suppression des élections.

> La justice des prud’hommes est une justice particulière qui permet aux salariés et aux employeurs d’être jugés par leurs pairs : des salariés et des employeurs. C’est une justice gratuite, où chacun peut faire valoir ses droits ou se défendre soi même. C’est une justice simple, qui permet à n’importe qui de se présenter devant les juges sans procédures compliquées et lourdes. Elle permet à chaque salarié qui verrait son employeur contrevenir au droit du travail de demander réparation devant la justice. Elle rétablit le déséquilibre créé par le lien de subordination du contrat de travail. La juridiction prud’homale a toujours été dans le viseur du patronat.

C.R. : Pour le ministre de l’Economie, l’idée serait de faire plus simple et plus vite, en professionnalisant les conseils de prud’hommes. En quoi cela consiste-t-il ?

S.W. : Le ministre de l’Economie veut mêler conseillers prud’hommes et juges professionnels pour raccourcir le processus. Actuellement, la procédure débute par une phase devant un bureau de conciliation. Si aucun accord n’est trouvé, les parties passent alors devant un bureau de jugement (BJ) : la fameuse audience publique. Si aucune décision ne ressort du BJ car il y a partage des voix, l’affaire est envoyée devant une formation de départage, avec un juge professionnel départiteur. Le projet de loi Macron prévoit la possibilité – si toutes les parties sont d’accord – de passer directement de la conciliation à cette formation mêlant conseillers prud’hommes et juge professionnel (voir même de s’exonérer de la première étape). Pour un salarié, éviter des longs mois avant un jugement est alléchant. Le problème c’est qu’il est souvent très délicat de juger une affaire rapidement, sans avoir toutes les phases d’un jugement, pour juger en toute connaissance de cause. Ce n’est pas forcément un choix éclairé. Pour cette procédure accélérée, le gouvernement prévoit une formation restreinte de deux juges, un salarié et un employeur, qui statuerait dans les 3 mois. C’est un effet d’annonce qui sert à introduire des informations différentes de ce qui se pratique actuellement. Pour se diriger doucement vers l’échevinage, c’est-à-dire vers des formations de jugement où les conseillers prud’hommes n’auraient plus que le rôle d’assesseurs, la présidence, et in fine la décision finale, reviendrait à un juge professionnel. Ces délais, et tous ceux qui connaissent les prud’hommes le savent, ne pourront être tenus… Avec la réforme Dati et la fermeture de 62 conseils de prud’hommes, ces derniers se sont déjà vus confier plus d’affaires sans voir leurs moyens augmentés. Sur le Conseil de Prud’hommes de Niort par exemple, c’est le départ de 50% du personnel de greffe auquel on a assisté cette année avec la mutation de la greffière en chef à la Cour d’appel de Poitiers et la retraite d’une greffière.

> Signer la pétition en ligne, pour exiger des moyens pour la justice prud’homale et le rétablissement de l’élection des conseillers prud’hommes.

C.R. : Au-delà de l’aspect difficilement réalisable, c’est une entorse au principe de jugement par les pairs, non ?
S.W. : Tout à fait, c’est pourtant un fondement des conseils de prud’hommes. Pour le ministre de l’Economie, les juges prud’homaux ne sont pas des professionnels du droit. Tout dépend ce qu’on attend du conseil de prud’hommes… Les plus à même pour juger une problématique de relation de travail, ce sont les employeurs et les salariés, non ? Dans la forme actuelle, c’est la société civile qui juge les litiges qui peuvent naître de la relation de travail. Une juge professionnel n’a jamais mis les pieds dans une entreprise. A ce titre, il n’aura pas forcément un regard plus pertinent qu’un employeur ou un salarié. L’interprétation de chaque motif de licenciement est différent (80% des litiges sont liés à un licenciement). On ne peut appliquer brutalement la loi, tout cela relève de l’appréciation. Comment professionnaliser ce genre de chose ? Un juge professionnel a tendance à appliquer la loi de manière plus stricte qu’un conseiller et à se référer à la jurisprudence de la cour de cassation. Le fait que les conseillers connaissent la réalité de la vie en entreprise leur permet d’avoir un regard différent dans l’appréciation des faits. Ils peuvent savoir si une faute est véritablement grave ou non, si la sanction est vraiment proportionnelle à la faute. Les conseillers prud’hommes ont une façon plus humaine de traiter les affaires. De ce point de vue, le jugement par les pairs est une chance pour les salariés, non une anomalie.
C.R. : Les prétextes à cette réforme ne sont pas uniquement la supposée partialité des juges, leur non professionnalisme ou les délais trop longs, c’est aussi selon le ministre, un taux de conciliation trop bas. Qu’en penses-tu ?
S.W. : C’est tout et n’importe quoi, mais surtout une nouvelle fois des contre-vérités comme celles qui ont servi de prétextes à la suppression des élections (ndlr : loi du 18 décembre 2014). Les taux de conciliations qui seraient trop bas est un argument d’une mauvaise foi caractérisée pour sous-entendre une certaine incompétence des conseillers prud’hommes. Ce n’est pas un hasard si le ministre parle de « professionnalisation » des conseils… Si le nombre des affaires réglées des l’audience de conciliation ne représentent que 9,5% des affaires introduites, c’est oublier toutes les affaires qui voient une issue entre cette audience et celle de jugement qui font monter le taux de règlements amiables à 20% des affaires, soit pratiquement 1 sur 4. En effet, la justice prud’homale a cette autre particularité de permettre aux parties de trouver un accord jusqu’au passage devant les juges. Et je ne parle pas ici des conciliations partielles qui découlent de l’unicité d’instance.

C.R. : Il est aussi fait état d’un taux d’appel trop important.

S.W. : En effet, il serait de 53%, contre 12,5% pour les tribunaux de grande instance et 5,3% pour les tribunaux d’instance. Cela justifierait de confier cette justice particulière à des juges professionnels. C’est encore oublier une des particularités de la justice prud’homale qu’est l’unicité d’instance. Pour être clair, l’unicité d’instance est l’obligation qui est faite à celui qui saisit les prud’hommes de réunir en une seule instance TOUTES les demandes liées au contrat de travail. Lorsqu’un salarié conteste son licenciement, il peut donc se greffer sur cette demande un problème d’heures supplémentaires qui n’ont pas été payées, une demande relative à des congés payés, à un harcèlement… Un salarié peut évidemment obtenir gain de cause sur certaines demandes et être débouté des autres et faire appel pour ces dernières.

