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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 09:10

Les dirigeants de la Société Générale étaient au courant des agissements de Jérôme Kerviel.

C’est une policière chargée de l’enquête depuis le début qui l’affirme, et dont les propos sont rapportés par Mediapart, qui demande une révision du procès Kerviel.

« À l’occasion des différentes auditions et des différents documents que j’ai pu avoir entre les mains, j’ai eu le sentiment puis la certitude que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer les positions prises par ce dernier », a affirmé la commandante de police Nathalie Le Roy devant le juge.

Elle cite notamment en exemple le témoignage accablant d’un ancien salarié de la banque, opérant au sein de l’entité « risques opérationnels ». Celui-ci a assuré à l’enquêtrice que « l’activité de Jérôme Kerviel était connue » et affirmé avoir lui-même alerté, en avril 2007, soit 9 mois avant le scandale, Claire Dumas, adjointe au directeur des risques opérationnels, et d’autres par le biais d’un message électronique « avec une tête de mort pour attirer leur attention ». L’enquêtrice a demandé, par la voie d’une réquisition judiciaire, à recevoir les échanges entre Mme Dumas et le salarié par messagerie électronique, requête qui serait restée lettre morte.

La commandante de police ne s’était jusqu’ici pas exprimée de peur d’interférer avec la justice. C’est à la demande du juge d’instruction Roger Le Loire qu’elle a accepté de briser le silence, « à son grand soulagement ».

La banque affirmait depuis maintenant plus de 7 ans avoir été victime d’un trader fou, Jérôme Kerviel, qui lui a coûté 4,9 milliards d’euros. La cour d’appel a confirmé la version de la banque, comme l’avait fait le tribunal correctionnel de Paris avant lui : Jérôme Kerviel fut « l’unique concepteur, initiateur et réalisateur » d’un « système de fraude » qui l’a conduit à exposer la banque pour des montants colossaux. « J’ai eu le sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société générale » reconnait la commandante de police Nathalie Le Roy. « C’est la Société générale qui m’a dirigé tous les témoins ».

Un témoignage accablant qui pourrait retourner le procès Kerviel en procès de la Société générale. Un nouveau procès civil doit justement se tenir du 20 au 22 janvier 2016 pour établir la répartition des responsabilités dans cette perte.

Il fait suite aux deux plaintes déposées par Jérôme Kerviel contre la banque pour « escroquerie au jugement », « faux » et « usage de faux » 

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 11:26

Le partage de données, un système post-capitaliste ?

Numérique

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR KEVIN BOUCAUD

MERCREDI, 22 AVRIL, 2015

L'HUMANITÉ

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Photo : Agence Anne&Arnaud

Michel Bauwens et la P2P Foundation ont collaboré avec Syriza, qui a repris certaines de leurs propositions dans son programme.

Théoricien belge de l’économie collaborative, Michel Bauwens voit dans le système de peer-to-peer un moyen de dépasser le capitalisme et de bâtir un "socialisme du XXIe siècle". Il vient de publier un livre d’entretiens intitulé "Sauver le monde (1)".

Vous défendez l’idée que le peer-to-peer, qui permet aux utilisateurs d’échanger entre eux, pourrait « sauver le monde » et dépasser le capitalisme. Mais n’évacuez-vous pas la question sociale et politique ?

Michel Bauwens Le modèle contemporain combine deux aspects qui mènent à une crise systémique. Il y a d’abord une fausse notion d’abondance : le système économique est basé sur une croissance continue et infinie dans un monde fini. Ensuite, les coopérations humaines sont découragées par l’augmentation des droits de propriétés. Or, aujourd’hui, il y a des communautés ouvertes qui partagent leurs connaissances en ligne et permettent de faire émerger un nouveau modèle économique. Selon une étude américaine, cela représente même 1/6ème du PIB net mondial.

Mais je n’évacue pas la question sociale, je la déplace. En plus de la contradiction entre travail et capital, il y a actuellement aussi celle entre les gens qui contribuent au bien commun et les propriétaires des plateformes. J’ai participé à un plan de transition vers le commun en Équateur : c’était politique. Nous (la P2P Foundation – NDLR) avons également collaboré avec Syriza, qui a repris dans son programme certaines de nos propositions. La gauche radicale ne pense parfois qu’en termes de nationalisation ou de régulation. Le commun permet autre chose. Nous essayons de trouver des solutions qui stimulent l’autonomie sociale et collective. C’est une autre façon de faire de la politique. Ce n’est plus l’Etat qui est producteur, mais c’est le citoyen avec l’appui de l’Etat.

Dans votre livre, la société que vous voulez voir émerger prendrait appuie sur la gauche radicale, les mouvements écologistes, mais également sur le catholicisme sociale, ou encore le social-libéralisme. Mais les contours de cette société restent flous. Entendez-vous par-là une société où les antagonismes de classes ont disparu ou juste une société débarrassée du productivisme ?

Michel Bauwens L’aspect spécifique post-capitaliste dans l’économiepeer-to-peer n’est plus le travail qui fait la richesse, mais ce sont les contributeurs qui font du commun. C’est-à-dire qu’au cœur de la création de la valeur, il y a une mise en commun des ressources partagées. L’idée est que les créateurs de bien commun créent leurs propres entités coopératives et que la plus-value reste dans la même sphère. Ce qui va permettre de reproduire le commun. Aujourd’hui, e salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les difficultés de la gauche traditionnelle proviennent du fait qu’elle s’est basée sur un mouvement ouvrier, aujourd’hui en déclin. Le salariat est en train de se déliter. Il y a de plus en plus de salariés autonomes ou soi-disant « autonome », qui ne sont pas une relation d’autorité avec un contrat social et qui souvent sont engagés dans la production d’un commun. Les Pirates sont concernés par les communs digitaux. Les Verts sont concernés par les communs naturels. Il y a également de nombreux jeunes entrepreneurs progressistes qui ne veulent pas être capitalistes, mais souhaitent se lancer dans le commerce équitable ou l’économie sociale et solidaire. Toutes ces catégories peuvent se retrouver autour des notions de biens communs.

Mais à côté de ces jeunes entrepreneurs progressistes, il y a aussi une vague de jeunes entrepreneurs qui s‘appuient sur l’immatériel dans un objectif capitaliste, à l’image de Mark Zuckerberg ou plus récemment les fondateurs de WhatsApp ou Snapchat.

Michel Bauwens Le capital a compris beaucoup plus vite que le mouvement progressiste le potentiel. Aujourd’hui, il est plus simple de monter sa start up que de se lancer dans l’économie sociale et solidaire. Il faut créer des incubateurs et des accélérateurs qui permettent à ces jeunes de choisir des voies différentes. Je propose donc de passer d’un modèle de capital extractif qui capte la valeur du commun sans la réinvestir, ni rien reverser aux utilisateurs vers un modèle de capital génératif. L’idée principale est qu’une coopérative permette de faire vivre les contributeurs les créateurs de connaissances ouvertes, de logiciels libres ou de designs collaboratifs, et les incite à réinvestir. La nationalisation n’est pas nécessairement la solution, hormis certains secteurs stratégiques. Je crois qu’il faut préserver la liberté humaine et le choix de créer son propre mode de vie.

N’y a-t-il pas un danger de rejoindre la vision libertarienne des dirigeants de Google ?

Michel Bauwens Il y a des modèles ouverts et des modèles coopératifs. Quand une coopérative ne travaille que pour ses membres, elle adopte une forme de concurrence et le danger est de rejoindre le monde capitaliste. L’idée est une convergence entre modèle coopératif et le modèle ouvert. C’est ce que j’appelle le « coopératisme ouvert » : une coopérative qui cocrée le commun. Chez Google ou Facebook, il n’y a pas de cogouvernance, de copropriété, de partage des revenus ou des bénéfices. Il y a des modèles où c’est le cas. Je propose une liberté de partage quand Google propose une liberté atomisée, où chaque individu est en concurrence avec tous les autres.

