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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 20:13

Assassinat à Moscou

1 mars 2015

Il est aujourd’hui prématuré de vouloir désigner un coupable dans l’assassinat de Boris Nemtsov, mais au vu de l’émotion que cet acte odieux a provoqué, on peut néanmoins poser un certain nombre de questions. Ayant connu personnellement Nemtsov au début des années 1990, quand il fut élu maire de Nijni-Novgorod, puis l’ayant rencontré à plusieurs reprises jusqu’à son entrée au gouvernement, j’ai été ému, comme bien d’autres.

Je n’oublie pas non plus que le ralliement de Nemtsov aux idées libérales qui avaient cours en Russie à cette époque en fit un des responsables (même s’il ne fut pas, et de loin, le principal responsable) de la détestable politique économique qui conduisit le pays à la ruine et sa population à la misère, jusqu’à la crise financière de 1998. A partir de 2004, et de la « révolution orange » en Ukraine, il s’était rapproché de l’équipe de Victor Ioutchenko et des « pro-occidentaux » en Ukraine, au point de devenir un éphémère conseiller du gouvernement ukrainien. Son opposition à Poutine l’avait conduit à fréquenter les milieux oligarchiques et des gens étranges à Kiev. Plus récemment, il avait pris fait et cause pour le mouvement dit « de Maïdan » et il critiquait la position du gouvernement russe à propos de la crise ukrainienne.

Son opposition systématique à Vladimir Poutine l’avait marginalisé et il était bien moins connu que d’autres figures de l’opposition comme Zyuganov (le dirigeant du Parti Communiste de Russie ou KPRF), Alexeï Koudrine, l’ancien ministre des finances, ou même Navalny. Aux dernières élections son micro-parti avait eu moins de 1% des suffrages et, de fait, n’avait aucun poids. Il n’était donc nullement « la » principale figure de l’opposition à Vladimir Poutine comme on cherche à le présenter en France et aux Etats-Unis, mais, en dépit de son jeune âge (il avait 55 ans) il était en fait un « homme du passé ». Il faut avoir ces éléments en tête quand on réfléchit à « qui aurait eu intérêt à tuer Nemtsov ».

Un meurtre mis en scène ?

Les premières questions qui viennent à l’esprit concernent le scénario de son assassinat. On sait qu’il avait diné avec un mannequin ukrainien au restaurant qui se trouve dans l’enceinte du GOUM, dont une des sorties donne sur la Place Rouge. A partir de là, les choses semblent avoir été les suivantes :

  1. Nemtsov et son amie sont sortis à pieds du restaurant, sont passés devant l’église de Basile le Bienheureux et ont pris le grand pont qui traverse la Moskova. Vu l’heure (entre 23h et 24h) et la saison, il n’y avait pas grand monde sur le pont.
  2. Nemtsov a été tué par un tireur qui était dans une voiture, suivant Nemtsov vraisemblablement, et qui a tiré 8 ( ?) balles dont 4 ont fait mouche dans le dos de Nemtsov. L’arme utilisé semble avoir été un pistolet automatique de type Makarov.
  3. La compagne de Nemtsov n’a pas été touchée dans le tir.

Ceci soulève plusieurs questions. Un tir depuis une voiture en mouvement implique que l’on ait parfaitement identifié la « cible » et surtout que l’on connaisse son parcours. Cela implique aussi un degré d’expertise dans le maniement des armes qui n’est compatible qu’avec le meurtre par « contrat ». Le risque de manquer la « cible » ou de ne lui infliger que des blessures non mortelles est élevé. De ce point de vue on peut se demander pourquoi ne pas attendre que Nemtsov soit rentré chez lui ? Le mode classique de l’assassinat par « contrat » se fait dans un lieu où l’on est sûr de trouver la victime, la cage d’escalier de son appartement ou quand la personne sort d’un restaurant en règle générale. Or, ce n’est pas ce qui a été fait. Le choix du lieu du crime pourrait impliquer une intention démonstrative. Comme celle d’impliquer Vladimir Poutine dans ce meurtre ? En tous les cas il est évident que les assassins ont pris des risques qui semblent indiquer une intention politique. Tout ceci fait penser à une mise en scène.

Les conditions techniques du meurtre.

On peut certes comprendre que les assassins ne tirent pas sur Nemtsov à sa sortie du restaurant. C’est un lieu où il y a toujours du monde et qui est très surveillé. Mais, le modus operandi soulève lui aussi plusieurs questions.

  1. Comment les assassins pouvaient-ils être sûrs du trajet qu’allaient suivre Nemtsov et sa compagne ? Si un fort degré de certitude existait, cela pouvait permettre aux tueurs effectivement d’intervenir sur le pont au moment voulu. Mais, si aucune certitude n’existait, comment pouvaient-ils être sûrs que Nemtsov serait, au moment voulu, sur le pont. On voit que cela impliquait un niveau d’organisation important.
  2. La voiture, une Lada blanche, ne pouvait en effet circuler sur la Place Rouge. Nemtsov n’a donc pas pu être suivi par les tueurs de sa sortie du restaurant jusqu’au moment ou il rejoint la voie routière. Pendant plusieurs centaines de mètres la voiture ne peut suivre ni précéder Nemtsov. Elle a donc dûintercepter la trajectoire du couple. Cela implique très probablement un ou plusieurs complices qui suivent Nemtsov et qui indiquent (par téléphone mobile ?) aux futurs tueurs la situation de Nemtsov et de sa compagne. Mais, on peut aussi penser à une autre hypothèse, qui est techniquement possible. Ainsi, une balise aurait pu être emportée à son insu (ou volontairement ?) par Nemtsov ou la jeune femme, qui aurait donné à la voiture des tueurs la position et le déplacement exact du couple.
  3. La différence de vitesse entre des piétons et une voiture implique de plus une synchronisation parfaite pour que la voiture vienne à la hauteur de Nemtsov quand ce dernier est sur le pont. Ici encore, ceci est compatible tant avec l’hypothèse de complices qu’avec celle d’une balise.

On le voit, sauf si pour une raison ou une autre les tueurs savaient parfaitement quelle était la destination de Nemtsov et de la jeune femme, le meurtre impliquait une organisation sophistiquée, impliquant soit des complices (certainement un pour indiquer le moment de sortie du restaurant et un autre pour indiquer le moment où Nemtsov et sa compagne se sont engagés sur le pont) soit des moyens électroniques de surveillance et de localisation (une balise). Ceci explique pourquoi la justice russe a tout de suite privilégié l’hypothèse d’un meurtre organisé.

Quelles hypothèses ?

