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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 07:49

Crise grecque: «un jour suffit pour abattre comme pour élever toute chose humaine

Un jour, quand on se retournera sur ce moment de notre histoire, on se demandera comment un tel gâchis aura été possible. On aura honte du spectacle donné – un spectacle d’arène – et de l’incapacité à élaborer une solution stratégique visionnaire pour la Grèce et l’Europe, sans avoir l’œil obsessionnellement rivé sur la prochaine échéance d’une dette. Intérêts particuliers, idéologie, entêtement, jeux de pouvoir, manque de vision, orgueil : c’est tout cela qui, depuis des semaines, domine une scène européenne qui se met aujourd’hui au bord d’un précipice.

C’est d’autant plus irresponsable qu’au vu de ce qui se passe en Tunisie et dans un monde arabe pris en otage par l’Etat Islamique, l’Europe apparaît plus que jamais comme une terre de repli. C’est l’un des biens les plus précieux pour nous qui en sommes citoyens, mais aussi pour tant d’autres à l’extérieur.

Nous devrions tout faire pour pérenniser cet ensemble construit autour d’une communauté de valeurs : l’égalité, la solidarité, la prospérité, le respect des droits et des libertés des hommes. L’espace européen reste un havre par rapport à ces autres coins du monde où la pauvreté, le terrorisme, la dictature idéologique ou de conscience sont à l’œuvre. Après Charlie Hebdo, après Sousse, nous savons plus que jamais à quel point ce ne sont pas que des mots, comme nous l’avons longtemps et innocemment cru.

L’Europe, au bord du précipice ? Oui, mais pas pour des raisons économiques et financières. En cas de « Grexit » – de plus en plus inévitable apparemment –, le reste de la zone euro ne devrait pas basculer dans le chaos. Cette sortie inédite d’un pays de la zone monétaire européenne est certes dangereuse, car elle peut provoquer une spéculation contre d’autres monnaies ou des pays faibles. Mais, comme l’a dit dès samedi le ministre des Finances allemand Schaüble, « on va mettre le paquet » pour que ce soit jouable et gérable. Il faudra gérer un choc difficile, mais le Grexit ne devrait pas porter un coup terrible à l’Union économique et monétaire.

Le péril est ailleurs, il est politique et démocratique. Si la Grèce sort de l’euro, après un référendum de son peuple rejetant le plan d’assainissement, Tsipras aura réussi à ce que cet événement sans précédent soit perçu dans une partie du continent, non comme la punition de gauchistes grecs entêtés et irresponsables, mais comme la victoire de l’austérité contre la croissance, de l’orgueil contre la fragilité, des riches contre les pauvres, des embusqués contre les ébranlés, de l’égoïsme contre le désespoir. Une défaite infligée par des « frères », des membres de ce qui a été toujours vendu comme une grande et même famille. Cette sortie sera interprétée comme la victoire de l’idéologie libérale sur la démocratie, et comme la volonté d’une Europe qui ne respecterait le résultat des élections et l’avis des peuples, que lorsqu’ils correspondent à sa vision de la gestion de la chose publique et de l’économie.

Un des graffitis qui fleurissent sur les murs d’Athènes.

Les choses sont à l’évidence moins manichéennes : la Grèce, pays sans Etat digne de ce nom, avec une Eglise et des armateurs qui échappent toujours à l’impôt, a une large part de responsabilité dans ce qui se produit aujourd’hui. Elle n’est d’ailleurs pas le pays le plus mal loti d’Europe (la Slovaquie le souligne assez) ou de la planète (le PIB grec par habitant est supérieur au mexicain ou au brésilien). Et reconnaissons que notre cœur saignerait moins si c’était la Slovénie, dont nous ne savons rien, et non la Grèce, qui devait sortir de l’euro.

L’Europe par ailleurs, telle qu’elle est désormais travaillée par Jean-Claude Juncker, se veut plus ouverte, plus volontariste. Sur la Grèce - hier soir encore -, comme sur les migrants il y a quelques semaines, le nouveau président de la Commission a fait ce qu’il a pu, prenant des initiatives et des risques, allant jusqu’à dénoncer publiquement l’incapacité des États à pratiquer une Europe à la hauteur de leurs grands principes. Un dirigeant historique de l’Union nous le confiait ce week-end : « Il manque au projet européen un grand élan personnalisé par trois ou quatre personnes. Un projet ambitieux ne peut être géré par des gens qui ont les mains perpétuellement dans la crise. L’Europe doit choisir entre le déclin et la survie : cette prise de conscience n’est pas encore assez grande ».

Si le Grexit est explosif, c’est parce qu’il risque de ne pas s’adresser à la raison, mais au ressenti des citoyens. Nombreux sont ainsi ceux qui aujourd’hui ont fait leur deuil du rêve européen de jadis, pour ne plus voir dans cette Union de pays, qu’un diktat inefficace de contraintes économiques et/ou un concentré d’égoïsmes qui rejettent à la mer un pays, des migrants…

La grande inconnue, et donc le grand péril, résident dans la réponse à cette question : quelles seront les réactions des peuples face à une Europe qui, pour la première fois, se sépare de l’un des siens ? Les mouvements populistes, d’extrême gauche ou d’extrême droite, mais aussi des intellectuels, des jeunes, des citoyens démocrates, du sud comme du nord (c’est nouveau) de l’Europe pourraient rompre avec une certaine forme de démocratie et en tout cas, avec un projet qui est devenu l’incarnation, à leurs yeux, d’un système économique dont ils jugent qu’il les broie. Et dont ils ne veulent plus.

Cette crainte de lourds dégâts politiques vit chez des « consciences » de l’Europe. C’est aussi celle que formulait ce samedi, Dominique Strauss Kahn, en conclusion d’un texte de trois pages : « Forcer le gouvernement grec à céder, créerait un précédent tragique pour la démocratie européenne et pourrait mettre en marche une réaction en chaîne incontrôlable ». L’homme est déconsidéré, et sa parole d’expert avec lui.

Mais dans un moment où l’intelligence et l’audace des solutions se font rares, force est de constater que la proposition alternative de l’ex-dirigeant du FMI – proche sur le fond de celles émises par d’autres économistes –, est pertinente et séduisante. Elle a le mérite de sortir l’Europe du bras de fer financier à trois jours, et la Grèce de l’arène des pouces levés ou baissés, pour donner un ballon d’oxygène au pays débiteur, tout en la mettant face à ses propres devoirs. Cela aurait d’ailleurs dû être cela, le vrai défi lancé à Tsipras : faire plier ses riches, plutôt que le faire d’abord s’agenouiller devant les dirigeants de l’Europe.

