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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 19:09
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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 08:40

Dossier - Formation des militants et identité communiste par Nathalie Ethuin, juillet 2006

Sciences humaines et politiques

par Nathalie Ethuin

Comment dire « nous » en politique ? Par quel processus se tisse une toile de significations revendiquée en commun ? Question classique de sociologie politique mais aussi préoccupation des militants et des dirigeants d’un parti comme le laissent apparaître les propos mis en exergue ci-dessous.

« Moi l’utilité de la formation au Parti, je le sentais un peu comme..., au-delà de ce brassage des expériences, qu’est-ce qu’on a en commun ? Pourquoi on est communiste ? Qu’est-ce que c’est d’être communiste ? Pourquoi un parti ? Pourquoi on ne dit pas la même chose que les autres ? Essayer de mieux maîtriser les raisons de tout ça. [1] »

Pour Michel Hastings, « les partis politiques constituent des ateliers d’identités et d’imaginaires collectifs, et participent à la structuration de grammaires culturelles régulièrement mobilisées par les militants [2] ». Le terme « ateliers » utilisé ici nous paraît particulièrement judicieux tant il convient de remettre sans cesse sur le métier les discours et les pratiques qui entendent donner corps à un « nous » partisan. En effet, les identités et les cultures partisanes ne sont pas des essences, des substances cristallisées une fois pour toutes.

Les identités collectives sont malléables et perméables ; elles sont la résultante d’un perpétuel travail de construction et de recomposition. Les partis politiques doivent donc être appréhendés comme des institutions, régis par des règles et des valeurs, producteurs de codes communs de signification et de conduites qui contribuent à produire des manières communes d’appréhender le monde social, celles-ci étant en constante évolution et renégociation [3].

En utilisant un tel cadre d’analyse, il est possible de prendre pour objet les processus d’homogénéisation et de (re)construction d’identités en évitant les écueils substantialistes d’une homogénéité postulée.

Concernant le Parti communiste français, les précieuses monographies dont il a fait l’objet ont indéniablement contribué à rompre avec une conception essentialiste des partis politiques et des cultures partisanes. Le PCF, si centralisé soit-il, n’est pas un bloc monolithique qui viendrait imposer de l’extérieur une culture communiste, dans laquelle les adhérents et les militants devraient se mouler en se débarrassant des oripeaux de leurs cultures locales, sociales, professionnelles. Pour le dire avec les mots d’Annie Kriegel, les communistes « ne sont pas des coquilles vides à farcir de marxisme [4] ».

Il est aujourd’hui indéniablement attesté que certains groupes professionnels ou certaines communautés locales ont servi de matrices à une adhésion communiste reposant sur des logiques identitaires différentes [5]. Néanmoins, après avoir déconstruit la présupposée homogénéité du PCF et renoncé à qualifier son essence, il reste que le PCF a été une institution allocataire de sens [6] et une matrice d’identification pour des milliers d’adhérents et de militants. Le PCF a représenté pour ses militants, à des degrés différents certes, une « institution boussole [7] ». Le PCF, malgré sa diversité interne, ne saurait être réduit à une juxtaposition d’organisations locales et fédérales [8]. Il contribue à travers de nombreux et complexes mécanismes de socialisation et pratiques unificatrices à produire une identité collective et une culture partisane tendant à minimiser les effets dissociatifs de l’hétérogénéité de ses membres.

Ces processus, par lesquels les organisations tentent de donner sens et cohérence à leur discours et leurs propositions, de bricoler une identité collective, de souder le « nous » partisan, sont essentiels pour la recherche sur les partis politiques [9]. Mais prendre pour objet ces processus éminemment diffus et protéiformes pose des difficultés d’investigation empirique. Prétendre étudier les mécanismes d’homogénéisation et de socialisation partisanes peut apparaître comme une gageure tant leurs modalités sont complexes et diffuses, leurs canaux et supports multiples. La socialisation partisane se fait avant tout par imprégnation, par immersion ; elle passe principalement par les discussions informelles entre militants, par les réunions diverses, par la lecture de la presse et de la littérature partisanes... Si l’on veut pénétrer la « boîte noire » des cultures et des identités partisanes, de leurs constructions et transformations, il faut choisir un poste d’observation restreint, qui rend possible un travail de terrain. Les écoles et les stages de formation partisane nous semblent constituer un objet et matériau particulièrement adapté (et très peu étudiés, au moins pour la période contemporaine) puisqu’ils ont explicitement pour fonction de former les communistes et de travailler à une unification du collectif. La formation des militants constitue en effet un laboratoire privilégié pour appréhender ces « discours de mobilisation politique [...] pouvant exercer un effet d’unification symbolique en fournissant aux agents des critères d’identité, des principes explicites et officiels d’appartenance, en leur disant explicitement ce qui les rassemble, sous quel rapport ils ont quelque chose en commun de plus essentiel et de plus déterminant que ce par quoi ils se distinguent [10] ».

L’objectif de cet article est d’explorer cette problématique de l’homogénéisation partisane et d’analyser, à travers les activités de formation organisées par le PCF, les tentatives de redéfinition et d’unification de l’identité collective et de (re)construction d’une culture communiste partagée.

Il peut paraître quelque peu paradoxal de proposer sur une telle problématique une étude très contemporaine du PCF, tant ce dernier semble souffrir justement d’une incapacité à souder ses membres et à proposer une identité partisane unificatrice. S’il est indéniable que l’institution communiste ne peut plus revendiquer aujourd’hui une identité et une culture communistes clairement définies et arrimées à des référents idéologiques et doctrinaux, la volonté de donner un sens relativement homogène aux choix stratégiques, de les justifier et de les légitimer n’a pas pour autant disparu. Qui plus est, il peut être d’autant plus intéressant d’étudier ces processus dans des contextes où l’institution est contrainte de changer, de modifier ses référents tout autant doctrinaux, mémoriels qu’organisationnels, et de proposer un récit identitaire profondément remanié.

Un séminaire organisé au Centre national de formation des communistes, à Draveil, en mai 2001, sur les façons de « traiter la question :“Quoi de neuf dans le capitalisme ?” dans les initiatives de formation » servira de point d’ancrage à ce travail. Deux éléments ont présidé au choix de ce matériau volontairement restreint : d’une part, il s’agit d’un séminaire ayant explicitement pour objectif d’« impulser une extension de l’offre de formation sur ce thème [11] », les participants sont alors amenés à formaliser ce qu’ils entendent par et attendent de la formation ; d’autre part ce séminaire est consacré à l’économie, et cette dimension nous semble être au c ?ur des processus identitaires chez les communistes. C’est en effet sur le terrain des analyses économiques et des alternatives que le PCF entend promouvoir pour « dépasser le capitalisme » que les débats et les affrontements internes se focalisent depuis de nombreuses années. Les tenants de l’expression « dépassement du capitalisme », préférée à celle d’« abolition », sont accusés par certains militants oppositionnels de liquider l’identité du PCF et de « se social-démocratiser ». Face à ces profondes dissensions, tout l’enjeu est de recréer de la consonance idéologique, en recourant notamment aux labels marxistes et révolutionnaires, matrices d’identification et de distinction [12]. À travers les discussions que nous avons pu suivre dans le cadre de ce séminaire et les entretiens effectués avec des économistes, nous pouvons repérer concrètement comment dans les discours sont bricolés ces référents et notamment la référence au marxisme. Rappelons que le marxisme pour les communistes est plus qu’un instrument d’analyse, il est un marqueur identitaire. D’ailleurs se dire marxiste ne suppose pas avoir lu et maîtriser l’ ?uvre de Marx [13]. Quand nous emploierons le terme de marxisme tout au long de cet article, c’est donc au sens de la doctrine que les communistes ont progressivement élaboré et constamment modifié. Autrement dit, lorsque nous disons que les communistes revendiquent toujours explicitement le label marxiste en le bricolant, ça ne signifie pas que nous décernons un brevet de marxisme au PCF. Ce n’est bien sûr pas à nous de trancher la question de savoir si les communistes sont « vraiment » marxistes eu égard à une exégèse savante du marxisme. Ce qui nous importe ici est de montrer pourquoi et comment ils se disent marxistes.

Les enjeux de la formation communiste aujourd’hui. Que reste-t-il de la formation des militants et des cadres ? Sans faire ici l’histoire du système d’éducation communiste, il est nécessaire de poser quelques jalons pour rendre compte de ses évolutions.

Le PCF a très tôt mis en place un système d’éducation, structuré en un cursus scolaire, proposant à l’échelle locale des écoles élémentaires, des écoles fédérales à l’échelle départementale et des écoles centrales, écoles de cadres d’un mois et de quatre mois.

Ce cursus scolaire était un passage quasi obligé pour accéder aux responsabilités quel que soit l’échelon dans l’appareil partisan ; il avait explicitement une vocation d’ascension dans les hiérarchies d’appareil. Il est d’ailleurs révélateur que le secteur Éducation relevait de la « section de Montée des cadres », rebaptisée en 1971 « secteur d’Aide à la promotion des militants ». L’histoire de ce secteur est évidemment bien plus complexe que ces quelques rappels pourraient laisser penser, mais il n’est pas le lieu ici de développer cet aspect [14]. En revanche, il est indispensable de revenir sur les transformations de ce secteur au cours des dix dernières années, marquées par l’abandon du cursus hiérarchisé et progressivement des écoles proprement dites. Ce n’est qu’au prisme de ces évolutions que l’on peut rendre compte des débats et réflexions actuels sur l’offre de formation au PCF.

Jusqu’au début des années 90, l’éducation des communistes consistait donc à la tenue régulière d’écoles dans les fédérations, le plus souvent d’une durée d’une semaine ou de quinze jours, et d’écoles centrales d’un mois et de quatre mois. Mais ce système ne résistera pas longtemps à la profonde crise qui affecte le Parti dès les années 80 et qui atteint son acmé dans les premières années de la décennie suivante. Sous l’effet d’une crise multidimensionnelle, organisationnelle, idéologique, électorale mais aussi financière, le réseau d’écoles se désagrège progressivement. La dernière école de quatre mois se tiendra à Draveil de février à juin 1994. En septembre 1994, une école de deux mois est mise en place mais ne réunira que huit élèves. Les écoles d’un mois deviendront alors les sessions de formation les plus longues, jusqu’à ce qu’elles disparaissent elles aussi du calendrier scolaire communiste en décembre 1995.Jusqu’en 1997,le centre de formation proposera encore des stages de deux semaines, mais à partir de l’été 1998, date de la tenue du dernier stage de dix jours, les « stages d’approfondissement de la politique du Parti » se dérouleront sur cinq jours au plus. L’offre nationale d’« initiatives de formation » est donc composée de stages de cinq jours ou de trois jours et de stages à thèmes organisés le week-end. Depuis 2003, le PCF ne possède plus de structure nationale d’accueil des stages puisque le centre de Draveil a été mis en vente. Ce sont donc aujourd’hui les fédérations, avec l’aide du secteur national, qui organisent les stages de formation.

Ces évolutions se sont accompagnées d’une modification sémantique, censée imprimer dans les mots « une conception totalement renouvelée » de la formation des communistes. À partir de 1994, il ne sera donc plus question d’« éducation » mais de « formation ». En 1996, les « stages » (puisque le terme « école » n’est plus en usage) ont pour vocation l’« aide à la formation des communistes » et depuis le XXXe Congrès la dénomination d’« initiatives de formation » a été préférée à la précédente. Derrière ces dénominations successives, le leitmotiv est de rompre avec la notion de cursus et de présenter « les initiatives de formation » comme un droit de tous les adhérents, sans distinction de responsabilité et d’ancienneté dans le Parti.

Si l’on se place désormais sur le seul terrain des thèmes économiques qui nous intéressent ici, quelques rappels, même lacunaires, s’imposent.

Quand le PCF proposait des écoles d’un mois et de quatre mois, il pouvait se targuer de proposer à ses militants et ses cadres une « analyse approfondie du capitalisme » revendiquant explicitement le label marxiste. L’économie politique représentait le volume horaire le plus important des cours et des lectures. Pas un élève d’une école centrale n’échappait aux longues heures de cours sur « le capitalisme, un mode de production et d’exploitation », « monnaie, système monétaire et financier et crises », le « capitalisme monopoliste d’État » ou encore « entreprise, classe ouvrière et salariat [15] ». Aucun ne pouvait se soustraire aux demi-journées de lecture des textes des économistes patentés du PCF mais aussi de Marx et notamment des canoniques extraits du Capital. Faire une école centrale signifiait travailler plus de dix heures par jour pour comprendre les propositions du Parti, les assimiler mais surtout s’imprégner de la théorie marxiste, pour au final penser « la perspective du socialisme ». C’est ce que rappelle Francette Lazard dans un rapport sur les activités d’éducation des communistes en 1982 :

« La vitalité de la démarche matérialiste et dialectique du marxisme et la rigueur de notre démarche stratégique se fécondent l’une et l’autre. Nous avons besoin du maximum de science économique pour saisir le mouvement de la crise et définir les nouveaux critères de la croissance ; du maximum de connaissances sur le vaste essor des sciences et des techniques pour penser les mutations en cours et anticiper leur évolution dans la perspective du socialisme ; du maximum de matérialisme historique pour élargir l’analyse des dimensions sociales et individuelles de la crise, pour enrichir notre compréhension des processus sociopolitiques, des comportements humains, à la lumière de notre projet auto-gestionnaire [16]. » Cet extrait révèle les objectifs attendus de l’éducation durant cette période. L’ambition est clairement affichée par le choix des termes utilisés : il s’agit de revendiquer la doctrine marxiste pour décliner le projet dont se veut porteur le PCF.

La fonction assignée aux écoles du Parti est de diffuser la ligne officielle et de légitimer les positions et propositions. Par les cours, il s’agit de fixer le sens que l’institution reconnaît à une stratégie. En fournissant un argumentaire clé en main, un prêt-à-argumenter aux élèves, le Parti s’assure d’un minimum de cohérence et d’unité. Les cours théoriques ont une visée politique, ils doivent motiver l’engagement mais en aucun cas semer le doute parmi les militants. C’est ce que rappellera Georges Marchais lors de l’inauguration de l’École nationale de Draveil en 1985, sur fond de crise aiguë entre la direction du Parti et un grand nombre d’intellectuels, dont certains enseignaient dans ces écoles : « Ces certitudes issues du patrimoine historique et idéologique du mouvement ouvrier et de l’analyse des réalités du mouvement social constituent la clé de voûte de l’identité révolutionnaire du Parti. Leur connaissance est essentielle à la maîtrise de notre politique, à sa mise en ?uvre. Elles doivent donc être au c ?ur de l’enseignement dispensé dans cette École nationale du Parti, qui n’est ni une université, ni un lieu de recherche [17]. »

Ces quelques rappels permettent de mesurer l’ampleur des évolutions concernant l’éducation et la formation au PCF et, partant, les difficultés, voire les apories, auxquelles sont confrontés les responsables de ce secteur aujourd’hui.

