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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 04:24

Projet de loi de la transition énergétique: du chemin à faire pour nous satisfaire !

Dans le débat engagé sur le projet de loi de transition énergétique, les communistes mettent tout en œuvre pour aboutir à un texte qui soit à la hauteur des défis énergétiques de notre époque. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. En l'état le projet, que nous considérons « petit bras » manque de l'ambition nécessaire pour répondre aux besoins sociaux et affronter la nécessaire évolution énergétique dont la France a besoin. Il comporte également plusieurs mesures dangereuses sur lesquels nous entendons être vigilants. Tout au long du débat parlementaire nous veillerons particulièrement à plusieurs points cruciaux. Nous déplorons les conditions dans lesquelles le débat parlementaire se tient du fait de la procédure d’urgence déclarée sur le texte !

L’objectif de diminuer par deux notre consommation d’énergie à l’horizon 2030 sous estime l’évolution démographique de notre pays dont les prévisions s’acheminent vers 70 millions d’habitants en 2050 et il est incohérent avec la satisfaction des besoins sociaux. Les hypothèses de consommation comme la nature du mix énergétique envisagés risquent de nous conduire à ne plus pouvoir répondre aux besoins ou à augmenter nos émissions de C02. En France, la précarité énergétique augmente ; plus de 8 millions de personnes sont touchées par ce fléau, et le projet fragilise le dispositif des tarifs sociaux. Les baisses de consommation observées ne sont que les conséquences de la crise sur l’activité économique et de l'austérité. Le PCF ne se résigne pas à désindustrialisation de notre pays.

Le maintien prévu dans le mix électrique de notre niveau de production nucléaire (63.2 GW) exige la redynamisation de cette filière industrielle en y intégrant toutes les avancées technologiques possibles. Le développement des énergies renouvelables doit se concevoir en repensant totalement leur mode de financement (CSPE) par la création d’une véritable filière industrielle et surtout en regard de leur efficacité réelle (solaire thermique ou pompes à chaleur, par exemple, dont on parle peu).

La transition énergétique ne peut pas se résumer au seul mix énergétique électrique surtout lorsque l’on a comme objectif la lutte contre le réchauffement climatique dans la perspective de Paris Climat 2015. Il aurait été judicieux de s’attaquer au secteur le plus émetteur de CO2, le transport, ainsi qu’à celui le plus consommateur d’énergie, le logement.

Cette problématique n’est que très peu abordée. Le transport ne l’est que sous l’angle de la voiture électrique, sans jamais aborder les sujets essentiels comme celui du fret ferroviaire, de l’étalement urbain, de la faiblesse de l’appareil productif. L’objectif ambitieux, de rénovation thermique de 500 000 logements par an n’est accompagné d’aucun plan de financement précis, ni d’une relance de la filière industrielle (emplois, formation).

Ce projet de loi ne parvient en rien à masquer la volonté du gouvernement de libéraliser encore plus le secteur énergétique à travers, par exemple, la privatisation pure et simple de nos barrages hydroélectriques. Ils jouent pourtant un rôle majeur dans les multi-usages de l'eau, comme la gestion des crues, la sécurité des biens et des personnes et permet de répondre aux exigences des périodes de pointe de consommation. Ce serait la grande braderie de notre plus grande filière d’énergie renouvelable ! Au regard des différents débats et auditions, nous notons la volonté de certains élus d’aller vers un éclatement du service public de l’électricité et du gaz remettant en cause de fait l’égalité de traitement, la solidarité entre les territoires et la péréquation tarifaire.

Dans ce débat, les communistes et leurs élus n'auront qu'un seul objectif la défense de l’intérêt général et du service public.

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Published by bruno fornaciari - dans ECOLOGIE
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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 02:50

Il y a urgence à maîtriser dès maintenant nos émissions de Gaz à effet de serre !

Le GIEC vient de rendre public le contenu du rapport de son 3ème groupe de travail. Il porte sur l’évolution récente des émissions de gaz à effet de serre, leurs conséquences prévisibles quant à l’évolution des températures planétaires d’ici la fin du siècle et propose des mesures technico-économiques susceptibles de contenir cette évolution dans la limite d’une augmentation de 2°C. L’enjeu est d’éviter un dérèglement catastrophique du seul écosystème permettant d’accueillir l’humanité.

Ce document traduit une prise de conscience grandissante des opinions publiques quant à la gravité de ce qui va se jouer dans les deux à trois prochaines décennies à propos de la maîtrise des transitions énergétiques et climatiques.

Le rapport confirme tout d’abord les réticences coupables des pays développés et des grands pays émergents, au nom de leurs intérêts particuliers, à suivre les recommandations successives du GIEC, à respecter le Protocole de Kyoto, et mettre en œuvre les engagements de la Conférence de Copenhague : plafonner les émissions planétaires de gaz à effet de serre (GES) dès que possible, les diviser par quatre dans les pays développés et par deux à l’échelle de la planète d’ici 2050.

Cela est d’autant plus urgent que le rapport du GIEC confirme qu’entre 2000 et 2010, le rythme de croissance planétaire des émissions de GES a doublé par rapport à la moyenne de la période 1970-2000. Malgré cela, l’objectif d’une augmentation des températures limité à 2°C reste atteignable, mais il nécessite de prendre toutes les mesures nécessaires, alors que le délai se raccourcit encore.

Nous partageons la conviction de ce rapport : il faut à tout prix faire reculer massivement les émissions de GES provenant des énergies carbonées. Cette évolution doit s’appuyer sur un mix énergétique nouveau permettant de répondre aux besoins énergétiques croissants exprimés à travers monde et associant toutes les énergies décarbonées, l’hydraulique, les énergies renouvelables (éolien, solaire,…), sans que soit oublié le nucléaire.

En France, la nouvelle ministre en charge de l’écologie, du développement durable et de l’énergie a annoncé une loi sur la transition énergétique d’ici l’été. Les communistes demandent à ce que le processus législatif soit accompagné d’un débat réellement public, qui associe les populations à la définition d’un nouveau mix-énergétique faisant face aux enjeux énergétiques et climatiques mondiaux, tout en préservant un prix de toutes les énergies accessibles pour les consommateurs et permettant le développement industriel.

Dans ce cadre, le Parti Communiste propose un bouquet énergétique diversifié incluant toutes les énergies disponibles, y compris le nucléaire, en privilégiant celles émettant le moins de CO2. Il s’agit de prendre en compte le niveau de maturité des différentes technologiques (coût, stockage de l’électricité, stockage du Co2) à la lumière de trois critères : l’impact social, environnemental et économique. En outre, cette loi doit mettre en évidence les réponses effectivement nationales aux problèmes énergétiques ; en premier lieu parce que notre pays ne dispose pas de ressources énergétiques, notamment fossiles, propres à satisfaire ni la totalité, ni une part significative des besoins nationaux. Et cette réalité est a fortiori celle de toutes les régions françaises. Toute solution législative allant dans le sens d’un éclatement de la solidarité nationale au bénéfice d’une prétendue régionalisation des solutions serait à terme vouée à l’échec au bénéfice exclusif des rentes de situation et au désavantage des plus pauvres condamné à payer plus cher une énergie plus rare, derrière « l’économie de l’offre » chère à certains.

Par ailleurs, l’Europe a besoin d’une politique commune de l’énergie, qui intègre la spécificité des situations des différents pays membres et encourage de grands services publics nationalisés et intégrés de l’énergie.

Alors que plusieurs pays dans le monde et en Europe ont fait le choix de développer l’énergie nucléaire pour répondre à l’enjeu climatique, l’exemple allemand d’une transition énergétique bâtie sur la sortie de l’énergie nucléaire nous interroge et souffre à notre sens d’un double écueil : celui d’un coût de l’électricité exorbitant pour le consommateur, qui engendre la précarité énergétique de milliers de familles, et celui d’un recours massif à des centrales thermiques à gaz ou à charbon - pour compenser l’intermittence de la production des énergies renouvelables, au détriment de l’objectif d’une réduction des émissions de GES.

Par ailleurs, nous continuons à nous opposer à la marchandisation, préconisée par le GIEC, des droits à polluer ou a émettre des GES (systèmes de permis d’émissions, taxes carbone), dont l’échec est pourtant patent, comme l’ont reconnu, il y a peu, les ministres de l’environnement de toute l’union européenne ! La lutte contre le dérèglement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait plutôt appeler la mobilisation d’énormes moyens financiers, au service d’un plan ambitieux d’économies d’énergie dans les secteurs les plus consommateurs comme le transport et le bâtiment. Ces investissements indispensables sont inconciliables avec la politique de réduction des déficits publics, d’austérité et de libéralisation des services publics pratiquée en France et décidée au niveau européen.

Les coûts de la transition énergétique et de la réduction des gaz à effet de serre ne doivent pas être supportés par les salariés et les consommateurs.

Il est urgent d’ouvrir la voie à un changement de société, basé sur un nouveau mode de développement, de production et de consommation qui réponde à l’intérêt général, aux besoins sociaux et à l’urgence écologique.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 09:08

3 ans/Fukushima : pour un véritable débat démocratique sur la transition énergétique

 

Le 11 mars 2011, la puissance dévastatrice des flots a endeuillé le Japon, causant près de 20 000 victimes et provoqué à sa suite l’accident majeur survenu dans la centrale nucléaire de Fukushima Daïchi. Le PCF s’associe à la peine des familles des victimes meurtries par ce tsunami. Trois ans après, Fukushima reste dans toutes les mémoires, en raison de la contamination radiologique du site et de ses alentours qui a poussé 160 000 riverains à devoir reconstruire leurs vies ailleurs.

Toutes les enquêtes confirment que la responsabilité de l’entreprise TEPCO est pleinement engagée dans cette catastrophe. L’énergie nucléaire est trop sérieuse pour être confiée à des intérêts exclusivement privés. A l’heure où la construction de centrales nucléaires est relancée dans le monde, le PCF appelle à la mise en place, sur la base de ce que sont l’ASN et l’IRSN en France, d’une autorité mondiale de contrôle de la sûreté du nucléaire civil, permettant de vérifier le respect de hautes exigences de sécurité communes.

La lutte contre le dérèglement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre est l’enjeu de notre siècle. C’est en ce sens que le PCF pendra les initiatives internationales - politiques et citoyennes - utiles à la signature d’un accord global sur la réduction des GES, lors de la conférence Paris-Climat 2015.

Le gouvernement présentera, à l’automne, son projet de loi sur la transition énergétique. Les conditions d’un réel débat démocratique sur la composition du futur mix-énergétique, alliant énergies renouvelables et nucléaires, devront alors être sereinement réunies, sans jouer sur les peurs et l’irrationnel. Le nucléaire civil constitue, pour le PCF, un atout qui doit être maintenu et développé pour relever les défis d’une énergie décarbonée. Le PCF portera également dans ce débat sa proposition d’un pôle public national de l’énergie, alliant la maitrise publique au service du droit à l’énergie pour tous, l’exigence de sécurité et un prix de l’énergie abordable !

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 00:41

Août 2012

 

Les centrales nucléaires françaises


Ce document vise à rappeler brièvement quelles sont les centrales nucléaires françaises, leur état et leurs conditions de fonctionnement, voire les perspectives d’extension. Un point de vue à enrichir, car l’approche retenue ici pourra facilement se voir reprocher d’être incomplète, entre autres parce que le sujet est extrêmement vaste et il serait présomptueux de prétendre faire un tour complet du dossier en conservant une présentation accessible au plus grand nombre.

 

En outre, il n’appartient pas à un parti politique – et au PCF pas plus qu’aux autres – de déterminer l’état d’une installation industrielle (les dérives de l’affaire Lyssenko ne seraient pas très loin, ou tout du moins, la confusion entre parti politique et appareil d’Etat, dont l’ex-URSS a donné de fâcheux exemples), mais d’apprécier si les organismes qui en sont chargés, sont en mesure de le faire dans de bonnes conditions et correctement.

 

Or, il existe en France une Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) historiquement issue du ministère de l’Industrie et aujourd’hui autorité indépendante, qui dispose d’un appui technique, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) lui-même historiquement issu du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA).

 

Ils disposent aujourd’hui d’une belle expérience commune, sont habitués à travailler ensemble et ont fini par disposer d’une vision complète et contradictoire des activités de l’ensemble des opérateurs du secteur nucléaire. Et c’était loin d’être acquis d’avance vis-à-vis d’un exploitant reconnu comme EDF et d’un constructeur comme AREVA (résultant de la fusion en 2000 de Framatome et de la Cogema), qui est parmi les tout premiers au monde.

 

La description du fonctionnement de l’ASN (et de l’IRSN) mériterait de plus longs développements. On peut cependant considérer que l’ASN (avec l’IRSN comme appui) dispose d’une compétence solide et d’une grande indépendance de vue. Elle est reconnue à travers le monde comme une des meilleures autorités de contrôle en matière nucléaire, si ce n’est la meilleure.

 

On peut également penser que la loi TSN (Transparence et Sécurité Nucléaire) lui a donné une indépendance accrue vis-à-vis du gouvernement. Bien que les parlementaires communistes n’aient pas approuvé cette loi car elle correspond de fait à un certain désengagement de l’Etat (l’ASN connaît des problèmes budgétaires qui ont amené le collège des commissaires à adopter une résolution sur le sujet), il faut reconnaître qu’elle a depuis conféré à l’ASN davantage d’indépendance et d’autorité, l’a orientée vers une meilleure prise en compte des préoccupations « de la société civile » et une diminution du souci de « réussite industrielle » qui avait pu un peu trop guider l’ASN dans les décennies 1970 à 1990.

 

Toutefois il faut observer que l’autorité de l’ASN reste tributaire de l’aura de son président emblématique, A.C. LACOSTE, dont le mandat arrive à terme fin 2012 et dont le remplacement aura une grande importance (et sera un des premiers gestes en matière énergétique du gouvernement élu au printemps 2012). Car l’autorité dont dispose aujourd’hui cet organisme, lié au travail fourni comme à l’équilibre de ses positionnements et financements, n’est pas éternellement garantie, et peut venir le moment où des critiques de son activité pourraient être nécessaires....

 

Il faut considérer également que l’ASN peine à prendre réellement en compte les problèmes humains et sociaux dans les centrales, bien que ses représentants y exercent les fonctions d’inspecteur du travail. Elle a fait cependant quelques efforts en ce sens (y compris sur le chantier de Flamanville) mais ils restent sans doute largement insuffisants, à la fois quant à la perception des conditions de vie et de travail de l’ensemble des salariés et quant aux conséquences potentielles ou immédiates de l’organisation du travail et de la vie en centrale sur la sûreté de celle-ci.

 

Il faut aussi noter que les missions de l’ASN ne se limitent pas aux installations de production d’électricité (y compris phase de construction et fabrication de matériels et du combustible). Elles s’étendent au contrôle de l’ensemble des activités engageant des rayonnements ionisants, dont le secteur médical, ainsi que le traitement des déchets et le démantèlement des installations. Son champ d’activités comprend également la radioprotection.

 

En l’état actuel des choses, on peut considérer que l’avis de l’ASN (et de l’IRSN) sur les centrales de production d’électricité, leur entretien, leur état, leur avenir est fondé et pertinent, et de plus plutôt en amélioration. En outre, l’effort consenti après Fukushima a été considérable et conduira certainement à de nouvelles exigences et à une amélioration de la sûreté des installations nucléaires.

 

Dans ces conditions, il serait incompréhensible - voire inconséquent - de ne pas prendre en compte l’avis de l’ASN (avec l’appui de l’IRSN) sur l’état du parc électronucléaire français. Or l’ASN inscrit dans la partie de son rapport 2010 (rédigé avant Fukushima) consacrée aux centrales électronucléaires : les cinquante huit réacteurs à eau sous pression qui équipent les centrales électronucléaires françaises sont de conception globalement semblable. Ces centrales sont exploitées par un opérateur unique, EDF.

Elle note également qu’EDF dispose en son sein de capacités d’ingénierie importantes et d’une organisation permettant de tirer parti des avantages de cette standardisation, mais aussi d’en gérer les inconvénients ; étant donné que les centrales nucléaires d’EDF contribuent à près de 80 % de l’approvisionnement électrique de la France, il importe de prévenir la survenue d’une anomalie grave et générique. L’ASN est particulièrement attentive aux mesures prises par EDF à cet effet.


Dans ce même document, l’ASN mentionnait avoir pris position en 2009 sur les aspects généraux de la poursuite de l’exploitation des réacteurs de 900 MW (34 réacteurs sur les 58) et avoir considéré que le réacteur n° 1 de Tricastin était apte à être exploité pour dix années supplémentaires, soit jusqu’à quarante ans.

 

Sans retranscrire ici tous les éléments contenus dans ce rapport, on peut estimer que le processus - visant à assurer le fonctionnement pour dix années supplémentaires des conditions approuvées par l’ASN de l’ensemble des tranches du parc EDF - était engagé.

 

Il doit être compris que ce processus concerne chaque tranche individuellement et non pas telle ou telle série en bloc (comme chaque voiture passe au contrôle technique individuellement pour deux ans supplémentaires et il n’y a pas de contrôle global ni sur tel ou tel type de voiture, ni pour toutes les voitures du même propriétaire).

 

Ce processus peut à tout moment rencontrer des difficultés ou des échecs, ceux-ci pouvant provenir soit d’une modification des exigences, soit d’une attitude inappropriée de l’exploitant EDF, soit d’observations négatives faites individuellement sur telle ou telle tranche (les 58 tranches exploitées par EDF se répartissent sur 19 sites à raison de 2 à 6 par sites).

