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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 17:00

À l'intention d'Aurélie Filippetti

Le Point - Publié le 13/06/2013

Par PATRICK BESSON


Un jardin où quelqu'un est enterré s'appelle un cimetière. Au moulin de Saint-Arnoult, où ils ont passé tant de week-ends laborieux, Aragon et Elsa Triolet reposent. C'est une espèce de panthéon pour deux à ciel ouvert. Rostropovitch, mort lui aussi mais enterré ailleurs, leur joue du Bach toute la journée, comme s'il n'avait jamais quitté le mur de Berlin. Ça ne semble avoir frappé aucun de tous ces matérialistes dialectiques que les squelettes n'ont pas d'oreilles.

Aragon a légué la propriété à l'État français, car, d'une part, Elsa et lui n'avaient pas d'enfant et, d'autre part, c'est difficile de vendre, comme d'acheter, un domaine où est inhumé un grand poète français. En contrepartie, Louis demandait que la France fît du moulin un lieu de culture. Cette tâche, une association - le Centre de recherche Elsa Triolet-Aragon - l'assume entièrement : accueil des visiteurs, concerts, lectures, représentations théâtrales, expositions, librairie. Les chercheurs ont accès à la bibliothèque du couple, où j'ai trouvé mon deuxième roman - Je sais des histoires (1974) -, orné de la dédicace la plus bête du monde : "À Louis Aragon, en hommage de l'auteur". Ma seule excuse : je ne l'avais pas lu. Dans les années 70, les jeunes ne lisaient pas Aragon parce qu'il était vieux et communiste.

La subvention accordée à l'association n'a pas changé depuis 1998, alors que le nombre de visiteurs accueillis sur le site a quadruplé : 5 000 personnes en 1998, 20 000 en 2012 (dont 7 000 scolaires). La dotation de l'État a même, en 2012, diminué de 6 % (10 000 euros). Depuis 2002, l'association paie un loyer au ministère de l'Économie et des Finances. De 18 000 euros en 2011 il est passé à 28 000 euros en 2012, soit une hausse de 48,6 %, et devrait s'élever à 30 000 euros en 2013. Se doutaient-ils, Louis et Elsa, dans leur chambre d'hôtel de la rue Campagne-Première, qu'un jour ils logeraient dans le cimetière le plus cher d'Europe et peut-être du monde ? L'existence du moulin de Saint-Arnoult, qui a pourtant reçu en 2011 le label "Maison des illustres" attribué par le ministère de la Culture, est menacée. Ce sera bientôt maison à vendre des illustres.

Inquiète de cette situation dramatique, Edmonde Charles-Roux, présidente de l'association, a écrit une lettre à Aurélie Filippetti. La ministre ne lui a pas répondu et son cabinet n'a même pas accusé réception du courrier de la jurée Goncourt. Ce n'est pas malin, Aurélie. On est ministre quelques mois, mais on reste écrivain toute sa vie. Les mails de détresse envoyés par le moulin n'ont pas davantage attiré l'attention de Mme Filippetti. Le ministère de l'Économie et des Finances reste lui aussi muet. Un gouvernement de gauche aurait-il choisi d'abandonner à son sort funeste ce qui est désormais un des hauts lieux de l'histoire littéraire française ? Mitterrand avait décoré Aragon de la Légion d'honneur. Hollande se contentera-t-il d'un arrêté d'expulsion ?

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 04:42

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:20

Europe

« L’exception culturelle n’est pas négociable »

 

Quelle mouche pique donc la Commission européenne, qui remet sur le tapis la question de l’exception culturelle ? À Bruxelles, certains s’obstinent à considérer le cinéma comme une simple marchandise. Une monnaie d’échange avec les « partenaires » américains. Mais les cinéastes se rebiffent...

C’est dans un ciel déjà fort tourmenté que surgissait, le 12 février, l’annonce d’un nouveau cycle de négociations en vue de la création d’une zone de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis. Sitôt ces exigences dévoilées par Barack Obama, le président de la Commission ­européenne, José Manuel ­Barroso, s’était empressé d’y pourvoir. L’empire galactique n’a pas de frontières. Pourquoi en imposer aux nouveaux maîtres des « contenus culturels » que sont aujourd’hui les géants d’Internet ?

