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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 05:17

Le groupe Front de gauche à l'Assemblée veut rassembler frondeurs et écolos autour d'une motion de censure

Mardi 10 Mai 2016 à 16:45

Bruno Rieth

Ce mardi 10 mai à l'Assemblée nationale, après l'annonce par Manuel Valls de l'utilisation du 49-3 pour faire passer la loi Travail, André Chassaigne, patron des députés Front de gauche, s'est livré à une lourde charge contre le gouvernement accusé d"'user d'un triple coup de force" avec l'usage de "la procédure la plus anti-démocratique de notre Constitution". Il a par la suite réuni une douzaine de députés frondeurs et écolos pour tenter d'élaborer ensemble une motion de censure.

André Chassaigne veut réunir frondeurs et écolos pour déposer une motion de censure contre le gouvernement - CHAMUSSY/SIPA

Atmosphère tendue à l'Assemblée nationale. Après l'annonce de Manuel Valls de l'utilisation du 49-3 sur le projet de réforme du code du travail, le premier à prendre la parole est André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l'Assemblée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'élu communiste est passablement énervé. Face à ses collègues parlementaires, il se livre alors à une charge sans concession contre le Premier ministre :

"Monsieur le Premier ministre, vous venez d'annoncer le recours à la procédure la plus anti-démocratique de notre Constitution, l'article 49-3, pour empêcher la représentation nationale de débattre et de voter contre le projet de loi Travail. C'est là, la manifestation de l'impuissance d'un gouvernement replié sur lui-même pour ne pas dire aux abois qui, à défaut d'une majorité, préfère user d'un triple coup de force.

Coup de force contre le monde du travail qui signe une régression historique du droit du travail par la remise en cause des droits des salariés. Qui aurait pu imaginer qu'un gouvernement se réclamant de la gauche, ose ainsi anéantir notre modèle social, fierté de notre pays ? Qui aurait pu imaginer qu'un gouvernement se réclamant de la gauche balaye ainsi, d'un revers de main, le principe de faveur, grande conquête du Front populaire ? Coup de force aussi, sept Français sur dix rejettent cette réforme qui porte atteinte aux plus fragiles (…) Ils sont autant à refuser le recours au 49-3 témoignant ainsi de leur attachement au débat démocratique.

Coup de force enfin contre la représentation nationale privée de son rôle de législateur. Cette représentation nationale humiliée hier, par cette parodie de débat législatif sans vote. Cette représentation nationale qui vient de recevoir le coup de grâce. La manœuvre est grossière et elle est symptomatique d'un exécutif à la dérive. Elle vise simplement à empêcher le Parlement majoritairement contre ce texte de s'y opposer. Monsieur le Premier ministre, les députés du Front de gauche et bien au-delà, vous demandent solennellement de renouer avec les valeurs de la gauche et d'écouter les voix du peuple."

Il a par la suite rassemblé des députés socialistes frondeurs, des écologistes et des élus du Front de gauche pour "tenter d'élaborer" ensemble "une motion de censure de gauche" dans le but de faire tomber le gouvernement. Il faut réunir 58 députés pour établir une telle motion de censure et la soumettre au vote de l'Assemblée nationale. Selon nos informations, une douzaine d'écolos et de frondeurs étaient présents à cette réunion. [Plus d'informations à venir...]

De son côté Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré à la présidentielle de 2017, a appelé les députés de gauche à voter une motion de censure. D'où qu'elle vienne...

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 17:36

Fernand Grenier, ce communiste qui a permis le droit de vote des femmes !

Article de Nord Éclair du 21.04.2014

Il y a 70 ans, le Général de Gaulle signait l’ordonnance pour le droit de vote aux femmes. Mais que l’on doit en fait à Fernand Grenier, un Tourquennois.

Dans un vibrant hommage au grand leader socialiste Si l’ordonnance donnant le droit de vote aux femmes a été prise il y a 70 ans jour pour jour par le Général de Gaulle, cette avancée, on la doit à un Tourquennois. Fernand Grenier rédigera l’amendement, un mois plus tôt, lors de l’assemblée constituante provisoire, installée à Alger : « Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Un texte sans ambiguïté mais qui suscita le débat. Un amendement adopté par 51 voix sur 67 votants.

Dans un vibrant hommage au grand leader socialiste En janvier 1943 pourtant, lorsque se constitue l’assemblée consultative provisoire, « les débats sur l’organisation des pouvoirs publics ne prévoyaient pas le vote des femmes », relate Fernand Grenier dans un article de L’Humanité (18/04/1991). En 1943, le Tourquennois, au nom du parti communiste rejoint à Londres le Général de Gaulle. « C’est ainsi que je fus amené à poser la question du vote des femmes pour la première fois quand le Général de Gaulle me proposa de faire partie d’une commission de réforme de l’État, écrit-il encore. Je pensais qu’il serait injuste de continuer à considérer les femmes comme incapables de se servir du bulletin de vote ».

Dans un vibrant hommage au grand leader socialiste Mais comment ce Tourquennois a-t-il gravi les échelons ? Pour le comprendre, il faut remonter à la jeunesse de Fernand Grenier. Et cette figure du père qui va le marquer profondément. Édouard Grenier, marié à Léontine Ghesquière, tous deux belges, va donner naissance à Fernand le 9 juillet 1901. « Mon père arrivé illettré de sa Wallonie, va apprendre à lire et écrire par les cours du soir », raconte Fernand Grenier dans Ce Bonheur là.* Un père livreur, militant socialiste, organisateur du syndicat des transports de Tourcoing. En raison de son action syndicale, il sera licencié plusieurs fois.

C’est durant cette période que Fernand découvre l’univers socialiste : les lectures du père, l’achat du pain à la coopérative La solidarité ouvrière, les dimanches à la maison du peuple, siège du parti ouvrier, alors qu’il n’a que 11 ans. Cette figure paternelle va disparaître en 1917. Arrêté par les Allemands, il décédera dans une compagnie disciplinaire des travailleurs. « C’est une épreuve qui devait marquer ma jeunesse, j’avais 16 ans ». Et il était orphelin. Fernand Grenier avait perdu sa mère alors qu’il n’avait que 9 ans. « J’étais fier de mon père. À chaque événement marquant de ma propre vie de militant, le souvenir de mon père s’imposera », écrit Fernand Grenier.

Apprenti mouleur à la fonderie, apprenti boulanger où il sera licencié car syndiqué, Fernand est ensuite embauché comme aide comptable à l’école des Mutilés de Tourcoing. Il habite alors Neuville – où il épousera en 1926 Andréa Beulque – et, en février 1922, adhère à la section communiste. « J’avais sans m’en rendre compte découvert le chemin de la vie : la joie de servir le peuple auquel on appartient ».

Après le service militaire, Fernand Grenier intégrera l’école centrale du Parti et en sortira instructeur pour le Roubaisis et le Valenciennois. Élu au comité exécutif régional en 1925, Fernand sera dépêché à Halluin, comme employé de mairie pour « aider la municipalité communiste contre laquelle le puissant patronat de Roubaix Tourcoing concentrait tous ses moyens ».

Au début des années 30, Fernand Grenier est appelé à Paris, non sans hésitation. « À Neuville, en adhérant au parti, j’avais commencé à ouvrir les yeux aux réalités sociales. L’âpreté de la lutte sociale contre la bourgeoisie, Halluin me l’avait apporté », raconte-t-il.

Président des amis de l’URSS, Fernand Grenier bataillera à Saint-Denis où il sera élu conseiller municipal en 1937, puis en deviendra le député jusqu’en 1968. « C’était quelqu’un de très attaché à sa région, raconte Claudie Gillot-Dumoutier, fille d’Auguste Gillot, ancien maire de Saint-Denis. Il chantait tout le temps Le P’tit Quinquin ».

Arrêté en 1940, il s’évadera de Châteaubriant. En1943, il partira à Londres représenter le parti communiste clandestin auprès du Général de Gaulle. Il décédera en 1992 à Saint-Denis.