La presse, en France et dans les pays occidentaux, privilégie l’hypothèse d’un meurtre soit commandité par le Kremlin, soit par des mouvements nationalistes proches du Kremlin. Disons tout de suite que la première hypothèse n’est pas cohérente avec le lieu du crime. De plus, on voit mal quel intérêt aurait le gouvernement russe à faire assassiner un opposant, certes connu, mais désormais tombé à l’arrière-plan politique. Quand Vladimir Peskov, porte-parole du Président Poutine dit que Nemtsov ne représentait aucun danger, aucune menace, pour le pouvoir, c’est parfaitement exact. Si, à travers l’assassinat de Nemtsov on cherchait à terroriser les autres opposants, il aurait été plus simple de le tuer chez lui. L’hypothèse d’une implication, directe ou indirecte, du gouvernement russe apparaît donc comme très peu probable.

Une autre hypothèse, privilégiée par l’opposition russe, est que le crime aurait été commis par une fraction extrémiste, proche mais non directement reliée, au pouvoir russe. Effectivement, des groupes extrémistes ont menacé divers opposants, dont Nemtsov. Ces groupes reprochent d’ailleurs à Vladimir Poutine sa « tiédeur » dans le soutien aux insurgés du Donbass, et alimentent en volontaires l’insurrection. Il est parfaitement possible de trouver dans les rangs de ces mouvements des personnes capables de commettre ce meurtre. Mais alors il faut répondre à plusieurs questions :

  1. Comment un groupe de ce genre peut-il disposer des moyens sophistiqués qui ont été employés pour tuer Nemtsov ?
  2. Pourquoi ces gens, dont on peut penser qu’ils sont viscéralement anti-ukrainiens, auraient-ils épargné la jeune femme accompagnant Nemtsov ?

Ici encore, si l’assassinat avait eu lieu à la sortie du restaurant, ou chez Nemtsov, on pourrait croire à cette hypothèse. Mais, les conditions de réalisation de l’assassinat, et la mise en scène implicite qui l’entoure, semblent difficilement compatibles avec l’acte d’un groupe extrémiste. Disons-le crument : le niveau d’organisation de cet assassinat porte probablement la trace de l’implication de « services », que ces derniers soient d’Etat ou privés (et les oligarques ont les moyens de faire appel à des services « privés »).

Il faut le répéter, l’implication des services russes ne fait aucun sens. Du point de vue de Poutine et du gouvernement cet assassinat est une catastrophe à la fois politique mais aussi en termes de guerre de l’information.

Une provocation ?

L’hypothèse d’une provocation a été tout de suite avancée par Vladimir Poutine et par le gouvernement russe. Bien entendu, on peut comprendre l’intérêt pour Poutine de cette hypothèse. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire que c’est elle qui est, en l’état de nos connaissances sur les conditions de la mort de Boris Nemtsov, la plus cohérente. Cette provocation aurait pu être organisée par beaucoup de monde, car bien des pays, et bien des gens, ont intérêt à faire un croc-en-jambe de ce type à Vladimir Poutine.

Cet assassinat, à la veille d’une manifestation d’opposition, peut parfaitement déstabiliser la situation politique, non pas en Russie mais du moins sur Moscou. Il concentre l’attention sur Vladimir Poutine, qui va devoir maintenant faire la preuve de son innocence tant la suspicion dont il est l’objet est forte. L’émotion est importante à Moscou, ce que montre l’ampleur de la manifestation en hommage à la mémoire de Boris Nemtsov, qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes ce dimanche 1er mars. C’est pourquoi, il est de l’intérêt de Vladimir Poutine de faire la lumière le plus vite possible sur ce crime.

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Published by bruno fornaciari - dans INTERNATIONAL RUSSIE
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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 19:09

La stratégie états-unienne de déstabilisation directe est-elle de retour en Amérique latine?

JEUDI, 26 FÉVRIER, 2015

L'HUMANITÉ

Manifestation anti-gouvernementale à Caracas début février.

Photo : Jorge Silva/reuters

Après la tentative de coup d'état au Vénézuela, les points de vue de Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique latine (FAL), d'Hector Michel Mujica, ambassadeur du Vénézuela en France et de Guillaume Beaulande, journaliste, collaborateur du Monde diplomatique.

  • La rébellion antidémocratique a été chaque fois utilisée comme forme de déstabilisation par Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique latine (FAL)

Le coup d’État avorté au Venezuela de ces dernières semaines confirme, si cela était nécessaire, qu’il serait fou de penser que les États-Unis et les forces du capital des Amériques ou d’Europe allaient laisser faire sans réagir ce laboratoire d’expérimentation de politique de gauche en Amérique latine et Caraïbe.

Après l’hiver des dictatures, Washington continue à ne concevoir la démocratie que comme un outil au service du bon fonctionnement du marché. Pour eux, il ne saurait être question que quiconque, en Europe ou surtout en Amérique latine-Caraïbe, longtemps chasse gardée des États-Unis, puisse gentiment remettre en cause les fondements de leurs principes, la mondialisation économique si difficilement imposée au monde, en accepter les nationalisations des ressources naturelles, affirmer leur indépendance, la mise en place d’une nouvelle gauche latino-américaine échappant à sa traditionnelle hégémonie.

Ainsi au Venezuela, les États-Unis n’ont eu de cesse de vouloir stopper le processus démocratique. Du « golpe » du 13 avril 2002 et la séquestration de Chavez mise en échec par la descente de dizaines de milliers de citoyens dans les rues, précédé en décembre 2001 de la grève générale organisée par le patronat, jusqu’en 2013-2014 où, pour cette seule période, 14 millions de dollars ont arrosé par divers canaux l’opposition vénézuélienne, la rébellion antidémocratique a été chaque fois utilisée comme forme de déstabilisation.

C’est cette même démarche que l’on retrouvera dans le coup d’État équatorien en 2010 ou celui du Paraguay, en juin 2012, pour mettre fin au régime démocratique du président Lugo. On utilisa certes quelques francs-tireurs de l’armée, pour provoquer son renversement en suscitant une intervention policière sanglante face à un conflit paysan, mais c’est le Congrès qui, à l’issue de cet épisode, a destitué M. Lugo, accusé d’avoir « par sa politique attisé la violence contre les propriétaires terriens ».

Le Honduras, le 28 juin 2009, membre de l’Alba, a servi de laboratoire à ce type de « coup d’État constitutionnel ou institutionnel ». On emploiera dans la presse et dans la diplomatie l’expression de « démission forcée », voire « de président déchu », plus facile à passer que de coup d’État. Et pourtant, c’est bien un commando militaire qui, dans la nuit du 28 juin, après l’avoir arrêté, a fait monter en pyjama le président hondurien, Zulaya, dans un avion à destination du Costa Rica, réprimant violemment ses partisans descendus dans la rue, assassinant encore l’opposition jusqu’à aujourd’hui. Les coups d’État d’antan où les militaires, après leur mauvais coup, restaient au pouvoir avec la caution états-unienne sont donc révolus, ceux-ci rentrant dans leur caserne, rendant la dictature plus civile.

