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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 06:35

La liberté dans l’histoire du PCF

Deux anciens dirigeants communistes proposent leur vision des rapports historiques entre PCF et liberté.

Francette Lazard*

C’est toute une histoire ! L’histoire d’une ambition pour la libération humaine qui, à travers le temps, motive et mobilise l’engagement communiste. L’histoire des structures qui la porte, de leurs contradictions et de leurs errements, de leurs conquêtes, de leurs effets dans la vie des individus et des peuples.

Le milieu des années 70 est un bon observatoire de cette histoire. Après 1968, deux ondes de choc vont cumuler leurs effets. En mai/juin 68 à Paris, l’espérance d’une société émancipée se manifeste avec une force inattendue dans la diversité de ses expressions. En août à Prague, les tanks soviétiques brisent l’espoir d’un « socialisme à visage humain ». Le PCF condamne Moscou et prend conscience de l’impératif d’une réflexion nouvelle sur la question des libertés.

Son système de référence est ébranlé. Ni le modèle fondateur de la IIIe Internationale ni l’évocation du « Front populaire » ne vont lui donner les clés de la période qui s’ouvre.

1920, 1936

Le retour sur ces deux moments essentiels du parcours du PCF permet de saisir la complexité de son rapport à la question des libertés. Son élan d’adhésion à l’Internationale proposée par Lénine trouve sa « force propulsive » dans la révolution d’Octobre. Tous les partis communistes vont ensuite devoir se structurer dans le moule unique des « principes du léninisme » codifiés dès 1924 par Staline. L’efficacité révolutionnaire prime, les droits et libertés devront s’y subordonner. Tragédie de l’histoire… Le jeune PCF va rapidement subir les effets de la dérive stalinienne. Ce sera l’autoritarisme, l’esprit de secte, la stratégie « classe contre classe » qui va renvoyer dos à dos le fascisme et la social-démocratie. Après la dramatique arrivée de Hitler en 1933, l’Internationale communiste va chercher une stratégie d’alliances antifascistes. La toute jeune direction du PCF, avec Maurice Thorez, va y contribuer avec audace et créativité. Sa conception du « Front populaire » plonge ses racines dans le riche terreau national des Lumières, de la Révolution française, de la Commune, de la République. La réunion du drapeau rouge et du drapeau tricolore va donner ses couleurs originales à la Résistance antinazie.

Devenu en 1944/45 le premier parti de France, le PCF va promouvoir une conception innovante des libertés politiques en les conjuguant avec la conquête de solidarités sociales et de droits nouveaux dans les entreprises. Il va, en même temps, continuer à se référer au modèle soviétique qui fixe son identité, son projet et son mode de fonctionnement. L’esquisse de réflexions nouvelles à la Libération demeure sans lendemain. La guerre froide va tout figer. Le PCF se ferme aux changements de société qui s’accélèrent. Certes, son influence se maintient élevée à travers l’engagement militant, les luttes sociales ou anticoloniales. Mais il va être pris au dépourvu par le renouveau des aspirations libératrices des années 60.

Le choc de 1968 d’autant plus rude

Dans la jeune génération étudiante, comme dans un monde du travail en pleine mutation, les débats d’idées se passionnent sur le type de société à construire. Le PCF définit et soutient les « justes » revendications, contribue à nombre d’avancées sociales. Il trace la voie du seul débouché politique à ses yeux possible : la signature d’un programme commun de gouvernement avec le PS. Son projet de parti « communiste » est intemporel, déconnecté de la « perspective démocratique ». Il se résume dans l’énoncé des étapes et de leurs « lois », démocratie avancée, socialisme. Mais le modèle soviétique est défiguré à Prague et va bientôt, se glacer puis se décomposer. L’affrontement politique sur la question des libertés devient crucial, au cœur d’une intense bataille d’idées que cristallise la publication de L’Archipel du goulag.

Après la signature du programme commun, le PCF s’attend à un grand élan populaire. Surprise : c’est l’attentisme qui prévaut. Le PCF stagne aux législatives de 1973. Georges Marchais propose de faire sauter « les butoirs » et lance de grands débats politiques avec Le Défi démocratique, son livre-manifeste. Cela ne va pas de soi. Nombre de communistes considèrent encore le modèle soviétique comme la carte d’identité de l’avenir. La direction communiste décide de marquer les esprits en affirmant une conception novatrice : la « charte des libertés » en 1975. Le PCF se distancie – enfin ! – des atteintes persistantes aux libertés en URSS et condamne de façon claire et nette le stalinisme. En 1976, à la veille du XXIIe congrès, Georges Marchais crée le choc qu’il recherche. Il annonce en direct au journal télévisé l’abandon de la notion de « dictature du prolétariat ». À relire les textes d’alors, leur souffle nous parvient encore. La vision proposée met en relation les grands acquis des droits et libertés existants et les nouvelles conquêtes qu’appelle le combat contre l’exploitation et la domination.

L’opposition stérile entre démocratie « formelle » et démocratie « réelle » semble bien dépassée. Le PCF se veut à l’offensive et ses initiatives sont perçues comme telles. Déception : leurs effets politiques sont demeurés très limités. En une période de bouleversements historiques majeurs, il serait bien simpliste d’opposer les novations des années 70 et les crispations des années 80 sur la pente du déclin. Il va falloir encore près de 20 ans, de 1979 à 1994, pour abandonner, une à une, les pierres angulaires du modèle « marxiste-léniniste » : socialisme scientifique, rôle d’avant-garde de la classe ouvrière, centralisme démocratique. Il ne suffit pas de se dégager d’un système doctrinaire pour disposer d’une visée révolutionnaire ancrée dans la créativité démocratique du peuple… Le chantier est encore devant nous !

Hors des chemins balisés

Dans ces décennies de turbulences et d’échecs, le PCF réussit à éviter un piège fatal à tant d’autres forces révolutionnaires : le repli de secte ou le renoncement social-démocrate. Il perçoit les nouveaux défis de l’époque sans cesser de contester la prétention hégémonique du capitalisme. Il tente, en tâtonnant, à bas bruit, de poursuivre la recherche d’une alternative. L’enjeu est existentiel. La question des libertés se pose désormais comme jamais. Les civilisations ont basculé dans l’ère de toutes les fragilités. L’humanité risque d’y sombrer si de nouvelles frontières d’émancipation ne parviennent pas à s’ouvrir. Aucun groupe humain, aucun cercle d’experts, aucun parti ni aucun prophète n’ont les clés de l’avenir. L’idée qu’il faut, dans l’urgence de la conjoncture politique, construire de nouveaux rapports des hommes entre eux et avec la nature commence à prendre vie partout. Nous le savons, aucun grand mouvement historique n’a jamais été préconçu. Des pratiques politiques et sociales sont à inventer, s’inventent.

