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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 10:31

Ce que les médias passent sous silence à propos de Cuba

Depuis le décès de Fidel Castro, les mêmes propos sont répétés en boucle par les journalistes et les hommes politiques : Cuba est l’une des dernières dictatures, elle enferme ses opposants, viole les droits de l’homme et affame son peuple. L’occasion est trop belle pour dire tout et n’importe quoi à ce sujet. Réponse aux mensonges et raccourcis à propos de Cuba.

Ségolène Royal, pour avoir osé dire qu’il « n’y a pas de prisonniers politiques à Cuba », a vu un torrent de boue s’abattre sur elle. Simplement parce qu’elle a eu l’outrecuidance de défendre Cuba. Car c’est bien cela qui lui est reproché, puisque personne n’a apporté le moindre élément permettant de démentir son affirmation.

Ah non, pardon, en réalité, seul Amnesty International a tenté un truc. Comme unique exemple à charge, l’organisation cite le cas de l’artiste El Sexto, arrêté pour avoir tagué « se fue » (« il est parti », ce que certains interprètent comme une référence au décès de Fidel Castro) sur le mur d’un grand hôtel de la Havane et de plusieurs bâtiments prestigieux ! Scandaleux ! Il est vrai qu’à Paris, si un artiste avait eu l’idée de taguer le Fouquet’s ou la Cathédrale Notre-Dame, la police l’aurait probablement applaudi et il n’aurait bien sûr encouru aucune poursuite pénale…

Je ne sais pas qui s’occupe de la com’ d’Amnesty International, mais si c’était pour sortir une ânerie pareille, il aurait mieux valu faire comme tous les autres et dénoncer sans preuve, cela aurait été hautement plus crédible…

« Mais peu importe ! » diront les autres. « Cuba est une dictature et rien ne le justifie ! »

Vraiment ? Retour en arrière

De la soumission aux États-Unis à la révolution

Cuba, de 1899 à 1959, était de fait une colonie états-unienne. Connue comme étant « le bordel de l’Amérique », l’île était alors gangrenée par la pauvreté, la prostitution, le jeu, les narcotrafiquants, la mafia et autres malfrats états-uniens venus échapper à la prohibition. Pour se faire une idée, il faut savoir que Miami et Las Vegas n’existaient pour ainsi dire pas avant la révolution cubaine, puisque l’île tenait leur rôle.

1938
Le dictateur Batista (à droite) en visite aux Etats-Unis en 1938.

Lorsque les guérilleros conduits par Fidel Castro rentrent victorieux à la Havane le 8 janvier 1959, ils viennent de renverser la dictature militaire pro-américaine de Fulgencio Batista, responsable de la mort de 20 000 cubains en sept ans. Beaucoup reprochent à Fidel Castro de s’être alors rendu coupable d’un nettoyage politique contraire aux droits de l’Homme. Mais de quoi parle-t-on ?

Fidel Castro avait maintes fois appelé la population à ne pas se livrer à la vengeance et à un « bain de sang », mais à laisser la révolution rendre justice. Il y eut donc des procès qui ordonneront 631 condamnations à mort et amèneront 146 proches de Batista à être fusillés. Il n’y eut aucun lynchage ou exécution sommaire. Comparons ces chiffres à une situation similaire : en 1944, lorsque la France fut libérée, il y eu près de 9 000 exécutions sommaires et plus de 1 500 condamnés à mort (parmi eux on compte des écrivains et des journalistes, ce qui ne fut pas le cas à Cuba). Il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause le gouvernement de l’époque ou le Général de Gaulle pour ces faits.

La guerre meurtrière des États-Unis contre Cuba

Le nouveau gouvernement cubain se heurte rapidement à l’opposition des États-Unis. Ces derniers sont irrités par ses réformes et les nationalisations. Ils mettent fin à l’importation de sucre en provenance de l’île (qui représentait 80 % des exportations de Cuba vers les États-Unis et employait près de 25 % de la population). En 1962, les États-Unis vont jusqu’à imposer un embargo à Cuba qui rompt les relations commerciales entre les deux pays (même alimentaires), et obligent la majeure partie des pays américains et leurs alliés occidentaux à faire de même.

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191 pays ont condamné l’embargo des Etats-Unis sur Cuba. L’ONU a condamné 18 fois ce qu’elle considère comme un « blocus ».

Tout produit élaboré avec des éléments d’origine cubaine est interdit d’entrée aux États-Unis. Les avoirs de l’État cubain aux États-Unis sont gelés. Les transactions financières sont interdites. Tout échange en dollars avec l’île est sanctionné. Pendant des décennies, il sera interdit aux citoyens états-uniens de se rendre à Cuba. Le but affiché des États-Unis est de profiter des difficultés que provoque l’embargo pour provoquer la chute de Fidel Castro.

L’embargo sur Cuba est encore en vigueur aujourd’hui. C’est l’embargo commercial le plus long de l’époque contemporaine. Il n’a cessé d’être renforcé par les États-Unis (jusqu’en 2009) : en 1996, la loi Helms-Burton interdit à toute personne ou entreprise dans le monde de commercer des produits issus de biens américains qui ont été nationalisés par le régime cubain après la révolution.

En 2004, l’administration Bush adopte une loi visant à condamner à dix ans de prison et à un million de dollars d’amende tout citoyen états-unien se rendant à Cuba sans autorisation, ou avec autorisation mais plus de 14 jours, ou qui dépenserait sur l’île plus de 50 dollars par jour, ou qui enverrait de l’argent à un proche adhérent du parti communiste local.

L’embargo a donc condamné Cuba à l’autarcie, la poussant dans les bras des soviétiques. En 2014, on estimait les pertes directement liées à l’embargo à 116 milliards de dollars pour l’île.

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Le groupe terroriste Alpha 66 fêtant ses 50 ans à Miami.

Mais quand il s’agit de l’Amérique latine, son « pré carré », les États-Unis ne s’attaquent pas qu’au portefeuille. Ils ont aussi financé à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars toutes sortes d’activités pouvant nuire à Cuba, terrorisme compris. Ainsi, des groupes comme Alpha-66 et Omega 7, entraînés en Floride, se sont rendus responsables de divers sabotages et attentats (rien qu’en 1960-1961, sur une période de sept mois, la CIA a commandité 110 attentats à la dynamite, a fait placer 200 bombes, et déclenché 800 incendies dans des plantations), faisant de Cuba l’un des pays au monde qui déplore le plus grand nombre de victimes d’attentats (3500 morts et 10 000 blessés dont plus de 2 000 handicapés à vie). En 1971, la CIA fit importer une épidémie de peste porcine africaine sur l’île, à l’aide de ces organisations terroristes. En 1981, l’introduction de la dengue hémorragique toucha près de 350 000 personnes à Cuba, et entraîna la mort de 158 d’entre elles dont 101 enfants. Durant toute sa vie, Fidel Castro aura été la cible de 638 tentatives d’assassinats.

Face à toutes ces menaces, Fidel Castro, qui voulait pourtant la démocratie sur l’île, dut se résigner à accroître la répression, la censure et le poids du parti communiste cubain, qui devint peu à peu le parti unique de l’île.

« Imaginez ce que serait la situation aux États-Unis si, dans la foulée de leur indépendance, une superpuissance leur avait infligé pareil traitement : jamais des institutions démocratiques n’auraient pu y prospérer », résume Noam Chomsky. Il est de bon ton de donner, du haut de sa France stable du XXIe siècle, des leçons à Fidel Castro sur le type d’institutions démocratiques qu’il aurait dû mettre en place pour recevoir un brevet de « pays moralement soutenable par l’Occident ». 238 morts causés par le terrorisme djihadiste nous ont récemment amenés à envisager une remise en cause de l’État de droit : multiplions le nombre de victimes par 15, ajoutons-y un blocus terrible, le financement de partis d’opposition par l’étranger et nous comprendrons ce qui a poussé le gouvernement cubain à mettre en place ces mesures autoritaires.

