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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 03:35

Les députés du Front de Gauche


Règles applicables à l'élection présidentielle: "La philosophie de ce texte est d’avantager les partis les mieux installés. Ce verrouillage est très grave sur le plan démocratique" s’indigne Marc Dolez.

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Bruno Fornaciari même la droite n'a pas osé. Empêcher les idées contestataires modernes de s'exprimer. c'est bien le but. Mettre les pensées sous cloche, c'est de toutes façons au-dessus de leurs forces. Mais les électeurs, les militants, les élus socialistes qui n'avaient pas de mots assez dur pour fustiger le centralisme démocratique du PCF, vont-ils accepter, justifier, voter une mesure qui restreint la liberté, d'expression qu'ils défendaient pour "Charly" ? Ce serait avouer une belle hypocrisie. Vont-ils mettre leur toise sur les opinions ? Ce serait une attaque en règle contre le pluralisme. Et cette mesure serait-elle constitutionnelle ? Ce serait un comble...démocratique

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 14:11
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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 14:07
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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 08:43

Marcel Trillat. « Quand il y avait Berlinguer »

Hommage circonstancié au dirigeant et intellectuel italien

MARDI, 29 DÉCEMBRE, 2015

L'HUMANITE

Guillaume CLEMENT

Par Marcel Trillat Réalisateur

La télévision, si souvent décevante, offre parfois des moments miraculeux, d’une beauté à pleurer. C’était le cas le soir du 15 décembre sur Arte. Deux documentaires diffusés coup sur coup, comme si, l’espace d’une soirée, s’affrontaient sous nos yeux le pire et le meilleur de cette espèce paradoxale : l’humanité. On venait de subir, accablés, les aboiements de haine de l’auteur de Mein Kampf et, sans transition, comme pour nous consoler, comme pour nous dire : « Attendez, ne perdez pas espoir, l’espèce humaine n’enfante pas que des monstres assassins de masse. Elle a parfois le visage d’un ange ! »

En une heure, Walter Veltroni faisait revivre l’un de ces êtres qui semblent avoir été touchés par la grâce, Enrico Berlinguer, secrétaire général du Parti communiste italien, symbole inoubliable de cet « euro-communisme » qui enchanta tellement notre jeunesse. Autre paradoxe, cet homme admirable avait fait son apparition en Italie une poignée d’années après la mise hors d’état de nuire de l’autre monstre qui galvanisait les foules en hurlant lui aussi à la mort, Benito Mussolini, l’inventeur du fascisme.

Difficile d’imaginer deux hommes, enfantés par la même nation, la même civilisation, plus opposés que ces deux-là : le matamore bouffi d’orgueil, brutal et sans pitié, et l’humaniste timide, nageant dans ses costumes, provoquant l’adhésion et l’affection de milliers de ses concitoyens grâce aux seules armes de son charme, de son intégrité, de son intelligence, de sa force de conviction, de sa main tendue fraternelle. Défenseur des humbles, ami des artistes, bête noire des Américains, des services secrets à leur solde et de la fameuse loge P2, c’est aussi un démocrate intransigeant et courageux qui n’hésite pas à faire l’apologie de la liberté, à Moscou, en plein congrès du Parti communiste soviétique, sous le regard glacial de Leonid Brejnev, qui vient tout juste d’envoyer ses chars mater à Prague les partisans du « socialisme à visage humain ».

Je sais, je sais, pour un marxiste « il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun », et ce sont les peuples qui décident de leur destin, pas les leaders, si charismatiques soient-ils. Parfois, pourtant, il y a comme un état de grâce entre les uns et les autres, fait de respect mutuel, étranger à toute manipulation. Enrico Berlinguer était l’ami de Salvador Allende et ce n’est pas par hasard. La dernière séquence du film tire les larmes. Berlinguer est en campagne électorale à Padoue. Il va jusqu’au bout de son dernier discours qui se termine par un hommage vibrant aux femmes luttant pour leur émancipation. Ivre de fatigue, il vacille sous les encouragements de la foule : « Enrico ! Enrico ! » Dans quelques heures, il va mourir dans sa chambre d’hôtel. Les images de ses obsèques à Rome sont bouleversantes. Tout un peuple en larmes, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des prolétaires, des intellectuels. Près du cercueil, un homme effondré, Marcello Mastroianni.