De la même façon, un employeur peut se voir condamner sur une partie des demandes et pas sur le surplus, peut être fera-t-il appel des demandes pour lesquelles il a été condamné. Ce qui amène évidemment a un taux d’appel plus élevé que dans des juridictions ou n’est examiné qu’une seule demande à chaque fois. Sans parler des recours formés par les employeurs de manière tout a fait abusive dans l’espoir que le salarié renoncera ou acceptera un accord.

C.R. : Sur quel point ce projet de loi semble-t-il être le plus dangereux ?

S.W. : C’est la question de la prétendue partialité des juges qui pose le plus gros problème. Ce projet de loi refond tout un arsenal de mesures disciplinaires pour mettre les conseillers prud’hommes au pas. Alors que la formation n’est abordée que dans 2 articles, les mesures de rétorsion à l’encontre des juges représentent presque deux pages de ce texte. Il est demandé aux conseillers prud’hommes d’exercer leurs fonctions en toute indépendance, impartialité, dignité et probité, de se comporter de façon à exclure tout doute légitime à cet égard. Ils s’abstiennent de tout acte ou comportement public incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions. C’est joli et plein de bonnes intentions mais ça veut dire quoi ? Que les juges prud’homaux seraient partiaux et inféodés à leurs organisations syndicales ? C’est oublier que les conseillers prud’homaux, salariés ou employeurs, sont d’abord des syndicalistes, élus pour faire respecter le droit. Et lorsqu’on voit l’attitude de certains conseillers employeurs, on peut s’interroger sur la partialité qui est la leur… Ce qui fait l’impartialité de ces jugements, c’est justement ce paritarisme qui oblige des salariés et des employeurs à appliquer le droit de manière impartiale. Après débats, dialogues, et moult haussements de ton s’il le faut. S’il y a bien un lieu ou existe le dialogue social dont on nous rabâche les oreilles, c’est bien dans ces délibérés.

C.R. : Ce projet de loi prévoit qu’un conseiller prud’homme ne peut pas exercer plusieurs mandats. Quelque chose cloche, non ?

S.W. : L’article L.1442-11 nous explique que l’acceptation par un conseiller prud’homme d’un mandat impératif, avant ou après son entrée en fonction et sous quelque forme que ce soit, constitue un manquement grave à ses devoirs. Et que cela entraîne l’annulation de l’élection de ce juge, son inéligibilité ou sa déchéance. Clairement, ça veut dire qu’un conseiller prud’homme qui serait également délégué syndical dans son entreprise serait inéligible ou déchu de son mandat. Ca doit être une blague. Si on voulait empêcher les organisations syndicales de présenter des militants à ce mandat, on ne s’y prendrait pas autrement. C’est une atteinte grave au droit de chacun d’avoir des activités syndicales, au droit de chacun de prendre position. Un autre volet de cette loi, très dangereux à notre sens, est la possibilité d’évitement du juge qui est offerte aux employeurs par l’ouverture de la médiation civile aux litiges liés au droit du travail et la possibilité de conclure avec le salarié une convention de procédure participative qui n’est rien d’autre qu’un accord engageant les parties à trouver un accord « amiable » en cas de litige. Ce qui nierait dès lors le caractère inégal de la relation de travail caractérisé par le lien de subordination.

Pour manifester leur opposition à ce projet de loi, de nombreux Conseils de Prud’hommes ont décidés lors des assemblées générales de rentrée, d’actions menées lors des débats parlementaires. Dans les Conseils de Niort et Thouars, sous l’impulsion de la CGT, le collège salarié, à l’exception de la CFDT, a décidé de faire la grève des audiences entre le 26 janvier et le 6 février 2015.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 13:12

Le coup de force inadmissible et irresponsable de la BCE contre la Grèce

Communiqué 5 février 2015

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé mercredi 4 février qu’elle arrêtait les opérations normales de refinancement des banques grecques. Pour retirer des liquidités auprès de la BCE, les banques ne pourront plus donner comme garantie des obligations d’État grecs. Les banques grecques se voient retirer leur principale source de financement à la BCE.

Attac condamne fermement cette décision de la BCE.

Cette décision est inacceptable car la BCE a outrepassé son mandat. Celle-ci a suspendu le financement des banques grecques sur la simple « présomption » (selon son communiqué) qu’aucun accord ne pourrait être trouvé avec le nouveau gouvernement grec concernant la restructuration de la dette. Comment la BCE, institution qui n’a aucune légitimité démocratique, peut-elle prendre une décision aussi politique alors que les négociations ne font que commencer ?

Cette décision est illégitime, car la BCE s’oppose à l’application du programme politique qui résulte du choix des électeurs grecs. Une fois de plus, la BCE se fait le défenseur des créanciers de la Grèce pour imposer la poursuite d’un programme d’ajustement qui a ruiné le peuple grec et s’est traduit par une hausse de la dette grecque.

La décision de la BCE est irresponsable car elle pourrait engendrer une panique bancaire dont les conséquences pourraient être catastrophiques pour la Grèce et la zone euro dans son ensemble !

Attac demande que la BCE suspende sa décision, et que les propositions du nouveau gouvernement grec soient entendues et appliquées. Seule est acceptable une restructuration rapide de la dette grecque, incluant une remise de dette. Le pouvoir exorbitant de la Troïka et des créanciers doit cesser !

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES EUROPE grece
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 12:28

Face aux pressions de la BCE contre la Grèce, le PCF appelle au rassemblement

Hier soir, la BCE a décidé de changer le régime des garanties d'emprunt des banques grecques. Mario Draghi porte seul la responsabilité du krach bancaire qui a découlé de ce geste unilatéral de la BCE, sous pression d'Angela Merkel. La BCE révèle ainsi qu'elle n'est ni indépendante, ni démocratique et qu'il devient vital de la refonder dans l'intérêt de tous les peuples européens.