 

 

 

Les droits de l’Homme à Cuba

Il convient encore de citer Noam Chomsky : « Concernant les violations des droits de l’Homme, ce qui s’est produit de pire [à Cuba] ces quinze dernières années a eu lieu à Guantánamo, dans la partie de l’île occupée par l’armée américaine, qui y a torturé des centaines de personnes dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». »

Pour ceux qui pensent le contraire (ce qui montre bien le niveau de désinformation qu’il y a quand il s’agit de Cuba) : il y a des élections à Cuba. Ici, le 19 avril 2015 lors du premier tour des élections municipales.

La censure n’a quasiment plus cours à Cuba depuis les années 1990. Il n’y a aujourd’hui plus un seul opposant politique ou journaliste en prison à Cuba (or, faut-il le rappeler, les États-Unis étaient en 2005 le 6e pays au monde avec le plus de journalistes en prison, selon Reporters Sans Frontières). Cuba n’a condamné personne à mort depuis 2003 ; même en 2006, lorsqu’il y eut de nouveaux attentats, la peine de mort n’a pas été appliquée. Cuba ne s’est jamais rendu coupable de torture. Cuba ne possède pas de police anti-émeute (les CRS en France).

La liste de « prisonniers politiques » fournie par les opposants cubains, sur laquelle les médias occidentaux se basent, ne comprend aujourd’hui plus que des criminels que même Amnesty International refuse de prendre en compte parce qu’elle est composée « de gens jugés pour terrorisme, espionnage ainsi que ceux qui ont tenté et même réussi à faire exploser des hôtels » (rapport d’Amnesty International de 2010).

Bien qu’il se pluralise de l’intérieur, le parti unique existe toujours à Cuba. Il faut cependant noter l’existence d’institutions démocratiques inconnues en France, comme le référendum d’initiative populaire qui permet de révoquer les élus. Une forme de démocratie directe existe à Cuba : les habitants se réunissent en assemblées de quartier pour délibérer sur le choix d’un candidat (il est interdit au parti communiste de désigner un candidat) et peuvent le révoquer à tout instant.

Le bilan de Fidel Castro : le socialisme concret

Si Cuba n’a pas choisi la voie de la démocratie libérale, c’est avant tout pour préserver l’héritage de la révolution, à savoir celui d’un socialisme concret qui vient en aide aux plus démunis et qui s’est instauré (avec réussite) malgré l’embargo. En voici quelques exemples :

A Cuba, personne ne dort dans la rue. C’est le seul pays d’Amérique latine et du tiers-monde à s’être débarrassé de la malnutrition infantile, selon l’Unicef. L’île a atteint le plein emploi (le taux de chômage y était de 3,2% en 2011). Les inégalités y ont été réduites de près de 30% depuis la révolution (selon l’évolution de l’indice de Gini, qui sert à calculer les inégalités). En 2016, 60% du budget de l’État correspond aux dépenses courantes de maintien des services gratuits de base dont bénéficient tous les Cubains.

Cuba a, en dépit du blocus, et ce, dès 2015, avant même la date prévue, atteint les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) définis par les Nations Unies.

Au niveau de l’Indicateur de Développement Humain (IDH), Cuba se classe 67e selon l’ONU. Devant le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique, la Turquie, l’Ukraine, l’Afrique du Sud, l’Iran… Hors revenus, Cuba se classe même 26e, devant notamment le Royaume-Uni.

A Cuba, le secteur des travailleurs indépendants et d’autres formes de gestion non-étatique sont aujourd’hui en expansion. 504 000 Cubains travaillent à leur compte : ils sont protégés par le système de sécurité sociale et bénéficient du droit à la retraite – on est donc loin du cliché du pays communiste qui bride la liberté d’entreprendre.

Dès 1961, soit deux ans après la révolution, Cuba fut l’un des rares pays à avoir éradiqué l’analphabétisme. Dans le détail, le taux d’alphabétisation des 15-24 ans atteint aujourd’hui les 100%, et celui des adultes 99,8%, ce qui place Cuba dans le top 5 des pays les plus alphabétisés au monde selon l’ONU.

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Trente pays bénéficient du programme d’alphabétisation cubain « Moi aussi je peux » qui a permis d’apprendre à lire et à écrire à plus de 10 millions de personnes.

L’accès gratuit et universel à l’éducation est garanti à tous les citoyens à Cuba. Selon l’UNESCO, Cuba est le pays qui affiche le meilleur résultat d’Amérique Latine et des Caraïbes en matière d’éducation. Cuba est le pays disposant du plus grand nombre d’enseignants par habitant et du plus faible nombre d’élèves par classe dans le primaire et le secondaire (19 élèves par maître dans le primaire et 15 dans le secondaire).

En 1959, Cuba ne comptait qu’une seule université. Aujourd’hui l’île compte 52 établissements d’enseignement supérieur. Le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur y était de 95,2% en 2011, soit le 2e meilleur score du monde (derrière la Corée du Sud) selon l’ONU. La télévision cubaine diffuse régulièrement des cours du second degré pour la population adulte.

D’après l’ONU, la mortalité infantile à Cuba est de 4,2 pour 1000, soit le taux le plus faible du continent américain, (à titre de comparaison, il est de 5,9 pour 1000 aux USA). Toujours selon l’ONU, celui-ci était de 69,86 pour 1000 avant la révolution.

L’espérance de vie à Cuba est de 79,4 ans selon l’ONU. Soit 0,3 ans de plus qu’aux États-Unis et seulement 1 an et demi de moins qu’en Allemagne. C’est le 3e meilleur chiffre d’Amérique derrière le Canada et le Chili. C’est 5 ans de plus que la moyenne de la zone Amérique latine et Caraïbes et c’est dans la moyenne des pays riches de l’OCDE

 

A Cuba, l’accès gratuit à tous les services de santé est garanti. Il y a un médecin pour 137 habitants de l’île, soit le meilleur ratio au monde. C’est plus de deux fois plus qu’en France (1 pour 299). Depuis la révolution, 110 000 médecins ont été formés à Cuba. Avant, il n’y en avait que 6 000, dont la moitié a fui le pays lors de la révolution. Cuba est le seul pays au monde à avoir créé un vaccin contre le cancer du poumon et un médicament permettant d’éviter les amputations liées à l’ulcère du pied diabétique.

L’école de médecine de la Havane, « la plus avancée au monde » selon le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, forme aujourd’hui 11 000 jeunes venus de 120 nations. Depuis la révolution, l’île a même déployé 135 000 soignants à travers le monde, lors de catastrophes naturelles ou humanitaires. En reconnaissance de ses efforts, Fidel Castro fut le premier chef d’État à recevoir la médaille de la Santé pour tous, décernée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2014, l’OMS qualifiait le système de santé cubain « d’exemple à suivre ».

Un an après la révolution, Cuba a interdit la ségrégation raciale, soit sept ans avant les États-Unis. La même année, la fédération des femmes cubaines fut crée. L’égalité femme-homme est une réalité sur l’île, notamment du point de vue salarial. En 2013, Cuba occupait le troisième rang mondial du plus grand pourcentage de femmes élues députés. Elles président 10 des 15 provinces du pays. Alors que l’île comptait plus de 150 000 prostituées dans les années 50, la prostitution a été éradiquée en 1967 (pas définitivement, hélas, car elle tend à réapparaître ces dernières années : elles seraient entre 12 et 20 000 aujourd’hui selon les opposants). Les prostituées ont été soignées (30 à 40% d’entre elles souffraient de la syphilis), éduquées, logées et réinsérées.