Quelques années plus tard, j’étais correspondant de France 2 à Rome. François Mitterrand est venu passer quelques jours de vacances en Toscane. À ma grande surprise, les premiers à venir se prosterner devant celui qu’on surnommait « le Florentin », dont l’excellent film de William Karel montrait, la veille justement sur France 2, à quel point il était la parfaite antithèse d’Enrico Berlinguer, furent ses successeurs – Occhetto, D’Alema – qui s’apprêtaient à faire du grand PCI un petit parti démocrate à l’américaine, converti sans état d’âme au plus pathétique des libéralismes. Berlinguer était bien mort. Deux fois !

Faire retrouver au communisme son fondement démocratique

Né le 25 mai 1922 en Sardaigne, celui qui en deviendra le secrétaire général de 1972 à sa mort, le 11 juin 1984, adhère au Parti communiste italien (PCI) en 1943 en même temps qu’il participe à la résistance antifasciste. Élu au Comité central en 1948, Enrico Berlinguer est nommé par Palmiro Togliatti responsable des jeunesses communistes italiennes en 1949. Élu député en 1968, il critique lors d’un congrès à Moscou l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques pendant le printemps de Prague. « Nous voulons parvenir à réaliser, dans l’Occident européen, un modèle économique, social, étatique, qui ne soit plus capitaliste mais qui ne recopie aucun modèle et ne répète aucune des expériences socialistes jusqu’ici réalisées, et qui, en même temps, ne se réduise pas à exhumer des expériences de type social-démocrate, lesquelles se sont limitées à la gestion du capitalisme », déclara-t-il dans un entretien à la Repubblica daté du 2 août 1978 intitulé « L’identité du PCI ». « Berlinguer voulait que le PCI se réapproprie pleinement la représentation de classe », écrit Guido Liguori, dans Berlinguer rivoluzionario. Ses héritiers politiques, qui poussseront à la dissolution du PCI en janvier 1991, liquideront son héritage en se mettant à la remorque du réformisme libéral.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 06:35

La liberté dans l’histoire du PCF

Deux anciens dirigeants communistes proposent leur vision des rapports historiques entre PCF et liberté.

Francette Lazard*

C’est toute une histoire ! L’histoire d’une ambition pour la libération humaine qui, à travers le temps, motive et mobilise l’engagement communiste. L’histoire des structures qui la porte, de leurs contradictions et de leurs errements, de leurs conquêtes, de leurs effets dans la vie des individus et des peuples.

Le milieu des années 70 est un bon observatoire de cette histoire. Après 1968, deux ondes de choc vont cumuler leurs effets. En mai/juin 68 à Paris, l’espérance d’une société émancipée se manifeste avec une force inattendue dans la diversité de ses expressions. En août à Prague, les tanks soviétiques brisent l’espoir d’un « socialisme à visage humain ». Le PCF condamne Moscou et prend conscience de l’impératif d’une réflexion nouvelle sur la question des libertés.

Son système de référence est ébranlé. Ni le modèle fondateur de la IIIe Internationale ni l’évocation du « Front populaire » ne vont lui donner les clés de la période qui s’ouvre.

1920, 1936

Le retour sur ces deux moments essentiels du parcours du PCF permet de saisir la complexité de son rapport à la question des libertés. Son élan d’adhésion à l’Internationale proposée par Lénine trouve sa « force propulsive » dans la révolution d’Octobre. Tous les partis communistes vont ensuite devoir se structurer dans le moule unique des « principes du léninisme » codifiés dès 1924 par Staline. L’efficacité révolutionnaire prime, les droits et libertés devront s’y subordonner. Tragédie de l’histoire… Le jeune PCF va rapidement subir les effets de la dérive stalinienne. Ce sera l’autoritarisme, l’esprit de secte, la stratégie « classe contre classe » qui va renvoyer dos à dos le fascisme et la social-démocratie. Après la dramatique arrivée de Hitler en 1933, l’Internationale communiste va chercher une stratégie d’alliances antifascistes. La toute jeune direction du PCF, avec Maurice Thorez, va y contribuer avec audace et créativité. Sa conception du « Front populaire » plonge ses racines dans le riche terreau national des Lumières, de la Révolution française, de la Commune, de la République. La réunion du drapeau rouge et du drapeau tricolore va donner ses couleurs originales à la Résistance antinazie.