Cette décision n'a qu'une fonction : mettre la pression et essayer de semer la panique au moment où les négociations entamées par Tsipras et Varoufakis s'élargissent et portent leur fruits, au moment où chacun est obligé de reconnaître la bonne volonté, les efforts et l'intégrité du gouvernement grec, ainsi que la crédibilité et le caractère réaliste de son programme.

Ce que demande le gouvernement grec, c'est un peu de temps pour laisser respirer le pays après des années d'austérité et le respect du mandat que le peuple lui a confié, c'est à dire la négociation d'un nouveau plan pour la Grèce, différent de celui imposé par la Troïka. Mandat que l'opinion grecque continue de supporter très majoritairement. La France doit soutenir cette démarche.

Le PCF appelle à un rassemblement unitaire dès ce soir à 18h30 devant la Banque de France* pour le respect du vote des grecs et pour que la France se positionne clairement aux côtés de la Grèce dans les prochaines échéances.

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Face aux pressions de la BCE contre la Grèce rassemblement ce soir devant la Banque de France

JEUDI, 5 FÉVRIER, 2015

HUMANITE.FR

Le PCF et le Parti de gauche ont réagi vivement face au coup de force de la BCE contre la Grèce. Un rassemblement unitaire se tiendra dès ce soir à 18h30 devant la Banque de France* pour le respect du vote des grecs et pour que la France se positionne clairement aux côtés de la Grèce dans les prochaines échéances.

Dans un communiqué le Parti communiste français a réagi très vivement à la décision de la banque centrale européenne de changer le régime des garanties d'emprunt des banques grecques, et appelle a manifester en solidarité avec le gouvernement Tsipras et pour le respect du vote du peuple grec.

Le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon a demandé jeudi à François Hollande de soutenir la Grèce contre ce qu'il qualifie de "coup de force" de la Banque centrale européenne (BCE) contre ce pays. Dans un communiqué, Eric Coquerel, "coordinateur politique" du PG, affirme que le chef de l'Etat "doit maintenant choisir: se soumettre une fois encore" à Bruxelles ou "soutenir le gouvernement grec. Nous attendons de lui qu'il dénonce ce coup de force de la BCE lors de sa conférence de presse", ce jeudi à 11H00 à l'Elysée. La BCE a annoncé mercredi qu'elle suspendait un régime de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques, qui leur permettait d'emprunter de l'argent auprès d'elle avec des garanties inférieures à ce qu'elle exige habituellement. Pour le PG, "le moratoire de la dette grecque est l'unique solution immédiate. Elle devra être suivie d'une conférence européenne sur les dettes souveraines".

Pour le PCF, "Mario Draghi porte seul la responsabilité du krach bancaire qui a découlé de ce geste unilatéral de la BCE, sous pression d'Angela Merkel. La BCE révèle ainsi qu'elle n'est ni indépendante, ni démocratique et qu'il devient vital de la refonder dans l'intérêt de tous les peuples européens. Cette décision n'a qu'une fonction : mettre la pression et essayer de semer la panique au moment les négociations entamées par Tsipras et Varoufakis s'élargissent et portent leur fruits, au moment où chacun est obligé de reconnaître la bonne volonté, les efforts et l'intégrité du gouvernement grec, ainsi que la crédibilité et le caractère réaliste de son programme.

Ce que demande le gouvernement grec, c'est un peu de temps pour laisser respirer le pays après des années d'austérité et le respect du mandat que le peuple lui a confié, c'est à dire la négociation d'un nouveau plan pour la Grèce, différent de celui imposé par la Troïka. Mandat que l'opinion grecque continue de supporter très majoritairement. La France doit soutenir cette démarche.

Le PCF appelle à un rassemblement unitaire dès ce soir à 18h30 devant la Banque de France* pour le respect du vote des grecs et pour que la France se positionne clairement aux côtés de la Grèce dans les prochaines échéances.

* Place des Victoires, Paris, 1e/2e arrondissement

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 10:27

Quand Dieu n’existait pas

30 JANVIER 2015 À 19:26

J’allume la télévision, la radio. Et me retrouve projeté dans des temps très lointains et très obscurs. Des temps que je n’ai pas connus. Et que je ne pensais pas connaître un jour. Parce qu’on se croyait délivrés. Affranchis. J’ai grandi en banlieue. Un écheveau de villes plus ou moins tranquilles, bien mélangées, avec leurs cités déjà sensibles, leurs lotissements et un reste de culture prolétaire à l’ancienne. J’avais des copains beurs, des copains blacks, la plupart vivaient dans les HLM. On ne parlait pas de musulmans. Ceux qui l’étaient ne s’en réclamaient jamais. Comme aurait dit Charb : ils faisaient le ramadan comme d’autres fêtaient Noël, par habitude et parce que ça rythmait l’année, rien de plus.

On ne savait pas si untel ou untel était juif ou autre. S’il était pratiquant ou non. D’ailleurs les racistes n’étaient pas «islamophobes». Ils se contentaient de détester les Arabes et les Noirs. Et on les emmerdait. Et l’antisémitisme était juste un truc immonde de très vieux cons, qui allait disparaître avec la dernière génération à l’avoir nourri. On avait grandi bercés par les disques de nos parents, Brel, Brassens et Ferré. On avait passé notre enfance à écouter Renaud, à regarder Coluche et Desproges, à s’endormir devant Polac et Cavanna. On chourait le Canard de nos pères pour dévorer les dessins de Cabu. Notre prof préféré nous faisait commenter les dessins de Charlie. On était tous un peu anars. On bouffait du religieux (curés imams rabbins tous dans le même sac), on se foutait des flics, de l’armée, de la nation, des fachos. Et l’internationale serait le genre humain. A nos yeux, la religion n’était qu’une vieille scorie déliquescente, un reste d’obscurantisme dont on avait mis des siècles à se délivrer mais ça y était, c’était fait, on tenait le bon bout. Il y avait bien quelques cathos de nos âges mais ils restaient entre eux dans leurs écoles privées, se retrouvaient au catéchisme, se côtoyaient chez les scouts. C’était juste des sujets de plaisanteries. Des types coincés et des filles pas futes-futes, dotés de parents bornés. Nous, les seules paroles du Christ qu’on se refilait c’étaient les dernières : un clou je glisse.