 

Avant de revenir sur ces questions, il convient d’observer que dans cette analyse, l’âge des centrales n’est pas un facteur direct, ni même primordial de la capacité des centrales à continuer à fonctionner ; l’essentiel est bien la façon dont les centrales sont exploitées, entretenues et améliorées.


Concernant l’exploitation, le résultat de ces dernières années est resté satisfaisant, mais il faut observer que si les principaux indicateurs relatifs à la sûreté sur sites restent stables, le mécontentement du personnel a été croissant jusqu’à amener en 2009 une situation de conflit se traduisant par une baisse sensible de la disponibilité des centrales (une moindre production d’électricité, pour simplifier).

 

recours exagéré et croissant à la sous-traitance [ alors que le succès du nucléaire français repose pour une large part sur le statut social élevé dont bénéficie le personnel qui l’exploite, une part importante du travail d’exploitation est effectué par du personnel exclu de ces garanties sociales, et de plus en plus soumis à des pratiques de type « dumping social » massivement en vigueur dans d’autres secteurs professionnels]

mécontentement du personnel lié à des conditions de travail en dégradation, et à une réduction de son autonomie,

insuffisance des crédits d’entretien

 

Alors que le succès industriel et économique du parc électronucléaire français, comme son acceptation par l’opinion publique, s’appuyait sur les valeurs de service public portées par EDF, tout s’est passé dans cette période comme si la direction d’EDF, obnubilée par la dérèglementation du secteur de l’énergie, tournait délibérément le dos à ces valeurs.

On peut se demander comment, dans cette période, la sûreté proprement dite des tranches ne s’est pas sensiblement dégradée : c’est sans doute lié au fait que les crédits et le personnel dédié à ces fonctions aient été relativement préservés, en lien avec la présence d’une autorité de sûreté compétente et exigeante.

 

Tout ceci a entraîné des mauvais résultats d’exploitation qui ont certainement largement contribué au remplacement de M. Gadonneix par M. Proglio, à une augmentation (momentanée ?) des effectifs et à une hausse importante des commandes de gros matériels de remplacement.

 

Depuis deux ans, l’orientation affichée (et pour le moment suivie) par la direction d’EDF au plus haut niveau, et donc du parc nucléaire consiste à tabler sur un effort d’entretien important sur la durée, en lien avec la volonté affichée de poursuivre l’exploitation des tranches « le plus longtemps possible ». Ceci en partant du principe qu’il est beaucoup moins coûteux de maintenir une tranche nucléaire en bon état que d’en construire une nouvelle (c’est la même chose pour les voitures...) et en sachant que dans une centrale nucléaire la plupart des composants principaux peuvent être remplacés (turbine, alternateur, transformateurs, pompes et robinets divers, générateurs de vapeur, etc.) à l’exception essentiellement de l’enceinte en béton précontraint et de la cuve qui contient l’uranium.

 

Tous ces éléments font l’objet de contrôles réguliers, plus particulièrement lors des visites décennales et leur remplacement doit intervenir de façon préventive. Bien entendu (comme pour les voitures) il viendra un moment où le remplacement de certains composants ne sera plus rentable compte tenu de l’état général de l’ensemble de l’installation et c’est ce qui fait retenir aujourd’hui une durée de vie probable des tranches de 50 à 60 ans, le cas de chacune faisant l’objet d’un examen individuel, tant côté EDF que ASN, en particulier quant à l’état de l’enceinte et de la cuve.

 

Les centrales françaises étant très voisines en termes de conception et de conditions de réalisation, il est probable que les jugements seront voisins, ce qui n’exclut pas cependant des écarts sensibles de durée de vie liés par exemple à la métallurgie de telle ou telle cuve, ou à l’étanchéité des bétons de telle ou telle enceinte. Une attention constante doit être portée à tout ce qui se passe dans le nucléaire à l’étranger (Fukushima, mais aussi les cuves de Doel en Belgique), voire dans d’autres secteurs industriels, avec le souci d’en tirer tous les enseignements, comme cela avait été le cas au moment de la mise en service des premières tranches françaises, ou après l’accident de Three Miles Island

 

Ce renouvellement des matériels des centrales s’accompagne d’un effort d’amélioration régulière de la sûreté, au moyen de modifications réalisées au cours des arrêts annuels et principalement des visites décennales. En effet, s’il est impossible de garantir une centrale nucléaire sans accident (pas plus qu’on ne peut garantir que les trains ne déraillent jamais ou que les avions ne tomberont plus), il existe un effort régulier d’amélioration de la sûreté tenant compte du retour d’expérience du parc français et international (Tchernobyl et Three Miles Island compris), et de l’évolution de la réflexion sur ces sujets. Cet effort d’amélioration s’exerce en parallèle sur l’ensemble des tranches suivant un processus établi entre EDF et ASN et qui concerne l’ensemble des tranches. Avec l’objectif réaliste d’aboutir à des résultats équivalents sur chacune, Fessenheim compris.

 

Telle était la situation qui prévalait avant Fukushima : parc homogène, exploitant unique, société publique à l’origine, sûreté satisfaisante, efforts d’amélioration régulier. Avant d’examiner l’incidence de cette catastrophe, il convient de préciser qu’une centrale nucléaire ne peut fonctionner sans son personnel et même avec beaucoup de personnel, puisqu’aux 20 000 agents EDF qui exploitent les centrales s’ajoutent environ autant de personnels d’autres entreprises : le nucléaire est une industrie de main-d’œuvre, et de main d’œuvre très qualifiée (c’est une tare aux yeux des financiers qui nous gouvernent !). Il faut en outre savoir qu’une tranche nucléaire à l’arrêt pendant une journée c’est environ un million d’euros de manque à gagner, et que tout agent est à la fois un gréviste potentiel et source « d’erreur humaine » dans le processus technique ; il est donc souvent considéré plus comme un facteur de trouble que comme un élément indispensable du processus de production.

 

Il y a eu une tendance à élaborer la sûreté indépendamment de lui, voire contre lui, et ce n’est pas positif, même s’il ne faut pas établir de lien mécaniste entre conditions de vie et de travail du salarié et sûreté nucléaire. Il est clair que le nucléaire a besoin de davantage de démocratie (et les opérations coup de poing de Greenpeace et autres ne sont pas une bonne chose dans ce domaine, car elles entrainent forcément des exigences supplémentaires et des contrôles encore plus tatillons que les seuls salariés devront supporter, et qui rendent encore plus difficile une vision externe de ce qui se passe à l’intérieur de la centrale).

 

L’après-Fukushima


La catastrophe de Fukushima a suscité à juste titre un profond émoi dans le monde, et tout particulièrement dans le milieu du nucléaire.

 

Même si la catastrophe nucléaire proprement dite n’a fait que peu de victimes directes, les conséquences en seront considérables : les rejets de matières radioactives dans l’atmosphère et dans le milieu marin, l’évacuation de dizaine de milliers de personnes (sans même parler de la destruction des centrales et des difficultés du Japon en fourniture d’électricité) montrent que tout doit être fait pour prévenir des catastrophes de ce type. Le fait même que l’énergie nucléaire soit indispensable dans les prochaines décennies à notre pays et à l’ensemble de la planète renforce la nécessité de ces efforts.

 

L’attitude de TEPCO (société privée) et des autorités japonaises avant et pendant la crise - comme la conception et l’implantation même de ces centrales - fait l’objet de débats passionnés parmi les spécialistes et ailleurs. Même si les tranches nucléaires françaises ne peuvent pas subir de tsunami de ce type, il est clair que les conséquences de cette catastrophe doivent être tirées pour les centrales françaises et qu’elles doivent faire l’objet d’amélioration auxquelles on n’aurait pas pensé auparavant.

 

Le travail de réflexion – considérable – engagé entre EDF, ASN et IRSN, en lien avec ce qui se fait à l’étranger - va dans ce sens (stress-test, ECS [Etudes Complémentaires de Sûreté], etc.). Il doit être poursuivi et concrétisé le plus rapidement possible. Il faut à ce propos noter que la réorganisation d’AREVA et le plan social qui l’accompagne vont exactement à l’opposé de ce qu’il faudrait faire.

 

L’objectif n’est pas, répétons-le, de viser une centrale nucléaire sans accident mais d’en rendre les conséquences éventuelles les plus faibles possible, de « resserrer les mailles du filet » enquelque sorte, à la lumière de l’expérience acquise, dans laquelle ce qui s’est passé au Japon est un élément important. Il faut franchir une étape qualitative comme cela a été fait après Tchernobyl et auparavant après Three Mile Island car ce qui s’est passé au Japon met en évidence qu’il peut exister des conjonctions d’événements peu probables auxquelles les centrales ne sont pas préparées à faire face.

 

Sans préjuger aujourd’hui ce que seront les conclusions de l’autorité de sûreté et de l’exploitant EDF, on peut penser possible d’améliorer sensiblement la résistance des centrales françaises à des événements exceptionnels. En l’état des informations actuellement disponibles (mi 2012), ces améliorations pourraient être faites de façon homogène sur toutes les centrales EDF, homogènes ne voulant pas dire identiques (les différences peuvent être dues à la topographie des sites, leurs ressources en eau, les liaisons électriques, etc. Le coût restant modéré pour chacune :

 

Quelques ordres de grandeurs :

 

• remplacement d’une tranche ancienne par une tranche neuve : plusieurs milliards d’euros,

• amélioration de la sûreté prévue avant Fukushima et prolongation de la durée de vie : quelques centaines de millions d’euros par tranche, échelonnés sur une vingtaine d’années pour l’ensemble du parc (estimation EDF : 50Mds€ sur 20 ans pour les 58 tranches du parc actuel, à comparer aux 65 Mds€ de son chiffre d’affaire annuel),

• amélioration de la sûreté supplémentaire à prévoir après Fukushima : difficile à estimer aujourd’hui. Peut-être deux centaines de millions d’euros par tranche, à réaliser le plus vite possible. Sur les 58 tranches du parc, cela peut faire de autour de 10 milliards d’euros en ordre de grandeur. Sans garantie du rédacteur !!!

 

EDF envisage également de se doter d’une force d’intervention qui viendra en soutien des équipes confrontées à une situation de crise (FARN, selon la dénomination actuellement retenue), chose qui a fait défaut au Japon ; mais sa création ne dispensera pas de modifications matérielles coûteuses.

 

Un coût modéré pour chacune entraîne néanmoins des sommes conséquentes sur le nombre de tranches concernées. Et il peut y avoir tentation pour EDF de limiter l’ampleur des modifications à réaliser, d’une part pour réduire l’enveloppe financière, d’autre part pour raccourcir les arrêts techniques nécessaires à leur mise en œuvre, qui affecteront forcément la sacro-sainte rentabilité.

 

Il va donc y avoir une partie de bras de fer entre ASN et exploitant, sous l’arbitrage discret du gouvernement, à la fois finançant l’ASN et actionnaire principal d’EDF. Ce n’est pas satisfaisant. A delà du rôle joué aujourd’hui par les CLI, un surcroît de démocratie réelle est indispensable, à la fois interne (avec le personnel de toutes les entreprises) et externe (avec les experts en disciplines diverses, dont on a vu l’importance à Fukushima – séisme, tsunami – et en France – inondation, marée et houle comme au Blayais en 1999) et bien entendu les élus représentant les populations. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet effort de démocratie n’a pas réellement existé au cours des décennies écoulées, et si la loi TSN de 2006 représente une avancée, elle a du mal à se concrétiser pour les citoyens et les salariés en particulier parce que l’Etat ne joue pas son rôle de puissance publique et de porteur de démocratie effective (quand il ne rogne pas sur les moyens financiers en tant que principal actionnaire).

 

Et l’EPR dans tout ça ?


Il y a quelques années, l’un des concepteurs de l’EPR a eu cette formule « l’EPR n’est pas un réacteur révolutionnaire, c’est un réacteur évolutionnaire ». C’est toujours vrai. Et il présente donc avec ses 58 devanciers beaucoup de points communs.

 

Les 58 réacteurs à eau pressurisés en fonctionnement peuvent se comparer à une flotte de 58 voitures, assez homogènes, par exemple des Peugeot de la 306 à la 407 en passant par 307, 308, 405 et 406 fonctionnant les unes à l’essence (combustible uranium naturel), les autres au diesel (combustible MOX ). Et bien alors, l’EPR serait une Peugeot 4008, plus grande, plus luxueuse, plus chère, mais pas tellement différente dans sa conception.

 

On imagine dans ces conditions que l’appréciation portée sur l’EPR vis-à-vis de la sûreté n’est pas fondamentalement différente de celle exprimée sur les tranches antérieures. Tout au plus peut-on noter que certaines améliorations à intégrer sur le parc actuel le sont déjà dans la conception de Flamanville 3. Mais les analyses consécutives à Fukushima sont encore à réalisées pour l’EPR et il devrait être hors de question de démarrer Flamanville 3 sans que les améliorations correspondantes aient été mises en œuvre. Mais elles ne seront pas plus prohibitives ni en conception ni en coût que sur les tranches antérieures.

 

Ceci dit, l’EPR « se révèle » plus coûteux, plus difficile et plus long à construire que ce qui avait été annoncé au départ. Plusieurs raisons peuvent être évoquées :

 

la première, c’est qu’EDF et AREVA ont prétendu qu’il était possible de construire une 4008 en petite série, plus vite et moins chère que ce qu’on avait fait pour des 406 en série, alors même que la chaîne n’avait pas tourné depuis vingt ans ! Ceci a eu des conséquences tant pour les études générales qu’en métallurgie et fabrication des matériels ou en génie civil. Les Chinois, qui ont construit des tranches nucléaires en continuité depuis vingt cinq ans ont à peu près réussi à réaliser le génie civil dans les limites du planning initial alors qu’EDF (avec Bouygues) accumulait deux ans de retard en deux ans de travaux... Par exemple, la réalisation de la peau métallique d’étanchéité de l’enceinte a été une source de déboires alors qu’on en a fait 34 dans les décennies 1970 et 1980 et que les Chinois l’ont réalisée sans encombre en utilisant sur l’EPR les techniques qu’ils utilisent sur les autres tranches en construction,

 

la deuxième, c’est que depuis la construction du parc existant (1969-1985 pour l’essentiel) les ressorts de l’économie française ont changé. La financiarisation de l’économie ne s’est pas arrêtée aux portes du chantier EPR, au contraire. A l’époque, il s’agissait de faire des profits en utilisant les succès techniques. Aujourd’hui, la réalisation technique n’est plus que l’occasion de réaliser des profits (via la sous-traitance et l’externalisation, avec baisse

des coûts de réalisation mais augmentation des marges) y compris au détriment de la réussite technique. En parallèle le pouvoir politique s’est désintéressé de la problématique industrielle,

 

la troisième, c’est que la complexité du modèle 4008 est liée à l’adjonction d’améliorations diverses dont certaines sont probablement peu justifiées, voire inefficaces, et dont une partie correspond à des exigences des Allemands soucieux de placer des éléments de conception conformes à leurs habitudes et leur permettant de placer leurs matériels. Ils se sont aujourd’hui retirés du projet, mais certaines de leurs exigences perdurent. Il semble d’ailleurs qu’EDF réfléchisse aujourd’hui à un EPR modifié (pour ne pas dire simplifié), plus facile et moins cher à construire. Encore conviendra-t-il de vérifier (et c’est le rôle de l’ASN et de l’IRSN) que ce projet modifié présente des caractéristiques toujours satisfaisantes vis-à-vis de la sûreté et intègre les conséquences de Fukushima dès sa conception.

 

C’est dans ce contexte qu’il convient semble-t-il d’analyser les perspectives de lancement de nouveaux chantiers, et en premier lieu celui de Penly. Malgré la crise qui s’est accentuée depuis 2009, il y aura besoin de deux ou trois nouvelles tranches nucléaires pour une mise en service d’ici à 2025. En même temps, il faut que ce soit des unités qui intègrent dès leur construction les conséquences de Fukushima et le retour d’expérience de Flamanville. Il faut donc à la fois ne pas prendre un retard qui serait à terme préjudiciable, ni faire dans la précipitation. Une mise en chantier de Penly dans les trois années qui viennent serait sans doute un bon compromis.

 

En parallèle, la réflexion doit se poursuivre sur le retraitement des déchets et le démantèlement des centrales désaffectées. Non pas qu’il ne se soit rien fait sur ces questions. Au contraire, on peut considérer que beaucoup des problèmes théoriques posés par ces activités sont quasiment résolus. Mais ce qui manque c’est la mise en pratique des solutions, avec bien sûr l’approfondissement encore nécessaire, tant en matière de recherche et développement, que d’ingénierie ou de développement du savoir faire et des technologies. Mais tout cela nécessitedes moyens financiers hors de proportion avec ceux qui y sont actuellement consacrés, tout en restant à des niveaux acceptables Mais il faut dire que déconstruction et gestion des déchets n’ont jamais dégagé de profits, et c’est bien ce qui coince, tant du côté de l’état que de celui des entreprises de l’énergie et plus généralement du nucléaire : c’est tout un état d’esprit relatif à ces questions qui doit changer, et si c’était effectivement le cas, la réticence des populations concernées serait largement diminuée !