Ce bonheur Là, de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous », Fernand Grenier, Éditions sociales, 1974

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 14:08
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 17:19

ONU, lutte contre la glorification du nazisme : USA, Canada et Ukraine votent contre, l’UE s’abstient

Brève de Yéti

Manifestation néonazie en Ukraine occidentale

21 novembre 2014, la 3e Commission de l’Assemblée générale de l’ONU vote larésolution L56, présentée par le Brésil et la Russie, visant à « lutter contre la glorification du nazisme, du néonazisme et toutes autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ».

La résolution est adoptée à la majorité, mais le détail des votes se passe de commentaires :

  • POUR : 115 (dont tous les pays membres des BRICS)
  • CONTRE : 3 (USA, Canada, Ukraine)
  • ABSTENTION : 55 (dont tous les pays membres de l’UE, France et Allemagne comprises)

NB : à ce jour, aucune dépêche AFP pour relayer cette information.

Cliquez sur l’image pour voir les détails du vote

(source : les-crises.fr)

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 16:18
Compte-rendu de la session du Parlement européen du 15 au 18 décembre 2014

Posté le 29 décembre 2014

Parmi les enjeux discutés : La liberté de la presse en Turquie, le fonds d’ajustement à la mondialisation pour Air France, la reconnaissance de l’Etat Palestinien.

Le Parlement européen s’est réuni en session du 15 au 18 décembre à Strasbourg.

Je vous fais ici un résumé des éléments qui ont été discutés et votés lors de cette session.

Lundi 15 décembre. J’ai demandé une modification de l’ordre du jour pour y inscrire les attaques du pouvoir turc contre les journalistes.

A la nouvelle des opérations de la justice turque dimanche 14 décembre contre des journalistes, j’ai aussitôt demandé une modification de l’ordre du jour de la session pour que le sujet soit débattu et que nous envoyons un signal fort aux autorités turques.

Les pressions contre les journalistes en Turquie ne cessent de se renforcer par des modifications du code de procédure pénal. La révision législative du vendredi 12 décembre, promulguée par le Président Erdogan n’a eu pour seul but que d’intimider et de pourchasser 24 journalistes, présentateurs ou directeurs de médias dans 13 villes différentes.

Je suis donc intervenu en ouverture de séance pour l’ajout de ce débat. Voici mon intervention:

« Monsieur le Président, je voudrais tout d’abord vous remercier pour les propos que vous avez tenus en ouverture de séance à propos de la liberté de la presse en Turquie: c’est un acte extrêmement important de la part du représentant de notre institution que vous êtes.

Secondement, ce qui s’est passé hier en Turquie est proprement inadmissible puisque, dans treize villes, des journalistes ont été arrêtés. Désormais, des menaces pèsent – d’ici Noël, selon les informations dont je dispose – sur 150 journalistes en Turquie, dont les principaux journalistes de télévision et de radio ainsi que du plus grand quotidien national.

Par conséquent, il convient que nous adoptions soit une résolution, soit une déclaration de la haute représentante pour arrêter cela le plus rapidement possible. »

Ayant obtenu ce débat je suis alors intervenu lors de celui-ci le mercredi 17 décembre. Voici mon intervention:

« Ce qui s’est passé en Turquie dimanche dernier s’apparente à ce qu’il faut bien appeler une rafle méticuleusement préparée contre des journalistes indépendants et écoutés du grand public. Dans treize villes du pays des journalistes, des directeurs de publications, un président de télévision ont été arrêtés. Leur seul tort est d’enquêter sur la politique du régime, de dire la vérité sur les systèmes de corruption.

Et voici que selon certaines informations cent cinquante journalistes sont menacés d’être arrêtés d’ici la fin de l’année.

Les autorités Européennes doivent être très fermes contre ces atteintes grave à la liberté de l’information et la liberté d’être informé.

Il n’y a pas de démocratie sans elle ! Et Monsieur le ministre, représentant le conseil, vous n’avez pas à accepter les rodomontades de Mr Erdogan. Il est disqualifié pour nous parler sur ce ton !

Maintenant, il faut renforcer les pressions pour obtenir la libération de tous les journalistes inquiétés , gardés à vue ou emprisonnés. Maintenant, il faut faire cesser ces atteintes au droit à la presse. Mettons nos institutions au service des journalistes menacés, rendons leur visite, défendons la liberté d’écrire et de diffuser des informations et dénonçons ces ingérences permanentes des autorités Turques sur la justice.

L’union Européenne doit cesser de placer sa politique commerciale, celle des affaires au-dessus du principe fondamental de la liberté et du droit d’informer, de l’indépendance de la justice et devrait au contraire utiliser le levier des échanges commerciaux comme un outil d’influence pour que les Etats considérés comme nos partenaires respectent avant tout les droits humains et les libertés. Les droits de la personne doivent passer largement au dessus des « lois du marché ».

Mardi 16 décembre :

La Commission ne veut rien changer aux politiques d’austérité.

Le Parlement européen a débattu de la suite à donner aux instruments de gouvernance économique européenne.

Ces instruments regroupés dans plusieurs directives et règlements appelés le 6-pack et le 2-pack, permettent à la Commission de scruter les budgets nationaux avant même leur adoption et d’orienter les dépenses et surtout les coupes dans le sens voulu.

Ce que le jargon européen appelle aussi le « Pacte de stabilité » s’est avéré une suite d’instruments redoutables d’oppression sociale. Car ces outils, dont j’ai dénoncé les logiques dès leur présentation, ont été mis en place avec l’objectif de réduire systématiquement la dépense publique et de défaire les protections sociales. Lorsque la France s’est fait épingler par la Commission il y a un mois avec l’Italie pour son projet de budget, c’était via ces instruments. Et si la Commission, sera encore plus attentive lors de sa prochaine évaluation en mars prochain, c’est toujours via ces instruments adoptés avec le soutien de la droite, des socialistes, mais aussi des verts.

Je tiens à rappeler ici qu’en échange du soutien du Parlement pour ces instruments déjà fort critiqué, il avait été promis une plus grande solidarité, avec une mutualisation de la dette des États via les Eurobonds et une attention renforcée pour les questions sociales. Ce rappel montre à quel point il s’agissait d’un marché de dupes : rien n’a été fait pour renforcer les mécanismes de solidarité ou la dimension sociale de l’Union économique et monétaire, alors que le contrôle sur les budgets et les politiques des États est devenu de plus en plus total.

Par la suite les politiques d’austérité ont tué toute reprise et nous impose le marasme actuel du fait de règles budgétaires qui ne voient l’investissement et la protection sociale que comme des pertes comptables.

Par conséquent, il est grand temps d’inverser cette logique et de donner à l’Union européenne l’impulsion sociale qui lui manque. Cela doit se faire par une relance ambitieuse qui passe par l’investissement financé par la lutte contre la fraude fiscale et le développement de vrais instruments de crédits productifs européens ; ainsi que l’acquisition de nouveaux droits en termes de protection et de formation.

Le débat n’a cependant guère pris ce sens puisqu’il a consacré l’approche dure du Parlement vis-à-vis de la dépense publique. Aux socialistes qui se sont contentés de demander une révision des règles actuelles pour introduire plus de souplesses, les élus de droite et principalement des pays du Nord ont répliqué, demandant au contraire une plus grande rigueur. Pour ces derniers le fait que la France soit passée in extremis à travers les mailles du filet lors de la dernière surveillance de la Commission, et ait ainsi échappé à des sanctions, montre que les règles actuelles doivent être encore plus renforcées.

La position de la Commission fut comme à son habitude plus diplomatique. Mais en se justifiant d’une « expérience limitée » de ces règles budgétaires (les Grecs, Espagnols et Portugais apprécieront), elle sous-entend que celles-ci lui conviennent parfaitement et qu’elle ne compte guère les changer.

Mardi 16 décembre :

Le Parlement débloque 25 millions d’euros pour les anciens salariés d’Air France.

Le Parlement a voté l’une des plus grosses mobilisations du Fonds d’Ajustement à la Mondialisation, le FEM, pour les anciens salariés d’Air France.

Créée dans le but d’atténuer les effets des délocalisations le Fonds d’Ajustement à la Mondialisation, vient aussi aider des salariés de secteurs touchés par la crise en finançant des formations et aides à la reconversion. Ce fonds a cependant vu ses moyens grandement réduits avec le nouveau budget européen puisqu’il est passé de 500 à 150 millions par an.