Au final, qu’on soit blanc, black ou beur, la religion, c’était juste un hobby bizarre, un truc du dimanche matin pour la plupart, qui nous faisait un peu froid dans le dos parce que ça ressemblait quand même à un genre de secte et franchement, quand on les voyait sur le parvis de l’église en rentrant de la boulangerie, ils ne faisaient pas envie. Ils étaient tous gris tous fermés tous coincés dans leurs croyances irrationnelles et leurs principes étriqués. Mais on les plaignait plus qu’autre chose : avec tout ça, ils allaient rater Téléfoot. Nos parents ne nous démentaient pas, ceux qui avaient été élevés dans la religion nous répétaient combien nous étions chanceux de nous construire en esprits libres, guidés par des enseignants soucieux de former des citoyens éclairés et non par des curés. Quant à ceux des cités, dont beaucoup étaient vaguement musulmans, jamais je n’ai entendu l’un d’eux invoquer le Prophète, ni même mentionner le Coran. C’étaient d’autres temps.

La citoyenneté, la liberté l’égalité la fraternité, et le combat qu’il fallait mener pour que ces belles paroles deviennent des réalités : c’était ça, le projet commun. Ce qui nous projetait ensemble vers l’avenir. La laïcité était un principe intangible. Et l’athéisme n’était pas une croyance parmi d’autres mais un idéal universel. On voulait bien admettre qu’il y ait encore quelques volontaires pour s’aveugler, on voulait bien apprendre à le tolérer, pourvu que tout ça reste dans le silence des églises, des synagogues et des mosquées. Que la religion demeure une occupation strictement privée et vaguement honteuse. Un genre d’hygiène personnelle. Comme le yoga, en plus sectaire. Ou les arts martiaux, en moins physique. Oui vraiment, c’était une autre époque. Une époque bénie.

Cette chronique est assurée en alternance par Olivier Adam, Christine Angot, Thomas Clerc et Marie Darrieussecq.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 09:53

Le patron de la BPCE, François Pérol, renvoyé en correctionnelle

Boursorama avec AFP le 05/02/2015 à 10:39

L'ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et désormais patron de BPCE, François Pérol, a été renvoyé mardi en correctionnelle pour prise illégale d'intérêt.

Le patron de la Banque populaire Caisses d'épargne, François Pérol, a été renvoyé en correctionnelle mardi 3 février. ( AFP / ERIC PIERMONT, AFP )

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Selon des sources proches du dossier judiciaire, la justice reproche à François Pérol d'avoir accepté en février 2009 de prendre la tête du groupe issu du mariage entre la Banque populaire et la Caisse d'épargne (BPCE), alors qu'il avait suivi le dossier à l'Élysée en tant que secrétaire général adjoint en charge des dossiers économiques.

François Pérol encourt une peine maximale de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende. La loi interdit à tout fonctionnaire de travailler pour une entreprise qu'il a surveillée, avec laquelle il a conclu un contrat ou sur laquelle il a fait des propositions à l'autorité compétente dans les trois ans qui précèdent son passage du public au privé.

"On considère que cette étape est la suite logique de la procédure en cours et que les faits étudiés concernent les conditions de la nomination de François Pérol à la tête de BPCE et en aucune façon sa gestion en tant que dirigeant du groupe", a déclaré un porte-parole de la banque.

"On rappelle qu'à ce sujet le conseil de surveillance du groupe lui a déjà renouvelé sa confiance à l'unanimité en février dernier lorsqu'il avait été mis en examen, pour son mandat qui court jusqu'en avril 2017", a-t-il ajouté.

"C'est l'aboutissement d'un long combat judiciaire, visant à démontrer les pratiques de corruption mises en place au plus haut niveau de l'Etat sous le précédent quinquennat", a de son côté affirmé Jérôme Karsenti, avocat de l'association Anticor et de la CGT, qui avaient porté plainte.

"Le procès qui s'annonce est également le procès du pantouflage et des pratiques de réseau. C'est tout le système du jeu des chaises musicales en violation totale de la loi, entre le monde de la finance et celui du pouvoir politique qui sera ainsi analysé à l'aune de ce procès. Ce renvoi devant le tribunal est une victoire du droit sur la puissance des réseaux", a-t-il poursuivi.

Selon une source proche du dossier, François Pérol avait convenu devant le juge Roger Le Loire que les circonstances de sa candidature comme président du directoire de la BPCE étaient "originales".

Selon des témoignages recueillis par les enquêteurs, l'ex-chef de l'État lui-même avait réuni à l'Elysée le 21 février 2009 les patrons des deux banques qui devaient fusionner, pour leur dire qu'il entendait que François Pérol prenne la tête du nouvel ensemble.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 09:14


"Il y a quelques jours, est passée, sur France 2, une petite info qui fait réfléchir.
Sur un ton humoristique, le reportage montrait un radar automatique, quelque part du côté de Clermont-Ferrand, qui avait été hors service pendant 3 semaines.
Pourquoi ?
Parce qu'EDF avait coupé le courant pour facture impayée !
Drôle, non ?
Mais ce n'est pas tout, le vraiment intéressant est ailleurs.
En effet, le journaliste nous expliqua que la société qui gère ce radar n'avait pas payé en temps sa facture d'électricité.
La société qui gère le radar ???
Quoi ??
Une société privée gère le radar ?
Je croyais que les radars dépendaient de l'état.
Mais alors, si on réfléchit, cela veut dire qu'au passage il y a des gens qui se sucrent sur les infractions des automobilistes et que l'argent des amendes, loin d'aller
entièrement dans les caisses de l'état (ce qui serait un moindre mal), va en partie dans des poches privées !!
Et on peut supposer (car aucune entreprise privée n'est une oeuvre philanthropique) que ces entreprises sont intéressées proportionnellement à la rentabilité des radars.
La spéculation sur la sécurité routière, voilà la dernière trouvaille...
On ne nous avait pas dit ça quand le gouvernement a lancé sa campagne.
Il n'y a pas que la sécurité routière dans l'histoire, mais aussi (et surtout ?) ... une affaire de profit !!
Et, bien sûr, pour couronner le tout, le PDG de cette entreprise n'est autre que le frère du ministre Gilles de Robien !
On ne nous dit pas TOUT !!!!!!!
Si cette petite info. vous choque autant que moi, faites-la circuler : ça mérite d'être connu !!!!"
Thank's Dee.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 02:36
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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 08:52