À l’évidence vient le temps de la conquête de libertés et de pouvoirs inédits dans toutes les sphères de l’activité humaine. La politique saura-t-elle se ressourcer en contribuant à façonner les nouveaux leviers de l’émancipation humaine ? Belle raison de s’y engager ! n*Francette Lazard a été membre

du Comité central, à partir de 1969,

puis du Bureau politique du PCF jusqu’en 1997.

Henri Malberg*

Historiquement, le communisme semble avoir un problème avec les libertés, la démocratie, les droits de l’Homme. En convenez-vous ? Et comment l’expliquez-vous ?

Oui, j’en conviens. L’histoire est pleine de contradictions. Nous aussi. Il y a dans ces reproches une part de procès d’intention. C’est injuste et cela relève d’une guerre idéologique obsessionnelle. Mais il y a aussi dans ce questionnement une part légitime qui correspond à une contradiction de l’histoire au XXe siècle. Et elle ne concerne pas uniquement les communistes.

C’est-à-dire ?

Nous combattions pour les libertés et un socialisme démocratique et avions du mal à répondre à la question « Pourquoi pas en Russie et à l’Est ? » Nous le pensions aussi, et l’avons parfois dit. Notre espoir était que ces sociétés débouchent sur un socialisme démocratique. Cela n’a pas été le cas. C’est malheureux pour l’avenir du monde.

Mais qui peut nier que le communisme a été tout au long du XXe siècle un formidable levier des peuples dans leur lutte pour la liberté ?

Il suffit de citer l’antifascisme, les luttes de libération nationale et en général les luttes progressistes dans le monde. Sans l’apport direct des idées communistes, sans la révolution d’Octobre, sans la puissance de l’Union soviétique, qu’on l’aime ou non, et sans le militantisme de millions de personnes encouragées par le communisme, rien de ce qui a bougé dans le monde n’aurait été possible. Pour les dirigeants des pays capitalistes dominants, c’était clair. L’ennemi était là. Pour la France, ce que je dis est indiscutable. Le Parti communiste, en rapport avec ce qu’il y a de meilleur dans la tradition ouvrière et socialiste – je n’oublie pas Jaurès –, a tenu un très grand rôle dans toutes les luttes pour la liberté. Un rôle souvent moteur. Je pense à 1934, au Front populaire, à la Résistance, à la solidarité avec les peuples coloniaux. Et souvent au prix du sang des militants, de la guerre d’Espagne à la Résistance et au massacre de Charonne. À Charonne, où je me trouvais en février 1962 lors du martyre des personnes assassinées par la police de Papon, le sort de la guerre d’Algérie a été scellé. Charonne fut pour le général de Gaulle le signal qu’il fallait arrêter la guerre, signer avec le FLN et affronter définitivement les ultras d’Alger. J’ai le souvenir brûlant de cette manif, de l’entrée du métro et de mes sept camarades assassinés par la police, tous membres de la CGT et presque tous militants du Parti communiste.

Si je regarde ma vie, de dix-sept ans à plus de trente, une bonne partie de mon activité militante a été consacrée à soutenir les combats des peuples vietnamiens et algériens. Et me reviennent des noms qui résonnent, comme Nelson Mandela, les Rosenberg exécutés sur une chaise électrique aux États-Unis, Angela Davis… mais aussi Sacco et Vanzetti, Gabriel Péri, Henri Alleg, Maurice Audin, Henri Martin, Georges Séguy et Henri Krasucki, qui m’a honoré de son amitié, jeunes résistants à seize ans, déportés, dirigeants du Parti communiste et de la CGT. Et les milliers de militantes et militants dont les noms figurent sur les plaques des rues dans les villes de France. Et les femmes héroïques, comme Marie-Claude Vaillant-Coutu­rier, Danielle Casanova, Olga Bancic, décapitée à Hambourg par les nazis. Et tant d’autres. […] Quelles vies, quels destins !

Des générations de jeunes sont venues au communisme dans ces luttes pour la liberté.

On peut ajouter les rudes combats quo­ti­­diens dans les entreprises, les grèves étouffées, les militants syndicaux sanctionnés. Et les manifestations, les tracts, les affiches. Chaque fois qu’un risque pour la liberté s’est présenté pour le pays, pour le monde du travail, pour les libertés intellectuelles, le Parti communiste a répondu présent. Est-ce que cela a été linéaire, sans contradiction ? Non, j’y viendrai. […]

Des événements fondateurs de la pensée communiste sur les libertés et la démocratie se sont produits au sortir de la guerre froide dans les années 1960 et 1970. […] Ce furent les événements de Mai-Juin 1968 en France et les aspirations qu’ils traduisaient chez les étudiants et au sein de la classe ouvrière. Vint ensuite l’écrasement par l’Union soviétique du Printemps de Prague en Tchécoslovaquie en août de la même année. Le Parti communiste français entreprit dès lors un profond mouvement de remise à jour théorique. Ce fut une bouffée de créativité. Ainsi, le Manifeste de Champigny de 1968 confirma le tournant idéologique du Parti communiste. En 1973 parut un livre de Georges Marchais, Le Défi démocratique. En 1976, le XXIIe congrès du Parti communiste se tint sous le titre « Pour un socialisme aux couleurs de la France », et un petit livre exceptionnel fut publié, Vivre libres, qui anticipait de plus de vingt ans les positions progressistes de la gauche en France. Par exemple, la revendication de l’abolition de la peine de mort y figurait bien avant son abolition par Mitterrand et Badinter. […] Avec un minimum d’objectivité politique, il convient de noter que ces vingt années ont défriché un nouveau projet communiste pour la gauche et la France. Je me rappelle en février 1966 une une de l’Humanité. Elle publiait un texte de Louis Aragon qui fit événement. Il déclarait : « Je ne puis imaginer qu’un communiste considère avec indifférence le verdict rendu à Moscou dans l’affaire Siniavski et Daniel. » […] Lorsque je balaie ainsi l’histoire et le mouvement des idées, je me dis qu’une terrible injustice frappe les communistes. Est-ce que ce mouvement est linéaire, sans hésitation, débats internes ou errements divers ? Bien sûr que non. Nous avons tâtonné, parfois renoncé, puis nous sommes repartis. […] Aucun parti politique, à gauche, n’a autant poussé la réflexion historique critique sur l’histoire, son histoire, et sur l’avenir, que le Parti communiste. J’accepte ce débat avec des camarades socialistes comme avec des personnes de droite. Chiche.

Mais si votre regard sur l’histoire est exact, pourquoi ce doute sur le rapport du Parti communiste avec la liberté ? Pourquoi cette méfiance qui vous poursuit ?

D’abord, réponse facile, on ne nous fait pas de cadeau, et peu de regards objectifs sont portés sur nous. […] Mais ma réponse est insuffisante. Le rapport des communistes à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’Homme a été traversé pendant des dizaines d’années par la contradiction entre notre combat déterminé pour la liberté dans le monde capitaliste et ce qui se passait à Moscou et en Europe de l’Est. […]

Le monde impérialiste, oppresseur et agressif, se prévalait de défendre les libertés, d’être « le monde libre ». En face, le monde socialiste, historiquement porteur de libération humaine, ne parvenait pas à relever le défi d’un socialisme démocratique.