Le philosophe Socrate. © AFP

Il y aurait des vertus à (re)lire l’Ajax de Sophocle, entre deux rapports du FMI. Le philosophe y raconte qu’à la mort du héros Achille, les deux Atrides, Agamemnon et Menelas, chefs des armées grecques, remettent les armes d’Achille à Ulysse. Insupportable pour Ajax, ami intime d’Achille durant toutes ces années et qui ne tolère pas d’être ainsi ignoré. Il en perd la raison. Pour se venger, il veut tuer tous les compagnons d’Ulysse, mû par un seul et unique sentiment : l’humiliation. C’est bien cela qu’il faut craindre du Grexit : la contamination imprévisible de la colère qui pourrait naître de l’humiliation d’un peuple, quelles que soient les (bonnes ?) raisons qui y ont conduit.

« Que ce spectacle te persuade, face aux dieux, de ne jamais proférer de parole arrogante ; ne t’enfle jamais d’orgueil si tu l’emportes sur autrui par la vigueur de ton bras ou par l’amas d’insondables richesses. Un jour suffit pour abattre comme pour élever toute chose humaine, les dieux ont les sages en amitié, les méchants en horreur ». C’est en ces termes que la déesse Athéna s’adressa à Ulysse (1). Et si le temps passe, le cœur des hommes, lui, ne change guère.

(1) « Ajax » Sophocle, traduction de Robert Davreu, chez Actes Sud-papiers , mis en scène par Wajdi Mouawad mardi au Manège/Mons 2015.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 14:41

Anne Sabourin : "La solidarité politique doit se doubler d'une solidarité concrète avec les Grecs"

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR VADIM KAMENKA

VENDREDI, 26 JUIN, 2015

HUMANITE.FR

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Photo Patrick Nussbaum

Représentante du PCF à la direction du parti de la gauche européenne (PGE) et coordinatrice du Forum européen des alternatives, qui s’est tenu à paris, Anne Sabourin revient sur le coup de force que les dirigeants européens et les institutions financières tentent d’imposer au gouvernement dirigé par Alexis Tsipras.

HD. Peut-on empêcher le crime contre la grèce ?

ANNE SABOURIN. Heureusement, la Grèce bouge encore. Il faut donc empêcher cette tentative. Les peuples européens l’ont clairement démontré, ces dernières semaines, en se mobilisant massivement contre cette politique libérale. Pour la stopper, il faut au plus vite une solution politique qui permette la stabilité financière de la Grèce. Il faut en finir avec la stratégie d’asphyxie. L’accord qui sera trouvé doit respecter les lignes rouges fixées par le gouvernement grec. Pour cela, il faut que les créanciers acceptent un certain nombre de points proposés par Alexis Tsipras: pas de nouvelles mesures d’austérité, une restructuration de la dette publique grecque et des solutions durables. Il faut donc laisser au gouvernement grec une marge de manœuvre pour relancer son économie. Cela passe par une baisse des exigences en termes d’excédent budgétaire et un plan d’investissement dans l’économie grecque. Pour Athènes, ce sont les bases d’un futur accord que les dirigeants européens, la Commission et la BCE doivent accepter. Cette solution politique doit être portée par l’ensemble des forces progressistes.

HD.comment aider le gouvernement grec dans sa bataille contre les créanciers ?

A. S. Actuellement, le rapport de forces n’est pas en faveur de la Grèce. Il faut donc mobiliser les opinions publiques pour éviter de laisser les autorités grecques dans le seul cadre des discussions, qui ne sont même pas publiques. La pression populaire sur nos gouvernements est incontournable. L’appel que nous avons adressé à François Hollande pour que la France soit aux côtés du peuple grec a fonctionné. Le président a admis, lorsque nous l’avons rencontré, le 22 juin, le caractère inacceptable des mesures. Il nous a donné un signal positif sur le rôle qu’entendait jouer la France. Maintenant, nous attendons des autorités françaises qu’elles agissent en ce sens lors du sommet européen des 25 et 26 juin.

HD. l’exemple de la grèce démontre que l’europe semble se diriger vers plus de libéralisme et moins de démocratie.

A. S. Lors de ces négociations, Alexis Tsipras a soulevé un point fondamental: l’avenir de l’Europe. Pour que cela fonctionne, il faut remettre le politique et la démocratie au cœur du projet. Nous devons tous porter cette revendication. La construction européenne doit remettre en cause la place laissée à la troïka, aux institutions dites indépendantes et à la finance. Que vient faire, par exemple, le FMI dans des négociations entre États européens ? Dans la zone euro, les États doivent pouvoir mener la politique économique et sociale qu’ils souhaitent. Sinon, nous allons vers encore plus d’autoritarisme. Une forte mobilisation populaire est nécessaire pour arriver à ces réformes et construire un nouveau projet. En ce moment, la plupart des pays ne soutiennent pas forcément la Grèce. Car plusieurs gouvernements sont clairement dominés par des intégristes libéraux. Au Portugal et en Espagne, la droite craint un effet domino de l’alternative que représente la Grèce.

HD. La France peut-elle jouer un rôle clé ?

A. S. L’évolution de l’opinion publique française est positive. Et je pense que la France peut jouer un rôle déterminant dans ce bras de fer entre la Grèce et ses créanciers. Une majorité de Français se prononcent contre le grexit. 10 ans après le « non », les défenseurs d’une autre Europe sont majoritaires. Forcément, Tsipras bénéficie d’un élan de sympathie de la part de l’opinion publique en France car il fait face à ce même bloc libéral, emmené par les institutions et les dirigeantseuropéens.

HD. Comment aider concrètement le peuple grec et son gouvernement à ne pas subir un coup de force ?

A. S. La semaine de mobilisations européennes doit se poursuivre.

Des initiatives publiques doivent être prises pour notamment informer sur la situation en Grèce. L’ offensive contre le gouvernement dirigé par Alexis Tsipras est largement relayée par les médias. Les gens ont clairement l’impression d’être désinformés. À nous de mener la bataille médiatique pour informer sur les réalisations du gouvernement grec, la nature des négociations, les contre­propositions. Il faut maintenir la pression sur les autorités françaises en mobilisant avec les réseaux sociaux, des pétitions, des initiatives symboliques, contre les institutions européennes.