Ban Ki-moon passe aux aveux: «Israël» coopère avec Al-Qaïda

Par Samer R. Zoughaib

Avec plus d’un an et demi de retard, les Nations unies ont finalement évoqué les étroites relations qui existent entre les groupes terroristes actifs dans le sud syrien, plus particulièrement dans les provinces de Quneitra et Deraa, et «Israël».

Dans son rapport trimestriel présenté au Conseil de sécurité, il y a quelques jours, le secrétaire général de l’Onu, le très docile pro-américain Ban Ki-moon, a révélé un secret de polichinelle, qu’il n’était plus en mesure de protéger tant il frôlait le scandale. Le rapport reconnait que les «Israéliens» entretiennent des rapports avec les «rebelles syriens» depuis plus de 18 mois, facilitant le traitement médical des combattants blessés. Le document souligne que l’entité sioniste a soigné plus de 1000 combattants syriens.
Le texte présenté par Ban Ki-moon se base essentiellement sur les rapports fournis par les contingents de l’Undof, déployés sur le terrain dans le Golan occupé. Ces rapports font état d’une «coordination quotidienne entre Israël et les rebelles syriens, y compris les groupes islamistes affiliés à Al-Qaïda», grâce à des «canaux de communication ouverts en permanence».
Les rapports des Casques bleus précisent que «des soldats israéliens ont été observés permettant à des personnes de passer de la ligne ‘Bravo’ -du côté syrien- à la ligne ‘Alpha’ du côté israélien, ainsi que des discussions entre des membres de l’opposition armée et des militaires de Tsahal à travers la ligne de cessez-le à proximité de la position 85 des Nations unies».
Le rapport trimestriel de l’Onu ne nous apprend rien de nouveau. Mais il a l’avantage d’inscrire dans la documentation officielle de l’organisation internationale ce que les analystes savaient depuis longtemps, et que nous avions évoqué à plusieurs reprises sur notre site.

Coopération dans le renseignement

En réalité, la coopération entre «Israël» et les groupes terroristes va bien au-delà des soins médicaux apportés aux blessés, et qui ont déjà coûté au contribuable «israélien» plus de 14 millions de dollars, selon l’édition de dimanche dernier du quotidien Maariv.
L’armée syrienne dispose de preuves irréfutables sur l’assistance militaire directe apportée par les «Israéliens» aux groupes extrémistes lors de leur offensive de l’été dernier à Quneitra. Cette aide a permis aux terroristes de prendre, entre autres, les collines stratégiques appelées al-Touloul al-Homr, où l’armée syrienne disposait de matériel de guerre électronique sophistiqué lui permettant de surveiller les réseaux de télécommunication de l’armée «israélienne». Cette aide s’est manifestée par un bombardement à l’artillerie et des raids aériens contre des positions de l’armée syrienne, afin d’ouvrir la voie aux combattants extrémistes. «Israël» est même allé plus loin en abattant, à l’aide d’un missile Patriot, un chasseur syrien au-dessus du Golan, au plus fort de l’attaque terroriste.

Des sources bien informées en Syrie et à Beyrouth font également état d’une coopération étroite entre les groupes terroristes d’un côté, le Mossad et les autres agences du renseignement «israélien», de l’autre, pour la collecte et le transfert d’informations au sujet des programmes d‘armement et de recherche en Syrie. C’est grâce à cette coopération que l’entité sioniste est parvenue à éliminer plusieurs savants syriens ces trois dernières années. L’opération la plus récente remonte au 10 novembre dernier, lorsque cinq ingénieurs travaillant dans l’énergie nucléaire au Centre de recherches scientifiques à la périphérie de Barzé, dans le nord de Damas, ont été tués dans l’attaque de leur bus par des terroristes.
En juillet 2013, six fonctionnaires de ce même centre avaient trouvé la mort dans une attaque au mortier menée par les «rebelles». Le 24 août 2012, Nabil Zoughaib, considéré comme l’artisan du programme balistique syrien, a été assassiné par des inconnus. Un an plus tôt, Aws Abdel Karim Khalil, physicien nucléaire et professeur à l’Université al-Baas, à Homs, avait subi le même sort. Et la liste est longue.

«Israël» viole la résolution 2178

«Israël» se trouve donc en porte-à-faux avec la fameuse «légalité internationale». En effet, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté, le 24 septembre dernier, à l’unanimité de ses 15 membres, la résolution 2178, imposant des sanctions contre Daech et le Front el-Nosra.
Dans cette résolution, les membres du Conseil se disent très préoccupés par le fait qu’une partie du territoire d’Irak et de Syrie est «sous le contrôle de l’Etat islamique et du Front el-Nosra» et que leur présence, leur idéologie extrémiste violente et leurs agissements sont préjudiciables à la stabilité de ces deux pays et de la région.
Le Conseil de sécurité se déclare disposé à inscrire sur la liste de sanctions les individus, groupes, entreprises ou entités qui apportent leur appui à l’un ou à l’autre de ces deux groupes terroristes.
Le Conseil prie instamment tous les Etats de coopérer aux efforts faits pour trouver et traduire en justice les individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaïda, y compris l’EI et le Front el-Nosra, «qui perpètrent, organisent et commanditent des actes terroristes.»
Le Conseil de sécurité demande aussi à tous les Etats membres de prendre des mesures nationales pour endiguer le flux de combattants terroristes étrangers qui rejoignent les rangs de l’EI et du Front el-Nosra.
Le Conseil de sécurité rappelle également, qu’en vertu d’une précédente résolution adoptée cette année, tous les Etats doivent prévenir et réprimer le financement des actes de terrorisme et doivent veiller à ce qu’aucuns fonds, autres avoirs financiers ou ressources économiques ne soient mis directement ou indirectement à la disposition de ces deux groupes extrémistes.
On voit bien qu’en apportant un soutien au Front al-Nosra et en coopérant avec lui -de l’aveu même de Ban Ki-moon-, «Israël» est en train de violer la plupart des dispositions de la résolution 2178. Y aura-t-il quelqu’un qui osera lui demander des comptes?