Devenu en 1944/45 le premier parti de France, le PCF va promouvoir une conception innovante des libertés politiques en les conjuguant avec la conquête de solidarités sociales et de droits nouveaux dans les entreprises. Il va, en même temps, continuer à se référer au modèle soviétique qui fixe son identité, son projet et son mode de fonctionnement. L’esquisse de réflexions nouvelles à la Libération demeure sans lendemain. La guerre froide va tout figer. Le PCF se ferme aux changements de société qui s’accélèrent. Certes, son influence se maintient élevée à travers l’engagement militant, les luttes sociales ou anticoloniales. Mais il va être pris au dépourvu par le renouveau des aspirations libératrices des années 60.

Le choc de 1968 d’autant plus rude

Dans la jeune génération étudiante, comme dans un monde du travail en pleine mutation, les débats d’idées se passionnent sur le type de société à construire. Le PCF définit et soutient les « justes » revendications, contribue à nombre d’avancées sociales. Il trace la voie du seul débouché politique à ses yeux possible : la signature d’un programme commun de gouvernement avec le PS. Son projet de parti « communiste » est intemporel, déconnecté de la « perspective démocratique ». Il se résume dans l’énoncé des étapes et de leurs « lois », démocratie avancée, socialisme. Mais le modèle soviétique est défiguré à Prague et va bientôt, se glacer puis se décomposer. L’affrontement politique sur la question des libertés devient crucial, au cœur d’une intense bataille d’idées que cristallise la publication de L’Archipel du goulag.

Après la signature du programme commun, le PCF s’attend à un grand élan populaire. Surprise : c’est l’attentisme qui prévaut. Le PCF stagne aux législatives de 1973. Georges Marchais propose de faire sauter « les butoirs » et lance de grands débats politiques avec Le Défi démocratique, son livre-manifeste. Cela ne va pas de soi. Nombre de communistes considèrent encore le modèle soviétique comme la carte d’identité de l’avenir. La direction communiste décide de marquer les esprits en affirmant une conception novatrice : la « charte des libertés » en 1975. Le PCF se distancie – enfin ! – des atteintes persistantes aux libertés en URSS et condamne de façon claire et nette le stalinisme. En 1976, à la veille du XXIIe congrès, Georges Marchais crée le choc qu’il recherche. Il annonce en direct au journal télévisé l’abandon de la notion de « dictature du prolétariat ». À relire les textes d’alors, leur souffle nous parvient encore. La vision proposée met en relation les grands acquis des droits et libertés existants et les nouvelles conquêtes qu’appelle le combat contre l’exploitation et la domination.

L’opposition stérile entre démocratie « formelle » et démocratie « réelle » semble bien dépassée. Le PCF se veut à l’offensive et ses initiatives sont perçues comme telles. Déception : leurs effets politiques sont demeurés très limités. En une période de bouleversements historiques majeurs, il serait bien simpliste d’opposer les novations des années 70 et les crispations des années 80 sur la pente du déclin. Il va falloir encore près de 20 ans, de 1979 à 1994, pour abandonner, une à une, les pierres angulaires du modèle « marxiste-léniniste » : socialisme scientifique, rôle d’avant-garde de la classe ouvrière, centralisme démocratique. Il ne suffit pas de se dégager d’un système doctrinaire pour disposer d’une visée révolutionnaire ancrée dans la créativité démocratique du peuple… Le chantier est encore devant nous !