« JUMELAGES, ENVOIS DE MÉDICAMENTS ET D’APPAREILS DE SOINS, RÉCOLTES FINANCIÈRES, ÉCHANGES CULTURELS, TOURISME SOCIAL... UNE SOLIDARITÉ SE MET EN MARCHE. »

Nous devons mener une campagne internationale de soutien aux côtés du gouvernement grec. Cette bataille doit être durable. Les élections régionales doivent aussi permettre de porter la question de la coopération avec des régions grecques. Mais nous devons aussi mener une campagne de solidarité concrète: jumelages de villes, collectes de médicaments et d’appareils médicaux, échanges culturels, récoltes financières, financements participatifs, tourisme social ... Cette solidarité se met en marche. Les fonds nous permettent aussi d’aider des associations, comme Solidarité pour tous, qui jouent un rôle social important en Grèce. Bien évidemment, pour que cette démarche soit victorieuse, c’est au gouvernement, aux associations et au peuple grec de nous dire aussi leurs besoins et leurs attentes. La santé est au cœur de leurs préoccupations. Car tout leur système de soin et de protection est ravagé. Ce qui explique une hausse des cas de syphilis et de tuberculose, mais aussi un recul de la lutte contre le cancer ou le sida. Des structures existent déjà, comme le collectif de solidarité France­Grèce (1).

(1) solidaritefrancogrecque. wordpress.com

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 05:38

Tyrannie européenne ?

PAR JACQUES SAPIR · 27 JUIN 2015

Alexis Tsipras avait décidé de convoquer un référendum le 5 juillet, demandant au peuple souverain de trancher dans le différent qui l’oppose aux créanciers de la Grèce. Il avait pris cette décision devant les menaces, les pressions, et les ultimatums auxquels il avait été confronté durant les derniers jours de la négociation avec ce que l’on appelle la « Troïka », soit la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ce faisant, et dans un geste que l’on peut qualifier de « gaullien », il avait délibérément renvoyé au domaine politique une négociation que les partenaires de la « Troïka » voulaient maintenir dans le domaine technique et comptable. Ce geste à provoqué une réaction de l’Eurogroupe d’une extrême gravité. Nous sommes en présence d’un véritable abus de pouvoir qui a été commis ce 27 juin dans l’après-midi, quand l’Eurogroupe a décidé de tenir une réunion sans la Grèce. Ce qui se joue désormais n’est plus seulement la question du devenir économique de la Grèce. C’est la question de l’Union européenne, et de la tyrannie de la Commission et du Conseil, qui est ouvertement posée.

La déclaration d’Alexis Tsipras

Le texte de la déclaration faite par Alexis Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision d’Etat grecque (ERT), est de ce point de vue extrêmement clair :

« Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. (…) Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité »[1].

Ce texte court, empli de gravité et de détermination, entrera vraisemblablement dans l’Histoire. Ce texte est prononcé par un homme jeune, qui a été confronté à la mauvaise fois, aux manipulations, à ce qu’il faut bien appeler toutes les bassesses de la politique, depuis 5 mois. Il dit aussi sa colère, froide et déterminée. Et c’est peut-être là l’échec principal de l’Eurogroupe et des institutions européennes : avoir transformé un partisan de l’Europe en un adversaire résolu des institutions européennes. Tsipras n’était pas il y a cinq mois de cela un opposant à l’idée européenne. Mais, la multiplication des humiliations, des tentatives de coup de force, l’ont obligé à réviser nombre de ses positions, qui pour certaines d’entre-elles relevaient de l’illusion. Tsipras et Varoufakis sont aujourd’hui sur une trajectoire de collision avec l’Eurogroupe et l’UE non pas de leur fait, mais de celui des « institutions européennes ». Ceci est d’une immense importance pour la suite.

Les leçons de la déclaration de Tsipras

On peut découvrir dans cette courte déclaration trois points importants.

Le premier est que le désaccord entre le gouvernement grec et ses partenaires a été d’emblée politique. La BCE et la Commission Européenne n’ont eu de cesse que de rechercher une capitulation du gouvernement grec, ce que Tsipras appelle «l’humiliation de tout un peuple ». Ce qu’a cherché l’Union européenne, par le biais de l’Eurogroupe, c’est à cautériser le précédent ouvert par l’élection de janvier 2015 en Grèce. Il s’agit de faire la démonstration non seulement en Grèce, mais ce qui est en fait bien plus important en Espagne, en Italie et en France, qu’on ne peut « sortir du cadre de l’austérité » tel qu’il a été organisé par les traités. Il faut ici se souvenir de la déclaration de Jean-Claude Juncker pour qui il ne peut y avoir de choix démocratique allant contre les traités.

Le deuxième point important de cette déclaration est que, pour la première fois un dirigeant légalement élu et en fonction déclare que les institutions européennes font des propositions qui, dans leur fond comme dans leur forme «violent absolument les acquis européens ». C’est une accusation très grave. Elle revient à dire que les institutions européennes qui sont censées être des garants de la démocratie agissent au contraire de celle-ci. Elle revient aussi à dire que ces mêmes institutions, dont la légitimité n’existe que par délégation de la légitimité des Etats membres ont des comportements qui violent la légitimité et la souveraineté de l’un des dits Etats membres. Cela revient donc à dire que les institutions de l’Union européennes se sont constituées en Tyrannus ab exercitio soit en un pouvoir qui, quoi qu’issu de procédures légitimes, se conduit néanmoins en Tyran. Cela revient à contester radicalement toute légitimité aux instances de l’Union européenne.

Le troisième point se déduit des deux premiers. Il est contenu dans la partie du texte qui dit : «Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec ». Il place désormais les enjeux non plus au niveau de la dette mais à celui des principes, de la démocratie comme de la souveraineté nationale. Et c’est en cela que l’on peut parler d’un véritable « moment gaullien » chez Alexis Tsipras. Si l’on veut pousser l’analogie historique jusqu’à son terme, alors que Paul Raynaud en 1940 ne soumet pas au Conseil des Ministres la question de faut-il continuer la guerre, Alexis Tsipras a osé poser la question de l’austérité et du référendum, et a reçu un soutien unanime, y compris des membres de l’ANEL, le petit parti souverainiste allié à SYRIZA. Il s’est ainsi réellement hissé à la stature d’un dirigeant historique de son pays.

La réaction de l’Eurogroupe, qui avait qualifié de nouvelle « triste » (sad) ce référendum[2], confirme bien les options antidémocratiques qui ont cours aujourd’hui au sein de l’Union européenne. Mais, cette réaction a elle-même était dépassée par une décision d’une importance réellement dramatique.