Nous tentions de résoudre cette contradiction en distinguant entre les libertés formelles de la démocratie sous le capitalisme et les libertés réelles économiques et sociales sous le socialisme. Cela nous a fait perdre de vue que les libertés dites « formelles » et les libertés dites « réelles », libertés économiques et sociales, forment la même question. En vérité, cette séparation était artificielle et sans portée réelle. […]

L’histoire a tranché. Il n’y a pas de société nouvelle sans avancée de la liberté et de la démocratie. D’ailleurs, la conquête de nouvelles libertés et d’une démocratie plus réelle est au cœur de la construction d’une nouvelle société. […] Les communistes comprennent cela et savent également combien les libertés, la démocratie, les droits de la personne, le pluralisme, l’indépendance des médias, la liberté de la presse, le droit à l’information et à la culture, les droits des travailleurs dans les entreprises sont un combat vital et un objectif pour l’épanouissement humain. Il n’y a pas d’exception possible qui tienne durablement au nom d’un avenir heureux qui, de fait, ne vient jamais. La force d’une société nouvelle tient, dans la durée, à une vie politique libre, aux débats contradictoires, à la recherche de l’intervention permanente des citoyens dans la ville et des travailleurs dans les entreprises. Il reste beaucoup à faire et à inventer. C’est le sens du combat pour une VIe République.

*Henri Malberg a été membre du Comité central à partir de 1972 et secrétaire de la fédération de Paris jusqu’en 1995.

Le PCF et les libertés à travers quelques publications

• Charles Rappoport, « Le socialisme et la liberté »,

La brochure populaire, septembre 1934

• Charles Rappoport, Liberté capitaliste et liberté ouvrière, La brochure populaire, octobre 1934.

• René Maublanc, Le marxisme et la liberté, Paris, Éditions sociales, 1945.

• Vivre libres ! Projet de déclaration des libertés soumis à la discussion des Français, L ’Humanité, 1975.

• Georges Marchais, Le défi démocratique, Grasset, 1973.

• Pierre Juquin, Liberté, Grasset, 1975.

• Georges Marchais, Le parti de la liberté pour les femmes, PCF, 1975 (Discours à l’occasion de l’année internationale des femmes).

• Étienne Fajon, Les communistes et la liberté, PCF, 1976.

• Georges Marchais, La liberté guide nos pas, PCF, 1977.

• André Lajoinie, Liberté, justice, paix, Conférence nationale, 1987.

• Déclaration des libertés, Paris, PCF, 1987.

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 05:14
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 14:36

2 h ·

115 PARLEMENTAIRES FRANÇAIS ET EUROPÉENS INTERPELLENT LE GOUVERNEUR DE PENNSYLVANIE

A l'initiative de Patrick Le Hyaric, député au parlement européen, 115 parlementaires français et européens ont décidé d'interpeller le Gouverneur de Pennsylvanie à propos de la gravité de l'état de santé de Mumia et du refus de l'administration pénitentaire de l'autoriser à bénéficier d'un traitement lui pemettant de se soigner.

Cette initiative, sans précédent par son ampleur, a recueilli l'accord de très nombreux parlementaires issues de plus d'une quinzaine de pays et de toutes opinions.

Vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous la lettre au Gouverneur et la liste des parlementaires signataires :

http://mumiabujamal.com/…/Lettre-parlementaires-au-Gouverne…

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accéderez à la vidéo où Patrick Le Hyaric et Jacky Hortaut rendent compte de leur visite récente à Mumia : "Une mobilisation politique et diplomatique pour sauver Mumia"

https://youtu.be/eRXAHTBXY6Q

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 10:55
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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 09:54

André Chassaigne « Le caractère extrêmement grave de la situation »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ADRIEN ROUCHALEOU

LUNDI, 23 NOVEMBRE, 2015

L'HUMANITÉ

chassaigneassemblee.jpg

Photo : Joël Saget/AFP

Pour André Chassaigne, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, l’état d’urgence ne doit pas dissimuler « d’autres urgences ».

Quelles ont été les motivations de votre vote en faveur du projet de loi ?

André Chassaigne D’abord, nous avons pris en compte le caractère extrêmement grave de la situation avec toujours en tête que ce type d’attentats extrêmement meurtriers pouvait se reproduire. Nous avons pensé que des mesures exceptionnelles étaient justifiées parce qu’il s’agissait de mettre tout en œuvre pour arrêter les meurtriers, mais aussi démanteler les réseaux. Nous avons abordé ce débat avec la volonté chevillée au corps d’offrir la meilleure des sécurités à nos concitoyens, sans mettre en péril les libertés auxquelles ils sont, et nous sommes, tant attachés. C’est l’attente forte des populations que nous représentons. Dans les contacts que les députés ont, notamment dans leur circonscription, ils font part d’une exigence très forte de tout mettre en œuvre pour que les citoyens puissent voir leur sécurité garantie.

Enfin, notre décision s’est appuyée sur le texte lui-même. Même si les choses ont été faites dans l’urgence, nous nous sommes livrés à une étude approfondie du projet de loi, qui se place dans l’État de droit. Nous avons considéré que les mesures qui étaient proposées donnaient une garantie face à la question primordiale des libertés individuelles.

Bien sûr, nous avons tout à fait conscience que, même dans un cadre légal, l’état d’urgence restreint inévitablement certaines libertés. Mais, en l’occurrence, nous avons considéré que les garde-fous étaient présents dans ce projet de loi, notamment par sa limitation dans le temps (trois mois au maximum) et des garanties juridictionnelles, avec des voies de recours devant le juge administratif.

Dans le texte que nous avons voté, les voies de recours sont supérieures à celles qui figuraient dans la loi de 1955. Le juge des référés administratifs peut se prononcer rapidement et annuler des mesures prises.

Nous avons pris connaissance bien évidemment des appréciations des associations. Elles sont dans leur rôle et font fort justement part de leurs inquiétudes, notamment sur les libertés fondamentales. Mais ces prises de position portaient davantage sur la révision constitutionnelle que sur la prorogation de l’état d’urgence. Et nous l’avons dit et redit, ce que nous avons voté sur l’état d’urgence n’anticipe en aucun cas un vote similaire sur la révision constitutionnelle.

Le texte présenté mercredi par le gouvernement a évolué en séance par le biais d’amendements, certains provenant de la droite. Cela a-t-il modifié votre état d’esprit sur le texte.

André Chassaigne Il y a d’abord eu un changement positif. Une avancée que nous avons saluée concernant le contrôle parlementaire. La commission des Lois a établi un contrôle parlementaire, nous y reviendrons. C’est vrai que nous aurions pu aller plus loin et être plus exigeants dans un débat qui n’aurait pas été conduit dans l’urgence, avec la nécessité d’un vote conforme du Sénat.