Selon vous, l’économie immatérielle permettra de résoudre la crise écologique. N’oubliez-vous pas que l’économie immatérielle repose toujours sur du matériel ? Par exemple, la société de service occidentale a pour corollaire la prolétarisation du tiers-monde.

Michel Bauwens En effet, il n’y a pas d’économie immatérielle qui ne repose pas sur une économie matérielle. Mais dans la production standard, l’obsolescence artificielle maintient une fausse rareté. Ce n’est pas le cas une communauté ouverte qui répond à une utilité sociale. Par exemple les 26 voitures open source [ndlr : à haute efficience énergétique] qui existent aujourd’hui, comme Wikispeed, sont faites pour durer. Ce qui est intéressant, quand on a un commun ouvert avec des entrepreneurs éthiques liés par une charte sociale et une licence, c’est qu’ils peuvent beaucoup plus collaborer qu’une entreprise capitaliste, grâce notamment à la transparence qui rend visible l’exploitation. Il faut penser à de nouveaux matériaux, utiliser l’économie circulaire et afin de créer un système alternatif au capitalisme, avec des éléments de commun, des éléments de marchés et des éléments qui le dépassent. Il faut travailler aujourd’hui à une reconfiguration du modèle productif. Et même dans une société où on n’a pas beaucoup de pouvoir, on peut faire plein de choses : c’est ce que faisait le monde coopératif au XIXème siècle. Il faut à mon avis renouer avec ce modèle d’autoproduction.

(1) Sauver le monde : vers une société post-capitaliste avec le peer-to-peer, éditions Les liens qui libèrent, 267 pages, 20 euros.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 06:08

Des économistes allemands proposent de passer à la semaine de 30 heures

PAR RACHEL KNAEBEL 20 FÉVRIER 2013

« Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes est particulièrement effrayant », alertent des économistes allemands. Sans oublier les travailleurs pauvres, qui triment parfois 50h par semaine sans pouvoir en vivre. Dans une lettre ouverte, ces économistes proposent de réduire équitablement le temps de travail en passant à la semaine de 30h, sans baisse de salaires. Une proposition qui suscite le débat en Allemagne.

Surprise au pays du « modèle allemand » : dans une lettre ouverte aux syndicats et aux partis politiques, des économistes allemands demandent une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine. Il n’y aura « jamais plus de plein emploi sans réduction du temps de travail », défendent les auteurs de l’appel déjà signé par plus de cent économistes, chercheurs, responsables syndicaux et quelques personnalités politiques de gauche ou indépendantes (Die Linke, SPD et Pirates). L’initiative a été discutée dans des grands journaux nationaux, de gauche comme de droite.

« L’Allemagne et toute l’Union européenne se trouvent dans une crise sociale et économique grave », écrivent les auteurs de la lettre ouverte. « Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes, qui dépasse les 50 % dans certains pays, est particulièrement effrayant. En Allemagne le nombre d’emplois a certes augmenté ces dernières années, mais il s’agit en grande partie d’emplois précaires et à durée déterminée, qui ne suffisent pas pour vivre », assènent-ils, loin des poncifs répétés à l’envi par certains commentateurs français.

Allemagne : 6 millions de quasi chômeurs

« Aujourd’hui en Allemagne, si nous incluons les employés travaillant à temps partiel de manière contrainte, environ six millions de personnes sont au chômage ou sont sous-employées, poursuivent les économistes. Alors que beaucoup de personnes au chômage souffrent de dépression et de dévalorisation, les salariés doivent, eux, assumer un surcroît de travail. Comme nombre d’études scientifiques le montrent, le stress, le phénomène de Burnout et les maladies chroniques et psychosomatiques augmentent. Cette situation est indigne dans une société moderne du XXIe siècle. »De quoi faire écho aux débats sur l’accord interprofessionnel signé le 11 janvier à Paris.

« Près d’un million de travailleurs pauvres font aujourd’hui des semaines de 50 heures et plus pour gagner un revenu suffisant pour vivre. De plus en plus d’actifs doivent recevoir, malgré un emploi, des allocations sociales en complément. Et ceux qui n’ont rien aujourd’hui sont aussi promis à la pauvreté quand ils arriveront à l’âge de la retraite. Les conditions dans les autres États européens sont comparables, voire pires. »

Une solution : la semaine de 30h également répartie

Face à ce terrible constat, économistes et syndicalistes estiment qu’« une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine est nécessaire et urgente. Le temps de travail moyen en Allemagne est de toute façon aujourd’hui déjà en moyenne de 30 heures par semaine, mais le travail est réparti de manière inégale [1]. L’exigence d’une semaine à 30 heures prend en compte toutes les formes de réduction envisageables (allongement des congés payés, sortie plus précoce de la vie active, années sabbatiques). Cette revendication est à poser pour tous les États européens. Car le chômage de masse est partout présent et augmente de manière dramatique dans beaucoup de pays de l’Union. »

Pour les initiateurs de l’appel, la réduction du temps de travail ne concerne plus seulement les partenaires sociaux : « Il s’agit d’un projet de la société toute entière. »Ils insistent par ailleurs sur la nécessité d’une réduction « sans perte de salaire ».« Nous connaissons les nombreux cas où les travailleurs ont fait des expériences négatives, parce que les réductions du temps de travail réalisées jusqu’ici se sont faites sans embauche de chômeurs et souvent avec une hausse de la pression au travail ». Pour eux, seule une réduction collective du temps de travail à 30 heures, à un niveau macroéconomique, est « une clé décisive, si ce n’est la plus importante, pour la perspective d’un plein emploi. »

Des réductions du temps de travail ont déjà été entreprises en Allemagne, mais au niveau d’une entreprise, avec la semaine des 28,8 heures dans certains ateliers de Volkswagen, ou d’une branche, avec la semaine de 35 heures instaurée dans les années 1990 dans le secteur de la métallurgie dans l’ouest du pays.

Rachel Knaebel

Photo : DR

P.-S.

L’appel est à télécharger (en allemand) ici : http://www.alternative-wirtschaftspolitik.de/show/6619884.html

Notes

[1] 26 % des actifs allemands, et 45 % des femmes, travaillent à temps partiel, contre 17 % en France, 30 % pour les femmes (source : Eurostat)

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Published by bruno fornaciari - dans economie finance travail
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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 11:28

Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

par Philippe Plassart

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008. “L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”

“Les marchés d’actions surperforment et voient la vie en rose, alors que l’économie réelle continue de donner des signes de souffrance. Ce n’est pas cohérent, une partie se trompe” analyse Véronique Riches-Flores, économiste indépendante. Les marchés n’ont pas de mémoire. Ils ont oublié les crises passées – la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, la faillite et le sauvetage in extremis du fonds LTCM, ainsi que la crise de la balance des paiements des pays asiatiques en 1998, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et surtout la plus terrible d’entre elles, celle des subprimes et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser. Or les germes d’une prochaine crise – impossible, bien sûr, à dater, mais potentiellement plus dévastatrice – sont probablement déjà semés. Et il n’y a pas pire sans doute que ce sentiment actuel de fausse sécurité qui conduit à fermer les yeux sur ces risques.

Un déversement de liquidités sans précédent

Pour éviter un effondrement financier, feu Milton Friedman préconisait un largage de liquidités “par hélicoptère”. Les banques centrales ont suivi la recommandation du maître. Sans doute, à leur décharge, n’avaient-elles d’autre choix. La réserve fédérale américaine a ainsi injecté près de 3 500 milliards de dollars, et la Banque centrale européenne veut racheter 1 100 milliards d’euros d’actifs d’ici septembre 2016. Quant aux autres banques centrales (Angleterre, Japon), elles ne sont pas non plus en reste. Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasiment 6,5 % du PIB mondial. Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit. “Le canal bancaire sur lequel comptent les banques centrales ne fonctionne pas bien. Tant il est vrai que le financement de l’économie n’est plus au cœur de l’activité bancaire” analyse Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste d’économie bancaire et financière.

“Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit”

Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés financiers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses européennes leur emboîtent le pas depuis que la Banque centrale européenne a annoncé, à son tour, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles. Or ces mouvements haussiers sont largement déconnectés de la réalité économique et d’une croissance qui n’a rien de flamboyant. “On a confondu création monétaire et création de richesses” tranche l’économiste Charles Gave.