Cuba promeut la prévention en matière d’éducation et de réinsertion sociale pour éviter la délinquance. C’est l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine : le taux d’homicide volontaire y est de 4,2 pour 100 000 habitants (contre une moyenne de 23 pour 100 000 en Amérique latine). Cuba est le pays d’Amérique Latine qui enregistre le moins de violences contre les enfants.

Libertés individuelles ou libertés collectives ?

Contredire les mensonges répandus à propos de Cuba n’empêche évidemment pas de jeter un regard critique sur les erreurs commises par le gouvernement, comme pour n’importe quel autre pays, à n’importe quel moment de l’histoire. Mais on ne peut déclarer que la révolution a été volée d’un coup par un « régime dictatorial ». Car le gouvernement cubain a toujours été cohérent dans ce qu’il a accompli. La même logique, le même objectif, ont été poursuivis de A à Z.

Le clivage à propos de Cuba devrait se résumer ainsi : si l’on pense que les libertés collectives priment sur les libertés individuelles, alors on soutient Cuba ; si l’on pense l’inverse, alors on condamne. Les deux ne sont évidemment pas contradictoires, et certains gouvernements ont même décidé de ne pas choisir. Prenons l’exemple de deux d’entre eux : le Chili de Salvador Allende et le Venezuela d’Hugo Chavez.

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Salvador Allende et Fidel Castro.

Salvador Allende, malgré les menaces que faisaient planer les États-Unis depuis son élection en 1971, a décidé de rester démocrate jusqu’au bout, avec la fin qu’on connaît : le putsch de 1973 mené par le général Pinochet, qui fit 3 à 4 000 morts et contraignit Allende au suicide, le Chili devenant alors une dictature militaire ultralibérale pour les vingt années qui suivirent.

Au Venezuela, le même scénario faillit se reproduire : en 2002, un coup d’État eut lieu, et Chavez, élu démocratiquement, aurait dû être fusillé dans la foulée. Mais le peloton d’exécution refusa d’obtempérer et il eût la vie sauve. La révolte des militaires et de la population contraignit les putschistes à renoncer.

Au Chili, les États-Unis ont préparé le terrain pour que le coup d’état se produise, l’ont piloté en sous main et l’ont officiellement soutenu. Au Venezuela, les putschistes furent financés par les États-Unis et la CIA fut directement impliquée.

A l’aune de ces exemples, et de toutes les tentatives de déstabilisation états-uniennes à Cuba citées plus haut, on comprend bien qu’il va falloir prendre en compte le fait suivant : non, Cuba n’avait pas, et n’a jamais eu, le choix d’être une démocratie libérale. C’est à contre-cœur, et contraint et forcé par les agressions états-uniennes, que Fidel Castro a mis en place des mesures liberticides à Cuba. Il faut également prendre en compte un autre élément : beaucoup de démocraties dans le tiers-monde sont des farces. Regardez par exemple la Colombie, où l’on compte depuis le début de l’année, 70 assassinats de proches du parti socialiste, ou le Honduras, où dès qu’un président un peu trop de gauche est élu, hop !, les militaires font un coup d’État avant de réorganiser des élections.

Ce sont tous des pays où une large part de la population est maintenue dans l’extrême pauvreté, où la violence et la corruption sont reines et où les gouvernements pratiquent régulièrement les « disparitions », l’assassinat et la torture. Comme Fidel Castro le rappelait souvent : A quoi sert la démocratie ou la liberté d’expression dans un pays qui compte 50% d’analphabètes ? Dans un pays où une grande partie de la population meurt de faim ou de maladie ? L’éducation, la médecine, la répartition des richesses : toute démocratie n’est que comédie sans ces libertés collectives préalables.

Aristote, dans Les Politiques, avait déjà bien compris que l’objectif d’un État n’est en rien la forme de ses institutions, mais sa capacité à agir ou non dans l’intérêt de son peuple. Il n’aura échappé à personne la façon dont les peuples reçoivent, chaque fois, ceux qui tentent d’imposer la « démocratie libérale » dans leur pays. La première volonté des peuples est d’abord de se libérer des puissances qui les étranglent et de pouvoir vivre par eux-mêmes : ça s’appelle la souveraineté nationale. C’est là que réside la clé pour comprendre Cuba : plus que tout, le génie de Fidel Castro, c’est d’avoir su interpréter, et appliquer, la volonté générale de son peuple. Les Cubains lui en sont reconnaissants, notamment car ils ont été les premiers acteurs de la transformation de l’île. Les centaines de milliers de Cubains à s’être réunis aux quatre coins du pays pour saluer la mémoire du Comandante en sont la parfaite illustration.

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 13:09

Procès Antoine Deltour : le PCF demande la relaxe au nom de l’intérêt général et du droit à l’information

 

 

Mardi s’ouvrira au Luxembourg le procès du lanceur d’alerte Antoine Deltour et du journaliste Edouard Perrin, accusés de vol et recel de documents confidentiels et de violation du secret professionnel. Ils risquent tous deux jusqu’à 5 ans de prison ferme et 1 250 000€ d’amende.

 

Les fichiers divulgués, les fameux « taxrulings » ne sont pas illégaux, car réalisés avec l’accord de l’administration luxembourgeoise. La démarche d’Antoine Deltour et d’Edouard Perrin, motivée par des convictions citoyennes, a simplement permis de montrer la sophistication des montages fiscaux d’entreprises comme Starbucks, Ikea, Amazon ou Disney, qui ne paient quasiment aucun impôt dans l’Union Européenne, déclenchant par là l’affaire LuxLeaks.

 

Pour son action, Antoine Deltour a été décoré par le Parlement Européen du prix du Citoyen de l’Année 2015. L’affaire LuxLeaks est aussi à l’origine de la création d’une Commission spéciale au Parlement Européen, qui préconise que ces documents soient désormais échangés de façon automatique entre les administrations fiscales européennes !

 

Moins d’un mois après l’affaire « Panama Papers » où François Hollande remerciait les lanceurs d’alertes et les journalistes, « qui [doivent] être protégés car ils [prennent] de nombreux risques », la France doit joindre les actes aux paroles.   

 

Le Parti Communiste français demande qu’Antoine Deltour et  Edouard Perrin soient relaxés, au nom de l’intérêt général et du droit à l’information.

 

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF,

Paris, le 25 avril 2016.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 14:48
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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 00:31

Est-il permis de critiquer le journalisme dans une école de journalisme ?

par Julien BrygoNina Faure

Fin novembre Julien Brygo et Nina Faure étaient invités par une école de journalisme de Montpellier à présenter leur Quatre petits films contre le grand capital et à débattre de leur pratique des métiers de journaliste et de réalisatrice de documentaires. L’expérience aurait pu être assommante, elle a donné lieu à une très instructive leçon de tragi-comédie dans la filiale « alternance professionnelle » de la « meilleure école de journalisme de France ». Témoignage [1].