Le coup de force de l’Eurogroupe et la Tyrannie européenne

La réaction de l’Eurogroupe, qui se réunissait ce samedi à Bruxelles, a en effet consisté en un acte qui conjugue l’illégalité la plus criante avec la volonté d’imposer ses vues à un Etat souverain. En décidant de tenir une réunion en l’absence d’un représentant de l’Etat grec l’Eurogroupe vient de décider d’exclure de fait la Grèce de l’Euro. Ceci constitue à l’évidence un abus de pouvoir. Et il faut ici rappeler plusieurs points qui ne sont pas sans conséquences tant juridiquement que politiquement.

  1. Aucune procédure permettant d’exclure un pays de l’Union Economique et Monétaire (non réel de la « zone Euro ») n’existe actuellement. S’il peut y avoir une séparation, elle ne peut avoir lieu que d’un commun accord et à l’amiable.
  2. L’Eurogroupe n’a pas d’existence légale. Ce n’est qu’un « club » qui opère sous couvert de la Commission Européenne et du Conseil européen. Cela signifie que si l’Eurogroupe a commis un acte illégal – et il semble bien qu’il en soit ainsi – la responsabilité en incombe à ces deux institutions. Le gouvernement grec serait donc fondé d’attaquer la Commission et le Conseil à la fois devant la Cour Européenne de Justice mais aussi devant la Cour Internationale siégeant à La Haye. En effet, l’Union européenne est à la base une organisation internationale. On le constate par exemple dans le statut, et les exemptions fiscales, des fonctionnaires européens. Or, la règle dans toute organisation internationale est celle de l’unanimité. Le traité de Lisbonne a bien prévu des mécanismes de majorité qualifiée, mais ces mécanismes ne s’appliquent pas à l’Euro ni aux questions des relations fondamentales entre les Etats.
  3. Le coup de force, car il faut l’appeler par son nom, que vient de faire l’Eurogroupe ne concerne pas seulement la Grèce. D’autres pays membres de l’Union européenne, et l’on pense au Royaume-Uni ou à l’Autriche, pourraient eux-aussi attaquer devant la justice tant européenne qu’internationale la décision de fait prise par l’Eurogroupe. En effet, l’Union européenne repose sur des règles de droit qui s’appliquent à tous. Toute décision de violer ces règles contre un pays particulier constitue une menace pour l’ensemble des membres de l’Union européenne.
  4. Il faut donc ici être clair. La décision prise par l’Eurogroupe pourrait bien signifier, à terme, la mort de l’Union européenne. Soit les dirigeants européens, mesurant l’abus de pouvoir qui vient d’être commis, se décident à l’annuler soit, s’ils persévèrent dans cette direction ils doivent s’attendre à une insurrection des peuples mais aussi des gouvernants de certains Etats contre l’Union européenne. On voit ainsi mal comment des Etats qui ont juste recouvré leur souveraineté, comme la Hongrie, la République Tchèque ou la Slovaquie, vont accepter de telles pratiques.

Il est alors symptomatique que la crise induite par un pays ne représentant pas plus de 2% du PIB de l’UE ait pris cette tournure. En fait, cela révèle au grand jour la nature fondamentalement antidémocratique des institutions de l’UE et le fait que cette dernière soit en train de se constituer en Tyrannie.

Le spectre de la démocratie dans les couloirs de Bruxelles

On ne peut, et on ne doit, préjuger du résultat de ce référendum. Il est même possible que, devenu sans objet, il ne se tienne pas. Mais on doit souligner qu’il représente le retour de la démocratie dans un espace européen dont elle était absente. De ce point de vue, l’initiative prise par Alexis Tsipras représentait la dernière chance d’introduire de la démocratie dans le système européen.

Il est aussi probable que les partis d’opposition, que ce soitNouvelle Démocratie ainsi que le Parti de centre-gauche La Rivière (To Potami) protestent et cherchent à empêcher par divers recours légaux ce référendum d’avoir lieu. On ne peut plus exclure le fait que ces partis, avec l’aide des nervis fascistes d’Aube Dorée, ne tentent de déstabiliser le gouvernement grec. Ces réactions sont exemplaires des comportements antidémocratiques qui s’épanouissent aujourd’hui en Europe. Ils apportent de l’eau au moulin d’Alexis Tsipras. On sent comment les acteurs européistes de ce drame sont aujourd’hui terrorisés par le spectre de la démocratie.

En France même, on ressent très distinctement le malaise que provoque l’initiative d’Alexis Tsipras. Que ce soit au Parti Socialistes ou chez les « Républicains », on ne peut ouvertement s’opposer à une telle décision sans contredire immédiatement et brutalement tous les discours qui ont été tenu sur la démocratie. Mais, en réalité, le référendum grec fait planer le spectre d’un autre référendum, celui de 2005 sur le projet de traité constitutionnel en Europe. La manière dont la classe politique française, dans sa large majorité, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, de l’UMP au PS, avait été désavouée par la victoire du « Non », mais avait fait passer en contrebande à peu de choses près le même texte lors du Traité de Lisbonne qui fut ratifié par le Congrès à Versailles, est l’un des épisodes les plus honteux et les plus infamants de la vie politique française. Les acteurs de cette tragique mascarade sont toujours parmi nous. Il y a une continuité de projet, si ce n’est une continuité d’action, entre la décision de ne pas respecter un vote, celui des électeurs français mais aussi néerlandais, et le coup de force inouï de l’exclusion de la Grèce de l’Eurogroupe.

Tsipras ne doit ainsi pas s’attendre à un quelconque soutien de la part de François Hollande, renvoyé sans ménagement à sa propre médiocrité et à ses basses compromissions, ni de celle d’Angela Merkel dont la politique est la véritable cause de cette crise. Mais il peut s’attendre au soutien de tous ceux qui, en Europe, se battent pour la démocratie et la souveraineté.