Le texte a aussi durci les conditions d’assignation à résidence par une forme d’escalade sécuritaire, le gouvernement cédant sur certains points à la droite. Nous avons exprimé et réitérons nos inquiétudes sur ces évolutions.

Quant aux risques de dérapage, ils sont dans la définition même de ceux qui doivent être assignés à résidence, ainsi que dans la multiplication des perquisitions, effectuées parfois dans la démesure et la violence. C’est pour cela que nous sommes si attachés à un contrôle strict.

Être attentif à tout ce qui touche aux libertés, c’est dans notre ADN. Apporter notre soutien à la prorogation de l’état d’urgence, ce n’est pas quelque chose que l’on fait spontanément. Ce soutien a été décidé collectivement par l’ensemble des parlementaires du Front de gauche. Il a exigé de prendre en compte l’importance des enjeux et sans aucun doute du courage politique. Si nous n’avons pas considéré que les dispositions retenues étaient des atteintes démesurées aux libertés, c’est parce qu’elles sont limitées dans le temps, circonscrites dans un périmètre précis et contrôlées par le Parlement.

Le contrôle parlementaire prévu grâce à un amendement de la commission vous semble-t-il suffisant pour écarter tous risques d’abus ?

André Chassaigne En séance, le rapporteur de la commission des Lois a précisé ce que pourrait être ce contrôle : un rapport hebdomadaire sur la mise en œuvre de l’état d’urgence devant les commissions concernées de l’Assemblée nationale et du Sénat. À nous maintenant d’avoir suffisamment d’exigence pour que le rapport hebdomadaire ne soit pas qu’un ersatz de rapport, mais soit véritablement précis. Que l’on nous présente bien toutes les actions qui ont été menées dans le cadre de l’état d’urgence et leurs motivations. Les députés du Front de gauche seront en première ligne pour exercer cette mission de contrôle.

Mais nous appelons aussi à une vigilance citoyenne pour qu’il y ait des lanceurs d’alerte. Il faut que nous puissions être saisis si des citoyens constatent des abus. Nous ne devons pas en rester aux seuls comptes rendus du ministre de l’Intérieur. Pour conclure, je tiens à rappeler, comme nous l’avons dit dans notre intervention, que l’état d’urgence n’est qu’une réponse partielle à une situation qui dépasse nos frontières. D’autres urgences existent, notamment assécher les ressources de Daech et prendre pour cela, en France comme à l’international, les mesures nécessaires. Il faut également que l’intervention en Syrie soit désormais conduite sous l’égide de l’ONU, dans le cadre d’une coalition internationale qui soit la plus large possible. Enfin, et c’est au cœur de nos combats parlementaires, la priorité est aussi d’apporter dans notre politique nationale des réponses dans le domaine de l’éducation, de l’emploi et de tout ce qui touche au vivre-ensemble

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:05

Étiquetage/Régionales : Le ministre de l’intérieur récidive dans la manipulation politicienne

En mars dernier, lors des élections départementales, le ministre de l’intérieur avait été pris en flagrant délit de manipulation des étiquettes politiques des candidats. Fort de cette mauvaise expérience, nous avons interpellé par écrit le ministre, qui n'y a d'ailleurs jamais répondu.

C'est avec stupeur et indignation que nous avons pris connaissance de l’étiquetage des listes aux élections régionales. Il récidive dans la manipulation politicienne, l’arbitraire et le fait du prince : ainsi les listes de Front de gauche dans les Pays de la Loire et le Centre sont qualifiées arbitrairement de listes communistes, alors qu’aucune liste comportant des composants du Front de gauche ne leur est opposée. En PACA et Midi-Pyrénées-Languedoc Roussillon, les listes de rassemblement entre EELV et le Front de gauche sont dénommés bizarrement VECG. Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie le ministère a décrété que le PCF, Ensemble et République & Socialisme, ne faisaient plus partie du Front de gauche et que leur liste était communiste. En Rhône-Alpes-Auvergne, c’est le PCF qui se voit exclu du Front de Gauche sur ordre de monsieur Cazeneuve et la présence de MRC est ignorée. L’engagement de citoyens investis dans la vie de la cité, de syndicalistes et d’associatifs est totalement méprisé par la classification du ministère.

Cerise sur le gâteau, toutes les listes du PS et de ses partis satellites obtiennent l’étiquette « Union de la gauche » alors qu’elles ne comportent ni les Verts, ni aucune composante du Front de gauche.

Pour redessiner à sa guise le paysage politique français, monsieur Cazeneuve et ses préfets seraient-ils aux ordres de la rue de Solferino plutôt qu’au service de la République ?

Monsieur Cazeneuve tente visiblement de faire perdurer la fiction d’un gauche dominée par l’hégémonie du PS et d’un PCF isolé, mais s’il lui reste un soupçon de souvenir de ses humanités, il devrait se rappeler que “Errare humanum est, perseverare diabolicum”.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 14:44

« Modifier notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes la victoire qu’ils espèrent »

PAR AGNÈS ROUSSEAUX 19 NOVEMBRE 2015

  • Comment lutter efficacement contre Daech et l’idéologie salafiste sans fouler du pied les principes du droit, sans renoncer à ce que nous sommes et avons bâti ? Quelles seront les conséquences sur notre démocratie déjà bien affaiblie de la révision de la Constitution et des mesures d’exception en préparation ? La réponse par les armes est-elle vraiment la seule possible ? Entretien avec le juriste Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, et secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Basta ! : Les députés discutent aujourd’hui du prolongement de trois mois de l’état d’urgence. Quelle est votre réaction par rapport au discours de François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès, le 16 novembre, après les attentats meurtriers ?

Jean-Pierre Dubois [1] : Nous faisons face à une situation exceptionnelle, qui appelle à des mesures exceptionnelles. Mais cela ne signifie pas des mesures d’exception. Cela suppose des moyens plus importants qu’en temps normal, avec la restriction de certaines libertés si cela est absolument nécessaire. Mais tout cela doit être décidé démocratiquement, et être accompagné à chaque fois de mesures de contrôle, politiques et judiciaires, pour éviter toute logique non-démocratique. De ce double point de vue, le discours du président de la République nous inquiète énormément. Le ton martial rappelle celui du président George W. Bush en 2001. Nous sommes dans une logique d’impuissance guerrière, avec d’autant plus de gesticulations qu’on ne sait pas quoi faire. La peur et la vengeance sont toujours des défaites de la raison. C’est normal que tous, nous ayons peur, mais nos responsables politiques doivent faire appel à la raison, ne pas être dans l’instantané et dans l’émotionnel.

Que pensez-vous des mesures proposées par François Hollande ?