S’il ne saurait plus être question désormais de diffuser des « certitudes », tant elles ont été écornées par le désaveu des faits, il n’en reste pas moins que le PCF continue de revendiquer une grille de lecture marxiste à partir de laquelle il tente de proposer des « alternatives au capitalisme ». L’enjeu essentiel consiste aujourd’hui à rendre crédible cette revendication du label marxiste. La formation, selon ses responsables, pourrait jouer un rôle important dans cette mise en cohérence d’une identité communiste, arrimée à des référents idéologiques et théoriques dont la teneur serait précisée. Mais en cinq jours de stage tout au plus et en quelques heures qui plus est sur les questions relatives au capitalisme, comment faire ? L’intitulé de l’introduction du séminaire étudié ici laisse bien transparaître les enjeux de clarification et les questionnements identitaires sous-jacents : « Comment traiter la question “Quoi de neuf dans le capitalisme ?” dans les initiatives de formation. » « Savoir où on veut aller ; savoir comment on peut y aller ; savoir avec quels bagages on y va ». Le séminaire avait pour objectif de proposer quelques pistes de réflexion pour relever ce défi ; un participant au stage ironisera d’ailleurs : « On parle de défi mais donner à comprendre en trois heures ce qu’il y a de neuf dans le capitalisme, c’est plus qu’un défi, c’est presque une gageure ! »

Compte tenu de l’impératif de proposer des sessions de formation extrêmement courtes, comment alors les concevoir et qu’en attendre ?

« Donner des repères » pour « une appropriation des propositions du parti ». On l’a vu, l’objectif qui a présidé durant des décennies à la politique d’éducation était de diffuser l’orthodoxie pour s’assurer que les militants et les cadres agiraient bien dans le respect de la ligne officielle. Les écoles constituaient de puissants « opérateurs de discipline institutionnelle [18] ». Aujourd’hui les initiatives de formation ne revendiquent plus une telle fonction. Il s’agit même de s’en distinguer fondamentalement à l’heure où la diversité est présentée comme une richesse du Parti. Néanmoins, le contenu des formations reste articulé autour des propositions du Parti dont il convient de convaincre du bien-fondé. Le rôle reconnu aux initiatives de formation doit donc négocier avec ces injonctions quasi contradictoires. Pour résoudre ce paradoxe, les textes et les discours régissant la formation insistent sur la nécessaire connaissance des propositions du Parti pour mieux se les approprier, en être « coauteur » voire les critiquer : « Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles on a des idées, des propositions qui s’enracinent. Et donc permettre aux camarades de voir où sont ces enracinements, c’est leur permettre de mieux se les approprier, de pousser plus loin et d’être eux-mêmes contributeurs. Pour le dire autrement, la formation ce n’est pas de dire : “Voilà, la position du Parti là-dessus, c’est ça, ça et ça.” Ça, ils le trouvent ailleurs, les camarades. Mais c’est s’approprier des éléments de compréhension du réel qui ont permis de déboucher sur telle ou telle proposition. Cela peut leur permettre d’être partie prenante dans la réflexion du Parti sur ces questions [19]. »

Le problème qui se pose dès lors est de composer avec les contraintes inédites qui pèsent sur la formation. Pour le responsable national de l’époque, elles nécessitent une réflexion pédagogique plus poussée et plus ambitieuse. Les contraintes de temps et l’impossibilité de traiter en profondeur certains éléments obligeraient à une réflexion collective en amont sur ce qu’il est indispensable d’aborder. C’était d’ailleurs l’enjeu de ce séminaire que de s’accorder sur les concepts et analyses considérés comme indispensables pour donner à comprendre les évolutions contemporaines du capitalisme. Cela s’avère d’autant plus important que c’est avant tout sur ce terrain que se joue l’identité du PCF. Le Parti, par la voix de ses dirigeants et ici par celle des intervenants et animateurs de la formation, se doit de donner à voir et à entendre des propositions « alternatives » qui le distinguent des autres partis de gauche et le placent dans la filiation marxiste. Pour l’un des participants, « l’objectif est de mettre en capacité des militants à dialoguer avec les gens, mettre en capacité des militants à réagir en marxistes ».

Le marxisme est ici explicitement revendiqué comme grille de lecture et outil d’analyse. À la question de savoir pourquoi c’est ce thème « Quoi de neuf dans le capitalisme ? » qui a été retenu pour amorcer une réflexion visant à impulser des initiatives fédérales de formation, Claude nous répond : « D’abord parce qu’il recouvre beaucoup de choses. Ensuite parce qu’il y a... il y a plusieurs raisons en fait. Il y a une demande qui s’exprime souvent dans le Parti, disant :“On n’explique plus la plus-value, on n’explique plus le capitalisme”. Comment répond-on à ce qui est posé, c’est-à-dire comment fait-on saisir des apports essentiels sur l’analyse du capitalisme, en particulier les apports de Marx, et comment les fait-on saisir pour la compréhension des enjeux d’aujourd’hui [20] ? »

La dernière partie de cette citation révèle parfaitement ce qui est en jeu : se dire marxiste mais « marxiste de son temps ».

Comme le souligne Jean Baudoin, « la pensée marxiste n’est plus considérée comme un bloc qu’il conviendrait de défendre bec et ongles contre les agressions du dehors et du dedans. Il s’agit au contraire de la rendre à nouveau présentable en l’expurgeant de toutes les ambiguïtés et de toutes les adjonctions qui ont permis qu’on l’associe aux formes les plus détestables du communisme historiquement réalisé. Tel est le but : humaniser le verbe marxien au prix d’un véritable « lifting idéologique [21] ». C’est d’autant plus important, ajouterions-nous, que l’usage de ce verbe marxien peut apparaître comme le dernier rempart à une dilution de l’identité communiste.

Le bricolage [22] des référents marxistes et révolutionnaires.« Quand on dit “l’analyse de la crise du capitalisme”, c’est un peu le cours où l’on apporte des éléments marxistes d’analyse, et donc d’une certaine façon, moi je me disais au début :“Au fond tu es un peu dépositaire..., il te faut transmettre la flamme de ce qu’est le marxisme”, et c’est un peu compliqué. Tu ne te trouves pas seulement à devoir passer le message de la politique du Parti mais à passer toute une culture, toute une compréhension [23]. »

Comment mieux que par cet extrait d’entretien aborder ce qui se joue à travers la référence au marxisme chez les communistes ? Le marxisme n’est rien moins ici qu’une « culture », « une flamme à transmettre ».

Si l’heure n’est plus au « devoir de s’efforcer d’assimiler les principes du marxisme-léninisme », comme le stipulait l’article 7 des statuts de 1964, la référence à Marx n’a pas disparu des nouveaux statuts adoptés lors du dernier Congrès du PCF en mars 2006. On peut en effet lire dans le préambule : « Les motivations de l’adhésion au Parti communiste sont diverses, enracinées dans les valeurs, les apports et la créativité des combats révolutionnaires - nourris par les découvertes théoriques, les anticipations de Marx - pour se libérer du capitalisme,le dépasser... » Tout se passe comme si la référence à Marx était l’invariant, l’élément nodal qui permet de se dire encore communiste et de revendiquer une identité collective distinctive.

Reste à étudier dans les discours actuels des économistes et des dirigeants du Parti, comment ils bricolent ces référents pour souder le collectif partisan autour d’analyses et de propositions censées donner corps à l’identité communiste.

À l’heure en effet où le PCF revendique une « visée » totalement renouvelée, souvent perçue à l’extérieur mais également au sein même du Parti, comme un renoncement à une identité clairement communiste et révolutionnaire, se placer derrière la bannière marxiste pour légitimer ses analyses et ses propositions est un enjeu essentiel dans les tentatives d’homogénéisation d’une identité remaniée.

Bernard Pudal avait déjà souligné, à propos de l’aggiornamento des années 70, combien une « crise de l’institution conduit à un immense travail politique de renouvellement qui [a] pour fonction d’enregistrer, de retraduire, d’homogénéiser, de gérer les tensions, de penser les “filiations”, en un mot d’organiser le passage d’un état à un autre ». Toute refonte doctrinale engendrant une peur de « l’affadissement et de la dissolution de l’identité communiste », il avait montré quel rôle pouvaient jouer certains intellectuels, ces clercs qui, par « un intense travail de rationalisation susceptible de donner forme et sens à cette mutation » contribuent à conjurer ces angoisses existentielles [24].

Ce travail de rationalisation, de mise en cohérence et d’octroi de sens est d’autant plus central pour les directions aujourd’hui que la crise que traverse le PCF est d’une tout autre ampleur que dans les années 70. Les dissonances cognitives [25] auxquelles pouvaient être confrontés les communistes ont atteint leur apogée avec l’effondrement du bloc de l’Est et la disparition de l’URSS. L’échec irréfutable de la prophétie, la faillite sans équivoque du socialisme existant obligent plus que jamais à retailler une identité communiste, à « séparer l’idéal de son modèle concret soviétique et par conséquent le remanier de manière à pouvoir le conserver, et par là même à sauver le communisme en tant que grande idée et l’identité personnelle de communiste du même coup [26] ».

Outre les événements internationaux qui ont considérablement amplifié la crise idéologique, le PCF est confronté depuis plus d’une décennie à une crise électorale, organisationnelle et financière sans précédent. Sur le plan organisationnel, si les tendances ne sont pas officiellement reconnues, les contestations internes sont nombreuses et bruyantes. C’est dans ce contexte de dissensions internes qu’il convient d’étudier comment d’aucuns tentent de bricoler pour donner un sens unifié et cohérent à l’engagement communiste, comment ils essaient de revendiquer avec crédibilité le label marxiste et l’étiquette révolutionnaire.

En participant, dans le cadre d’une ethnographie des stages de formation, à plusieurs de ces sessions, nous avons pu repérer les argumentations et les justifications doctrinales et idéologiques qui prétendent fonder la légitimité des propositions et les auréoler des qualificatifs de marxiste et de révolutionnaire.

Le travail sur les mots : autour de la notion de « dépassement du capitalisme » . Les recompositions des identités collectives passent avant tout par un travail sur les mots. Pour Denis-Constant Martin, les mécanismes de construction d’un récit identitaire peuvent se décliner en six mots clés : dire, relier, choisir, distinguer, rassembler et changer [27]. Le PCF aujourd’hui doit proposer un récit et des marqueurs identitaires qui le relient à son passé tout en s’en distinguant, se doit de choisir des mots pour dire le communisme, pour rassembler les communistes.

Les discours sur le capitalisme et les alternatives que le PCF entend lui opposer offrent une focale d’observation privilégiée de ces processus. On peut ainsi repérer les mots qui ne changent pas, qui permettent de relier, mais on voit aussi effleurer les nouveaux vocables et les argumentaires par lesquels ils sont intégrés à la langue communiste.

Ce qui relie et rassemble est une position commune minimale sur l’analyse du capitalisme. Des expressions telles que « les ravages du capitalisme », « la logique dévastatrice de la course au profit » ou encore « les positions cyniques du grand patronat » émaillent les propos des communistes.

Encore faut-il conférer un sens commun à ces termes et c’est là l’enjeu des technologies d’institution unificatrices dont participe pleinement la formation. Depuis quelques années par exemple, la notion d’« émancipation humaine » a pris une place centrale dans le vocabulaire communiste ; ce thème fait alors l’objet de séances de lecture et de débats dans les stages d’approfondissement, il a aussi donné lieu à plusieurs publications dans les circuits éditoriaux du Parti (L’Humanité et les Cahiers d’histoire notamment), contribuant également aux processus d’homogénéisation.

Un des objectifs des activités de formation, aujourd’hui ouvertes à tous les adhérents, est de favoriser la cohabitation de militants de générations et de socialisations différentes. Le stock doctrinal et sémantique dans lequel un militant peut puiser diffère en effet selon le moment de l’adhésion et la carrière partisane. Les adhérents de fraîche date ne détiennent pas tous les mots de passe pour pénétrer l’univers sémantique des militants les plus aguerris et ne perçoivent pas toujours les enjeux des débats qui ont cours au sein du Parti. À titre d’exemple, on peut citer un épisode de la première séance du cycle des « Samedis de la formation » dans le Nord. Alors que le débat bât son plein sur la notion de dépassement du capitalisme, Bruno, qui a adhéré le 22 avril 2002, demande la parole : « Pour moi la question cruciale, c’est à qui s’adresse le PC aujourd’hui. Pour moi, le fait de se poser la question de l’abolition ou du dépassement du capitalisme, c’est comme si vous faisiez un débat sur le sexe des anges à Byzance ! Ce qui me semble important aujourd’hui, c’est de savoir qui peut encore entendre notre discours. »

Tandis que cette question du dépassement du capitalisme est perçue comme l’enjeu essentiel des débats internes par les plus anciens des militants, les novices peuvent donc y voir un débat byzantin, abscons ou stérile. On saisit bien à travers cette anecdote les effets de génération, les strates du Parti et les difficultés croissantes d’autocompréhension des communistes.

L’institution doit donc constamment travailler à unifier et homogénéiser un stock commun de connaissances et à imposer l’usage des termes et argumentations tenues pour légitimes à un moment donné.

Sur le plan des analyses du capitalisme, de nouveaux termes se sont lentement incrustés dans le lexique communiste qu’il convient de définir, en préciser la teneur et la signification mais surtout de les placer dans la filiation marxiste.

Des expressions comme « révolution informationnelle », ou « les nouveaux défis du capitalisme » et plus encore la notion de « dépassement du capitalisme » qui s’est substituée à celle d’« abolition » méritent clarification selon les responsables à la formation et les économistes. L’introduction de Claude Gindin lors du séminaire sur le capitalisme est de ce point de vue explicite : « La proposition est de s’en tenir à trois objectifs : clarifier la notion de capital, faire comprendre que le capitalisme est confronté à de nouveaux défis, montrer que l’on peut se battre pour d’autres réponses à ces défis [28] [...] » Sur le premier point, il faut historiciser le capitalisme, « s’entendre sur le fait que le capitalisme n’a pas toujours existé et que toute richesse n’est pas du capital. Le capitalisme est le produit d’une très longue histoire... ». Il faut faire « saisir le capital dans son essence de valeur qui se met en valeur, enracinée dans l’exploitation du travail salarié ». Enfin, « dans les explications sur les défis de notre époque, il y a besoin de faire toute sa place à la révolution dans les conditions de la progression de la productivité et de l’efficacité du travail humain qu’est la révolution informationnelle. En raison de son importance à l’échelle de l’histoire humaine, de l’hominisation. Et parce qu’elle est peu comprise dans sa nature et ses enjeux [29] ».

On voit bien ici l’importance stratégique de se mettre d’accord sur le sens des mots.