C’est ainsi que, le 13 mars, la Commission européenne, par la voix de l’un de ses ­commissaires chargé du Commerce, Karel De Gucht, adoptait un projet de mandat intégrant la culture, cinéma et audiovisuel inclus, aux transactions concernant les services. Ces derniers ­bénéficient, en principe, d’une dérogation aux règles du libre-échange, depuis les accords du Gats, il y a vingt ans. Cela n’a pas empêché de nouvelles offensives, toutes barrées par de forts mouvements de contestation. À leur terme, l’Europe avait ratifié la convention pour la protection et la promotion des expressions culturelles, votée en 2005 à l’Unesco par 148 pays et 2 voix contre – les États-Unis et Israël. Aussi importantes soient les avancées de ce texte, il ne l’emporte pas sur les dispositions de l’OMC. À ce jour, la Commission n’a d’ailleurs jamais accepté que l’exclusion des services audiovisuels soit inscrite explicitement dans son projet de mandat de négociations.

Dardenne, Loach, Campion...

Malgré l’extrême discrétion à l’œuvre ces derniers temps, destinée sans doute à épargner aux populations le souci d’enjeux qui les dépassent, la riposte ne s’est pas fait attendre. Une pétition, initiée par des réalisateurs de films, s’est couverte de signatures de cinéastes d’Europe et de terres plus lointaines, territoires de création dont certains existent à grand peine selon les latitudes. Apparaissent, à la suite des frères Luc et Jean-Pierre Dardenne, qui figurent parmi les premiers à avoir initié le mouvement, les noms de l’Autrichien Michael Haneke, des Anglais Ken Loach, Mike Leigh ou encore Stephen Frears, de la Néo-Zélandaise Jane ­Campion, de l’Italien Mario Bellocchio et de tant d’autres, dont nombre de cinéastes français. Il est vrai que, en France, les dispositifs de soutien et d’investissement dans le cinéma et l’audiovisuel affirment et confirment de longue date les bénéfices artistiques, culturels et sociaux que l’on peut en retirer. Chiffres à l’appui concernant les aspects économiques, à quoi s’ajoute tout ce qui n’a pas de prix d’intelligence humaine en partage.

créer une mobilisation

D’autres pays, singulièrement en Europe, se sont, à cet exemple, doté de divers moyens d’aide et de régulation, également menacés par la stratégie en cours. La ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti, et certains de ses homologues européens se sont vivement élevés contre la libéralisation du secteur de l’audiovisuel et du cinéma. Confronté à ce tollé, Karel De Gucht s’est vu contraint de proférer une curieuse assertion : « L’Europe ne négociera pas l’exception culturelle. » Pourquoi inclure dans des négociations ce que l’on prétend en soustraire ? De tels tours sur soi-même ramènent fatalement à la position de départ. Jeu de bonneteau propice à dissimuler toutes sortes de tactiques de procédures. L’adaptation de l’exception culturelle au numérique est une nécessité qui mérite réflexions et concertations. Au contraire, la ligne ultralibérale qui prévaut à la Commission européenne s’allie à la voracité financière, qui montre les dents.

L’audiovisuel représente le deuxième poste d’exportation des États-Unis, en même temps que ses marchés restent pour l’essentiel très fermés. Il faut donc trouver au plus vite des monnaies d’échange, au point d’entamer des négociations sans mandat. Les Coréens du Sud, gros producteurs de films, ont déjà eu l’amère expérience de ce type d’accord : conclu en décembre 2010, ce dernier a eu comme conséquence une diminution de 25 % de la production de films nationaux en Corée, au profit des films américains. Seule une mobilisation de grande ampleur pourrait permettre d’obtenir l’exclusion explicite de l’exception culturelle dans le mandat que la Commission doit soumettre à l’approbation des États membres de l’Union européenne. Et, si nécessaire, l’usage du droit de veto qu’autorise le traité européen.