Hors des chemins balisés

Dans ces décennies de turbulences et d’échecs, le PCF réussit à éviter un piège fatal à tant d’autres forces révolutionnaires : le repli de secte ou le renoncement social-démocrate. Il perçoit les nouveaux défis de l’époque sans cesser de contester la prétention hégémonique du capitalisme. Il tente, en tâtonnant, à bas bruit, de poursuivre la recherche d’une alternative. L’enjeu est existentiel. La question des libertés se pose désormais comme jamais. Les civilisations ont basculé dans l’ère de toutes les fragilités. L’humanité risque d’y sombrer si de nouvelles frontières d’émancipation ne parviennent pas à s’ouvrir. Aucun groupe humain, aucun cercle d’experts, aucun parti ni aucun prophète n’ont les clés de l’avenir. L’idée qu’il faut, dans l’urgence de la conjoncture politique, construire de nouveaux rapports des hommes entre eux et avec la nature commence à prendre vie partout. Nous le savons, aucun grand mouvement historique n’a jamais été préconçu. Des pratiques politiques et sociales sont à inventer, s’inventent.

À l’évidence vient le temps de la conquête de libertés et de pouvoirs inédits dans toutes les sphères de l’activité humaine. La politique saura-t-elle se ressourcer en contribuant à façonner les nouveaux leviers de l’émancipation humaine ? Belle raison de s’y engager ! n*Francette Lazard a été membre

du Comité central, à partir de 1969,

puis du Bureau politique du PCF jusqu’en 1997.

Henri Malberg*

Historiquement, le communisme semble avoir un problème avec les libertés, la démocratie, les droits de l’Homme. En convenez-vous ? Et comment l’expliquez-vous ?

Oui, j’en conviens. L’histoire est pleine de contradictions. Nous aussi. Il y a dans ces reproches une part de procès d’intention. C’est injuste et cela relève d’une guerre idéologique obsessionnelle. Mais il y a aussi dans ce questionnement une part légitime qui correspond à une contradiction de l’histoire au XXe siècle. Et elle ne concerne pas uniquement les communistes.

C’est-à-dire ?

Nous combattions pour les libertés et un socialisme démocratique et avions du mal à répondre à la question « Pourquoi pas en Russie et à l’Est ? » Nous le pensions aussi, et l’avons parfois dit. Notre espoir était que ces sociétés débouchent sur un socialisme démocratique. Cela n’a pas été le cas. C’est malheureux pour l’avenir du monde.

Mais qui peut nier que le communisme a été tout au long du XXe siècle un formidable levier des peuples dans leur lutte pour la liberté ?

Il suffit de citer l’antifascisme, les luttes de libération nationale et en général les luttes progressistes dans le monde. Sans l’apport direct des idées communistes, sans la révolution d’Octobre, sans la puissance de l’Union soviétique, qu’on l’aime ou non, et sans le militantisme de millions de personnes encouragées par le communisme, rien de ce qui a bougé dans le monde n’aurait été possible. Pour les dirigeants des pays capitalistes dominants, c’était clair. L’ennemi était là. Pour la France, ce que je dis est indiscutable. Le Parti communiste, en rapport avec ce qu’il y a de meilleur dans la tradition ouvrière et socialiste – je n’oublie pas Jaurès –, a tenu un très grand rôle dans toutes les luttes pour la liberté. Un rôle souvent moteur. Je pense à 1934, au Front populaire, à la Résistance, à la solidarité avec les peuples coloniaux. Et souvent au prix du sang des militants, de la guerre d’Espagne à la Résistance et au massacre de Charonne. À Charonne, où je me trouvais en février 1962 lors du martyre des personnes assassinées par la police de Papon, le sort de la guerre d’Algérie a été scellé. Charonne fut pour le général de Gaulle le signal qu’il fallait arrêter la guerre, signer avec le FLN et affronter définitivement les ultras d’Alger. J’ai le souvenir brûlant de cette manif, de l’entrée du métro et de mes sept camarades assassinés par la police, tous membres de la CGT et presque tous militants du Parti communiste.