[1] Traduction de Vassiliki Papadaki, sur le site de SYRIZA-France, http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-la-choix-au-peuple-souverain-referendum/

[2] Déclaration du Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, samedi 27 juin,http://www.france24.com/en/20150627-eurogroup-says-sad-greece-referendum-closes-door-talks?ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_source=twitter&ns_mchannel=social&ns_linkname=editorial&aef_campaign_ref=partage_aef&aef_campaign_date=2015-06-27&dlvrit=66745

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 05:43

ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE A. TSIPRAS AU PEUPLE GREC. LA CHOIX AU PEUPLE SOUVERAIN .#RÉFÉRENDUM

Publié le juin 27, 2015 par VangelisGoulas

 

"Nous avons livré un combat dans des conditions d’asphyxie financière inouïes pour aboutir à un accord viable qui mènerait à terme le mandat que nous avons reçu du peuple. Or on nous a demandé d’appliquer les politiques mémorandaires comme l’avaient fait nos prédecesseurs. Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. L’objectif aujourd’hui est de mettre fin à la crise grecque de la dette publique. Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité.
La question qui sera posée au référendum dimanche prochain sera de savoir si nous acceptons ou rejetons la proposition des institutions européennes. Je demanderai une prolongation du programme de quelques jours afin que le peuple grec prenne sa décision.

Je vous invite à prendre cette décision souverainement et avec la fierté que nous enseigne l’histoire de la Grèce. La Grèce, qui a vu naître la démocratie, doit envoyer un message de démocratie retentissant. Je m’engage à en respecter le résultat quel qu’il soit. La Grèce est et restera une partie indissoluble de l’Europe. Mais une Europe sans démocratie est une Europe qui a perdu sa boussole. L’Europe est la maison commune de nos peuples, une maison qui n’a ni propriétaires ni locataires. La Grèce est une partie indissoluble de l’Europe, et je vous invite toutes et tous à prendre, dans un même élan national, les décisions qui concernent notre peuple."

Traduction:Vassiliki Papadaki

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 05:27

~~ Appel au Président de la République « La place de la France est aux côtés du peuple grec » Monsieur le Président de la République, La crise grecque s'exacerbe de façon alarmante. Chaque jour qui passe peut, soit nous rapprocher d'un accord utile à toute l'Europe, soit d'une rupture dont personne ne peut prévoir les conséquences. L'intransigeance des principaux dirigeants européens peut nous conduire alors au bord de l'abîme. Il est aussi vital que pressant de sortir de ce piège. Le moment est crucial. La responsabilité de chaque acteur concerné est directement engagée. Il serait sordide -et au demeurant parfaitement vain- d'escompter une capitulation du gouvernement grec. La fidélité de celui-ci au mandat que lui a confié son peuple n'est pas un défaut mais un exemple à suivre. S'il refuse la compromission, il s'est, en revanche, montré prêt au compromis. Une solution à la fois digne et réaliste est donc à portée de la main. Le moment ultime est venu pour la concrétiser. C'est dans ce contexte que nous vous lançons un appel solennel : la France ne peut, dans un tel moment, apparaître inerte sinon suiviste des puissants. Son message ne peut se réduire à un rappel docile des "règles" à respecter quand la maison brûle. D'autant que ces règles sont aujourd'hui massivement récusées par les peuples et reconnues contre-productives par nombre de leurs anciens protagonistes eux-mêmes. Aujourd'hui, alors que la crise de confiance entre les citoyens et les institutions européennes est à son comble, c'est en se montrant capable d'entendre l'exigence de justice, de dignité et de souveraineté d'un peuple debout qu'un pays comme le nôtre sert la cause européenne bien comprise. A l'inverse, qui humilie la Grèce obère l'avenir de la construction européenne. Car le refus de l'austérité et l'aspiration démocratique sont aujourd'hui en Europe les attentes les plus partagées. C'est pourquoi nous attendons de vous, que vous preniez une initiative politique de nature à débloquer les négociations entre l'"Eurogroup" et les autorités grecques. Nous n'évoquerons pas ici les transformations profondes à promouvoir en Europe qui font débat entre nous. L'acte urgent que nous vous demandons d'accomplir est de refuser de participer à la stratégie d'isolement de la Grèce, concernant en particulier le chantage financier et la nature des "réformes" exigées du gouvernement et du Parlement de ce pays. Apportez un soutien explicite aux mesures saines prises par les autorités grecques, telles que celles qui s'attaquent à la crise humanitaire en Grèce, ou qui permettent enfin de lutter contre l'évasion fiscale. Désolidarisez-vous en revanche nettement des exigences insoutenables de l'"Eurogroup" en matière de dérégulation du marché du travail, de révision du système des retraites ou de privatisations. Acceptez enfin le principe d'une renégociation de la dette grecque, dont une large part est notoirement illégitime. Cette situation est sans précédent dans l'Union européenne. La France doit prendre la place qui est la sienne dans l'Histoire, celle-ci est aux côtés du peuple grec et de son gouvernement. Signataires : Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, président du PGE Dominique Adenot, PCF, président de l'ANECR, maire de Champigny, Pouria Amirshahi, député PS François Asensi, député de Seine St Denis GDR, maire de Tremblay en France Eliane Assassi, Présidente du groupe CRC au Sénat Isabelle Attard, députée Nouvelle Donne Clémentine Autain, porte parole d'Ensemble Marinette Bache, Conseillère de Paris, RetS, Guillaume Balas, député européen PS Julien Bayou, porte parole EELV Martine Billard, Bureau national du PG Michel Billout, Sénateur CRC Frédéric Boccara, économiste Eric Bocquet, Sénateur CRC Jean-François Bolzinger, syndicaliste Marie George Buffet, députée GDR Fanelie Carrey-Conte, députée PS André Chassaigne, Président du groupe GDR, Laurence Cohen, Sénatrice CRC Eric Coquerel, coordinateur général du PG Catherine Coutard, Vice présidente du MRC Thomas Coutrot, Mouvement associatif, Karima Delli, députée europénne EELV Michèle Demessine, Sénatrice CRC Bernard Devert, syndicaliste Jean Pierre Dubois, militant associatif Marc Dolez, député GDR Hervé Falciani, lanceur d'alerte Bastien Faudot, SN et porte-parole du MRC Jean Pierre Fourré, Vice président honoraire Assemblée nationale, Ret S Jacqueline Fraysse, Députée GDR Elisabeth Gauthier, réseau Transform ! Europe Liem Hoang Ngoc, socialiste affligé Frédéric Hocquart, conseiller PS de Paris Nordine Idir, secrétaire général Jeunes communistes Lucien Jallamion, Secrétaire Général République et Socialisme Michel Jallamion, Convergences des Services Publics Eva Joly, députée européenne EELV Pierre Khalfa, Co-président Fondation Copernic Pierre Larrouturou, Nouvelle Donne Jean Luc Laurent, député, maire de Kremlin Bicètre, Président du MRC, Marie-Noelle Lienemann, Sénatrice PS Patrick Le Hyaric, député européen GUE-NGL, directeur de l'Humanité Emmanuel Maurel, député européen PS Gus Massiah, mouvement social Jean Luc Mélenchon, député européen GUE-NGL Alain Obadia, PCF, Président fondation Gabriel Péri Younous Omarjee, député européen GUE-NGL Christian Picquet, Gauche Unitaire Barbara Romagnan, députée PS Sandrine Rousseau, porte-parole EELV Anne Sabourin, PCF - Coordinatrice Forum européen des Alternatives Lydia Samarbakhsh, PCF, responsable International Nicolas Sansu, député GDR, maire de Vierzon Laura Slimani, Présidente MJS, présidente jeunes socialistes européens Aurélie Trouvé, militante associative Marie-Christine Vergiat, députée européenne GUE-NGL Francis Wurtz, PCF, député européen honoraire