Le Front de Gauche Propose  « À rebours des traités actuels, les principes de financement 
public de la culture doivent devenir des axes fondamentaux de 
la construction européenne : il ne sera pas possible de contester 
aux États leurs choix d’investissement et de soutien à la culture, 
de quelque manière que ce soit ; il faudra agir pour une remise en cause de la directive “services” et en particulier par l’exclusion des services culturels de son champ d’application. » Extrait de Quelle humanité voulons-nous être ? Un projet pour l’art, la culture et l’information. Éditions Front de gauche/Bruno Leprince. 3 euros.

Dominique Widemann

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 22:05
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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 22:22

Pour la première fois en France, une exposition exceptionnelle rend hommage au célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, à travers l’histoire de la construction de la ville de Brasilia, son oeuvre maîtresse. 

Elle se tiendra du 26 avril au 30 juin au siège du Parti Communiste Français à Paris, lieu historique construit et entièrement aménagé par Oscar Niemeyer.

 

Du 26 avril au 30 juin au siège du PCF

Du lundi au samedi, de 8h à 18h

Ouvertures exceptionnelles les dimanches 28 avril et 2 juin

Toutes les infos sur www.brasilia50.info/

--

Le siège du Parti Communiste Français accueille une exposition exceptionnelle intitulée Brasilia, un demi-siècle de la capitale du Brésil, retraçant la construction et l’histoire de cette cité utopique et futuriste, depuis la grande plaine désertique et inhabitée du Planalto Central à son inauguration en 1960 puis à son inscription au Patrimoine de l’humanité en 1987. Chef-d’oeuvre de l’architecte Oscar Niemeyer et de l’urbaniste Lucio Costa. Brasilia représente l’un des événements architecturaux majeurs du 20ème siècle.

À travers un ensemble de documents inédits, objets rares, photographies historiques et maquettes, l’exposition témoigne de la pensée moderniste de ses bâtisseurs tout en leur rendant hommage.

Le siège du Parti Communiste Français a lui-même été construit par Oscar Niemeyer, entre 1966 et 1971, véritablement achevé en 1980, et classé monument historique en 2007.

Cette exposition a été conçue et produite par la structure brésilienne Artetude Cultural dans le cadre des commémorations du cinquantenaire de la capitale, fêté en 2010. Après avoir eu lieu dans différents pays (Espagne, Portugal, Argentine, Chili, Brésil, Inde) et rencontré un grand succès (plus de 150 000 visiteurs), elle est aujourd’hui présentée pour la première fois en France. Les différentes pièces sont réparties en six pôles, au sein de l’espace Niemeyer (rez-de-chaussée du bâtiment).

 

Du 26 avril au 30 juin au Siège du PCF – Espace Niemeyer – 2, place du Colonel Fabien – 75019 Paris

 
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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 22:18
ARTICLE D'ÉDITION
Édition : La Revue du Projet

Le PCF et la culture: après Argenteuil, des années fécondes (par Claude Gindin*)



 

 

Dans les trente années qui suivent le Comité central d'Argenteuil (1966), le Parti Communiste Français réaffirme une conception globale de la culture, qui doit être portée dans le combat politique.

 

Sur la culture, on fait dire beaucoup de choses, parfois même vraies, au comité central du Pcf réuni à Argenteuil en mars 1966. Les trois décennies suivantes aussi pourraient être mieux connues. Parlait-on de la culture produite et acquise par les sociétés humaines au cours de l’histoire ou de la culture dont disposent des individus – l’une n’allant pas sans l’autre, mais l’une n’étant pas l’autre – il s’agissait toujours de porter une conception de la culture dans le combat politique, non d’affirmer l’importance de la culture pour celui-ci. Le propos s’adressait à toute la société. Il était de rassembler contre l’adversaire de classe avec des idées, des propositions, des revendications. Pas de convaincre les siens du rôle de la culture pour l’efficacité de leur combat. Non que celui-ci fût sous-estimé : les programmes des écoles centrales puis nationales du Pcf témoignent du contraire.

Le but n’était pas non plus de conquérir une hégémonie culturelle, c’est-à-dire en fait idéologique, sur la société. N’idéalisons pas ces temps qui furent aussi pour le Pcf ceux d’une impasse stratégique. On se bornera ici à quelques idées dont il n’est pas indispensable de se priver, notre article de La Pensée « Culture : affirmations d’une conception » (n° 340, oct.-déc. 2004) donnant d’autres développements.

