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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 14:10

La responsabilité des média dans la montée du FN

01 MARS 2015 | PAR LA REVUE DU PROJET

  • L’omniprésence du FN dans les média et la banalisation de ses idées interrogent le rôle des journalistes.

Par Dominique Candille*

Le congrès du Front national à Lyon, fin novembre, l’a encore montré : le FN bénéficie d’une couverture médiatique impressionnante – et tout particulièrement Marine Le Pen – et de plus en plus décomplexée. Pour de nombreux média et de nombreux journalistes, le FN est devenu un parti comme les autres. Au point d’oublier de regarder ce qu’il en est réellement du prétendu « virage social » ou de la « normalisation » de ce parti, qui reste bien ancré dans les idées d’extrême droite.

Une surexposition médiatique de plus en plus évidente

Comment doit-on traiter le FN ? En parler, ne pas en parler, inviter ses responsables sur les plateaux télé, les boycotter ? Si les directions des rédactions n’ont pas beaucoup d’états d’âme, c’est aux journalistes de poser ces questions.

Le Lab d’Europe 1, qui a recensé chaque mois les interviews matinales télé et radio des politiques depuis septembre 2013, révèle que Marine Le Pen et Florian Philippot sont les deux personnalités les plus présentes sur les antennes. La présidente du FN a eu droit à presque une interview matinale par semaine. Elle comptabilise 56 apparitions contre 51 pour son numéro deux. Durant la campagne électorale des municipales, le CSA a haussé le ton en rappelant à l’ordre les chaînes audiovisuelles : trop de place était accordée au Front National. BFM-TV était en particulier pointé du doigt, avec 43 % du temps de parole donné aux amis de Marine Le Pen. Les chaînes généralistes ne semblaient pas faire mieux : 50 % sur Canal plus, 29 % sur France 3… Cette exposition médiatique serait-elle donc responsable de la montée électorale du FN ? Peut-on raisonnablement penser, a contrario, que si les média ne parlaient pas du FN, il disparaîtrait de la scène politique ?

L’analyse serait un peu courte. Ce sont en effet principalement les difficultés économiques, la paupérisation d’une grande partie du salariat, l’absence d’espoir de changements, qui font le terreau des idées d’extrême droite. La longue crise du capitalisme met durement à l’épreuve les solidarités. Elle développe les réflexes de repli sur soi, nationaux ou communautaires.

Des idées banalisées, une dé-diabolisation orchestrée

Le problème n’est pas tant d’inviter Marine Le Pen et ses amis, mais plutôt de réfléchir à la façon dont on fait son métier de journaliste. Lorsqu’on traite la politique, les problèmes sociaux, les faits divers en stigmati­sant les immigrés, les chômeurs, les fonction­naires nantis ou les musulmans, ne soyons pas étonnés que cela donne du corps aux idées du FN et surtout les banalise. Les Unes du Point, dignes de Minute – les articles intérieurs sont souvent moins caricaturaux – sont à ce titre éloquentes. Ainsi, des couvertures racoleuses sont-elles régulièrement placardées dans les kiosques : « Les Assistés : comment la France les fabrique ? » ; « La France des tire-au-flanc » ; « La France des enfants gâtés » ; « Le spectre islamiste » ; « Cet Islam sans gêne ». La liste n’est hélas pas exhaustive. Éloquents aussi, sont les débats télévisés où Marine Le Pen et les responsables frontistes peuvent allégre­ment développer leurs thèses sans qu’aucune contradiction ne leur soit apportée de la part des journalistes en plateau. David Pujadas, lors de l’émission « Des paroles et des actes » du 22 mai 2014, a choisi d’aborder les questions européennes par le biais de l’immigration, thème obsessionnel de Marine Le Pen. Il ne resta que trente minutes aux autres partici­pants pour développer leurs conceptions de l’Europe économique et sociale, soit cinq minutes chacun ! Déjà le 10 avril, le présentateur de l’émission avait obtem­péré face au refus de Marine Le Pen de dialoguer avec Martin Schulz, président du parlement européen. Au grand dam des journalistes de la chaîne publique.