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 07:58

Mardi, 23 Juin, 2015 Humanite.fr

Les chefs d’Etats de la zone Euro étaient réunis ce lundi soir à Bruxelles pour tenter, une énième fois, de trouver un accord permettant le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide financière destinée à la Grèce et garantissant l’avenir européen du pays. Confrontée à une situation d’une gravité inédite, la Grèce fait face à d’importantes échéances de remboursement à l’adresse du FMI. Un accord avant le 30 juin apparait indispensable pour éviter un défaut de paiement qui plongerait le peuple grec dans une nouvelle vague de souffrances. Depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza en janvier dernier, les « institutions » et le Gouvernement grec se livrent à une véritable partie d’échec qui met à mal l’avenir d’une Europe aujourd’hui en panne de solidarité et d’entente mutuelle. Les créanciers jouent de manière irresponsable la carte de l’asphyxie financière du pays et exigent de nouvelles mesures d’austérité, inacceptables pour un peuple qui n’en peut plus. Cette intransigeance, dont l’objectif est aussi de prouver aux autres peuples qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité, ainsi que ce chantage à la faillite ne sont plus acceptables. L’austérité doit cesser de toute urgence. Les dégâts de cinq ans de politique récessive sont connus : richesses nationales exsangues, chômage endémique, pauvreté alarmante, et endettement en hausse. La situation exige en réalité des mesures d’une toute autre nature : c’est bien à une restructuration, voire à une annulation d’une partie substantielle de la dette grecque qu’il convient d’opérer. La Commission sur « la vérité de la dette grecque » vient d’ailleurs de rendre ses premières conclusions. Il apparait qu’une partie de la dette grecque est illégale et illégitime. Les plans d’aide « concoctés » par les « institutions » n’avaient pas pour objectif principal d’aider le peuple grec mais de sauver avant tout les banques étrangères, notamment françaises et allemandes. L’Europe est aujourd’hui à un tournant et les décideurs européens doivent prendre toutes leurs responsabilités. La position défendue par les créanciers est particulièrement contradictoire : affichant leur volonté de voir la Grèce rester dans la zone euro, ils font tout pour que le contraire advienne. Dans ces négociations, le rôle de la France doit être clair : elle ne peut, dans un tel moment, apparaître inerte sinon suiviste des puissants, comme nous le clamions, aux côtés d’autres personnalités, dans une tribune parue vendredi dernier dans Libération et adressée au Président de la République. Nous tenons à réaffirmer tout notre soutien au combat mené par le Gouvernement grec, qui est parvenu à redonner un peu de dignité à un peuple dont les droits les plus élémentaires ont été bafoués. L’Europe doit aujourd’hui cesser d’être le gendarme de l’austérité et la gardienne des intérêts de l’oligarchie financière.

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 18:14
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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 09:41

RÉSOLUTION DU COMITÉ CENTRAL DE SYRIZA : POUR LA VICTOIRE DE L’ESPOIR EN GRÈCE ET EN EUROPE

Publié le mai 27, 2015 par VangelisGoulas

24/05/2015
Résolution du Comité Central de SYRIZA

Depuis le 25 Janvier, le gouvernement mène avec constance et ténacité un combat politique singulier. Un combat pour la sortie définitive du pays du bourbier mémorandaire ; pour réconforter ceux qui ont du mal à survivre à cause des politiques menées pendant les cinq dernières années; pour relancer l’économie sur la voie d’un développement durable et socialement équitable; pour mettre fin au cercle vicieux de la dette et l’austérité.

Une combat pour faire naître l’espoir non seulement en Grèce mais partout en Europe. Parce que la confrontation avec les forces conservatrices qui insistent sur les politiques d’austérité en faillite, est un combat pan-européen. De son aboutissement ne dépend pas seulement l’avenir de la Grèce. C’est pour cela que tout est mis en œuvre pour faire avorter l’espoir représenté par SYRIZA et le gouvernement du salut social. C’est pour cela que nous sommes la cible des attaques de l’ Alliance sacrée – internationale et nationale – de l’austérité. Voilà pourquoi le combat que nous livrons est d’une importance historique pour l’avenir de l’Europe.

Tout au long de son parcours SYRIZA soulignait que la lutte contre la Sainte-Alliance de l’austérité ne sera pas sans embûches. Nous avions prévu qu’il serait long et rude notre combat. Malheureusement, les faits ont vérifié nos prévisions. Mais la gauche est résistante et promise aux victoires difficiles.

SYRIZA a par ailleurs toujours insisté sur sa singularité par rapport aux autres partis. Nous avons dit que nous sommes le parti qui défend les intérêts populaires d’aujourd’hui et les valeurs intemporelles de la Gauche. Et depuis quatre mois, nous prouvons chaque jour notre lien indissoluble avec le désir populaire pour la justice et la dignité. Depuis quatre mois, nous refusons les ultimatums insolents. Nous résistons à la tentative d’étranglement de l’économie et de la société. Nous bravons délibérément la campagne internationale de calomnie contre nous. Nous fermons les oreilles aux sirènes du ralliement et de la subordination.

Depuis quatre mois, jour après jour, nous défendons avec insistance les lignes rouges définies par le peuple lui-même le 25 Janvier. Le gouvernement ne signera aucun accord mémorandaire.

Le fait que nous rejetons les ultimatums ne signifie pas pour autant que nous ne cherchons pas une solution mutuellement bénéfique. Pendant tout ce temps, nous avons fait tous les efforts possibles pour sortir de l’impasse. La patience et l’ouverture d’esprit que nous avons démontrées ne doivent pas être interprétées comme une expression de faiblesse ou d’assimilation des conceptions prévalentes. Il s’agit plutôt d’ un acte de responsabilité envers la société grecque et les autres peuples de l’Europe.