Création artistique et littéraire et création scientifique

« La culture, c’est le trésor accumulé des créations humaines. Et la création artistique et littéraire est aussi précieuse que la création scientifique, dont elle ouvre parfois les voies. […] L’héritage culturel se fait chaque jour, il a toujours été créé au présent, c’est le présent qui devient le passé, c’est-à-dire l’héritage. C’est pourquoi l’on ne saurait limiter à aucun moment le droit qu’ont les créateurs à la recherche. » On doit ces phrases à Aragon, dans la partie de la résolution du comité central d’Argenteuil qu’il a rédigée. Cette résolution n’était cependant pas sans contradiction, avec un domaine réservé au sein de la culture, la « théorie marxiste » dont il est dit que « la responsabilité de la théorie incombe aux partis marxistes-léninistes, qui représentent la classe ouvrière, dirigent ses luttes et incarnent son expérience. » Sans que soient certes vraiment clarifiés les rapports du PCF aux élaborations théoriques, la contradiction est levée dans un discours où Georges Marchais déclare le 27 novembre 1979 que « la théorie n’est pas la propriété des communistes. » Argenteuil n’a ainsi pas été suivi d’un surplace. Sa conception globale de la culture a ensuite été réaffirmée par tous les responsables de ce domaine dans les trente ans qui ont suivi : Roland Leroy, Jacques Chambaz, Guy Hermier, Antoine Casanova.

Chacun à sa manière, tous ont combattu la segmentation de la culture ou sa réduction à l’une de ses composantes. De là, en rapport avec la place nouvelle des ingénieurs et techniciens dans la société, un débat avec d’autres responsables communistes qui reprenaient à leur compte la notion de « culture scientifique et technique ». Ceci sur un fond d’accord pour s’opposer à la sous-estimation des composantes scientifiques et techniques de la culture. Comme le dit alors Jean-Pierre Kahane : « chaque individu ou groupe social a besoin d’un système de repères pour se retrouver dans un monde en pleine évolution, ce qui suppose des repères tout à la fois fiables et mobiles, des repères qui épousent le mouvement des connaissances » ; « on ne trouvera les repères convenables pour maîtriser notre époque, qu’en restant au niveau des connaissances scientifiques et techniques » ; « il ne s’agit pas de tout savoir, mais d’épouser les grands mouvements ; être capable avec ces repères, de porter un regard critique sur l’évolution du repère lui-même ». (Révolution, n° 268, avril 1985)

Quant à ce qu’un individu peut approcher, connaître, faire fructifier du patrimoine existant, de sa culture personnelle donc, les inégalités sont profondes, profondément enracinées et âprement défendues. Pour le PCF, le peuple, chacun dans le peuple, a droit au meilleur. « Le problème, dit Roland Leroy en novembre 1968, n’est pas de fabriquer un ersatz de culture à la portée de la classe ouvrière, mais de faire disparaître les obstacles sociaux qui freinent l’accès de la classe ouvrière à la culture contemporaine. » (R. Leroy, La culture au présent, 1972). La question, très vive en 1968, ne s’est pas éteinte après. Notamment concernant celles des avancées de la connaissance et des créations artistiques qui ouvrent, par leur existence même, sur une nouvelle perception possible du monde. Celles que Jacques Chambaz qualifie de « grandes percées qui organisent les questions et qui entrent en résonance pour dessiner le paysage culturel et intellectuel d’une époque. » (J. Chambaz, La patience de l’utopie, 1992).

Culture et hominisation

Cette vision cultivée de la culture saisit plus explicitement au fil des ans la culture comme constitutive du processus historique venant de loin et toujours inachevé d’hominisation : « la culture, comprise comme l’ensemble des démarches par lesquelles l’humanité s’autoconstruit » écrit Jacques Chambaz dans le même livre (p. 188). Elle aide à asseoir en raison l’importance reconnue au sensible et à l’imaginaire car, écrit dans un article au titre significatif, « Culture, histoire humaine », Antoine Casanova à propos des œuvres artistiques, celles-ci ont « une immense et subtile capacité de résonances symboliques directes et indirectes, conscientes et inconscientes, qui sont tout à la fois historiquement situables et historiquement mouvantes et inépuisables. […] L’accès à ces œuvres et aux pratiques qui s’y rattachent est ainsi source d’irremplaçables possibilités dans l’exercice de toutes les formes d’activité de mémoire et de pensée comme dans la perception la plus fine des multiples relations entre les différents niveaux du réel. L’appropriation des dimensions esthétiques de la culture constitue ainsi une richesse dont l’absence est mutilante pour les citoyens. » (La Pensée, n° 310, avril-juin 1997).