C’est la notion de « dépassement du capitalisme » qui nécessite le plus intense travail de définition pour la rendre légitime et revendiquée par l’ensemble des ressortissants de l’institution communiste. C’est en effet autour de cette expression que les débats internes se sont focalisés ces dernières années. Elle symbolise pour certains communistes l’ultime renoncement à l’identité révolutionnaire et l’acceptation du capitalisme qu’il suffirait d’« aménager dans une logique sociale-démocrate ». Comment alors faire le deuil de la notion d’« abolition du capitalisme » et la remplacer par une nouvelle expression quand on sait que « tout un univers de sens transite par ces manières partisanes de dire. Toute une économie du signe et du repère s’ébauche dans ces répertoires de mots drapeaux, de mots totems fonctionnant comme autant de symboles de condensation », comme nous le rappelle Michel Hastings [30] ? Pour imposer un nouveau drapeau sémantique, un travail d’argumentation serrée est nécessaire et les efforts d’explicitation, de légitimation et d’officialisation d’une telle expression se déploient souvent sur plusieurs années.

L’argumentation sur laquelle repose l’emploi de l’expression de « dépassement du capitalisme » consiste à démontrer en quoi elle s’inscrit directement dans les analyses de Marx tout en évitant les écueils auxquels a conduit la notion d’abolition. Pour un membre de la commission économique, « on introduit un terme qui n’est pas anodin effectivement, qui introduit à la fois la rupture mais la rupture pour faire mieux que le capitalisme. Et puis ce n’est pas la rupture le grand soir, mais ça s’inscrit dans un processus. Je crois que c’est Hegel qui introduit le premier la notion de dépassement, ce n’est pas Marx, Marx s’en ressert parce que Marx en parle, pas dans ses premiers textes mais dans ses textes plus aboutis [31] ».

Pour les économistes, cette notion de dépassement serait donc un retour à Marx dans le texte. Elle a des soubassements théoriques puisque c’est une notion centrale chez Hegel qui sera reprise par Marx. Dans des entretiens avec des intellectuels communistes italiens, on retrouve la même argumentation pour justifier l’emploi de l’expression « dépassement [32] ». Mais face à des militants et des dirigeants peu aguerris aux questions de philologie, il n’est évidemment pas question de se lancer dans une exégèse des textes de Hegel et de Marx. Il faut pourtant souder le collectif partisan autour de cette notion, en la débarrassant du stigmate social-démocrate et l’inscrivant dans « une perspective révolutionnaire ». C’est justement en précisant ce qu’ils entendent par cette dernière expression qu’ils entendent démontrer en quoi le dépassement du capitalisme serait « vraiment révolutionnaire ». En se distinguant de la croyance dans le Grand Soir que condensait le terme « Révolution », les communistes veulent continuer à se dire révolutionnaires mais au prix d’une redéfinition de cette étiquette, pour mettre en cohérence les propositions et la « visée communiste » selon la terminologie en vigueur. C’est le sens de cet argumentaire de Paul Boccara, répété à l’envi : « Dépasser c’est supprimer véritablement ; ce n’est pas seulement supprimer, c’est supprimer pour faire mieux. Être révolutionnaire, ce n’est pas seulement tout casser ; être révolutionnaire, et c’est tout le marxisme, c’est supprimer le capitalisme pour faire mieux [33] ! » Le dernier congrès du PCF, qui s’est tenu en mars 2006, a été de nouveau le théâtre de débats sur cette expression, preuve que l’homogénéisation discursive est un travail au long cours !

Des propositions « pour une transformation révolutionnaire ».La formation doit donc être aussi un canal de diffusion des propositions prônées par le Parti. L’objectif est de convaincre de leur légitimité, de les expliquer et de les justifier en les arrimant au projet de « transformation révolutionnaire ».

Les propositions sont expliquées dans leur contenu pour ne pas en faire de « simples slogans » mais leur donner de la concrétude. La proposition qui fait l’objet des plus amples développements dans les stages est la « sécurité d’emploi et de formation ». Cette proposition apparaît sous la plume de Paul Boccara en 1996, mais de nombreux militants déplorent ne pas savoir ce qu’elle recouvre précisément. Les stages sont alors l’occasion d’expliquer ce qu’elle signifie, pour convaincre de son intérêt en espérant que les stagiaires s’en feront les meilleurs prosélytes. Outre les explications techniques, l’entreprise de conviction (relayée par les militants) passe par le recours à un symbole fort : la sécurité d’emploi et de formation entend être « une avancée aussi importante que la sécurité sociale à la Libération ». Il est difficile d’attribuer un auteur précis à cette formule tant elle est reprise dans les discours communistes. On a là un cas exemplaire d’homogénéisation argumentative. On saisit bien aussi à travers cet exemple combien la volonté de rassembler les militants derrière une proposition nécessite de réactiver des symboles, de trouver des raccourcis signifiants.

Enfin, il convient pour les conférenciers de montrer en quoi ces propositions sont révolutionnaires et se distinguent de propositions portées par d’autres organisations. La sécurité d’emploi et de formation viserait pleinement à « la transformation révolutionnaire » puisqu’elle aboutirait au « dépérissement du marché du travail » ; elle s’inscrirait donc dans une « cohérence pour une construction de réponses de dépassement du capitalisme [34] ». En expliquant les « alternatives au capitalisme », en s’efforçant de les rendre concrètes, l’objectif est de « donner du grain à moudre » aux militants pour motiver leur engagement. « Le plus important c’est de resituer nos bagarres quotidiennes dans une perspective transformatrice d’ensemble, pour ne pas désespérer » : c’est sur ces mots qu’Yves Dimicolli conclura le séminaire.

Reste donc à marquer la différence avec les autres organisations, notamment de gauche. Le « nous » se fait ici plus solennel, il est constamment martelé pour appuyer la distinction. Nous ne prendrons ici que l’exemple des discours de distinction par rapport au PS. C’est en effet ce qui est en jeu dans les conflits internes du PCF : de plus en plus de militants accusent la direction de réduire le PCF à n’être plus que l’aile gauche du Parti socialiste. Il faut donc sans cesse rassembler dans la différence, rappeler ce qui distingue le « nous » du « eux ». Là encore il s’agit de processus éminemment diffus que nous ne prétendons pas étudier ici. Mais ils passent en partie par ces discours de justification et de légitimation sur les propositions économiques. Laissons donc une dernière fois la parole à un intervenant du séminaire étudié :

« Le Parti socialiste propose, lui, le plein-emploi ; on n’est donc pas d’accord sur l’objectif fondamental. Parce que le plein-emploi c’est quelque chose de très traditionnel, c’est une solution qui a été inventée pour sortir de la crise de l’entre-deux-guerres. Le Parti socialiste propose de faire quelque chose qui a été inventé pour un autre type de crise, nous, on propose non seulement de sortir de ce type d’aménagement, mais en même temps d’essayer de résoudre complètement les problèmes. »

[1] Entretien avec un intervenant dans les stages de formation du PCF.

[2] Michel Hastings, « Partis politiques et administration de sens », in Dominique Andolfatto, Fabienne Greffet, Laurent Olivier (dir.), Les Partis politiques : quelles perspectives ?, L’Harmattan, 2002.

[3] Jacques Chevallier (dir.), L’Institution, CURAPP, PUF, 1981.

[4] Annie Kriegel, Les Communistes français. 1920-1970, Le Seuil, 1985.

[5] On pense notamment aux travaux de Michel Hastings sur Halluin, d’Annie Fourcaut sur Bobigny, de J.-N. Retière sur Lanester ou encore aux travaux de J.-P Molinari sur les ouvriers communistes.

[6] Nous empruntons cette expression à P. Bréchon,A. Laurent, P. Per-rineau (dir), Les Cultures politiques des français, PSP, 2000, p. 10.

[7] Michel Hastings, « Partis politiques et administration du sens », op. cit.

[8] Cf . F. Sawicki, Les Réseaux du Parti socialiste. Sociologie d’un milieu partisan, Belin, 1997,p. 30.

[9] De nombreux chercheurs ont récemment remis à l’agenda scientifique cette problématique de l’homogénéisation et de la construction d’identités et de cultures partisanes : outre le livre plus ancien de M. Offerlé, Les Partis politiques, PUF, 1987 ; Cf. D. Cefaï (dir.), Cultures politiques, PUF, 2001 ; et notamment les articles de D. Cefaï, « Expérience, culture et politique », M. Lazar « Cultures politiques et partis politiques en France », et F. Sawicki, « Les partis politiques comme entreprises culturelles ».

[10] Luc Boltanski, Les Cadres. La formation d’un groupe social, Minuit, 1982, p. 257.

[11] Introduction du séminaire par Claude Gindin, délégué national aux initiatives de formation au moment de la tenue du séminaire.

[12] Nous ne pouvons évidemment pas citer la littérature foisonnante sur l’identité, rappelons juste le propos synthétique de Jacques Chevalier : « Dès l’instant où un groupe se forme, où une entité collective est organisée, il y a production de signes distinctifs, qui vont conduire les membres à se reconnaître à la fois comme différents de ceux qui sont en dehors du groupe et comme semblables à ceux qui sont dans le groupe : l’identité collective se caractérise ainsi par un double aspect, négatif de différenciation vis-à-vis de l’extérieur, et positif de partage d’un certain nombre de traits communs »,J. Chevallier (dir.), L’Identité politique, CURAPP, PUF, 1991, p. 6.

[13] On sait que les inventeurs du marxisme comme doctrine politique en France à la fin du XIXe siècle n’étaient pas des lecteurs assidus de Marx. Cf. Marie Ymonet, « Les héritiers du Capital. L’invention du marxisme en France au lendemain de la Commune », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 55, novembre 1984.

[14] Pour l’histoire de la mise en place de ce cursus scolaire communiste et de ses premières années de fonctionnement, voir Danielle Tartakowsky, Les Premiers Communistes français, PFNSP, 1980 ; Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, PFNSP, 1989 ; Claude Pennetier et Bernard Pudal, « La certification scolaire communiste dans les années 30 », Politix, n° 35, troisième trimestre 1996 ; et Yasmine Siblot, La Formation politique de militants ouvriers. Les écoles élémentaires du Parti communiste français de leur constitution au Front Populaire, Les Cahiers du Centre fédéral, septembre 1998, FEN-UNSA.

[15] Les intitulés et les contenus des cours évoluent bien sûr au gré des recompositions idéologiques et programmatiques. Ces évolutions méritent une analyse en soi mais cette dimension excède le cadre de la présente étude. Ces intitulés de cours ne sont donc que des exemples.

[16] Francette Lazard, « Des communistes riches d’idées, riches d’initiatives », Rapport sur l’éducation communiste au Comité central du 16 avril 1982, L’Humanité, 17 avril 1982.

[17] G. Marchais, « Pour une civilisation nouvelle. Pour la libération humaine », allocution prononcée lors de l’inauguration de l’École nationale du PCF, Draveil, 28 septembre 1985.

[18] D Cefaï, « Expérience, culture et politique » p. 106, in D. Cefaï (dir.), Cultures politiques, PUF, 2001.

[19] Entretien avec Claude Gindin, délégué national aux initiatives de formation, le 12 novembre 2001.

[20] Ibid.

[21] Jean Baudouin, Mort ou déclin du marxisme ?, Montchrestien, 1991, p. 102.

[22] Le concept de « bricolage » nous paraît particulièrement opérationnel ici puisqu’il s’agit bien, conformément à la définition de Roger Bastide, de « rester dans un univers de référence mais en agençant spécifiquement les topiques des discours, [visant à] la création d’un ensemble homogène, cohérent, neuf mais inscrit dans la tradition ». Roger Bastide, « Mémoire collective et sociologie du bricolage », L’Année sociologique, 1970.

[23] Entretien avec M. E., 12 octobre 1999.

[24] Bernard Pudal, Prendre parti, op. cit., pp. 281 et suivantes.

[25] Sur la notion de dissonances cognitives, cf. Festinger, Hank et Riecken, L’Échec d’une prophétie, PUF, 1993, 1reédition 1956.

[26] Esther Duflo et Pierre Serne, « Que reste-t-il des idéaux ? », in Michèle Bertrand, Gilles Campagnolo, Olivier Le Guillou, Esther Duflo et Pierre Serne, La Reconstruction des identités communistes après les bouleversements intervenus en Europe centrale et orientale, L’Harmattan, 1997, p. 89.

[27] Denis-Constant Martin, « Identité et politique. Récits, mythes et

[28] Claude Gindin, introduction du séminaire « Comment traiter la question “Quoi de neuf dans le capitalisme ?” dans les initiatives de formation », tapuscrit non publié.

[29] Ibid.

[30] « Partis politiques et administration de sens », op. cit., p. 10.

[31] Entretien, 12 novembre 2001.

[32] Gilles Campagnolo, « Chroniques d’une dissolution annoncée »,

[33] Déclaration de Paul Boccara lors du débat : « Le capitalisme et la critique marxiste », qui s’est tenu à la fête de l’Humanité, dimanche 16 septembre 2001 au Village du Livre.

[34] Titre d’un exposé de Paul Boccara, dans le cadre des Journées de réflexion sur le thème : « Mégafusions, délocalisations, quoi de neuf dans le capitalisme ? Quelle alternative ? », 26 et 27 novembre 199, Centre de formation des communistes, Draveil.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 17:18
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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 13:55
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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 22:34

Lucien Sève "L’urgence historique de penser avec Marx le communisme"

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUCIEN DEGOY

VENDREDI, 30 AOÛT, 2013

Les séries d'été de l'Humanité : Penser un monde nouveau Pour le philosophe, avec un capitalisme confronté à des crises ultra-profondes, les présupposés du communisme sont là. L’enjeu anthropologique est posé pour réactualiser la visée communiste.

Lucien Sève, agrégé de philosophie en 1949, a publié ses premiers travaux au milieu des années 1950, qu’il consacre à la philosophie universitaire française, adversaire impitoyable du matérialisme et de la pensée dialectique. Son engagement politique au Parti communiste lui fermera les portes de l’enseignement supérieur en dépit de la notoriété qu’acquièrent ses recherches qu’il consacre à la question de l’individualité et de la personne. Marxisme et Théorie de la personnalité (Éditions sociales, 1969) sera plusieurs fois réédité et augmenté. Durant les décennies ultérieures, l’histoire du matérialisme, la dialectique, les sciences de la nature et la bioéthique, l’anthropologie, la religion occupent une part notable de ses recherches, l’autre versant étant consacré à l’étude de la philosophie de Marx dont il traduit nombre de textes, à la théorie de l’État et à la question du communisme. Communisme, quel second souffle ? (Messidor-Éditions sociales, 1990) développe ses conceptions sur la nécessité impérieuse d’une « refondation » du communisme et de l’intervention politique initiée en 1984. Il entend replacer paradoxalement Marx à la croisée des interrogations contemporaines : le politique, l’anthropologique, le philosophique, le communisme. Il s’investit alors dans le projet colossal d’écrire une tétralogie, Penser avec Marx, qui devrait lui demander une quinzaine d’années de labeur. Marx et nous inaugure la série (2004) aux éditions la Dispute. Vient ensuite l’Homme (2008). La Philosophie et le Communisme devraient suivre.