Dans ce contexte, ce n’est pas seulement la méthode qui nous intéresse, mais aussi la place et l’enjeu des médias qui, au Venezuela comme ailleurs, reprennent à chaque fois l’argumentation qu’il s’agissait en fait de l’expression d’une opposition dont le premier responsable serait les présidents élus. Ce rôle de la presse réactionnaire, partie prenante d’un processus de déstabilisation psychologique, n’est pas nouveau. Dans les années 1970 déjà, le quotidien chilien El Mercurio préparait activement le coup d’État du 11 septembre 1973 contre Salvador Allende. Mais ce qui est sensible aujourd’hui, c’est que, face à cette stratégie de dénigrement et de fausses rumeurs, il n’existe plus de presse, à de rares expressions et à trop faible distribution, hors des Amériques capable de démonter cette propagande et de la dénoncer en Europe.

De la Grèce au Venezuela, les peuples ont besoin de notre solidarité, en luttant contre la désinformation et en se donnant des associations de solidarité internationale et des droits humains, comme FAL, pour la faire vivre.

  • L’extrême droite vénézuélienne reçoit un soutien permanent des États-Unis par Hector Michel Mujica, ambassadeur du Vénézuela en France

L’Amérique latine, malheureusement, depuis le fleuve du Rio Grande jusqu’à la Patagonie, a toujours été pensée par les États-Unis, même par ses Pères fondateurs, comme son arrière-cour. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, après la victoire des alliés contre le nazisme et le fascisme, Union soviétique comprise, la tâche principale des États-Unis a été de recréer les conditions internationales visant à garantir le développement du capitalisme à l’échelle mondiale sous son hégémonie. Dans cette perspective, les organismes multilatéraux ont été des vecteurs très importants. L’Amérique latine a ainsi été sous l’emprise des États-Unis pendant les années 1950, 60, 70 et 80. Cette emprise s’est manifestée par des coups d’État, des interventions directes comme à Grenade, en République dominicaine, en Amérique centrale, etc. Avec la révolution cubaine, on a commencé à voir se développer quelques mouvements pour que l’Amérique latine puisse se doter d’un modèle de développement et d’un système politique différent. Mais Cuba a été isolé. Avec la victoire de Chavez, les choses ont commencé à changer radicalement. Radicalement sur le plan de la politique internationale notamment. L’unité régionale qui a été réalisée sous Chavez avec Lula au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur a fait barrage au projet libéral d’accord de libre-échange nord-américain. L’Unasur (Union des nations de l’Amérique du Sud), l’Alba, (Alliance bolivarienne pour les Amériques) ont été mises en place. La Communauté d’États latino-américains et caraïbes (Celac) aussi. Le Venezuela a également changé la donne sur les orientations économiques du Mercosur. Ces alliances régionales étaient impensables il y a vingt ans. Cette lutte contre l’emprise néolibérale en Amérique latine a touché fortement l’économie et les populations. Chavez a ouvert le chemin avec ce qu’on appelle au Venezuela aujourd’hui le « modèle ». Un modèle inclusif de développement durable avec la participation des citoyens et des classes populaires. Le contrôle de l’industrie pétrolière par l’État vénézuélien a été et reste la redistribution la plus radicale au monde de la rente pétrolière. Nous avons des faiblesses bien sûr. Il nous faut redémarrer l’industrie. Atteindre la souveraineté agroalimentaire. C’est l’effort que nous sommes en train de soutenir.

Après la mort de Chavez, nous avons dû faire face à des problèmes difficiles. Au sein de notre mouvement la tâche politique a été de garantir l’union des forces bolivariennes face au processus de déstabilisation permanente organisé par l’opposition. Nous n’étions pas préparés à la maladie et à la disparition physique de Chavez. Le coup d’État récent a été manqué, mais Joe Biden, le vice-président américain, a encore reçu récemment à la Maison-Blanche Lilian Tintori, l’épouse de Leopoldo Lopez. Leopoldo Lopez, Antonio Ledezma et Maria Corina Machado font partie de l’extrême droite vénézuélienne. Ils reçoivent un soutien permanent des États-Unis. Leopoldo Lopez, par exemple, a souvent été visité par les missionnaires diplomatiques des ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, etc. Ils reçoivent aussi un appui énorme de la part de ce que l’on appelle au Venezuela l’uribismo, du nom d’Alvaro Uribe, l’ancien président de la Colombie. Je crois que c’est un mouvement de fond qui va continuer. Un autre effort pour nous, c’est de continuer à garantir notre modèle dans les conditions difficiles de la chute des prix pétroliers. Les morts et les dégâts causés par les manifestations « étudiantes » ont aussi été importants.

Nous sommes très favorables au processus actuel entre Cuba et les États-Unis. C’est très bon pour l’Amérique latine et c’est très bon pour le peuple cubain. De même la libération des cinq héros de la révolution cubaine. Mais nous partageons absolument la déclaration faite récemment par le ministre des Affaires étrangères équatorien, M. Ricardo Patino : il ne faudrait pas utiliser ce qui se passe entre La Havane et Washington pour « cibler » un autre pays d’Amérique latine. En fait, il a souligné la nécessité de protéger le Venezuela et les nations de la région de l’ingérence étrangère. « Il est essentiel de protéger le Venezuela non seulement à cause de la gestion souveraine qu’ils doivent avoir du pétrole et de leurs ressources naturelles mais aussi pour éviter une situation qui pourrait affecter la paix de notre région », a dit le ministre des Affaires étrangères équatorien.

Le Venezuela est le cinquième exportateur mondial de pétrole et possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole du monde. Le Venezuela est plus riche en pétrole que l’Arabie saoudite. C’est le rapport annuel de l’Organisation des pays exportateurs du pétrole (Opep) qui l’affirme. Le Venezuela disposait en 2011 de 296,5 milliards de barils d’or noir pouvant être exploité. Il dépasse ainsi le royaume saoudien, dont les réserves prouvées sont restées stables à 264,5 milliards.

Or, si je prends un exemple illustratif de ce qui se passe, le Venezuela n’est pas une île, cela le rend vulnérable. Par ailleurs, nous avons beaucoup de pétrole. Cela suscite de violentes convoitises. Transporter le pétrole depuis le Venezuela jusqu’aux côtes des États-Unis met quatre ou cinq jours. Transporter le pétrole depuis les pays du Golfe jusqu’aux États-Unis met trente, voire quarante jours. Pour les États-Unis, le contrôle de l’énergie vénézuélienne a toujours été un problème de premier ordre. C’est le fond de la question. L’autre, c’est qu’au sein des pays sud-américains se développent une politique internationale indépendante et une tentative de trouver des voies de développement inclusives et participatives respectant la souveraineté de chaque État latino-américain, ce qui s’oppose au modèle de la libre entreprise et de la concurrence promu par les États-Unis, particulièrement dans le contexte actuel où ils cherchent à mettre en place des accords de libre-échange transpacifique et transatlantique.