Dans les vingt dernières années du siècle, la révolution technologique dans la production, la reproduction, la transformation, le transport, la distribution des images, des textes et des sons a ouvert, avec la numérisation, des possibilités inédites à la création des œuvres et à leur diffusion. En même temps, elle a levé des barrières à la pénétration dans de nombreux domaines de la logique marchande capitaliste. Le PCF est particulièrement attentif, écrit en 1986 Lucien Marest qui a joué un grand rôle dans toute cette période, au fait que les critères de gestion du capital « portent en eux la tendance à l’uniformisation des produits rentables, donc à la normalisation des cultures sur un modèle unique. Or, il n’y a pas de culture universelle sans diversité de ses sources » (« La culture ”made in Lang“ », La Pensée, n° 249, janv.-fév. 1986)

Argenteuil fut à la fois un point d’arrivée et un point de départ. Les problèmes auxquels le PCF s’est trouvé confronté se sont transformés et lui-même s’est lesté d’une appréhension plus informée de la nature des outillages objectifs et subjectifs dont l’humanité s’est dotée et se dote. On peut le mesurer dans la synthèse proposée par Antoine Casanova à la fin de la période (même article de 1997) : « La culture […] est ainsi constituée par tout ce qui contribue à faire d’un sujet humain un être social, pleinement développé. La formation et l’enseignement, l’activité productrice et les qualifications, la connaissance scientifique et technologique, la pratique de toutes les formes d’expression artistique, l’exercice de la démocratie (de l’entreprise à la cité, la région, la nation) constituent autant de moyens et d’outillages matériels et symboliques pour élargir les capacités humaines, donc autant de moyens de culture. »  

*Claude Gindin est professeur agrégé d’histoire.

La Revue du projet, n° 23, janvier 2013

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 05:35

 

CULTURE -  le 7 Mai 2013

Cinéma

En ce temps-là, la classe ouvrière allait au Paradis

 

 

Un documentaire de Ken Loach, c’est une profession de foi, un engagement, un plaidoyer. 
Le militant 
se penche sur le passé de la Grande-Bretagne. L’Esprit de 45, en salle ce mercredi.

S’il est un réalisateur, parmi les célèbres, demeuré fidèle à des convictions progressistes, dont on ne l’a jamais vu se départir, c’est bien Ken Loach. Le voici qui persiste et signe avec ce documentaire. La thèse en est qu’il y a bien un moment où la classe ouvrière d’outre-Manche a tenu une place prépondérante dans l’histoire du pays, à savoir à la Libération, période dont il serait bon de retrouver aujourd’hui les valeurs. Un exposé ayant ­valeur de cours magistral nous rappelle le rôle tenu alors par la Grande-Bretagne, seule parmi les grandes puissances occidentales à n’avoir pas été mise à genoux par les bombardements nazis, d’où une expansion industrielle phénoménale, conséquence des besoins considérables des marchés. De même que la société britannique avait trouvé son unité pendant la guerre, elle la prolonge pendant la paix avec le vote qui porte les travaillistes au pouvoir, au grand dam de Churchill, dans un raz-de-marée sans précédent. Ce qui naît alors est le sujet de ce film qui ignore ce qui a pu se dérouler précédemment, soit depuis la naissance du ­Labour, aux premiers jours du XXe siècle.