Interviews complaisantes

Désormais, il n’existe plus de scru­pules à inviter le Front national lors d’émissions pourtant réputées pour leur impertinence ou leur non-confor­misme. Sur Canal Plus, Le Pen père est reçu le 31 mars avec beaucoup d’égards et peu de questions embarrassantes par Antoine de Caunes. Louis Aliot – celui qui traite de « pute » une journaliste de l’Indépendant – est l’invité d’un Thierry Ardisson affable dans « Salut les terriens ». Son interview a été si polie et si convenue que la fédération FN des Pyrénées-Orientales s’est empressée de la mettre en ligne sur son site. Sans par­ler de Moati qui écume les plateaux télé pour promouvoir son livre « Le Pen, vous et moi… » Ne diabolisons pas la famille Le Pen, certes, mais ne leur servons pas la soupe en accréditant l’idée qu’ils parleraient « vrai » des vrais problèmes.

Si on enquêtait vraiment sur le Front national ?

Marine Le Pen a un plan de communication parfaitement huilé pour vendre le soi-disant nouveau visage de son parti. Pour nombre de média, elle ne s’appelle plus « Le Pen », mais « Marine », et ses candidats « jeunes et jolis » ne sont plus ni frontistes ni « lepé­nistes », mais « marinistes ». La vague bleu marine c’est quand même plus poétique et moins effrayant que les chemises brunes ou le kaki des tenues de paras… Marine Le Pen se présente comme la candidate anti-système, vierge de tout scandale, la championne de la laïcité, la voix des laissés pour compte de la crise. Elle appelle Jaurès à la rescousse. Son discours a été lissé pour paraître social. Il peut faire illusion, mais son projet politique ne remet en cause ni le capitalisme ni la course aux profits. La haine de l’autre, de l’étranger est toujours son fonds de commerce. L’indi­gnation moralisatrice et la stigmatisation des électeurs ne suffisent pas. Mais à de très rares exceptions – L’Humanité, La NVO, Médiapart… –, les média n’ont pas entrepris le décryptage du programme frontiste, n’ont pas analysé la gestion municipale de ce parti. « On a principalement fait du journalisme de sondages et de pronostics », accuse amère­ment la journaliste Marie-Éve Malouines, lors de l’émission « Le Secret des Sources » sur France Culture (31 mai 2014).

Nous devons réfléchir au sens de notre métier et à la manière de l’exercer et rappeler sans cesse la res­ponsabilité sociale et citoyenne du journa­liste pour combattre les idées de haine.

*Dominique Candille est journaliste, membre du bureau national du SNJ-CGT.

Article paru dans Témoins, n° 56, décembre 2014, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteure.

Dernière minute !

Steeve Briois, nouveau maire Front national d'Hénin-Beaumont, a été désigné par un jury de journalistes pour le Trombinoscope comme « élu local de l'année ». Les explications, plutôt embarrassées, ont porté sur la nécessité de ne pas faire comme si le FN n'existait pas.

Le Buzz à tout prix, voilà qui n'est pas nouveau. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse disait Alfred de Musset. Assurément, on devine que parmi le jury des journalistes ne figurait pas leur consœur de Médiapart exclue du dernier congres du FN. Le FN est aux anges. De très nombreux journalistes ne le sont pas et, avec eux, des milliers d'élus locaux qui, confrontés à des difficultés grandissantes, voient dans ce prix une véritable provocation.

La Revue du projet n°44, février 2015.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 09:18

France 3 : Le PCF évincé du débat sur les départementales !

VENDREDI, 27 FÉVRIER, 2015

La chaîne du service publique, France 3 Ile de France organise un débat consacré aux départementales le 28 février prochain dans le cadre de son émission « La voix est libre ».

Initiative louable, qui permet tout au moins l’information grand public sur les enjeux de ce scrutin, mais où les invités-es sont choisis-es en fonction, de critères qui selon les responsables de la chaîne » ne permettent pas d’inviter le PCF, ni ses représentants, ni même un-une conseiller général-e sortant-e !

Sont invités à ce débat, qui se veut contradictoire (sic), l’UMP 91, Jérôme GUEDJ au nom du PS et de EELV, on les laisse apprécier, le FN 91 et la représentante du PG 91.