Source : French.alahednews

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 07:36

 

 

Pierre Laurent : "​Le parti des Grecs indépendants n’est pas l’allié naturel de Syriza mais..."

Mercredi 28 Janvier 2015 à 5:00

Propos recueillis par

Bruno Rieth

 

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, revient sur la victoire de Syriza et son alliance avec les Grecs indépendants. Selon lui, il existe "un tronc commun" entre ces deux formations "qui est le refus de l’austérité". Mais le Front de gauche pourrait-il en faire autant en France ? Le responsable communiste ne ferme pas immédiatement la porte et admet qu'il existe "des gens qui ne se reconnaissent pas dans des formations de la gauche actuelle et qui sont sensibles à des thématiques sur la souveraineté nationale". Néanmoins, "il faut d’abord commencer par mettre en mouvement l’ensemble des forces de gauche" s'empresse-t-il d'ajouter...

 

Marianne : Comment avez-vous vécu l’annonce de la victoire de Syriza en Grèce ?
Pierre Laurent : Ça a été un moment de bonheur partagé avec le peuple grec et avec Syriza, formation avec laquelle je travaille dans le Parti de la gauche européenne depuis des années. Le peuple grec a réaffirmé sa dignité dans ce vote après cinq années d’humiliation. Evidemment, cette victoire de Syriza est un immense signal d’encouragement pour toutes les forces qui, en Europe, essayent d’ouvrir des alternatives aux politiques d’austérité. C'est une victoire pour la solidarité, contre les politiques d’austérité et contre les tentations de replis identitaires, racistes et xénophobes. Avec cette victoire, il y a l’affirmation que le débat en Europe doit être réouvert pour creuser le chemin des solutions dans la solidarité. Et ça, c’est un succès pour le travail politique que nous avons mené avec toutes les forces de la gauche européenne ces dernières années, pour imposer dans le paysage une sortie de crise qui ne soit ni celle des marchés financiers ni celle des forces de replis, populistes et nationalistes.

 

Comment définiriez-vous la pensée politique de Syriza et de son chef de file, Alexis Tsipras. Certains n’hésitent pas à dire, comme le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen, qu’ils sont de véritables sociaux-démocrates, plus proches de François Hollande que des positions du Front de gauche ?
Il y a beaucoup de soutiens de la dernière heure à Syriza qui se manifestent aujourd’hui et qui veulent récupérer cette victoire politique. La formation d’Alexis Tsipras est une formation clairement inscrite dans le courant de la gauche de transformation sociale, une gauche antilibérale et anticapitaliste. Une gauche qui travaille à l’émergence d’un nouveau modèle social productif et écologique en Europe. C’est un courant de gauche qui allie la tradition communiste, la tradition de gauche radicale et la tradition écologiste et qui a réussi à construire une coalition cohérente. C’est aussi une formation qui s’inscrit dans un mouvement de solidarité européenne et internationaliste progressiste qui la distingue totalement des formations d’extrême droite, et notamment du Front national qui a tenté lui-aussi de récupérer les fruits de la victoire de Syriza. AUJOURD'HUI, IL Y A BEAUCOUP DE SOUTIENS DE LA DERNIÈRE HEURE À SYRIZA...D’ailleurs le parti qui a été à l’origine de Syriza, le parti Synaspismos, qu’a présidé Alexis Tsipras était au côté de Die linke en Allemagne, de Izquierda unida en Espagne ou du Parti communiste français, un des six partis fondateurs de la Gauche européenne en 2004. Syriza s’est toujours inscrite en rupture avec la dérive libérale de nombreux partis sociaux-démocrates en Europe qui ont participé, et qui continuent d’ailleurs à participer, au consensus social-démocrate et conservateur dans la gestion de l’Union européenne libérale. C’est un parti qui a marqué sa rupture avec ces politiques-là et qui, à partir de la crise de 2008 — à la différence du Pasok qui a accompagné les plans d’austérité de la Troïka — a pris la tête du mouvement de résistance du peuple grec. Evidemment, la dynamique politique qu’a su créer Syriza et la victoire politique qu’il a construite au fur et à mesure lui a permis de rassembler en son sein et dans son électorat énormément de déçus du Pasok. La coalition Syriza est devenu au final le grand parti de toute la gauche grecque en résistance aux politiques libérales européennes.

Vous faites de Syriza un compagnon de combat du PCF. Néanmoins, l’annonce d’une alliance avec le parti des Grecs indépendants, formation souverainiste de droite, pour former un gouvernement ne doit pas être pour vous plaire...
C’est un choix contraint par les circonstances. Le parti des Grecs indépendants n’est pas l’allié naturel de Syriza et les différences de programmes entre eux sont très nombreuses. Mais il y a un tronc commun qui est le refus de l’austérité. Je crois qu’Alexis Tsipras a donné des garanties fortes pour que la boussole du nouveau gouvernement grec soit le programme qu’il a défendu devant les électeurs. Donc, le socle de son programme n’est pas remis en cause par le soutien que le parti des Grecs indépendants a décidé d’apporter au gouvernement. Je pense que le souci de Syriza aujourd’hui est d’apporter de la stabilité au gouvernement et de lui permettre d’entrer dans le débat européen avec une situation politique garantie et stable en Grèce, de manière à pouvoir peser avec toute la force nécessaire dans les discussions qui vont être difficiles avec la Commission européenne et les chefs d’Etat européens.