« Penser un monde nouveau », nous a suggéré cette série d’été de l’Humanité. Depuis que vous êtes entré en philosophie n’est-ce pas aussi votre propos ? Penser la nouveauté, le renouvellement, osons le mot, la révolution ?

Lucien Sève. Oui, osons le mot révolution, il en est grand besoin, mais pensons la chose à neuf, de cela aussi il est grand besoin. Quand j’ai commencé à penser, au lendemain de la guerre, il y avait – ça m’a énormément impressionné – une très grande pensée de la révolution communiste nécessaire. Marx, Lénine, Rosa Luxemburg, Gramsci, Jaurès, Lukacs, Mao… La plus ambitieuse action politique coïncidait avec la plus haute réflexion. Mais la visée communiste était alors immature, dans les faits et dans les consciences. Et alors qu’aujourd’hui elle revient plus fort encore à l’ordre du jour, où est la grande pensée actualisée du communisme ? On la cherche… Or sans cela comment changer le monde ? C’est mon souci d’origine, et c’est ce que je cherche à nouveau avec cette tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui – je suis dans la longue écriture du tome 3 sur la Philosophie –, dont le dernier volume portera sur le communisme…

Dans quelle mesure cette tâche est aussi celle de tout un chacun ? Faut-il être philosophe pour penser vraiment ?

Lucien Sève. Si c’est bien un communisme qu’on vise, alors oui vraiment c’est à « tout un chacun », et chacune, de le penser… Nul besoin d’être philosophe pour ça, je dirais même : surtout pas, s’il s’agit de cette philosophie qui se borne à interpréter le monde pour ne pas le transformer. En même temps, pas de démagogie : penser, ça s’apprend. « Tout homme est philosophe », a écrit Gramsci. En puissance, certainement. Mais en fait, sûrement pas, tant qu’on n’a pas appris cette chose cruciale qu’est le maniement des concepts scientifiques et des catégories philosophiques – par exemple, socialisme et communisme, ce n’est pas du tout la même idée. Et penser théoriquement, ça ne s’apprend avec personne mieux qu’avec Marx… D’où ma tétralogie, où je vise en permanence à une érudition largement accessible…

« Apprendre », dites-vous avec Marx. Il est vrai qu’on parle désormais d’un « retour » de Marx, quoique ce retour soit très disparate. Y aurait-il autant de Marx que de lectures possibles de Marx ?

Lucien Sève. Grave question. Je maintiens qu’hélas nous manquons dramatiquement d’une grande pensée actualisée du communisme, et pourtant il se fait beaucoup de travail théorique sur Marx. Mais pour une très grande part c’est sans cohérence globale, ça ne construit rien de bien utilisable parce que ça va dans des sens disparates. Par exemple, le thème majeur de l’aliénation est très heureusement redevenu d’actualité. Mais il n’a ni le même sens ni les mêmes conséquences pratiques selon qu’on a en vue l’aliénation telle que la pensait le jeune Marx dans les Manuscrits de 1844, c’est-à-dire comme une malédiction pesant on ne sait trop pourquoi sur le travail salarié, ou comme elle devient dans le Capital, la métamorphose des immenses puissances sociales humaines en forces aveuglément destructrices faute d’être appropriées par tous, ce qui met à l’ordre du jour un communisme… La pluralité des regards sur Marx est féconde, mais la pluralité des Marx est ravageuse. S’entendre davantage sur Marx, aux divers sens du verbe s’entendre, est une urgence majeure. Encore faut-il d’abord se lire… Qui dira le mal que nous font certaines exclusives concurrentielles ?

À ce propos, il existe une école de pensée historique qui fait de Marx et de ses successeurs du mouvement ouvrier des utopistes, comme le furent avant eux de grands penseurs politiques. Vous récusez pourtant l’utopisme de Marx ?

Lucien Sève. Voilà justement un bel exemple de divergence qui n’a nul lieu d’être. Parce qu’il y a trois choses incontestables à dire sur le sujet, et qui règlent la question. D’abord, l’évidente richesse de pensée des grands utopistes ; chez Saint-Simon, Fourier, Owen, même dans un premier temps Proudhon, Marx apprend des choses dont certaines le marqueront jusqu’au bout, et qui peuvent encore nous donner à penser à nous-mêmes. Ensuite, la très grave limite de toutes les pensées utopiques, c’est-à-dire leur incapacité à résoudre la question décisive du « que faire ? » – d’où l’espoir naïvement mis dans l’aide d’un riche philanthrope, voire de l’État bourgeois… C’est de cette démarche utopiste que Marx est l’impitoyable critique, comme l’a bien montré Jean-Jacques Goblot dans ses Essais de critique marxiste (1). Et en troisième lieu – c’est le plus important –, la façon dont Marx pense et nous invite à penser le futur : aux antipodes du vœu pieux, à partir du mouvement réel. Parce que, vue matérialiste historique capitale, les contradictions de toute formation sociale tendent à produire aussi des présupposés de son propre dépassement. Aujourd’hui même, à travers les pires gâchis capitalistes, du possible communisme s’esquisse dans une productivité réelle du travail sans précédent, un développement multiforme des individualités, une planétarisation de la vie sociale… Dans les Grundrisse, Marx écrit que si les conditions matérielles d’une société sans classes ne se formaient pas sous le masque dans la société actuelle, toute tentative d’en finir avec elle « ne serait que donquichottisme ». On veut savoir ce que sera le futur ? Regardons bien ce qui mûrit au présent. C’est pourquoi faire de Marx un utopiste est pire qu’un contresens : une vraie faute politique.

Mais cette idée de présuppositions objectives ne relève-t-elle pas d’un déterminisme historique qui a été beaucoup reproché aux marxistes et à Marx lui-même (le capitalisme produirait fatalement ses propres fossoyeurs), et que le XXe siècle a bien mis à mal ?

Lucien Sève. On peut certes la prendre en un sens naïvement déterministe régulièrement démenti par les faits… Mais ce n’est pas obligé, et pour l’essentiel ce n’était pas du tout le point de vue de Marx. Les présupposés objectifs du futur, ce sont des possibles, seulement des possibles, qui ne se déploieront pas tout seuls. C’est pour ça qu’il est si important que nous les percevions bien et les aidions à se développer, mais ils n’en sont pas moins de majeure importance, parce que sans eux le futur que nous rêvons resterait en effet à jamais un rêve. Est-ce que, par exemple, il y a dans la réalité présente des présupposés majeurs économiques, technologiques, sociétaux, politiques, culturels… d’une complète émancipation des femmes ? Oui, et de maintes sortes. Ce qui ne rend pas cette émancipation fatale, ni facile, mais constitue un atout crucial pour parvenir à l’imposer.

Et qu’est-ce qui vous fait croire que cette émancipation et ce monde à venir ne peuvent être portés par le capitalisme lui-même ? N’a-t-il pas démontré, en un siècle et demi et en dépit de ses monstruosités, des capacités d’adaptation, de plasticité qui lui ont épargné jusqu’ici toutes les fins qu’on lui prédisait ?

Lucien Sève. Je tiens en effet pour capital de mesurer que nous sommes entrés dans la phase historique terminale du capitalisme, c’est pour cela qu’actualiser la visée du communisme est d’une telle importance. À moins de ça, on est complètement au-dessous de la tâche. Je connais par cœur les objections : ce serait sous-estimer ridiculement le dynamisme du capitalisme qui s’en sort toujours, ou encore les marxistes ont d’ailleurs passé leur temps à annoncer la chose sans qu’elle ne se produise jamais… De mémoire de rose, on n’a jamais vu non plus mourir de jardinier, et puis un beau jour… Pour autant qu’on puisse répondre en deux phrases à cette question colossale, je dirais qu’il y a deux groupes impressionnants de raisons de penser que vient bien la fin du capitalisme. D’abord, justement, il parvient à l’évidence de plus en plus mal à surmonter ses crises ultra-profondes : crise des dettes, crise d’efficacité, crise écologique, crise anthropologique, et par-dessus tout sans doute crise de sens historique. Et en même temps, on voit monter en nombre des présupposés d’un ordre social et planétaire de vaste mise en commun et gestion concertée de puissances sociales humaines en train de changer d’ordre de grandeur, qui ne peuvent d’évidence plus tenir dans la camisole dérisoire de l’appropriation privée et du pilotage de caste. Ce ne sera ni bref ni simple, nous sommes dans une zone de tempêtes historiques, mais on commence à voir nettement, en même temps que l’éventualité de catastrophes indicibles, une sortie lumineuse possible…

Justement, tout un pan de vos recherches a porté sur la théorie de la personnalité, sur les rapports interindividuels et leur évolution. Considérez-vous que le capitalisme a façonné un individu entièrement soumis à la loi de l’argent ? Ou bien plutôt que cet individu est déjà mûr pour le communisme ?

Lucien Sève. Le marxisme traditionnel ne voit en Marx qu’un théoricien du social. Je travaille depuis plus d’un demi-siècle à faire corriger cette dramatique erreur. Marx est un penseur de l’essentielle dialectique entre socialité et individualité humaines, donc des conditions de l’émancipation historique plénière de tous les individus, laquelle est le sens même du communisme marxien. Or, en cette matière, nous vivons un antagonisme extraordinaire entre deux tendances. Dans ses efforts pour émerger de ses crises, le capitalisme pousse à un point inouï à la fois le déchaînement de l’individualité marchande-concurrentielle et le sacrifice de masse des individus ; de sorte que le genre humain est maltraité par lui d’aussi grave façon que la planète. C’est pourquoi je milite pour que la cause anthropologique soit prise au sérieux tout autant que la cause écologique. Nous vivons contradictoirement une montée multiforme, impressionnante de l’individualité autonome, qui va d’un accès sans précédent aux savoirs et la culture à une ardente exigence d’égalité en droits, d’une indépendance revendiquée envers tous les pouvoirs aliénants à un début de floraison d’initiatives pour prendre son sort en main. En ce sens, oui, sans se raconter d’histoires car les choses sont violemment contrastées, je pense que nous vivons le manifeste essor d’un présupposé majeur de communisme.

En fin de compte, l’individu communiste, ce serait un individu totalement émancipé ?

Lucien Sève. Autant que le permettra le niveau de développement historique atteint, mais d’abord un individu pleinement développé comme producteur qualifié, citoyen compétent, individu inventif, apte à l’initiative autonome et concertée. Acteur d’une forme sociale où, comme il est dit dans le Manifeste communiste, « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Quelle relation établir entre cette émancipation souhaitable des individualités et l’intervention politique concrète aujourd’hui ?

Lucien Sève. Si l’on partage l’idée que le communisme c’est vraiment pour maintenant – un maintenant à l’échelle du siècle –, et que l’essor contrarié mais inarrêtable des individualités en est le présupposé le plus significatif, alors il y a d’évidence à en tirer des conséquences politiques révolutionnaires. Pour le dire d’une phrase, c’est vraiment le moment de prendre au sérieux comme on ne l’a jamais fait le mot d’ordre de Marx : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Veut-on savoir ce qu’il y a à changer dans nos idées et nos pratiques ? Qu’on passe en revue tout ce en quoi la façon toujours dominante de faire de la politique se propose en fait d’apporter l’émancipation aux travailleurs. Tout ça tourne le dos au communisme, roule pour une façon de faire de la politique dont bientôt plus personne ne voudra… Pourquoi la cause communiste, d’une criante urgence historique en son principe, reste-t-elle depuis des décennies si peu mobilisatrice ? Voilà la question qui doit obséder. J’avance une hypothèse : parce qu’on ne la traite toujours pas de façon vraiment communiste, c’est-à-dire en misant tout sur l’initiative responsable des acteurs sociaux eux-mêmes, le rôle de l’organisation n’étant autre que de les y aider. Il va y avoir trente ans, avançant devant ce qu’on appelait alors au Parti communiste le Comité central ce qui me paraissait être l’exigence d’une « refondation communiste », j’avais cru pouvoir dire : « Nous mourons de soif auprès de la fontaine… » Je le pense toujours.

(1) L’Utopie en débat. Éditions la Dispute, 2011, p. 187-203.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 10:12

Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey pour Alternatives Economiques

Derrière l’imposture de la « science » économique, qu’y a-t-il ?

Je salue à mon tour la publication de l’ouvrage de l’économiste australien Steve Keen, L’imposture économique, dont la nouvelle édition vient d’être traduite en français (Les Éditions de l’atelier, 2014, avec une préface de Gaël Giraud)[1]. Il propose une critique minutieuse de toutes les hypothèses et de tous les résultats de la théorie néoclassique qui a établi une domination sans partage sur l’enseignement universitaire, la recherche et les revues académiques, sans parler des médias. Ce livre procurera une véritable jubilation à tous ceux qui en ont marre de voir l’absence de rigueur logique chez les plus hautes sommités, pourtant récompensées par les titres, les honneurs et les places de pouvoir pour reproduire le monopole d’une discipline qui a tout du charlatanisme. Ladite science économique est une gigantesque imposture. Mais que cache cette imposture de nature intellectuelle, conceptuelle et épistémologique ? Cet ouvrage va-t-il jusqu’au bout de sa critique ? Essayons de voir cela en suivant les étapes principales du parcours auquel nous invite l’auteur.

1. La déconstruction de la « science » économique officielle

Le livre de Keen se compose de trois parties. Les deux premières montrent que les fondements de la théorie qu’on appelle néoclassique depuis le début du XXe siècle sont dépourvus de toute logique et sont même totalement incohérents. Non seulement les hypothèses retenues sont introuvables dans la réalité, mais les conclusions sont absurdes.

La « loi » de l’offre et de la demande n’est pas une loi

Le pont aux ânes de l’économie du café du commerce est la fameuse loi de l’offre et de la demande. Qui oserait la mettre en doute ? Pourtant, chacun des deux côtés de cette prétendue loi, censés se couper en un point déterminant le prix auquel s’équilibre le marché, souffre d’un vice congénital : l’impossibilité de passer d’un raisonnement mené à l’échelle individuelle (microéconomique) à un raisonnement global (macroéconomique).

Le problème examiné par Keen dans sa première partie est celui de l’agrégation des comportements individuels pour aboutir à un comportement global. Suffit-il d’ajouter les premiers pour définir le second ? Vieille question : la société est-elle la somme des individus ? Oui, répondent tous les économistes libéraux. Patatras, ce sont les meilleurs théoriciens néoclassiques qui, cherchant à démontrer la pertinence de cette assertion, ont abouti à démontrer le contraire. Et cela, pour la demande comme pour l’offre.