Vrai tour de force de France 3, qui choisit, d’évincer de cet échange, la parole d’un Parti qui est présent dans 19 cantons sur 21, dans des configurations diverses, a 4 sortants FDG dont 3 PCF, des centaines de militants-tes en campagne, dirige 4 villes dans des larges cadres majoritaires de gauche.

Déontologiquement c’est une faute, politiquement c’est de la censure !

Les candidates et candidats :

Alexandre FELS, Annie DAILLY, Marie-Laure VERET, Claude JOSSERAND, Sylvie CLERC, Laurent GABORIAU, Françoise POLI, Bruno PIRIOU, Vice-Président du conseil général, Bernard VERA, Maire de Briis-sous-Forges, Fabienne BELLAY, Jean-Pierre SAUVAGE, Maria-Rita CHERRIER, Marie-France WINGHARDT, Jean-Jacques LE TALBODEC, Yaël LELLOUCHE, Philippe FOURCAULT, Michèle KAUFFER, Samir BENAMARA, Jean-Claude LAURENT, Christelle BAREIX, Dominique GRISSOLANGE, Colette JAN, Florent HUART, Gabriel LAUMOSNE, Françoise SAINT-HILAIRE, Olivier CORZANI, Marjolaine RAUZE, Vice-Présidente du conseil général et Maire de Morsang-sur-Orge, Odile TOITOT, Annick LE POUL, Alain TROALEN, Joëlle SURAT, Yveline LE BRIAND, Stéphane QUAINQUARD, Josselyne LAMBERTIN.

Les autres élus :

Claude VAZQUEZ, Conseiller général, Philippe RIO, Maire de Grigny, Jean FLEGEO, Maire de Saulx-les-Chartreux.

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 13:15

Accusé de torture, un haut responsable marocain va être décoré par la France

  • Le patron du contre-espionnage marocain, visé par une plainte pour "torture" en France, va être élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur.

Mis à jour le 15/02/2015 | 15:39 , publié le 15/02/2015 | 15:39

  • C'est une distinction qui suscite l'étonnement. A l'occasion d'une visite au Maroc, samedi 14 février, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé que Paris allait prochainement décorer le patron du contre-espionnage marocain, pourtant visé par une plainte pour "torture" en France. Cette décision est censée marquer la fin de la brouille née il y a un an entre Paris et Rabat, justement après le dépôt de cette plainte contre Abdellatif Hammouchi.

A la suite de cette plainte, le Maroc avait en effet suspendu la coopération judiciaire avec la France, et limité au strict minimum la coopération sécuritaire.Une décision levée à la fin janvier, après un accord entre les deux gouvernements. En visite au Maroc, samedi, Bernard Cazeneuve a longuement loué "l'expertise" et "l'efficacité" du Maroc "dans l'échange de renseignements",évoquant "un partenaire clé".

Rendant hommage "en premier lieu" à Abdellatif Hammouchi, le patron de la DGST marocaine, le pensionnaire de la place Beauveau a précisé que Paris comptait élever ce dernier au grade d'officier de la Légion d'honneur. Et ce malgré la plainte qui vise toujours ce haut responsable marocain. "La France saura prochainement lui témoigner à nouveau son estime en lui remettant les insignes d'officier", a assuré Bernard Cazeneuve.

"Un véritable scandale, une honte pour la France"

Sans surprise, l'annonce de cette future décoration a fait l'objet de vives critiques à Paris. Décorer Abdellatif Hammouchi dans ces circonstances "me paraît un véritable scandale, une honte pour la France", clame Me Patrick Baudouin, avocat d'un des plaignants, et président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). Et de qualifier d'"avilissant" le fait"d'avoir cédé dans le cadre d'un deal passé avec les autorités marocaines pour permettre un rétablissement de la coopération militaire et sécuritaire", évoquant"une façon de perdre son âme".

C'est une ONG française qui avait déposé une première plainte contre Abdellatif Hammouchi, pour des faits présumés de torture envers deux citoyens marocains. L'association avait été suivie par un boxeur marocain, Zakaria Moumi, qui avait lui aussi déposé plainte contre le patron du contre-espionnage marocain, l'accusant d'avoir assisté à des séances de tortures dans un centre de rétention.