Un brillant travail de documentation

Le point de vue est clair, la méthode de travail tout autant. Elle consiste à aller dans les archives avec méticulosité pour en sortir tous les plans utiles à la démonstration et, parallèlement, à interviewer des ­témoins de la période racontant ce que fut leur vie, le tout en noir et blanc (à l’exception de la dernière séquence), dans un souci d’harmonie. Le résultat est magnifique, digne d’un artiste en ce qu’on y trouve cette touche sensible qui distingue le créateur de l’historien ou du journaliste. Et quel travail de documentation ! Chacun connaît des images de ­Churchill fumant ses gros cigares, tout en assénant ses vérités souveraines. Ici, par exemple, on pourra découvrir des plans de l’homme en pleine campagne électorale renonçant à parler sous les huées populaires. De surcroît, il s’agit en vérité d’un film d’auteur fidèle à sa manière. Ce que l’on voit ici, autre exemple, de la nationalisation des chemins de fer et de l’arrêt de la gabegie, qui était due à la concurrence des réseaux privés, rejoint précisément ce que Ken Loach avait pu traiter déjà par la fiction, en l’occurrence dans The Navigators.

Convoquer un socialisme authentique

De même avec l’emploi ou le logement. Concrétisation d’une utopie, mais qui n’aura qu’un temps. ­Margaret ­Thatcher, ­arrivée au pouvoir, s’empressera de défaire tout ce qui avait été édifié sans que le parti, qui n’a cessé de se social-démocratiser, s’en émeuve outre mesure, lui-même converti aux nécessités du marché. C’est donc bien cet esprit que convoque le titre, que le réalisateur intime de retrouver, celui d’un socialisme authentique qui mette l’homme, non le profit, au poste de commandement.

L’Esprit de 45, de Ken Loach. Grande-Bretagne, 1 h 34.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 06:14

Affiche du film "Le grand retournement" © Radio France - 2013 / Solaris

Gérard Mordillat présente "Le grand Retournement" (en salles el 23 janvier) avec Thibault de Montalemebert, François Morel & Edouard Baer...

C’est la crise, la bourse dégringole, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l’économie se meurt… Pour sauver leurs mises les banquiers font appel à l’État. L’État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres pauvres. Adapté de la pièce de Frédéric Lordon cette histoire d’aujourd’hui se raconte en alexandrins classiques. C’est tragique comme du Racine, comique comme du Molière…

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 11:10

Un film à soutenir et faire connaître : Le grand retournement de Gérard Mordillat

J'ai eu la chance de voir en avant première, grâce à l'université populaire du Théâtre Toursky à Marseille (que dirige l'infatigable Richard Martin), le film de Gérard Mordillat "Le grand retournement". Il sortira, je crois, mercredi prochain.

Sur la base d'une pièce écrite par Frédéric Lordon, économiste atterré, il est remarquable à plusieurs titres :

- son but est de faire réfléchir sur la crise financière et ses enjeux sociaux et moraux

- des acteurs confirmés (de Jacques Weber à Edouard Baer en passant par Patrick Mille et tant d'autres) ont accepté de participer en recevant le minimum syndical, soit environ 380 euros par jour : ceci témoigne autant de leur adhésion au projet artistique qu'aux thèses soutenues

- le projet artistique : un texte moderne ET entièrement en alexandrins, un décor plus que sobre (une usine désaffectée) - tout ce "décalage"  permet au spectateur lambda d'entendre (dans tous les sens du terme) les propos de l'auteur et du réalisateur, en se disant qu'en fin de compte l'économie ce n'est pas si compliqué, quoi qu'en disent les "experts" qui ne veulent pas que le vulgus pecum comprenne...

Cela me renvoie à la BD de Paul Jorion et Grégory Maklès, "La survie de l'espèce".

Il est grand temps que les media donnent la parole à des gens sortant du prêt-à-penser industriel que l'on nous sert quotidiennement en guise de soupe populaire.

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 08:13

Les acteurs français sont trop payés!

LE MONDE | 28.12.2012 à 15h45 • Mis à jour le 28.12.2012 à 20h37Par Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch
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Gérard Depardieu, le 1er octobre 2012 à Berlin.

 

L'année du cinéma français est un désastre. Pendant que Gérard Depardieu fait l'actualité et que les ministres rivalisent d'esprit pour en faire le scandale du moment et dénoncer son exil fiscal à 2 kilomètres de la frontière d'un pays dont il ne se sent "plus faire partie", personne ne parle du cinéma français. Or tous les films français de 2012 dits importants se sont "plantés", perdant des millions d'euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc.

Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l'argent.