Dès notre arrivée, il y a comme quelque chose qui cloche. La télévision France info qui braille dans l’entrée, des journaux « gratuits » à disposition des élèves, une bibliothèque en verre où sont enfermés pêle-mêle des livres poussiéreux qui rôtissent au soleil. On est dans une des quatorze écoles de journalisme (sur une centaine de formations en France) reconnues par l’État, l’ESJ Pro. La crème de la crème, donc. Il est 10h05 ce 25 novembre 2016. On nous invite à s’installer dans une salle de classe. Benoît Califano, le directeur de l’école, nous explique que les deux étudiants assis à notre droite, Fabien et Louis, ont planché sur la rencontre et animeront le débat. La veille, toute la classe ou presque a assisté à la projection-débat de nos courts-métrages Quatre petits films contre le grand capital au cinéma Le Diagonal.

 


Les quatre films sont assez différents sur la forme : deux enquêtes en immersion dans le monde des emplois précaires réalisés par Nina (Rien à foutre et Dans la boîte), deux films photographiques de Julien (Profession, domestique et Glasgow contre Glasgow) tirés d’enquêtes publiées dans Le Monde diplomatique. Ils racontent cependant une même histoire : le triomphe du libéralisme et ses variantes. Les reporters y montrent les effets d’un capitalisme qui s’en est pris à ses berceaux (Glasgow, emblème de la révolution industrielle), la traite des travailleurs domestiques, la casse organisée du code du travail ou le précariat ordinaire fait de petits grignotages toujours volés aux salariés. « Des forts à qui le monde appartient, des faibles qui serrent les dents », résume Serge Halimi dans le livret du DVD [2]. Pas de scoop, donc, mais un travail journalistique sérieux, vérifié, documenté, sur des phénomènes sociaux aussi invisibles que spectaculaires.

 

La tête du chef des dealers de Glasgow

Il est 10h10. C’est Fabien, étudiant en radio, qui introduit la séance. « On est contents de vous recevoir aujourd’hui. On a tous beaucoup aimé les films mais on s’est dit qu’il nous manquait quelque-chose… Pour certains on s’est dit qu’on aurait aimé avoir plus les causes, peut-être, des problèmes qui étaient montrés. On a tous apprécié de découvrir des situations qui étaient dérangeantes, mais par exemple, dans Glasgow contre Glasgow, on se demandait pourquoi il n’y avait pas un angle plus sur le trafic de drogue, sur les causes de cette pauvreté à Glasgow plutôt que sur la situation finale à savoir qu’il y a des pauvres et des riches. »

Le nez dans notre gobelet de café, on est un peu étonnés de cette question. La drogue glaswégienne, tout comme les overdoses de Fish n’chips, ne sont pas la raison de l’écart phénoménal de 28 ans d’espérance de vie entre riches et pauvres de la ville - c’est d’ailleurs tout le propos du film. Dans Glasgow contre Glasgow, on montre comment les inégalités sociales et le cadre structurel capitaliste sont autrement plus responsables de la mort prématurée dans les quartiers populaires que les comportements individuels, comme la consommation de drogue. On aurait peut-être dû immédiatement s’inquiéter de la première question, celle qui a fait l’objet d’un travail préparatoire sérieux de la part des étudiants pour cette rencontre et qui déplace d’emblée le curseur.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet et pour que les étudiants nous situent, on raconte nos parcours. Nina a fait de la science politique et est entrée dans le journalisme par le documentaire jusqu’à devenir réalisatrice. Julien renseigne le nom de ses anciens tauliers un à un [3] et raconte être passé par une école privée de journalisme, l’ESJ Paris, qu’il considère « peu recommandable » car consistant essentiellement à « faire recopier aux élèves les reportages du Parisien, de BFM, de RTL, sans se poser de questions sur le sens de cette production journalistique, sur les cadres imposés, sur la récurrence des sujets et leur éventuelle vacuité ». Pour poursuivre notre récit, témoignage de deux longues années dans cette pouponnière à copistes prêts-à-l’emploi, on prend l’exemple des reportages rituels sur le marché de Noël, ces papiers sur la consommation ou encore ceux sur les soldes… Des reportages qui devraient être « bannis » de l’éducation au journalisme (ou alors en contre-modèle). Que n’avions nous pas dit là.

Un homme habillé d’une veste noire, au fond de la salle, se tient debout et lève le doigt comme s’il voulait toucher le plafond. C’est le prof d’économie, selon des dires ultérieurs. Mais il ne se présente pas. « Je suis surpris d’une chose, c’est que l’un des premiers mots qui a été prononcé par monsieur est un mot d’exclusion, c’est-à-dire que vous avez dit que les reportages sur le marché de Noël sont à bannir ! Je voudrais savoir en quoi ce reportage doit être "banni". » Le sujet est visiblement grave. Il s’agit du socle de la presse locale, des radios locales, des chambres de commerce locales, un véritable carrefour d’intérêts bien compris entre consommateurs, producteurs… et journalistes, donc. Julien se saisit de la question avec des gants cloutés : « Le marché de Noël, c’est ce qu’on appelle un marronnier, un sujet qui revient tous les ans et qui permet de remplir des pages à bon compte… Il s’agit de raconter quoi ? La bonne vie du commerce ? D’un point de vue journalistique, cela n’a aucun intérêt. » Le professeur : « Et donc c’est pour cela qu’il faut les BANNIR ? » Il souligne lourdement le mot en lançant un regard à la fois accusateur et interrogateur pour bien faire prendre conscience à toute la classe de la gravité de nos propos. Les pieds dans le plat.

Les étudiants sont en alternance, ils devront probablement, d’ici quelques semaines, rédiger des reportages sur les « Hivernales », le nom classieux que la municipalité de Montpellier a donné à son marché de Noël, en y ajoutant quelques concerts et des « nocturnes ». C’est peut-être tout le programme d’hiver des TD de l’ESJ Pro qui est en jeu ! Les visages des étudiants expriment davantage la méfiance que l’enthousiasme. Le professeur d’économie se tient en position de combat. Nous sommes assis, comme les élèves, et on ne se doute pas de la mèche qu’on vient d’allumer.

 

« Moi j’aime bien aller me promener sur le marché de Noël »

Si monsieur le professeur s’était présenté, nous aurions appris que quand il ne défend pas la liberté qu’a la presse de tester la qualité du glaçage des marrons, il n’est autre que le directeur adjoint de la rédaction de RTL. Nous aurions ainsi pu demander à Jean-Daniel Colom, c’est son nom, de nous expliquer pourquoi cela ne le dérange pas que la radio dont il co-dirige la rédaction en chef « bannisse » certains sujets, c’est-à-dire, les « tienne éloignés », voire les « rejette » (Larousse, 2016). On aurait pris un exemple au hasard : la visite en France d’un président de la République qui est parvenu à tourner le dos au FMI, à la banque mondiale et au remboursement de la dette, le président équatorien Rafael Correa. Il se trouve que Nina a participé à la réalisation de deux films sur le sujet. Dans le premier épisode d’Opération Correa (Les ânes ont soif) [4], la journaliste Aurore Van Opstal a même interviewé deux éminents confrères de RTL [5]au sujet du manque d’intérêt de la vénérable radio pour l’expérience anti-libérale équatorienne. Concours de mauvaise foi.