Une zone de taux d’intérêt inédite

Cet afflux de liquidités a eu pour effet d’écraser les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, désormais proches de zéro sur quasiment toute la courbe. Une évolution souhaitée par les banques centrales elles-mêmes. “Cela fait plus de six ans que la Réserve fédérale fournit de l’argent gratuitement. Et la BCE l’a suivie. Or quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”, déplore l’ex-banquier Jean-Michel Naulot. Pire, sur certaines échéances, les taux sont même devenus négatifs. Une situation qui peut être vue comme aberrante puisqu’elle revient à faire payer au prêteur le prix de sa sécurité. “Comment un système économique peut-il fonctionner sans une prime à l’incertitude liée au passage du temps ? Cela n’est tout simplement pas possible. On n’est plus dans un monde logique” estime Charles Gave.

“Quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”

Quoi qu’il en soit, cette zone de taux d’intérêt inédite et ses anomalies ont pour effet de biaiser bon nombre de calculs économiques et financiers. Et donc de perturber la rationalité des acteurs. “Les investisseurs qui recherchent du rendement n’en trouvent plus par les voies traditionnelles. Priçant mal le risque, ils se tournent vers des actifs de moins en moins sûrs : junk bonds , actions spéculatives”, observe Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch.

La finance, toujours un champ de mines

En 2009, les dirigeants du G20 avaient, on s’en souvient, affiché leur volonté de remettre la finance “à sa place”, c’est-à-dire au service de l’économie. Six ans, plus tard, force est de constater que la sphère financière, toujours hypertrophiée, tourne plus que jamais – et de plus en plus vite – sur elle-même, sans autre considération que son propre intérêt. “La finance mondiale reste un champ de mines”, diagnostique l’expert Paul Jorion. Et un champ en expansion continu. Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.

“Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial”

Quant au “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation, elle a continué à se développer, souvent au sein même de la finance officielle. Des instruments nouveaux, à fort potentiel déstabilisateur, sont apparus, tel le trading à haute fréquence (THF) qui n’existait quasiment pas avant la crise de 2008, et qui représente désormais la moitié des transactions. Par ailleurs, des segments de marchés connaissent de forts engouements comme celui des “repos” et des “prêts de titres” dans lequel des titres, par exemple de dettes, peuvent servir de garantie à de nouveaux emprunts. Des mécanismes où la fertilité de l’innovation financière le dispute à sa complexité. Un cocktail qui n’est pas sans rappeler les montages de titrisation qui avaient précédé la crise des subprimes et dans lesquels bon nombre de professionnels s’étaient eux-mêmes perdus.

Les failles d’une régulation inachevée

Autre promesse non tenue, celle de réguler le secteur de la finance. “On a fait deux pas en avant et un pas en arrière. En tout état de cause, le chemin parcouru n’a pas été suffisant” analyse Christophe Nijdam. “Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites” s’alarme pour sa part Jean-Michel Naulot. Le lobby des banques et des établissements financiers a opposé il est vrai une résistance farouche à toutes les tentatives d’encadrement. Si bien que les célèbres ratios prudentiels de Bâle III, censés mettre le secteur à l’abri d’une rechute, apparaissent à l’examen bien édulcorés. “Les banques ont gardé la main sur l’évaluation de leurs propres risques, ce qui les conduit naturellement à minimiser ces derniers. Résultat, les coussins de fonds de propres exigés apparaissent insuffisants.

“Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites”

Quoi qu’il en soit, le dispositif complet de prévention des risques ne sera pas opérationnel avant 2019 et 2020”, analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. Un cadre qui laisse de toutes les façons sceptique Paul Jorion “Les niveaux de réserves ont été choisis sur la base d’une probabilité gaussienne d’accidents, c’est-à-dire ayant une répartition en cloche. Or les chocs financiers ne relèvent pas de cette catégorie du fait de leur caractère systémique. On l’a bien vu avec la faillite de l’assureur américain AIG en 2008. Celui-ci avait constitué des réserves à hauteur de 4 milliards de dollars. Or il a essuyé d’emblée des pertes de 85 milliards.” Garde-fous bien fragiles, les ratios prudentiels, en rassurant donc à bon compte, accroissent surtout dangereusement le sentiment d’une fausse sécurité.

Les signes d’exubérances irrationnelles

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”. Certains acteurs ont renoué avec les pratiques à très haut risque. Selon le régulateur britannique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuellement un effet de levier supérieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des positions de marché correspondant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! De l’acrobatie sans filet. “Je retrouve actuellement à New York les mêmes signaux que ceux que j’avais observés pendant la période qui avait précédé la crise de 2007-2008 : un relâchement assez général de la vigilance, des prises de risques inconsidérées, des pratiques d’allocations de crédit qui ne font pas sens”, témoigne Édouard Tétreau, associé gérant de Mediafin.

“Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime””

Et comme en 2007, le foyer de ces excès semble logé aux États-Unis. Selon le prix Nobel Robert Shiller, grand expert de la formation des bulles spéculatives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle économique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. D’autres signes “d’exubérance irrationnelle” se manifestent, comme la multiplication d’“entreprises zombies” capables, par exemple dans les biotechs ou les réseaux sociaux, de drainer des capitaux sans aucun résultat, observe Christopher Dembik. Mais c’est surtout le retour spectaculaire des subprimes et des activités de repackaging et de titrisation des dettes qui fait remonter le souvenir de la crise. “40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages… insolvables”, s’alarme Édouard Tétreau.

La menace bien réelle d’une crise systémique

Ne sommes-nous pas alors partis pour revivre une crise, du type de celle des Sicav monétaires qui, en août 2007, avait brutalement interrompu le marché interbancaire international ? Une crise de nature systémique donc, dans laquelle la chute d’un acteur de la chaîne entraîne tous les autres comme dans un jeu de dominos. L’interconnexion entre les acteurs – et donc leur dépendance les uns aux autres – n’a pas cessé de croître ces dernières années, et recommence à donner des sueurs froides à certains observateurs.

“Un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité”

De véritables nœuds se sont formés. Sur le marché des “prêts de titres” et de “repos”, estimé à 20 000 milliards, un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité. Les failles des chambres de compensation des marchés dérivés constituent une autre source d’inquiétude. Une demi-douzaine de banques de données ont certes été constituées, mais elles ne disposent pas de registres standardisés, si bien qu’en cas d’urgence à dénouer les positions, aucun opérateur n’y retrouvera ses petits. Panique assurée.

Quel sera le détonateur ?

Quel sera cette fois le détonateur de la crise ? Viendra-t-il des compagnies d’assurance-vie allemandes qui ont pris tous les risques pour tenir leurs promesses de rendement à 3 % dans un contexte de taux zéro ? Des craquements du vaste marché des “students loans” américains dont le manque de traçabilité commence à effrayer les professionnels les plus aguerris ? Ou bien de la bombe à retardement de la prochaine hausse des taux d’intérêt ? “Lorsque les taux sont à zéro comme aujourd’hui, le risque de sensibilité des titres à la remontée des taux est à son maximum, rappelle Christophe Nijdam. Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

“Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

Un carnage qui pourrait déstabiliser bien des portefeuilles obligataires, y compris institutionnels. La hausse des taux impactera aussi le marché des dérivés composés à 85 % de dérivés de taux… Stupeur et tremblements. Mais la crise viendra sans doute de là où personne ne l’attend, tel le battement de l’aile du papillon qui provoque l’ouragan à des milliers de kilomètres. Lorsqu’en octobre 2006 dans un comté perdu de l’État de Californie, le prix des maisons avait affiché ses premières baisses après plusieurs années de boom immobilier, personne n’avait prêté beaucoup d’attention à l’information. Ce fut pourtant le point de départ de ce qui allait devenir quelques mois plus tard la plus grave crise depuis 1929.