 

Mais l’avenir de l’électronucléaire peut-il se réduire en France (et dans le monde) à l’exploitation du parc existant avec l’adjonction ici ou là de quelques EPR ? Certainement pas ! Compte tenu de ce qui précède, on voit bien que ce serait se condamner à avoir tous les œufs dans le même panier ! Sans cultiver la nostalgie d’un passé toujours mythique, mais bien entendu révolu, il faut savoir que dans les années 1970, par exemple, la France, via EDF et le CEA, exploitait des centrales de production électronucléaire dans quatre filières différentes (eau pressurisée, qui a seule été pérennisée, graphite gaz à Chinon, Saint Laurent et Bugey, Candu à Brennilis, et rapide sodium (surgénérateurs) et avait fermement envisagé d’en développer une cinquième (eau bouillante, style Fukushima) avant d’y renoncer. Aujourd’hui, seule la filière à eau pressurisée existe depuis les arrêts de Superphénix (décision funeste du gouvernement Jospin) puis de Phénix, qui ont conduit la France à avoir aujourd’hui dix ans de retard sur les Russes ou les Japonais sur la filière à neutrons rapides alors qu’elle avait dix ans d’avance dans les années 1990.

 

Or, il faut savoir que les filières type eau pressurisée (ou eau bouillante) ne permettront d’utiliser que quelques % de l’énergie disponible dans le minerai d’uranium actuellement 2% environ sur le parc nucléaire français), alors que les surgénérateurs permettent d’en exploiter la quasi-totalité, soit 50 fois plus !! On comprend bien que l’affirmation de ces technologies dans des conditions de sûreté et d’économie mieux affirmées ouvrirait des perspectives énergétiques intéressantes à l’ensemble de la planète.

 

En même temps, un pays comme l’Inde a développé une filière à partir du thorium (combustible analogue à l’uranium), à un stade toutefois moins avancé que les filières à uranium. Il est hors de question d’opposer un combustible par rapport à l’autre, ni de prétendre qu’il existe ailleurs des solutions miracle ; mais ceci montre que diverses voies peuvent être envisagées, avec des avantages et inconvénients divers, mais toutes requièrent des efforts de recherche et développement hors de proportion avec ce que la France consent aujourd’hui. A l’heure où le surcoût des énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque principalement) va représenter chaque année pour les Français l’équivalent de la construction d’un demi EPR, il serait suicidaire que les entreprises de notre pays en restent à la seule exploitation de la filière à eau pressurisée et négligent d’explorer et de développer d’autres pistes qui seront indispensables demain et après demain à la fourniture d’énergie électrique dont notre pays et nos concitoyens auront un besoin sans doute accru

 

Le rapport à la finance


Le cœur des questions relatives à l’énergie nucléaire, bien plus que sa proximité (historique, mais de plus en plus atténuée) avec le nucléaire militaire, c’est son rapport à la finance, alors que celle-ci détient tout le pouvoir dans le monde économique actuel. L’énergie nucléaire est une activité hautement capitalistique et n’attire donc pas les financiers qui gouvernent la planète quand bien même il est avéré que cette énergie permet de produire les kWh les moins chers ! Ceux-ci estiment que le nucléaire souffre de plusieurs tares irrémédiables : les temps de retour sur investissements sont trop longs et il existe d’autres moyens de production d’électricité pour lesquels ce n’est pas le cas (thermique à flamme charbon ou gaz, renouvelable) même si les coûts de production du kWh y sont plus élevés. En outre, comme il est avéré que le nucléaire permet de produire les kWh les moins chers, il est moins que d’autres sources d’énergie (renouvelable notamment) susceptible de bénéficier d’aides publiques directes ou déguisées. Enfin, elle exige des efforts d’entretien permanents, qui, s’ils sont loin d’être prohibitifs, nécessitent une continuité dans l’approche technico-économique peu compatible avec les appétits immédiats des actionnaires. Donc, partout dans le monde, les responsables financiers se battront bec et ongles pour faire le moins possible d’investissements dans le nucléaire, et construire le moins possible de nucléaire neuf.

 

Par contre, les financiers aimeraient bien avoir les mains libres pour tirer le maximum d’argent des investissements réalisés dans le nucléaire, et aujourd’hui largement rentabilisés. C’est ce qui motive l’acharnement mis par le gouvernement Sarkozy-Fillon à faire passer la sinistre loi NOME (avec une opposition de principe des parlementaires socialistes). C’est ce qui explique au Japon les défaillances de TEPCO dans la gestion de ses centrales. C’est ce qui rend indispensable (en France et ailleurs) l’existence d’autorités de sûreté le plus indépendantes possible, et surtout compétentes pour vérifier et faire améliorer autant que de besoin le fonctionnement des centrales actuelles comme la construction des prochaines. C’est ce qui rend indispensable aussi l’amélioration du débat démocratique autour du nucléaire.

 

Il y a encore beaucoup à gagner en France où certaines forces politiques (les Verts, mais ce ne sont pas les seuls) prétendent réduire le débat à pour ou contre le nucléaire. On peut penser que ce type de positionnement arrange bien le secteur financier, car il tend à occulter le nécessaire débat sur les moyens pour améliorer le nucléaire existant. Et regarder sereinement quelle doit être la place de ce type d’énergie dans l’équilibre énergétique (le moins carboné possible) qu’il faut prévoir pour les besoins généraux des habitants de la planète. Et de ce point de vue, le nécessaire avis des Français, que veut solliciter le Front de gauche, ne peut se réduire à un référendum pour ou contre, mais doit reposer sur un réel débat mettant à plat toutes les questions, y compris économiques (coût des différentes sources d’énergie) et financières (besoins de capitaux) en même temps qu’écologiques (nuisances des différentes sources, notamment vis-à-vis du réchauffement climatique), sociales (satisfaction des besoins et réduction des inégalités, y compris internationales) et ceci pour l’ensemble des filières énergétiques envisageables.

 

JEAN BARRA

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 08:34

 

MONDE -  le 26 Décembre 2013

Allemagne

Energie solaire: stress électrique en Bavière

Allemagneenvoyé spécial. Depuis l’abandon du nucléaire en 2011, la transition énergétique allemande s’appuie sur la production d’électricité photovoltaïque et éolienne. Mais des obstacles s’accumulent et un sentiment d’insécurité gagne du terrain.

Un voyage à travers le sud de l’Allemagne a de quoi réjouir les yeux d’un partisan des énergies renouvelables : partout, panneaux solaires et éoliennes parsèment le paysage. La Bavière se distingue. Championne de l’énergie solaire, ses quelque 400 000 installations totalisent une capacité de production d’électricité photovoltaïque supérieure à celle des États-Unis. Encouragé par les autorités, le mouvement paraît irrésistible. De 3 % de la consommation d’électricité en Bavière en 2009, le photovoltaïque en représente 8 % en 2011. Le gouvernement de Bavière espère encore doubler ce taux d’ici à 2021. À cet horizon, la part de l’électricité aux origines renouvelables devrait atteindre 50 % dans le Land, contre 25 % en 2010.

Particularité allemande, la transition énergétique est menée dans le cadre d’un abandon du nucléaire. Le 6 juin 2011, trois mois après la catastrophe de Fukushima, la chancelière Angela Merkel annonce l’arrêt immédiat de 8 des 17 réacteurs nucléaires ; 
les 9 autres doivent fermer d’ici à 2022. Les énergies renouvelables sont appelées à la rescousse. L’urgence est palpable en Bavière. Le Land cumule les défis et apparaît comme un laboratoire de la transition énergétique. Il compte 
4 des 9 réacteurs nucléaires encore en activité, qui produisent près de 60 % de l’électricité consommée. C’est aussi le Land le plus éloigné des puissantes fermes éoliennes de la mer du Nord. Handicap supplémentaire : les nouvelles lignes à haute tension qui doivent transporter cette électricité vers le sud tardent à se concrétiser. En Bavière, la fermeture d’un réacteur en 2011 a pu être surmontée sans réelle difficulté. Mais plus on approche du prochain arrêt, programmé en 2015, plus l’inquiétude croît. En l’absence de solution de rechange, les doutes s’élèvent sur le bien-fondé de la politique suivie. Le premier constat est celui d’une forte augmentation du prix de l’électricité. En 2013, elle approche les 10 %. La totale libéralisation du marché de l’électricité l’explique en partie. S’y ajoutent les subventions prévues par la loi sur les énergies renouvelables (EEG). L’État fédéral s’engage à subventionner pendant vingt ans les producteurs d’électricité renouvelable : l’aide était de 1,3 cent le kilowattheure en 2009, elle atteint 5,3 cents en 2013. De plus, la loi oblige les distributeurs à acheter en priorité l’électricité produite à partir de sources renouvelables.

Deuxième constat : l’EEG génère des gâchis financiers et technologiques. Par exemple, les producteurs d’électricité éolienne sont subventionnés même quand leurs installations ne sont pas raccordées au réseau. Par ailleurs, la priorité donnée aux énergies renouvelables réduit la rentabilité des centrales à énergies fossiles. Ces dernières voient leur temps de production réduit tandis que leurs coûts d’entretien restent fixes. Ces centrales sont pourtant nécessaires pour garantir l’approvisionnement en électricité quand la production tirée du photovoltaïque et de l’éolien baisse en raison de conditions météorologiques défavorables.

Côté économie, les partisans de la transition énergétique vantent le développement d’une branche industrielle verte dont l’Allemagne occuperait la pointe technologique. Le pari est gagné dans l’éolien, notamment avec Siemens. En matière d’emploi, le nombre de personnes occupées dans les énergies renouvelables a plus que doublé entre 2004 et 2011. Mais les suppressions d’emplois dans d’autres secteurs s’accumulent, notamment dans le nucléaire que Siemens a abandonné. E.ON et RWE, deux des principaux producteurs d’électricité, ont chacun annoncé plus d’une dizaine de milliers de suppressions d’emplois. La filière photovoltaïque, elle, a perdu 30 000 emplois depuis 2011, soit près d’un tiers, en raison de la concurrence chinoise. De surcroît, « les nouveaux emplois sont caractérisés par des salaires, des qualifications, des droits, des taux de syndicalisation nettement moins élevés que dans les secteurs traditionnels de l’énergie », constate Martin Marcinek, directeur de la branche énergie et déchets du syndicat Ver.di en Bavière.

Professeur de physique à l’université de Constance, Gerd Ganteför va plus loin. Selon lui, la transition énergétique pourrait entraîner une diminution du niveau de vie en Allemagne. « Augmenter la part des énergies renouvelables reste acceptable si le prix de l’électricité reste à 150 euros par mois par ménage. En revanche, si l’Allemagne veut atteindre un taux de 60 % d’énergies renouvelables en 2050, alors il en coûtera plus de 500 euros par mois par ménage. Ce sera insoutenable », calcule-t-il.

Mais le plus inquiétant reste sans doute la diffusion d’un sentiment d’insécurité économique. Quelques années en arrière, l’Allemagne jouissait d’un des meilleurs réseaux électriques au monde. « Maintenant nous avons des soucis avec la stabilité de la tension électrique. L’outil de production industriel commence à souffrir, affirme Bertram Brossardt, directeur général de l’Union de l’industrie bavaroise (vbw). Sans solution à ce genre de problème, la transition énergétique devient inacceptable. »

Quid enfin de l’objectif écologique de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Là encore la réponse est négative. Le solaire et l’éolien compensent en partie l’arrêt de centrales nucléaires, mais pas en tout. Le solde est assuré par le charbon au prix d’une hausse des émissions de CO2. Alors que l’Allemagne a réduit de 19,4 % ses émissions de CO2 entre 1996 à 2011, elle a envoyé 2,2 % de gaz à effet de serre supplémentaires dans l’atmosphère en 2012. Explication : pour compenser l’arrêt de 8 réacteurs, le pays a augmenté sa consommation de charbon de 4,3 %. La transition énergétique allemande révèle ainsi un paradoxe écologique majeur.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 09:23

L’écologie peut-elle se montrer révolutionnaire ?

Dans le monde du travail, l'écologie suppose 
d’en finir avec le Wall Street management

Documents à télécharger : La revue "Progressistes" n°2 oct-nov-déc -

 

Par Jean-François Bolzinger, membre du comité national du PCF, codirecteur de Progressistes. La transition écologique ne peut être que politique. Produire et consommer autrement suppose d’inscrire l’écologie dans son rapport au travail, d’en finir avec le management financier, le Wall Street management, fondé sur la performance financière.


En ce sens, l’écologie est révolutionnaire. Le levier est au cœur de l’entreprise avec la promotion d’un management de rupture, de long terme, qui exige donc de définanciariser l’entreprise et le travail. Elle doit aussi être portée par la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) avec des préconisations plus contraignantes qui rendent, grâce au poids du collectif de travail, l’entreprise solidaire du bien commun et du territoire.

 

Aujourd’hui, le Wall Street management procède par objectifs quantitatifs de court terme, incompatibles avec le développement social et durable : il tue le travail et tue au travail, impose un mode de surexploitation de la part intellectuelle du travail. Il génère la démobilisation, la non-qualité et provoque des accidents industriels majeurs comme celui d’AZF.

 

Nous avons besoin donc d’un management qui accepte le rôle contributif des salariés, conjugue social, économie et environnement. Mais sans reconnaissance et paiement des qualifications, on ne peut obtenir qu’une société du low cost, ignorante des ambitions écologiques.

 

Déjà, des cadres supérieurs du nucléaire déplorent la disparition des disputes professionnelles sur la sécurité des centrales, remplacées par des procédures normatives et comptables. Or la révolution écologique a besoin de réflexions, d’innovations et d’investissements.
 Elle appelle une conception de l’entreprise différente de la société d’actionnaires. Elle induit une entreprise qui soit communauté de travail, créative et qui redéfinisse ses liens avec la société. Cette révolution écologique passe par une 
nouvelle conception de l’industrie et impose de faire le choix du progrès social, scientifique et environnemental.

 

La production marchande incontrôlée et le productivisme doivent laisser place à une production satisfaisant les besoins de tous. Une révolution écologique démocratique, qui intègre les choix écologiques dans les procès de travail.

 

Le partage des rôles qui prévaut est aujourd’hui mortifère : le social aux syndicats, l’économie aux employeurs, l’écologie aux associations ! Si nous ne brisons pas cette trinité, l’écologie sera récupérée par les stratèges de l’économie libérale.

 

Il y a urgence car le processus a déjà débuté. Le détournement des aspirations des salariés à mieux vivre le travail s’exprime par l’individualisation, la psychologisation du mal-être. Les préoccupations environnementales des salariés se retrouvent sur le papier glacé de chartes largement diffusées, mais exposer à longueur de communication un problème ne veut pas dire le résoudre.

 

Il est aussi légitime de s’intéresser à l’utilisation des subventions ou crédits de tous ordres comme le crédit impôt recherche (CIR), le crédit impôt innovation (CII)… comme il aurait été légitime de s’interroger sur l’utilisation d’un partenariat public-privé (PPP) pour gérer l’écotaxe : une manne pour la société privée, un déficit pour les finances publiques.

 

L’information et la transparence doivent être la règle.

 

L’enjeu écologique doit être pensé globalement, sur le long terme, car il touche au bien commun. Il ne peut donc être question d’une écologie de repli alors même que l’action locale fait de chacun un acteur du processus. C’est à ce prix que nous ferons échec à la financiarisation de l’écologie. Nous sommes pour une écologie de développement qui s’appuie sur l’élévation et la reconnaissance des qualifications, la formation, le développement des droits démocratiques dans les entreprises, l’interactivité avec la société civile. Nous sommes en fait pour une écologie non politicienne et qui redonne sens au progrès.

 

(1) Le numéro 2 de la revue trimestrielle Progressistes, sur le thème « Commune et environnement », est paru. En téléchargement ci-dessous.

Jean-François Bolzinger

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 09:20

GIEC/dérèglement climatique : « Pour une intervention des Etats et des peuples »

 

Les experts du GIEC ont rendu publique, aujourd’hui à Stockholm, le résumé du 5ème rapport sur le Climat. Ce nouveau signal d’alarme dresse un bilan sans appel : l’intervention humaine sur son environnement est bien responsable de profonds dérèglements tant dans les airs, que sur terre et dans l’océan, qui menacent à terme un écosystème propice à un développement humain durable.

 

Dans ce rapport, les experts du GIEC confortent leur constat sur l’étendue des dégâts du siècle passé et revoient à la hausse leurs prévisions des dérèglements climatiques d’ici à 2100. C’est ainsi, si rien ne bouge, que la concentration de CO2 dans l’atmosphère pourrait doubler, que le stockage du carbone par l’océan augmentera son acidité, nuisant à des pans entiers de la faune et de la flore marine, que la température serait de +5°C depuis l’ère préindustrielle et que la hauteur des océans augmenterait de 40 à 60 centimètres. A moyen terme, la vie de centaines de millions de personnes serait modifiée, voire menacée, qu’elles soient réfugiées climatiques, que l’aridité les prive de moyens de subsistance, ou qu’elles soient confrontées à des évènements climatiques extrêmes.

 

La certitude du dérèglement climatique force à une intervention résolue des Etats et des peuples pour endiguer ces phénomènes chaotiques.

 

La conférence internationale sur le climat prévue à Paris en 2015 confère, au peuple, à l’Etat français, aux forces sociales et politiques, une responsabilité particulière ! Les voyants sont au rouge. C’est dans ce cadre que le PCF appelle à l’irruption populaire, sociale et citoyenne dans le débat climatique, pour peser sur les choix gouvernementaux.

 

Les communistes travaillent à rassembler les forces progressistes, européennes et mondiales, derrière une grande campagne citoyenne internationale pour sortir les Etats de l’inaction.

 

Toutefois, la crise écologique ne saurait servir de prétexte à des formes de coercitions environnementales, de fiscalités punitives, ou à une super-austérité, ne renvoyant pour solutions qu’à des changements de comportements individuels. Elle doit au contraire conduire à des choix collectifs raisonnés pour un nouveau type de croissance, alliant satisfaction des besoins humains, protections de la planète et un développement humain durable tenant compte des facultés de chaque Etat.