Deux choses sont extrêmement inquiétantes. Premièrement, le fait de dire au Parlement : « Donnez-nous un blanc-seing pour trois mois et faites-le dans les trois jours. » C’est absolument impensable dans une démocratie normale. Ce qu’il faut faire dans les trois jours suivant les attentats, c’est que la police cherche les responsables et les mette hors d’état de nuire. On peut tout à fait comprendre que, dans l’urgence, nous ayons besoin de faire des perquisitions sans prendre les formes habituelles. Mais à condition que le contrôle judiciaire revienne le plus tôt possible, et qu’il soit réel. Réfléchir aux nouveaux cadres législatifs, aux nouvelles mesures juridiques que cette situation appelle, cela nécessite du temps et du débat ! Et ce n’est pas un homme seul qui peut le décider. Rien n’empêche par exemple que le Parlement se retrouve tous les mois pour décider s’il faut poursuivre l’état d’urgence ou pas. C’est un minimum de démocratie, sur lequel le président s’est malheureusement assis.

Deuxièmement, même s’il faut évidemment attendre d’en savoir plus, le contenu des mesures annoncées est aussi inquiétant. Tout le monde sait que la déchéance de nationalité, qui est une reprise des propositions de Nicolas Sarkozy sinon de celles du Front National, n’aura aucune efficacité. C’est absolument insensé, inadmissible. Est-ce qu’on lutte contre le terrorisme en disant à des gens « vous n’êtes pas complètement Français parce que vous avez aussi une autre nationalité » ? Ou bien est-ce qu’on est en train de créer des fractures entre les « Français de souche » et les autres, pour utiliser le vocabulaire de Marine Le Pen ?

Réviser la Constitution n’est pas une bonne idée, selon vous ?

Le Parti socialiste au temps de François Mitterrand voulait abroger l’article 16 de la Constitution [qui donne les « pleins pouvoirs » au président de la République en période de crise], et aujourd’hui le gouvernement veut le « perfectionner » ! Réviser notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes, aux assassins, la victoire qu’ils espèrent. Le but ultime de ces assassins n’était pas de tuer des gens – c’est ce qu’ils ont fait et c’est une horreur absolue : ils ne font pas cela parce qu’ils sont fous, ils le font pour obtenir ce que nos gouvernants semblent justement vouloir préparer. C’est-à-dire ce que Bush a fait aux États-Unis, cette stupidité politique de l’intervention en Irak, qui n’a fait que créer de nouvelles horreurs, de nouveaux réseaux terroristes. Nos gouvernants n’arrivent pas à sortir de cette logique, qui est non seulement contre-productive mais aussi destructrice de ce que nous sommes. C’est ce qui m’inquiète. C’est comme si on cherchait à faciliter le recrutement de nouveaux terroristes.

Sans faire de procès d’intention a priori, ce qui a été annoncé par François Hollande cette semaine est exactement le contraire d’une réponse démocratique acceptable. Dire que nous sommes dans une situation d’exception pour une durée indéterminée – qui pourrait durer cinq, dix ans ! – c’est renoncer à ce que nous sommes. C’est faire un cadeau incroyable aux assassins. Le Premier ministre de Norvège après la tuerie effroyable d’Oslo en 2011 avait déclaré : « Bien entendu nous ne changerons rien à ce que nous sommes ». L’inverse de notre gouvernement qui dit : « Bien entendu nous allons changer ce que nous sommes ». Nous devons choisir entre la ligne de la Norvège et la ligne de George W. Bush, qui a eu les conséquences que l’on sait.

« Nous sommes en guerre », martèlent nos dirigeants. La réponse « guerrière » apportée par le gouvernement avec les frappes aériennes, et cette forme de surenchère verbale, est-elle au fond un signe de notre impuissance, de notre vulnérabilité ?

Les discours martiaux sur le thème « On va tous les exterminer » ne sont rien d’autre que le masque de la peur. La panique est extrêmement dangereuse. Quand nos dirigeants ne savent pas quoi faire, ils prennent une posture guerrière, relèvent le menton et bombent le torse. Cela ne trompe personne et cela détruit ce que nous voudrions au contraire préserver. Nous savons tous que cela peut recommencer, qu’il ne faut pas beaucoup de moyens pour que des personnes prennent des ceintures d’explosifs et des mitraillettes et se mettent à tirer dans la rue. Il y a effectivement une peur terrible, contre laquelle il nous faut lutter.

Comment pouvons-nous lutter efficacement contre le terrorisme et l’idéologie salafiste, sans fouler les principes du droit ?

Il faut bien sûr traquer ces gens et les empêcher de nuire. Mais tant qu’il y aura la même logique à l’œuvre là-bas, il y aura les mêmes conséquences ici. Nous vivons dans un monde global. Il faut se poser les vraies questions : pourquoi Daech a-t-il autant de moyens ? Pourquoi est-ce l’organisation terroriste la plus riche au monde ? On le sait : Daech vend du pétrole. À qui ? Comment fait-on pour que cela s’arrête ? Sans cela nous continuerons à faire de nouvelles lois après de nouveaux attentats, et nous n’en sortions jamais.

Deuxième question : qu’est-ce que cherche Daech ? A convaincre de plus en plus de jeunes musulmans qu’ils sont les cibles de leur propre gouvernement. On nous parle de guerre civile, mais si la réponse aux attentats est de faire la guerre contre une partie de la population française, là encore nous faisons un cadeau à Daech, en facilitant leur recrutement. Il faut éviter de tomber dans leur piège, en dressant les gens les uns contre les autres.

La réponse politique rationnelle, c’est d’une part de bloquer leur tentative de construire un climat de guerre civile en France, et d’autre part de s’attaquer aux sources de la puissance de ce réseau terroriste là-bas. Et pas avec des bombardements qui font courir le risque de tuer des civils et d’augmenter le nombre de candidats de Daech. Mais en s’attaquant au nerf de la guerre, l’argent. Également en agissant sur ce qui a poussé des milliers d’Irakiens et de Syriens à se tourner vers Daech : l’injustice et les extrêmes violences qu’ils ont subies, les morts en Irak et en Syrie du fait de la guerre civile. Tant que l’on joue les sunnites contre les chiites et réciproquement, tant que l’on soutient des gouvernements comme l’Arabie Saoudite, cela continuera. Il faut cesser de financer indirectement ce que l’on combat, soit en achetant du pétrole soit en soutenant les gens qui sont des complices.

Cela suffira-t-il ?

Difficile de dire ce qui suffira. Je ne supporte pas l’idée qu’il pourrait y avoir une solution miracle, qui résoudrait 100% des problèmes. Mais il faut éviter les réponses imbéciles et se précipiter tête baissée dans le piège qu’ils nous tendent.

Au lendemain des attentats, le secrétaire général des Républicains, Laurent Wauquiez, a déclaré vouloir placer les personnes qui font l’objet d’une « fiche S » dans des centres d’internement. Que pensez-vous des propositions qui demandent un plus grand contrôle de ces personnes ?