Suite à l’invective du professeur masqué, plusieurs étudiants se lancent dans la défense des reportages sur le marché de Noël, qui permettent d’être « proches de la population », de voir « comment les gens vivent », ce qui constitue « une autre forme de journalisme à côté de l’investigation ». On la trouverait « pas assez noble, c’est ça ? », demande ainsi l’étudiante P. On essaie de dire qu’il faudrait commencer par questionner l’idée selon laquelle lorsqu’on est journaliste local, on est fatalement un supplétif de la chambre de commerce ou de la préfecture de police ; puis qu’il ne peut pas faire de mal de questionner des évidences, comme celle qui considère la consommation comme forcément positive. Louis, notre animateur, bondit : « Réfléchir à quel est le meilleur mode de vie, est-ce vraiment notre travail à nous journalistes ? Il y a des intellectuels qui… » Un étudiant qui décrivait après la séance de la veille son école comme « la meilleure de France » cabriole : « Après, tous les journaux ne sont pas pareils… Le web, ça sert à ça ! » Habitués à cette question qui revient presque à chaque débat, on tente de montrer rapidement qu’Internet est certes le lieu d’un réel pluralisme, mais qu’au moins 16 millions de personnes regardent encore les JT des « grandes chaînes » chaque soir et que ce même Internet a déjà été pris d’assaut par les mêmes groupes de presse (il faudrait des heures pour dérouler cette bobine). C’est Nina qui s’en charge brièvement : « Oui mais le web, alors je suis désolée mais je vais vous arrêter tout de suite, parce que sur Internet, la hiérarchie est la même dans la presse et les médias audiovisuels. Mais, pour revenir à la question autour des reportages sur la consommation, le problème du marché de Noël, c’est qu’on pourrait imaginer d’aller là-bas pour savoir quelles sont les conditions de travail des gens qui tiennent les cahuttes… »Des reportages sur les conditions de travail sur les marchés de Noël ? C’en est trop pour l’étudiant T. : « Mais c’est plus militant, ça ! Ce que vous faîtes, vous, c’est du militantisme, nous, on fait du journalisme ! » Nina répond sans ambages : « Crevons l’abcès tout de suite. Tout point de vue est militant, tout point de vue est engagé. » L’étudiant T : « Mais, si j’ai pas… Moi j’ai pas forcément de point de vue engagé… Moi j’aime bien aller me promener sur le marché de Noël, j’aime bien savoir qui il y a, ce qu’elles vont vendre, tout ça… Ça peut être des gens qui sont super riches et qui vendent des choses que vous jugerez peut-être comme ultralibérales ou capitalistes, comme ça peut être des petits artisans qui fabriquent des choses tranquillement chez eux, et qui vont vendre ça à la population… » On aurait bien pris un peu de vin chaud à l’orange, mais on reste sur la caféine, drogue la plus efficace pour rester vigilant en toute situation.

 

« Je vous arrête tout de suite »

Alors que la « discussion » prend forme, que des « points de vue »s’affirment, le chefaillon de RTL tente de s’interférer à nouveau. Comme il a déjà parlé (pour nous ranger dans la case des vilains militants agressifs et excluants) et que plusieurs étudiants lèvent la main depuis plusieurs minutes, on tente de s’opposer. « Alors, monsieur, non, lui dit Julien, vous avez déjà parlé. On va plutôt privilégier les étudiants, franchement… » Nina lui rappelle les règles de base de la communication en collectif : « Il y a un tour de parole à avoir, il me semble qu’un étudiant lève la main depuis longtemps. » Il se cabre, gonfle son torse, agite ses bras, prend un air indigné, puis, courageusement, prend la parole malgré notre refus, nous accusant de ne pas vouloir répondre à sa question. Les étudiants baissent leurs doigts et laissent l’Albert Londres des caisses enregistreuses donner de la voix. « Je poursuis sur mon sujet… Je reviens sur l’exclusion, il y a les reportages à"bannir", et ensuite la première question que pose un étudiant en journalisme, votre réponse, c’est "je vous arrête tout de suite"… » On attend la suite, il n’y en a pas. Il s’arrête, visiblement content d’avoir démontré aux étudiants à quel point nous étions obtus et fermés à la discussion. Nous tentons de la reprendre malgré tout.

Un étudiant revient à la charge sur la question de la drogue à Glasgow. Pourquoi Julien n’en a pas plus parlé, pourquoi n’est-il pas allé interviewer le chef des dealers ? Julien répond que les philanthropes, ceux qui appellent à la fin des impôts et au transfert du partage des richesses vers le système de la charité, sont « autrement plus responsables » de cette situation. Deuxième ligne rouge franchie. Le cœur de l’étudiante R. saigne et elle décide de s’en ouvrir à toute l’assemblée : « On ne peut pas dénoncer une pratique en tombant dans la même pratique, c’est-à-dire que vous dénoncez le fait qu’il y a des gens qui ont des pratiques dont vous estimez qu’elles sont… extrêmes… Bon, moi c’est pareil, j’ai été salariée, je me suis opposé à certains de mes patrons… J’ai aussi un père qui a été patron, agent d’assurances pendant vingt ans, je tutoie les secrétaires, on va faire des balades ensemble... Les grands patrons ne sont pas tous les salauds, hein, je tiens quand même à le dire ! »Nina résume cette prise de position : « Tutoyer les secrétaires et faire des balades ensemble, je vois pas quel est le rapport avec les conditions matérielles de travail, enfin c’est pas ça la question, c’est pas "est-ce qu’on peut être patron et gentil ?" »… Julien enchaîne à la serpette : « Il faut être malhonnête avec les gens malhonnêtes. » Et l’étudiante R. de revenir à la charge : « Personnellement pour ce qui est de l’honnêteté et de mettre les gens en confiance, c’est pas l’école de journalisme qui nous dit ça, ce sont nos valeurs et nos éducations. Moi, le mensonge, excusez-moi, je peux pas. »

 

« Ça, en tant que journalistes, on nous apprend à ne pas le faire »

À l’étudiant C. de monter sur l’arène, la morale et les valeurs en guise de brassard de presse : « Vous dites que vous êtes journalistes, donc, on est d’accord, mais… moi y’a un truc qui m’a fait tiquer dans le reportage, c’était : vous faire passer pour une journaliste des Échos [pour interviewer Matthias Bauland, directeur adjoint d’Adrexo à l’époque], et ça, en tant que journalistes, on nous apprend à ne pas le faire, à être assez honnête ! » Nina répond qu’elle sait bien que « c’est interdit dans la Charte de déontologie des journalistes » et précise qu’utiliser des caméras cachées « est pourtant massivement pratiqué à la télé, avec les petits dealers justement… [et on aurait pu ajouter : sans que ça ne vous pose problème]. Second point : C’est légitime, de mon point de vue, quand c’est envers des gens qui ont des postes de pouvoir. D’une part, ils refusent les interviews, vous l’avez vu avec la direction générale du travail : il ne veut pas répondre à une question sur Adrexo alors qu’il veut bien se faire mousser devant une jeune étudiante à Sciences-Po. Ça me paraît tout à fait légitime de révéler ça. C’est d’autant plus légitime avec des personnes comme les grands éditorialistes qui ont la parole publique tout le temps et qui refusent de répondre aux questions sur leur travail. Quand on a autant d’espace médiatique, on se doit de répondre aux questions qui dérangent… » Une étudiante : « Donc vous avez décidé que certaines personnes méritaient quelque-chose et d’autres ne méritent pas… »Nina conclut : « Parce qu’elles occupent un rôle social et que cela a des conséquences pour des milliers de personnes, oui. Je considère que Jean-Denis Combrexelle, qui fait des décrets sur mesure pour le patronat du prospectus publicitaire, qui leur permet de payer les gens une heure sur deux et que ça touche 40 000 personnes sans compter le turnover, soit des centaines de milliers de personnes en France, oui, à un moment, on a le doit d’être malhonnête avec lui, pour aller lui demander des comptes, oui. »

En fait c’est un vieux débat qui se joue ici. On le connaît bien, puisque c’est ce qui est reproché à Pierre Carles depuis Pas vu pas pris en 1998. On aurait dû commencer cette discussion (c’est même un séminaire qu’il aurait fallu organiser, et non pas un speed dating « une heure pour convaincre ») par des extraits de ces films, montrer comment certaines connivences et collusions sont impossibles à révéler sans le recours à certaines méthodes. Qui plus est, dans nos films, nous y avons recours en toute transparence puisque c’est mis à l’image. Pourquoi dès lors dire que c’est de la manipulation ? Les étudiants sont en mesure de juger de nos méthodes justement parce que nous les mettons à l’image.