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 00:26


DECLARATION DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS SUR LE PROJET CIGEO

 

 

La loi du 28 juin 2006 a entériné le choix du stockage réversible, dans une couche géologique profonde, pour la gestion à long terme des déchets radioactifs de haute activité [HA] (pour l'essentiel des déchets vitrifiés issus du retraitement des combustibles usés retirés des centrales nucléaires) et des déchets de moyenne activité à vie longue [MA-VL] (déchets solides issus de l'exploitation et du démantèlement des installations nucléaires). Cette loi a confié à l'Andra la mission de concevoir, de construire puis d'exploiter ce stockage dont le projet a été appelé CIGEO (centre industriel de stockage géologique).

 

En effet, aujourd’hui, les déchets les plus radioactifs [HA et MA-VL], « n’ont pas de filière définitive opérationnelle de stockage ». Dans l’attente d’un site de stockage définitif, ils sont conditionnés et entreposés dans des installations ad hoc par leurs producteurs (Areva, le CEA, EDF). Bien qu’ils ne représentent que 3 % environ du volume des déchets radioactifs français existants - pour un volume équivalent à deux piscines olympiques - c’est une affaire importante car ils concentrent plus de 99 % de la radioactivité totale de ces déchets. Il est donc clair qu’il vaut mieux garder ces déchets rassemblés dans un endroit contrôlé, plutôt que dispersés dans un grand nombre de sites. De plus, cette exigence de stockage est réelle, quel que soit l’avenir réservé au nucléaire français.

 

La solution du stockage en formation géologique profonde fait l'objet d'un consensus international et est recommandée par l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui dépend de l'ONU.

 

Le débat public prévu par la loi sur le projet CIGEO en Meuse/Haute Marne est prévu du 15 mai jusqu’au 15 octobre 2013. Organisé par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), le débat devait s’articuler autour de quinze réunions publiques et d’un site internet participatif. Or, compte tenu de l’impossibilité avérée de tenir les réunions publiques, la CNDP a décidé de les annuler et de poursuivre le débat essentiellement via Internet.

 

Pour le PCF, le débat public sur le projet CIGEO constitue un moment important du projet. Il est non seulement nécessaire parce que prévu par la loi, mais il est utile parce qu’il conduit à confronter tous les avis et à sensibiliser l’opinion. Il doit permettre à l’ensemble des citoyens de faire entendre son point de vue. Il est un moment d’échanges avec les citoyens qu’ils vivent dans la Meuse, la Haute Marne ou partout en France. Quoi de plus normal de vouloir apporter des réponses aux légitimes questions que peuvent se poser nos concitoyens. Pour nous, les débats doivent être soumis à la pluralité et à la contradiction des participants quelque soient leurs avis. Nous souhaitons donc la relance de ces réunions publiques utiles à la démocratie.

 

Sans vouloir donner un pouvoir décisionnel au seul échelon local, les pouvoirs publics doivent entendre, comprendre et prendre en compte l’émotion que le débat sur CIGEO peut engendrer auprès des populations. Si l’on veut que toute la filière nucléaire civile soit portée et assumée par nos concitoyens, il faut qu’ils se sentent écoutés et respectés.

 

Le Parti Communiste Français rappelle qu’il a fait le choix, pour la production d’électricité, d’un bouquet énergétique composé d’énergies renouvelables, d’hydraulique et de nucléaire. La filière nucléaire civile, porteuse d’indépendance nationale - vecteur de développement industriel et de qualification des salarié-e-s- est aujourd’hui à même de pouvoir répondre aux besoins énergétiques et à l’urgence climatique. Pour nous la transparence est une exigence. Elle nécessite une information accessible à tous. C’est une condition incontournable à l’acceptation par les populations de la réalisation de tout grand projet essentiel.

 

Dans ce débat public, le Parti Communiste Français prendra part toute sa part via un cahier d'acteurs qu’il publiera très prochainement.

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 07:43

UN GRAND DÉBAT PUBLIC POUR UNE POLITIQUE DE L’ÉNERGIE

Complexes et vitaux à bien des titres, les enjeux énergétiques structurent la société et la planète. Des sujets qui ne peuvent pas être traités superficiellement à coups de projecteurs médiatiques, de discours

politiciens ou de positionnements improbables en laissant le citoyen à l’écart. Le Parti communiste français soutient un projet de société intégrant l’énergie comme un droit et une question de civilisation. Il a organisé en 2011 plusieurs événements. Le 5 mars, ses instances ont réuni à Paris des militants, des élus locaux, des experts, des scientifiques, des syndicalistes qui ont de nouveau confronté leur point de vue le 29 mars 2011 peu après la catastrophe de Fukushima ; ils ont également participé à de nombreux débats dans toute la France. Notamment, Pierre Laurent, le 25 novembre 2011 à Romans (26), a exposé dix principes pour réussir la transition énergétique. Chacun d’entre eux est placé en introduction des chapitres de ce document.

Souvent, le débat fluctue tant sur le plan sociétal qu’électoral ; l’accord PS/EELV a exacerbé les tensions, mais les enjeux méritent de dépasser les périodes électorales. Une meilleure connaissancce des réalités, des enjeux et du contexte peut permettre à chaque citoyen d’intervenir, d’être acteur dans le débat public que le PCF appelle de ses vœux : un débat sérieux, approfondi, documenté où les citoyens auraient les cartes en main pour décider.

Les communistes vous livrent ici quelques pistes, des réflexions, des informations qui étayent les dix principes cités précédemment. Des données qui pourraient servir à alimenter ce débat. Rappelons que le Front de Gauche propose un débat public national immédiat sur la politique énergétique de la France qui se terminera par un référendum. « Dans le domaine du nucléaire civil, l’ensemble des possibilités - dont la sortie du nucléaire ou le maintien d’un nucléaire sécurisé et public- sera alors tranché. Aucun choix définitif en matière de politique énergétique ne sera effectué avant la conclusion de ce grand débat public ». Les communistes continueront d’approfondir leurs réflexions sur cette question comme sur d’autres... avec vous.

Parti Communiste Français, Commissions écologie, énergie, Recherche. Mai 2012.


p. 4

Énergie : un enjeu de civilisation

p. 8

Le droit à l’énergie

p.10

Le changement climatique

p.14

Investir dans la recherche

p.16

Monde : les données de la production et de la consommation

p.18

L’énergie nucléaire

p.21

Énergies renouvelables et mix énergétique

p.25

Réussir la transition énergétique : susciter et organiser un grand débat public

p.27

Glossaire

3

 

ÉNERGIE : UN ENJEU DE CIVILISATION


UNE RÉ-INDUSTRIALISATION ÉCOLOGIQUEMENT INNOVANTE,

conduite dans le cadre d’une planification écologique soutenant la mutation des modes de production industriels, vers des modèles plus économes en énergie et moins producteurs de déchets.

 

UNE CONDITION EXPRESSE : LA MAÎTRISE PUBLIQUE

L’énergie doit sortir du marché. Nous défendons le principe d’une gestion de l’énergie 100% publique, avec la création d’un pôle public de l’énergie. Il s’agit de fédérer tous les acteurs de la filière énergétique (recherche, production et distribution), en premier lieu EDF, Gaz de France, CEA, Areva et Total, et ceci pour aller vers de nouvelles formes de nationalisations. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) doivent rester des outils indépendants de contrôle de la sûreté et de la radioprotection.

 

GARANTIR DES FINANCEMENTS PÉRENNES

La maîtrise publique est indispensable pour empêcher le captage par les appétits privés des ressources financières nécessaires au développement de la recherche et d’énergies nouvelles, aux péréquations de tarifs, aux mutualisations et aux coopérations industrielles. Le système bancaire et financier, les politiques fiscales, doivent soutenir l’ambition des programmes de transition énergétique en faisant prévaloir l’intérêt général et le droit à l’énergie de tous sur les logiques financières de rentabilité.

 

« 10 principes pour une transition énergétique réussie » Pierre Laurent, Romans (26), 25 novembre 2011.

 

Les communistes considèrent qu’il y a un responsable aux crises que nous connaissons : le capitalisme. Il n’est pas écolo-compatible malgré ses artifices de « croissance verte ». Les gouvernants actuels au service des marchés, sous pression des agences de notation, sont incapables de résoudre les crises qu’ils produisent eux-mêmes. Qu’elles soient financières, démocratiques ou écologiques ! Elles produisent, en effet, des catastrophes sociales et environnementales de grande ampleur avec les conséquences que nous connaissons: aggravation des inégalités, source de conflits à l’échelle de la planète.

 

Ainsi le droit universel à l’énergie pour chacun, à un prix abordable pour tous, est toujours refusé à une partie grandissante de la population mondiale, y compris sur notre continent.

 

Tant que les maîtres-mots des politiques énergétiques resteront le profit financier, l’accès à l’énergie du plus grand nombre sera restreint. Plus même, on peut craindre à l’expérience, l’apparition de graves ruptures technologiques conduisant à des risques de pénurie et de cherté. En effet la politique menée depuis vingt ans, de déréglementation et de concurrence entre opérateurs, comme celle d’EDF et Gaz de France-Suez, ont rimé avec complexification, gâchis, incohérence des investissements, implantation anarchique des moyens de production, et une désindustrialisation illustrée récemment par le plan social d’Areva.

 

UN DÉVELOPPEMENT HUMAIN DURABLE

L’énergie est vitale au développement humain. Elle doit être soustraite des griffes des marchés. L’énergie doit devenir un bien commun de l’humanité au service du développement humain durable.

Cette nouvelle approche du développement procède d’une action publique résolue en faveur d’une maîtrise citoyenne, sociale et écologique de l’économie. Un mode de développement qui permet de préserver la planète sur la durée, donc soutenable et renouvelable sur le plan écologique. Il s’agit aussi d’amplifier notre ambition d’égalité, de justice sociale, de progrès humain, de croissance saine en termes d’emploi, de formation, de protection sociale et de services publics.

A l’opposé de la logique égoïste d’accumulation financière et de la mondialisation libérale, nous voulons réduire, dans un même mouvement, les inégalités sociales et environnementales. Les familles modestes, les personnes et les salariés en situation précaire sont les plus exposés aux risques environnementaux.

4

ENERGIE ET DÉVELOPPEMENT HUMAIN

Ceci est d’autant plus déterminant que le prix des énergies ne cesse d’augmenter. Trois millions sept cent mille foyers dépensent déjà plus de 10 % de leurs revenus pour payer leurs factures.

Cent mille coupures de gaz, cent cinquante mille coupures d’électricité ont été enregistrées en 2010. Ainsi, nous constatons actuellement un aberrant paradoxe entre une économie présentée et vantée par les gouvernants comme efficace parce que basée sur une énergie pas chère alors que tout est fait, par les opérateurs, pour en augmenter les prix pour les gains des actionnaires.

C’est pourquoi la transition écologique et énergétique, indissociable de notre conception du développement humain durable, devra satisfaire le droit de chacun à l’énergie et répondre aux besoins de la population comme de la société, dans un monde où la demande énergétique va croître.

Nous sommes également favorables à un vaste plan d’économies et d’efficacité énergétiques créateur d’emplois dans le bâtiment et les modes de transport. Nous assumons le principe d’une sobriété bien pensée qui recherche une moindre consommation pour des usages identiques. Un tel chantier coûtera très cher. L’action pour relocaliser les activités économiques, notamment l’industrie, demandera également beaucoup d’efforts. La coopération à tous les niveaux devra prendre le pas sur la mise en concurrence des hommes et des territoires.

La dynamique conjointe de ré-industrialisation innovante et de planification écologique, citoyenne et démocratique, pour tenir tous les bouts, prend alors tout son sens.

 

RÉPONDRE AUX URGENCES CLIMATIQUES

L’épuisement des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), à plus ou moins long terme, est une réalité incontournable. En outre, leur utilisation doit être considérablement réduite pour limiter le réchauffement planétaire. Comment alors concilier la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2050 qui nécessite un plan draconien pour « décarboner » l’économie, tout en répondant aux besoins grandissants d’énergie des citoyens comme de toute la société ? Sans perdre de vue que, dans le monde, l’électricité ne représente que 15 %, l’électronucléaire 6 % et le gaz, le pétrole, le charbon 75 %. D’où la nécessité d’investir dans la captation séquestration du C02, de programmer la rénovation thermique de l’habitat, de rééquilibrer l’usage des transports vers les modes de déplacements doux et collectifs.

C’est à cette fin que nous proposons de conduire une réflexion sérieuse sur les différentes énergies disponibles et leurs rôles dans un mix énergétique le plus performant possible, à un prix abordable pour tous. Contrairement aux idées reçues, les communistes sont convaincus qu’il faut accorder une place plus grande aux énergies renouvelables émergentes (ENR) chaque fois que c’est possible (géothermie, éolien et solaire) aux côtés d’énergies renouvelables plus traditionnelles, hydraulique et biomasse. Chaque énergie a son rôle ; il n’y a pas de solution unique. Ecarter une seule des

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ressources énergétiques, en particulier dans notre pays, c’est aggraver la situation en continuant à faire la part belle aux énergies les plus nocives pour notre planète. Ce serait également accepter que le prix de l’énergie augmente considérablement.

De notre point de vue, le potentiel des énergies renouvelables et les économies d’énergie ne suffiront pas à répondre aux besoins. Nous avons donc besoin de faire à la fois des économies d’énergie et penser à investir dans des capacités nouvelles de production pour remplacer les centrales vieillissantes. Un vaste chantier, à conduire dans le cadre d’un grand débat national, et une occasion pour mieux diversifier (et décarboner) le mix énergétique actuel. Ce débat avancera au fur et à mesure du retour d’expériences lié à la programmation

 

BILAN ÉNERGÉTIQUE EN FRANCE

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1 - Énergie primaire :

énergie brute, c’est-à-dire non transformée (charbon, pétrole, gaz naturel, électricité d’origine hydraulique ou nucléaire).

2 - Énergie finale :

énergie mise à disposition de l’usager pour sa consommation (essence, fioul ou gaz, électricité aux bornes de l’appareil).

énergétique décidée démocratiquement (réalité de l’intermittence des énergies renouvelables soumises aux aléas météorologiques, adossement de ces dernières aux énergies productrices de carbone, évolution des réductions des GES et de la sureté des installations industrielles de l’énergie et de l’électronucléaire, coûts de fabrication)...

Autre aspect, le mix énergétique à la française permet aujourd’hui de fournir une électricité beaucoup moins onéreuse qu’en Allemagne et en Espagne pour les familles. Toutefois les investissements dans la production énergétique - y compris dans le renouvelable - n’alimentent pas l’activité industrielle, ni la baisse du chômage.

2-

L’augmentation des importations en gaz, pétrole, matériels pour éolien et photovoltaïque plombe le déficit commercial de la France (50 milliards d’euros pour les dix premiers mois de 2011, soit l’équivalent des intérêts de la dette !) n’est pas prise en compte.

Nous soutenons donc un mix énergétique ENR et nucléaire. Là encore, contrairement aux idées reçues, ce choix assumé est un choix de raison guidé par le pragmatisme pour maintenir la voie du progrès humain pour tous. Un choix où la sûreté et la sécurité doivent être continuellement renforcées tout comme la transparence. Nous militons pour de nouveaux droits de regard, d’information et d’intervention des salariés, des populations et des élus notamment en matière d’environnement. Nous estimons enfin que la sortie du nucléaire rimerait avec un recours massif aux énergies fossiles fortement émettrices de GES.

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N’oublions pas que les énergies de l’atome et du charbon sont les seules énergies non renouvelables qui dépasseront le 21ème siècle.

S’il est démontré que l’on peut réellement répondre autrement aux besoins énergétiques ici et dans le monde, à moyen et long terme, nous pourrions, lorsque le stockage de l’énergie sera maîtrisé et que le renouvelable sera déployé dans toutes ses dimensions, envisager de dépasser le nucléaire exploité dans le cadre de la fission de l’atome. Rien ne peut donc s’envisager sans le développement de la recherche fondamentale (ENR nouvelle génération, charbon propre, captage et stockage du CO2, supraconductivité pour minimiser les pertes dues à la transformation et au transport, 4e génération de centrales nucléaires, projet ITER...) et un regard réaffirmé sur la place de la science dans notre société. Précisons enfin, pour la cohérence de notre projet, qu’une maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie, seule garante de la transparence, de l’indépendance de l’expertise, de la qualité des installations et des exploitations, est indispensable. C’est garantir également une société solidaire et d’égalité. Ainsi, nous versons au débat la création d’un véritable service public à travers la constitution d’un pôle public de l’énergie (avec en premier lieu EDF, GDF Suez, Areva et Total), émancipé des logiques financières. Celui-ci serait doté de capacités d’investissement dans la recherche, dans la promotion d’un plan industriel de développement des énergies renouvelables et de nouvelles capacités de production, tout en maintenant un coût d’accès à l’énergie acceptable pour tous les usagers. Un pôle 100 % public de l’énergie - qui garantirait des financements pérennes - sous pilotage démocratique associant les citoyens. Nous agirons pour une telle création au plan européen. Bien entendu, nous porterons un moratoire sur toutes les politiques et directives de déréglementation de l’énergie ainsi que l’abrogation de la loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité).

C’est dans la proximité que le débat démocratique national doit s’organiser au plus près des besoins. Pourquoi ne pas envisager un processus de planification écologique qui soit de nature à mettre tous les enjeux entre les mains des citoyens et des citoyennes ?