Du côté de la demande, on pourrait croire que, puisque la demande de consommation d’un bien par un individu évolue habituellement en sens inverse de son prix, le même phénomène pourrait être retrouvé au niveau de l’ensemble de l’économie : la demande globale d’un bien baisserait quand le prix monte. Faux, dit le théorème appelé « Sonnenschein-Mantel-Debreu », du nom des trois économistes qui, tels des kamikazes, s’étaient lancés dans les années 1970 dans la quête du Graal économique, et qui ont lucidement accepté de se faire hara-kiri. Pour que la loi de la demande soit vérifiée, il faudrait que tous les individus aient les mêmes goûts et préférences (impossible sauf à abandonner l’hypothèse d’indépendance des individus) et que la variation de leurs revenus ne modifie pas leurs préférences (impossible sauf à supposer que tous les revenus varient semblablement ou qu’il n’y a pas d’interférences entre les décisions des uns et celles des autres). La théorie de la demande globale suppose donc qu’il n’existe qu’un seul consommateur et qu’un seul bien. Idiot, comme Marx l’avait déjà dit en dénonçant cette « robinsonnade ». Résultat : la demande globale peut évoluer dans n’importe quel sens quand les prix varient ; par exemple elle peut augmenter quand le prix d’un bien de première nécessité augmente si les individus ne peuvent plus acheter que celui-là. La courbe de la demande globale n’est donc pas forcément décroissante, parce que l’« effet de revenu » peut contrecarrer l’« effet de substitution ». Les théoriciens de l’« équilibre général » ont dû admettre que, l’élasticité de la demande par rapport au prix n’étant pas toujours négative, la « loi » n’est vraie que si… on est déjà à l’équilibre… Dur, dur, une démonstration qui suppose le problème résolu.

Du côté de l’offre, on arrive aux mêmes incohérences. La théorie néoclassique dit que l’entreprise atteint son point optimum de profit lorsqu’elle égalise son prix avec son coût marginal. Mais pour que cette égalisation puisse être réalisée, il faut supposer que les coûts marginaux sont croissants, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais de rendements croissants dus à des économies d’échelle, sinon cela impliquerait que toute entreprise aurait intérêt à augmenter indéfiniment sa production et donc à demander une quantité illimitée d’inputs. Pour contourner ces difficultés, les néoclassiques ajoutent d’autres hypothèses : existence de coûts fixes (les fonctions d’offre sont alors discontinues), accès limité (donc pas de libre entrée, l’une des conditions de la concurrence parfaite).

Le mythe de la concurrence parfaite

Le pire est à venir pour la microéconomie néoclassique : « Les producteurs s’efforcent de maximiser leur propre bénéfice – leurs profits – et non les bénéfices de la société. Ces deux intérêts – les consommateurs cherchant à retirer le maximum de bénéfice de leur consommation, les producteurs tentant d’obtenir le profit maximal de leur production – ne coïncident que si le prix de vente est égal à la variation de la recette que les producteurs obtiennent en vendant une unité supplémentaire, variation que les économistes appellent “recette marginale”. Le prix – le montant que les consommateurs sont prêts à payer – vous donne[2] l’”utilité marginale” obtenue par la consommation du dernier bien acheté. Et c’est seulement s’il est égal à la “recette marginale” obtenue par le producteur pour la toute dernière unité de production vendue que les bénéfices de la société seront égaux au gain individuel du producteur quand il vend ce bien. Cela ne peut advenir que si la “recette marginale” pour le produire équivaut à son prix. Seule la concurrence parfaite garantit ce résultat car une courbe d’offre n’existe que si le prix de vente est égal au coût marginal. Sans concurrence parfaite, bien qu’une courbe de coût marginal puisse être tracée, elle ne correspond pas à la courbe d’offre, et […] la quantité offerte sur le marché sera inférieure à la quantité qui maximiserait le bien-être social. » (p. 112). Il s’ensuit que « les coûts de production sont normalement constants ou décroissants pour la grande majorité des biens manufacturés, de telle sorte que la courbe de coût moyen et même celle de coût marginal sont normalement soit plates, soit décroissantes » (p. 140). Et Keen ajoute ironiquement que « cela ne pose aucun problème aux fabricants mais rend la vie impossible aux économistes néoclassiques, puisque la majorité de la théorie néoclassique dépend d’une courbe d’offre croissante » (p. 140).

La concurrence parfaite existe-t-elle alors ? Keen utilise l’apport de l’économiste italien Piero Sraffa[3] dont la critique date des années 1920 mais que les économistes dominants ont ignorée. Si les « facteurs de production » sont fixes à court terme, leur demande et leur offre ne sont pas indépendantes, donc on ne peut pas considérer les différents marchés comme indépendants. Mais, à l’inverse, si on retient l’hypothèse d’indépendance de la demande et de l’offre de facteurs, alors on ne peut avoir de facteur fixe.

Pas de théorie de la production, donc pas de théorie de la répartition

Les conséquences de ces inconséquences sont multiples. L’une des plus importantes est que l’échafaudage néoclassique s’écroule lorsqu’il s’agit d’expliquer la répartition des revenus. Depuis Joan Robinson, on sait que la productivité marginale du capital, censée rémunérer celui-ci, ne peut être connue sans la mesure du capital qui elle-même dépend du taux de profit, d’où un raisonnement circulaire et une impasse logique.[4] Et la première partie du livre de Keen s’achève par la réfutation du traitement du travail comme une marchandise. Les néoclassiques sont incapables d’expliquer le chômage autrement que par un arbitrage des individus en faveur du loisir et au détriment du salaire. La question posée par Keen est ravageuse : « Comment quelqu’un peut-il profiter du temps de loisir sans revenu ? […] En réalité, la seule “activité de loisir” à laquelle on peut consacrer plus de temps avec un revenu inférieur est le sommeil. » (p. 174).

Autrement dit, la rémunération de chacun en fonction de sa productivité étant une fiction parfaitement idéologique, il convient de renouer avec la vision de Smith, Ricardo et Marx en termes de rapports entre les classes sociales et considérer le système économique comme reposant sur la reproduction des conditions matérielles et sociales de son fonctionnement, et non pas comme un modèle d’échanges occultant ces dernières. « Pour pouvoir trouver les prix, il est tout d’abord nécessaire de connaître la distribution du revenu ; et chaque répartition différente du gâteau économique entre travailleurs et capitalistes se traduit par un échantillon de prix différent. […] Ce ne sont pas les prix qui déterminent la distribution du revenu, comme les économistes le présument, mais plutôt la distribution du revenu qui détermine les prix. À l’intérieur de certaines limites, la distribution des revenus est déterminée non par des mécanismes de marché, mais par l’état des pouvoirs politiques relatifs. » (p. 185). Plus loin : « C’est un phénomène social. » (p. 193).

2. L’impensable crise dans la théorie dominante

Une fois démontés chacun des éléments de base de la pseudo-science néoclassique, Keen s’attelle à montrer qu’elle ne peut pas penser la possibilité même des crises. A fortiori, elle se trouve désarmée quand il en survient une, surtout de la force de celle éclatée en 2007 qui a entraîné une « Grande Récession ».

Une épistémologie hors-sol

Pourquoi la crise n’est-elle ni pensable, ni pensée ? Tout concourt à cela. D’abord, les néoclassiques se moquent du réalisme des hypothèses. À un point érigé en doctrine par Milton Friedman qui est toujours passé au-dessus de cela car, disait-il, « une théorie doit être jugée uniquement par la justesse de ses prévisions, et non par le réalisme de ses hypothèses » (p. 196). Au moins, si c’était le cas ! Mais la prévision selon laquelle le marché conduit à l’équilibre et à la stabilité est régulièrement démentie.

Ensuite, la théorie néoclassique n’intègre ni le temps, ni l’incertitude de l’avenir. Dès lors, non seulement elle est imperméable aux nouvelles recherches scientifiques concernant la complexité et la possibilité du chaos, mais elle a même régressé par rapport à l’économie politique classique et à Marx dont le modèle est cyclique (p. 229-230, 252-255, 408).

Enfin, la théorie néoclassique est restée fidèle à l’idiot utile qu’était Jean-Baptiste pour qui il ne peut y avoir de déséquilibre entre l’offre et demande globales, donc pas de surproduction possible. C’est la célèbre « loi des débouchés » qui, comme la plupart des lois néoclassiques, est fausse, pour plusieurs raisons. Les marxistes et les keynésiens ont souvent insisté sur le fait que les revenus distribués à l’occasion de la production ne se transforment pas nécessairement en achats, s’il y a thésaurisation de la monnaie ou préférence pour la liquidité comme disait Keynes. À cela, Arghiri Emmanuel avait ajouté que certains revenus (les profits), étant distribués après la vente, ne peuvent se présenter comme pouvoir d’achat auparavant, surtout dans une économie capitaliste en croissance.[5]

Le capitalisme est une économie monétaire

Keen ne s’attarde pas là-dessus et met l’accent sur un autre point qui permet, à juste titre, de relier Marx, Schumpeter, Keynes et Minsky (p. 399 ; curieusement, il n’insère pas Kalecki dans cette liste) : le capitalisme est une économie monétaire, or l’accumulation implique une avance en monnaie, et si le crédit dépasse le besoin du système productif en monnaie supplémentaire, alors la porte est ouverte à la bulle financière et, invariablement, à l’explosion. La démonstration tient en quelques lignes (même si elle occupe les chapitres XII, XIV et XV de Keen) et elle est limpide : la demande (de consommation mais aussi d’investissement) est constituée par « la somme du revenu et de la variation de la dette » (p. 412).[6] Mieux encore, « la demande agrégée, dans une économie conduite par le crédit est donc égale au revenu (PIB) augmenté de la variation de la dette. Cette égalité rend la demande agrégée bien plus volatile que si le revenu était la seule source, car, alors que le PIB (et le stock de dette accumulée) varie relativement lentement, la variation du flux de la dette peut être brusque et extrême. De plus, si les niveaux de dette sont déjà élevés comparativement au PIB, la variation du niveau de la dette peut avoir un impact substantiel sur la demande. » (p. 376).

Mais attention, « la monnaie empruntée pour acheter des actifs [financiers existants] s’ajoute à la dette de la société sans pour autant augmenter ses capacités productives » (p. 378) et « le danger survient quand le taux de croissance de la dette devient le déterminant décisif de la demande globale – comme c’est le cas dans l’économie à la Ponzi que sont devenus les États-Unis » (p. 385). « Quand les crédits sont octroyés pour la consommation ou pour l’investissement, la dette peut rester sous contrôle. Mais quand les prêts sont accordés pour spéculer sur les prix des actifs, la dette tend à s’accroître plus rapidement que le revenu. Cette croissance entraine une fausse expansion économique, qui est condamnée à l’effondrement une fois la croissance de l’endettement interrompue – comme c’est le cas aujourd’hui. » (p. 393, voir aussi p. 438).

Trois enseignements peuvent être tirés. Le premier est la confirmation que la monnaie est endogène au système économique, elle est créée à sa demande.[7] Keen cite opportunément l’économiste circuitiste italien Augusto Graziani qui a réfuté l’idée que, dans une économie monétaire, la monnaie pouvait être une marchandise, car la monnaie se distingue du crédit par sa capacité à « être acceptée comme l’accomplissement final de la transaction » (p. 401).

Le deuxième est que la monnaie est indispensable à l’accumulation mais sa non-maîtrise peut conduire aux catastrophes. Ainsi, Keen pointe cette apparente contradiction entre le fait que « l’effondrement de la demande financée par la dette a été la cause tant de la Grande Dépression que de la Grande Récession » (p. 337) et « l’inclination du système financier à créer trop de dettes, conduisant le capitalisme à des crises périodiques » (p. 339).

Le troisième enseignement est celui apporté par Irving Fisher qui a radicalement modifié ses analyses après la crise de 1929 : « Il reconnut que le marché n’est jamais à l’équilibre, et que les dettes peuvent ne pas être remboursées, non seulement par quelques individus, mais même de manière massive. Ses raisonnements statiques laissèrent place à une analyse des forces dynamiques qui pouvaient avoir causé la Grande Dépression. » (p. 316).

La crise financière aurait-elle alors sa source au sein même de la finance et uniquement là, ou bien faut-il relier les perturbations de la finance à l’évolution des rapports sociaux dans le système productif ?

3. Où sont passés les rapports sociaux de production ?

Redisons-le, le livre de Keen est désormais indispensable sur la table de tout économiste sérieux. Et cela bien que l’examen minutieux que l’auteur propose dans ses deux premières parties soit déjà largement connu par ceux qui ont refusé la lobotomie imposée par l’idéologie dominante depuis quatre décennies. Nous disposons notamment, en langue française, des travaux remarquables de Bernard Guerrien[8] qui a depuis longtemps décortiqué les fictions de l’agent représentatif unique, des courbes de demande et d’offre, de la fonction de production et de l’équilibre général, ainsi que la trahison de Keynes par le modèle IS-LM de Hicks, dont la critique ne se réduit pas à celle faite par les néoclassiques[9]. Keen ne semble pas avoir non plus connaissance des travaux de l’école circuitiste française, constituant pourtant l’un des courants du post-keynésianisme auquel se rattache Keen, ni des travaux des marxistes contemporains, notamment de ceux de Gérard Duménil et Dominique Lévy[10] sur la crise du capitalisme américain, largement diffusés en anglais dans la littérature d’outre-Atlantique, ni de ceux de l’école de la régulation autour de la monnaie. La conséquence est que Keen se présente comme l’un des rares à avoir prévu la catastrophe de 2007. Sa bibliographie mériterait pourtant de s’ouvrir.

Quel lien y a-t-il entre la production et la finance capitalistes ?

Le paradoxe est que Keen mobilise la théorie du circuit du capital que l’on doit à Marx (que Keen considère meilleure que celle de Keynes) tout en faisant disparaître toute relation entre l’évolution du système productif (travail, productivité, rentabilité économique) et la fuite en avant de la financiarisation comme palliatif aux difficultés du capital.

Dans un livre dont la moitié au moins est consacrée à l’explication des crises et aux théories alternatives, le concept de capital fictif – avancé par Marx dans le Livre III du Capital – pour comprendre la financiarisation est inconnu[11], et les rapports sociaux n’apparaissent jamais sauf, indirectement, dans l’analyse de la formation des prix de production dans la lignée de Sraffa. Mais la transformation de la gestion de la force de travail menée par le capitalisme néolibéral, la baisse tendancielle des gains de productivité depuis un demi-siècle dans tous les pays capitalistes développés et ses répercussions en termes de rentabilité du capital[12] sont totalement absentes de ce livre foisonnant de références. Cette absence de relation avec le système productif l’empêche de voir que l’une des dimensions de la crise structurelle et de long terme est la difficulté à faire produire toujours plus de valeur sur une base matérielle en voie de dégradation ou d’épuisement, et par une force de travail dont l’exploitation s’est aggravée.