Publié le 08/04/2015

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 06:34

Alstom: Mélenchon favorable à une "nationalisation temporaire"

Paris (AFP)© 2014 AFP

Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche (PG), a jugé dimanche que les pouvoirs publics devaient "évidemment" s'opposer à la cession d'Alstom et procéder à une "nationalisation temporaire".

Interrogé pour savoir si les pouvoir publics devaient essayer de s'opposer à la cession d'Alstom, Jean-Luc Mélenchon a répondu "évidemment et de toutes les façons possible" lors de l'émission le Grand Jury (RTL/ LCI/Le Figaro)

Il a également approuvé l'idée d'une "nationalisation". "Une nationalisation temporaire", a précisé le coprésident du Parti de gauche.

Quant à l'idée de créer un groupe européen avec Siemens, le député européen s'est dit favorable à une "politique européenne, le regroupement de moyens", "mais on en discute calmement, pas sur le dépeçage des uns par les autres, ça ce n'est pas de la politique européenne c'est du cannibalisme".

Soulignant la "technique fine" et le "prolétariat de haut niveau de formation" d'Alstom, Jean-Luc Mélenchon a jugé que l'entreprise est "malade du fait qu'il n'y a pas de carnets de commandes. Et pourquoi il n'y a pas de carnets de commandes? Parce que l'Europe est entrée en austérité et le gouvernement ne fait aucun investissement".

"Peut-être que cette crise va nous permettre d'imaginer ce que doit être le grand groupe français pour la production des machines dont nous avons besoin pour assurer l'avenir énergétique de notre pays", a-t-il dit.

Plus généralement, Jean-Luc Mélenchon estime que "ce qui est en cause c'est l'incurie des pouvoirs politiques en France et la démission des capitalistes français comme M. Bouygues et autres qui vendent tout sans s'occuper aucunement de leur responsabilités envers la patrie".

"Ceux-là on les retrouvera un jour ou l'autre pour en parler avec eux quand il viendront nous donner la leçon", a-t-il ajouté.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 12:00

Spéculation, évasion fiscale, bonus des traders : observez en direct la démesure des banques et marchés financiers


Sept ans après la crise financière de 2008, rien n’a vraiment changé : spéculation effrénée, création de produits financiers toxiques, évasion fiscale, rémunérations des banquiers... Nous voici revenus aux mêmes niveaux qu’avant la crise, voire au-delà. Les chiffres font peur. Nous vous invitons à une plongée au cœur de cette finance folle, pour en percevoir, minute par minute, la démesure. Pour comprendre les dérives de cette folie spéculative. Et l’urgence de reprendre le contrôle sur ce système financier dérégulé.


« Les produits dérivés sont une arme de destruction massive », affirmait le milliardaire américain Warren Buffett il y a dix ans. Les produits dérivés, ce sont ces produits financiers à l’origine de la crise financière de 2008. Sept ans plus tard, malgré les grandes promesses de régulation, la spéculation sur les produits dérivés est reparti de plus belle ! Une spéculation totalement déconnectée de l’économie réelle. Qui paiera lorsque ce fragile château de cartes vacillera de nouveau ? Regarder en direct défiler les chiffres de ce casino démesuré donne le tournis :

Produits dérivés de gré-à-gré en circulation dans le monde, depuis le 1er janvier
147 439 078 449 645 euros

PIB mondial, depuis le 1er janvier
16 100 709 180 391 euros

Vous avez sous les yeux le montant des produits dérivés échangés de gré-à-gré – ou Over the Counter (OTC) – c’est-à-dire entre deux acteurs économiques ou financiers, sans passer par des places de marché organisées comme les bourses, échappant ainsi à la surveillance des autorités [1]. En 2014, ce montant dépasse le niveau atteint en 2008 : 652 000 milliards d’euros [2]. Soit 10 fois le PIB mondial ! 652 000 milliards d’euros représente le « montant notionnel » de ces produits dérivés. C’est-à-dire le capital théorique sur lequel portent les contrats (qui sont au départ des contrats d’assurance, de « couverture »), le capital sur lequel ils sont adossés.

Ce montant n’est pas équivalent au risque pris : pour un dérivé sur le taux de change d’une monnaie, le risque ne représente que quelques pourcentages de possible variation du cours. Mais pour un dérivé sur un crédit immobilier, le risque est de 100% de ce montant notionnel si l’emprunteur est dans l’incapacité totale de rembourser sa dette. Sur une matière première, le risque est important, les cours du pétrole ou du blé par exemple étant plutôt volatiles. Quand tout va bien, les montants se compensent. Mais vu le niveau de ces produits dérivés, même une faible perte peut avoir des conséquences dramatiques ! Surtout, l’essentiel des transactions sur dérivés (93 %) se fait entre acteurs financiers, bien loin de l’économie réelle. Ils sont devenus des instruments de spéculation. Rappelons que le montant notionnel des produits dérivés de BNP Paribas s’élève à 48 000 milliards d’euros. 23 fois le PIB de la France !

Outre la menace qu’elle fait peser sur la stabilité du système économique mondial, la spéculation peut avoir des conséquences désastreuses. En particulier lorsqu’elle fausse le prix réel des matières premières agricoles, comme le prix du blé, du maïs et du soja qui vont déterminer celui des aliments que nous achetons. « Les activités des fonds indiciels ont joué un rôle clé dans la flambée des prix alimentaires en 2008 », explique la Banque mondiale, après que des émeutes de la faim aient secoué plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. La tonne de blé passe alors de 100 à 300 euros. En 2011, les fonds spéculatifs indexés sur les matières premières agricoles, énergétiques et minières pèsent 600 milliards de dollars. Et, à l’exception du Crédit agricole, les grandes banques françaises y participent (lire ici).

Évasion fiscale : un manque à gagner colossal pour les États

Manque à gagner pour la France lié à l’évasion fiscale, depuis le 1er janvier
15 829 348 918 euros

Impôt sur le revenu collecté en France (prévision 2015), depuis le 1er janvier
17 140 923 542 euros

Autre dossier noir de la finance : l’évasion fiscale. Elle serait impossible sans la complicité des banques, qui ferment les yeux ou incitent ouvertement leurs clients à « optimiser » leur patrimoine en transférant leur argent sur des comptes à l’étranger. Le manque à gagner pour l’État français est évalué entre 60 à 80 milliards d’euros par an, selon les derniers rapports parlementaires [3]. Soit l’équivalent de ce qui est collecté avec l’impôt sur le revenu [4]. Un euro sur 5 échappe ainsi à l’impôt en France !

Les scandales se succèdent : la banque HSBC a été mise en examen en 2014 pour démarchage bancaire illicite et blanchiment de fraude fiscale. En 2013, l’Autorité de contrôle prudentiel a infligé à UBS France une amende de 10 millions d’euros, pour « laxisme » dans le contrôle de pratiques commerciales susceptibles de relever du blanchiment de fraude fiscale. Les banques ne semblent pas pressées de mettre un frein à l’industrie de l’évasion fiscale.

Un quart du chiffre d’affaires international des grandes banques françaises est toujours réalisé dans les paradis fiscaux [5]. Grâce à la Loi bancaire de 2013, qui introduit un peu de transparence, on sait que BNP compte 170 filiales dans les paradis fiscaux, devant la Société générale (139 filiales) et le Crédit agricole (134 filiales) [6].

Un coût environnemental gigantesque

Tout ne se mesure pas en euros. Le coût des banques, ce sont aussi les impacts environnementaux de leurs investissements. Et les banques françaises ne sont pas toujours les plus avisées. Depuis la signature du protocole de Kyoto en 2005, le secteur bancaire a investi 165 milliards d’euros dans des projets d’extraction de charbon, alors même que le dérèglement climatique s’aggrave. Ces financements ont augmenté de 397 % en dix ans ! Parmi les 20 plus gros investisseurs, derrière les banques chinoises, états-uniennes ou britanniques, on retrouve deux champions nationaux : Crédit agricole et BNP. Cette dernière investit dix fois plus dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables. Pour la transition énergique, on repassera ! Les projets dans lesquels BNP investit émettent 1360 millions de tonnes de CO2 par an [7]. Soit quatre fois les émissions de CO2 de la France !