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LE DROIT À L’ÉNERGIE

• 80% de la population mondiale consomment 20% de l’énergie totale • 2 milliards d’humains n’ont pas accès à l’énergie • En France, on compte aujourd’hui 3,7 millions de foyers précaires énergétiques, soit près de 8 millions de personnes.

L’énergie est essentielle à la vie. Sans énergie, pas d’éducation, pas de chaîne du froid et, donc, pas de vaccins par exemple... L’absence d’énergie induit presque automatiquement l’absence d’eau potable et d’assainissement, la difficulté d’accès à l’éducation et notamment aux nouvelles technologies, l’insécurité alimentaire... Se chauffer, s’éclairer, se soigner, se nourrir, se cultiver, se déplacer, communiquer : toutes ces actions, déterminantes, sont au cœur du développement de la personne, une condition de son émancipation.

Partout dans le monde, l’accès à l’énergie ou l’accroissement de l’intensité énergétique est source de création d’activités économiques et donc d’emplois. Ainsi, le droit à l’énergie pour tous doit être considéré comme un droit humain fondamental, dans des conditions d’égalité et de solidarité conformes aux textes internationaux et de la communauté internationale sur les ressources naturelles. Ce droit doit faire l’objet d’une inscription dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Il en est de même pour les autres instances régionales dans le monde, comme pour l’ONU.

 

A L’ÉCHELLE MONDIALE, LA QUESTION DU DROIT À L’ÉNERGIE SE POSE D’ABORD COMME UN PROBLÈME D’ACCÈS

La réalité de l’accès à l’énergie est très contrastée. Un tiers des habitants de la planète n’a pas accès aux sources d’énergie modernes. Deux milliards d’entre eux doivent se contenter du bois de chauffe avec toutes les conséquences induites (temps passé à la corvée de bois dévolue aux femmes et aux enfants avec des risques sanitaires et écologiques évidents, exposition aux fumées, déforestation, désertification, émission de C02...). 65 % de ceux qui ont accès à l’électricité

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disposent d’une puissance inférieure à 180 W (environ trois lampes). Leur espérance de vie est de 36 ans... et la mortalité infantile atteint 15 % contre 0,4 % pour les pays développés. L’efficacité énergétique et la consommation d’énergie par habitant sont extrêmement variables d’un pays à l’autre.

L’inégalité face à la consommation est totale. Un Américain du Nord par exemple consomme 25 fois plus d’énergie qu’un Africain ; et l’ensemble mondial des veilles des appareils électroniques est équivalente à la consommation énergétique annuelle du Vietnam.

 

LA SITUATION EN EUROPE ET EN FRANCE

De nombreux experts prédisent une augmentation importante du prix de l’énergie. Chômage, précarité, baisse du pouvoir d’achat, austérité : tout laisse à penser que les inégalités vont malheureusement s’aggraver. Déjà en Europe, les disparités sont consistantes. Ainsi, selon l’Insee, pour les résidentiels, en 2010, le prix moyen de l’électricité TTC est de 16,61€/kWh dans l’UE et de 17,77 €/kWh dans la zone euro.

Les prix varient du simple au triple entre un minimum de 8,20 €/kWh en Bulgarie et un maximum de 24,73 €/ kWh au Danemark. En France, le prix de l’électricité aux résidentiels (11,91 €/kWh) est bien inférieur à celui des autres pays de la zone euro.

En France, en 2011, le droit à l’énergie n’est pourtant

 

UN PRINCIPE FONDAMENTAL : GARANTIR LE DROIT UNIVERSEL À L’ÉNERGIE ET AU DÉVELOPPEMENT Le droit à l’énergie pour tous impose de conduire la transition énergétique en bannissant les scénarios qui livrent l’énergie au marché et conduisent à l’explosion des tarifs. L’énergie doit rester ou redevenir un bien commun, maîtrisé publiquement et accessible à tous.

« 10 principes pour une transition énergétique réussie » Pierre Laurent, Romans (26), 25 novembre 2011.

pas garanti ; on compte trois millions sept cent mille foyers précaires énergétiques. Des personnes victimes de coupures de gaz ou d’électricité suite à impayés se chauffent avec des bouteilles de gaz.

Près d’une famille sur dix en France se plaint du froid lié à un chauffage insuffisant ou à une mauvaise isolation, selon une étude de l’Insee sur le mal-logement parue en janvier 2011.

La hausse continuelle du prix de l’énergie (gaz, essence, électricité) contraint nombre de nos concitoyens à limiter leur consommation : un rationnement de fait. C’est la double peine pour les personnes éloignées des centres urbains... Facile de ne pas avoir de voiture à Paris, mais en province ? Pour une famille qui se chauffe au gaz ou au fioul et se déplace en voiture, les hausses récentes des hydrocarbures représentent 900 euros de surcoût sur l’année, indique l’association de défense des consommateurs Familles rurales.

Ainsi, selon l’Insee, un foyer sur sept consacre plus de 10 % de ses ressources au chauffage et à l’électricité. Les prix de l’énergie ont progressé de 13,7 % depuis un an, un renchérissement dû à la hausse des tarifs de l’électricité (+ 6,4%) et à l’augmentation des prix des produits pétroliers (+17%).

Les ménages les plus pauvres consacrent plus de 15 % (voire 25 % comme annoncés en décembre 2011 par la Fondation Abbé Pierre) de leurs revenus aux dépenses d’énergie, alors que les tarifs sociaux pour l’électricité et le gaz ont seulement bénéficié en 2009 respectivement à 940 000 et 298 000 foyers. Sans défendre, pour autant, l’idée d’une progressivité du prix de l’énergie, nous sommes favorables à un véritable droit à l’énergie pour chacun à un prix abordable pour tous. Pour les foyers les plus en difficulté, nous défendons le principe d’une facturation qui ne dépasse pas 2 -3 % de leur budget.

Sources : - Droit à l’énergie SOS Futur ONG (Serge Perez - Michel Clerc). - Denis Cohen, administrateur de l’association. - Droit à l’énergie France - Insee.

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE


UN IMPÉRATIF ABSOLU : SORTIR DES ÉNERGIES CARBONÉES FORTEMENT PRODUCTRICES DE GES

 

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) préconise de réduire de moitié les émissions planétaires de CO2 d’ici à 2050 et de 80 % dans les pays industrialisés les plus développés. Nous sommes très loin, y compris en Europe, de nous diriger vers la tenue de ces objectifs. Cet impératif semble avoir disparu du débat public et même du discours de certains écologistes qui focalisent sur le nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima.... Le respect des exigences du GIEC doit rester une priorité... Il faut effectuer des choix, des priorités afin de composer le meilleur mix énergétique possible à même de satisfaire les besoins en énergie à un prix abordable pour tous.

 

UN PLAN NATIONAL POUR L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE DANS L’HABITAT Avec une rénovation thermique immédiate de l’habitat du parc public et privé. La construction d’un million de nouveaux logements sociaux. Un plan national de formation et de création d’emplois qualifiés pour faire face aux besoins.

 

UNE POLITIQUE NATIONALE DES TRANSPORTS FAVORISANT LE RECUL DE L’UTILISATION DES ÉNERGIES CARBONÉES

Avec un vaste programme d’économie et d’efficacité énergétiques autour de quatre grands axes : priorité aux transports collectifs urbains et interurbains, ferroutage sous contrôle public de la SNCF, développement du transport fluvial, soutien à tous les investissements industriels pour la voiture propre de demain.

« 10 principes pour une transition énergétique réussie » - Pierre Laurent, Romans (26), 25 novembre 2011.

Les conséquences du changement climatique constituent aujourd’hui un véritablement enjeu de civilisation. Si rien n’est très sérieusement enclenché d’ici à 2020, les conditions de vie des êtres humains risquent d’être considérablement perturbées. D’ores et déjà, nous constatons la multiplication d’évènements extrêmes (cyclones, inondations à répétition, sécheresse, désertification...). Une nouvelle catégorie de population apparaît, celle des « réfugiés climatiques ». Les experts estiment qu’ils pourraient être 50 millions dès 2020 et 150 millions en 2050. Autant dire que nous risquons une recrudescence de conflits régionaux avec des incidences mondiales. Dès lors, pas d’autre chemin que d’agir pour limiter l’augmentation moyenne de la température à 2°C d’ici à 2050.

La période présente diffère des précédentes par la nature et l’ampleur de la concentration de GES qui conduit de façon certaine à un réchauffement de la planète. Ce constat est maintenant clairement établi. Les thèses des climato-sceptiques ont été battues en brèche. En France, le dernier rapport de l’Académie des sciences a confirmé le sérieux des travaux du GIEC.

 

L’AUGMENTATION DE L’EFFET DE SERRE DUE À L’ACTIVITÉ HUMAINE EST INCONTESTABLE

Le phénomène de l’effet de serre rappelle celui de la serre du jardinier : l’atmosphère terrestre laisse passer la lumière du soleil mais emprisonne la chaleur. Avec deux phénomènes : 1 - les rayons ultraviolets du soleil se jettent sur le sol terrestre et la terre renvoie une partie de cette énergie vers le ciel. Or, une couche de vapeur d’eau et de gaz empêche une partie de cette chaleur de repatir dans l’espace, d’où réchauffement de la planète. Une grande partie de l’effet de serre est nécessaire pour garder la terre à une température vivable : si cet effet de serre n’était pas créé, la température moyenne du globe serait de -18° C alors qu’elle est aujourd’hui de 15° C,

2 - depuis la mi-19ème siècle, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 30 %, alors que la température moyenne du globe a augmenté de 0,6° C durant cette période. Bien que l’opinion publique mondiale soit consciente de ces enjeux, les gouvernements peinent à s’accorder. Tout retard complique l’ampleur des décisions à prendre pour atteindre l’objectif. Rappelons qu’à Copenhague les chefs d’Etat, dont le nôtre, ont annoncé des réductions volontaires d’émissions de carbone entre 13 % et 17 % alors qu’elles devraient être de l’ordre de 40 % en 2020.

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OÙ EN SOMMES-NOUS 20 ANS APRÈS LA CONFÉRENCE DE RIO ?

Climat : émission de CO2/hab

Les conclusions de Durban (décembre 2011) sont consternantes. Une fois de plus, les deux cents délégations de la conférence internationale de Durban sur le changement climatique ont laissé les décisions « en suspens ».

A Copenhague, les chefs d’Etat s’étaient déplacés. On sait ce qu’il en est advenu. Ils se sont peu déplacés à Cancun comme à Durban. La crise financière, puis celle de la dette se sont installées durablement, les pressions des bourses et des agences de notation ont occupé le terrain politique. Chaque sommet est marqué de déceptions fortes et de toutes petites notes d’espoir. Ainsi, à Durban les délégations se sont mises d’accord sur quatre points :

• la prolongation jusqu’en 2017 du protocole de Kyoto (prévu fin 2012), seul texte juridiquement contraignant, • l’élaboration d’un nouveau système contraignant de réduction d’émissions de GES d’ici à 2015, avec entrée en vigueur d’ici à 2020. La nature exacte de ce nouveau texte juridique n’a pas été arrêtée,

• la mise en place d’un Fonds Vert pour le climat doté de 100 milliards de dollars par an, promis par les pays développés, pour aider financièrement les pays en développement (PED) d’ici à 2020 dans leur action contre le changement climatique et ses effets,

• des financements privés pour le programme Redd, mécanisme de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des terres. Le mécanisme de la mise en œuvre conjointe (MOC) de Kyoto qui finance des projets destinés au stockage de carbone ou à la réduction des GES n’a pas fait l’objet d’une nouvelle impulsion. Ces projets permettent

de générer les fameux crédits de GES utilisables par les investisseurs aujourd’hui cotés en bourse que nous ne pouvons soutenir. L’instauration des « droits à polluer » dans l’industrie (et les spéculations qui les accompagnent) montre que ce système de quotas échangeables est peu efficace. On ne peut compter sur le marché pour faire baisser les émissions de GES des grands groupes et des différents pays.

L’AVENIR DURABLE DU PROTOCOLE DE KYOTO RESTE TOUJOURS AUSSI HYPOTHÉTIQUE

Comme à l’accoutumée, PED et pays développés s’opposent sur la mise en œuvre contraignante des engagements affichés dans le cadre de l’accord de Copenhague en 2009 et confirmés à Cancun en 2010. La différence de nature des engagements, les procédures de vérification et la révision à la hausse des engagements actuels restent les principaux points de blocage.

S’agissant des engagements proposés par les principaux émetteurs, les délégués ont pu une nouvelle fois mesurer l’écart qui les sépare de l’objectif visant à maintenir en deçà de 2°C la hausse de la température moyenne mondiale en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Les ministres de l’environnement de l’Union européenne - responsables de seulement 11 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone - ont déclaré qu’ils s’engageraient pour une nouvelle phase

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responsables du reste des émissions se joignent à eux. Le Canada, le Japon et la Russie ont d’ores et déjà indiqué être opposés à une deuxième période d’engagement. Les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié le protocole, appellent à négocier sur la base de l’accord signé à Copenhague, laissant de côté le protocole. Les retards s’accumulent alors que les experts ont mis en évidence que plus on tarde, plus les coûts augmentent.

POUR LIMITER L’AMPLEUR DU RÉCHAUFFEMENT, IL FAUT DIVISER PAR QUATRE LES ÉMISSIONS DE GES EN 2050 DES PAYS INDUSTRIALISÉS DÉVELOPPÉS

PRODUCTION et CONSOMMATION MONDIALE DE PETROLE (projection de l’AIE 2009)

Les objectifs de réduction de GES demandent des convictions, du courage et d’énormes moyens financiers. Efforts de conviction pour engager l’incontournable transition énergétique afin de réduire l’utilisation des énergies carbonées. Le courage pour concevoir un nouveau mode de développement à l’échelle planétaire n’excluant aucune nation du progrès. Les moyens financiers pour concrétiser tout cela dans chaque pays, auquel s’ajoute le règlement de la dette écologique des pays riches vers les pays en développement (Fonds Vert et transfert de technologies).

La division par quatre des émissions des pays industrialisés en 2050 par rapport au niveau de 1990, et la division par deux des émissions de l’ensemble des pays du monde, restent des objectifs qu’il convient d’atteindre. Ces objectifs supposent des bouleversements dans l’organisation des sociétés des pays industrialisés, qui dépassent les quelques mesures déjà envisagées ici ou là et rendent nécessaire un concours considérable des fonds publics.

En effet, les pays industrialisés, au-delà du financement de leurs propres mesures, doivent apporter un soutien financier et technologique aux PED afin de les aider à atteindre leurs objectifs de non émission de GES sans mettre en cause leur besoin de développement. Les besoins chiffrés de l’aide sont estimés à 95 milliards d’euros par an par la Commission d’ici 2020 ; 110 selon les organisations non gouvernementales (ONG).

AVANCER VERS UN NOUVEAU MODE DE DÉVELOPPEMENT EST UNE IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ

Compte tenu de la probabilité de nouveaux blocages, seule l’intervention démocratique des peuples peut permettre une réelle avancée des Etats. Une conviction est de plus en plus partagée au sein des peuples : cette crise, ces crises (alimentaire, écologique, financière, démocratique...) ne sont pas fatales. L’aspiration

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à un rapport plus accessible, plus équilibré, plus raisonnable, plus maîtrisé avec la nature est aussi une profonde aspiration. L’enjeu auquel nous sommes confrontés nous contraint à changer de perspective civilisationnelle en impulsant l’émergence d’un nouveau mode de développement. Trois secteurs majeurs de notre vie particulièrement pollueurs devront faire l’objet d’importantes mesures d’adaptation : le logement, le transport, l’agriculture. L’évolution de notre système énergétique doit être fondamentalement révisée afin de réduire l’utilisation des énergies fossiles.

COMMENT FINANCER ?

Nous proposons de diminuer les dépenses militaires de 20 % pour la restauration des écosystèmes et l’adaptation au changement climatique. Nous proposons de les réduire de 2 % par an sur la base des dépenses militaires de 2010, le désarmement nucléaire devrait accélérer les choses. Ce prélèvement alimenterait le Fonds Mondial Vert auprès de l’agence internationale de l’environnement dont nous demandons la création au sein de l’ONU. Le Fonds Monétaire International (FMI) doit accorder ses prêts

aux Etats avec des conditions identiques et cesser d’exiger le démantèlement des services publics. Une monnaie commune au service du co-développement doit se substituer au dollar. Nous pourrions également revitaliser le combat de la taxe Tobin sur les transactions financières comme cela est à nouveau proposé par différents ministres européens.

DONNER UN COUP DE POUCE AUX NÉGOCIATIONS MONDIALES

Il est urgent de remobiliser l’opinion publique afin que les citoyens et les salariés se mêlent de l’avenir de la planète. Agir ensemble pour faire entendre leur voix au plan international. Il s’agit de construire avec d’autres mouvements dans le monde un rapport de force politique qui allie progrès social, lutte contre les inégalités sociales et environnementales avec l’objectif suprême de préserver une vie acceptable sur la planète terre.

Une position politique qui allie mesures financières, fiscales et politique publique concrètes, sous maîtrise citoyenne est déterminante pour l’avenir. Les communistes seront de ce combat !