La demande de mobilisation accordée par le Parlement concernait les anciens salariés d’Air France qui ont perdu leur emploi suite au plan de restructuration « Transform 2015″. Pour les 3886 anciens salariés venant pour l’essentiel du site de Roissy ce sont 25 millions d’euros, soit la plus grosse mobilisation de ce fonds, qui sont débloqués sur un programme mis en place par l’entreprise représentant plus de 50 millions d’euros. Ces fonds sont utilisés pour financer des formations, des aides à la création d’entreprises et des allocations de congés de reclassement qui vont au-delà des obligations légales.

En tant que membre de la Commission affaires sociales, j’avais déjà eu à me prononcer en amont en commission sur chaque demande du FEM, y compris celle-ci. Dans cet examen j’ai contacté des syndicalistes d’Air France pour m’assurer que les fonds avancés par Air France ont bien été touchés par les salariés et qu’ils n’ont pas permis à Air France de se soustraire à ses responsabilités sociales : l’aide européenne doit servir à financer des aides en plus des obligations légales, et à aucun moment l’Union européenne ne doit faciliter les plans sociaux. J’ai également demandé à des responsables de l’entreprise des informations précises sur la portée des programmes mis en œuvre, leurs premiers résultats, le nombre de personnes concernées et leur qualité, avant de me prononcer.

Cette analyse ayant présentée les garanties nécessaires, j’ai voté en faveur de cette aide.

Mardi 16 décembre :

Le Parlement défini une approche trop timorée vis-à-vis des migrations.

Le Parlement a défini ses priorités sur la politique de migration, entre respect des droits des migrants et lutte contre l’immigration illégale.

La politique migratoire européenne a toujours été tiraillée entre les États jaloux de leurs prérogatives et les compétences européennes se développant du fait de l’espace Schengen : comment harmoniser les différents systèmes de gestion des flux migratoires une fois que nous sommes dans un même espace de circulation ? À cette question technique qui porte sur les durées des permis de séjour, les conditions d’accès ou de renvois, s’est ajoutée une urgence humaine : les milliers de migrants morts chaque année aux portes de l’Europe dont plus de 3 000 pour cette seule année 2014.

Il était donc important de rappeler l’importance des missions de sauvetage qui sauvent des milliers de vies chaque année. Celle-ci devant faire l’objet d’une vraie solidarité européenne sans quoi les États en première ligne des flux migratoires peuvent être tentés de réduire ses missions. Ce point est souligné dans cette résolution, ce dont je me félicite, tout comme la mention du respect des droits des migrants et notamment ceux ayant besoin d’une protection.

La résolution propose également des solutions pour lutter contre l’immigration illégale autre que le renforcement des contrôles. Par exemple en développant un régime d’asile européen ou en créant d’autres voies de migrations légales par le travail, la formation.

Cette coopération a trop longtemps porté uniquement sur la gestion des flux migratoires. D’une certaine manière nous sous-traitons à des pays de « transit » comme la Lybie, le Maroc, la Turquie, la gestion des flux humains à destination de l’Europe, alors que ces pays ne sont pas toujours les meilleurs garants, loin de là, des droits des migrants. Cet aspect est malheureusement toujours présent et repris par la droite qui a également ancré dans cette résolution sa foi dans le système de surveillance aux frontières Frontex.

Du fait de ces ajouts et une vision toujours aussi utilitariste des migrations nous avons préféré, avec mon groupe nous abstenir sur ce texte.

Mercredi 17 décembre :

Pour son programme pour 2015 la Commission retire ses textes les plus progressifs.

Le Parlement a eu un échange sur le programme de travail 2015 de la Commission. Ce programme de travail est pour l’instant un programme de désengagement puisque sur les 452 initiatives législatives de la Commission, 83 de ces nouveaux textes ont abandonnées.

Certains textes pouvaient effectivement être des projets superflus qui auraient rajoutés plus de charges bureaucratiques que nécessaire, mais peut-on considérer des textes limitant la production de déchets, régulant la qualité de l’air, ou étendant le congé maternité comme superflus ?

C’est pourtant la décision du Premier vice-Président de la Commission, le néerlandais Franz Timmermans qui montre que Juncker a aussi à cœur de donner des gages à toute la nouvelle tendance libérale réclamant un désengagement de l’Union européenne sur certains dossiers. Pour autant, afin d’éviter un regain de pression sur les affaires des fraudes fiscales favorisées par le Luxembourg, le Président de la Commission Jean-Claude Juncker a annoncé de nouvelles initiatives sur l’harmonisation fiscale.

Lors du débat, ce désengagement a été vu comme une bonne chose par les plus libéraux et populistes alors que la droite et les socialistes ont maintenu leur confiance à la nouvelle Commission. C’est au contraire de plus de textes dont nous avons besoin pour encadrer la finance, redonner aux États les moyens perdus du fait de la concurrence fiscale, renforcer la protection sociale et la formation, et ne pas faire mentir nos belles annonces sur l’environnement.

Cette Commission s’est définie comme celle « de la dernière chance ». Son programme 2015, laisse de gros doute sur sa compréhension de ce qu’une telle ambition représente.

Mercredi 17 décembre :

Une résolution sur l’acier qui critique ouvertement les effets de la politique de concurrence.

Le Parlement a adopté une résolution commune sur le secteur sidérurgique dans l’Union européenne.

Le secteur a été à de nombreuses reprises touché par de multiples restructurations souvent violentes, et pour la plupart pour garder les marges des actionnaires dans un environnement instable.

Dans un rapport en Commission de l’emploi et des affaires sociales j’avais dénoncé le manque d’investissement dans ce secteur d’avenir et la concurrence acharnée que l’on impose à cette industrie pourtant stratégique. Ce rapport que j’ai rédigé demandait en conséquence une révision complète de l’approche de la commission pour cette industrie.

D’abord dans le domaine de la concurrence en cessant d’interdire les aides d’États. Ensuite en permettant de réinvestir dans le secteur avec une approche d’ensemble mêlant recherche, énergie, environnement et politique commerciale. Et enfin en renforçant le dialogue social avec les travailleurs et leurs représentants.

La résolution commune sur l’acier va dans le même sens puisqu’elle appelle à une véritable relance de la politique industrielle européenne. Cette relance est particulièrement importante dans le domaine de l’acier, volontairement oublié depuis la du fin traité CECA. En terme de proposition, cette résolution demande des soutiens et aides à l’investissement dans le secteur, et plus important encore que les règles de la concurrence ne viennent pas « hypothéquer la viabilité économique des divers sites sidérurgiques » comme elle a pu le faire par le passé. Cette mention est importante dans la mesure où c’est cette politique de concurrence qui nous interdit toute aide directe au secteur.

La résolution commune ne reprend pas nos suggestions de mentionner le site de Florange, ou sur le besoin de conserver nos capacités de production. Mais sa remise en cause de la politique de concurrence, son avertissement sur les dangers de dumping via les futurs accords commerciaux, et son appel en faveur d’une plus grande association des travailleurs et de leurs représentants dans les programmes de formation et le cas échéants de restructuration, ne pouvaient qu’être soutenus.

Mercredi 17 décembre :

Le Parlement européen se prononce pour un État palestinien.

À la suite de plusieurs parlements nationaux dans l’Union européenne, le Parlement européen vient de voter (498 votes pour et 88 votes contre), ce mercredi 17 décembre 2014, une résolution dite de « compromis » c’est-à-dire qu’elle est le résultat de discussions entre les différents groupes du Parlement européen.

Dans ces débats, nous n’avons ménagé aucun effort pour obtenir la meilleure résolution possible. L’objectif est d’aider au mieux le peuple palestinien et l’autorité palestinienne dans leur combat pour qu’enfin soient reconnus leur souveraineté et leurs droits.

La résolution adoptée est donc un pas de plus appuyant la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967. Même si nous aurions souhaité un texte plus clair et plus précis, nous l’avons soutenu, dès lors qu’il peut constituer un point d’appui.

Ainsi, à l’article 1, il est écrit : « Le Parlement européen soutient le principe de la reconnaissance d’un Etat palestinien et la solution à deux états et estime que ceci doit aller de pair avec le développement des pourparlers de paix ».