Émissions de CO2 générées par les placements financiers de BNP Paribas, depuis le 1er janvier
307 541 636 tonnes de CO2

Émissions de CO2 générées par les placements financiers du Crédit agricole, depuis le 1er janvier
237 440 234 tonnes de CO2

Émissions de CO2 de la France, depuis le 1er janvier
78 468 344 tonnes de CO2

Rémunérations des banquiers : le jack-pot pour quelques uns

Paradoxe du capitalisme : si les impacts négatifs de ces activités augmentent, les profits des banques également. Mais les dizaines de milliers de salariés des agences bancaires n’en profiteront pas, contrairement à quelques privilégiés qui travaillent pour la banque de marché, à des postes où ils bénéficient de faramineux bonus. Malgré la crise, ces bonus ont fortement augmenté : il y a vingt ans, la Société générale distribuait 21 millions d’euros de bonus, à 1400 salariés. Soit un bonus moyen de 15 000 euros. Rien à voir avec la situation actuelle : 467 millions d’euros de bonus sont distribués par la banque, à 2800 salariés. Soit un chèque de 162 000 euros en moyenne par salarié [8] ! Une petite prime de fin d’année équivalente à ce que gagne un salarié au Smic en 10 ans. Vous avez dit inégalités ?

Rémunérations de 8300 dirigeants et traders de BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE, depuis le 1er janvier
542 720 535 euros

Rémunérations brutes de 8300 salariés au SMIC, depuis le 1er janvier
32 815 868 euros

Au sommet de la pyramide, les PDG des banques françaises les mieux payés touchent tous les ans l’équivalent de 200 années de Smic. Sans compter les retraites chapeau et autres parachutes dorés. Grâce à ces niveaux inégalés de rémunérations, le secteur de la finance a pris une place prépondérante parmi les hauts revenus. Mieux vaut être trader ou banquier que de créer son entreprise... En quinze ans, les revenus des 0,1% les plus riches ont augmenté de 32 % – tandis que 90% de la population se contentait d’une hausse moyenne de 5%. Et en trois décennies, dans ce club des 0,1% de privilégiés, la proportion de banquiers est passé de 5% à 25% [9].

Le lobby bancaire investit des millions pour que rien ne change

Pourquoi les responsables politiques, malgré leurs promesses de régulation, ont-ils accepté les uns après les autres de maintenir de ce système dangereux et coûteux pour la société, qui socialise les pertes et privatise les profits ? Si rien ne change – ou si peu –, c’est que les banques ont su se montrer convaincantes. Il faut dire que le lobby bancaire est un véritable rouleau compresseur. Ses moyens sont impressionnants : le secteur financier européen emploie au moins 1700 lobbyistes, d’après les estimations de l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO). Un chiffre à comparer aux 400 fonctionnaires chargés de la régulation des marchés financiers au sein de la Commission européenne. Soit quatre lobbyistes pour un fonctionnaire ! Selon CEO, le lobby bancaire dépense chaque année 120 millions d’euros pour influencer les politiques européennes [10].

Dépenses de lobbying par les banques en Europe, depuis le 1er janvier
27 136 027 euros

Dépenses des ONG, syndicats et associations de consommateurs européens sur les questions financières à Bruxelles
904 534 euros

Le coût faramineux de la crise et du sauvetage des banques

Ce ne sont là que quelques uns des coûts que font peser les banques sur la société. Nous aurions pu parler des emprunts toxiques, ces produits financiers concoctés par les banques pour accroître leurs profits et qui plombent les finances de collectivités locales et d’hôpitaux, dont les dettes ont littéralement explosées. Nous aurions pu évoquer la forte baisse du taux d’imposition des banques depuis 20 ans. Ou encore les milliards d’euros accordés aux banques par la Banque centrale européenne, à des taux d’intérêts très bas, pendant que celles-ci spéculaient sur les dettes souveraines des pays du sud de l’Europe. Ou bien encore la subvention implicite de 48 milliards d’euros chaque année pour les grandes banques françaises – BNP-Paribas, Crédit agricole, Société générale et Banque populaire-Caisse d’épargne –, du fait de la garantie de l’État qui leur permet de bénéficier sur les marchés financiers de taux d’intérêts plus bas [11]. C’est presque l’équivalent de l’impôt sur les sociétés perçu chaque année en France [12] !

Subvention implicite aux 4 grandes banques françaises, grâce à la garantie de l’État, depuis le 1er janvier
10 854 410 696 euros

Impôt sur les sociétés collecté en France (prévisions 2015), depuis le 1er janvier
12 618 252 434 euros

Nous aurions pu mentionner aussi le coût des scandales, arnaques et manipulations (lire notre article Évasion fiscale, fraudes et manipulations : découvrez le casier judiciaire de votre banque).

Les dirigeants bancaires affirment également que la crise de 2008 n’a rien coûté aux contribuables français. À croire que le nuage de produits financiers toxiques qui a contaminé la planète en 2008 se serait arrêté aux frontières du pays ! L’Union européenne a pourtant dû mobiliser 4500 milliards d’euros pour éviter l’écroulement du système financier. Un chèque en blanc aux banques, d’un montant équivalent à 37 % du PIB européen [13] ! Le sauvetage des banques françaises a coûté 25 milliards d’euros, au minimum. A lui seul, le sauvetage de la banque franco-belge Dexia a plombé les finances publiques de 6,6 milliards d’euros, selon la Cour des comptes [14].

Sans compter les coûts indirects, exorbitants, de la crise financière. Car comme un virus toxique, la crise bancaire s’est propagée aux finances publiques et à l’économie réelle. Dans la zone euro, le taux de chômage est passé de 7,3% avant la crise, à 11% en 2012. Soit huit millions chômeurs en plus ! Quant à la dette publique française, elle fait un bond gigantesque, passant de 60% du PIB en 2006 à plus de 93% en 2013. Les banques françaises rejettent toute responsabilité. Évaluer ces coûts, les rendre visibles est une nécessité. Pour que spéculation et investissements hasardeux ne se fassent plus avec notre argent. Pour que les banques retrouvent leur fonction d’utilité sociale. Et la finance sa juste place.

@AgnèsRousseaux

Compteurs : Mathieu Lapprand

Photo : CC David Trawin

À lire, pour aller plus loin : Le livre noir des banques, co-écrit par Basta ! et Attac, Ed. Les liens qui libèrent, 372 pages. Disponible en librairie ou à commander en ligne sur cette page.



Notes



[1]
En 2012, l’Union européenne a imposé des déclarations sur toute transaction de dérivés, avec le règlement européen Emir (European Market and Infrastructure Régulation). Mais la transparence est encore bien difficile à atteindre. Lire ici.



[2]
Source : Banque des règlements internationaux.



[3]
C’est le montant donné par la députée européenne écologiste Eva Joly, et par le rapport d’information de l’Assemblée nationale présenté en octobre 2013 par les députés Alain Bocquet et Nicolas Dupont-Aignan. En janvier 2013, un rapport du syndicat Solidaires-Finances publiques évalue le manque à gagner des différentes formes de fraudes et d’évasion fiscale à ce même montant.



[4]
Montant de l’impôt sur le revenu prévisionnel d’après le Projet de loi de finances pour 2015. Source : ministère des Finances.



[5]
Rapport de la Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires « 2014 : Que font les plus grandes banques françaises dans les paradis fiscaux ? », qui prend en compte la liste des paradis fiscaux établie par le réseau Tax Justice Network.



[6]
Des chiffres contestés par les banques : BNP estime n’être présente que dans deux paradis fiscaux, en se référant à la liste noire établie par la France. Il faut dire que même Jersey et les Bermudes ont été sorties de cette liste noire officielle en 2014, dans laquelle ne figurent pas non plus la Suisse ou le Luxembourg, paradis fiscaux préférés des banques françaises…



[7]
Source : Finance responsable, site édité par l’ONG Les Amis de la Terre, et rapport du cabinet Utopies/Amis de la Terre, « L’empreinte carbone des banques françaises ». BNP Paribas ne calcule pas les émissions induites par ses activités de financement et d’investissement. Les Amis de la Terre ont estimé ces émissions à plus de 1360 millions de tonnes de CO2 en 2010 pour BNP et à 1050 millions de tonnes de CO2 pour le Crédit agricole. Source pour les émissions de CO2 de la France : ministère de l’Ecologie.