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 07:54

Israël : Hannen Zoabi, députée palestinienne à la Knesset, habitant à Nazareth, empêchée de se présenter aux élections législatives par la Commission électorale israélienne !

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 22:55

Ukraine, le coup d’état...

Dix-huit des meilleurs analystes nord-américains montrent ici que le 22 février 2014, place Maïdan à Kiev, après des mois de déstabilisation politique financée par les États-Unis et l’Union européenne, des groupes soutenus par l’Occident ont confisqué par un coup d’état flagrant le pouvoir d’un président démocratiquement élu. Des extrémistes néo-nazis, à l’avant-garde des manifestations, ont obtenu des ministères et d’autres postes importants dans le nouveau gouvernement non-élu. à cause de la couverture médiatique pro-Maïdan fortement influencée, sinon contrôlée, par les gouvernements occidentaux, les Européens ont généralement vécu ce changement de régime avec apathie. Ils semblent ne pas comprendre qu’il y a eu un coup d’état fasciste au coeur de l’Europe... et un coup d’état soutenu par leurs propres dirigeants. Comme en Libye, Syrie, Yougoslavie, Irak, etc., on a assisté en Ukraine au plus cruel sadisme masqué par une gigantesque puissance de feu médiatique occidentale : assassinats à Maïdan par des snipers d’élite néo-nazis maquillés en police d’État ; immolations vivantes au lance-flammes de fédéralistes pacifiques par des groupes néo-nazis téléguidés par la junte et maquillées en incendie à Odessa devant la police passive et complice ; officines déstabilisatrices de la CIA financées à hauteur de 5 milliards de dollars depuis 1991 et camouflées en ONG humanitaires « pro-démocratie », etc.

Cependant, du développement même de cet affrontement mûrit une « vision politique » : dans le Donbass, le peuple qui pour survivre secoue le joug du libéral-fascisme, prend conscience du fait que l’alternative « ou bien mourir pour un oligarque russe ou bien mourir pour un oligarque ukrainien » n’est pas pertinente et se dépasse nécessairement en : s’approprier collectivement les biens productifs usurpés par les oligarques de toute obédience. Puisse alors ce « retour du réel et du rationnel » refluer comme un boomerang de Donetsk vers l’ouest et montrer aux pyromanes US/UE que désormais le roi est nu.

Ukraine, le coup d’Etat

STEPHEN LENDMAN (dir)

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 12:13
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 09:46
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 15:38

Projet de loi Macron : pourquoi la CGT dénonce la réforme des prud’hommes

Le projet de loi Macron, examiné en commission depuis le début du mois dernier, s’en prend à la justice prud’homale. Une justice déjà attaquée par la loi du 18 décembre 2014 qui autorise le gouvernement à décider par ordonnance de nouvelles modalités de choix des conseillers prud’homaux. Faute d’une participation suffisante aux scrutins, ces derniers pourraient bientôt ne plus être élus, mais désignés sur la base des audiences récoltées par les organisations syndicales lors des élections professionnelles. Alors que la CGT dénonce ce premier coup porté aux conseils des prud’hommes, c’est désormais la réforme prud’homale inscrite dans le projet de loi Macron qui fait réagir la justice prud’homale. Les mesures envisagées ne sont pas de nature à la rendre plus performante, s’insurge-t-on à la CGT. Stéphane Weinberg, défenseur syndical au Conseil des Prud’hommes de Niort nous explique pourquoi ça grince.

C.R. : Depuis plusieurs mois, le discours du patronat a évolué. D’une rigidité trop élevée du droit du travail, le patronat insiste désormais sur la nécessité de déjudiciariser les relations du travail. Peux-tu nous en dire plus ?

S.W. : Les employeurs auraient peur d’embaucher car ils auraient la crainte d’être poursuivi plus tard par leurs salariés. Plutôt que leur expliquer que respecter la loi suffit à éviter ces poursuites, le gouvernement préfère faciliter les infractions en évitant aux patrons de se retrouver devant un tribunal. Aujourd’hui, à côté des mesures d’exceptions au repos dominical et en soirée, un projet de loi veut réformer le contrôle du droit du travail en s’attaquant à la justice prud’homale et à l’inspection du travail. Il semble donc que, pour ce gouvernement, le développement de l’emploi, et donc la lutte contre le chômage, passe par le démantèlement de tous ce qui protège les travailleurs, notamment la justice spécifique qui est la leur, la prud’homie. Le mépris de ce gouvernement à l’encontre du monde du travail prend toute son ampleur quand c’est un ministre de l’économie qui reforme la justice du travail là où les ministres concernés n’ont pas droit de cité. Ces attaques contre la justice du travail sont dénoncées par toutes les organisations syndicales représentées au conseil supérieur de la prud’homie à l’exception de la CFDT qui était déjà favorable à la suppression des élections.