Pour le dire rapidement, peut-on parler de crise financière sans parler de crise du capitalisme, non pas au sens de crise finale, mais de crise d’un cycle du capitalisme, caractéristique d’une « Grande Dépression » (1929) ou d’une « Grande Récession » (2007) ?

Et c’est là que reparaît le paradoxe, sinon la contradiction, signalé plus haut. Keen admet toute la théorie de Marx sauf… la théorie de la valeur. Quand on sait que, pour Marx, toute l’analyse du capitalisme repose sur la théorie de la valeur, cette valeur qui est la finalité même du capital, on est curieux de lire l’argumentation.

L’économie politique mal traitée

L’argumentation fait l’objet de tout le chapitre XVII, l’avant-dernier du livre, qui débute par ces mots : « Pourquoi la majorité des marxistes ne sont pas pertinents, alors que presque toute la théorie de Marx l’est » (p. 454). En réalité, ce que veut dire Keen, c’est que le point de départ de Marx n’est pas pertinent. Il commence par un retour sur les classiques Smith et Ricardo qui avaient ébauché la théorie dite de la valeur-travail. La présentation qu’en fait Keen ne laisse pas de surprendre.

Je passe sur le fait que, selon Keen, toutes les écoles de pensée considèrent la valeur comme une « qualité intrinsèque de la marchandise » (p. 456), ce qui est inexact, tout au moins pour Marx qui a constamment insisté sur la nécessité de la validation sociale de la valeur[13]. J’en viens à la caricature qui est donnée de Smith et de Ricardo. Le premier est moqué pour avoir parlé de travail incorporé et de travail commandé, alors qu’il s’agit d’une intuition, certes formulée avec hésitation ou maladresse, qui va permettre ensuite de voir que l’exigence de valorisation du capital a une influence sur la fixation des prix. Et Keen assène ce jugement effarant : « Adam Smithétait forcé de concéder que le prix devait être suffisamment élevé pour payer non seulement les heures de labeur nécessaires pour fabriquer quelque chose, mais aussi pour payer un profit. » (p. 460, souligné par moi). Comme contresens, on ne fait pas mieux. Le contresens est d’imputer à Smith l’idée que la valeur se résume au paiement du salaire et qu’il avait fallu que ce pauvre Smith « en arrive à une théorie “additive” des prix : le prix d’une marchandise représente le travail additionné à celui des profits et celui de la rente. Il n’existait dès lors plus de relation entre la valeur et le prix. » (p. 460). Et Keen rajoute une couche de contresens : « Smith avait utilisé deux mesures de la quantité de travail contenue dans un produit : le “travail incorporé” et le “travail commandé”. Le travail incorporé correspond à la durée du temps de travail direct nécessaire pour produire en réalité une marchandise. Le travail, commandé, de l’autre côté, représente la quantité de travail qu’il est possible d’acheter en utilisant cette marchandise. » (p. 460, souligné par moi). Jamais Smith n’a réduit le travail incorporé au travail direct, et le travail commandé n’est pas égal au prix, il est égal au rapport prix/salaire horaire[14].

Keen ne traite pas mieux Ricardo que Smith : « Sa solution au dilemme prix/valeur reposait sur l’idée que le prix d’une marchandise n’inclue pas seulement le travail direct, mais également le travail nécessaire pour produire les outils. » (p. 461). Nouveau contresens : certes, Ricardo ajoute travail indirect et travail direct pour définir le travail incorporé, mais le « dilemme prix/valeur » n’a rien à voir avec cette simple addition. Le dilemme est ailleurs, d’où naîtra le fameux problème de la transformation des valeurs en prix de production : il s’agit de savoir comment la tendance à l’égalisation des taux de profit en régime de concurrence capitaliste fait s’écarter les prix monétaires de l’équivalent monétaire de quantités de travail incorporé dans chaque marchandise. Et, contrairement à ce que laisse entendre Keen, les intuitions de principe de Smith, Ricardo et Marx étaient fécondes, même si leur formulation est restée balbutiante tout en s’améliorant progressivement.

Marx, mode mineur…

Sur ces présupposés erronés, Keen entreprend ensuite de réfuter ladite théorie de la valeur-travail reformulée par Marx. Disons d’abord que Keen ignore un large pan de la littérature consacrée au sujet du passage de la valeur aux prix.[15] Il en reste à Samuelson et à Steedman. Le premier a conclu avec hauteur que Marx n’était qu’un « post-ricardien mineur » (p. 456). Le second a répété la conclusion de Staffa, c’est-à-dire qu’il n’était pas nécessaire de connaître les contenus en travail pour calculer les prix et le taux de profit, il suffit de connaître les quantités physiques de marchandises nécessaires pour produire d’autres marchandises. Ce qui est exact, mais qui ce n’enlève rien à la réalité du travail en amont, dixit Sraffa. Et Steedman lui-même écrit ailleurs : « La version en quantités physiques de l’approche par le surproduit ne dénie en rien l’existence d’un “surtravail”. Elle rend parfaitement évident que l’existence de l’exploitation (en son sens étroit) et l’existence du profit ne sont rien d’autre que les deux faces de la même médaille ; ce sont deux expressions, en travail et en monnaie, du surproduit physique. »[16]

Pourtant, Keen entreprend de trouver la faille de Marx dans le concept de valeur qui serait la cause de l’erreur concernant le passage de la valeur aux prix de production. Selon Keen, la force de travail n’est pas la seule source de valeur et de plus-value car « tous les facteurs de production constituent des sources potentielles de valeur » (p. 455 et 475). Un si gros livre pour en arriver à ce truisme directement issu de Say, repris en boucle par tous les livres d’économie, sauf dans Marx et dans Keynes[17] ! Et alors qu’un néoricardien parmi les plus renommés, Luigi Pasinetti, réfute cette identité entre tous les « facteurs » de production[18].

Suit dans le livre de Keen une longue série d’approximations et de contresens, indépendamment de ce qu’on sait aujourd’hui du problème dit de la transformation des valeurs en prix qui ne peut être formalisé comme Marx l’avait fait :

- Confusion entre richesse et valeur (p. 461, 471).

- Attribution à Marx que la valeur d’usage n’a aucune importance (p. 472), alors qu’il n’a cessé d’expliquer que la valeur d’usage est un « porte-valeur ».

- Attribution à Marx que le taux de plus-value ne changeait pas au cours du temps (p. 464), alors qu’il en avait fait une contre-tendance pour le taux de profit.

- Embrouillamini complet sur de la transmission de la valeur des machines au produit fini : Marx confondrait transmission de la valeur d’usage des machines et transmission de leur valeur d’échange. On reste rêveur devant le travestissement de la pensée de Marx auquel se livre Keen. Il cite Marx : « Les moyens de production qui perdent leur valeur d’usage ne perdent pas en même temps leur valeur, parce que le procès de travail ne leur fait en réalité perdre la forme primitive d’utilité que pour leur donner dans le produit la forme d’une utilité nouvelle. […] Il suit de là que le produit n’absorbe, dans le cours du travail, la valeur du moyen de production qu’au fur et à mesure que celui-ci, en perdant son utilité, perd aussi sa valeur. Il ne transmet au produit que la valeur comme moyen de production. » Et Keen transforme cela en : « La déclaration selon laquelle la valeur d’usage d’une machine réapparaît dans la valeur d’usage du produit tend à rendre égales la valeur d’usage de la machine et l’utilité rencontrée par les consommateurs achetant les biens que la machine produit. » (p. 475, souligné par moi pour montrer l’absurdité du rapprochement opéré).[19] La confusion est tellement grande que Keen commet ici un double contresens à propos de Marx : « Il n’y a pas de raison de supposer que la valeur perdue par la machine soit équivalente à la valeur qu’elle génère. » (p. 476). Primo, Marx dit que le procès de travail transmet une part de la valeur de la machine (mesurée comptablement par la dépréciation) et qu’elle ne génère aucune valeur supplémentaire. Deuzio, l’obsolescence, ou en sens inverse le fait de continuer à utiliser une machine au-delà de son temps d’amortissement financier, n’invalident en rien l’idée de la transmission.[20]

La conclusion sur la valeur donnée par Keen prête à sourire : « Aucune des nombreuses écoles de pensée hétérodoxes ne dispose d’une théorie cohérente de la valeur qui constitue une alternative à la théorie subjective défectueuse de l’économie néoclassique. Reste que même si elles ne disposent pas du concept central et organisateur qu’offre une théorie de la valeur, ces écoles de pensée alternatives offrent la promesse d’une théorie économique qui peut être réellement pertinente pour l’analyse et la gestion d’une économie capitaliste. » (p. 481). Après avoir, à juste titre, montré la pertinence des approches en termes monétaires de l’accumulation du capital, radicalement opposées à celles qui raisonnent en termes d’équilibre, il aurait été intéressant de voir en quoi la concurrence chère aux néoclassiques qui doit conduire, disent-ils, à l’équilibre optimal et stable, ne correspond en rien à la concurrence décrite par Marx, à laquelle se livrent les capitaux et qui est au cœur de la dynamique et de l’instabilité d’un système acharné à produire et à réaliser de la valeur. On pourrait aussi voir la crise écologique comme l’une des manifestations de la contradiction matérielle (en plus de sa contradiction sociale) du capitalisme en crise, une crise de production et de réalisation de la valeur[21].

Derrière l’imposture de la « science » économique…

Le livre de Steve Keen est un bon livre, autant par ses très nombreux atouts que par ses manques, car repérer ces derniers signifie que, si on définit le capitalisme comme un processus ininterrompu d’accumulation de valeur, on ne peut pas l’analyser en l’absence de toute théorie de la valeur articulée au travail socialement validé. C’est le trou noir de tous les économistes qui font profession d’hétérodoxie mais qui ont jeté par dessus bord toute théorie de la valeur parce que, à un moment de leur parcours, ils se sont fâchés avec Marx.[22]

Dans le dernier chapitre de son livre, Keen dresse un inventaire à la Prévert de théories présentées comme alternatives mais qui, d’une part, ont été pour la plupart passablement critiquées auparavant par l’auteur, et qui, d’autre part, ne présentent jamais d’analyse du capitalisme en tant que système social.

Car, derrière l’imposture de ladite science économique – et il faut saluer encore une fois la contribution de Keen pour la mettre à nu –, il y a aussi l’imposture du système qui prétend à l’universalité et l’intemporalité, et porter bonheur et prospérité… Autrement dit, les économistes néoclassiques sont inexcusables de leurs erreurs, mais croire que ce sont eux – ou leurs idées – les responsables des crises capitalistes et de l’empêchement de les résoudre[23], et que les capitalistes eux-mêmes et la logique de leur système sont innocents, c’est faire preuve d’un idéalisme bien peu scientifique…

[5] A. Emmanuel, Le profit et les crises, Une approche nouvelle des contradictions du capitalisme, Paris, F. Maspero, 1974.

[6] Les lecteurs de ce blog savent que je répète toujours pareil, ce dont je les prie de m’excuser : la monnaie est une dette, l’augmentation de sa masse en circulation est indispensable à l’investissement net macroéconomique. L’ouvrage de Keen est ici décisif pour convaincre les sceptiques ou les accrochés au dogme de l’épargne préalable.

[7] Se trouve invalidée une nouvelle fois la croyance que les dépôts feraient les crédits, qui traîne encore partout, jusque chez certains économistes se revendiquant de l’hétérodoxie (voir J.-M. Harribey, « De quoi l’argent est-il le nom ? »)

[8] Citons de B. Guerrien, La théorie néo-classique, Bilan et perspectives du modèle d’équilibre général, Paris, Economica, 3e éd. 1989 ; Dictionnaire d’analyse économique (avec Ozgur Gun pour la 4e édition), Paris, La Découverte, 2012 ; La théorie économique néoclassique (avec Emmanuelle Bénicourt pour la 3e édition), Paris, La Découverte, 2008.

[9] Je laisse de côté ici, à cause de son caractère technique la critique bien documentée par Keen du modèle IS-LM : ignorance des anticipations incertaines, qui ruine la notion de préférence pour la liquidité, ignorance du déséquilibre possible du marché du travail en ne regardant que le point où s’égalisent les deux courbes IS et LM.

[10] Notamment G. Duménil, D. Lévy, The crisis of neoliberalism, Harvard University Press, 2011.

[11] Cette absence est d’autant plus curieuse que Keen note avec justesse qu’en 2008 la dégringolade du Down Jones est « une saignée dans l’apparente richesse des actionnaires américains » (p. 380, souligné par moi.).

[12] Voir J.-M. Harribey, « La croissance ? Au-delà des doutes, une certitude : la crise sociale et la crise écologique du capitalisme sont liées », Note pour les économistes atterrés, octobre 2014.

[13] J’ai discuté cela dans mon livre, La richesse, la valeur et l’inestimable,cité ci-dessus.

[14] Je ne peux fournir ici la démonstration mais elle figure dans mon livre cité ci-dessus, p. 26 et p. 476 (note 1).

[15] J’en ai fait une présentation dans mon livre cité ci-dessus. La synthèse la plus récente et sans doute la plus aboutie a été proposée par Vincent Laure Van Bambeke, Les méandres de la transformation des valeurs en prix de production, Essai de théorie économique rationnelle, Paris, L’Harmattan, 2013 ; elle est résumée par l’auteur dans Les Possibles, n° 2, hiver 2014.

[16] I. Steedman, « Ricardo, Marx et Sraffa », dans G. Dostaler (sous la dir. de, avec M. Lagueux), Un échiquier centenaire, Théorie de la valeur et formation des prix, Paris, La Découverte, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1985, p. 189. Steedman est un auteur qui appartient au courant dit néo-ricardien. Pour que la citation que je donne ne soit pas coupée de son contexte, je signale que Steedman ajoute : « Mais les auteurs marxistes ne suggèrent que trop souvent qu’en reliant le profit à l’exploitation (au sens étroit) ils ont fourni une explication de l’existence du profit. Mais ils n’en ont rien fait ; ils ont simplement relevé deux façons d’exprimer l’existence d’un surproduit ! Expliquer l’existence du profit revient exactement au mêmequ’expliquer l’exploitation (au sens étroit). Le problème posé est alors d’expliquer pourquoi les salaires réels et les conditions de production entretiennent entre eux, et continuent d’entretenir, une relation telle que le surproduit, le profit et l’exploitation (au sens étroit) puissent perdurer. » Le problème en question est précisément celui posé par Marx dans son analyse de l’accumulation.