[8]
Chiffres de 2012. Source : Documents de référence de la Société générale.



[9]
Pendant ce temps, les chefs d’entreprises, eux, sont passés de 60% à 20% de ce groupe des 0,1% de privilégiés les mieux rémunérés.



[10]
Lire Le livre noir des banques, co-écrit par Attac et Basta !, Ed. Les liens qui libèrent, 2015, chapitre 17. Et le rapport de Corporate Europe Observatory, « The fire power of the financial lobby, A survey of the size of the financial lobby at the EU level », 2014.



[11]
Pour ces quatre grandes banques universelles française, les investisseurs anticipent le fait que, malgré les risques pris, l’État sera toujours là en cas de faillite. Cette garantie implicite leur permet d’emprunter à des taux plus bas sur les marchés financiers. Grâce à ces taux d’intérêt plus favorables, en 2012, le secteur bancaire européen a perçu l’équivalent de 234 milliards d’euros de subvention implicite des États. Lire le détail ici.



[12]
Montant de l’impôt sur les sociétés prévisionnel, d’après le Projet de loi de finances pour 2015. Source : ministère des Finances.



[13]
Les prêts seront remboursés, les garanties ne seront pas utilisées. Heureusement...



[14]
Pour le détail de cette évaluation, lire Le Livre noir des banques, Attac & Basta !, Éditions Les liens qui libèrent, 2015, chapitre 1.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 07:51

L’Ifrap : think tank ultra-libéral à l’aise sur France 2, et ailleurs

par Martin Coutellier , le 19 mars 2015

Le 8 mars dernier, Agnès Verdier-Molinié était doublement mise à l’honneur dans un sujet du 20h de France 2 : d’une part elle faisait partie des rares auteurs de livres de sciences humaines à voir leur ouvrage et leurs idées cités à une heure de grande écoute, d’autre part elle avait eu la latitude d’écarter un contradicteur n’ayant pas l’heur de lui plaire, pour en choisir un moins… contradictoire ! L’occasion pour nous de nous pencher sur l’Ifrap et sa présence médiatique.

Dans le 20h de France 2 du dimanche 8 mars, le cinquième sujet était consacré à un « débat », ainsi introduit par Laurent Delahousse : « [La reprise de l’économie française] fait l’objet d’un débat entre experts. Alors la France a-t-elle les moyens de s’en sortir ? Dans un livre choc, Agnès Verdier-Molinié apporte sa réponse : pour elle la France va dans le mur [1]. C’est l’heure ce soir du débat. » En fait de débat, le sujet de 3 minutes est un match de boxe en quatre rounds : sur quatre sujets (« fonctionnaires », « chômage », « 35 heures » et « la France va-t-elle dans le mur ? »), Agnès Verdier-Molinié énonce une proposition en une phrase, et son adversaire lui répond, en une phrase également. Et c’est Thierry Pech, directeur du think tank Terra Nova et présenté comme« économiste social-libéral » qui est le sparing partner de la directrice de l’Ifrap. C’est donc à cet affrontement stérile que se résume la vision donnée par le 20h de France 2 du « débat entre experts » ce soir-là. Et puisqu’il s’agit en réalité d’un spectacle, on peut comprendre que la directrice de l’Ifrap, avec ses « propositions provocatrices », soit une interlocutrice de choix pour France 2.

On s’étonnera en revanche de savoir que la rédaction du 20h a laissé passer l’opportunité de mettre en scène un débat potentiellement plus virulent (et donc plus spectaculaire). Un article de libération.frrévélait en effet le 10 mars qu’Agnès Verdier-Molinié avait refusé de débattre avec un économiste plus critique, Henri Sterdyniak, au motif d’un précédent débat houleux sur Public Sénat. C’est ainsi qu’Agnès Verdier-Molinié a non seulement eu l’opportunité de faire la promotion de son livre et de ses idées à une heure de grande écoute sur le service public, mais en plus en y posant ses conditions. Cela amène naturellement à poser la question des rapports qu’elle et sa fondation entretiennent avec les médias.

L’Ifrap, institut de recherche ?

L’institut français de recherche sur les administrations et les politiques publiques, devenu « Fondation IFRAP » en 2009 après avoir été reconnu d’utilité publique [2], a été fondé par Bernard Zimmern en 1985. Créé sur le modèle des think tank américains, il définit ainsi ses objectifs : « effectuer des études et des recherches scientifiques sur l’efficacité des politiques publiques, notamment celles visant la recherche du plein emploi et le développement économique, de faire connaître le fruit de ces études à l’opinion publique, de proposer des mesures d’amélioration et de mener toutes les actions en vue de la mise en œuvre par le Gouvernement et le Parlement des mesures proposées ». Pour faire bref : un mélange assez trouble de science et de lobbying. Mélange trouble et troublant : les « recherches » menées par l’Ifrap ont été plusieurs fois épinglées pour leur caractère biaisé, orienté et peu rigoureux, voire mensonger : le contraire d’une recherche scientifique [3].

Un chercheur du CNRS posait ainsi la question sur son blog en novembre 2011 : « L’Ifrap fait-elle de la recherche scientifique » ? [4]. Il constatait notamment : « des "chercheurs" de l’IFRAP examinés ci-dessus n’a jamais publié le moindre article dans une revue internationale d’économie. Aucun n’a même effectué une formation à la recherche attestée par un doctorat. [...] À la lumière de cet examen, j’hésiterais à dire que l’IFRAP est un institut de recherche, et que ses membres sont des chercheurs au sens usuel du terme. Lobbyistes serait sans doute un terme plus juste. Notez qu’il n’est pas honteux d’être lobbyiste. En revanche il est plus discutable de le dissimuler derrière une étiquette fallacieuse de "chercheur", et de faire passer ses opinions pour des connaissances scientifiquement établies ». Un lobby régulièrement qualifié d’ultra-libéral, non sans raison : on retrouve parmi ses propositions de mesures telles que le gel des embauches de fonctionnaires pour (au moins ?) cinq ans, la privatisation des services de l’eau, de l’électricité, de la santé et de l’éducation, la suppression du SMIC, la diminution des allocations aux chômeurs ou la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes.

L’Ifrap, « boîte à idées » multimédias

Il est donc d’autant plus aisé de comprendre les objectifs et les méthodes de l’Ifrap que la fondation utilise une recette classique en matière d’économie [5] : sous couvert d’expertise scientifique et de raison pure, elle ne relaie au final que ses thèses, en l’occurrence ultra-libérales et plutôt extrêmes [6]. On est donc pas étonné de trouver une section « L’Ifrap dans les médias » sur le site de la fondation : il s’agit cœur de son activité. Et force est de constater que la fondation s’active :

(Source : laviemoderne.net. Image à présent indisponible sur le site de l’Ifrap)

Omniprésence médiatique est une expression qui semble être faite pour l’Ifrap et son ubiquitaire directrice (depuis 2007) Agnès Verdier-Molinié, qui en est l’inépuisable porte-parole multimédia. Pour le mois de mars 2015 et le lancement de son livre, elle totalise huit passages à la télévision [7], cinq passages à la radio, en plus de son « débat » hebdomadaire sur Europe 1 le dimanche matin avec Éric Heyer [8]. Au moins huit articles de presse écrite ont également été consacrés à la sortie de ce livre [9]. À comparer à la couverture médiatique dont bénéficient les ouvrages d’économie en général (et celle des ouvrages « hétérodoxes » en particulier)…

Il n’est bien sûr pas question de contester aux médias la possibilité de relayer les thèses qu’ils souhaitent exposer, que ce soit pour les soutenir ou pour les discuter. Mais un véritable problème se pose lorsque ces thèses sont abondamment diffusées dans de nombreux médias sous l’apparence de l’expertise et de la neutralité, a fortiorilorsqu’il s’agit de médias publics. Ce problème a un nom : il s’agit de propagande. L’Ifrap ne s’y trompe d’ailleurs pas, et indique sur son site internet que « Depuis 1985, l’iFRAP a fait "passer" dans la législation nombre de ses propositions » (affirmation illustrée par une liste).