Article 2 : « Soutient les efforts du Président Abbas et du gouvernement de consensus national palestinien, souligne à nouveau l’importance de consolider l’autorité du gouvernement de consensus palestinien et son administration dans le bande de Gaza, demande un soutien constant de l’Union européenne pour le renforcement des capacités institutionnelles palestiniennes ».

Article 5 : « Réaffirme son soutien ferme à la solution à deux Etats sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Un Etat d’Israël dont la sécurité doit être assurée aux côtés d’un Etat palestinien, indépendant, démocratique, contigu et viable, coexistant dans la paix et la sécurité sur la base du droit à l’autodétermination et le plein respect du droit international ».

Article 6 : « Invite la haute représentante, vice-présidente de la Commission à faciliter une position commune de l’Union européenne sur ce sujet ».

Article 7 : « Décide de lancer une initiative parlementaire pour la Paix, visant à rassembler les différents partis de l’Union européenne, israéliens et le Parlement palestinien pour faire avancer un agenda pour la paix et pour compléter les efforts diplomatiques de l’Union européenne ».

Mercredi 17 et jeudi 18 décembre :

Les accords commerciaux avec l’Équateur, la Moldavie, la Géorgie, les Philippines.

Le Parlement a adopté plusieurs rapports accordant des préférences commerciales pour des pays connaissant des difficultés politiques ou économiques.

Le Premier rapport concerne l’Équateur. Adopté le mercredi 17 décembre il portait sur le système de préférence commerciale appelé GSP+. Ce système dessiné pour les pays en développement permet aux États d’obtenir des accès privilégiés au marché européen sans qu’eux n’aient à changer leurs droits tarifaires. Une asymétrie positive reprise par le rapport de mon ami Helmut Scholz, de Die Linke en Allemagne, qui permet aux productions d’Équateur de rentrer plus facilement sur le territoire européen sans mettre en danger les productions locales d’Équateur et notamment leur agriculture.

Dans le même registre le Parlement a adopté jeudi 18 décembre des préférences tarifaires pour les produits agricoles issus de Moldavie. Ce pays traditionnellement agricole et dont les produits allaient essentiellement vers les pays d’ex-URSS et notamment ses vins en Russie, a été lourdement frappé par un embargo russe. Comme l’Ukraine, la Moldavie est elle aussi victime des luttes d’influences entre Union européenne et Russie, et se voit forcée de choisir son camp.

Je refuse ces logiques de puissance, mais je n’en ai pas moins soutenu cette préférence commerciale. Celle-ci offrira aux produits agricoles moldaves les débouchés qui lui sont fermés depuis l’embargo russe, et offrira ainsi un répit à son économie mal en point. Pour autant je refuse que cette préférence commerciale soit utilisée comme moyen d’influence. C’est aux Moldaves de choisir leur avenir.

Ce refus des logiques d’influence, m’a incité à la prudence avec l’accord de partenariat qui nous a été présenté avec la Géorgie. Là aussi nous sommes malheureusement encore une fois dans un pays qui fait l’objet de sérieuses luttes d’influences ayant débouchées sur le conflit de 2008 entre la Russie et la Géorgie, privant cette dernière des régions d’Abkhazie et d’Ossétie.

La Géorgie essaie désormais de s’arrimer à l’influence occidentale par l’accord d’association qu’il nous a été proposé de voter, en faisant des déclarations sur son intention de rentrer dans l’OTAN. La volonté de la Géorgie de signer cet accord d’association est réelle, aussi je ne suis pas allé à l’encontre de ce texte, mais je reste très sceptique sur ces accords qui de fait arriment un pays à un bloc. C’est pourquoi j’ai préféré m’abstenir plutôt que de rentrer dans ces logiques d’influences dangereuses là où nous devrions au contraire travailler à la coopération avec la Russie et aux rapprochements possibles entre notre zone commerciale et celles en construction entre la Russie et ses voisins.

J’ai également eu à me prononcer sur le prolongement de l’octroi du système préférentiel GSP+ aux Philippines. Contrairement à l’Équateur les Philippines posent des questions sérieuses quant à leur respect des droits de l’Homme qui est une condition de la signature de cet accord. De plus un système préférentiel tarifaire posait problème dans le domaine de la pêche. Les Philippines ne respectant pas les conventions actuelles pour limiter la pêche illégale, il y avait de grande chance pour que du poisson pêché illégalement rentre sur le marché européen. Cela posait un risque pour la conservation de la ressource, mais aussi vis-à-vis des pêcheurs européens soumis à une concurrence encore plus forte et illégale. Pour ces raisons j’ai refusé d’accorder mon soutien au prolongement de la préférence tarifaire pour les Philippines.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 19:54

ÉDITION : La Revue du Projet

La Revue du Projet est une revue mensuelle politique de réflexion et de propositions pour la construction d'un projet de transformation sociale. Ouverte, innovante et critique, elle est proposée par le PCF. Elle valorise une discussion "républicaine" exigeante capable de relever la complexité des débats contemporains et implique à ce titre le monde de l'art et la recherche, les intellectuel(le)s comme le mouvement social ou associatif.

Rédacteurs en chef

Atelier n°6 Vers une VIe République : pour une nouvelle ère citoyenne de la démocratie dans les institutions, les territoires, les entreprises, Pierre Dharréville

17 DÉCEMBRE 2014 | PAR LA REVUE DU PROJET

La crise des Institutions, de la politique, de la démocratie s’exacerbe. Où en est-on ? Où va-t-on ? Quelle place pour la VIe République dans notre combat ? Comment mettre la participation citoyenne au cœur de ce combat ? Quel lien entre urgence sociale et urgence démocratique ? Comment gagner la bataille face à la réforme territoriale ? Quel nouvel élan démocratique ?

Introduction : Pierre Dharréville*

Vers la VIe République : pour une nouvelle ère démocratique dans les institutions, les territoires et les entreprises. Vaste enjeu à traiter pour nous aujourd’hui, et je vous présente les quelques réflexions de la commission nationale en remerciant celles et ceux qui y ont contribué.

La démocratie comme mode de vie

Lors de notre congrès, nous écrivions sous le titre « La démocratie comme mode de vie » : « La démocratie doit être au cœur du vivre ensemble, par la reconnaissance d’une souveraineté populaire pleine et entière comme étant seule légitime. Aucun pouvoir, fût-il éclairé ou savant, ne saurait s’affranchir du peuple et gouverner sans lui. Nous proposons de démocratiser tous les espaces de la société, en recherchant partout à pousser les feux de l’intervention citoyenne et de la co-élaboration. » Sous le titre « La révolution citoyenne pour gagner le changement », nous écrivions encore : « La démocratie est notre but ; elle est aussi notre chemin. En convainquant les hommes et les femmes que leur voix et leurs actes comptent, nous voulons donner à chacune et chacun un vrai pouvoir sur sa vie, leur donner confiance en nos ressources communes pour faire face aux grands enjeux. Nous voulons redonner sens à la souveraineté populaire bafouée à grande échelle comme ce fut le cas à la suite du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Nous voulons permettre aux femmes et aux hommes d’investir à tout moment tous les lieux possibles et imaginables, dans un vaste mouvement d’appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre incontournables les aspirations populaires. » Et d’ajouter : « nous voulons démocratiser tous les espaces de la société. »

Vaste enjeu, disais-je, car nous prenons chaque jour la mesure de la profonde dégradation du lien politique dans notre pays, de la crise démocratique majeure que nous traversons. Les citoyennes et les citoyens ont le sentiment, et même plus la certitude, née de l’expérience, que leur voix ne compte pas que leur avis n’est sollicité que pour la forme, que même lorsqu’ils sont interrogés, les décisions échappent à leur intervention. Ils ont la conviction de vivre dans une démocratie en trompe l’œil, une démocratie d’apparence. Pensent-ils possible qu’il en soit autrement ? Pas tous. Et cela constitue l’une des dimensions du renoncement. Mais il existe une aspiration à exercer un pouvoir, à être entendu, à choisir vraiment, à décider. Cette aspiration que j’exprime avec des mots positifs, elle se traduit bien souvent par de la colère, de la défiance, du rejet en bloc, du cynisme… Elle s’exprime aussi par des manifestations, qui se heurtent de plus en plus à un refus de discussion, à une sourde oreille, et même à la répression, comme en a témoigné de façon dramatique la mort de Rémi Fraisse, ce jeune militant mobilisé contre le désormais fameux barrage de Sivens.