  • Le Venezuela, cartes sur table par Guillaume Beaulande, journaliste, collaborateur du Monde diplomatique

L’amertume certaine des mots qui suivent n’a d’égal que le respect dans lequel je tiens – le plus souvent – la programmation d’Arte. Alors que je m’apprêtais à visionner l’émission de vulgarisation géopolitique le Dessous des cartes, présentée par Jean-Christophe Victor et consacrée au Venezuela, les affres de la consternation ont entrepris de me coloniser les synapses et d’insulter mon intelligence de spectateur. Comment peut-il en être autrement lorsque, dès les premières minutes, le présentateur juge bon de dire au sujet de l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez qu’il est « connu par les Vénézuéliens pour avoir commis un coup d’État en 1992 ». Un public, même peu attentif, remarquerait sans doute la pertinence du propos et l’intérêt du calendrier posé.

Outre que l’évocation du passif militaire d’Hugo Chavez incline de facto la réflexion sur la légitimité démocratique de son gouvernement, pourquoi poser de surcroît comme postulat de départ qu’Hugo Chavez a tenté un coup d’État à la tête du MBR-200, sans prendre la peine, au minimum, de recontextualiser l’événement ? Pourquoi taire les soulèvements, populaires ceux-là, qui ont enflammé la capitale le 27 février 1989 et qui se sont achevés dans un bain de sang, sous la présidence de Carlos Andres Perez ? Pourquoi ne pas préciser que s’il est « connu », c’est surtout parce qu’il a refusé de participer à la répression de l’armée sur la population ? Gageons que la construction médiatique biaisée d’Hugo Chavez diffusée dans les « grands » médias n’ait pas également gagné les couloirs d’Arte. Le choix opéré par la rédaction de cette émission du 14 février 2015 est pour le moins troublant. L’évocation, sans trembler, du « culte de la personnalité » dans la politique vénézuélienne achève le portrait brossé à la truelle de feu Hugo Chavez, nous le présentant comme un avatar des caudillistes latino-américains. Lourdement connotée d’un point de vue historico-politique, cette mise à l’index ne semble nécessiter aucune espèce de définition. La programmation exigeante et sérieuse de la chaîne à laquelle je rends bien souvent hommage, soudain, me laisse sans voix, ou presque.

Il ne s’agit pas de présenter le Venezuela comme un mythique eldorado, tant les difficultés et les défis encore à relever sont importants, celui de l’endiguement de l’insécurité n’étant pas l’un des moindres. Un fléau qui, comme l’a rappelé l’émission, se poursuit. Néanmoins, restons sérieux. Parler de l’augmentation de l’insécurité, de la proximité avec la Colombie « et des Farcs », sans évoquer ne serait-ce qu’en une phrase le rôle joué par les paramilitaires colombiens dans l’infiltration des banlieues et le narcotrafic, revient à se faire l’écho de la litanie habituelle de force médias. Dans le même souffle, il est dit sans sourciller aux téléspectateurs que « l’opposition politique est régulièrement attaquée par le gouvernement » et qu’il est « périlleux d’attaquer le gouvernement ». Tout observateur doué d’une mémoire, fût-elle bornée à l’immédiat, aura noté l’ironie du propos, cependant qu’une autre tentative de déstabilisation du gouvernement vient d’être déjouée, selon toute vraisemblance, ourdie précisément… par l’opposition. Si l’information nécessite sérieux, rigueur et fiabilité, on peut s’étonner en effet que l’unanimisme nigaud de nombreux médias européens à l’égard du Venezuela soit également véhiculé par une émission appréciée, sur une chaîne qui nous avait habitués à un autre niveau d’exigence.

Ce que parler veut dire.

« Les États-Unis n’encouragent ni les troubles au Venezuela, ni ne cherchent à saper son économie ou son gouvernement… Le département du Trésor et le département d’État surveillent évidemment la situation de près et étudient les moyens disponibles qui pourraient être mis en œuvre pour une meilleure orientation du gouvernement vénézuélien dans la direction que nous pensons qu’il doit prendre. »

Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche, le 20 février 2015.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 16:47

Caracas, 27 février (RHC-PL) Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a critiqué les déclarations hostiles des États-Unis et de certains députés européens et il a condamné l'ingérence de la droite internationale dans les affaires intérieures de son pays.

Au cours d'un meeting de soutien à son gouvernement, suite à la recrudescence des menaces et des agressions dans l'État vénézuélien de Monagas, Nicolás Maduro a accusé les États-Unis de violer la souveraineté des peuples latino-américains et caribéens et il a condamné les propos tenus par certains parlementaires européens, qui ont fait des déclarations hostiles au Venezuela alors qu'ils ne connaissent pas la réalité de la situation.

Le chef de l'État vénézuélien a appelé les hommes politiques de droite à s'occuper de leurs affaires dans leurs pays respectifs et à laisser en paix le gouvernement de Caracas et le peuple vénézuélien, qui travaillent à la construction du socialisme et combattent les tentatives de coup d'État.

EDITÉ PAR PEIO PONCE

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 07:14

À Donetsk, la nostalgie de l’URSS…

25FÉV

je ne peux pas, malgré nos vacances, ne pas vous signaler cet article, il vous dit ce que nous ne cessons de vous répéter sur la manière dont les peuples de l’ex-Union soviétique regrettent ce temps-là… C’était la paix, l’amitié entre les peuples, on avait ce qu’il fallait, la vie allait en s’améliorant… Quoique l’on vous raconte cette réalité est incontournable. Voir le reportage de ce journal francophone libanais. (note de danielle Bleitrach)

Moyen Orient et Monde

Sous la gigantesque statue en fer noir de Lénine, au milieu des drapeaux rouges de l’URSS, des milliers de personnes se sont rassemblées hier à Donetsk dans une ambiance de kermesse pour exprimer leur gratitude aux « héros » morts sur le front et, au fond, un peu de leur nostalgie pour l’Union soviétique. Les autorités rebelles de la République autoproclamée de Donetsk (DNR), dans l’est de l’Ukraine, ont offert un jour férié à une population fatiguée par dix mois de conflit. C’est le « jour du défenseur de la patrie », une fête russe instituée à l’époque de l’URSS pour célébrer la grandeur de l’Armée rouge.