Qui peut vraiment vouloir mettre 10 000 personnes dans des camps en France ? Car il faut le formuler ainsi, de manière concrète, pour sortir des grandes formules qui flattent l’idée de vengeance… Qui pense vraiment que cela pourrait servir à quelque chose ? Je ne sais pas si c’est de la peur ou du cynisme… Cette fameuse « fiche S » est un objet de fantasme. Il serait idiot de ne pas s’occuper de ces personnes en train de se radicaliser ou qui fréquentent des mosquées avec des prédicateurs fondamentalistes. Mais traiter des milliers de personnes comme des ennemis, c’est à coup sûr les transformer en terroristes potentiels. Exactement ce que veut Daech.

Il faut aussi se poser la question : pourquoi des gens qui sont nés, ont grandi, ont été éduqué ici, peuvent se tourner vers cela ? Qu’est-ce que cela nous renvoie en terme de désintégration de notre société ? Que produisons-nous à travers les discriminations, l’absence de toute perspective d’intégration sociale, la misère et les ghettos ? A travers le fait qu’il n’y a plus de réponses politiques organisées, de colère politique organisée – qui puisse s’exprimer par des mots et par des actes collectifs, et non par une violence suicidaire ? Quand cela n’est plus possible, des gens sont tellement déstabilisés qu’ils deviennent littéralement fous et sont prêts à tuer et à se tuer. Bien sûr, cela nécessite une effroyable instrumentalisation par des gens au Moyen-Orient. Mais aussi un terrain ici qui rend cela possible.

Si notre réponse est uniquement policière, nous aidons ce que nous voulons combattre. La réponse ne peut pas se résumer à des procédés de surveillance. Des parcours comme celui de Mohammed Merah et d’autres, si on les avait traités en amont et pas seulement en les mettant sur une fiche, beaucoup de choses auraient pu être évitées. Il faut les surveiller mais certainement pas les mettre encore plus à l’écart de la société.

Les mesures de surveillance généralisée, notamment avec la Loi Renseignementvotée au printemps, ont-elles montré avec ces événements leur inefficacité ?

Il y a en France une confiance aveugle dans les procédures de surveillance électronique générale. Mais nous gaspillons de l’énergie à côté de nos cibles. Nous consacrons des crédits gigantesques pour des systèmes qui analysent les communications de millions de personnes, alors que le « renseignement humain » serait probablement beaucoup plus efficace. Les communications SMS que l’on retrouve maintenant, tout comme les caméras vidéo, nous permettent de constater après-coup ce qui s’est passé. Les policiers, les services de renseignements ont besoin de pouvoir infiltrer des réseaux, c’est là qu’il faut mettre des moyens.

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble disait que pour lutter efficacement contre le terrorisme, il fallait traiter toute la population comme des terroristes potentiels. Non seulement c’est la mort de la démocratie, mais cela ne nous mène nulle part. Mais c’est un débat que les gouvernants essaient d’interdire, en nous disant qu’on se fait le complice des assassins si on ouvre ce débat. Il me semble que c’est pourtant en refusant ce débat qu’on fait le jeu des assassins.

L’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic explique que l’échec de la lutte contre le terrorisme n’est pas un problème de législation, mais un problème de moyens. Êtes-vous d’accord ?

Je suis d’accord avec lui sur l’essentiel. A la Ligue des droits de l’Homme, nous ne sommes pas des « angélistes ». Il faut évidemment faire du travail de renseignement, nous avons besoin d’action policière en la matière et cela nécessite plus de moyens. Mais dans le cadre de l’État de droit ! Il n’y a aucune raison de se comporter comme si on était en Russie ou en Chine. Ce n’est certainement pas en disant que grâce à des ordinateurs magiques, en surveillant 60 millions de Français, nous allons repérer les communications entre terroristes. Ce n’est pas une bonne méthode. Mais les méthodes plus ciblées, plus ingrates, c’est du travail à long terme, moins visible, et donc moins porteur politiquement.

Ces évènements tragiques et les réactions des responsables politiques font-ils le jeu du Front National ?

C’est un dégât collatéral. Mais madame Le Pen n’a pas grand-chose à dire, une partie des Républicains fait le travail pour elle. Et le gouvernement ne formule pas d’objection explicite aux propositions les plus dingues. Sur la question d’enfermer les « fiches S » dans des camps, nous en sommes au point où c’est Nicolas Sarkozy qui répond à ses amis Laurent Wauquiez et Christian Estrosi, « je ne veux pas un nouveau Guantanamo en France » ! Manuel Valls a vaguement bredouillé qu’il fallait que tout soit conforme à l’État de droit, mais il n’a pas été capable de dire que cette proposition est inadmissible.

Mais les stratégies politiciennes derrière tout cela sont sans importance. Ce n’est pas l’essentiel par rapport à ce qui peut arriver à notre démocratie. Nous vivons une crise du politique. Pour que des gens en viennent à se faire exploser pour faire un maximum de victimes, que le seul débouché à leur colère soit la haine aveugle, il faut quand même que toute réponse rationnelle, politique et collective soit bouchée, y compris dans leur tête. Je ne crois pas à la folie collective sans explication. Il y a certainement des gens fragiles ou qui deviennent incontrôlables, mais les passages à l’acte sont aussi le signe d’une crise. Il y a une absence d’intelligence et de principes qui malheureusement est contagieuse. C’était déjà le cas pour la crise des réfugiés.

Même s’il est dramatique – mais pas nouveau – que les réponses apportées soient démagogiques et purement sécuritaires, même si ce que je dis est assez pessimiste, il faut se rappeler que nous avons vécu des événements encore plus terribles. Et que des gens ailleurs vivent des choses encore bien plus terribles. Daech frappe d’abord des musulmans et les populations de sa région. Nous avons eu à Paris un échantillon de ce que vivent des gens au Moyen-Orient depuis des années, à une échelle beaucoup plus grande. Cela ne diminue pas l’horreur de ce qui s’est passé à Paris, mais il faut prendre cela en compte, et trouver des solutions pour y mettre un terme.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

Photo : CC The Apex Archive

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 09:05

LIBERTÉ – ÉGALITÉ - FRATERNITÉ « le droit par la démocratie et la paix » Jean Jaurès

Paris et Saint-Denis ont subi des attentats d'une violence extrême. La France est sous le choc. Les citoyen-nes n’en peuvent plus de cette menace et veulent comprendre et agir pour vivre en paix.

La sûreté de toutes et de tous doit être une priorité. Mais elle doit être assurée indissociablement de la protection des libertés et des droits fondamentaux qui fondent notre République. De même que nos libertés et nos droits, toute la population sans aucune discrimination d'origine, de culture, d'opinion ou de religion doit être protégée.