Dans ce contexte, l’idée même de République est mise à mal, tant les valeurs qui la sous-tendent sont bafouées dans le réel par les décisions, l’esprit et les résultats issus des politiques mises en œuvre. Les institutions de la Cinquième sont, quant à elles, au cœur de la crise. Le poison du présidentialisme dont on a poussé les feux montre son caractère de plus en plus néfaste et dangereux sous François Hollande après Nicolas Sarkozy. L’épisode de la rentrée, avec ce remaniement visant à imposer une ligne politique minoritaire dans le pays et pas si majoritaire au Parlement en a été l’un des témoignages. Je ne veux pas passer trop de temps à décrire la réalité, ni même à trop l’analyser pour me concentrer sur l’offensive qui doit être la nôtre. Voici quelques jours, le Conseil national de notre parti a consacré une journée de travail à la question démocratique, en lien avec les prochaines échéances à venir. Dans la foulée, je voudrais insister sur quelques idées qui me semblent essentielles à notre débat.

Une question essentielle

La question démocratique n’est pas une question seconde. Il faut relever dans un même élan le défi social et le défi démocratique. Parce que nous vivons la démocratie comme but et comme moyen, et qu’elle a été peu à peu évacuée du champ économique et social. Mais aussi parce que les atteintes portées à la souveraineté populaire sont conçues pour empêcher les aspirations sociales de faire irruption au cœur du débat politique, pour empêcher le développement de rapports de force, pour empêcher le peuple de faire valoir l’intérêt général contre celui des quelques-uns qui exercent un pouvoir massif dans nos sociétés.

La question démocratique fait partie des préoccupations quotidiennes. Non pas sur la base de revendications institutionnelles, mais sur la base de ce refus d’un pouvoir de plus en plus étranger et extérieur à celles et ceux qui le délèguent et sur lesquels il s’exerce. Dans n’importe quelle discussion quotidienne s’exprime la colère contre ces politiques jugés comme étant coupés du monde comme profitant d’un système, comme ne défendant pas les intérêts de celles et ceux qui les élisent, comme s’accaparant un pouvoir qui ne leur appartient pas.

La question démocratique ne conduit pas à mythifier le peuple, à lui donner toujours raison, à accepter définitivement son verdict. La majorité peut parfois se tromper, mais elle est la majorité, et cela peut appeler résistance. Le peuple se construit dans l’exercice de la démocratie. Et il n’est pas de démocratie véritable sans débat, sans consciences libres, sans sujets instruits, sans connaissance du réel, des contradictions, des enjeux, sans apport de la science, de la recherche, du travail intellectuel. La qualité du débat qui amène aux décisions est une exigence de haut niveau, lorsque l’on regarde l’état des choses et surtout l’inégalité des moyens mis à disposition des forces engagées dans la bataille informationnelle, idéologique et culturelle. Mais sans réel pouvoir de décision, tout débat est vain.

La question démocratique, c’est la question du pouvoir, c’est la question des intérêts que l’on veut satisfaire, c’est la question de classe. Ainsi, nous ne voulons pas la réduire à une question institutionnelle, même si cela n’est pas un enjeu négligeable, car les meilleures institutions, sans une vie politique revivifiée et une participation populaire réelle, resteront lettre morte. L’ensemble du pacte démocratique qui lie les membres de notre pays entre eux et leur permet de vivre ensemble est ainsi en jeu. Nous devons donc en faire une bataille essentielle pour notre parti.

Les questions auxquelles nous devons répondre

Pour une VIe République. Face à des institutions nationales de plus en plus manifestement antidémocratiques, et dont les déséquilibres ont été largement aggravés depuis 1958 sans réel débat populaire, l’exigence d’une nouvelle Constitution est en train de revenir très fortement au premier plan, et ce bien au-delà de nous-mêmes et du Front de gauche. Tout le système de démocratie délégataire et représentative que nous connaissons est profondément en crise. Nous prônons donc une VIe République. Parce qu’il convient de refonder le pacte Républicain, de refaire de la République un bien commun et un projet partagé, de reprendre le fil de l’élan révolutionnaire qui a bousculé les dominations séculaires et qui a été brisé par l’affirmation de pouvoirs non démocratiques. Sans tout attendre d’un grand soir institutionnel, nous sommes favorables à un processus constituant nécessaire à l’écriture d’une nouvelle Constitution, processus qui ne pourra relever d’une démarche purement délégataire.

Les questions à débattre sont nombreuses. Comment qualifier la nouvelle République que nous voulons ? Quel type de régime souhaitons-nous ? Quelle représentation populaire ? Quelle participation citoyenne ? Quels pouvoirs de décision, quelle souveraineté populaire ? Quelle architecture institutionnelle ? Faut-il un président de la République, même s’il n’est pas élu au suffrage universel ? Faut-il transformer le Sénat en le couplant avec le Conseil économique, social et environnemental ? Quelle nouvelle pratique du pouvoir, nouveau statut de l’élu ? Le « référendum révocatoire » est-il vraiment une bonne idée ? La pratique du référendum ne doit-elle pas être à la fois revalorisée et banalisée ? Quelle démocratie sociale et économique ? Quelles collectivités pour permettre aux citoyennes et citoyens d’exercer pleinement le pouvoir et de vivre ensemble dans quels territoires ? Quels espaces de coopération inventer ? Quelle place pour le tirage au sort afin de revivifier la démocratie ?

Nos pistes de travail

On nous demande souvent la nature du régime que nous souhaitons, en vantant la stabilité du régime présidentiel, stabilité dont on pourra discuter et dont on pourra se demander le prix. Le régime que nous imaginons est un régime de souveraineté populaire. Un régime où le peuple dans son entier est l’acteur principal, où il n’abdique pas son pouvoir. C’est le cœur de notre projet. Aussi, tout ce que nous proposons doit être dirigé en ce sens. Rendre la parole au peuple, et plus que la parole, le pouvoir.

Des pouvoirs réels aux citoyens

Il faut d’abord qu’il y ait des droits : une république citoyenne repose sur des droits effectifs, qu’il faut réaffirmer et décider au regard des nécessités de notre époque : en effet de nombreux droits personnels pourtant inscrits dans le préambule de la constitution depuis 1946 ne sont pas effectifs, mais d’autres sont à penser : eau, énergie, environnement… Les droits collectifs mis à mal sont à redéfinir et amplifier, dans l’entreprise, comme les droits de veto des comités d’entreprise, droits de reprise des salariés, mais aussi droits d’interventions sur des projets de construction, d’aménagement du territoire… Les pouvoirs des salariés sur la gestion des entreprises obligent à repenser le statut des entreprises. Les formes autres que capitaliste doivent être facilitées et encouragées, mais le statut des entreprises tant des grandes entreprises capitalistes privées que des entreprises publiques actuelles ou à créer doit changer pour intégrer une autre conception du pouvoir : nous avons proposé que les conseils d’administration soient composés à la fois de représentant des détenteurs de capitaux, de représentants des salariés, de représentants des collectivités concernées et de représentants des consommateurs (ou usagers). Il serait utile d’en débattre, comme de la participation des salariés à des « commissions de la production », concernant non seulement les conditions de travail mais la production elle-même et ses conditions…

Les pouvoirs des citoyens dans la cité ce sont toutes les formes de participation citoyenne qui permettent de prendre part aux choix et aux décisions à tous les niveaux : les formes possibles sont nombreuses, il faut les proposer et expérimenter avec audace. Des pratiques existent, très minoritaires, il faut donc dire et montrer que nous voulons qu’elles se développent et qu’elles doivent devenir la nouvelle façon de faire de la politique c’est-à-dire coopérative, transversale, horizontale et non plus verticale. Pour cela il faut des obligations nouvelles : association des citoyens à l’élaboration des décisions des assemblées délibératives locales – au premier chef le budget – mais aussi à l’élaboration de la loi par les députés. Il faut développer les organismes de contrôle citoyen ayant pour rôle de suivre la mise en œuvre des engagements de l’assemblée élue et qui pourrait, à mi-mandat, demander un rapport circonstancié de l’exécutif. Ce conseil pourrait être saisi de contestations et le cas échéant imposer des référendums pour valider ou invalider telle ou telle mesure, telle ou telle orientation, tel ou tel projet. Nous sommes aussi pour un référendum d’initiative populaire que les assemblées locales au niveau d’un territoire et l’assemblée nationale sont obligées d’organiser à partir d’un nombre conséquent de pétitions (5 % des électeurs inscrits paraît convenable). J’en dis un mot, ne faut-il pas préférer cela au référendum révocatoire, dont le caractère plébiscitaire ne rompant pas avec la personnalisation et la présidentialisation peut s’avérer problématique.