Dans le centre de Donetsk, une scène a été installée au milieu de la grande place Lénine baignée de soleil. Sur cette scène, à quelques mètres d’un McDo et d’une banque, des images célèbrent les mineurs du Donbass, la région de Donetsk, les soldats de l’Armée rouge et le héros national russe Alexandre Nevski. Sur fond de musique militaire populaire, un Cosaque habillé tout en noir et un rocker en perfecto et bottes en cuir apportent une lourde icône de la Vierge Marie et de Jésus. « Cette fête, c’est la fête de l’armée, des ouvriers et des paysans », s’enthousiasme une dame au micro. Puis, le commandant de la très populaire brigade Vostok, fer de lance du soulèvement prorusse, appelle ses hommes à s’installer devant la scène, entre deux hommages à l’armée soviétique « qui a libéré l’Europe du fascisme ». Les soldats sont accueillis sous les vivats et les applaudissements de la foule. Certains d’entre eux vont être décorés de la médaille du courage militaire.

« Je ressens beaucoup de fierté »
Au micro, un responsable de la DNR, Alexandre Khodakovski, célèbre un « Donetsk libéré » : « Je me souviens qu’à la naissance de ce mouvement, il n’y avait que dix personnes. Maintenant, la place est noire de monde. » Après une minute de silence en hommage aux « soldats morts sur le front », un homme en treillis et béret kaki prend le micro pour une chanson qu’il a composée lui-même. « Ne me jugez pas, mais je ne pourrai pas vous rendre votre fils, c’était le meilleur et il est mort en me sauvant, je ferai payer sa mort à l’ennemi », dit-il.
« Je ressens de l’espoir », dit dans le public Lioudmila, 65 ans, qui est venue avec sa petite-fille de dix ans. « L’espoir que la guerre s’arrête maintenant, que ma petite-fille vive dans la paix. L’espoir que nous puissions faire ce que l’on veut sans que Kiev nous dise ce qu’il faut penser », dit-elle. « Et puis je ressens de la fierté », poursuit-elle, la voix chevrotante, les larmes aux yeux, « parce que mon père a combattu pour l’armée soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale ». Jusqu’à maintenant, le « jour du défenseur de la patrie » n’était pas férié en Ukraine. Lioudmila avait l’habitude de le célébrer autour d’un gâteau et de petits cadeaux au bureau, ou, le soir, avec ses amis.
Des petites filles en tutu blanc et rouge se déhanchent maintenant sur scène dans une chorégraphie à la Britney Spears. Puis un couple de jeunes mariés en robe et costume vient s’embrasser sur scène pour célébrer leur union. Natalia et Victor Mantoula, un couple de retraités septuagénaires en béret noir, ne manque rien du spectacle. Ils sont venus applaudir « ces hommes qui nous ont libérés » et qu’ils connaissent bien puisque l’un de leurs deux fils a participé à la bataille de Debaltseve, à une cinquantaine de kilomètres de Donetsk, que les rebelles ont remportée la semaine dernière. À la question de savoir s’ils ressentent de la nostalgie pour l’Union soviétique, ils répondent sans hésiter : « Oui bien sûr, une grande nostalgie. Nous étions ensemble, nous étions bien, nous n’avions pas peur de ne pas avoir à manger. » Sur le monument à la gloire de Lénine, un drapeau de la république populaire de Donetsk a été accroché. Juste au-dessus de cette citation de Lénine : « Sans le Donbass, le socialisme ne serait resté qu’une belle idée. »

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:08
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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 13:15

Accusé de torture, un haut responsable marocain va être décoré par la France

  • Le patron du contre-espionnage marocain, visé par une plainte pour "torture" en France, va être élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur.

Mis à jour le 15/02/2015 | 15:39 , publié le 15/02/2015 | 15:39

  • C'est une distinction qui suscite l'étonnement. A l'occasion d'une visite au Maroc, samedi 14 février, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé que Paris allait prochainement décorer le patron du contre-espionnage marocain, pourtant visé par une plainte pour "torture" en France. Cette décision est censée marquer la fin de la brouille née il y a un an entre Paris et Rabat, justement après le dépôt de cette plainte contre Abdellatif Hammouchi.

A la suite de cette plainte, le Maroc avait en effet suspendu la coopération judiciaire avec la France, et limité au strict minimum la coopération sécuritaire.Une décision levée à la fin janvier, après un accord entre les deux gouvernements. En visite au Maroc, samedi, Bernard Cazeneuve a longuement loué "l'expertise" et "l'efficacité" du Maroc "dans l'échange de renseignements",évoquant "un partenaire clé".

Rendant hommage "en premier lieu" à Abdellatif Hammouchi, le patron de la DGST marocaine, le pensionnaire de la place Beauveau a précisé que Paris comptait élever ce dernier au grade d'officier de la Légion d'honneur. Et ce malgré la plainte qui vise toujours ce haut responsable marocain. "La France saura prochainement lui témoigner à nouveau son estime en lui remettant les insignes d'officier", a assuré Bernard Cazeneuve.

"Un véritable scandale, une honte pour la France"

Sans surprise, l'annonce de cette future décoration a fait l'objet de vives critiques à Paris. Décorer Abdellatif Hammouchi dans ces circonstances "me paraît un véritable scandale, une honte pour la France", clame Me Patrick Baudouin, avocat d'un des plaignants, et président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). Et de qualifier d'"avilissant" le fait"d'avoir cédé dans le cadre d'un deal passé avec les autorités marocaines pour permettre un rétablissement de la coopération militaire et sécuritaire", évoquant"une façon de perdre son âme".

C'est une ONG française qui avait déposé une première plainte contre Abdellatif Hammouchi, pour des faits présumés de torture envers deux citoyens marocains. L'association avait été suivie par un boxeur marocain, Zakaria Moumi, qui avait lui aussi déposé plainte contre le patron du contre-espionnage marocain, l'accusant d'avoir assisté à des séances de tortures dans un centre de rétention.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 17:19

ONU, lutte contre la glorification du nazisme : USA, Canada et Ukraine votent contre, l’UE s’abstient

Brève de Yéti

Manifestation néonazie en Ukraine occidentale

21 novembre 2014, la 3e Commission de l’Assemblée générale de l’ONU vote larésolution L56, présentée par le Brésil et la Russie, visant à « lutter contre la glorification du nazisme, du néonazisme et toutes autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ».

La résolution est adoptée à la majorité, mais le détail des votes se passe de commentaires :

  • POUR : 115 (dont tous les pays membres des BRICS)
  • CONTRE : 3 (USA, Canada, Ukraine)
  • ABSTENTION : 55 (dont tous les pays membres de l’UE, France et Allemagne comprises)

NB : à ce jour, aucune dépêche AFP pour relayer cette information.

Cliquez sur l’image pour voir les détails du vote

(source : les-crises.fr)

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 21:29

Photos truquées de militaires russes en Ukraine: un sénateur US furieux

© AP Photo/ Sue Ogrocki

14:31 13.02.2015(mis à jour 20:05 13.02.2015)

Le sénateur républicain de l'Oklahoma James Inhofe a laissé éclater sa colère en apprenant que les photos "attestant" l'implication de troupes russes dans le conflit ukrainien, qu'il avait reçues puis fait publier dans les médias, étaient des faux.