Nous avons cherché et continuons de chercher un accord qui permettra la sortie du cercle vicieux de : « dette -austérité – augmentation de la dette ». Nous avons cherché et nous continuons de chercher un accord qui permettra de renforcer la cohésion des peuples européens. Et nous dénonçons tous ces défenseurs zélés de l’austérité qui minent le processus de négociation qui par leurs attitudes intransigeantes et par leurs tentatives d’ étranglement de l’économie grecque détruisent aussi la cohésion des peuples européens. Ceux qui croient qu’ils pourront ainsi humilier la Grèce jouent avec le feu.

Le difficile compromis du 20 Février a enregistré une partie importante de nos positions et a permis au gouvernement d’éviter le piège mortel tendu par des cercles internationaux et nationaux. Ainsi les actions sournoises mises en place par certains pour miner cet accord sont facilement compréhensibles. Dès le lendemain du 20 Février tous les moyens ont été mis en œuvre pour annuler insidieusement les points clés de l’accord du 20 Février et réintroduire progressivement la condition de la cinquième évaluation – prévue par le deuxième mémorandum – comme point de référence pour l’avancement de la négociation. Ce glissement vers la réhabilitation de la 5ème évaluation n’a pas été et ne peut pas être accepté par la partie grecque.

Malgré les tentatives de certains cercles de créanciers de miner l’accord du 20 Février, le gouvernement grec a agi en conformité de ses règles. En outre, alors que le gouvernement a activement démontré son engagement politique pour honorer les obligations internationales et internes du pays, l’économie grecque a été mise en épreuve et le pays subit un étranglement financier sans précédent dicté par des intentions politiques manifestes. Si l’asphyxie économique imposée se poursuit et nous sommes confrontés à une situation limite, il est évident que la priorité sera mise sur le paiement des salaires et des retraites et non pas sur les remboursements des prêts. Les gens sont au dessus de la dette.

Cependant, l’adversaire ne se trouve pas seulement à l’extérieur mais il se trouve aussi entre les murs. C’est cette oligarchie qui a été favorisée et renforcée les 25 dernières années, et elle a vu sa puissance s’envoler avec les politiques mémorandaires de l’extrême austérité et de déréglementation du marché du travail. C’est sur le résultat de ce duel par ailleurs que seront jugés à la fois le nouveau gouvernement et SYRIZA. Notre combat vise à promouvoir un modèle social et économique radicalement différent, fondé sur la redistribution des richesses, sur la promotion de l’égalité, sur la solidarité, sur le respect de la propriété publique, sur le soutien des biens publics, du travail salarié, du respect de l’environnement. C’est pour cela que certains s’y opposent farouchement.

Le réseau des oligarques a depuis quelque temps quitté le masque d’ impartialité et il a opté pour une confrontation directe avec le gouvernement sans intermédiaires politiques cette fois et sans faux semblants. Ce n’est pas un hasard si nous sommes la cible des attaques quotidiennes des médias impliqués depuis toujours dans le système de la collusion d’intérêts privés et politiques.

Cependant, SYRIZA a déjà démontré dans le passé et le démontre encore aujourd’hui dans la pratique qu’il ne se laisse pas intimider par la propagande grise. Parce qu’il a confiance au jugement du peuple grec. E les oligarques doivent enfin comprendre: Il est temps de mettre la main dans la poche. Il est temps de payer des impôts, de rembourser leurs prêts aux banques, de payer les fréquences de télévision, de remplir leurs obligations financières selon la loi et comme le reste de la population. Il est temps de payer ce qui n’a pas été payé depuis bien longtemps. Malgré la propagande grise qui se déchaîne contre nous, nous imposerons la justice quoi qu’il en soit. Nous avons devant nous quatre ans moins quatre mois pour le faire.

Et alors que nous abordons la dernière ligne droite des négociations, nous soulignons nos exigences spécifiques pour un compromis acceptable par nous :

A) des excédents primaires faibles,
B) aucune nouvelle baisse des salaires et des pensions,
C) restructuration de la dette,
D) paquet soutenu pour des investissements publics, notamment dans les infrastructures et les nouvelles technologies.

En outre, la restauration des conventions collectives et l’augmentation progressive de salaire à 751 euros constituent une condition sine qua non. L’exigence que tout changement de la politique fiscale doit contribuer au progrès de la justice sociale en réduisant les charges pour les revenus faibles et en enrayant la fraude fiscale des hauts revenus et des grosses fortunes est tout aussi nécessaire.

Le Comité central estime que l’adoption des initiatives législatives telles que l’adoption immédiate des projets de loi pour le rétablissement des négociations collectives et l’abolition de la clause du déficit zéro enverra un signal politique fort dans toutes les directions et renforcera la position du gouvernement.

Le travail législatif du gouvernement accompli jusqu’ici constitue la meilleure preuve de ses objectifs pour la négociation. Et même entravé par l’asphyxie financière qui a été imposée le gouvernement avance fermement dans la mise en œuvre du Programme de Thessalonique.

Nous rappelons :

  1. Le programme adopté pour faire face à la crise humanitaire et couvre les besoins d’alimentation-du logement-de l’accès à l’électricité, de la couverture sociale, et la suppression du « ticket d’entrée » de 5 euros pour les hôpitaux

  2. La première étape de relance de l’économie par la régularisation – très réussie – des dettes envers l’État et les Caisses d’assurance en 100 versements .

  3. La réintégration de 4500 fonctionnaires (femmes de ménage, gardiens scolaires, enseignants, etc.) qui avaient été illégalement licenciés par les gouvernements mémorandaires.

  4. La suspension de la clause du déficit zéro dont l’ application se traduirait par une réduction de 15% des pensions complémentaires en 2015, et aussi la suspension des réformes mémorandaires qui prévoyaient de nouvelles réductions des retraites et la limitation des bénéficiaires de l’allocation de solidarité aux retraités.

  5. Le recrutement des personnels hospitaliers qui donnera un nouveau souffle au Système national de santé.
  6. Le début du rétablissement des libertés démocratiques avec la reconstitution de l’ERT [audiovisuel public], la réforme humanitaire du système pénitentiaire, l’attribution de la nationalité grecque aux enfants d’origine immigrée nés sur le sol grec, le rétablissement de l’heure du premier ministre au Parlement et de l’information régulière des journalistes par le porte-parole du gouvernement.

  7. Redressement des torts causés à l’État par l’ancien système de collusion des intérêts privés et politiques et par la cupidité de quelques oligarques avec la taxation des transactions triangulaires, la vérification de toutes les listes des fraudes fiscales, l’imposition des chaînes de télévision, la réglementation du paysage audiovisuel.