Mais nous avons d’autres propositions comme l’initiative législative citoyenne (pétition pour la mise à l’ordre du jour d’une proposition de loi, sous réserve d’un nombre de pétitions réparties sur le territoire) et encore l’initiative législative pour les collectivités locales, sous condition d’un nombre suffisant d’assemblées territoriales réparties aussi sur le

territoire. Soyons offensifs sur la conception de la citoyenneté que nous revendiquons : ceux qui résident dura­­blement sur le territoire quelle que soit leur nationalité.

Des institutions profondément démocratisées

Là aussi il faut de la clarté. Toutes nos institutions sont basées sur la matrice que constitue l’élection présidentielle qui personnalise à outrance, qui monarchise, qui absolutise et qui écrase les dynamiques démocratiques possibles. Nous devons affirmer clairement que nous voulons sortir des institutions de la Ve République et que nous voulons un régime « de nouvelle génération ». Concernant le président de la République, nous avons déjà dit notre opposition à son élection au suffrage universel. Ne faut-il pas aller plus loin ? Sa suppression ou son maintien avec suppression de tous les pouvoirs « de gouvernement » et de tout domaine réservé ?

L’Assemblée nationale doit ressembler au peuple qu’elle représente, donc ses membres doivent être élus à la proportionnelle – comme d’ailleurs toutes les assemblées territoriales – sur liste départementale à parité, au plus fort reste. Les députés ne doivent pas exercer d’autres mandats et ne peuvent être renouvelés qu’une seule fois. Cette conception est indispensable pour déprofessionnaliser la politique et permettre un statut de l’élu qui lui permette de reprendre automatiquement une vie professionnelle après avoir exercé un mandat.

Le domaine de la loi ne doit plus être limitatif, ce qui est le cas aujour­d’hui, et les ordonnances doivent être supprimées, comme d’ailleurs la possibilité du gouvernement de passer en force. L’Assemblée doit retrouver le pouvoir sur les questions qui lui échappent aujourd’hui : budget, engagement des forces armées, décisions du conseil des ministres européen, une prise sur son propre calendrier.

Le choix du premier ministre doit relever de l’Assemblée nationale et le gouvernement être responsable devant elle.

La question du Sénat est posée et surtout de son utilité. Nous avons avancé la proposition, à la place du Sénat actuel, d’une deuxième chambre, élue au scrutin universel direct, composée pour moitié de représentants des collectivités territoriales, pour moitié de représentants des organisations syndicales et associatives représentatives. Le CESE (Conseil économique, social et environnemental) serait supprimé. Le vote de cette deuxième chambre pourrait être obligatoire dans certains cas définis par la constitution. Cette proposition mérite d’être débattue notamment avec les syndicats et autres concernés.

Pas de décentralisation sans démocratisation

Notre opposition à la réforme territoriale actuelle (comme à celle de Sarkozy) tient précisément au fait qu’il n’est en rien question de démocratisation, au contraire. La bataille engagée vise à provoquer un vrai débat public et à obtenir un référendum sur cette loi de portée constitutionnelle et la possibilité pour les populations des territoires de se prononcer sur d’éventuelles modifications les concernant. En même temps nous ne sommes pas des tenants du statu quo. Et ce pour la bonne raison que tout n’est pas parfait dans le fonctionnement des collectivités. L’expérience de 30 ans depuis les lois de 82-84 a montré du positif dans l’engagement des collectivités (investissements, services publics…), mais les inégalités territoriales sont très fortes, l’État jouant de moins en moins son rôle en la matière, des féodalités se sont créées, les pouvoirs réels ne se sont pas rapprochés des citoyens.

Notre conception de la décentralisation combine unité de la loi (qui unit au niveau national) et la proximité des institutions, là où s’expriment les citoyens dans leur diversité. Outre la participation active des citoyens (droit fondamental à constitutionnaliser), nous sommes favorables à la coopération des territoires, les synergies possibles entre territoires urbains, périurbains ou ruraux qu’il faut rechercher en fonction des besoins des populations et des grandes questions qui se posent : éducation, infrastructures, ressources locales, production nouvelle, préservation de la planète… Cela suppose d’inventer un nouveau type d’institutions : les coopératives de territoires qui doivent être des espaces de construction commune auxquels les citoyennes et citoyens doivent être associés et non pas des lieux de vassalisation des élus. Quant aux regroupements de territoires, ils ne peuvent relever que d’un débat public éclairé et du vote des citoyens.

Enfin brièvement, nous ne pouvons pas éluder la question du pouvoir au niveau européen et même mondial. Les propositions de démocratisation que nous faisons vont dans le sens à la fois d’une maîtrise réelle des citoyens de chaque pays européen des parts de souveraineté qu’ils veulent partager et donc d’une construction européenne progressive et différenciée et d’une démocratisation des instances européennes elles-mêmes… comme des instances internationales. Les réalités d’aujourd’hui c’est-à-dire à la fois les monstrueux dangers des guerres, des ravages humains, planétaires, mais en même temps les aspirations démocratiques qui s’expriment de façons multiples, doit nous pousser au débat avec les citoyens là-dessus aussi. Les grands sommets internationaux, par exemple sur le climat, leur préparation, leurs engagements ne peuvent se tenir dans une bulle étanche.

Voilà quelques pistes pour alimenter notre réflexion sur le thème de cet atelier : Vers une VIe République : pour une nouvelle ère citoyenne de la démocratie dans les institutions, les territoires, les entreprises. Nous pouvons ensemble essayer de faire le tri, de mettre certaines choses plus en avant que d’autres. Ne faut-il pas par exemple insister, à côté de notre bataille pour la démocratie de proximité sur les moyens que nous proposons pour prendre le pouvoir sur la finance ?

Enclencher un grand mouvement de conquête de la démocratie est un enjeu majeur pour notre combat, un enjeu majeur pour notre peuple et pour l’humanité. C’est dans l’exercice plein et entier de la démocratie et de la souveraineté populaire que se forgent les consciences libres face aux totalitarismes et aux dominations, que se construisent les mouvements d’émancipation collectifs. Cela appelle dans nos démarches politiques des pratiques nouvelles et dans nos revendications et nos combats que la démocratie soit au cœur. Un camarade me proposait il y a quelques jours de donner le label « vers une VIe République » à des réalisations, à des batailles, à des victoires, à des démarches. Il y a sans doute à inventer. Une chose est sûre. Nous devons être porteurs de ce message : « C’est à vous de décider ». n

*Pierre Dharréville est membre du comité du projet, animateur du secteur République, démocratie et institutions du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n°42, décembre 2014.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 20:33

Alain Hayot. « On peut prendre le Front national à contre-pied »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GRÉGORY MARIN ET LIONEL VENTURINI

VENDREDI, 7 OCTOBRE, 2011

L’élu régional Paca (PCF-Front de gauche) a observé de près l’ascension du FN à Vitrolles à la fin des années 1990, et au-delà. À l’heure où les sondages semblent permettre à Marine Le Pen de troubler le second tour de la présidentielle, Alain Hayot pose les jalons d’une lutte renouvelée contre le FN, qui interpelle d’abord la gauche.

Ethnologue, professeur à l’université d’Aix-Marseille, président de la commission Aménagement et Développement des territoires du conseil régional de Paca, Alain Hayot a vécu de près l’ascension du Front national dans le Sud-Est, et particulièrement Vitrolles. À l’heure où Marine Le Pen s’installe dans le paysage à la suite de son père, il décrit ce que pourrait être, pour la gauche, une posture de combat. Entretien.