© SPUTNIK. VALERY MELNIKOV

Donbass: aucune preuve de la présence militaire russe (diplomate)

Le sénateur a affirmé s’être vu remettre les photos en question par des députés ukrainiens en décembre. Après une vérification plutôt sommaire, ces "preuves à charge" ont été publiées par le journal en ligne conservateur Washington Free Beacon. Peu après, les lecteurs ont prouvé que ces photos avaient été faites dans d'autres "points chauds" plusieurs années auparavant.

Tout en reconnaissant son erreur, reprise par les médias, le sénateur Inhofe, ferme partisan des livraisons d'armes létales à l'Ukraine, prétend toutefois qu'il y a une "multitude d'autres preuves attestant que la Russie a fait des irruptions sur le territoire ukrainien à bord de chars T-72".



Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/international/20150213/1014667494.html#ixzz3RevCseAa

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 22:01

Moscou entre jeux d’influence et démonstration de force

Le retour de la Russie sur la scène diplomatique ne va pas sans grands écarts. Pressée par le basculement de l’Ukraine vers l’orbite occidentale, elle improvise une brusque reconquête de la Crimée. L’affirmation balourde d’intérêts légitimes révèle les limites de son pouvoir d’attraction, pourtant soigneusement entretenu depuis la chute de l’URSS au travers de coopérations à géométrie variable.

par Jean Radvanyi, mai 2014

En matière de politique étrangère russe, ce début d’année 2014 aura été marqué par deux événements capitaux. D’abord, les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, dont l’organisation a donné lieu dans les médias occidentaux à une vaste campagne critique du régime de M. Vladimir Poutine ; puis, alors que les Jeux s’achevaient, la crise ukrainienne. D’une certaine façon, ces deux moments forts représentent les deux facettes de la nouvelle politique étrangère du Kremlin : d’une part sa tentative de s’initier au soft power, la « puissance douce », et d’autre part le recours brutal et plus traditionnel aux rapports de forces.

Les Jeux de Sotchi visaient à montrer au monde que la Russie était capable d’organiser un événement planétaire majeur en utilisant les moyens les plus modernes, que ce soit pour la tenue des épreuves ou pour assurer la sécurité des participants dans une région — le Caucase — particulièrement sensible. Ils devaient permettre d’améliorer son image dans l’opinion publique internationale, élément essentiel du rétablissement de Moscou comme acteur majeur d’un monde multipolaire (1). Leur parfaite réussite, en dépit des échos déformés qui en sont parvenus au public occidental, n’a cependant pas entraîné les effets escomptés. Les grands médias n’ont eu aucun mal à susciter l’hostilité de l’opinion en mettant l’accent sur les incertitudes liées à la préparation des Jeux, et surtout en détaillant les lois répressives votées depuis le retour au pouvoir de M. Poutine : sur le contrôle des organisations non gouvernementales (ONG), sur le contrôle d’Internet, sur la « propagande homosexuelle »… Quelques concessions tardives — libération des membres du groupe des Pussy Riot et de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovsky, promesse de ne pas harceler les homosexuels durant Sotchi… — n’y ont rien changé.

Tentatives de séduction ratées

Mais les Jeux resteront surtout marqués par leur coïncidence avec les événements sanglants de Maïdan, la place de l’Indépendance de Kiev, bientôt suivis par l’annexion militaire de la Crimée et par son intégration à la Fédération russe. La réaction totalement inadaptée du président ukrainien Viktor Ianoukovitch puis la série de décisions prises tant à Moscou qu’à Kiev et à Bruxelles ont fait basculer le monde dans une épreuve de force majeure, et déclenché une campagne russophobe sans précédent depuis des décennies (2). Avant même l’application de sanctions pour l’annexion de la Crimée, l’image du pays avait subi une détérioration que ne viendra compenser aucune mobilisation patriotique intérieure.

L’organisation des Jeux olympiques relevait de la mise en œuvre tardive, dans la panoplie des outils de la politique étrangère russe, de ce qu’on appelle communément le soft power — le pouvoir d’influence non coercitif, à la fois idéologique, culturel, scientifique. Dans une revue, en 2012, M. Poutine s’était lui-même exprimé sur ces techniques de « puissance douce », pour déplorer un retard dans ce domaine où excellent les grands pays occidentaux. La maîtrise du discours sur les événements, de leur interprétation, est en effet devenue aussi importante, dans l’arène internationale, que les faits eux-mêmes. Au passage, le président russe critiquait vivement la façon dont plusieurs pays, et en particulier les Etats-Unis, usaient de ces moyens pour faire pression sur d’autres Etats et pour leur dicter leurs choix. Il estimait que « l’activité de pseudo-ONG et d’autres structures cherchant, avec des aides extérieures, à déstabiliser tel ou tel Etat » était« inadmissible » (3).

En 2003 et 2004, les « révolutions colorées » en Géorgie et en Ukraine ont suscité un tournant dans la politique russe, tant sur le plan extérieur qu’intérieur, avec le vote de lois de plus en plus restrictives sur la liberté d’organisation et d’expression. C’est à cette période que la Russie commence à se préoccuper d’améliorer son image. Elle relance son réseau culturel et linguistique, avec le développement des Fondations Russkiy Mir (« Monde russe »), et tente de se gagner l’appui de la diaspora (4). Sa maîtrise de ces outils demeure cependant très imparfaite, et ses dirigeants continuent de recourir à des moyens plus traditionnels, en particulier les pressions économiques et militaires. Bien plus qu’un savoir-faire balbutiant en matière de communication, Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, pointe du doigt la principale faiblesse de son pays : « Pour l’heure, la “puissance douce” manque de cette substance qui rendrait attractif le modèle de développement prôné par Moscou. » Alors que l’URSS pouvait s’appuyer sur un ferment idéologique et sur une offre stratégique alternative, « la Russie ne parvient pas à produire autre chose qu’un discours traditionaliste et conservateur, clairement opposé au progrès (5) ». D’ailleurs, précise Loukianov, « la Russie n’est pas l’Union soviétique. Elle ne prétend plus à une domination mondiale. Moscou définit seulement l’espace qu’il considère comme étant pour lui d’un intérêt vital, et dont l’Ukraine fait partie. Là, il entend agir sans faire de compromis (6). »

Dans ses rapports avec les ex-républiques soviétiques tentées de se rapprocher de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), la Russie n’a cessé de recourir à des sanctions économiques et douanières, comme lors des divers épisodes de la « guerre du gaz » avec l’Ukraine. Le site ukrainien Newsplot a publié en 2013 une carte détaillant quinze mesures de « guerre alimentaire » prises par Moscou contre ses voisins occidentaux entre 2005 et 2013 (7) : blocus des vins géorgiens et moldaves, des produits laitiers biélorusses, de la viande polonaise, du chocolat ukrainien, etc.