Ce qui nous inquiète le plus, c’est qu’on dirait que dans leur cursus, ils n’ont jamais entendu critiquer les médias. À travers ces questions, nous avons l’impression qu’ici comme dans l’écrasante majorité des écoles de journalisme françaises, les héros sont David Pujadas, Léa Salamé, Jean-Michel Aphatie ou Nicolas Demorand. Jamais Günter Wallraff, Florence Aubenas (ou alors l’otage plutôt que l’aide à domicile), Ryszard Kapuscinski ou Jean-Baptiste Malet.

 

« Ne pas prendre le risque de fâcher d’éventuels annonceurs »

L’échange est arrêté au bout de 63 minutes alors que plusieurs mains sont encore levées. L’étudiante P demande : « Pourquoi on ne continue pas, en fait ? C’est la question que tout le monde se pose ! » Il faut dire que la rencontre a été rabotée d’une demi-heure à l’initiative du directeur de l’école, qui estimait qu’on avait « déjà assez parlé [la veille] ». On remet nos blousons, et on sort de la salle, assaillis par des dizaines d’étudiants en proie au doute. On pensait qu’on aurait l’occasion d’échanger sur le fond de nos films, d’expliquer comment nous en sommes arrivés à travailler de façon « indépendante », c’est-à-dire sans le sou mais avec une grande liberté de ton. Mais la majorité de l’échange se concentrera sur nos « méthodes » jugées « malhonnêtes », nos discours jugés « militants »et nos mots, « excluants ». On a sans doute incarné malgré nous une certaine violence symbolique avec notre rejet des sujets sur le marché de Noël, que les étudiants seront bien obligés de se farcir et sans marge de manœuvre pour le coup. Car l’ESJ Pro, nous l’avons découvert en rédigeant ce texte, forme évidemment aux « sujets conso », pardi !

L’école porte même une attention toute particulière à faire rentrer dans le crâne des journalistes l’idée selon laquelle il faut « bien border ses sujets »pour « ne pas prendre le risque de fâcher d’éventuels annonceurs. » Quelques jours plus tard aura lieu une formation payante sur les « sujets conso », présentés comme « des sujets “concernants”, fédérateurs, pas forcément compliqués à traiter ni chers à réaliser […] Bien parler de consommation, c’est se rapprocher de ses lecteurs. Mais c’est aussi prendre le risque fâcher d’éventuels annonceurs, d’où la nécessité de bien “border” son travail. »


Cette « formation théorique » de deux jours (14 heures), facturée la somme rondelette de 1000 euros, proposait ni plus ni moins de « chercher les erreurs, de décoder les perles des fausses promos, étiquettes incongrues, prix trompeurs, termes ambigus... » ou d’identifier « les principaux pièges à éviter : tour d’horizon des principales erreurs susceptibles de faire rater un sujet consumériste, mais aussi de nuire à l’image du titre de presse ». Ça serait dommage, en effet, de nuire davantage à la renommée de ces grands titres qui œuvrent quotidiennement, dans l’ombre, à la croissance du PIB.

En sortant de l’école, certains étudiants viendront nous dire qu’« on en parlera longtemps, de cette rencontre ». Un élève vient nous souffler qu’il est « d’accord avec nous sur toute la ligne ». Califano s’éclipse, aussi gêné qu’à l’arrivée. Le co-chef de RTL nous tourne le dos, passe un coup de fil énervé, se place à bonne distance de nous pour entendre nos conversations avec les étudiants puis part taper le ballon avec quelques étudiants. Il ne daignera même pas nous saluer, de peur d’être contaminé peut-être. Louis, l’élève qui a préparé la rencontre, nous apprend qu’il va devoir écrire un article sur notre venue. On lui demande de pouvoir lire cet article un jour. « Ah non, non, on n’a pas le droit. » Bon. On lui proposerait bien un titre lisible de tous (« Les commerçants sont déçus »« Les enfants avaient des étoiles dans les yeux » ou encore « Le vin chaud a un goût de cannelle », ça ne pourra que faire avancer la cause d’un journalisme non-complaisant - et faire plaisir à leur professeur.) Pendant ce temps, non loin de là, dans la même ville de Montpellier, on condamne les journalistes libres à des peines de prison ferme [6]

 

 
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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 06:17

Pierre le Corf a été l’objet d’un reportage sur France 2 malheureusement (et sans que cela ne me surprenne) ses propos et son action ont été détournés pour cause de propagande anti-syrienne et pro-djihadistes (ou terroristes), on a volontairement mélangé les quartiers et laissé croire que les "gentils" sont les "méchants", et réciproquement ..... notre presse est décidément de plus en plus lamentable !!! Ce qui était un contre-pouvoir est devenu un outil de propagande, subventionné et servile ...

Voici le lien pour le reportage

http://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/video-syrie-dans-alep-un-francais-a-decide-daider-les-populations-bombardees_1857681.html

Et voici une petite mise au point, très saine, faite par ce Monsieur :

„De Pierre le Corf :
Merci pour vos message sur ma modeste action We are superheroes via le JT de FR2

... mais je voudrais compléter aux côtés de mon ami le Dr Nabil Antaki, que c'est tous les jours que des gens meurent ici du terrorisme, j'ai perdu des familles, des enfants, des connaissances, j'ai vu trop de gens mourir et ca continuera demain quand je me réveillerais, quand chacun se réveillera.
Je suis neutre ici en tant qu'humanitaire, mais je suis contre la barbarie et le fanatisme. Ceux que vous appelez rebelles n'existent pas autour d'Alep, ici ce ne sont que des drapeaux noirs tout autour de la ville, ceux de Al-Nusra, même drapeau que Daesh. Balles, mortiers, roquettes, bonbonnes de gaz remplies de clous et j'en passe. Ils arrachent la tête des prisonniers et civils qui refusent de se soumettre à la charia. La majorité d'entre eux sont Afghans, Tchétchènes, Irakiens etc, ne sont pas Syriens, ils souhaitent créer un état Islamique (Oui Daesh aussi = concurrents)

Ils apportent la mort et s'en nourrissent. En tirant sur les civils et en s'installant dans des villes et périphéries qu'ils prennent par la force, s'installant au milieu des civils, infrastructures (hôpitaux, écoles ou ils installent de l'armement) les prenants directement et indirectement en otage, puis tirant à l'arme lourde sur les civils de l'autre côté. Les avions défendent Alep de ces tirs et de ceux qui les provoquent, des civils meurent de l'autre côté à cause de cette présence terroriste. Cerise sur le gateau, des "White Helmets" qui viennent se précipiter pour secourir les civils touchés (ces derniers sont en majorité des combatants djihadistes de Al-Nosra, aussi noms rebelles en Occident) et utilisent les morts et blessés pour créer une communication béton contre le gouvernement Syrien et le peuple qui paye le prix dans le grand tableau de pertes et profits. Une chose que m'a dit un homme qui vivait avec Nusra m'a marqué "c'est drôle, on n'a pas de provisions mais toutes les semaines des armes neuves".