Est-ce l’on peut dire que ce « pragmatisme » dans ses alliances est finalement l’une des clés de la réussite de Syriza, en s’affranchissant d’un certains dogmatisme ?
Je crois effectivement que Syriza a pris les choses dans le bon ordre. C’est le programme, son contenu, ce socle politique qui résulte de ce contrat qu’il a passé avec les électeurs, qui est la boussole de son action. LE DÉBAT A PRIORI SUR LES ALLIANCES EST ÉPUISANT, IL INTÉRESSE DE MOINS EN MOINSAutour de ses engagements-là, Syriza construit un rassemblement dont il cherche en permanence à faire évoluer les frontières en les élargissant. Mais, cet élargissement ne peut se faire que sur un programme qui est clairement mis sur la table. La construction politique et les alliances qui suivent sont au service de ce programme. Trop souvent en France, dans notre débat politique national, les questions sont prises à l’envers. Et je crois que nous devrions, au moins sur ce point, nous inspirer de ce qui a été fait. Construire un socle programmatique fort correspondant aux nécessités de sortie de crise et, sur ce tronc commun, s’employer à élargir sans cesse les contours du rassemblement populaire et politique. Le débat a priori sur les alliances est épuisant. Il intéresse de moins en moins. Nous devrions plutôt nous concentrer sur le débat politique et public avec les citoyens, sur le programme d’urgence dont la France a besoin.

Vous qui faites de Syriza une source d’inspiration, seriez-vous prêt à vous en inspirer jusqu’à vous rapprocher de formations semblables au parti des Grecs indépendants pour former un « front commun » contre les politiques d’austérité ? Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan est peut-être la formation qui s'en approche le plus ?
Il faudrait avant cela s’occuper de construire le rassemblement de toutes les forces de gauche anti-austérité et leur donner l’assise et le poids nécessaire dans le pays. Bien évidemment, il y a des gens en France qui ne se reconnaissent pas dans des formations de la gauche actuelle et qui sont sensibles à des thématiques sur la souveraineté nationale. L’une des dimensions de la crise en Europe, c’est l’habitude qui a été prise par les dirigeants européens de bafouer la souveraineté nationale. En France, nous savons très bien ce que ça veut dire. Le vote sur le Traité constitutionnel européen en 2005 a été méprisé par nos gouvernants, balayé d’un revers de main. Cette fracture démocratique, cette atteinte à l’expression de la souveraineté populaire a laissé une cicatrice qui a marqué en profondeur le peuple français. Et il y a évidemment des forces à rassembler autour de la question de la souveraineté nationale et populaire. Mais pour construire un rassemblement solide sur ces questions, il faut d’abord commencer par mettre en mouvement l’ensemble des forces de gauche, les forces attachées au développement du progrès social. Il faut construire les choses dans l’ordre.

 

L’autre force de la formation de Tsipras a été d’apparaître pour les Grecs comme une force neuve et antisystème en refusant notamment de passer des accords avec le Pasok. Finalement, les accords que le PCF a pu nouer avec le PS dans un passé proche n’empêchent-ils pas le Front de gauche de suivre le chemin de Syriza, en apparaissant comme encore et toujours lié à ceux qui mettent en œuvre les politiques d’austérité ?
L’un des piliers de la politique que nous menons, de la construction de l’alternative que nous souhaitons, doit être la défense permanente des politiques publiques existantes qui sont mises en œuvre aujourd’hui par des majorités de gauche dans des collectivités locales. JE NE COMMENCE PAS PAR DRESSER DES BARRIÈRES MAIS PAR POSER LES BASES DU RASSEMBLEMENTCes politiques sont menacées par les orientations libérales, par la réduction des dépenses publiques et par la remise en cause de certaines politiques institutionnelles comme la surpression des départements. Nous avons à maintenir le cap de la défense de ces politiques publiques et des politiques de services publics en toutes circonstances. A ce niveau, nous nous devons de créer les rassemblements nécessaires pour le faire. Mais, je le rappelle, ce qui nous guide, c’est le fond et le contenu des politiques défendues. Heureusement que nous avons l’ambition de travailler à modifier les frontières possibles du rassemblement. Comment croyez-vous que Syriza est passé de 5% il y a cinq ou six ans à la majorité aujourd’hui, si ce n’est en gardant en permanence l’ambition du rassemblement. Je ne commence pas par dresser des barrières mais par poser les bases politiques du rassemblement sans faire de compromis pour autant avec les politiques d’austérité que je combats. Et sur ces bases-là, je ne demande à personne de passeport politique ou de certificat de virginité. Oui, je pense que des gens qui ont malheureusement soutenu certains choix que je combattais ces dernières années, peuvent se retrouver avec nous pour construire. Du moins, s’ils ont compris que les politiques qu’ils soutenaient mènent à l’impasse. Je ne procède pas par oukase politique. Je préfère favoriser, dans la clarté, une dynamique politique qui fasse constamment bouger les lignes du rassemblement que nous souhaitons.

Mais passer des accords avec la direction du PS ne décrédibilise-t-il pas le combat contre les politiques d’austérité ?
Aujourd’hui, un accord global avec la direction du Parti socialiste n’est effectivement pas possible à cause du soutien affiché de ce parti à la politique gouvernementale. En revanche, il est possible, sur des objectifs particuliers, de construire des rassemblements qui mettent en cause la politique gouvernementale. Regardez comment la victoire de Syriza fait bouger les lignes dans le débat à gauche. Cette victoire va libérer des forces nouvelles, va encourager ceux qui n’osaient pas franchir le pas d’un travail sur l’alternative avec nous. Il faut en permanence que nous nous considérions en charge de ce rassemblement et non pas comme une force qui aurait à le subir. Puisque le PS se montre de plus en plus dans l’incapacité de conduire à la victoire comme on a pu le consater lors des dernières élections, nous nous devons donc de prendre le relai en portant l’ambition d’un rassemblement nécessaire sur d’autres bases.