Depuis 15 ans, les interventions en Afghanistan, en Irak, en Lybie et maintenant en Syrie, loin de supprimer le terrorisme, l'ont alimenté. S'attaquer à Daesh, c'est simultanément couper ses financements ainsi que le trafic d'armes et mettre en place une coalition internationale sous mandat de l'ONU. C'est aussi, en tout domaine, remettre l'Humain au cœur pour faire reculer le désespoir comme la violence.

Visuel : Jean Jullien

Paris et Saint-Denis ont subi des attentats les plus violents dans notre pays depuis la seconde guerre mondiale. Des dizaines de vies, souvent jeunes, ont été brutalement interrompues. Des milliers de citoyens, de femmes, d’hommes, d’enfants, témoins, familles ou proches, sont directement confrontés au malheur. C’est notre peuple tout entier qui a été agressé de manière aveugle, barbare dans son quotidien, dans sa vie. Nous pensons à tous ceux qui souffrent aujourd’hui dans leur cœur et dans leur corps. Nous saluons l’action remarquable des forces de sécurité, des secouristes, des services de santé ... Encore une fois, ces grands services publics ont fait face.

Les citoyen-nes n’en peuvent plus de cette menace, de cette angoisse d’un éternel recommencement. Ils veulent comprendre et agir pour vivre en paix.

Sûreté et Liberté

Face à la violence d’attaques multiples, l’état d’urgence était justifié. Les forces de police, la justice doivent disposer des moyens nécessaires pour réagir avec fermeté et célérité. La sûreté de toutes et de tous doit être une priorité. Mais elle doit être assurée indissociablement de la protection des libertés et des droits fondamentaux qui fondent notre République. Sacrifier une part de liberté serait de fait une victoire pour les terroristes de Daesh.

C’est à l’aune des principes de protection de la population, de la République et des libertés fondamentales que le PCF se prononcera sur sa prolongation qui devra de toutes les façons être soumise au contrôle parlementaire régulier. Mais protéger notre peuple n’est pas qu’une affaire de lois sécuritaires renforcés. Combien en une décennie ? Pour quelle efficacité ? Par contre, il faut des moyens pour les services publics et là il y a un vrai débat qui montre que l’austérité n’est pas compatible avec la guérison de maux terribles qui minent notre société, dont cette grave menace terroriste.

Non à la stigmatisation !

Le piège tendu par Daesh : déstabiliser et diviser la société par la terreur et l'effroi. C'est pourquoi nous récusons la notion « d'ennemi de l'intérieur » utilisée par Valls et qui renvoie, de l'affaire Dreyfus aux guerres coloniales en passant par Vichy, aux pires heures de notre histoire. De même que nos libertés et nos droits, toute la population sans aucune discrimination d'origine, de culture, d'opinion ou de religion doit être protégée. Pas de boucs émissaires ! Encore moins les réfugiés auquel la France doit hospitalité et asile, plus encore quand ils ont vécu la terreur de Daesh au quotidien.

Résister à la logique de guerre

Daesh ne cherche pas la paix sur les territoires qu'elle occupe, mais la guerre partout. Il faut détruire Daesh, jeter aux oubliettes de l’histoire ce terrorisme aveugle et sanguinaire. Mais il faut aussi constater lucidement que ces attaques sans précédent sur Paris signent l’échec de 15 ans de guerre. La « guerre de civilisation » de Bush en Afghanistan, la destruction de l’Irak, l’opération libyenne, la guerre oubliée du Yemen alimentent cette folie meurtrière. Il faut mettre en place une large coalition internationale sur mandat de l’ONU qui au-delà du combat contre Daesh, Al Quaida et autres organisations, doit viser la reconstruction de ces régions, le retour au pays des milliers de réfugiés et une coalition sûre d’établir une paix durable dans la région. Il faut assécher les moyens financiers et les vente d'armes dont bénéficie les terroristes.

La violence terroriste révèle les maux de nos sociétés.

Comment des jeunes français ont pu commettre de tels actes, comment ont-ils pu sacrifier leur vie pour tuer, massacrer ? Bien sûr, il y a le fanatisme, les dérives sectaires, la manipulation, l’absence de culture. Mais il faut ouvrir les yeux, une société comme la nôtre, où l’argent est érigé en valeur absolue au détriment du travail et où les inégalités croissent année après année, ne peut que générer de l’exclusion, de la violence. Le vivre ensemble qui nous est cher, qui est au cœur de la République a un prix. Il faut réorienter les immenses richesses vers l’épanouissement humain : l’école, l'éducation, la culture, le travail. Elles sont les seules réponses au désespoir, à la perte de sens.

Les élections régionales

Dans ce contexte exceptionnel comment vont se tenir les élections régionales de décembre ? Ce scrutin sera le premier rendez-vous national après le 13 novembre, une participation maximum sera un acte de résistance politique et démocratique à la terreur.

Il est indispensable que des mesures exceptionnelles soient prises pour le pluralisme, l'égalité des listes. Les médias peuvent et doivent y jouer un grand rôle. Il s'agira d'exprimer des choix politiques priorisant la justice, la démocratie réelle, le développement des services publics, s'unir contre la loi de l'argent et l'austérité, la misère sociale et culturelle. Autant de préoccupations que portent les candidats communistes et du Front de gauche. Tout ce qui fera société et remettra l'Humain au cœur fera reculer le désespoir comme la violence.

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 13:44

Face aux attentats, rassemblons-nous pour la liberté, l'égalité, la fraternité, et la paix (Pierre Laurent)

Notre pays vient de vivre l'un des pires événements de son histoire. Les attaques terroristes simultanées de la nuit dernière à Paris et à Saint-Denis, revendiquées par Daesh, faisant à cette heure 127 morts et 200 blessés, sont effroyables. La France est en deuil.

Au lendemain de ce carnage, nos premières pensées se tournent vers les victimes, leurs familles, leurs proches, les témoins et tous ceux dont la vie a été menacée. Pour tous, la douleur est immense. Chacun en France s'en sent profondément meurtri.

Nous saluons l'action des forces de l'ordre, des secours, des urgentistes et personnels de santé et des agents territoriaux dont la mobilisation a été exemplaire ainsi que la solidarité des habitants qui s'est immédiatement manifestée.

Moins d'un an après les attentats de janvier dernier, la République est frappée en son cœur.

Alors que l’État d'urgence vient d'être décrété par le gouvernement, le renforcement des moyens de police et de justice est un impératif. L’État doit trouver durablement les moyens adaptés pour garantir la sécurité de toutes et de tous.

J'appelle notre peuple à ne pas céder à la peur, à se rassembler pour la liberté, l'égalité et la fraternité, et pour la paix. Nous devons refuser les amalgames et les stigmatisations. Ensemble, nous devons rejeter fermement la haine et les racismes.

La France est touchée par la guerre et la déstabilisation qui minent le Proche et le Moyen-Orient. La lutte contre le terrorisme appelle une mobilisation redoublée et des solutions internationales.