Regardez ce drapeau noir qui flotte sur la butte, très peu de personnes oseront publier ça ici ou même prendre une photo, mais c'est ce que vous trouverez autour d'Alep, j'ai pris cette photo aujourd'hui depuis une ligne de front avec une famille, un sniper tirait sur notre bâtiment. Faites vos propres recherches sur Al-Nusra (récemment renommé Front Fatah al-Cham ou armée libre), sur leurs actions et identité, vous vous y reconnaissez ? Je n'ai rien à gagner à vous dire tout ça, 99,9% des gens qui parlent de cette guerre aujourd'hui ne sont jamais venu ici en temps de guerre. Je suis humanitaire, je fais de mon mieux pour aider les gens, je fais juste de mon mieux et je ne veux pas vous dire quoi penser, mais je ne peux plus supporter de voir tant de gens mourir pour des mensonges qui arrangent tout le monde, jamais une guerre n'aura jamais fait couler autant de sang et d'encre grace aux technologies sociales, de l'encre et des mots qui tuent, soyez en conscient. Je vois ce qui se passe au quotidien, j'ai rencontré des dizaines de familles qui sont de ce côté après s'être échappés et affronte le même quotidien. Oui on ne peut pas fermer les yeux sur ceux qui meurent à l'Est, je prie pour eux même si la plupart d'entre eux qui sont restés croient au djihad, je prie pour que les enfants en particulier puissent échapper à cette guerre et se reconstruire par eux-même. S'il vous plaît, je sais que beaucoup de médias tentent de conditionner vos visions de ce conflit, mais prenez plus de recul, ça peut sauver des vies.

Disons que c'est une reflexion à voix haute mais si le monde est suffisamment fou pour se reconnaître en le Front Front Fatah al-Cham, je préfère encore rester là ou je suis et mourir.” (Fin du texte de Monsieur Le Corf)

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 07:15

«Informer n’est pas un délit». Menaces sur la liberté de la presse

VENDREDI, 7 OCTOBRE, 2016

HUMANITE.FR

Les sociétés des journalistes signataires font part de leur vive inquiétude à propos du projet de loi intitulé "égalité et citoyenneté" qui pourrait réduire dangereusement la liberté de la presse.

Ce texte est examiné par le Sénat depuis mardi. Il entend vider de son contenu la loi du 29 juillet 1881, sous couvert de lutter contre les abus d’internet. Le Sénat s’apprête à remettre en cause ce texte fondateur sans concertation préalable avec les représentants des journalistes.
De quoi s’agit-il ? Les sénateurs envisagent notamment jeter à la poubelle le principe de la prescription des délits de presse – à commencer par la diffamation – au bout de trois mois, à compter de la date de publication : sur le support internet, ces infractions deviendraient, de fait, imprescriptibles, au même titre que les crimes contre l’humanité.
Ainsi, les contenus audiovisuels rediffusés ou disponibles conjointement en ligne (podcasts, replays, etc…), pourront être poursuivis indéfiniment, ce qui introduit une discrimination manifeste entre les médias et les supports.

De même, selon le texte sénatorial, la presse en ligne, uniquement disponible sur internet, se trouve totalement discriminée par rapport à la presse diffusée à la fois sur support papier et internet, puisqu’elle sera, par nature, exclue de la prescription trimestrielle et soumise à un risque d’action tant que ses articles seront en ligne.
Par ailleurs, le texte prévoit de supprimer une garantie fondamentale des droits de la défense, reconnue comme telle par le Conseil constitutionnel. Aujourd’hui, c’est à celui qui s’estime diffamé ou injurié de préciser exactement par quel passage, et de qualifier le délit (injure, diffamation ou autre). S’il se trompe, son action est déclarée nulle par le tribunal. Ce système est très protecteur de la liberté de la presse est remis en cause par le Sénat qui ouvre la voie à des poursuites judiciaires dans lesquelles le journaliste devra se défendre sans savoir exactement ce qui lui est reproché.

Enfin, les sénateurs entendent autoriser le contournement de la loi de 1881, en permettant les actions en justice sur le fondement d'une simple faute civile. Du coup, toute personne, qu'il s'agisse d'un particulier ou d'une entreprise, pourra exiger des dommages et intérêts pour un article qui lui déplaira.
Nous, sociétés des journalistes, appelons tous les titres à nous rejoindre pour se mobiliser contre ce projet de loi liberticide, qui met en péril l’un des piliers de la démocratie, consacré par le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’Homme.

Texte signé par les sociétés de journalistes et de personnels d’organes de presse : Le Figaro, Libération , Les Echos, l’Humanité, Le Monde, Le Point, Médiapart, Télérama, TF1, France 2, l’Obs, BFM, franceinfo.fr, i-Télé/ Canal Plus, France 24, Europe 1, RTL, RFI, Capa, Premières lignes, Alaternatives économique, AEF, Bastamag, Agence TV presse, production ainsi que le collectif « Informer n’est pas un délit » sur les menaces qui planent sur la liberté de la presse.

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 10:08

À Jacques Julliard, l’oligarchie reconnaissante

« C’est avec des hochets qu’on récompense les éditocrates. »

François Hollande remet la cravate de commandeur de la Légion d’honneur au subversif auteur de La Faute aux élites [1], suite à la promotion du 14 juillet dernier, qui élève par la même occasion Alain Duhamel au rang de grand officier. Pour services rendus – mais à qui ?

Si l’on considère qu’on peut évaluer le capital social d’un individu à la composition d’un groupe d’individus qu’il peut rassembler dans une circonstance particulière, alors on conclura de la cérémonie de remise à Jacques Julliard de sa dernière récompense officielle que cet « intellectuel » médiatique a réussi une belle carrière au service des dominants. Décoré le 3 octobre 2016 par le président de la République, cet éditorialiste de Marianne et du Figaro avait convié ses amis issus de différents secteurs du champ du pouvoir.

Voici, par ordre d’apparition dans le compte rendu de ce raout fait par Raphaëlle Bacqué, « grand reporter » au Monde [2], celles et ceux qui en célébrant Jacques Julliard célèbrent une certaine idée de « l’indépendance » de la presse à l’égard des pouvoirs. Une indépendance si sûre d’elle-même qu’elle ne craint ni le mélange des genres ni la connivence.

– Edmond Maire, ancien patron de la CFDT de 1971 à 1988 [3] qui a participé en 2008 à un livre d’hommage à Jacques Julliard [4].

– Jack Lang, dans son propre rôle (d’ex-ministre de la culture et de la communication).

– Pierre Nora, fondateur de la revue Le Débat, éditeur chez Gallimard, directeur d’études à l’EHESS comme Jacques Julliard, et ayant appartenu, toujours comme Jacques Julliard, à la Fondation Saint-Simon [5].

– Jean-Noël Jeanneney, producteur de l’émission « Concordance des temps » sur France Culture, ancien secrétaire d’État, ancien président de Radio France, ancien président de la Bibliothèque nationale de France... et co-auteur en 1979 avec Jacques Julliard de « Le Monde » de Beuve-Méry, paru au Seuil, une maison d’édition où Jacques Julliard fut directeur de collection et dont Jean-Noël Jeanneney fut membre du conseil d’administration [6].

– Mona Ozouf, longtemps collaboratrice au Nouvel Observateur comme… Jacques Julliard.

« Les patrons de Libération et de Marianne devisent avec celui du Figaro », nous apprend Raphaëlle Bacqué. Comment ne pas reconnaître Laurent Joffrin dont la route croisa celle de Jacques Julliard au Nouvel Observateur et à la Fondation Saint-Simon ? Et comment ne pas être touché par la présence des actuels employeurs du décoré, qui croient manifestement aux bienfaits du travail des seniors (Jacques Julliard a 83 ans) ?