Listons d’abord ce qui a échoué dans la lutte contre le FN, et les écueils qui menacent, à quelques mois désormais d’une élection présidentielle où, il n’y a pas si longtemps, le FN a joué les trouble-fête.

Alain Hayot. Premier écueil à éviter, c’est de considérer que le FN est une excroissance monstrueuse du système républicain, indépendant de la crise politique que nous vivons, alors qu’il en fait partie intégrante. Ce n’est pas une maladie honteuse de notre système mais un des révélateurs de ce que j’appelle la fracture démocratique : le décalage énorme entre le politique et le peuple. Un second élément de cette crise est la crise de la droite française, crise au sens gramscien, car elle est en pleine recomposition. Il y a quelque chose qui est en train de mourir dans cette droite chiraquienne, quasiment radicale-socialiste… On pourrait en fait reprendre et réinterpréter la classification de la droite opérée par René Rémond ; la droite « orléaniste » – on dirait centriste aujourd’hui – est en train de céder le pas à la droite « bonapartiste ». Laquelle prépare une alliance avec la droite « légitimiste » – en réalité l’extrême de la droite. Le sarkozysme est la tentative d’allier les trois. Il a du mal avec la droite centriste, qui tente de se reconstituer autour de Morin, Bayrou ou Borloo. Mais l’alliance avec la droite populiste, elle, est en cours.

Le troisième élément à considérer, c’est bien sûr la crise de la gauche elle-même.

Alain Hayot. Crise du communisme, de la social-démocratie également. La gauche, qu’est-ce qu’elle dit en termes d’alternative ? L’absence de projet a contribué à l’émergence de cette droite populiste et qui se droitise encore. Si l’on veut comprendre le Front national, il faut entendre cela, car autrement la lutte contre le FN revient à opposer le seul front républicain.

Alors que l’on sait que ça ne fonctionne plus… À Hénin-Beaumont, le FN seul réalise au second tour 48 % face à six autres formations…

Alain Hayot. La digue en effet a cédé. Le second écueil, qui découle du premier, c’est la théorie du cordon sanitaire qui là aussi ne fonctionne pas. Ça a marché un temps de jeter à la face du FN « nazis », « fachos ». Mais très vite, ces références ne parlent plus à la jeunesse.

De votre expérience à Vitrolles, quand les mégrétistes s’implantent et jettent leur dévolu sur la ville, que tirez-vous avec le recul ?

Alain Hayot. J’avais constaté que l’émergence du FN s’effectuait sur la base d’une double fracture, une fracture sociale et politique. Pour que le FN émerge, il faut une crise sociale profonde entre ceux qui la subissent ou ceux qui en ont peur, et une crise politique grave. Vitrolles, Marignane, Toulon vivaient ces deux crises, avec un pouvoir local déconsidéré.

Troisième écueil, selon moi, l’approche sociologiste à l’égard du FN. Pourquoi passe-t-on notre vie à essayer de comprendre qui vote pour eux, pourquoi on vote pour eux ? Est-ce qu’on le fait à ce point pour l’UMP ou le PS ? Non ! On ne se pose pas autant de questions, on les combat, on fait de la politique. Or, avec le FN, on substitue la sociologie à la politique. La question n’est pas de culpabiliser l’électeur FN, c’est de combattre le projet du Front lui-même. Argument contre argument. S’occuper du parti plutôt que de l’électeur. Bien sûr qu’il est intéressant de savoir qui vote pour eux, encore faut-il dire des choses vraies…

"Le vote Front de national est un vote de la peur du pauvre.
Au lieu de lutter contre le système, on lutte contre la victime"

Et là justement le « gaucho-lepénisme », vous en avez soupé…

Alain Hayot. Ce trop-plein de sociologie à l’égard du FN s’est traduit par beaucoup d’études, pas innocentes politiquement. Cela a consisté à imposer l’idée fausse d’une responsabilité forte de la gauche, et des communistes en particulier, dans l’émergence du vote FN. Henri Guaino, par exemple, rabâche cette idée. La thèse de Pascal Perrineau est que l’électorat FN serait majoritairement ouvrier et issu des classes populaires, et majoritairement issu des transferts de voix communistes, et pour une part aussi socialistes. Cette thèse a culpabilisé les militants de gauche, au point qu’ils l’ont même intériorisée. Quelque part, cela nous enferme dans l’idée de l’irréversible ascension : il n’y a rien de plus faux. La corrélation établie par Pascal Perrineau est biaisée car il voit les choses globalement. Quand on s’attache à l’échelon local, je l’ai fait sur Marseille ou Cavaillon, on s’aperçoit que, dans les grandes conurbations, le vote FN se fait, majoritairement encore une fois, dans des zones de lotissement, souvent occupées par d’anciens fils d’ouvriers qui ont connu l’ascenseur social. Et qui habitent des zones pavillonnaires, en propriété. Le vote FN n’est pas un vote émis par désespérance sociale, c’est un vote émis par des gens qui ont peur du déclassement. Les vrais désespérés sont dans l’abstention, et depuis fort longtemps. Prenez à Marseille la cité de la Cayolle : le FN fait 10 %, le Front de gauche y fait son meilleur score du canton, le PS réalise 30 %… Et l’abstention est à 70 %. Au fond le Front national est un vote de la peur du pauvre, au lieu de lutter contre le système, on lutte contre la victime.

Cette thèse s’est assise sur deux courbes : celle du déclin du PCF, celle de la montée du FN.

Alain Hayot. Il n’y a pas de corrélation directe entre les deux votes. D’abord parce que le déclin du PCF est antérieur à l’émergence du Front national en 1984. Entre 1984 et 1990, le vote FN est un vote de radicalisation d’une partie de la droite. C’est à partir de 1995 qu’on voit apparaître une corrélation nette entre le vote FN et le vote populaire. Le vote FN est manifestement beaucoup plus ouvrier en 2002, c’est ce vote – s’ajoutant à la radicalisation d’une partie de la droite française – qui permet à Jean-Marie Le Pen de réaliser son opération spectaculaire. Mais cette corrélation se fait sur la base d’ouvriers qui, de manière prévalente, ont déjà voté à droite auparavant.

Il serait stupide de nier des transferts, il y a toujours eu, en tout état de cause, un vote populaire et ouvrier en faveur de la droite ; le gaullisme en fut un exemple récent. La partie de la classe ouvrière dont Marx disait qu’elle était « en déshérence ». Il y a un ouvrier sur deux qui a voté Sarkozy en 2007. Il y a effectivement 19 % de l’électorat FN qui est ouvrier. Mais il y en a 27 % au PS ! La majorité de l’électorat FN est issue en réalité de la classe moyenne et intermédiaire.

Comment lutter plus efficacement contre le FN, alors ?

Alain Hayot. Commençons par regarder ce que nous dit la société française de trois phénomènes : d’abord l’essor d’une droite populiste qui cogne à la porte du pouvoir, puis la radicalisation plus générale de la droite, enfin l’abstention. Premièrement, la société française nous dit l’ampleur des peurs à combattre. Si, comme André Gerin le suggère, on dit que l’on « comprend les électeurs du FN », je crois que l’on se trompe. Si l’on entretient la guerre sociale, ce n’est pas la peine de parler de transformation sociale, voire de société nouvelle. C’est légitimer le vote FN que de faire cela. Au PS, Manuel Valls, lorsqu’il parle à sa manière de sécurité et d’immigration, ne fait pas autre chose. Ce que nous dit le vote frontiste, c’est en somme l’ampleur des replis. Or c’est l’inverse, je pense, que l’on doit travailler, c’est effectuer ce que nos aînés dans les années 1930 ont fait : organiser la solidarité entre les victimes du système. Et non dresser les immigrés anciens contre les immigrés récents, les propriétaires contre les locataires, les moins pauvres contre plus pauvres encore.

"Dire comme le fait le FN, que l'immigration est à l'origine de la crise est un des plus grands mensonges du moment"

Dernier élément à prendre en compte, le vote FN est, dites-vous, un vote « pour », un vote sur un projet.