1 - Les principaux gaz à effet de serre sont : Le CO2 est généré par la combustion des combustibles fossiles (charbon, pétrole et dérivés, gaz) par certains procédés industriels ou la déforestation. Les secteurs émetteurs sont les transports, le bâtiment et la consommation des ménages, la production d’énergie et l’industrie. Le méthane CH4 émis par l’élevage des bovins, les déjections animales et les cultures agricoles (riz), par la mise en décharges des déchets organiques. Son pouvoir sur l’effet de serre est de 21 fois celui du CO2. Le protoxyde d’azote ou N20 est le résultat de pratiques agricoles intensives (engrais, déjections) et peut être émis à l’occasion de procédés industriels, principalement dans les industries chimiques qui fabriquent les engrais. Son pouvoir sur l’effet de serre est de 310 fois celui du CO2. Les gaz fluorés (HFC, PFC et SF6) sont utilisés dans la réfrigération et l’air conditionné, dans les mousses isolantes et les aérosols, l’industrie des semi-conducteurs et les appareils de transport d’électricité. Leur pouvoir de réchauffement va de 1300 fois à 23 000 fois celui du CO2.

2 - Le GIEC a pour mission « d’évaluer, sans parti-pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. Il n’a pas pour mandat d’entreprendre des travaux de recherche ni de suivre l’évolution des variables climatologiques ou d’autres paramètres pertinents. Ses évaluations sont principalement fondées sur les publications scientifiques et techniques dont la valeur scientifique est largement reconnue ».

3 - Parmi ces sujets, la question de la mesurabilité, du reporting et de la vérification des engagements reste la pierre d’achoppement qui entrave la voie vers un futur accord. En l’état, il est envisagé que pays développés et en développement rendent compte du respect de leurs engagements tous les deux ans. Les pays industrialisés se plieraient à une procédure internationale d’évaluation et d’examen et les pays du Sud se conformeraient à une procédure internationale de consultation et d’analyse. Deux mécanismes parallèles dont la similitude irait à l’encontre du principe des responsabilités communes mais différenciées qui constitue une des bases du fonctionnement de l’ONU sur le sujet.

4 - Soulignons l’inadéquation entre ce mouvement massif d’aide aux PED et le système de financement des investissements qui prévaut en Europe et en France. Les banques centrales n’ont pas pour mission de faciliter la réorientation des crédits vers ce type d’investissement utile. En outre, la fiscalité favorisant les grandes fortunes et les enrichissements boursiers, les Etats se retrouvent avec peu de ressources à consacrer à ce type de mission.

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INVESTIR MASSIVEMENT DANS LA RECHERCHE

INVESTIR DANS LA RECHERCHE

Une condition sine qua non de la réussite d’une transition énergétique aussi ambitieuse est le déploiement d’un effort massif, public, de recherche, qui doit être mené dans toutes les directions et sans tabou : énergies renouvelables, énergie nucléaire, projet ITER, charbon propre et captage de C02, énergie océanique, carburant hors carbone, stockage de l’électricité, économies d’énergie...

« 10 principes pour une transition énergétique réussie » - Pierre Laurent,

Romans (26), 25 novembre 2011.

Pour répondre aux besoins énergétiques de façon durable (enjeux climatiques) et écologiques (biodiversité) en économisant les ressources, il est impératif de développer la recherche et les technologies (cf. les travaux du Muséum d’Histoire Naturelle, du CNRS1, des universités et du CEA2 qui jouent un grand rôle dans le GIEC), de revaloriser l’éducation, la formation et les filières industrielles. Tout ceci nécessite des choix financiers et l’augmentation notable du budget R&D de l’Etat et des entreprises sur une législature. Les chercheurs doivent disposer des moyens nécessaires pour accomplir librement leur travail sans être contraints par les intérêts immédiats des multinationales et du temps pour diffuser leurs résultats auprès du public. Nous proposons de créer des forums citoyens de la technologie pour débattre de la science et de la technique et des enjeux de société. La démocratie dans la définition des thèmes de recherche, dans la gestion des personnels et des moyens est le gage de l’efficacité.

Toute politique industrielle implique de tels efforts pour obtenir des innovations qui profitent aux hommes : production d’énergie, isolation, transports, recyclage des matériaux, traitement des déchets, agriculture économe en énergie... et économie de matières pour une production plus « circulaire ».

Pour une maîtrise publique de l’énergie, de grands services publics de la recherche sont indispensables. Il est urgent de transformer les « pôles de compétitivité » en « pôles de coopération » pour mutualiser les moyens et les intégrer dans le secteur industriel public de l’énergie. Et créer un établissement public de recherche technologique et industrielle qui s’appuiera sur les organismes de recherche existants - tel le CEA où 1 000 personnes travaillent sur les technologies des énergies nouvelles, les centres techniques, les comités régionaux d’innovation et de transfert des technologies...- en vue de développer les outils pour assurer un mix énergétique non producteur de gaz à effet de serre.

Les axes de recherche sont nombreux et divers. Ils font appel à l’interdisciplinarité et aux coopérations l’utilisation des courants marins a besoin d’océanographie ; l’hydraulique impose de bien gérer l’eau (hydrogéologie, hydrobiologie,...) ; la géothermie profonde exige de nouvelles techniques pour ne pas produire les effets nuisibles de l’extraction des gaz de schiste ; les énergies solaires (thermique et photovoltaïque) ou les éoliennes impliquent des progrès significatifs dans la qualité des matériaux, le rendement

des panneaux et la baisse des coûts. Dans d’autres domaines, des sauts technologiques sont nécessaires : le stockage de l’énergie et l’amélioration des batteries (véhicule électrique), l’hydrogène (pile à combustible) qui peut devenir un vecteur énergétique important. Le développement des nanosciences et des nanotechnologies est contesté. Il nous apparaît pourtant incontournable même s’il doit s’accompagner de précautions dont les industriels du secteur veulent constamment s’affranchir. Des progrès sont en cours dans la miniaturisation et les économies de matière, les transports moins gourmands en énergie, les capteurs, la conductivité électrique, l’isolation des bâtiments,... L’étude des matériaux à l’échelle « nanoscopique » est essentielle pour le secteur énergétique (comportement des matériaux sous- irradiation, systèmes énergétiques « bio mimétique » à l’échelle de la protéine, les cellules photovoltaïques, etc.). Ces technologies modernes sont indispensables pour améliorer et adapter les réseaux de distribution d’électricité et gérer correctement l’offre et la demande. Le charbon qui, du fait de ses réserves, tiendra encore longtemps une place importante, a besoin d’expérimentation dans le piégeage, le stockage et le recyclage du C02 et ce, dans le cadre de coopérations internationales (1000 chercheurs et 70 instituts travaillent cette question dans les programmes de l’Alliance Européenne de la Recherche Energétique). Les résidus agricoles, les sous-produits de la forêt (d’où l’importance de l’ONF3), la décomposition de plantes entières peuvent être utilisés comme biocarburants de deuxième génération au lieu de gaspiller des terres et des denrées utiles à l’alimentation. Il est important que ces procédés nouveaux puissent être viables à grande échelle avec des usines alimentées par le solaire ou l’éolien.

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TOUT CELA NE SUFFIRA PAS POUR RÉPONDRE AUX BESOINS

Au-delà des centrales nucléaires actuelles, à améliorer en permanence, il faut reprendre plus fortement le travail sur les réacteurs du futur (comme le recommande le forum international de 4ème génération avec des nouveaux concepts de réacteurs).

C’est indispensable pour produire 50 à 100 fois plus d’électricité avec la même quantité d’uranium, pour décroître les volumes et la radioactivité des déchets. La construction d’un prototype est urgente. Depuis des années, le travail des physiciens sur la domestication de l’énergie de fusion se poursuit sans relâche (la fusion des noyaux légers comme dans le soleil donne de la lumière et de l’énergie). Depuis les « Tokomaks » en URSS (1968), les travaux au Royaume Uni, les rencontres internationales et européennes, le prototype Tore Supra au centre de recherches de Cadarache (Bouches-du-Rhône), les coopérations de l’Europe avec les USA, la Russie, l’Inde, la Chine, le Canada... et maintenant le projet ITER (10 ans de chantier et 20 d’expériences), les études se poursuivent ; c’est un exemple du temps long nécessaire pour certaines recherches sans s’obnubiler sur les bénéfices immédiats ! Il en est ainsi pour la recherche spatiale.

Et ce n’est pas tout ! Toutes les possibilités d’utilisation, des innovations et de temps sont nécessaires pour affronter l’après pétrole. Les écologues (écologie scientifique) nous alertent sur le manque de moyens pour cette discipline. Il ne suffit pas d’ajouter le préfixe Eco partout, pour que les connaissances avancent ! Que dire de notre retard dans la toxicologie qui étudie les modalités de fixation et de transfert des polluants et des nanoparticules et leur impact sur la santé humaine ?

Il faut avancer en termes de sobriété énergétique, afin d’utiliser l’énergie nécessaire et pas plus, afin d’éviter les gaspillages. De manière complémentaire, l’efficacité énergétique a besoin de techniques qui rendent des services en consommant le moins d’énergie possible : le fret ferroviaire, l’électrification avec des appareils moins gourmands, des usages efficaces comme les téléphones portables, les pompes à chaleur ou la cogénération pour utiliser simultanément la chaleur et l’électricité.

Le développement de la maîtrise de gestion des risques, la radioprotection, la place des sociétés savantes, des revues et de la culture scientifique et technique, sont des éléments essentiels pour exercer sa citoyenneté en connaissance de cause.

Beaucoup d’économies sont à réaliser : dans le domaine militaire, dans la mise en commun des moyens et des

connaissances, la transparence, la politique du secret, la « dictature » des créneaux porteurs. Ceci souligne qu’il y a beaucoup à faire pour planifier les urgences, faire la part des investissements immédiats et ceux du long terme, qui est le rythme de la science.

On voit bien que les « temps courts » du profit, de l’utilitarisme et de la rentabilité immédiate, liés au système capitaliste lui- même, sont incompatibles avec les besoins de recherche dans le domaine de l’énergie comme dans les autres.

Ni scientisme, ni pédagogie des catastrophes ou récupération politicienne des peurs et des angoisses, ni techno-phobie, ni fétichisme du marché pour le capitalisme vert... mais une révolution sociale et écologique, une autre conception du progrès pour un développement humain durable.

Quelques références :

- Revue de la Commission Recherche du PCF, XYZ - numéro spécial - Fête de l’Humanité - Août 2011

- Programme Populaire et Partagé du Front de Gauche : « Ce que nous voulons : l’humain d’abord » 2011

- Christian N’GO : « Demain l’énergie « - Dunot - 2009 - ECRIN - Energie alternatives- Omniscience - 2007

- Quelles énergies pour demain ? - Spécifique édition - 2007

1 - Centre national de la recherche scientifique 2 - Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives. 3 - Office National des Forêts

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MONDE : LES DONNÉES DE LA PRODUCTION ET DE LA CONSOMMATION

Actuellement, l’ensemble des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) représente 80 % de la consommation mondiale d’énergie. D’ici à 2025, la population mondiale passera de 7 à 9 milliards d’humains. La consommation d’énergie primaire passera de 12 Giga tonnes équivalent pétrole (Gtep) à 17 Gtep. En 2050, elle sera située entre 20 et 30 Gtep. La Chine et l’Inde représenteront à elles seules 40 % de cette croissance.

Au niveau mondial, la réponse actuelle à la demande croissante d’énergie est assurée à moins de 15 % par les énergies renouvelables (dont 10 pour la biomasse traditionnelle et 2 pour l’hydraulique, 0,4 pour le solaire et l’éolien) et à plus de 80 % par les ressources fossiles de la planète (charbon environ 23 %, plus de 60 % pour le pétrole et le gaz).

Or l’énergie est un bien particulièrement mal réparti. Si l’Amérique du Nord ne représente que 5 % de la population mondiale, elle dispose de 22,9 % de l’énergie mondiale. Le continent européen, avec 10,84 % de la population, en consomme 26 %. Tandis qu’à l’autre bout de l’échelle, on trouve l’Afrique avec seulement 3,1 % de l’énergie pour 14,67 % de la population mondiale.

De même, en 2008, plus d’un milliard de personnes dans le monde consommaient moins d’électricité qu’un Français de 1938, et 5 milliards consommaient moins qu’un Français contemporain.

Ceci en moyenne, puisque deux milliards d’individus vivent sans électricité. A cela s’ajoutent les phénomènes démographiques. S’il a fallu 105 ans pour passer de un à deux milliards d’humains, il faut aujourd’hui moins de treize ans pour un milliard d’individus en plus.

On estime la population mondiale en 2050 à 9 milliards. De 1973 à nos jours, la population a doublé ainsi que la consommation énergétique. Cela donne l’ampleur du volume d’énergie nécessaire, aujourd’hui et dans un avenir proche, si l’on veut satisfaire les besoins de la population du globe.

Bien évidemment, la croissance de la production d’énergie a ses limites, sans lesquels les avantages de cette augmentation ne compenseraient pas ses inconvénients : pollutions, épuisement des ressources, etc.

Les combustibles solides (charbon, lignite) : Combustion d’énergie primaire dans le monde en Mtep

Il n’est pas toujours facile d’avoir une idée claire sur les réserves réelles en énergies non renouvelables, les annonces faites ayant toujours des connotations commerciales, politiques ou géostratégiques.

Pour ce qui est de réserves «prouvées», elles s’élèveraient à 84 ans pour l’uranium, 60 ans pour le gaz, 41 ans pour le pétrole et 160 ans pour le charbon. A cela s’ajoutent les réserves « non-conventionnelles » (gaz de schistes, sables bitumineux...). Mais les progrès technologiques peuvent complètement modifier ces chiffres. Par exemple, le nucléaire de génération IV augmenterait de 50 à 60 fois les capacités de production pour une même quantité d’uranium.

Au cours des 25-30 prochaines années, l’AIE prévoit à l’échelon mondial un accroissement de 59 % des quantités de charbon brûlées, dont 81 % pour produire de l’électricité.

Vingt pays disposent de réserves connues supérieures à un milliard de tonnes sur un volume mondial estimé à 909 milliards de tonnes. Plus de la moitié de l’électricité produite aux États-Unis et en Allemagne provient du charbon. Même au Royaume-Uni, où la part du charbon a diminué, il représente toujours 35 % de la production d’électricité. En Pologne, ce chiffre est de 93 %, alors qu’il n’est que de 29 % au Japon et 5 % en France, traduisant d’autres choix énergétiques.

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tep

Le pétrole brut :

Les réserves - c’est-à-dire les ressources prouvées récupérables - s’élèvent à quelque 100 Gtep, soit un peu plus de trente ans de consommation au rythme actuel. Elles sont concentrées pour 60 % au Moyen- Orient, 10 % en Amérique latine (principalement au Mexique), 9 % en Afrique et 7 % en Amérique du Nord. Elles sont beaucoup plus diffuses en Chine, en Mer du Nord, en Inde... En 2010, la production mondiale de pétrole se situe autour de quatre milliards de tonnes/an et constitue plus de 34 % de la production mondiale des énergies primaires.

Le gaz naturel :

Les courbes de ressources en gaz naturel se confondent à peu près avec celles du pétrole brut. Les réserves ne sont cependant pas localisées de la même façon : le Moyen-Orient ne représente que 30 % des ressources prouvées tandis que l’ex URSS dépasse les 33 %. La production mondiale de gaz a été multipliée par 2,6 depuis 1973 et se situe autour de 2,6 milliards de TEP/ an, soit près de 2 600 milliards de m3/an - Elle constitue environ 22 % de la production mondiale d’énergie primaire.

L’uranium :

Sur le plan énergétique, un gramme de plutonium peut fournir autant d’énergie qu’une tonne de pétrole. 25 tonnes d’uranium naturel sont nécessaires pour produire 1 TWh.

On trouve l’uranium en Australie, au Canada, au Kazakhstan... et au Niger. Les ressources identifiées sont de 16 millions de tonnes.

Part des énergies dans la production mondiale d’électricité : Le charbon domine avec 42 % de la production ; il est suivi par le gaz naturel, l’hydraulique et le nucléaire avec respectivement 20,9 %, 15,6 % et 13,8 %. Le nucléaire est devancé par le charbon également en Europe (respectivement 28,1 % et 30,8 %) même si certains pays sont dans une situation bien différente (ex : France 75,2 % pour le nucléaire).

Les consommations :

Dans le monde, la consommation de pétrole atteint plus de 4 milliards de tonnes/an et celle du gaz se situe autour de 2,6 milliards de TEP/an - soit près de 3 000 milliards de m3/an. Elle devrait atteindre 4 500 milliards en 2025 selon les sources AIE - IFP (Institut

Français du Pétrole). Le pétrole représente 33 % des énergies primaires consommées (renouvelables moins de 15 %, nucléaire 6 %, en global plus des 3/4 (gaz, charbon, pétrole).

La France produit moins de quatre millions de tonnes de pétrole. Elle en consomme un peu plus de 88 millions de tonnes (dont environ 50 pour les transports ; 10 pour l’industrie ; 5 pour l’agriculture et comme matières premières pour la pétrochimie ; un peu moins de 20 pour le résidentiel-tertiaire). Le pétrole représente 33 % de l’énergie primaire consommée (2 % charbon - 15 % gaz - 50 % électricité ENR et nucléaire). Elle produit environ 1,5 milliards de m3/an de gaz (gaz de Lacq + gaz résiduaires des mines de charbon). Elle en consomme environ 44 milliards de m3/an - soit près de 500 TWh /an ou à peu près 40 millions de TEP. Ce qui représente 15 % de son énergie primaire consommée. La production d’énergie fossile en France est inférieure au millième de la production mondiale ! Pétrole, gaz et charbon représentaient en 2009 près de 50 % de l’énergie consommée en France.