– Jean d’Ormesson, dont Jacques Julliard a fait l’éloge dans le numéro duFigaro daté du jour même de la remise de la breloque : « Passer d’Alfred de Musset à Jean d’Ormesson n’exige aucune transition particulière. C’est la même liberté de ton, la même gaieté d’écriture. Mais il y a plus de tohu-bohu chez Jean que chez Alfred. » Et tous deux sont désormais disponibles dans la « Bibliothèque de la Pléiade », aux éditions Gallimard [7].

– Manuel Valls, le mari d’Anne Gravoin.

– Alain Finkielkraut, ce « philosophe »-médiatique-indépassable (dans son genre), qui co-signa avec Jacques Julliard en 1995 la pétition « Esprit » de soutien au plan Juppé de destruction de la sécurité sociale, et qui invite régulièrement le nouveau commandeur de la Légion d’honneur dans « son » émission « Répliques » sur France Culture [8].

– Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation de Jean-Pierre Raffarin et « philosophe »-médiatique-insurpassable (dans son genre), qui fut membre, comme Jacques Julliard, de la Fondation Saint-Simon, et avec lequel il forma sur LCI un duo mythique de débatteurs d’accord sur tout et opposés sur rien, comme le montrait une savoureuse séquence du film Les Nouveaux Chiens de garde.


Comment expliquer la présence de ces dominants multi-positionnés à cette cérémonie d’hommage à Jacques Julliard ? C’est très simple, il suffit d’appliquer à ce dernier ce qu’il écrit lui-même à propos de Jean d’Ormesson dans Le Figaro du 3 octobre 2016 : « Au fond, [il] mange à beaucoup de râteliers, mais il les choisit bien. »

Le cocktail en l’honneur de Jacques Julliard analysé ci-dessus est certes anecdotique, mais il est exemplaire. Et s’il est dérisoire, il n’est pas insignifiant. Tous les invités de cet éditocrate ont été et seront célébrés, selon des modalités similaires, à l’occasion d’« événements » médiatico-mondains (entrée d’Alain Finkielkraut à l’Académie française, entrée de Jean d’Ormesson dans la « Pléiade », parution du dernier opus de Luc Ferry, colloque consacré à Mona Ozouf, etc., etc.).

Ces pratiques d’auto-célébration ritualisées et continues sont l’un des outils d’intégration et de renforcement de l’entre-soi des dominants – et, apprivoisant ses chefferies, l’un des symptômes, sinon des vecteurs, de l’asservissement du « quatrième pouvoir » au pouvoir politico-économique.


Denis Souchon

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 16:51

La démocratie contre le piège identitaire

Patrick e Hyarick

Les primaires de la droite donnent lieu à des scènes médiatiques aussi stupéfiantes que dangereuses.

Elles cachent l’unité profonde des candidats autour d’un programme économique et social d’une violence rarement égalée. Un projet de purge sociale d’une brutalité extrême qui se décline par un rabotage sur la dépense publique qui oscille entre 80 et 100 milliards d’euros, par la fin des trente-cinq heures et un « travailler plus pour gagner moins », l’allongement de l’âge de départ en retraite, le sabotage de la sécurité sociale, des offensives antisyndicales, une chasse aux chômeurs et aux pauvres, tous affublés du délicat qualificatif « d’assistés ». Ce ne sont ici que quelques exemples du coup de massue que veut assener l’ensemble des candidats de droite.

Tous s’accordent pour faire la poche aux travailleurs et accélérer le transfert de richesses du travail vers le capital. Ne les séparent que le ton et le temps laissé pour briser encore plus les fondements de notre société.

Ils ne promettent en substance que du sang et des larmes à une population déjà au bord de l’asphyxie sociale, comptant plus de 5 millions de chômeurs, avec l’explosion de la précarité. Pas de quoi faire bondir de joie le citoyen ou l’électeur, quand bien même celui-ci serait sensible aux thèses classiques de la droite ! Lui aussi est peu enthousiaste à ce qui lui est présenté, tandis que dans l’autre camp, ce dernier quinquennat aura largement contribué à entamer les espoirs en des jours meilleurs.

Le consensus des élites sur une prétendue « politique économique unique », dictée par les institutions internationales et européennes, pousse certains à se différencier en empruntant les bourbeux chemins de traverse de l’identité dans le but de construire un récit national falsifié, propre à séduire une base électorale déboussolée, dégoutée et sensibilisée aux thèses de l’extrême-droite.

Ainsi M. Sarkozy peut-il déclarer que «dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois». S’il s’agit évidemment d’une grossière provocation visant à extraire de la République nos concitoyens d’origines africaines et maghrébines et qui prolonge l’hystérie identitariste de l’été, c’est surtout une opération politique d’envergure visant à restaurer un discours national homogène, un récit cherchant à fédérer une partie de nos concitoyens sur des bases idéologiques, empruntées à la longue tradition réactionnaire et d’extrême-droite.

C’est là un signe extrêmement inquiétant de l’évolution du débat politique. Face aux impasses libérales qui ont produit un divorce profond entre les citoyens et ceux qui prétendent les représenter, certains cherchent à recréer une fiction nationale coulée dans le ciment, figée et édifiante, blanche et nationaliste. Cette démarche s’associe à des saillies verbales, essentiellement contre nos concitoyens de confession musulmane, visant à faire polémique et à créer des divisions mortifères.

Ce populisme de droite parcourt désormais le monde comme une étape nouvelle de la contre-révolution reaganienne. Elle vise à conquérir pour longtemps une nouvelle hégémonie politique et idéologique en tentant d’enfermer les citoyens dans une pensée régressive bouchant pour longtemps toute perspective de progrès humain et écologique. En Europe, ce national-populisme grignote des positions dans de nombreux pays, jusqu’à menacer de devenir majoritaire quand il ne l’est pas déjà dans certains pays de l’est du continent. Ce discours travaille en profondeur les sociétés pour tenter de flatter un peuple sonné par la violence du capital mondialisé et financiarisé. Son objectif fondamental est de construire une base idéologique pour créer des conditions durables à l’acceptation de cette situation jusqu’à discréditer l’action politique ou d’accréditer l’idée de son impuissance alors qu’elle sert précisément la caste contre l’immense majorité des populations. Des points ont été marqués dans ce sens. Ceci souligne l’urgence de ressusciter et de refonder la démocratie et non de lui passer sur le corps dans une démarche de type gaulliste ou bonapartiste. Seule une dynamique populaire, unitaire, pourrait offrir une perspective nouvelle d’émancipation et régénérer nos démocraties agonisantes.

L’enjeu du récit collectif à construire n’est pas anodin. Un nouvel élan démocratique pourrait permettre d’en écrire un nouveau qui, nourri par les travaux des historiens, puiserait dans ce que notre pays a su construire de meilleur, un récit ouvert aux cultures qui composent désormais la République. Il engloberait les luttes anticoloniales, les mouvements de libération nationale, les luttes sociales et politiques pour l’égalité, contre les dominations, pour la survie de la planète, pour le désarmement et la paix. National et internationaliste, il définirait les contours de ce que certains appellent une République cosmopolite, de pair avec une construction européenne refondée. Il porterait en son cœur un projet solidaire de développement des capacités humaines, dans le respect de la planète, mêlant dans un projet commun toutes celles et tous ceux qui la constituent.

Cette République-là prolongerait, dans les conditions de notre temps, le projet républicain à vocation universelle que nous ont légué les révolutionnaires de 1789 et 1793. Une République fondée sur une ambition d’égalité sociale, antiraciste, universaliste, démocratique et écologique.

Patrick Le Hyaric@PatrickLeHyaric

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 09:48
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 13:35
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