[17] J.M. Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936, Paris, Payot, 1969, p. 223 : « Il est préférable de considérer le travail, y compris bien entendu les services personnels de l’entrepreneur et de ses assistants, comme le seul facteur de production ; la technique, les ressources naturelles, l’équipement et la demande effective constituant le cadre déterminé où ce facteur opère. » Keen cite d’ailleurs (p. 400) un autre passage de Keynes (p. 15-16 de la TG) qui annonce la suite : « Une économie monétaire est essentiellement, comme nous le verrons, une économie où la variation des vues sur l’avenir peut influer sur le volume actuel de l’emploi et non sur sa seule orientation. Mais la méthode que nous employons pour analyser le rapport entre la variation des vues sur l’avenir et la situation économique actuelle fait intervenir l’action combinée de l’offre et de la demande, et c’est par là qu’elle se rattache à la théorie fondamentale de la valeur. »

[18] L. Pasinetti, Structural Change and Economic Growth, A Theorical Essay on the Dynamic of the Wealth of Nations, Cambridge, Cambridge University Press, 1981, p. 199-200 : « Un instant de réflexion suffira pour que chacun réalise que toute la structure des biens capitaux n’existerait pas si les travailleurs n’existaient pas, tandis que le contraire n’est pas vrai. Si nous imaginions un instant que tous les biens capitaux disparaissaient soudainement (disons par un coup malveillant d’une baguette magique), une terrible crise s’ensuivrait évidemment. Mais les gens qui survivraient à la crise redémarreraient le processus d’accumulation du capital d’un bout à l’autre : des outils primitifs jusqu’aux réacteurs nucléaires ! (Et dans un temps plus court qu’il a pris dans le passé.) Le travail seul peut faire tous les biens capitaux. Si nous imaginions la catastrophe opposée – la disparition de tous les êtres humains – nous pouvons très bien réaliser ce qui suivrait : absolument rien. Les biens capitaux seuls ne peuvent rien faire. » (traduit par moi).

[19] La citation de Marx est tirée du Capital, Livre I, 1867, Paris Gallimard, La Pléiade, tome I, p. 754-755.

[20] Accordons à Keen toutefois qu’il est vrai qu’on trouve certains textes de Marx, à travers les multiples préparations et brouillons du Capital, des formulations parfois ambiguës sur le fait que la valeur d’usage des machines excéderait leur valeur, alors que pour lui, sans aucun doute à ce sujet, elles sont incommensurables.

[21] Voir mon livre La richesse, la valeur et l’inestimable, référencé ci-dessus. Keen ne fait allusion à la question écologique que dans une courte note (p. 302) en renvoyant au rapport Meadows.

[22] Mon blog s’est souvent fait l’écho de cette situation.

[23] Dès le premier chapitre, Keen écrit : « Tout comme durant la Grande Dépression, les économistes d’aujourd’hui constituent peut-être la principale force d’opposition à l’introduction de mesures permettant de contrer un déclin économique futur. » (p. 28). Les économistes érigés en classe sociale ?

Cet article a été posté le Mercredi 26 novembre 2014 dans la catégorie Non classé. Vous pouvez envoyer un commentaire en utilisant le formulaire ci-dessous.

2 commentaires de “Derrière l’imposture de la « science » économique, qu’y a-t-il ?”

  1. MARY dit :
    le 28 novembre 2014 à 9:14 > Nous signaler un contenu illicite

    Dans la même veine, il me semble me souvenir avoir lu dans ma jeunesse un ouvrage de Bernard Marris intitulé à peu près “lettre ouverte aux économistes qui nous prennent pour des imbéciles” et bien antérieur à l’imposture économique.

    A 40 ans passé, avec le recul, je regrette d’avoir fait des études d’économie, j’y est perdu mon temps.
    J’ai compris que l’économie n’est pas une science mais une construction socio-politique qui devrait être abordé en socio, en psycho ou en politique mais certainement pas comme détaché en tant que tel.

    Continuer à financer des universités de “sciences” éco est du gaspillage d’argent public.
    Argent qui serait bien plus utile ailleurs.

  2. Jean-Marie Harribey dit :
    le 28 novembre 2014 à 18:59

    J’ai mis en ligne ce texte hier et j’ai trouvé aujourd’hui dans L’Humanité une interview de Steve Keen et de Gaël Giraud. Ça tombe bien. Les lecteurs pourront s’y reporter.
    JMH