Plusieurs éléments peuvent participer à expliquer la façon dont l’Ifrap et sa directrice ont pénétré les médias. Premièrement, c’est son travail : en tant que directrice d’un organisme dont le but est de diffuser ses idées aux quatre vents, Agnès Verdier-Molinié se doit d’être disponible pour tous les médias, tous les jours, sur tous les sujets, et elle est payée pour ; ce n’est pas donné à tout le monde. Par ailleurs, Agnès Verdier-Molinié a été journaliste [10]. Il est possible que ses expériences professionnelles à L’Express, Sud Ouest, France 3 et Radio France lui aient permis de constituer un carnet d’adresse utile, et il est probable qu’ils lui ont donné la possibilité de maîtriser les codes de l’expression médiatique, ces petits gestes et ces petites phrases qui vous transforment en un « bon client ».

Un de ces codes, parfaitement exploité par l’Ifrap et sa directrice (entre autres) est l’appétit médiatique pour les chiffres, qui objectivent le débat et permettent de prétendre expliquer une situation politique par une équation arithmétique, ce qui fait toujours gagner du temps. Agnès Verdier-Molinié donne donc de très nombreux chiffres à l’appui de ses analyses et des mesures qu’elle propose ; que ces chiffres soit régulièrement contestables ou carrément frauduleux ne l’empêche pas d’en donner toujours plus. Un autre appétit médiatique auquel répond Agnès Verdier-Molinié est celui de la nouveauté et de la jeunesse : dans l’univers masculin, cravaté et quinquagénaire de l’économie pour plateau télé, une femme de 37 ans ne peut que détonner favorablement. Pour finir, on peut supposer qu’une organisation relayant les intérêts d’une classe sociale aussi nettement définie (les très riches et très puissants) bénéficie de l’appui, financier et autre, des membres de cette classe. La liste de ses donateurs n’étant pas publiée par la fondation, cela n’est qu’une supposition [11].


Agnès Verdier-Molinié dirige une fondation construite sur le modèle des think tank américains : son action ne vise pas tant à développer des idées qu’a produire et diffuser les discours qui les soutiennent. L’efficacité de ces discours se mesure à leur degré d’adaptation aux contraintes et aux appétits des médias. De ce point de vue, on comprend que le fondateur de l’Ifrap soit satisfait du travail de sa directrice : « Elle nous a rendus compréhensibles sans changer le fond » [12].

Sa victoire du prix Tocqueville en 2004 [13] avait permis à Agnès Verdier-Molinié de visiter deux des principaux think tanks ultra-libéraux américain, le Cato Institute et la Heritage Foundation. Un dirigeant de cette dernière disait en 1995 : « Lorsque nous avons commencé, on nous qualifiait d’"ultra-droite" ou d’"extrême-droite". Aujourd’hui, nos idées appartiennent au courant dominant » [14]. En 2015 en France, pour Agnès Verdier-Molinié, il devient difficile de savoir s’il s’agit encore d’un objectif ou déjà d’un résultat.

Martin Coutellier

[1] Le livre d’Agnès Verdier-Molinié, paru ce mois-ci, est en effet subtilement titré On va dans le mur...

[2] Les généreux donateurs de l’Ifrap ont donc la possibilité de déduire une partie de leurs dons de leurs impôts, ce que l’administration fiscale entend toujours essayer de refuser aux donateurs d’Acrimed.

[3] On peut lire ici une critique détaillée des publication de l’Ifrap conncernant l’éducation.

[4] Il s’agit de Franck Ramus, chercheur en sciences cognitives ; l’article est toujours en lignesur son blog..

[5] Visiter à ce sujet notre riche section économie.

[6] Sa proposition de gelée toute embauche de fonctionnaire pendant 5 ans va « plus loin que la droite » selon la voix off du sujet du 20h de France 2.

[7] Au Grand Journal de Canal+ le 5 mars, sur BFM TV le 6 et le 9, au 20h de France 2 le 8, sur LCI le 9, au 28 minutes d’Arte de 11, sur LCP le 12 et le 13 ; et cela sans compter les cinq passages sur des télévisions régionales ou plus confidentielles : Décideurs TV, L’Opinion TV, BFM Business et Les Echos TV.

[8] sur Sud Radio le 5 mars, France Info le 6, Europe 1 le 9, Radio Classique le 11 et RMC le 12 ; elle était également invitée sur la radio suisse RTS le 11.

[9] Dans Le Figaro et Le Figaro Magazine, deux fois dans Les Échos, deux fois dansL’Opinion, dans Le Point et dans Valeurs Actuelles.

[10] On peut d’ailleurs remarquer qu’elle assume la direction d’une fondation de recherche en économie en étant titulaire d’une maîtrise d’histoire économique contemporaine, et sans aucun parcours scientifique préalable en dehors de son travail de « chercheuse »… à l’Ifrap, entre 2002 et 2007.

[11] Ses comptes sont en revanche publiés le site de la fondation, qui nie l’évidence en se targuant de ne pas recevoir d’argent public (cf note 2).

[12] Cité dans Dominique Albertini, « Agnès Verdier-Molinié. Impôts au feu ». Libération, 25 septembre 2013.

[13] Voir ici.

[14] Cité dans Serge Halimi, « Les "boîtes à idées" de la droite Américaine », Le Monde Diplomatique, mai 1995 (article réservé aux abonnés)

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 17:25

28/02/2015 by Revue Progressistes

VERS UNE REFONTE ÉCOLOGIQUE ET CULTURELLE DES PRODUCTIONS, FRÉDÉRIC BOCCARA*

*Frédéric Boccara est maître de conférences associé à l’université de Paris-XIII et membre du PCF et des Économistes atterrés.

L’économie circulaire s’inscrit dans une indispensable refonte écologique et culturelle des productions. Elle ne peut être dissociée d’une recherche de nouveaux critères de suivi de la production elle-même (au-delà des financements), tout particulièrement une économie sur les matières utilisées et prélevées, pour viser une production radicalement « circulaire », c’est-à-dire utilisant au maximum ses sorties de matières (outputs) comme entrées, par recyclage, mais aussi utilisant le moins possible d’entrées de matières (inputs) nouvelles et prenant bien en compte toutes les entrées et toutes les sorties. Cela s’oppose à la vision dominante actuelle qui, au mieux, ne propose de suivre que certaines entrées de matières (le carbone par exemple, mais pas le lithium des batteries électriques dites « propres ») ou ne compte comme sorties de matières que les déchets, mais pas ce qui est inclus dans les produits consommés, ou encore ne veut prendre qu’un périmètre d’entreprises sans compter les sous-traitants ou les filiales situées en territoire étranger.

Le découpage incessant du système productif et de la chaîne d’activité – que ce soit dans un même pays ou entre pays en voie de développement et les autres – souligne ce défi, avec la domination des grandes firmes multinationales et des banques. Pour y répondre, il faut dresser des bilans « de circularité » de la production au niveau de territoires dans leur ensemble (y compris importations et transits), mais aussi des filières ou des groupes d’entreprises multinationaux, alors que la réalité systémique de l’économie comme de l’écologie induit souvent des « reports systémiques » de consommation d’un acteur (une entreprise) vers un autre (sous-traitant), ou d’un territoire vers l’autre (banlieue, espace périurbain ou pays en voie de développement). Il faut ainsi considérer les acteurs « entreprises » dans leur globalité. Les travaux d’un système de mesure des flux de matières utilisées ou générées par l’économie française sont une piste très intéressante en ce sens, malgré certaines limites.

La notion de valeur ajoutée est cruciale. Elle doit être bien distinguée de sa falsification en « création de valeur actionnariale », et les remises en cause de la notion de produit intérieur brut (qui ont une part de vérité) ont tendance à oublier que le PIB est la somme des valeurs ajoutées, et peut en outre être construit dès le niveau de l’entreprise ou au niveau d’un territoire.