Et, depuis quelques années, la Russie n’hésite plus à résoudre certains conflits par les armes. En août 2008, c’est le président géorgien lui-même qui lui en a fourni l’occasion en bombardant la ville de Tskhinvali, en Ossétie du Sud, et la caserne de militaires russes qui s’y trouvait. La riposte a été vive. Les forces russes ont momentanément pris le contrôle de tout l’ouest de la Géorgie, et Moscou a reconnu l’indépendance des deux régions sécessionnistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, rompant ainsi l’engagement pris en 1991 de respecter l’intégrité territoriale de la Communauté des Etats indépendants (CEI), qui regroupe d’anciennes républiques soviétiques. En mars 2014, à la suite des événements de Kiev, la Russie a pris l’initiative de placer la Crimée sous son contrôle militaire, avant de procéder à son annexion au terme d’un référendum organisé à la hâte.

Dédain de l’Union européenne

Le Kremlin ne cache nullement les raisons de ce nouveau recours à la force. Et le défi qu’il lance ainsi au monde dépasse de loin le problème ukrainien. De fait, il réclame une remise à plat de l’ensemble des règles régissant la sécurité internationale. Sa position, exprimée clairement par M. Poutine lors de la quarante-troisième conférence sur la sécurité à Munich, le 10 février 2007, tient en quelques points. Moscou n’accepte plus le double langage de certains Etats occidentaux, qui présentent des règles internationales comme immuables tout en les enfreignant chaque fois que cela les arrange.

Profitant de l’affaiblissement de la Russie après l’éclatement de l’URSS et la dissolution du pacte de Varsovie, certains dirigeants américains ont pensé pouvoir établir la domination d’une superpuissance unique : la leur. Mais, depuis, le monde a évolué. Il convient donc de renégocier les bases de la sécurité en y associant pleinement les nouveaux pôles de puissance, en particulier les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Enfin, il faut admettre que la Russie a elle-même des intérêts stratégiques légitimes et qu’elle peut les défendre, comme l’ont toujours fait les Etats-Unis et les principaux Etats occidentaux dans leurs diverses zones d’influence.

En proposant en 2008 à l’Ukraine et à la Géorgie d’entrer dans l’OTAN, ou en négociant avec Kiev, fin 2013, un accord d’association avec l’Union européenne, les dirigeants américains ou européens contribuaient au refoulement des intérêts de la Russie sur ses propres frontières, et ils en étaient parfaitement conscients. Une partie des dirigeants américains, rejoints par ceux d’Etats européens comme la Pologne ou la Suède, n’ont jamais abandonné la stratégie énoncée en son temps par Zbigniew Brzezinski (8).

Pour M. Sergueï Karaganov, l’un des conseillers de politique extérieure du président Poutine, face au risque de voir l’Ukraine entrer dans l’OTAN, avec la perspective que l’Alliance atlantique récupère le port de Sébastopol, « la Russie devait défendre ses intérêts d’une main de fer (9) ». En annexant la Crimée et en massant des troupes près des frontières orientales de l’Ukraine, elle signifie aux dirigeants occidentaux qu’elle est sortie de sa période d’affaiblissement et qu’elle défendra ses intérêts stratégiques, quoi qu’il lui en coûte en termes de relations diplomatiques ou commerciales. Mais en a-t-elle réellement les moyens ?

Jusqu’à une période récente, elle était surtout tournée vers l’Europe, partenaire traditionnel majeur tant de ses échanges culturels et humains que de ses relations économiques. En 2013, l’Union européenne était encore le premier client et fournisseur de son commerce extérieur. Toutefois, partageant avec la Turquie le privilège d’être un Etat à cheval sur les continents européen et asiatique, elle montre depuis longtemps son intérêt pour une complémentarité entre ses deux façades, l’une continentale, à l’ouest, et l’autre maritime, dans la zone Pacifique.

Ce dessein n’est pas nouveau : il avait percé dès avant la fin de l’URSS, en 1986, dans le discours de M. Mikhaïl Gorbatchev à Vladivostok. Boris Eltsine puis M. Poutine ont poursuivi les efforts pour dynamiser cette relation asiatique. Et plusieurs facteurs concourent aujourd’hui à une relance de cette stratégie de rééquilibrage.

Le plus évident est l’impressionnant dynamisme de la zone Pacifique. La Russie espère voir cet essor favoriser, grâce à des coopérations et à des investissements, le redémarrage de son économie. C’est pour cette raison que M. Poutine a organisé en 2012 à Vladivostok le forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (Asia-Pacific Economic Cooperation, APEC), dont son pays est membre depuis 1998. Ce regain d’intérêt traduit aussi une prise de conscience de la crise aiguë que traverse l’Extrême-Orient russe : sa population ne cesse de diminuer depuis la fin des années 1980 (l’ensemble de cette vaste région a perdu plus de 20 % de ses habitants), au risque de laisser cette façade stratégique démunie face à des régions chinoises très dynamiques.

Autre élément déterminant de la rhétorique du grand rééquilibrage : la détérioration des relations avec les institutions européennes, qui, tout en s’élargissant à l’est, imposent leurs propres règles comme cadre obligé des relations avec les Russes, en particulier dans le domaine-clé de l’énergie. En plus des programmes successifs proposés à certains membres de la CEI dans le cadre de la politique européenne de voisinage, dès 2004, puis du partenariat oriental, lancé en 2009, l’Union s’est efforcée de diminuer sa dépendance pétrolière et gazière envers la Russie en diversifiant ses approvisionnements. Moscou s’est adapté à ces évolutions en réorganisant ses circuits d’exportation vers l’ouest (construction des gazoducs North Stream et Blue Stream, projet South Stream sous la mer Noire), mais a aussi transféré vers l’Asie une partie de ses échanges. La Chine est ainsi devenue en 2011 son premier partenaire commercial.

C’est là un élément essentiel de la crise actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à son grand voisin oriental, l’Union européenne n’a jamais accepté de discuter réellement de cette relation pourtant fondamentale. Elle n’a pas envisagé une stratégie globale de développement et de sécurité pour une « grande Europe » incluant la Russie. Critiquant certaines formules proposées par Moscou, Bruxelles a préféré s’en tenir à une politique de mise à distance. Parallèlement, l’attribution d’un rôle nouveau à l’OTAN, de plus en plus intégrée à la stratégie américaine, a renforcé la méfiance du Kremlin. Cette attitude, manifestée par l’Europe au moment où ses institutions et son économie entraient dans une crise profonde, a conforté la position de ceux qui prônent un rapprochement accéléré avec les nouvelles puissances asiatiques et la mise en veilleuse des relations avec une Union affaiblie, incapable de tracer une voie distincte de celle de Washington.