> La justice des prud’hommes est une justice particulière qui permet aux salariés et aux employeurs d’être jugés par leurs pairs : des salariés et des employeurs. C’est une justice gratuite, où chacun peut faire valoir ses droits ou se défendre soi même. C’est une justice simple, qui permet à n’importe qui de se présenter devant les juges sans procédures compliquées et lourdes. Elle permet à chaque salarié qui verrait son employeur contrevenir au droit du travail de demander réparation devant la justice. Elle rétablit le déséquilibre créé par le lien de subordination du contrat de travail. La juridiction prud’homale a toujours été dans le viseur du patronat.

C.R. : Pour le ministre de l’Economie, l’idée serait de faire plus simple et plus vite, en professionnalisant les conseils de prud’hommes. En quoi cela consiste-t-il ?

S.W. : Le ministre de l’Economie veut mêler conseillers prud’hommes et juges professionnels pour raccourcir le processus. Actuellement, la procédure débute par une phase devant un bureau de conciliation. Si aucun accord n’est trouvé, les parties passent alors devant un bureau de jugement (BJ) : la fameuse audience publique. Si aucune décision ne ressort du BJ car il y a partage des voix, l’affaire est envoyée devant une formation de départage, avec un juge professionnel départiteur. Le projet de loi Macron prévoit la possibilité – si toutes les parties sont d’accord – de passer directement de la conciliation à cette formation mêlant conseillers prud’hommes et juge professionnel (voir même de s’exonérer de la première étape). Pour un salarié, éviter des longs mois avant un jugement est alléchant. Le problème c’est qu’il est souvent très délicat de juger une affaire rapidement, sans avoir toutes les phases d’un jugement, pour juger en toute connaissance de cause. Ce n’est pas forcément un choix éclairé. Pour cette procédure accélérée, le gouvernement prévoit une formation restreinte de deux juges, un salarié et un employeur, qui statuerait dans les 3 mois. C’est un effet d’annonce qui sert à introduire des informations différentes de ce qui se pratique actuellement. Pour se diriger doucement vers l’échevinage, c’est-à-dire vers des formations de jugement où les conseillers prud’hommes n’auraient plus que le rôle d’assesseurs, la présidence, et in fine la décision finale, reviendrait à un juge professionnel. Ces délais, et tous ceux qui connaissent les prud’hommes le savent, ne pourront être tenus… Avec la réforme Dati et la fermeture de 62 conseils de prud’hommes, ces derniers se sont déjà vus confier plus d’affaires sans voir leurs moyens augmentés. Sur le Conseil de Prud’hommes de Niort par exemple, c’est le départ de 50% du personnel de greffe auquel on a assisté cette année avec la mutation de la greffière en chef à la Cour d’appel de Poitiers et la retraite d’une greffière.

> Signer la pétition en ligne, pour exiger des moyens pour la justice prud’homale et le rétablissement de l’élection des conseillers prud’hommes.