EXCEPTION CULTURELLE

Constat unanime : les films sont trop chers. Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d'euros, alors que le coût moyen d'un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d'euros. Ce coût moyen ne baisse jamais, alors qu'il y a toujours plus de films produits, que le marché de la salle stagne, que la vidéo s'écroule et que les audiences du cinéma à la télévision sont en perpétuel déclin face à la télé-réalité et aux séries.

Mais alors, pourquoi s'émouvoir ainsi sur le cas Depardieu ? Pourquoi ce déchaînement médiatique et politique ? Sans doute parce qu'il y a là un vrai scandale d'ordre plus général. On le sait, l'époque aime les cas particuliers. Mais le scandale qui nous intéresse les dépasse largement. Il est d'ordre systémique. On peut s'étonner de voir nos ministres s'en laver les mains.

Pourquoi si peu de voix s'en saisissent-elles dans le milieu du cinéma ? Parce qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil ? Que Delon, Hallyday et autres agissent de même depuis longtemps ? Dany Boon, par exemple, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient des sommes qui laissent un Gérard Depardieu sur le carreau, ratatiné. 3, 5 millions d'euros pour Le Plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire ! Un million pour quelques minutes dans Astérix, film qui fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l'écran...

MIRACLE DU SYSTÈME DE FINANCEMENT

Malgré ses récents échecs, grâce au miracle du système de financement du cinéma français, Dany Boon s'apprête aujourd'hui à attaquer son nouveau film,Hypercondriaque, pour lequel on parle d'une somme proche de 10 millions d'euros. Ce texte ne se transformera pas en lettre de dénonciation, je ne nommerai que ceux qui ont fait leur coming out fiscal. Mais ils sont nombreux, qui se disent à gauche, dénoncent les injustices, mais au fond n'en voient qu'une seule : leur niveau d'imposition.

Mais pourquoi, au fond, les acteurs seraient-ils pires que les sportifs ? Parce que leur carrière est potentiellement plus longue ? Non, le seul scandale, le voilà : les acteurs français sont riches de l'argent public et du système qui protège l'exception culturelle. A part une vingtaine d'acteurs aux Etats-Unis et un ou deux en Chine, le salaire de nos stars, et encore plus le salaire de nos moins stars, constitue la vraie exception culturelle aujourd'hui.

Pourquoi est-ce qu'un acteur français de renom, qu'il se nomme Vincent Cassel,Jean RenoMarion CotillardGad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français - au marché limité à nos frontières - des cachets allant de 500 000 à 2 millions d'euros, alors que, dès qu'il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50 000 à 200 000 euros ? Pourquoi, par exemple, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d'euros de recettes monde) pour 226 000 euros et dans Mesrine (22,6 millions d'euros de recettes monde) pour 1,5 million d'euros ? Dix fois moins de recettes, cinq fois plus de salaire, telle est l'économie du cinéma français.

Savez-vous que Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n'importe lequel des films dans lesquels il a joué ? Que Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenixdans le prochain James Gray ? Que Philippe Lioret touche deux fois plus queSteven Soderbergh et sept fois plus que James Gray ou Darren Aronofsky ? Pourquoi s'en priveraient-ils ?

Et pourquoi Depardieu est-il le salaud ? Lui qui fait Mammuth gratuitement pourpermettre au film d'exister et propose de faire la même chose pour DSK de Ferrara. Pourquoi Vincent Cassel, qui met son argent et son énergie au service de jeunes talents comme Kim Chapiron ou Romain Gavras, serait-il plus coupable que le système ?

DES ÉCHECS ÉCONOMIQUES

L'explication, jamais le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) ni la ministre ne l'ont fournie : la subvention directe dont jouit le cinéma français (chaînes publiques, avances sur recettes, aides régionales), mais surtout la subvention indirecte (l'obligation d'investissement des chaînes privées). Voilà pourquoi tous les échecs de 2012 mentionnés ci-dessus n'ont guère ému la profession, et que ceux-ci n'ont pas suscité d'articles de fond. Et pourtant, rendez-vous compte ! Sur le top 10 des films d'une économie qui en concerne 220, un seul est rentable !