L’Europe consomme autour de 500 milliards de m3/ an et importe en 2010 plus de 250 milliards : dès 2030, ses importations atteindront 80% de ses besoins. France et Europe sont confrontées à la raréfaction des hydrocarbures, caractérisée par ce qu’on appelle le problème du «pic du pétrole» et du «pic de gaz» probablement décalé d’une vingtaine d’années.

Gaz et pétrole de schiste

D’autres ressources de conventionnelles » sont en revanche plus abondantes mais peu connues (exploitées d’ores et déjà aux USA, elles représentent déjà 50 % de la production gazière américaine). Il s’agit notamment de gaz dissous dans les nappes aquifères profondes : du méthane grisou dans les mines de charbon, des hydrates de méthane. Les techniques actuelles utilisées aux USA pour produire des hydrocarbures de schiste occasionnent des dégâts considérables à l’environnement et au cadre de vie des populations. Elles font courir des risques sanitaires et mettent en péril les réserves d’eau potable dans le sous-sol. La production des gaz et des huiles de schiste, dans l’état actuel des techniques, n’est acceptable nulle part. Le PCF l’a condamné. En France, la prise de conscience de ces risques a motivé un rejet populaire massif de ces projets (manifestations des populations et d’élus non consultés) et a contraint le gouvernement à interdire leur exploration avec les techniques actuelles de fracturation hydraulique.

gaz appelées « non

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M

L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

UN NUCLÉAIRE SÉCURISÉ, 100 % PUBLIC, DANS UN MIX ÉNERGÉTIQUE RÉÉQUILIBRÉ Le PCF estime que la question immédiate qui se pose en matière de nucléaire civil est celle d’une élévation décisive, nationale et internationale, des garanties de sûreté. Le nucléaire est un atout. Notre pays dispose encore en la matière de moyens avancés (recherche, technologies et structures indépendantes de contrôle de l’ASN et de l’IRSN). Il doit les conforter et les développer.

« 10 principes pour une transition énergétique réussie » - Pierre Laurent, Romans (26),

25 novembre 2011.

L’utilisation civile de l’énergie nucléaire dans le monde - aujourd’hui limitée à la production d’électricité - présente deux caractéristiques fondamentales : • son utilisation est appelée à s’étendre dans les prochaines décennies,

• l’accident de Fukushima au Japon - après ceux de Tchernobyl (URSS, 1986), de Three Miles Island (USA, 1979) et d’autres moins graves - appelle une amélioration sensible de la sûreté des réacteurs.

L’énergie nucléaire représente 5,8 % de la production totale d’énergie primaire dans le monde. Cette production est extrêmement variable suivant les pays. Absente dans la plupart d’entre eux, elle atteint 40 % en France. Elle occupe une place non négligeable dans une vingtaine de pays développés seulement, principalement en Europe.

Les questions financières, associées à la maîtrise des évolutions techniques, ont été un obstacle à son accès pour le plus grand nombre de pays. Les arrière-pensées «impérialistes» des USA ont également joué un rôle, souvent motivées par la préoccupation de non dissémination du nucléaire militaire. Toutefois, les conditions d’accès aux ressources fossiles, notamment leur prix, deviennent de plus en plus difficiles ; de ce fait, beaucoup de pays sont tentés de se tourner vers l’énergie nucléaire.

En effet, l’investissement matériel, humain et technologique, quoique considérable, restera national (et sera toujours plus efficace pour le développement de ces pays que le recours à des ressources fossiles importées), ceci sans même évoquer les conséquences de leur production de GES, et donc de réchauffement climatique, dont ils seront d’ailleurs les premières victimes.

Parmi ces pays, la Chine, l’Inde, le Brésil, viennent naturellement à l’esprit, compte tenu de leur place dans le concert des nations. Il ne faut pas en oublier d’autres comme le Mexique, l’Afrique du Sud ou l’Argentine, qui ont déjà une expérience nucléaire, ainsi que l’Iran ou le Pakistan.

Certains autres, qui n’ont aujourd’hui pas ou peu d’expérience, se préparent à « sauter le pas «. C’est le cas du Vietnam, de l’Indonésie, déjà des Émirats. Son développement est également à l’ordre du jour énergétique de certains pays développés. Par exemple, la Grande-Bretagne est quasi obligée de lancer la construction de nouveaux réacteurs, compte tenu du « tarissement » du coussin gazier dont la production

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s’est développée suite à l’étranglement des mineurs britanniques par Margaret Thatcher. Fukushima ne semble pas remettre en cause le choix d’une relance du nucléaire au niveau mondial même si de sérieuses questions persistent sur les modalités de cette relance et peuvent conduire à un retard sur les prises de décision. On peut légitimement penser que l’accident de Fukushima ne va pas mettre un terme au recours à l’énergie nucléaire dans le monde, mais plutôt à un ralentissement, sans doute momentané, de son développement. Il s’agit pourtant d’une catastrophe extrêmement grave conduisant à l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants de la région, au gel de l’exploitation de certaines zones terrestres ou maritimes voisines de la centrale. Ce qui a rappelé un vieil adage selon lequel le nucléaire « ne supporte ni l’à peu-près, ni la logique capitaliste ». En effet, la gestion capitaliste de l’entreprise Tepco à Fukushima est clairement mise en cause. Notamment son refus de réaliser les investissements de sûreté indispensables sur la centrale accidentée, sous prétexte de sa proche fermeture. Nous considérons que la logique capitaliste doit être exclue de toute activité relevant de la sûreté nucléaire. Après cet accident, les discussions et les coopérations en matière de sûreté et de sécurité nucléaire doivent se dérouler sur d’autres bases. Ce n’est pas une question de fatalité ou de technologie non maîtrisable car ce sont les moyens humains et matériels mis en œuvre qui garantissent la meilleure sûreté. D’où l’importance d’en finir avec cet appel généralisé à la sous-traitance, signe d’une gestion conduite au service des profits des actionnaires au détriment de la protection des travailleurs, des populations et de l’environnement. En France, une réappropriation publique comprenant de réels pouvoirs de gestion et de contrôle par les salariés, les usagers, les élus des collectivités territoriales est fondamentale.

Pourquoi poursuivre l’utilisation d’une technologie si lourde, si complexe, si exigeante vis-à-vis des travailleurs concernés, nécessitant des capitaux considérables ? Deux raisons majeures :

• Il est possible de faire fonctionner des centrales nucléaires dans de bonnes conditions de sûreté. Ainsi, les études sur les centrales françaises effectuées par l’ASN conduisent non à une impossibilité à les faire fonctionner mais à de sérieuses et importantes améliorations à apporter à leur fonctionnement actuel. Malgré ce surcoût, l’électricité produite par le nucléaire restera moins onéreuse que celle produite par les autres moyens de production (gaz, charbon et renouvelable).

• L’énergie nucléaire, pendant les prochaines décennies, est quasi incontournable compte tenu du réchauffement climatique, des difficultés et des coûts d’approvisionnement en combustibles fossiles comme des limites actuelles, technologiques et économiques, des énergies renouvelables.

Climat : énergie et CO2

A son stade actuel de développement, l’humanité, ne peut pas, de notre point de vue, se passer de l’énergie nucléaire. Toutefois, si le contexte de l’une ou l’autre des deux raisons évoquées ci-dessus venaient à être modifié, nous serions les premiers à revoir notre attitude et à exiger le renoncement à cette industrie.

Il faut cependant noter que la politique du secret prévaut malheureusement dans nos sociétés, notamment française, héritée de la part du nucléaire militaire. C’est aussi une forte tradition du culte du secret industriel caractéristique du libéralisme mondialisé.

C’est un obstacle majeur à son acceptation sociale. Pourtant, des organismes de sûreté français, ASN et IRSN, communiquent très régulièrement sur la situation des centrales françaises. L’information émane aussi des salariés du secteur qui n’ont pas hésité à dénoncer les conditions de réalisation et de fonctionnement des centrales en même temps que leurs propres conditions de travail et de vie.

Elles circulent sur les réseaux Internet, sur la base d’informations disponibles au niveau international, et notamment grâce à des experts très attachés au bon fonctionnement des installations et à la rigueur scientifique du raisonnement comme de l’information. Le débat démocratique doit donc avoir lieu sur la base d’une transparence des informations livrées par tous les acteurs du secteur. Ceci reste à gagner tout comme le fonctionnement démocratique des instances de concertations locales (CLI) ou nationales dans lesquelles il convient de convier les salariés du secteur, leurs organisations syndicales, les citoyens, les élus à s’informer et à s’exprimer. Une attention particulière doit en outre être portée au fonctionnement des autorités de sûreté nucléaires tant françaises qu’internationales (moyens, expérience, liberté de jugement, accès à l’information et contrôle de l’application de leurs observations) qui constitue un élément clef de l’information et de la sûreté des installations existantes ou futures.

La question de l’indépendance et des compétences des organismes de sûreté renvoie directement à l’enjeu décisif de la sûreté des tranches futures. Non pas qu’EDF (et Areva), après avoir assuré depuis 30 ans la construction, puis le fonctionnement des 58 tranches du parc français actuel, dans des conditions de sûreté globalement satisfaisantes, soit devenu incapable d’en construire une 59ème, mais depuis 20 ans, les choses ont changé. Les directives européennes, les lois de transposition et les textes d’application sont passés par là. Ils ont appliqué à EDF et à Areva ce que nous appelons la financiarisation de la société. EDF ne fonctionne plus en service public mais en entreprise privée à capital d’État.

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L’avis de l’ASN sur les centrales françaises de janvier 2012

L’ASN a publié début janvier 2012 un rapport sur les centrales nucléaires françaises après l’accident de Fukushima. Il en conclut qu’aucune ne présente de danger justifiant sa fermeture immédiate mais qu’il est nécessaire d’engager des travaux de renforcement de la sécurité, au-delà de ceux déjà prévus antérieurement à l’accident. A Fukushima, un évènement exceptionnel a privé les installations de deux ressources indispensables, l’eau et l’électricité, nécessaires pour refroidir les réacteurs, même à l’arrêt. Il est primordial que cette double défaillance soit évitée à tout prix. L’ASN va exiger que tous les exploitants nucléaires assurent localement un approvisionnement en eau et électricité totalement sûr avec un personnel qui reste opérationnel, même en cas d’accident majeur sur tous les réacteurs d’un site. Cela suppose sur les centrales existantes des modifications qui doivent être mises en œuvre sans tarder.

De plus l’ASN met en évidence -enfin- qu’un des piliers de la sûreté repose sur le facteur humain. Il est essentiel de ce point de vue d’apporter le plus grand soin aux conditions de travail et à l’organisation du travail. Là aussi, il nous paraît essentiel que les recommandations de l’ASN soient suivies d’effet.

Il importe de tirer tous les enseignements de Fukushima, tant sur le fonctionnement des tranches actuelles que sur l’achèvement et la mise en service de l’EPR de Flamanville ou encore le futur chantier de Penly. Il en est de même des projets que l’industrie nucléaire française peut être amenée à réaliser à l’exportation ainsi que dans les autres procédés (génération IV par exemple qui, pour la même quantité d’uranium extraite, multiplie par 50 la quantité d’énergie produite), dont le développement est, à nos yeux, indispensable à terme. Le nucléaire est une filière importante dans ce qui reste de l’industrie française. Elle a été mise à mal ces dernières décennies et le moratoire, de fait, a failli en avoir raison -pas de construction de nouvelle tranche entre 1985 et 2005-. Pourtant elle représente encore plusieurs centaines de milliers d’emplois directs et indirects.

Nous pensons que le recours au nucléaire en France est indispensable à condition de le faire dans des règles de sûreté clairement définies et sans cesse améliorées. Cela s’entend avec une réelle démocratisation du secteur, c’est-à-dire avec une intervention accrue des citoyens, des usagers, des salariés, et bien entendu de leurs organisations. Cela s’entend avec un retour non pas à une étatisation du secteur, mais aux valeurs du service public : respect du travail, respect des salariés, priorité à l’investissement nécessaire parce que productif et garant de sécurité. Voilà les premiers éléments que nous livrons au débat public sur le nucléaire civil. Nous souhaitons que l’organisation du débat sur la politique énergétique de la France mette « cartes sur table » et s’établisse dans le respect des opinions et des arguments des uns et des autres, y compris pour le nucléaire.

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ÉNERGIES RENOUVELABLES ET MIX ÉNERGÉTIQUE

UN PLAN NATIONAL COHÉRENT ET AMBITIEUX DE DÉVELOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES NOUVELLES Le développement des énergies nouvelles est indispensable. Des politiques publiques de filières - cohérentes et pérennes - doivent être déployées pour permettre d’abaisser le prix de revient de ces énergies hors CO2. L’hydraulique ne doit pas être livrée à la concurrence comme cela est prévu par les lois de déréglementaation du secteur électrique.

« 10 principes pour une transitionénergétique réussie » Pierre Laurent, Romans (26), 25 novembre 2011.

ÉNERGIES RENOUVELABLES : ENTRE RÉALITÉS, MYTHES ET VRAIES POTENTIALITÉS

Les énergies renouvelables représentent près de 13 % de la consommation primaire d’énergie mondiale. L’essentiel de cette énergie est issu de l’hydraulique et de la biomasse. Seulement 0,7 % de l’énergie mondiale est produite par les énergies « nouvelles » telles qu’on se les représente: éolien, solaire photovoltaïque, géothermie tout compris. Il convient ainsi de détailler ces chiffres afin de mieux apprécier la part de ces différentes énergies et leurs potentialités.

Il convient de distinguer également les usages : produire de la chaleur ou produire de l’électricité. Trop souvent, on ne réduit les renouvelables qu’à cette dernière fonction.

BILAN MONDIAL EN ÉNERGIE PRIMAIRE

Par ordre d’importance :

Biomasse : (10% de l’énergie primaire dans le monde, l’essentiel de ce que l’on nomme «énergie renouvelable»)

Cela concerne le bois, le charbon de bois, les déchets agricoles ou de l’industrie alimentaire, les déjections animales. Renouvelable car on considère que les plantes re- stockent le carbone dégagé par combustion grâce à la régénération de la biomasse par photosynthèse. Ce n’est pas toujours le cas (déforestation sans reboisement, forêt française localement surexploitée, palmiers à huile se substituant à des forêts tropicales...).

En France, le bois-énergie représente près de 46 % des énergies renouvelables, devant les agro-carburants à 11 % et les déchets urbains renouvelables à 6 %. Ainsi plus de 2/3 des énergies renouvelables en France sont issues de la biomasse essentiellement destinée à la production de chaleur. Il y a encore de la marge en France pour faire progresser le bois-énergie à condition d’une maîtrise publique de long terme de la gestion de la forêt, contrairement à la marchandisation qui domine aujourd’hui. Le chauffage au bois pose néanmoins des problèmes de pollution en dégageant de fines particules toxiques par les fumées de combustion.

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Hydraulique : (2 % de l’énergie primaire mondiale, destinés exclusivement à la production électrique). Cela correspond, pour comparaison, à 16 % de l’électricité mondiale (contre 41 % produite par le charbon, 21 % pour le gaz, 14 % pour le nucléaire, 5 % pour le pétrole et 2 % pour le triptyque solaire-éolien-géothermie).

Il y a pratiquement saturation des capacités de production de l’hydraulique en Europe et en France. En Asie, en Amérique du Sud, en Russie et surtout en Afrique, il reste encore un très fort potentiel. Cependant les investissements sont lourds même si après amortissement le prix de l’électricité est l’un des plus faibles.

Ce qui suppose pour le continent africain notamment, des financements internationaux et sur la base d’un co-développement. L’hydraulique dégage peu de CO2 mais pose d’autres problèmes :

inondation de grandes surfaces, déplacements de population, écosystème fortement perturbé, risques de rupture de barrages. En France, 11 % de l’électricité est produite par hydraulique. Cette énergie permet une production de base mais aussi de répondre aux périodes de pointe de consommation (avec le thermique), elle permet aussi par les STEP (stations de transfert d’énergie par pompage) de stocker l’énergie produite par le nucléaire en surplus.

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La Suisse entre autres stocke de l’eau en altitude grâce à des pompes alimentées par de l’électricité nucléaire française bon marché la nuit, puis elle revend cette électricité à l’Italie, le jour, au prix fort avec le label « vert » hydraulique.... La privatisation envisagée de l’hydraulique s’avèrera catastrophique pour l’équilibre du réseau car les opérateurs privés pourront exercer un chantage au tarif en période de pointe.

Éolien, solaire photovoltaïque, solaire thermique, géothermie (au total seulement 0,7 % de l’énergie primaire mondiale, 5,3 % de la totalité des énergies renouvelables ou encore 2 % de la production d’électricité)

POTENTIALITÉS ET LIMITES DE CHACUNE DE CES ÉNERGIES

Éolien :

Les plus grosses éoliennes ont une puissance de 5 MW, voire de 10 MW pour l’offshore. De gros progrès ont été réalisés en termes de fiabilité et de puissance. Malgré cela, le coût de l’électricité éolienne reste encore très cher et largement subventionné ou financé par les consommateurs. Des obstacles physiques et techniques sérieux empêchent son déploiement comme moyen de masse. Le principal problème étant l’intermittence, en effet le vent ne souffle pas à la « demande ». Ainsi, pour produire la même quantité d’électricité qu’une centrale

thermique de 1300 MW (qui fonctionne à peu près 8 000 heures par an), il faut installer quatre fois plus de puissance, soit 5000 MW d’éolien, 5 000 éoliennes de 1 MW, soit la surface de l’Ile-de-France. Le vent soufflant dans les meilleurs sites 25 % du temps, c’est- à-dire 2 000 h par an, le reste (6 000 h) est comblé le plus souvent par des centrales à gaz à démarrage rapide (car le vent peut cesser en quelques minutes).