Elle ne pourra triompher que dans la mobilisation pour un projet de société solidaire qui place au cœur de tous ses choix l'émancipation humaine, les valeurs de la République et la paix.

Le PCF, ses représentants et ses élus, seront de toutes les initiatives qui, dans les prochains jours, permettront à nos concitoyens de se rassembler pour faire face à cette épreuve et ouvrir un chemin d'espoir pour notre peuple.

Dans ce moment tragique, le PCF a interrompu toute activité de campagne électorale.

Pierre Laurent, Secrétaire national du Parti Communiste français,

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 08:12

Liberons les medias (2)

22 OCTOBRE 2015

Pluralisme et campagne électorale

Ça bouge dans le PAF, et dans le paysage médiatique en général. Et ça bouge vite. Une espèce de révolution à la mode libérale s’y déploie.

Et des argentiers se constituent des magots pour acheter à tour de bras tout ce qui passe dans le secteur (Libération ou L’Express vendus à prix bradés, NextRadioTv, Canal+, sociétés de production, salles de spectacles, sociétés de contenus numériques, etc).

Il y a là des vieux crocodiles genre Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Martin Bouygues, Serge Dassault, Arnaud Lagardère et puis des nouveaux aventuriers qui viennent bousculer la donne. Comme Patrick Drahi ou Xavier Niel, « des nouveaux entrants, venus de l’industrie de la finance, et qui appliquent des mesures radicales de restructuration » note Le Figaro Economie.

Est à l’oeuvre une concentration capitalistique intense, remarquée avec la formation d’agrégats d’un nouveau genre.

Désormais, en effet, les propriétaires des tuyaux veulent aussi être propriétaires des médias. Ils mélangent allègrement business et idéologie.

Comme Drahi qui possède Numéricable d’un côté, Libération et l’Express de l’autre. Désormais, si vous vous abonnez à SFR, on vous offre un abonnement à L’Express. Elle est pas belle, la vie ?

Ils mettent de l’idéologie dans les télécoms pour vendre plus de télécoms, qui assurera demain une plus grande couverture idéologique, etc. La déontologie journalistique de ces messieurs, c’est « qu’il faut être rentable ! ».

Concentration capitaliste accélérée, donc, et on peut penser que les crocodiles n’ont pas fini de s’entre-dévorer. L’été dernier, Drahi envisageait d’absorber Bouygues. Et ce Drahi, pourtant endetté à la hauteur de 30 milliards d’euros, obtint immédiatement, sur un « claquement de doigts » (dixit la presse économique), une avance de 10 milliards de Paribas ! L’opération n’a pas eu lieu. Sans doute partie remise.

Formatage

Uniformisation du propos d’autre part, avec un formatage idéologique haute dose ( c’est comme si chaque chaîne, chaque média voulait son petit « débat » Finkielkraut/Onfray, arbitré par F.O. Gisbert...), une propagande libérale sans retenue qui marginalise de plus en plus la parole critique, qui banalise, valorise, encourage le discours de Marine Le Pen.Cette créature est aussi un produit du PAF recomposé.

Le dernier numéro du Journal du Dimanche (11 octobre) faisait toute la Une sur ce personnage, et consacrait à sa formation les pages 2, 3 et 4, soit la totalité de la vie politique, alors que rien dans l’actualité ne le justifiait !

Bref, c’est toujours les mêmes qui servent la même soupe. Jusqu’à la nausée. Canal+ est mis au pas. La création est bafouée. Face aux tycoons dominants, le secteur public, paupérisé, se défend mal. Les rédactions et journalistes de France 3 sont malmenés. Et puis, côté contenu, on observe dans ce secteur public, une même volonté d’alignement. Voir Daniel Mermet et « Là-bas si j’y suis » qui a du émigrer sur Internet.

On peut légitimement penser que derrière cette fébrilité ambiante se mettent en place aussi des dispositifs propagandistes des futurs candidats à la présidentielle. Les Bolloré- Arnault-Bouygues louchent à droite, côté libéraux/Républicains, c’est connu. Les Niel-Pigasse-Bergé ( avec le Monde et Le Nouvel Obs entre autres) seraient plutôt tendance libéraux-sociaux à la sauce Macron : « Ils lèvent 500 millions pour racheter des médias et rivaliser avec Vivndi » dit la presse (6 octobre).

Evidemment ce double mouvement de concentration et de normalisation s’accompagnent d’un recul sensible du pluralisme. Ce phénomène est d’autant plus notable dans la période électorale où nous entrons.

Rappelons par exemple les chiffres du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, qui a d’ailleurs l’air largué par cette bourrasque libérale) concernant le temps de parole des partis politiques lors des dernières municipales.

BFM (groupe Drahi) a accordé 43 % du temps d’antenne au FN ( !), 17 % au PS, 15 % à l’UMP, 3 % au PCF. Sur iTélé, l’UMP a eu droit à 41 % de temps d’antenne, le PS 20 %, le FN 15 % et le PC 2 %. LCI a donné 38 % du temps au PS, 27 % à l’UMP, 19% au FN ; le score du PCF n’apparaît même pas au compteur.

Or il existe tout de même une loi (du 30 septembre 1986, article 6) sur l’organisation du pluralisme en période électorale.

Autant de bonnes raisons, donc, à quelques semaines des régionales, qui ont poussé le PCF à lancer sa campagne « Libérons les médias ! ».

Il va s’agir de demander aux rédactions de respecter la loi. Et la démocratie. Ajoutons que dans sa contribution « La France en commun », le PCF propose « une réappropriation populaire des médias » et demande « d’attribuer le droit de veto des rédactions sur la nomination des cadres éditoriaux et des sièges pour les salariés des médias dans les conseils d’administration ».

Gérard Streiff

Pour information, quelques (premiers) numéros de téléphone des pôles régionaux de France 3 : Pôle Nord Ouest (Normandie, Bretagne, Pays de Loire, Centre, Paris) : 0299017909 Pôle Sud Est : 0491234545

http://www.gerardstreiff.fr/spip.php?article1659

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lire ou relire : descente aux enfers de l’information (SNJ-CGT)

les médias détenus à 95 % par 7 personnes !

la liste des maîtres de la presse parisienne épouse aujourd’hui plus étroitement qu’il y a quinze ans le classement des milliardaires français.
Les Échos de Bernard Arnault (1re fortune française),
Le Point de François Pinault (3e),
Le Figaro de Serge Dassault (4e),
Libération et L’Express de Patrick Drahi (6e),
Le Monde et Le Nouvel Observateur de Xavier Niel (7e),
Direct Matin et Canal Plus de Vincent Bolloré (10e).
Et je vous ai épargné Bouygues, Tapie, quelques autres.

http://www.acrimed.org/article4566.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/morvan56/201015/descente-aux-enfers-de-l-information-snj-cgt

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BRUNO FORNACIARI

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