C.R. : Au-delà de l’aspect difficilement réalisable, c’est une entorse au principe de jugement par les pairs, non ?
S.W. : Tout à fait, c’est pourtant un fondement des conseils de prud’hommes. Pour le ministre de l’Economie, les juges prud’homaux ne sont pas des professionnels du droit. Tout dépend ce qu’on attend du conseil de prud’hommes… Les plus à même pour juger une problématique de relation de travail, ce sont les employeurs et les salariés, non ? Dans la forme actuelle, c’est la société civile qui juge les litiges qui peuvent naître de la relation de travail. Une juge professionnel n’a jamais mis les pieds dans une entreprise. A ce titre, il n’aura pas forcément un regard plus pertinent qu’un employeur ou un salarié. L’interprétation de chaque motif de licenciement est différent (80% des litiges sont liés à un licenciement). On ne peut appliquer brutalement la loi, tout cela relève de l’appréciation. Comment professionnaliser ce genre de chose ? Un juge professionnel a tendance à appliquer la loi de manière plus stricte qu’un conseiller et à se référer à la jurisprudence de la cour de cassation. Le fait que les conseillers connaissent la réalité de la vie en entreprise leur permet d’avoir un regard différent dans l’appréciation des faits. Ils peuvent savoir si une faute est véritablement grave ou non, si la sanction est vraiment proportionnelle à la faute. Les conseillers prud’hommes ont une façon plus humaine de traiter les affaires. De ce point de vue, le jugement par les pairs est une chance pour les salariés, non une anomalie.
C.R. : Les prétextes à cette réforme ne sont pas uniquement la supposée partialité des juges, leur non professionnalisme ou les délais trop longs, c’est aussi selon le ministre, un taux de conciliation trop bas. Qu’en penses-tu ?
S.W. : C’est tout et n’importe quoi, mais surtout une nouvelle fois des contre-vérités comme celles qui ont servi de prétextes à la suppression des élections (ndlr : loi du 18 décembre 2014). Les taux de conciliations qui seraient trop bas est un argument d’une mauvaise foi caractérisée pour sous-entendre une certaine incompétence des conseillers prud’hommes. Ce n’est pas un hasard si le ministre parle de « professionnalisation » des conseils… Si le nombre des affaires réglées des l’audience de conciliation ne représentent que 9,5% des affaires introduites, c’est oublier toutes les affaires qui voient une issue entre cette audience et celle de jugement qui font monter le taux de règlements amiables à 20% des affaires, soit pratiquement 1 sur 4. En effet, la justice prud’homale a cette autre particularité de permettre aux parties de trouver un accord jusqu’au passage devant les juges. Et je ne parle pas ici des conciliations partielles qui découlent de l’unicité d’instance.

C.R. : Il est aussi fait état d’un taux d’appel trop important.

S.W. : En effet, il serait de 53%, contre 12,5% pour les tribunaux de grande instance et 5,3% pour les tribunaux d’instance. Cela justifierait de confier cette justice particulière à des juges professionnels. C’est encore oublier une des particularités de la justice prud’homale qu’est l’unicité d’instance. Pour être clair, l’unicité d’instance est l’obligation qui est faite à celui qui saisit les prud’hommes de réunir en une seule instance TOUTES les demandes liées au contrat de travail. Lorsqu’un salarié conteste son licenciement, il peut donc se greffer sur cette demande un problème d’heures supplémentaires qui n’ont pas été payées, une demande relative à des congés payés, à un harcèlement… Un salarié peut évidemment obtenir gain de cause sur certaines demandes et être débouté des autres et faire appel pour ces dernières.

De la même façon, un employeur peut se voir condamner sur une partie des demandes et pas sur le surplus, peut être fera-t-il appel des demandes pour lesquelles il a été condamné. Ce qui amène évidemment a un taux d’appel plus élevé que dans des juridictions ou n’est examiné qu’une seule demande à chaque fois. Sans parler des recours formés par les employeurs de manière tout a fait abusive dans l’espoir que le salarié renoncera ou acceptera un accord.

C.R. : Sur quel point ce projet de loi semble-t-il être le plus dangereux ?

S.W. : C’est la question de la prétendue partialité des juges qui pose le plus gros problème. Ce projet de loi refond tout un arsenal de mesures disciplinaires pour mettre les conseillers prud’hommes au pas. Alors que la formation n’est abordée que dans 2 articles, les mesures de rétorsion à l’encontre des juges représentent presque deux pages de ce texte. Il est demandé aux conseillers prud’hommes d’exercer leurs fonctions en toute indépendance, impartialité, dignité et probité, de se comporter de façon à exclure tout doute légitime à cet égard. Ils s’abstiennent de tout acte ou comportement public incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions. C’est joli et plein de bonnes intentions mais ça veut dire quoi ? Que les juges prud’homaux seraient partiaux et inféodés à leurs organisations syndicales ? C’est oublier que les conseillers prud’homaux, salariés ou employeurs, sont d’abord des syndicalistes, élus pour faire respecter le droit. Et lorsqu’on voit l’attitude de certains conseillers employeurs, on peut s’interroger sur la partialité qui est la leur… Ce qui fait l’impartialité de ces jugements, c’est justement ce paritarisme qui oblige des salariés et des employeurs à appliquer le droit de manière impartiale. Après débats, dialogues, et moult haussements de ton s’il le faut. S’il y a bien un lieu ou existe le dialogue social dont on nous rabâche les oreilles, c’est bien dans ces délibérés.