Si je regarde ma vie, de dix-sept ans à plus de trente, une bonne partie de mon activité militante a été consacrée à soutenir les combats des peuples vietnamiens et algériens. Et me reviennent des noms qui résonnent, comme Nelson Mandela, les Rosenberg exécutés sur une chaise électrique aux États-Unis, Angela Davis… mais aussi Sacco et Vanzetti, Gabriel Péri, Henri Alleg, Maurice Audin, Henri Martin, Georges Séguy et Henri Krasucki, qui m’a honoré de son amitié, jeunes résistants à seize ans, déportés, dirigeants du Parti communiste et de la CGT. Et les milliers de militantes et militants dont les noms figurent sur les plaques des rues dans les villes de France. Et les femmes héroïques, comme Marie-Claude Vaillant-Coutu­rier, Danielle Casanova, Olga Bancic, décapitée à Hambourg par les nazis. Et tant d’autres. […] Quelles vies, quels destins !

Des générations de jeunes sont venues au communisme dans ces luttes pour la liberté.

On peut ajouter les rudes combats quo­ti­­diens dans les entreprises, les grèves étouffées, les militants syndicaux sanctionnés. Et les manifestations, les tracts, les affiches. Chaque fois qu’un risque pour la liberté s’est présenté pour le pays, pour le monde du travail, pour les libertés intellectuelles, le Parti communiste a répondu présent. Est-ce que cela a été linéaire, sans contradiction ? Non, j’y viendrai. […]

Des événements fondateurs de la pensée communiste sur les libertés et la démocratie se sont produits au sortir de la guerre froide dans les années 1960 et 1970. […] Ce furent les événements de Mai-Juin 1968 en France et les aspirations qu’ils traduisaient chez les étudiants et au sein de la classe ouvrière. Vint ensuite l’écrasement par l’Union soviétique du Printemps de Prague en Tchécoslovaquie en août de la même année. Le Parti communiste français entreprit dès lors un profond mouvement de remise à jour théorique. Ce fut une bouffée de créativité. Ainsi, le Manifeste de Champigny de 1968 confirma le tournant idéologique du Parti communiste. En 1973 parut un livre de Georges Marchais, Le Défi démocratique. En 1976, le XXIIe congrès du Parti communiste se tint sous le titre « Pour un socialisme aux couleurs de la France », et un petit livre exceptionnel fut publié, Vivre libres, qui anticipait de plus de vingt ans les positions progressistes de la gauche en France. Par exemple, la revendication de l’abolition de la peine de mort y figurait bien avant son abolition par Mitterrand et Badinter. […] Avec un minimum d’objectivité politique, il convient de noter que ces vingt années ont défriché un nouveau projet communiste pour la gauche et la France. Je me rappelle en février 1966 une une de l’Humanité. Elle publiait un texte de Louis Aragon qui fit événement. Il déclarait : « Je ne puis imaginer qu’un communiste considère avec indifférence le verdict rendu à Moscou dans l’affaire Siniavski et Daniel. » […] Lorsque je balaie ainsi l’histoire et le mouvement des idées, je me dis qu’une terrible injustice frappe les communistes. Est-ce que ce mouvement est linéaire, sans hésitation, débats internes ou errements divers ? Bien sûr que non. Nous avons tâtonné, parfois renoncé, puis nous sommes repartis. […] Aucun parti politique, à gauche, n’a autant poussé la réflexion historique critique sur l’histoire, son histoire, et sur l’avenir, que le Parti communiste. J’accepte ce débat avec des camarades socialistes comme avec des personnes de droite. Chiche.

Mais si votre regard sur l’histoire est exact, pourquoi ce doute sur le rapport du Parti communiste avec la liberté ? Pourquoi cette méfiance qui vous poursuit ?

D’abord, réponse facile, on ne nous fait pas de cadeau, et peu de regards objectifs sont portés sur nous. […] Mais ma réponse est insuffisante. Le rapport des communistes à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’Homme a été traversé pendant des dizaines d’années par la contradiction entre notre combat déterminé pour la liberté dans le monde capitaliste et ce qui se passait à Moscou et en Europe de l’Est. […]

Le monde impérialiste, oppresseur et agressif, se prévalait de défendre les libertés, d’être « le monde libre ». En face, le monde socialiste, historiquement porteur de libération humaine, ne parvenait pas à relever le défi d’un socialisme démocratique.