LA RESPONSABILITÉ « SOCIÉTALE » DES ENTREPRISES

Les travaux sur la responsabilité « sociétale » des entreprises (principes de l’investissement raisonnable de l’ONU ou la norme ISO 26000) prétendent relever ce défi. Ils proposent grosso modo de comptabiliser dans les rapports de gestion des entreprises les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités. Tout en comportant des éléments très intéressants, comme la notion de sphère d’influence, ils sont très ambivalents et soulèvent quatre ensembles de problèmes. À savoir :

1. Ils ne comportent pas d’éléments contraignants. Ils n’imposent pas de certification ni de procédures, ce qui pose la question de la transparence des méthodes et de la comparabilité des évaluations entre deux entreprises, ainsi que celle du rôle des salariés.

2. Ils tendent à refouler l’antagonisme existant avec les critères de rentabilité, d’accumulation de matériel et de gâchis de matières, voire à conforter le marché financier. Il y a pourtant une conflictualité évidente, et même un antagonisme. D’ailleurs, ces informations supplémentaires sont généralement utilisées pour attirer les capitaux, et donc accroître encore l’accumulation.

3. Les périmètres, l’exhaustivité et les reports entre pays et entreprises sont essentiels. Et on gagnerait grandement à utiliser la notion de valeur ajoutée pour traiter des sphères d’influence.

4. L’économie circulaire se doit d’intégrer l’ensemble du cycle d’un produit, dit-on souvent, donc aussi les coûts d’investissement matériel, de mise au point, y compris d’extraction des matières, ce qui est rarement fait, mais renvoie au biais capitaliste d’aveuglement sur les coûts en capital et exige de nouvelles évaluations comptables.

Autant d’enjeux qui peuvent permettre d’utiliser la notion de responsabilité sociale des entreprises pour pousser le développement d’une économie radicalement circulaire. Par exemple, la loi Grenelle II (art. 225) oblige les grandes entreprises (en France) à faire figurer dans leur rapport annuel « des informations sur la manière dont la société prend en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité ». C’est en soi limité, d’autant que nombre de filiales résidentes et non résidentes sont exclues ; mais doit être annexé « l’avis [des] institutions représentatives du personnel et des parties prenantes ». Cela ouvre la voie à un travail avec de multiples forces sociales. Par ailleurs, le projet de loi sur la transition énergétique et pour la croissance verte, « encourage » verbalement l’économie circulaire. L’étude d’impact annexée argumente que la circularité serait « profitable », affirmation gratuite qui justifie de n’y mettre aucune incitation financière ni contrainte. Pis, elle ne parle que des déchets et de la proximité sans tenir compte des consommations de ressources en amont (extraction, investissements, etc.) ! Or si l’on recycle des outputs mais qu’on augmente la consommation d’inputs, où est le gain de circularité ?

UNE UTOPIE RÉALISTE

Une refonte écologique et culturelle des productions suppose aussi de viser l’usage des objets plutôt que leur possession. La question est abordée dans les travaux dominants (ou naïvement intentionnés), mais de façon hypermarchande, en substituant à l’achat d’une marchandise la location de l’usage. Au marché, on substitue… le marché ! Il faut une transition révolutionnaire, matérielle et culturelle, vers un système productif qui viserait les valeurs d’usage et non plus les valeurs marchandes, tout en continuant d’économiser le travail fourni, mais de façon maîtrisée (à l’opposé de certaines tendances à vouloir gâcher le travail vivant).

RAPPORTS DE PRODUCTION, RÉVOLUTION DE LA RÉPARTITION

Avec la montée de la révolution informationnelle, au-delà d’une production matérielle circulaire, la prédominance des activités pour les êtres humains, notamment les activités informationnelles, est posée et doit être intégrée à un nouveau paradigme productif.

Il s’agit de construire la pensée d’une nouvelle alliance révolutionnaire entre transformation de la production et des modes de consommation, au travail et hors du travail. D’autant que révolution écologique ne signifie pas seulement qu’on touche à l’épuisement de certaines ressources, cela signifie aussi que s’ouvrent de nouveaux espaces, de nouveaux horizons, de la mer à l’espace.

CAPITALISME VERT CONTRE CRITÈRES NOUVEAUX

Au coeur de cette nouvelle pensée doivent être placés les critères d’évaluation, y compris au niveau territorial, autrement la mise en oeuvre d’une économie circulaire reste illusoire ou non effective. C’est tout le contraire des illusions à l’oeuvre à propos du « capitalisme vert », dans lequel les banques s’engagent à soutenir les valeurs boursières « écoresponsables », sans critères précis et sans mesure de la performance écologique des entreprises concernées, en estimant avant tout le profit rapporté et en sélectionnant des secteurs en fonction de ce dernier. On voit bien aussi l’ambivalence d’ambitions comme celles d’augmenter la valeur de la production par l’économie dite « circulaire », sans se préoccuper du reste de l’économie qui pourrait polluer encore plus… Conception bien peu circulaire !

Une politique de dépenses publiques active est nécessaire pour permettre de vraies alternatives positives. Aller vers une véritable production circulaire nécessite des dépenses massives et dans la recherche et dans les infrastructures publiques, mais aussi des investissements nouveaux des entreprises ainsi que des dépenses considérables de reconversion des emplois et de qualification des gens. Ce sont des dépenses non soumises à la rentabilité financière ni à l’évaluation des agences de notation, et des reconversions qui ne doivent pas passer par le marché du travail mais par un progrès vers une mobilité de sécurité d’emploi ou de formation maîtrisée socialement. La création monétaire doit contribuer au financement des services publics et socialisés d’écologie, coopérant au plan international.

1. Frédéric Boccara « Économie et écologie, pour une vraie alternative », in la Pensée, no 365, 2011, p. 47-61.
2. Céline Jamet, « Matières mobilisées par l’économie française – Comptes de flux pour
une gestion durable des ressources », in Études et documents, no 6, SOeS, ministère
de l’Écologie de l’Énergie, du Développement durable et de la mer, juin 2009.
3. Cf. Fr. Boccara, « Économie et écologie, où en est-on ? », in la Pensée, no 363, 2010, p. 53-69.

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Published by bruno fornaciari - dans ECOLOGIE economie finance
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 05:11

Pierre Laurent a partagé la publication de Je rêve d'une banque qui.

6 h ·

Bravo au collectif "je rêve d'une banque qui" pour cette première initiative utile à la dénonciation du scandale de la fraude fiscale dont on voit toute l'ampleur avec l'affaire HSBC. Un autre rôle des banques est possible pour une autre politique au service de l'humain, pas des rentiers et des actionnaires. Multiplions les initiatives individuelles et collectives dans le pays. La prochaine à Paris se tiendra la semaine prochaine, jeudi 5 mars à 18h30, à proximité du ministère de l'économie et des finances, soyons nombreux à y participer !

Grande réussite de la première initiative de notre collectif "Je rêve d'une banque qui..." avec près de 150 personnes réunies pour l'arrestation aux Champs-Elysées ce soir du patron d'HSBC, banque criminelle : attrapé devant le siège de la banque en pleine évasion fiscale émoticône smile. Merci aux personnalités, Pierre Laurent (PCF), Julien Bayou (EELV), Eric Coquerel (PG) et Denis Durand (syndicaliste de la banque de France) qui nous soutiennent ! Merci à toutes celles et ceux qui ont contribué à la réussite de cette initiative !!! Une vidéo de l'initiative sera bientôt publiée. En attendant voici quelques photos. On continue avec une nouvelle initiative la semaine prochaine, jeudi 5 mars, au ministère des finances pour interpeller les ministres Michel Sapin et Emmanuel Macron... plus d'infos prochainement ! On lâche rien contre la finance ! Mobilisons-nous pour placer les banques au service du développement humain et pas de la spéculation ! Allez on like, on partage et on tweete biensûr ‪#‎occupetabanque‬

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:28
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BRUNO FORNACIARI

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