C.R. : Ce projet de loi prévoit qu’un conseiller prud’homme ne peut pas exercer plusieurs mandats. Quelque chose cloche, non ?

S.W. : L’article L.1442-11 nous explique que l’acceptation par un conseiller prud’homme d’un mandat impératif, avant ou après son entrée en fonction et sous quelque forme que ce soit, constitue un manquement grave à ses devoirs. Et que cela entraîne l’annulation de l’élection de ce juge, son inéligibilité ou sa déchéance. Clairement, ça veut dire qu’un conseiller prud’homme qui serait également délégué syndical dans son entreprise serait inéligible ou déchu de son mandat. Ca doit être une blague. Si on voulait empêcher les organisations syndicales de présenter des militants à ce mandat, on ne s’y prendrait pas autrement. C’est une atteinte grave au droit de chacun d’avoir des activités syndicales, au droit de chacun de prendre position. Un autre volet de cette loi, très dangereux à notre sens, est la possibilité d’évitement du juge qui est offerte aux employeurs par l’ouverture de la médiation civile aux litiges liés au droit du travail et la possibilité de conclure avec le salarié une convention de procédure participative qui n’est rien d’autre qu’un accord engageant les parties à trouver un accord « amiable » en cas de litige. Ce qui nierait dès lors le caractère inégal de la relation de travail caractérisé par le lien de subordination.

Pour manifester leur opposition à ce projet de loi, de nombreux Conseils de Prud’hommes ont décidés lors des assemblées générales de rentrée, d’actions menées lors des débats parlementaires. Dans les Conseils de Niort et Thouars, sous l’impulsion de la CGT, le collège salarié, à l’exception de la CFDT, a décidé de faire la grève des audiences entre le 26 janvier et le 6 février 2015.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:38
  • France 3 : l'appel au secours d'une rédaction

27 JANVIER 2015 À 16:22

TRIBUNE

En voulant fusionner les rédactions nationales de France 2 et France 3, la direction de France Télévisions signe l'arrêt de mort de la Trois.

Un immense sentiment de honte, c’est ce qu’a éprouvé la rédaction nationale de France 3, le 7 janvier 2015. Une heure après l’attentat contre Charlie Hebdo, l’édition nationale de la mi-journée faisait ses titres sur l’ouverture des soldes et les bains de mer en hiver.

Les téléspectateurs réagissent aussitôt, scandalisés : «Comment pouvez-vous avoir relégué au second plan dans votre journal une information aussi importante et dramatique ?», écrit un téléspectateur. «Comment peut-on continuer de débiter des banalités sachant que des confrères se font massacrer ? Les infos deviennent une entreprise d’abrutissement collectif», poursuit un autre. «C’est fini je ne vous regarde plus. J’ai honte !», conclut un troisième.

UNE MORT PAR ASPHYXIE

Un crash éditorial qui révolte toute une rédaction, mais aussi toute une chaîne : France 3, la chaîne des régions. Mais cela ne suffisait pas. Dans les jours qui ont suivi, nous avons vu une chaîne du service public en écraser une autre. France 2 prenait l’antenne en continu, réquisitionnant tous les moyens techniques, désormais mutualisés, entravant ainsi le travail des équipes de France 3 sur le terrain. Et alors que les citoyens se rassemblaient par millions dans toute la France et que toutes nos stations régionales se mobilisaient, leur chaîne continuait à diffuser jeux et séries !