  8. La réintroduction des normes de légalité dans le football professionnel.

  9. Les premiers changements progressifs dans le système éducatif.

  10. Le choix d’une politique étrangère multidimensionnelle en faveur de la paix et de la stimulation de l’économie.

Nous devons également mentionner la mise en place par le Parlement des Commissions :pour les réparations allemandes, sur les conditions d’introduction des mémorandums, d’audit de la dette publique, des institutions et de la transparence.

En quatre mois beaucoup de choses ont été faites et nous pouvons faire encore plus si nous gagnons la bataille de la négociation. Mais malgré le travail important accompli par le gouvernement, nous ne devons pas passer sous silence que des erreurs importantes d’appréciation ont été commises concernant certains choix politiques, des personnes et des arguments rhétoriques qui ont créé des interrogations tant au niveau du parti qu’au niveau des groupes sociaux qui nous soutiennent.

Le gouvernement doit procéder à la démocratisation de l’appareil étatique en abordant avec détermination les problèmes liés aux structures et aux enclaves du système mémorandaire précédent, donnant un autre exemple de gouvernance par la gauche. Les options du gouvernement doivent inspirer la société et les mouvements. Compte tenu des grandes difficultés qui nous attendent, il est nécessaire de renforcer les liens entre le gouvernement avec le parti et le groupe parlementaire.

Le gouvernement qui mène actuellement un combat historique a trois principaux alliés:

Le premier est notre parti. SYRIZA n’est pas seulement la synthèse de l’expression politique des travailleurs, des jeunes et des mouvements. Dans ce contexte particulier, il est à la fois le dépositaire du programme et des valeurs de la gauche, le bouclier du gouvernement contre les attaques abjectes dont il fait l’objet, et le veilleur prompt qui signale rapidement les excès et les dérives pour redresser immédiatement les torts.

Le rôle du parti est en effet plus important que jamais. Il est donc nécessaire d’accélérer les procédures de réorganisation qui ont déjà commencé. Les jours suivants les organisations des membres doivent discuter de la décision du Comité Central et du cours de la négociation. En même temps, les membres du parti doivent travailler intensivement pour organiser la mobilisation populaire contre le chantage exercé au gouvernement.

Le second allié du gouvernement est la solidarité internationale. Des mouvements, des syndicats, des partis progressistes, des intellectuels et des citoyens ordinaires d’Europe et du monde entier ont exprimé leur soutien sans réserve à notre juste lutte. Ils comprennent que la bataille que nous donnons ne concerne pas seulement la défense du droit inaliénable de notre peuple à déterminer lui-même son avenir, mais aussi la perspective d’une autre Europe sans mémorandums, sans la Troïka et l’austérité. Le Comité Central de SYRIZA salue la solidarité internationale et demande à tous les amis du peuple grec de renforcer leur mobilisation. Nous avons besoin que leurs voix se fassent entendre plus fort que jamais.

La troisième et plus décisif allié du gouvernement est le peuple lui-même. Face aux intérêts organisés, à la Sainte-Alliance de l’austérité, au pouvoir de la richesse, à la corruption et aux oligarques, le gouvernement compte sur le soutien actif de la grande majorité des citoyens. De la majorité citoyenne qui reconnaît dans ce gouvernement du salut social un gouvernement par le peuple, avec le peuple et pour le peuple. De la grande majorité qui réclame la fin de l’austérité et une nouvelle voie pour le pays. De la grande majorité qui rejette les ultimatums arrogants et demande au gouvernement de ne pas reculer et de défendre ses lignes rouges. De la grande majorité qui malgré les difficultés garde un esprit combatif. De la majorité qui est prête à descendre dans la rue pour réclamer le droit inaliénable à la dignité et à la justice.

Pour la victoire de l’espoir en Grèce et en Europe !

Αthènes (24/5/2015)

Traduction:Vassiliki Papadaki

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Published by bruno fornaciari - dans INTERNATIONAL grece EUROPE
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 02:24

Cuba : "La France doit agir pour la levée immédiate du Blocus qui frappe Cuba"

La visite du président de la République François Hollande à Cuba marque un moment fort, un geste politique de grande importance dans les relations entre la France et Cuba. Elle ouvre un large éventail de possibilités de coopération dans des domaines différents.

Cette coopération, qui concerne les échanges universitaires, le domaine scientifique et de la recherche et la possibilité d'investissements, peut sur le plan politique se traduire par des convergences nouvelles avec Cuba et avec les pays de l'Amérique latine.

La sécurité internationale, la lutte contre les inégalités, le développement durable et le changement climatique ont été mentionnés par François Hollande comme champs possibles de travail commun. Une telle convergence implique de renoncer au recours à la force et de favoriser la résolution politique et diplomatique des conflits, ainsi qu'une action déterminée en faveur de la justice sociale et de la protection de la planète ainsi que la reconnaissance des responsabilités des grandes puissances industrialisées.

Cette visite aurait malgré tout pu avoir une portée bien plus importante si elle avait eu lieu avant le 17 décembre, date de l'annonce de la reprise des relations entre Cuba et les États-Unis.

La France aurait pu ainsi montrer son attachement à l'indépendance et au respect du modèle choisi par Cuba que le président français met en valeur aujourd'hui.

François Hollande a fait à La Havane une promesse : celle de faire de la France une « alliée fidèle » de Cuba. C'est une promesse qu'il peut honorer en agissant maintenant avec détermination en faveur de la levée immédiate effective du blocus qui frappe Cuba depuis un demi-siècle – position prise par la France depuis 1992.

François Hollande va t-il honorer cette promesse ou la France va-t-elle accommoder sa conduite en fonction de son principal allié, les États-Unis comme elle l'a fait devant les sanctions imposées par Washington contre la Banque BNP-Paribas pour ses liens d'affaires avec Cuba. Dans cette affaire, qui date de moins d'un an, la banque française a accepté de payer plus de 6 milliards d'euros de pénalités sans la moindre protestation des autorités françaises.

La position commune adoptée par l'UE en 1996 qui conditionne toute coopération avec Cuba reste en vigueur encore aujourd'hui malgré la volonté de la France d'instaurer un dialogue politique et de coopération entre Cuba et l'Union européenne.

Le Président de la République doit exiger l'annulation de cette mesure anachronique qui nuit aux bonnes relations avec Cuba.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 16:10
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BRUNO FORNACIARI

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