Alain Hayot. La thèse qui a consisté à penser le vote FN uniquement en termes de vote protestataire, tribunicien, est stupide. Jamais le vote communiste n’a été qu’un vote tribunicien, il a toujours été un vote pour un projet de société, on peut en dire tout ce que l’on veut, mais c’était une cohérence politique. On prend vraiment là le peuple pour des idiots culturels, avec cette vision élitiste. Un type qui vote FN, croit-on vraiment que c’est le « soupir de la créature opprimée » ? Il vote parce qu’il est convaincu que les projets du FN sont ceux que doit porter la société française tout entière. Et Sarkozy l’a bien compris, ça, en intégrant les grands axes de la proposition frontiste dans sa pratique politique.

La gauche se doit donc d’être porteuse d’un projet de société radicalement différent. C’est vrai que le PCF a été un peu gêné aux entournures par le passé parce que l’on tenait un discours antimondialisation. « Produisons français », ce n’est pas la bonne formule si on nourrit le sentiment que la France peut s’en sortir toute seule, alors qu’on sait qu’il faut une bataille au moins à l’échelle européenne.

Le FN dispose d’un levier puissant, il propose un « récit », un imaginaire politique.

Alain Hayot. Pour moi, l’aggiornamento à l’œuvre au FN est plus sur la démarche et l’orientation que sur le fond. Je ne crois pas à un rideau de fumée au FN, je crois qu’il se passe quelque chose de réel. La préférence nationale, Marine Le Pen ne la pose pas comme son père à travers la défense de la France éternelle, mais elle la met au service des Français pauvres : logement (même si ce n’est pas du logement social), école, santé. L’antimondialisme est mis au service d’une politique de repli, avec le retrait de l’euro.

Réfuter les arguments du Front national, ça se travaille ?

Alain Hayot. On me dit : « Tu devrais aller chercher dans le programme du FN tout ce qui montre qu’il est favorable au capitalisme » ; on ne trouvera pas, ils sont plus malins que ce que l’on croit ! Mais nous ne sommes pas démunis pour autant. Dire par exemple, comme le fait le FN, que l’immigration est à l’origine de la crise est un des plus grands mensonges du moment. Des pays dépourvus d’immigration comme l’Islande, ou à faible immigration encore, comme l’Espagne, ont pris la crise de plein fouet. La crise est aussi forte dans les pays d’immigration que dans les pays d’émigration. La crise, en Afrique, est-elle due à l’immigration ? Non, nous devons donc répéter que la migration est un phénomène qui a toujours existé, qui est appelé à se développer avec la multiplication des échanges, que tous les pays vont devenir à la fois des pays d’émigration et d’immigration. Un projet politique authentiquement de gauche aujourd’hui me semble devoir remettre en avant la question du vivre ensemble. On pourrait ainsi dérouler tous les thèmes chers au Front national et avancer sur la construction d’un projet. Un élu communiste qui accepte des caméras de surveillance ne mène pas selon moi le combat des idées ; veut-on vraiment une société où tout le monde se surveille, ou construire une société de solidarité ? La contre-offensive doit être sur le terrain des idées, des valeurs, des arguments.

Je note que la CGT a repris l’offensive, Bernard Thibault a écrit récemment que « la démarche du Front national divise les classes populaires, divise le monde du salariat, et laisse les classes populaires en grande fragilité face aux dominants, aux oligarchies qui gouvernent le monde ».

Alain Hayot. Il faut partir de l’idée que le FN a un projet politique, que ce projet fait des petits, qu’il essaime, il devient le projet de toute la droite, et devient le lieu où s’articulent des problématiques tout à la fois ultralibérales et ultraconservatrices. La question n’est plus de savoir si une alliance entre ces droites aura lieu, mais qui, à l’intérieur de cette alliance, aura l’hégémonie. Nous sommes face à ce danger considérable, tandis que le FN tisse son réseau dans l’appareil d’État. Si on s’imagine que l’on va s’en sortir en épousant les thèses de ceux qui creusent la désespérance sociale, comme le FMI, on se trompe. Nous avons évidemment une difficulté à nommer ce que l’on veut comme alternative au capitalisme. On dit anticapitalisme, altermondialisme, antilibéral ; on est dans « l’anti », mais quel est le système que l’on appelle, nous ?

Détourner les regards
Même s'il se rencontre dans toutes les couches sociales, le vote FN conserve des constantes fortes, dont il cherche à se débarrasser pour progresser. Vote particulièrement masculin (aux deux tiers) il est, note Alain Hayot, « concentré sur une classe d'âge particulière, celle des 35-49 ans ». Pas les plus jeunes, pas les personnes âgées donc, mais la classe d'âge « la plus inquiète pour son avenir ». La classe d'âge des actifs, qui voit l'ascenseur social fonctionner seulement dans les étages les plus élevés. Le cœur de cible du FN se résumerait donc à un agrégat de classes moyennes et couches supérieures, d'artisans ou commerçants, et, plus récemment, de paysans propriétaires. Ce qui fait dire à Alain Hayot que « le Front national pointe du doigt la victime, et fait de la victime le responsable du système. Il décale le regard ; au lieu de regarder vers le haut, vers les riches, comme ceux que décrivent les Pinçon-Charlot, il regarde vers le bas ». Détournant ainsi l'attention envers le processus de régression démocratique à l’œuvre, qu'a pu dépeindre par exemple Jacques Rancière, au profit des oligarchies financière et politique.

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Published by bruno fornaciari - dans FN democratie
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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 13:39

Les communistes exigent la fin du régime hyper-présidentiel

VIe République

Aurélien Soucheyre

Jeudi, 13 Novembre, 2014

PCF L’urgence d’une démocratie renforcée, des institutions aux entreprises, était au cœur d’un débat de la conférence nationale.

«Vivre la démocratie comme but et comme moyen. » C’est à cet objectif qu’a invité Pierre Dharréville, responsable au PCF de la commission démocratie, lors du débat sur la VIe République tenu pendant la Conférence nationale des communistes, le 9 novembre à Montreuil. Car, oui, ce dont souffre la Ve République et ce qui pousse à vouloir en construire une sixième est bien l’absence trop grande, et le recul, ressenti par tous, de la démocratie en France. « Quand une société souffre, lorsqu’elle veut un véritable changement, elle se pose toujours la question du pouvoir », a mesuré Patrice Cohen-Seat, membre du Conseil national. Partant du principe qu’« aucun pouvoir, aussi savant soit-il, ne saurait gouverner sans la souveraineté populaire », il a été proposé, en réponse à un exécutif toujours plus lointain et monarchique, d’élire les membres de l’Assemblée nationale à la proportionnelle, qui choisiraient ensuite le premier ministre. La question de supprimer les pouvoirs du président de la République a clairement été posée, tout comme celle de fusionner le Sénat avec le Conseil économique, social et environnemental, dont les membres seraient, là encore, élus au suffrage direct. « Nous souhaitons revaloriser la pratique du référendum. Par contre, la révocation des élus, si elle peut paraître séduisante, place la délégation du pouvoir personnifié au cœur du système et laisse penser que ça irait mieux en jetant un capitaine par-dessus bord pour en prendre un autre. La vraie révolution, ce n’est pas la révocation, c’est la VIe République citoyenne », a argumenté François Auguste, rapporteur de la séance, au sujet de la proposition lancée par le Parti de gauche (lire page 7).

« La mère des batailles »

Face à des institutions à bout de souffle qui font le jeu de Marine Le Pen, « tout comme la décadence de la IIIe République avait fait celui de Charles Maurras et de l’Action française », un délégué de Montrouge a réclamé davantage de démocratie directe à tous les échelons. Aline, de Charente-Maritime, a plaidé pour intégrer les salariés dans la gestion des entreprises. « On aura beau fonder la plus belle VIe République du monde, ça ne servira à rien sans sortir du carcan de l’Europe », tranche Kamel, du Pas-de-Calais. « Ils veulent aussi écarter les citoyens de l’échelon local avec la réforme territoriale. Valls dit que c’est la mère des réformes. Je dis que ce doit être la mère des batailles ! » lance un militant de l’Allier. « L’appareil d’État veut débarrasser la France de son “corset” démocratique, il y a un vrai risque. Il faut se battre pour un référendum », accuse Dominique Adenot, maire PCF de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (Anecr).

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Published by bruno fornaciari - dans democratie institution
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BRUNO FORNACIARI

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