Pour des sites particulièrement intéressants, isolés ou très venteux, son développement doit être encouragé, surtout dans des systèmes où l’électricité fossile domine (Allemagne, Danemark).

En fonctionnement, cela évite de faire fonctionner les centrales à charbon et à gaz fortement émettrices de CO2. Des usages futurs existent : le chargement de batterie pour les voitures électriques ou des usines de fabrication de biocarburant seconde génération qui peuvent être alimentées en électricité éolienne par temps de vent. Ce serait parmi les moyens possibles de stocker cette énergie et pallier l’intermittence. Cependant, tant qu’il n’y a pas de moyen de stocker l’électricité en masse, l’éolien reste très lié à un développement des capacités en gaz. L’éolien représente 1,3 % de l’électricité mondiale, 1,4 % en France, 6,5 % en Allemagne. Pour un petit pays comme le Danemark (l’équivalent d’une région française), il est encore possible de produire 20 % de l’électricité par ce moyen et importer de l’électricité auprès des voisins quand il n’y a pas de vent. A l’échelle d’un grand pays, la limite des 10 % semble difficile à franchir pour des questions d’équilibre du réseau; c’est la situation de l’Allemagne qui atteint difficilement ce chiffre (9 % solaire + éolien) en ayant saturé tous les sites possibles. Il y a une croissance exponentielle des puissances en construction en France et en Europe mais l’exemple allemand montre ses limites.

Les énergies solaires :

Le solaire thermique (utilisation directe de la chaleur du soleil) permet de fournir de l’eau chaude avec un rendement énergétique très intéressant. Il est très peu développé car il dégage peu de marge de profit pour le capitalisme. Il serait pourtant très efficace pour réaliser des économies d’énergie en évitant le recours au gaz pour l’eau chaude sanitaire, un vrai potentiel industriel en France pour généraliser ce type d’énergie à des millions de logements. D’autres applications existent notamment dans la production électrique.

Le solaire photovoltaïque est très approprié pour fournir des quantités d’électricité dans des endroits

éloignés du réseau électrique ou pour constituer un appoint aux productions centralisées. Par contre, sa contribution reste très marginale : 0,1 % de l’électricité mondiale (France : 0,003 %, Allemagne : 1,1 %).

Il pose les mêmes problèmes que l’éolien : intermittence (jour-nuit, nuages...) mais aussi une énergie très diffuse qui nécessite des quantités d’espace très importantes, très coûteuse et reste largement subventionnée. L’enjeu de la recherche est important pour améliorer le rendement des panneaux.

Intermittence et réseaux : une autre façon de pallier le problème de l’intermittence est de relier les sites de production entre eux : quand il n’y a pas de vent en Bretagne, il peut y en avoir dans la vallée du Rhône par exemple, donc ça compense. Cependant cela nécessite de construire des centaines de kilomètres de ligne haute tension. L’Allemagne va devoir construire 4 000 km de lignes électriques pour rapatrier l’électricité produite par les parcs éoliens offshore en mer du Nord vers le Sud de l’Allemagne où se situent les besoins. Il est donc important d’inclure le coût de la construction du réseau pour transporter ce type d’électricité. Il y a en effet une fausse idée à dissiper qui va à l’encontre du sens commun : l’étalement dans le territoire des moyens de production de très petites tailles impose en réalité de multiplier de plusieurs facteurs (de 4 à 5) la taille des réseaux de transport contrairement au système de production centralisée.

Et le renforcement des réseaux ne règle pas les problèmes posés par l’intermittence.

Géothermie :

Géothermie profonde et haute température : elle permet de produire de l’électricité, de manière encore très marginale et à l’état de démonstration. Elle est également limitée par les obstacles techniques et les atteintes à l’environnement (technique analogue à l’exploitation des gaz de schistes).

Géothermie moyenne et basse température : elle permet une utilisation non négligeable en chauffage de logements, associé à une pompe à chaleur, pour les « basse température », une démultiplication de la puissance électrique (pour 1 kW d’électricité alimentant la pompe à chaleur on extrait 4 kW de chaleur). Ce qui pourrait être appliqué à des millions de logements en France. C’est un vrai enjeu industriel et une vraie solution de substitution au chauffage électrique par effet joule.

Hormis l’hydraulique, technologie mature, les autres énergies nécessiteront des sauts technologiques

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majeurs et la construction de vraies filières industrielles pour espérer les sortir d’une application encore marginale et confidentielle (éolien, solaire thermique et photovoltaïque, géothermie avec pompe à chaleur, agro-carburant seconde, troisième génération). Cela pose aussi la question des moyens pour la recherche appliquée mais surtout fondamentale. En effet, c’est certainement dans la recherche en physique fondamentale que des découvertes se feront pour augmenter de plusieurs ordres de grandeur (10 à 100 fois) les possibilités de stockage d’électricité ou améliorer le rendement photovoltaïque par exemple.

UN MIX ÉNERGÉTIQUE RÉÉQUILIBRÉ

Ces considérations nous amènent à préciser les orientations relatives à un mix énergétique adapté à la situation actuelle, au plan mondial comme au plan hexagonal, ce qui n’est pas la même chose.

D’une façon générale, aucune source d’énergie ne doit être négligée en fonction des possibilités réelles de chaque zone géographique ou économique et donc des capacités de chaque pays. Il est par ailleurs impératif de répondre au droit effectif à l’énergie à un prix abordable pour tous, de réduire les inégalités sociales, tant en France que dans le monde, tout en réduisant les émissions de GES.

Faire reculer les émissions de GES suppose à la fois une limitation de l’utilisation des combustibles fossiles partout où c’est possible que ce soit en matière de transport, de chauffage des bâtiments ou de production d’électricité.

Les avancées sensibles dans ces trois domaines sont bien évidemment très variables suivant les pays. Il est également décisif de réaliser des avancées sensibles en termes de captage et stockage du C02, axe sur lequel la recherche et les investissements dans la plupart des pays sont notablement insuffisants.

Dans cet esprit, gardons en mémoire que le développement des énergies renouvelables récentes suppose de surmonter la difficulté de leur intermittence par leur adossement à des énergies capables de la compenser. Aujourd’hui, seule la production d’électricité à base fossile présente ces caractéristiques et l’avantage de la souplesse.

Réduire la place des combustibles fossiles dans la production d’électricité est, de notre point de vue, en France, presque illusoire compte tenu de la place qu’y occupent déjà nucléaire et hydraulique. Par contre,

des avancées importantes doivent être obtenues en matière de chauffage des bâtiments et de transports. A propos de l’isolation des bâtiments, premier facteur possible d’économies d’énergie, la droite et N. Sarkozy en ont beaucoup parlé au Grenelle de l’environnement. Bien peu a été fait depuis. Cela supposerait la mise en place de politiques publiques réellement efficaces, tant en matière d’investissements -qui sont considérables- que de recherche, formation, création de filières professionnelles.

En matière de transports, sans préjuger d’une nécessaire orientation de la société (proximité habitat-travail, réduction de la mondialisation de l’économie par exemple), il est indispensable de valoriser le ferroutage et de développer le véhicule électrique. Toutes choses qui supposent non pas une réduction du rôle de l’électricité mais une augmentation, à condition que celle-ci soit le moins carbonée possible. Dans un tel contexte, les énergies renouvelables ont toute leur place en fonction de leurs potentialités réelles sur le plantechnique et économique.

Nous voulons favoriser le développement des filières les plus prometteuses et pas seulement celles qui sont les plus à même de bénéficier de subventions payées de facto par les usagers comme le photovoltaïque actuel. On voit donc que lorsque les communistes parlent d’un mix énergétique rééquilibré, il y a vraiment de quoi faire et des possibilités réelles. Il s’agit donc de peser avantages et inconvénients pour le présent comme pour le futur.

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RÉUSSIR LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : SUSCITER ET ORGANISER UN GRAND DÉBAT PUBLIC

Les fondements et les principes qui structurent notre projet de société de développement humain durable ont été développés tout au long de cette plaquette. Pour le mettre en œuvre tout en faisant face aux réalités énergétiques d’aujourd’hui et de demain, la voie démocratique du débat public s’impose.

Nous livrons ici des informations, des réflexions et des propositions pour amorcer le débat. Tous les partis politiques doivent prendre position sur les questions énergétiques et confronter leur opinion aux citoyens. L’exercice est fondamental étant donné l’importance de l’énergie dans le fonctionnement des sociétés et de l’impact de sa production actuelle sur l’avenir des générations futures.

Il est stupéfiant de constater avec quelle légèreté les gouvernements successifs ont appliqué les pires doctrines libérales à ce secteur, depuis la libéralisation du marché de l’électricité en 2000 jusqu’à l’ouverture du capital d’Areva, en passant par le siphonage de Gaz de France par Suez. Le rejet des préceptes libéraux ne suffit toutefois pas à définir une politique de l’énergie. Les contraintes sont nombreuses - techniques, géopolitiques, économiques - et doivent être acceptées par la société. Le débat nous semble indispensable tant parmi les communistes qu’au sein des forces de gauche, comme de l’ensemble de la société française. Et les sujets controversés sont nombreux : lignes à très haute tension, nucléaire, gaz de schiste, éolien ... Ce secteur est vital dans toute société et la nôtre n’échappe pas à la règle. L’énergie représente une part importante du budget de chaque famille, tout particulièrement

celui des plus modestes et les taxes, dont la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers), en sont un facteur aggravant. Un faible coût de l’énergie est aussi un facteur favorable à l’efficacité d’une économie.

Le secteur de l’énergie est hautement capitalistique. Il est également contraint par des caractéristiques lourdes et des durées de vie conséquentes pour la majorité des installations. Il est impératif de tenir compte de l’existant et de répondre à l’immédiat, tout en travaillant pour le futur... en fonction des possibilités techniques du moment, des perspectives ouvertes par le développement technologique et la recherche fondamentale ou appliquée, des investissements souvent considérables, des perspectives individuelles, dans un des rares secteurs où la place de la France compte encore, et qui concerne plusieurs centaines de milliers de salariés - ce n’est pas rien. Alors que nous nous opposons au libéralisme dominant, les réponses sont éminemment politiques. Il y a lieu de repenser les relations internationales - la place de la France dans le contexte énergétique mondial, ses relations avec les pays émergents et avec les pays fournisseurs de matières premières notamment - tout comme le fonctionnement de l’Europe, aujourd’hui vecteur privilégié de l’ultralibéralisme.

QUELQUES PISTES POUR ENGAGER LE DÉBAT POLITICO-CITOYEN :

Comment fournir l’énergie au coût le plus bas possible en y intégrant les investissements actuels et futurs ainsi que la préservation des ressources naturelles ? Ce produit vital pour l’ensemble de nos concitoyens, comme pour tous les habitants de la terre, est un produit de base de l’ensemble de l’activité économique. Ceci impose une réflexion sur les options techniques, mais aussi sur les tarifs, et les taxes.

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Coût de référence de production de l’électricité

L’énergie est un bien précieux, économisons là » : ce concept n’est pas suffisant. Il faut organiser la société, (transports, industrie, agriculture, vie quotidienne), répondre aux besoins tout en utilisant raisonnablement l’énergie. Une valeur largement contradictoire avec la financiarisation de la société et la recherche effrénée du profit.

Développer la démocratie : cela ne se réduit pas à décréter un référendum pour ou contre le nucléaire. L’avis des salariés, des usagers, des citoyens, des élus, est primordial. Un grand débat public est à organiser pour servir cette ambition, ici, mais également en Europe et à l’échelle du monde.

Sortir l’énergie de la vision à court terme de la logique capitaliste : en stoppant le processus de libéralisation généré par la mise en œuvre des directives européennes, elles-mêmes dictées par les politiques néolibérales des partis au pouvoir en Europe et en France, dont la loi Nome est le plus récent avatar.

Renforcer la maitrise publique du local au global : la crise énergétique est mondiale ; les solutions ne peuvent être exclusivement nationales. On pourrait renforcer la maîtrise publique en créant des pôles publics de proximité et en mettant en œuvre une véritable coopération internationale, sous l’égide de l’ONU par exemple.

A court et moyen terme, sortir de l’utilisation de sources carbonées, émettrices de GES qui occupent toujours une place prépondérante alors que les ressources s’épuisent. Les technologies pouvant répondre à ce défi sont connues, le nucléaire et les énergies renouvelables26

Pour le charbon, le gaz et le nucléaire, le rapport (DGEC 2008) ne donne que des coûts relatifs sur une base 100 pour le nucléaire. Les prix ont donc été calculés en par- tant des tarifs de 40-50 € pour le nucléaire.

Source : DGEC 2008

en font partie. Ecarter une seule de ces sources aggraverait la situation en continuant à faire la part belle aux énergies les plus nocives pour notre planète.

A moyen long terme, dépasser le nucléaire exploité dans le cadre de la fission de l’atome : lorsque le stockage de l’énergie sera maîtrisé, lorsque le renouvelable sera déployé dans toutes ses dimensions, lorsque la fusion de l’atome sera domptée. Mais auparavant, il convient d’exploiter le nucléaire actuel et celui de 4° génération (plus sûr, plus économe en combustibles et moins producteur de déchets) pour utiliser au mieux la ressource « uranium ».

Dégagerdenouvellessourcesdefinancement : relever le défi énergétique passe par la mobilisation de ressources financières colossales et nécessitera de faire des choix en transférant par exemple des sommes attribuées au nucléaire militaire.

Investir dans la formation, la recherche et le développement: les besoins sont énormes mais l’humanité dispose d’une panoplie inégalée de sources d’énergie non émettrices de GES, à des stades de développements différents, et d’énormes potentialités encore inexploitées (notamment le soleil). Ces sources sont complémentaires et font partie d’un bouquet énergétique diversifié. Un effort doit être produit dans le domaine industriel pour offrir des alternatives crédibles à la voiture polluante, avancer vers les villes « du futur » basse consommation et améliorer la compétitivité des ENR.

GLOSSAIRE

AIE : Agence Internationale de l’Energie

ASN : Autorité de Sûreté Nucléaire

CEA : Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives

CLI : Commission Locale d’Information

CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique

CO2 : Dioxyde de carbone

ENR : Energies Renouvelables

GES : Gaz à Effet de Serre

GIEC : Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat

GTEP : Gigatonne Equivalent Pétrole (1 milliard de tonnes)

IFP : Institut Français du Pétrole

IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire

ITER : International Thermonuclear Experimental Reactor : projet mondial dont le but est d’approfondir les expériences de fusion nucléaire

MOC : Mécanisme de mise en œuvre conjointe

MTEP : Mégatonne Equivalent Pétrole (1 million de tonnes)

MW : Mégawatt (1 000 kW)

NOME (loi) : Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

ONF : Office National des Forêts

ONG : Organisation Non Gouvernementale

PED : Pays Emergents et en Développement

R&D : Recherche et Développement

STEP : Station de Transfert d’Energie par Pompage

TEP : Tonne Equivalent Pétrole

TIPP : Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers

Tokamak : Chambre de confinement destinée à contrôler un plasma pour étudier la possibilité de la production d’énergie par fusion nucléaire

TWh : Térawatt-heure (1 milliard de kWh)

Protocole de Kyoto : traité international signé le 11 décembre 1997, entré en vigueur le 16 février 2005 et ratifié par 168 pays en 2010

Copenhague : conférence internationale sur le changement climatique - 2009 Cancun : conférence internationale sur le changement climatique - 2010 Durban : conférence internationale sur le changement climatique - 2011

Rio + 20 : conférence internationale sur le changement climatique - 2012

vingt ans après le premier Sommet de la terre

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Les auteurs : Valérie Goncalves, responsable de la commission énergie ; Evelyne Chesneau, retraitée EDF ; Jean Barra, ingénieur, retraité EDF ; Amar Bellal, enseignant, co-responsable de la formation des communistes et de la Revue du Projet ; Luc Foulquier, ingénieur, retraité CEA, membre de la commission Recherche ; Hervé Bramy, responsable de la commission écologie.

Édition spéciale

Maquette : www.k-liko.com

Parti communiste français 2 Place du Colonel Fabien - 75019 Paris www.pcf.fr

Pour une transition énergétique réussie. Contribution au débat public. Prix : 2 euros

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 04:46

L’austérité n’est pas écolo-compatible !

 

La baisse de 7 % du budget du Ministère de l’Ecologie pour l’année 2014 est une preuve supplémentaire du manque d’ambition du gouvernement face à l’urgence des défis environnementaux. Décidément, la politique d’austérité et de baisse des dépenses publiques de François Hollande continue de faire des ravages tant sur le plan social qu’écologique. Il est apparemment plus simple pour le Premier ministre de limoger brutalement la ministre Delphine Batho, coupable de contester le dogme de l’austérité, que d’affronter le monde de la finance.

C’est pourtant indispensable pour se donner les moyens de répondre aux attentes sociales et environnementales des Français.

Il sera de plus en plus difficile de faire taire tous ceux qui, à gauche veulent un changement de cap ! Les communistes s'opposeront à toute mesure inégalitaire, telle la taxe carbone ou la taxez diesel, qui, sous couvert d'écologie, ponctionnerait encore le pouvoir d'achat des familles qui connaissent déjà tant de difficultés.

La transition énergétique et la prise en compte réelle des défis écologiques demandent des invetissements massifs d'une toute autre envergure.

 

Pierre Lacaze

Secrétaire départemental du PCF

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