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 01:58
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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 14:47
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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 21:20
MAGNIFIQUE LETTRE DU RÉSISTANT LÉON LANDINI À LIRE ABSOLUMENT & À DIFFUSER... Léon Landini à Onfray : " qu il vienne raconter ces saloperies dans une de nos réunions et il pourra constater à loisir que des vieillards fanatisés de 90 ans seront encore capables de lui faire avaler ces insanités" Lettre ouverte pour Ardisson, Société de production de l’émission (salut les terriens) du 2 mars dernier où était invité Onfray. Bagneux le 25 mars 2013 Lettre ouverte Teleparis 4 bis, rue Descombes 75017 Paris Monsieur, C’est avec retard que nous avons pris connaissance de votre émission, dans laquelle vous permettez au sieur Onfray, de vomir son anticommunisme, mettant en cause les FTP-MOI (Franc-Tireur et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée) et en offensant les communistes que nous sommes. Cet individu, affirme que les communistes français (dont les FTP-MOI étaient un des bras armé) ne sont entrés en Résistance qu’après l’attaque allemande contre l’Union Soviétique et que pendant deux ans ils ont collaboré avec les nazis et qu’ils étaient anti-juifs. Et cette crapule ose ajouter : « Nous leur accorderons tout de même le bénéfice du doute sur les horreurs de la Shoah. En avaient-ils connaissance ? Les idolâtres les plus fanatisés vous diront que non …. ». Oser prétendre, comme il l’a dit, que peu ou prou nous aurins participé à la Shoah, relève de la diffamation. Il est intolérable que vous rendiez ces vilénies publiques et cela ne vous honore pas de permettre à cet histrion de se donner en spectacle dans votre émission. Pendant la guerre, même les collaborateurs les plus pourris n’ont jamais accusé les communistes et les FTP-MOI d’être anti-juifs, bien au contraire, ils nous désignaient sous l’appellation de judéo-communistes. D’après Onfray, ceux qui nieraient ses fausses révélations ne seraient que « des idolâtres les plus fanatisés ». En ce qui nous concerne, nous anciens FTP-MOI faisons partie de « ces fanatisés là » qu’il ait donc le courage de venir raconter ces saloperies dans une de nos réunions et il pourra constater à loisir que des vieillards fanatisés de 90 ans seront encore capables de lui faire avaler ces insanités. Il convient de rappeler, que les combattants FTP-MOI des bataillons Carmagnole-Liberté (unité que des historiens désignent aujourd’hui comme « Le fer de lance de la Résistance armée française») ont été créés à l’initiative du Parti Communiste. Les premiers engagés dans ces unités étaient des anciens des Brigades Internationales en Espagne et la majorité des dirigeants de la M.O.I. ainsi qu’une partie de ses combattants étaient d’origine juive, comme le prouve le nom des fusillés de l’Affiche Rouge. Dans les cinq premiers créateurs de Carmagnole, il y avait, trois anciens des Brigades Internationales, mais tous les cinq étaient d’origine juive. Nous accuser de porter une part de responsabilité dans la Shoah, c’est nous accuser d’avoir participé à la déportation de nos propres familles, car à la libération combien d’entre nous se sont retrouvés tout seuls, leurs familles ayant totalement disparu dans les fours crématoires d’Auschwitz Ces affirmations sont innommables et tous les mots orduriers figurant sur les dictionnaires sont encore faibles pour dire ce que nous pensons de votre hôte parasite. Afin que vous sachiez, afin que vous connaissiez les falsifications historiques et les vilénies que vous avez permis de rendre publiques à l’odieux Onfray, nous allons vous démontrer par des preuves incontestables, que les communistes sont entrés les premiers en Résistance contre les nazis. Oui ! Nous disons bien les premiers ! Et ci-dessous nous allons vous le démontrer. Voici quelques unes des prises de position et d’opérations militaires effectuées bien avant l’attaque avant l’attaque contre l’Union Soviétique. Commençons par le début. Dès 1936 beaucoup de communistes Français à l’appel de leur Parti, s’engagèrent comme volontaires dans les Brigades Internationales afin de porter secours au peuple espagnol agressé par le général Franco, qui s’était insurgé contre son propre gouvernement. Ce général renégat, était aidé dans ses combats contre la République espagnole, par les nazis et les fascistes italiens venus lui prêter main forte. Bien des années après, le gouvernement français reconnaissait que ceux qui s’étaient engagés et battus dans les Brigades Internationales, n’avaient pas seulement combattu pour défendre la République espagnole, mais qu’ils avaient également été les premiers à prendre les armes pour la défense de la liberté de notre pays. En reconnaissance des services rendus à leur Patrie, le gouvernement Français leur a attribué la Carte de Combattant. Le 6 Juin 1940 : Le Parti Communiste Français, charge le philosophe Georges Politzer (qui sera fusillé par les nazis) de remettre au ministre Anatole de Monzie un texte en cinq points rédigé par Benoît Frachon. Le dernier point est ainsi libellé : « Il faut armer le peuple et faire de Paris une citadelle inexpugnable ». Il s’agit en fait du premier appel à la Résistance ouverte alors que la France n’a pas encore été envahie. On retrouve l’esprit et parfois la lettre de ce texte dans les tracts clandestins qui seront plus tard diffusés par les militants communistes. (Il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance Nationale à Champigny). Le 16 juin 1940 Les communistes brestois constituent leur premier dépôt d’armes au Bouguen, provenant d’armes abandonnées par l’armée anglaise. Le 17 juin 1940 : Charles Tillon, Responsable National du PCF et futur commandant en chef de tous les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) était chargé par la direction du PCF, de réorganiser le Parti Communiste dans le Sud-ouest après les nombreuses arrestations, opérées dans les rangs de PCF. Il lance, un véritable appel à la résistance contre le fascisme hitlérien. Voici quelques phrases de cet appel : « Mais le peuple français ne veut pas d’esclavage, de la misère et du fascisme …. Nous sommes pour un gouvernement, rétablissant la légalité du Parti Communiste, luttant contre le fascisme hitlérien. Nous sommes le nombre nous seront la force. Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez vous dans l’action ». Il s’agit bien là du premier véritable appel à la résistance contre le fascisme hitlérien lancé après l’occupation de notre pays. Il est utile d’ajouter que des milliers de tracts reproduisant cet appel, furent distribués dans les rues de Bordeaux par des militants communistes. En Juillet 1940 : A Nantes une famille d’instituteurs communistes nommée Leroy, à saboté une centrale électrique et participé à une distribution de tracts appelant à la Résistance. Le 10 juillet 1940 : L’appel de Maurice Thorez et de Jacques Duclos qui déclare : « Un peuple comme le notre ne sera jamais un peuple d’esclaves ». En août 1940 : « Dans le Nord, les communistes, Eusebio Ferrari, les frères Martel, les frères Camphin, Debarge et quelques autres incendient plusieurs véhicules de l’armée d’occupation et font sauter un train allemand ». Le 29 septembre 1940 Le commissaire central du département, adresse un rapport au préfet de l’Aube : « Activité du Parti communiste, j’ai l’honneur de vous signaler que le Parti Communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française pour en constituer des dépôts clandestins ». Le 5 octobre 1940 Un rapport de Vichy fait état : «Que le communisme est devenu le symbole de l’indépendance nationale par contraste avec la résignation générale. Octobre 1940 Le SS Sturmbahfuhrer Karl Bomelburg, chef de la Gestapo à Paris, signale à ses supérieurs le danger important auquel l’occupant est confronté : « Quoiqu’interdit le Parti Communiste est le seul des anciens Partis qui déploie encore une forte activité ». Le 30 octobre 1940 : L’O.S. (l’Organisation Spéciale du Parti communiste) qui combattait déjà depuis quelques temps contre les occupants, a été officiellement homologuée « Unité Combattante le 30 octobre 1940 » par le ministère des Armées Françaises. Ces groupes spéciaux, constitués par le PCF en 1939, pour la protection des militants communistes recherchés par la police de Vichy, étaient des hommes aguerris, beaucoup avaient servi dans les Brigades Internationales en Espagne. Parmi les premiers animateurs de l’O.S. se distingueront des hommes qui paieront de leur vie la gloire des premières opérations militaires contre l’occupant. La liste des survivants artisans de l’O.S. est moins longue que celle des morts. Tous fusillés en 1941 et 1942. Novembre 1940 : « Julien Hapiot, dirigeant communiste dans le Nord et Georges Capel incendient un parc automobile Allemand ». Le 4 décembre 1940 : « Roger Landini, dirigeant des jeunesses communistes dans le Var, avec ses camarades a fait dérailler en gare de triage de Fréjus-Plage, un train chargé de produits alimentaires destinés à Allemagne ». Le même mois : Eusebio Ferrari et Félicien Joly font sauter un train allemand et dynamitent la génératrice et la station de Bénory-Cumichy Le 11 décembre 1940 Au sud-est de Dijon, les groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise, partant pour l’Allemagne. Le 10 mars 1941, un groupe de l’O.S. abat trois soldats allemands au port de commerce de Brest. Le 30 avril 1941 un sous officier allemand est abattu à Lambersart dans le Nord par le groupe de l’O.S. d’Eusebio Ferrari. Le premier mai 1941 les groupes de l’O.S. sont dissouts et remplacé ce même jour par les FTPF et les FTP-MOI, qui eux ont officiellement été homologués « Unité Combattante » à partir de ce premier mai 1941, par le ministère des armées. Début mai 1941 A nouveau le groupe d’Eusebio Ferrari abat des soldats hitlériens à Lambersart. Toujours en mai 1941 les FTP détruisent un parc à voitures allemand à Saint-Die dans les Vosges. Fin mai début juin 1941 Déclenchement de la grande drève des mineurs. Grève organisée par les communistes : Auguste Lecœur, Michel Brûlé, Julien Hapiot, Charles Debarge. Dans le Pas-de-Calais cette grève rassemble 100 000 mineurs et prive les nazis d’une importante quantité de charbon. Le 26 mai 1941 Dans un numéro illégal de L’HUMANITE on peut lire : « Abat l’antisémitisme ! ». Et ce ne sont là que quelques unes des multiples actions menées par les communistes. Ces quelques exemples démontrent que les communistes, contrairement à ce qu’affirme Onfray n’ont pas attendu l’attaque contre l’Union Soviétique pour prendre les armes contre les nazis et les fascistes. Au sujet de la scandaleuse calomnie à l’encontre de Guy Môquet, voici quelques documents prouvant le contraire de ce qu’à écrit Onfray : Le 30 mars 1939, sous le titre : « La dernière chance de la paix », Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti Communiste Français écrit dans « l’Humanité » : « Le fascisme c’est la guerre. La marche des évènements depuis quelques années confirme absolument cette vérité première …. Que faire devant la menace ? Sinon unir, sinon unir tous les peuples de bonne volonté et en premier lieu la France, l’Angleterre, l’Union soviétique et par delà l’océan les Etats-Unis d’Amérique ? ». Ces phrases furent déterminantes dans l’attitude à avoir pour tous les communistes, Il fallait s’unir et combattre le fascisme. Guy Môquet. Son père député communiste fut arrêté en octobre 1939. Cette arrestation est un évènement marquant qui renforce l’ardeur militante de Guy. Avec l’occupation de Paris et l’instauration du gouvernement de Vichy, Guy déploie une grande activité pour coller des « papillons » et distribuer des tracts qui reflètent la ligne politique de son Parti. La ligne étant celle qu’avait définie par Maurice Thorez et Jacques Duclos, il fallait se battre contre le nazisme et le fascisme et ses vils serviteurs du gouvernement de Vichy Les diffamations du répugnant Onfray prouvent que Guy Môquet et ses camarades ne pouvaient qu’avoir appliquer les directives de la direction de leur Parti et prétendre autre chose comme il le fait, relève de la salissure volontaire d’une des figures les plus emblématiques de la résistance française. Notre lettre aura eu entre autre comme tâche de vous démontrer qu’Onfray n’est qu’un vulgaire falsificateur et que par ses calomnies il porte atteinte à tout le monde de la Résistance. Vous devriez à l’avenir choisir un peu mieux les personnes que vous présentez car nous sommes contraints de penser que vous partagez leurs avis en les présentant avec tant d’égards. Conclusion : Onfray n’est qu’un salopard*. Cela n’est pas une insulte mais une constatation. *Salopard, la définition de ce mot donnée par le dictionnaire Larousse est la suivante : « Salopard – Individu sans scrupule qui agit envers autrui d’une façon ignoble ». Léon Landini Président de l’Amicale des Anciens FTP-MOI des Bataillons Carmagnole-Liberté Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre (suite aux tortures endurées pendant son internement) membre du Comité d’Honneur du Musée de la Résistance Nationale de Champigny. Ces communistes. (Il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance Nationale à Champigny).
MAGNIFIQUE LETTRE DU RÉSISTANT LÉON LANDINI A  Onfray :
" qu il vienne raconter ces saloperies dans une de nos ...réunions et il pourra constater à loisir que des vieillards fanatisés de 90 ans seront encore capables de lui faire avaler ces insanités"
Lettre ouverte pour Ardisson, Société de production de l’émission (salut les terriens) du 2 mars dernier où était invité Onfray.
Bagneux le 25 mars 2013 Lettre ouverte Teleparis 4 bis, rue Descombes 75017 Paris
Monsieur,
C’est avec retard que nous avons pris connaissance de votre émission, dans laquelle vous permettez au sieur Onfray, de vomir son anticommunisme, mettant en cause les FTP-MOI (Franc-Tireur et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée) et en offensant les communistes que nous sommes.
Cet individu, affirme que les communistes français (dont les FTP-MOI étaient un des bras armé) ne sont entrés en Résistance qu’après l’attaque allemande contre l’Union Soviétique et que pendant deux ans ils ont collaboré avec les nazis et qu’ils étaient anti-juifs. Et cette crapule ose ajouter : « Nous leur accorderons tout de même le bénéfice du doute sur les horreurs de la Shoah. En avaient-ils connaissance ? Les idolâtres les plus fanatisés vous diront que non …. ».
Oser prétendre, comme il l’a dit, que peu ou prou nous aurins participé à la Shoah, relève de la diffamation. Il est intolérable que vous rendiez ces vilénies publiques et cela ne vous honore pas de permettre à cet histrion de se donner en spectacle dans votre émission.
Pendant la guerre, même les collaborateurs les plus pourris n’ont jamais accusé les communistes et les FTP-MOI d’être anti-juifs, bien au contraire, ils nous désignaient sous l’appellation de judéo-communistes. D’après Onfray, ceux qui nieraient ses fausses révélations ne seraient que « des idolâtres les plus fanatisés ». En ce qui nous concerne, nous anciens FTP-MOI faisons partie de « ces fanatisés là » qu’il ait donc le courage de venir raconter ces saloperies dans une de nos réunions et il pourra constater à loisir que des vieillards fanatisés de 90 ans seront encore capables de lui faire avaler ces insanités.
Il convient de rappeler, que les combattants FTP-MOI des bataillons Carmagnole-Liberté (unité que des historiens désignent aujourd’hui comme « Le fer de lance de la Résistance armée française») ont été créés à l’initiative du Parti Communiste.
Les premiers engagés dans ces unités étaient des anciens des Brigades Internationales en Espagne et la majorité des dirigeants de la M.O.I. ainsi qu’une partie de ses combattants étaient d’origine juive, comme le prouve le nom des fusillés de l’Affiche Rouge. Dans les cinq premiers créateurs de Carmagnole, il y avait, trois anciens des Brigades Internationales, mais tous les cinq étaient d’origine juive. Nous accuser de porter une part de responsabilité dans la Shoah, c’est nous accuser d’avoir participé à la déportation de nos propres familles, car à la libération combien d’entre nous se sont retrouvés tout seuls, leurs familles ayant totalement disparu dans les fours crématoires d’Auschwitz. Ces affirmations sont innommables et tous les mots orduriers figurant sur les dictionnaires sont encore faibles pour dire ce que nous pensons de votre hôte parasite.
Afin que vous sachiez, afin que vous connaissiez les falsifications historiques et les vilénies que vous avez permis de rendre publiques à l’odieux Onfray, nous allons vous démontrer par des preuves incontestables, que les communistes sont entrés les premiers en Résistance contre les nazis. Oui ! Nous disons bien les premiers ! Et ci-dessous nous allons vous le démontrer.
Voici quelques unes des prises de position et d’opérations militaires effectuées bien avant l’attaque avant l’attaque contre l’Union Soviétique. Commençons par le début.
Dès 1936 beaucoup de communistes Français à l’appel de leur Parti, s’engagèrent comme volontaires dans les Brigades Internationales afin de porter secours au peuple espagnol agressé par le général Franco, qui s’était insurgé contre son propre gouvernement. Ce général renégat, était aidé dans ses combats contre la République espagnole, par les nazis et les fascistes italiens venus lui prêter main forte.
Bien des années après, le gouvernement français reconnaissait que ceux qui s’étaient engagés et battus dans les Brigades Internationales, n’avaient pas seulement combattu pour défendre la République espagnole, mais qu’ils avaient également été les premiers à prendre les armes pour la défense de la liberté de notre pays. En reconnaissance des services rendus à leur Patrie, le gouvernement Français leur a attribué la Carte de Combattant. Le 6 Juin 1940 : Le Parti Communiste Français, charge le philosophe Georges Politzer (qui sera fusillé par les nazis) de remettre au ministre Anatole de Monzie un texte en cinq points rédigé par Benoît Frachon. Le dernier point est ainsi libellé : « Il faut armer le peuple et faire de Paris une citadelle inexpugnable ».
Il s’agit en fait du premier appel à la Résistance ouverte alors que la France n’a pas encore été envahie. On retrouve l’esprit et parfois la lettre de ce texte dans les tracts clandestins qui seront plus tard diffusés par les militants communistes. (Il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance Nationale à Champigny). Le 16 juin 1940 Les communistes brestois constituent leur premier dépôt d’armes au Bouguen, provenant d’armes abandonnées par l’armée anglaise. Le 17 juin 1940 : Charles Tillon, Responsable National du PCF et futur commandant en chef de tous les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) était chargé par la direction du PCF, de réorganiser le Parti Communiste dans le Sud-ouest après les nombreuses arrestations, opérées dans les rangs de PCF. Il lance, un véritable appel à la résistance contre le fascisme hitlérien. Voici quelques phrases de cet appel : « Mais le peuple français ne veut pas d’esclavage, de la misère et du fascisme …. Nous sommes pour un gouvernement, rétablissant la légalité du Parti Communiste, luttant contre le fascisme hitlérien. Nous sommes le nombre nous seront la force. Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez vous dans l’action ».
Il s’agit bien là du premier véritable appel à la résistance contre le fascisme hitlérien lancé après l’occupation de notre pays. Il est utile d’ajouter que des milliers de tracts reproduisant cet appel, furent distribués dans les rues de Bordeaux par des militants communistes. En Juillet 1940 : A Nantes une famille d’instituteurs communistes nommée Leroy, à saboté une centrale électrique et participé à une distribution de tracts appelant à la Résistance.
Le 10 juillet 1940 : L’appel de Maurice Thorez et de Jacques Duclos qui déclare : « Un peuple comme le notre ne sera jamais un peuple d’esclaves ». En août 1940 : « Dans le Nord, les communistes, Eusebio Ferrari, les frères Martel, les frères Camphin, Debarge et quelques autres incendient plusieurs véhicules de l’armée d’occupation et font sauter un train allemand ». Le 29 septembre 1940 Le commissaire central du département, adresse un rapport au préfet de l’Aube : « Activité du Parti communiste, j’ai l’honneur de vous signaler que le Parti Communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française pour en constituer des dépôts clandestins ».
Le 5 octobre 1940 Un rapport de Vichy fait état : «Que le communisme est devenu le symbole de l’indépendance nationale par contraste avec la résignation générale. Octobre 1940 Le SS Sturmbahfuhrer Karl Bomelburg, chef de la Gestapo à Paris, signale à ses supérieurs le danger important auquel l’occupant est confronté : « Quoiqu’interdit le Parti Communiste est le seul des anciens Partis qui déploie encore une forte activité ». Le 30 octobre 1940 : L’O.S. (l’Organisation Spéciale du Parti communiste) qui combattait déjà depuis quelques temps contre les occupants, a été officiellement homologuée « Unité Combattante le 30 octobre 1940 » par le ministère des Armées Françaises. Ces groupes spéciaux, constitués par le PCF en 1939, pour la protection des militants communistes recherchés par la police de Vichy, étaient des hommes aguerris, beaucoup avaient servi dans les Brigades Internationales en Espagne.
Parmi les premiers animateurs de l’O.S. se distingueront des hommes qui paieront de leur vie la gloire des premières opérations militaires contre l’occupant. La liste des survivants artisans de l’O.S. est moins longue que celle des morts. Tous fusillés en 1941 et 1942. Novembre 1940 : « Julien Hapiot, dirigeant communiste dans le Nord et Georges Capel incendient un parc automobile Allemand ». Le 4 décembre 1940 : « Roger Landini, dirigeant des jeunesses communistes dans le Var, avec ses camarades a fait dérailler en gare de triage de Fréjus-Plage, un train chargé de produits alimentaires destinés à Allemagne ». Le même mois : Eusebio Ferrari et Félicien Joly font sauter un train allemand et dynamitent la génératrice et la station de Bénory-Cumichy Le 11 décembre 1940 Au sud-est de Dijon, les groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise, partant pour l’Allemagne. Le 10 mars 1941, un groupe de l’O.S. abat trois soldats allemands au port de commerce de Brest. Le 30 avril 1941 un sous officier allemand est abattu à Lambersart dans le Nord par le groupe de l’O.S. d’Eusebio Ferrari. Le premier mai 1941 les groupes de l’O.S. sont dissouts et remplacé ce même jour par les FTPF et les FTP-MOI, qui eux ont officiellement été homologués « Unité Combattante » à partir de ce premier mai 1941, par le ministère des armées. Début mai 1941 A nouveau le groupe d’Eusebio Ferrari abat des soldats hitlériens à Lambersart. Toujours en mai 1941 les FTP détruisent un parc à voitures allemand à Saint-Die dans les Vosges. Fin mai début juin 1941 Déclenchement de la grande drève des mineurs. Grève organisée par les communistes : Auguste Lecœur, Michel Brûlé, Julien Hapiot, Charles Debarge. Dans le Pas-de-Calais cette grève rassemble 100 000 mineurs et prive les nazis d’une importante quantité de charbon. Le 26 mai 1941 Dans un numéro illégal de L’HUMANITE on peut lire : « Abat l’antisémitisme ! ».
Et ce ne sont là que quelques unes des multiples actions menées par les communistes. Ces quelques exemples démontrent que les communistes, contrairement à ce qu’affirme Onfray n’ont pas attendu l’attaque contre l’Union Soviétique pour prendre les armes contre les nazis et les fascistes. Au sujet de la scandaleuse calomnie à l’encontre de Guy Môquet, voici quelques documents prouvant le contraire de ce qu’à écrit Onfray : Le 30 mars 1939, sous le titre : « La dernière chance de la paix », Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti Communiste Français écrit dans « l’Humanité » : « Le fascisme c’est la guerre. La marche des évènements depuis quelques années confirme absolument cette vérité première …. Que faire devant la menace ? Sinon unir, sinon unir tous les peuples de bonne volonté et en premier lieu la France, l’Angleterre, l’Union soviétique et par delà l’océan les Etats-Unis d’Amérique ? ». Ces phrases furent déterminantes dans l’attitude à avoir pour tous les communistes, Il fallait s’unir et combattre le fascisme.
Guy Môquet. Son père député communiste fut arrêté en octobre 1939. Cette arrestation est un évènement marquant qui renforce l’ardeur militante de Guy. Avec l’occupation de Paris et l’instauration du gouvernement de Vichy, Guy déploie une grande activité pour coller des « papillons » et distribuer des tracts qui reflètent la ligne politique de son Parti. La ligne étant celle qu’avait définie par Maurice Thorez et Jacques Duclos, il fallait se battre contre le nazisme et le fascisme et ses vils serviteurs du gouvernement de Vichy.
Les diffamations du répugnant Onfray prouvent que Guy Môquet et ses camarades ne pouvaient qu’avoir appliquer les directives de la direction de leur Parti et prétendre autre chose comme il le fait, relève de la salissure volontaire d’une des figures les plus emblématiques de la résistance française. Notre lettre aura eu entre autre comme tâche de vous démontrer qu’Onfray n’est qu’un vulgaire falsificateur et que par ses calomnies il porte atteinte à tout le monde de la Résistance. Vous devriez à l’avenir choisir un peu mieux les personnes que vous présentez car nous sommes contraints de penser que vous partagez leurs avis en les présentant avec tant d’égards. Conclusion : Onfray n’est qu’un salopard*. Cela n’est pas une insulte mais une constatation. *Salopard, la définition de ce mot donnée par le dictionnaire Larousse est la suivante : « Salopard – Individu sans scrupule qui agit envers autrui d’une façon ignoble ».
Léon Landini Président de l’Amicale des Anciens FTP-MOI des Bataillons Carmagnole-Liberté Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre (suite aux tortures endurées pendant son internement) membre du Comité d’Honneur du Musée de la Résistance Nationale de Champigny. Ces communistes. (Il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance Nationale à Champigny).
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BRUNO FORNACIARI

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