Ce faisant, la direction de France Télévisions a dévoilé ses véritables intentions et objectifs pour l’avenir. Son projet «Info 2015» de fusion des rédactions nationales de France 2 et France 3 signe purement et simplement la mort de la rédaction nationale de France 3. Une mort par asphyxie qui a commencé il y a quatre ans lorsque le directeur de l’information, Thierry Thuillier, a décidé de confiner l’information sur la Trois à la «proximité». Comprendre : le franchouillard, les faits divers et les catastrophes, pour laisser à France 2 l’international, la politique, l’économie. C’est ainsi que des pans entiers de notre travail ont été abandonnés : comme le suivi des quartiers défavorisés et les reportages à l’étranger, où nous étions pourtant les rares à proposer un autre regard.

C’est un modèle d’information lancé il y a trente ans que l’on assassine. Un modèle qui a su faire ses preuves en associant aux sessions d’information locale et régionale, la dimension nationale et internationale. Une formule qui garde le soutien de ses téléspectateurs.

HUMILIATIONS, DÉCLASSEMENT, DÉPROFESSIONNALISATION

L’originalité de France 3, c’est aussi un réseau de rédactions composées de femmes et d’hommes de toutes origines et de tous milieux. Nous sommes souvent en désaccord entre nous et avec notre hiérarchie, nous sommes turbulents, mais nous sommes fiers d’appartenir à cette rédaction de France 3, où la liberté d’expression doit rester notre moteur. Nous avons fait de l’esprit critique notre marque de fabrique avec la volonté d’offrir aux téléspectateurs une autre manière de rendre compte de l’actualité.

Le 7 janvier et les jours qui ont suivi, nous avons délibérément été empêchés de faire notre métier d’informer, parce que le choix a été fait de confier la couverture d’un événement majeur à une seule chaîne, France 2. Forts de notre identité, ancrée dans les régions, nous n’aurions certainement pas dit les mêmes choses, ni relaté les faits de la même manière.

Cette faillite éditoriale est le résultat d’un lent et réfléchi travail de sape. Depuis quatre ans, la rédaction nationale de France 3 subit humiliations, déclassement et déprofessionnalisation, sur fond de révolution numérique gérée de façon calamiteuse. En région, on ferme des éditions locales, les bureaux régionaux sont exsangues… Nous disons assez, stop ! Avec France 2, nos confrères et collègues, nous disons oui au partage de certains moyens techniques, dans un souci d’économies, mais nous clamons : non au pillage.

Si nous ne réagissons pas et si les téléspectateurs-citoyens ne nous viennent pas en aide pour sauver France 3, c’est à la fois la pluralité et le pluralisme de l’information à la télévision publique qui vont s’éteindre. France 3 doit vivre, c’est pourquoi nous lançons ce SOS !

Texte voté à l’unanimité le 26 janvier en assemblée générale.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 08:36

Prix politique au FN : « C'est lamentable» Olivier Dartigolles (PCF)

MERCREDI, 28 JANVIER, 2015

HUMANITE.FR

Le FN vient d'être récompensé par la remise d'un prix politique par le Trombinoscope. Steeve Briois, nouveau maire d'Hénin-Beaumont, a été désigné par un jury de journalistes pour le Trombinoscope comme "élu local de l'année". Les explications, plutôt embarrassées, ont porté sur la nécessité de ne pas faire comme si le FN n'existait pas. En effet, il existe et le bilan de la première année des municipalités FN est une saisissante illustration de ce qu'est véritablement ce parti.

Comment récompenser le maire d'Hénin-Beaumont qui, aussitôt élu, a décidé de priver la Ligue des droits de l’homme de son local ? Alors que le débat national interroge le vivre ensemble, comment, quand on connaît les politiques stigmatisantes menées par les maires frontistes, faire de l'un d'eux "l'élu local de l'année" ? Sur quels critères ce prix a-t-il été décerné ?

C'est lamentable.

Le Buzz à tout prix, voilà qui n'est pas nouveau. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse disait Alfred de Musset. Assurément, on devine que parmi le jury des journalistes ne figurait pas leur consœur de Médiapart exclue du dernier congres du FN.

Le FN est aux anges. De très nombreux journalistes ne le sont pas et, avec eux, des milliers d'élus locaux qui, confrontés à des difficultés grandissantes, voient dans ce prix une véritable provocation.

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF

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BRUNO FORNACIARI

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