Il est vrai, les scores de ces films ne sont pas honteux : 6 millions d'entrées pour le Marsupilami, 4 millions pour Astérix ou La Vérité si je mens, 3 millions pour Les Seigneurs, 2 millions pour Stars 80, 1 million pour Populaire... Ils sont même bons dans l'absolu, et il est probable que le niveau d'entrées 2012 ne va guère baisserpar rapport à 2011, la fameuse année d'Intouchables. Mais ce sont tous des échecs économiques parce qu'ils coûtent beaucoup trop cher.

Astérix, à 60 millions d'euros, a le même budget qu'un film de Tim Burton. Voilà qui laisse rêveur... Stars 80 plus cher que The Hangover ou Ted. Ça laisse pantois... Et tout autant Populaire, plus cher que Black Swan ou Le Discours d'un roi ! La responsabilité de cette situation n'est pas à chercher, hélas ! dans une supposée incompétence de nos producteurs, mais dans ce que les Américains appellent le"above the line " ("la surévaluation"), les cachets qui font de nos talents, inconnus au-delà de nos frontières, les mieux payés du monde.

Mais à quoi servent de tels cachets si les résultats ne se matérialisent pas en recettes économiques ? En réalité, ils permettent d'obtenir le financement des télévisions. Black Swan se finance sur le marché. Il n'y a dans son financement aucune obligation, aucune subvention, l'acteur est donc payé pour ce qu'il vaut, 226 000 euros. Mesrine, en revanche, a besoin de ce financement pour exister, ce qui explique que l'acteur se retrouve avec un pouvoir de vie ou de mort sur le projet, et ce en fonction de sa valeur télé. Il réclame donc sa part du gâteau. Lui sera payé entre 1 et 1,5 million d'euros. Qui peut l'en blâmer ? Cela devrait vouloirdire qu'il touche là le fruit de sa notoriété sur le marché télévisuel. Sauf que le cinéma enregistre des contre-performances à la télévision. Sans les obligations légales issues de notre système public de financement, il y a bien longtemps que "Les Experts" et la "Star Ac" auraient réduit à néant les cases "Cinéma" des chaînes de télévision.

JETÉ À LA VINDICTE PUBLIQUE

Est-ce à l'individu qu'il revient de "réguler" le système sous peine d'être jeté à la vindicte publique comme Gérard Depardieu ou est-ce au CNC et à son ministère de tutelle de le faire ? A l'heure où François Hollande veut que les patrons des grandes entreprises publiques limitent leurs salaires, laissera-t-on les "hauts salaires" du cinéma gagner plus qu'ils ne valent, et ce grâce à de l'argent public, à un système unique, exceptionnel de financement ? Est-il normal qu'un Daniel Auteuil, dont les quatre derniers films représentent des échecs financiers de taille, continue à toucher des cachets de 1,5 million d'euros sur des films coproduits par France Télévisions ?

Le fameux système d'aide du cinéma français ne profite qu'à une minorité de parvenus. Mais jamais cela ne provoquera un scandale aussi retentissant que l'exil fiscal de Gérard Depardieu. Les miettes que laisse ce système réduisent en effet au silence ceux dont le rôle serait de pousser l'analyse.

Une idée simple : limitons à 400 000 euros par acteur - et peut-être un peu plus pour un réalisateur -, assorti d'un intéressement obligatoire sur le succès du film, le montant des cachets qui qualifient un film dans les obligations légales d'investissement des chaînes de télévision. Qu'on laisse à Dany Boon un cachet de 10 millions d'euros, si telle est véritablement sa valeur marchande. Mais alors que ce soit en dehors de ces obligations. Et redonnons ainsi à notre système unique et envié sa vertu en éliminant ses vices.

Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch

Le catalogue de Vincent Maraval

 

Wild Bunch, créée en 2002, détient un catalogue de plus de 1 700 films. Plusieurs films distribuésou vendus par Wild Bunch ont reçu des distinctions : "The Artist", de Michel Hazanavicius (Oscars, 2012),"La Part des anges", de Ken Loach, (Festival de Cannes, 2012),"Mr Nobody", de Jaco Van Dormael (Mostra de Venise, 2009), "La Saveurde la pastèque", de Tsai Ming-liang (Berlinale, 2005)

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