Nous tentions de résoudre cette contradiction en distinguant entre les libertés formelles de la démocratie sous le capitalisme et les libertés réelles économiques et sociales sous le socialisme. Cela nous a fait perdre de vue que les libertés dites « formelles » et les libertés dites « réelles », libertés économiques et sociales, forment la même question. En vérité, cette séparation était artificielle et sans portée réelle. […]

L’histoire a tranché. Il n’y a pas de société nouvelle sans avancée de la liberté et de la démocratie. D’ailleurs, la conquête de nouvelles libertés et d’une démocratie plus réelle est au cœur de la construction d’une nouvelle société. […] Les communistes comprennent cela et savent également combien les libertés, la démocratie, les droits de la personne, le pluralisme, l’indépendance des médias, la liberté de la presse, le droit à l’information et à la culture, les droits des travailleurs dans les entreprises sont un combat vital et un objectif pour l’épanouissement humain. Il n’y a pas d’exception possible qui tienne durablement au nom d’un avenir heureux qui, de fait, ne vient jamais. La force d’une société nouvelle tient, dans la durée, à une vie politique libre, aux débats contradictoires, à la recherche de l’intervention permanente des citoyens dans la ville et des travailleurs dans les entreprises. Il reste beaucoup à faire et à inventer. C’est le sens du combat pour une VIe République.

*Henri Malberg a été membre du Comité central à partir de 1972 et secrétaire de la fédération de Paris jusqu’en 1995.

Le PCF et les libertés à travers quelques publications

• Charles Rappoport, « Le socialisme et la liberté »,

La brochure populaire, septembre 1934

• Charles Rappoport, Liberté capitaliste et liberté ouvrière, La brochure populaire, octobre 1934.

• René Maublanc, Le marxisme et la liberté, Paris, Éditions sociales, 1945.

• Vivre libres ! Projet de déclaration des libertés soumis à la discussion des Français, L ’Humanité, 1975.

• Georges Marchais, Le défi démocratique, Grasset, 1973.

• Pierre Juquin, Liberté, Grasset, 1975.

• Georges Marchais, Le parti de la liberté pour les femmes, PCF, 1975 (Discours à l’occasion de l’année internationale des femmes).

• Étienne Fajon, Les communistes et la liberté, PCF, 1976.

• Georges Marchais, La liberté guide nos pas, PCF, 1977.

• André Lajoinie, Liberté, justice, paix, Conférence nationale, 1987.

• Déclaration des libertés, Paris, PCF, 1987.

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 05:14
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 14:36

2 h ·

115 PARLEMENTAIRES FRANÇAIS ET EUROPÉENS INTERPELLENT LE GOUVERNEUR DE PENNSYLVANIE

A l'initiative de Patrick Le Hyaric, député au parlement européen, 115 parlementaires français et européens ont décidé d'interpeller le Gouverneur de Pennsylvanie à propos de la gravité de l'état de santé de Mumia et du refus de l'administration pénitentaire de l'autoriser à bénéficier d'un traitement lui pemettant de se soigner.

Cette initiative, sans précédent par son ampleur, a recueilli l'accord de très nombreux parlementaires issues de plus d'une quinzaine de pays et de toutes opinions.

Vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous la lettre au Gouverneur et la liste des parlementaires signataires :

http://mumiabujamal.com/…/Lettre-parlementaires-au-Gouverne…

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accéderez à la vidéo où Patrick Le Hyaric et Jacky Hortaut rendent compte de leur visite récente à Mumia : "Une mobilisation politique et diplomatique pour sauver Mumia"

https://youtu.be/eRXAHTBXY6Q

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 10:55
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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 09:54

André Chassaigne « Le caractère extrêmement grave de la situation »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ADRIEN ROUCHALEOU

LUNDI, 23 NOVEMBRE, 2015

L'HUMANITÉ

chassaigneassemblee.jpg

Photo : Joël Saget/AFP

Pour André Chassaigne, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, l’état d’urgence ne doit pas dissimuler « d’autres urgences ».