Nationalisme à double tranchant

Toutefois, ce basculement, souvent brandi comme un épouvantail et présenté comme un moyen de faire pression sur les Européens, pose quelques difficultés, tant techniques qu’organisationnelles. Il faut d’abord surmonter un grave déficit d’infrastructures en matière d’énergie, de transports ou de logement dans ses régions orientales. Moscou semble en avoir enfin pris la mesure, puisque a été créé un ministère du développement de l’Extrême-Orient ; mais beaucoup d’experts doutent de l’efficacité de cette mesure : les besoins financiers sont énormes, et les dépenses extravagantes du sommet de Vladivostok, en 2012, ne laissent pas présager un usage efficace des investissements. Certes, on voit surgir le début d’un réseau de transport d’énergie vers le Pacifique (projet d’oléoduc Sibérie orientale - océan Pacifique, en anglais Eastern Siberia - Pacific Ocean Oil Pipeline, ESPO), mais la Russie accuse un certain retard dans les techniques de gaz liquéfié. Elle ne pourra pas avant longtemps songer à reporter vers l’Asie le volume d’hydrocarbures qu’elle livre à l’Europe.

Si la Chine se dit prête à fournir une partie des capitaux pour réduire ces retards, ses achats de matières premières ne peuvent qu’enfoncer davantage la Russie dans son rôle de simple fournisseur de produits primaires, et différer encore sa modernisation. Par ailleurs, l’extrême centralisation des pratiques fédérales tend à bloquer les initiatives locales. Nombre de régions revendiquent de plus en plus ouvertement une autonomie de décision, seule à même, selon eux, d’assurer un vrai redémarrage économique. Or, de toute évidence, le système poutinien ne s’engage pas dans cette voie (10).

Autre difficulté : l’incapacité de Moscou à impulser des relations positives entre les Etats de l’espace postsoviétique. Alors que la CEI n’est jamais devenue ce marché commun oriental sous domination russe dont rêvait Eltsine en 1991, les tentatives du Kremlin pour consolider un noyau d’Etats qui lui soient fidèles ne peuvent que surprendre par leur caractère hésitant.

Ont été créés, dans la plus grande des confusions terminologiques et organisationnelles, pas moins de quatre ensembles économiques emboîtés : Union douanière, Espace économique unique, Communauté économique eurasiatique (en anglais Eurasec) et zone de libre-échange au sein de la CEI, sans compter l’Union économique eurasiatique, proposée dès 1994 par le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, qui devrait être établie en 2015. Toutes ces organisations s’articulent autour d’un noyau commun constitué de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan. S’y adjoignent, selon les cas, trois ou quatre Etats d’Asie centrale (l’Ouzbékistan n’est au mieux qu’observateur), et parfois, par exemple dans la zone de libre-échange, la Moldavie et l’Ukraine.

Mais aucune de ces structures ne fonctionne réellement, en grande partie à cause des exigences contradictoires de Moscou, qui tient surtout à préserver sa liberté d’action et son contrôle sur des Etats qu’il considère comme relevant de sa sphère d’influence. Cette attitude a pour principal effet que chacun de ces pays, afin de desserrer l’étau des pressions russes, multiplie les relations avec des acteurs tiers influents : Etats-Unis, Europe, Chine, Iran... Les Etats d’Asie centrale semblent recourir de plus en plus aux partenariats avec la Chine comme moyen de diversifier leurs échanges, bien au-delà de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), où ils se retrouvent avec leurs deux puissants voisins. Une chose paraît claire : ce millefeuille organisationnel traduit la difficulté de la Russie à définir un nouvel équilibre dans ses relations avec ses voisins désormais indépendants. Et la crise ukrainienne pourrait bien lui compliquer encore la tâche.

M. Poutine a cru bon d’accompagner l’annexion de la Crimée d’une mobilisation sans précédent autour de la défense des compatriotes russes séparés de la mère patrie lors de l’éclatement de l’URSS. Avec ses attaques contre quelques opposants, qualifiés, comme aux pires moments de l’époque soviétique, d’« agents de l’étranger », la campagne médiatique organisée dans tout le pays rappelle de bien mauvais souvenirs. Sur le moment, elle a permis de réunir l’immense majorité de la population autour de son président, qui semble ainsi prendre sa revanche sur le mouvement de l’hiver 2011-2012 (11). Mais les effets à plus long terme pourraient être redoutables, tant à l’intérieur du pays que sur ses marges.

Plusieurs régions de la Russie (le Caucase, la Volga, mais aussi la Sibérie) sont peuplées de minorités actives et traversées par des mouvements antagonistes, de l’islamisme radical à l’autonomisme régional, très critique de la dérive centralisatrice du régime. Nul ne peut prédire comment s’y traduira ce sursaut de nationalisme. Le pouvoir autoritaire actuel semble à l’abri de ces forces centrifuges ; mais qu’en sera-t-il en cas d’affaiblissement ultérieur, que celui-ci provienne d’une simple transition politique ou d’une nouvelle crise économique ?

Même les alliés s’inquiètent

Cependant, c’est sans doute à l’extérieur que l’annexion de la Crimée pourrait avoir les conséquences les plus déstabilisatrices. L’Estonie et la Lettonie comptent encore dans leur population près de 25 % de Russes (souvent apatrides). Le référendum organisé en Crimée y a été perçu comme une menace, de même qu’en Moldavie — où sévit le conflit de la Transnistrie — et au Kazakhstan, dont tout le nord demeure largement russophone. Depuis 1991, M. Nazarbaïev, le président kazakh, s’est toujours comporté comme un allié indéfectible de Moscou. Ses successeurs se montreront-ils aussi dociles ? Après la sortie de la Géorgie de la CEI, en 2008, puis celle de l’Ukraine, annoncée dès le 19 mars 2014, un simple écart critique d’Astana marquerait la faillite de plus de vingt années de tentatives des Russes pour réaménager à leur guise ce qu’ils appelaient au début des années 1990 leur « étranger proche ». Certes, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) se maintient (12) ; mais cette structure militaire, aujourd’hui réduite, poursuit des objectifs limités.

On a pu voir le premier signe d’un isolement diplomatique de Moscou le 27 mars dernier, lors du vote à l’Organisation des Nations unies de la résolution condamnant l’annexion de la Crimée : parmi les Etats « amis », seules l’Arménie et la Biélorussie ont voté contre. La Chine s’est abstenue, de même que le Kazakhstan. Le Kirghizstan et le Tadjikistan n’ont même pas pris part au vote (13).

Au-delà des cris de victoire des manifestants russes saluant le retour de la Crimée au sein de la mère patrie, l’annexion pourrait bien se révéler une victoire à la Pyrrhus.

Jean Radvanyi

Professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), codirecteur du Centre de recherches Europe-Eurasie (CREE). Auteur de Retour d’une autre Russie, Le Bord de l’eau, Lormont, 2013.

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:22
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BRUNO FORNACIARI

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