L’autre démonstration de la victoire de Syriza est que la critique de l’Europe et des politiques d’austérité sans en prôner forcément la sortie est entendue par le peuple. Estimez-vous que cela vient conforter la ligne que vous défendez au sein du Front de gauche contre ceux qui en appellent, en interne, à envisager la sortie de l'Union européenne et de l'euro ?
C’est un débat que nous avons eu de nombreuses fois avec Alexis Tsipras au sein de la gauche européenne. Nous étions convaincus qu’il fallait imposer au sein de l’Europe cette voie-là. Car sinon le risque était évident. Ceux qui dominent l’Europe avaient beau jeu de dire : « Vous êtes contre les orientations actuelles de l’Union européenne ? Eh bien partez ! Allez voir ailleurs ! » Un argument pour organiser le chantage contre les peuples européens et particulièrement contre le peuple grec. La victoire de Syriza, c’est la victoire d’une force qui dit : « Non ! Nous voulons faire respecter la voix du peuple grec, comme une voix souveraine, dans l’Europe parce que nous voulons une solution dans la solidarité ». SI NOUS TROUVONS LES ÉTINCELLES POLITIQUES, LES CHOSES PEUVENT SE RETOURNER ASSEZ VITE DANS NOTRE PAYSLe problème de la dette grecque ne concerne pas que la Grèce. C’est un problème de l’Europe toute entière. C’est le problème de la toute puissance des marchés financiers sur la construction européenne. Pour lever cette chape de plomb, les Grecs ont besoin d’une réponse dans la solidarité. Et la voie qu’ils sont en train d’ouvrir est porteuse de changement pour l’Europe toute entière. Je crois que ce combat a pu paraître tellement difficile que certains ont été tentés par la voie de « la sortie ». Mais l’avenir s’oriente vers un combat qui fédère les forces de résistance pour changer les rapports de force internes. La victoire de Syriza change la donne politique. C’est pour cela que nous avions choisi Alexis Tsipras comme candidat commun à la présidence de la Commission européenne. Il fallait l’imposer comme un acteur majeur du débat politique européen, rendre crédible l’alternative de gauche en Europe que nous portons. Et nous sommes en train de marquer des points dans cette direction. C’est une très bonne nouvelle.

Face aux succès de Syriza, comment expliquez-vous la situation française, avec un FN qui caracole toujours en tête et un Front de gauche qui n’arrive pas à s’imposer ?
Nous avons des efforts à faire dans plusieurs directions. Nous devons mieux crédibiliser notre programme de sortie de crise et être probablement plus lisible et plus simple sur les solutions que nous proposons pour la France. Nous manquons aussi d’ambition unitaire et de rassemblement. Certains débats sur les alliances nous stérilisent alors que nous devrions afficher avec beaucoup de force nos ambitions unitaires. Enfin, je pense que nous avons besoin d’un travail de solidarité concret plus important auprès des populations qui sont victimes de la crise. Le sentiment d’abandon démocratique et politique est extrêmement fort dans les catégories populaires en France. Et nous avons du travail pour réparer cette situation. Quant au progrès du Front national, il est le résultat d’un jeu dangereux joué par les forces politiques dominantes. La responsabilité de la droite et de Nicolas Sarkozy est écrasante dans cette avancée parce qu’en libérant la parole de son électorat et en empruntant certaines thématiques, il a ouvert les vannes de la progression du FN. Du côté du Parti socialiste, ils ont joué avec le feu en croyant utiliser le FN comme un repoussoir. Mais aujourd’hui on s’aperçoit qu'à ce haut niveau, c’est un poison pour la vie politique nationale et nous avons, c'est vrai, un travail considérable pour changer la donne. Néanmoins, avec ce qui vient de se passer en Grèce et ce qui vient de se passer en France en réaction aux attentats contre Charlie Hebdo, cela montre bien ce que j’ai toujours pensé : des forces disponibles immenses existent. Si nous savons trouver les étincelles politiques qui viendront réveiller ce potentiel, les choses peuvent se retourner assez vite dans notre pays.

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Published by bruno fornaciari - dans ACTUALITES PCF
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 09:08

Le Premier Ministre de la France en s’adressant aux investisseurs chinois (fin janvier 2015), explique en substance qu’ils peuvent invertir en France et surtout qu’ils ne s'inquiètent pas car ils auront le droit de licencier (curieuse conception de l’investissement pour une politique de l’emploi qui conduit au droit de licencier) Pour ce qui concerne les droits des salariés il continu de les réduire, avec la poursuite des réformes du “marché du travail” et par la libération plus encore de l’économie. Il libère pour les investisseurs et réduit les droits et les libertés des salariés.
Si la coopération avec des investisseurs étrangers peut créer de nouveaux échanges sur la base d’un intéret commun, c’est a dire pour les peuples, ce ne peut être par la prise en compte des intérets exclusifs de la finances au détriment des peuples. Et pourtant c’est ce discours que tient Manuel Walls. Il s’éloigne de plus en plus d’une politique de gauche, par conséquent, il devient plus qu’urgent de stopper cette politique qui à déjà fait suffisament de dégats. Il faut impérativement imposer d’autres choix et celà passe sans attendre par le rassemblement et la lutte.

Quelques phrases du discours de Manuel Walls en Chine sont significatives de ses objectifs.

" La France est un pays attractif, un pays pro-entreprises, un pays pro-business, qui avance et se réforme".

“Ne craignez ni notre droit, ni notre droit social, ni la réalité française, au contraire, c'est un pays qui vous permettra de faire de très belles affaires.”

“ Mon gouvernement souhaite lever tous les obstacles pour permettre à tous les investisseurs chinois de venir.”

“Les réformes aujourd'hui sont en cours et vont se poursuivre notamment dans le domaine du marché du travail “

“ La mise en place d’un plan de réduction des dépenses publiques sans précédent , avec le choc majeur de compétitivité des entreprises » par « le pacte de responsabilité et le plan de simplification administrative ».

« Nous réformons le marché du travail et mettons plus de liberté dans notre économie “

" L’image selon laquelle nous ne réformons pas notre marché du travail, et qu’il est impossible de licencier en France, est fausse. La protection de l’emploi est plus élevée en Allemagne qu’en France » et les 35 heures ne sont « qu’une durée de référence ».

Jean-Pierre Heinen PCF St Ouen

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BRUNO FORNACIARI

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