Quelles ont été les motivations de votre vote en faveur du projet de loi ?

André Chassaigne D’abord, nous avons pris en compte le caractère extrêmement grave de la situation avec toujours en tête que ce type d’attentats extrêmement meurtriers pouvait se reproduire. Nous avons pensé que des mesures exceptionnelles étaient justifiées parce qu’il s’agissait de mettre tout en œuvre pour arrêter les meurtriers, mais aussi démanteler les réseaux. Nous avons abordé ce débat avec la volonté chevillée au corps d’offrir la meilleure des sécurités à nos concitoyens, sans mettre en péril les libertés auxquelles ils sont, et nous sommes, tant attachés. C’est l’attente forte des populations que nous représentons. Dans les contacts que les députés ont, notamment dans leur circonscription, ils font part d’une exigence très forte de tout mettre en œuvre pour que les citoyens puissent voir leur sécurité garantie.

Enfin, notre décision s’est appuyée sur le texte lui-même. Même si les choses ont été faites dans l’urgence, nous nous sommes livrés à une étude approfondie du projet de loi, qui se place dans l’État de droit. Nous avons considéré que les mesures qui étaient proposées donnaient une garantie face à la question primordiale des libertés individuelles.

Bien sûr, nous avons tout à fait conscience que, même dans un cadre légal, l’état d’urgence restreint inévitablement certaines libertés. Mais, en l’occurrence, nous avons considéré que les garde-fous étaient présents dans ce projet de loi, notamment par sa limitation dans le temps (trois mois au maximum) et des garanties juridictionnelles, avec des voies de recours devant le juge administratif.

Dans le texte que nous avons voté, les voies de recours sont supérieures à celles qui figuraient dans la loi de 1955. Le juge des référés administratifs peut se prononcer rapidement et annuler des mesures prises.

Nous avons pris connaissance bien évidemment des appréciations des associations. Elles sont dans leur rôle et font fort justement part de leurs inquiétudes, notamment sur les libertés fondamentales. Mais ces prises de position portaient davantage sur la révision constitutionnelle que sur la prorogation de l’état d’urgence. Et nous l’avons dit et redit, ce que nous avons voté sur l’état d’urgence n’anticipe en aucun cas un vote similaire sur la révision constitutionnelle.

Le texte présenté mercredi par le gouvernement a évolué en séance par le biais d’amendements, certains provenant de la droite. Cela a-t-il modifié votre état d’esprit sur le texte.

André Chassaigne Il y a d’abord eu un changement positif. Une avancée que nous avons saluée concernant le contrôle parlementaire. La commission des Lois a établi un contrôle parlementaire, nous y reviendrons. C’est vrai que nous aurions pu aller plus loin et être plus exigeants dans un débat qui n’aurait pas été conduit dans l’urgence, avec la nécessité d’un vote conforme du Sénat.

Le texte a aussi durci les conditions d’assignation à résidence par une forme d’escalade sécuritaire, le gouvernement cédant sur certains points à la droite. Nous avons exprimé et réitérons nos inquiétudes sur ces évolutions.

Quant aux risques de dérapage, ils sont dans la définition même de ceux qui doivent être assignés à résidence, ainsi que dans la multiplication des perquisitions, effectuées parfois dans la démesure et la violence. C’est pour cela que nous sommes si attachés à un contrôle strict.

Être attentif à tout ce qui touche aux libertés, c’est dans notre ADN. Apporter notre soutien à la prorogation de l’état d’urgence, ce n’est pas quelque chose que l’on fait spontanément. Ce soutien a été décidé collectivement par l’ensemble des parlementaires du Front de gauche. Il a exigé de prendre en compte l’importance des enjeux et sans aucun doute du courage politique. Si nous n’avons pas considéré que les dispositions retenues étaient des atteintes démesurées aux libertés, c’est parce qu’elles sont limitées dans le temps, circonscrites dans un périmètre précis et contrôlées par le Parlement.

Le contrôle parlementaire prévu grâce à un amendement de la commission vous semble-t-il suffisant pour écarter tous risques d’abus ?

André Chassaigne En séance, le rapporteur de la commission des Lois a précisé ce que pourrait être ce contrôle : un rapport hebdomadaire sur la mise en œuvre de l’état d’urgence devant les commissions concernées de l’Assemblée nationale et du Sénat. À nous maintenant d’avoir suffisamment d’exigence pour que le rapport hebdomadaire ne soit pas qu’un ersatz de rapport, mais soit véritablement précis. Que l’on nous présente bien toutes les actions qui ont été menées dans le cadre de l’état d’urgence et leurs motivations. Les députés du Front de gauche seront en première ligne pour exercer cette mission de contrôle.

Mais nous appelons aussi à une vigilance citoyenne pour qu’il y ait des lanceurs d’alerte. Il faut que nous puissions être saisis si des citoyens constatent des abus. Nous ne devons pas en rester aux seuls comptes rendus du ministre de l’Intérieur. Pour conclure, je tiens à rappeler, comme nous l’avons dit dans notre intervention, que l’état d’urgence n’est qu’une réponse partielle à une situation qui dépasse nos frontières. D’autres urgences existent, notamment assécher les ressources de Daech et prendre pour cela, en France comme à l’international, les mesures nécessaires. Il faut également que l’intervention en Syrie soit désormais conduite sous l’égide de l’ONU, dans le cadre d’une coalition internationale qui soit la plus large possible. Enfin, et c’est au cœur de nos combats parlementaires, la priorité est aussi d’apporter dans notre politique nationale des réponses dans le domaine de l’éducation, de l’emploi et de tout ce qui touche au vivre-ensemble

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:05

Étiquetage/Régionales : Le ministre de l’intérieur récidive dans la manipulation politicienne

En mars dernier, lors des élections départementales, le ministre de l’intérieur avait été pris en flagrant délit de manipulation des étiquettes politiques des candidats. Fort de cette mauvaise expérience, nous avons interpellé par écrit le ministre, qui n'y a d'ailleurs jamais répondu.

C'est avec stupeur et indignation que nous avons pris connaissance de l’étiquetage des listes aux élections régionales. Il récidive dans la manipulation politicienne, l’arbitraire et le fait du prince : ainsi les listes de Front de gauche dans les Pays de la Loire et le Centre sont qualifiées arbitrairement de listes communistes, alors qu’aucune liste comportant des composants du Front de gauche ne leur est opposée. En PACA et Midi-Pyrénées-Languedoc Roussillon, les listes de rassemblement entre EELV et le Front de gauche sont dénommés bizarrement VECG. Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie le ministère a décrété que le PCF, Ensemble et République & Socialisme, ne faisaient plus partie du Front de gauche et que leur liste était communiste. En Rhône-Alpes-Auvergne, c’est le PCF qui se voit exclu du Front de Gauche sur ordre de monsieur Cazeneuve et la présence de MRC est ignorée. L’engagement de citoyens investis dans la vie de la cité, de syndicalistes et d’associatifs est totalement méprisé par la classification du ministère.

Cerise sur le gâteau, toutes les listes du PS et de ses partis satellites obtiennent l’étiquette « Union de la gauche » alors qu’elles ne comportent ni les Verts, ni aucune composante du Front de gauche.

Pour redessiner à sa guise le paysage politique français, monsieur Cazeneuve et ses préfets seraient-ils aux ordres de la rue de Solferino plutôt qu’au service de la République ?

Monsieur Cazeneuve tente visiblement de faire perdurer la fiction d’un gauche dominée par l’hégémonie du PS et d’un PCF isolé, mais s’il lui reste un soupçon de souvenir de ses humanités, il devrait se rappeler que “Errare humanum est, perseverare diabolicum”.

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BRUNO FORNACIARI

HPIM3303

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